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	<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>Guerre de Libye : Quand la propagande d&#233;figure le d&#233;bat public </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>
		<dc:subject>Guerres</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Suivisme des grands m&#233;dias&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH132/guerre_de_libye-5a9f8.jpg?1726251026' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='132' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Rappels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Jeudi 17 mars 2011 Le Conseil de s&#233;curit&#233; des Nations Unies se prononce pour l'instauration d'une zone d'exclusion dans le ciel libyen. Le conseil autorise &#233;galement &lt;i&gt;&#034;toutes les mesures n&#233;cessaires&#034;&lt;/i&gt; &#8211; ce qui signifie, en langage diplomatique, des actions militaires &#8211; pour assurer la protection des populations civiles face &#224; l'arm&#233;e de Kadhafi.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Samedi 19 mars 2011 Les &#201;tats-Unis, la France et le Royaume-Uni lancent des raids a&#233;riens pour stopper la r&#233;pression de la r&#233;volte. Ces frappes stoppent les forces pro-Kadhafi qui &#233;taient aux portes de Benghazi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/medias/entretiens/quand-la-propagande-defigure-le-debat-public&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entretien publi&#233; dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du 4 avril 2011&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les premi&#232;res observations recueillies par Acrimed sur le traitement m&#233;diatique de cette guerre en Libye ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler. &lt;/strong&gt;Avant m&#234;me que ne commencent les bombardements, on a assist&#233; &#224; une v&#233;ritable exaltation guerri&#232;re. D&#232;s le vote de la r&#233;solution de l'ONU, la plupart des sites des quotidiens et des hebdos, impatients, nous pr&#233;venaient : &#171; Le compte &#224; rebours a commenc&#233;. &#187; Il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire que le petit monde des grands m&#233;dias s'est f&#233;licit&#233; de la perspective des bombardements sur la Libye, semblant oublier qu'une guerre est avant tout. une guerre. Entre les journalistes qui bombent le torse et ceux qui, &#224; d&#233;faut de rev&#234;tir leur treillis, se mettent &#224; parler comme les militaires, rien ne nous est &#233;pargn&#233;. Une rh&#233;torique va-t'en guerre soutenue par une fi&#232;vre chauvine sur le r&#244;le de &#171; la France &#187;. Qui a &#171; frapp&#233; la premi&#232;re &#187;, pouvait-on lire &#224; la une de la plupart des quotidiens, le lendemain des premiers bombardements. Cocorico, c'est la guerre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une guerre pr&#233;sent&#233;e comme indispensable. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler.&lt;/strong&gt; In&#233;vitable et indiscutable. Or, qu'on la soutienne ou la r&#233;prouve - que l'on pense que l'intervention militaire &#233;tait n&#233;cessaire (pour emp&#234;cher les forces arm&#233;es de Kadhafi d'&#233;craser la r&#233;volte &#224; Benghazi) ou au contraire que l'on devait et pouvait l'&#233;viter -, on est en droit d'attendre des m&#233;dias qu'ils ne soient pas le service apr&#232;s-vente du minist&#232;re de la D&#233;fense, reprenant la moindre de ses informations et le moindre de ses termes, sans aucune distance critique. C'est &#224; peine si les principaux m&#233;dias osent parler de &#171; guerre &#187;, alors que des centaines de missiles ont &#233;t&#233; tir&#233;s d&#232;s les premiers jours. Ils &#233;voquent, non des bombardements, mais des &#171; frappes &#187; : des frappes &#171; cibl&#233;es &#187;, nouvel avatar des &#171; frappes chirurgicales &#187;. On nous montre, &#224; grand renfort d'images fournies par l'arm&#233;e elle-m&#234;me, le haut degr&#233; de pr&#233;cision et de technologie de &#171; nos &#187; armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, cette gu&#232;re soul&#232;ve au moins quelques questions. Quelle place a &#233;t&#233; accord&#233;e aux divergences ? Le pluralisme des avis et analyses sur cette intervention a-t-il &#233;t&#233; respect&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler.&lt;/strong&gt; Dans leur emballement, la plupart des m&#233;dias ont &#171; oubli&#233; &#187; de commencer par poser ces questions. Et quand des questions partielles ont surgi, apr&#232;s l'euphorie des premiers jours (sur les dissensions, le commandement, les objectifs), les interrogations sur la n&#233;cessit&#233; et la l&#233;gitimit&#233; de cette guerre qui ne dit pas son nom - pr&#233;sent&#233;e, au fond, comme une op&#233;ration humanitaire, et non comme une intervention militaire - &#233;taient devenues &#171; hors sujet &#187;. On nous a r&#233;p&#233;t&#233; jusqu'&#224; la naus&#233;e que cette op&#233;ration &#233;tait soutenue par la &#171; communaut&#233; internationale &#187;. Les gouvernements de la Chine, l'Inde, la Russie, l'Allemagne, le Br&#233;sil. ont fait part de leurs r&#233;serves ? Ce n'est pas un probl&#232;me, puisqu'ils se sont abstenus ! D'autres se sont d&#233;clar&#233;s franchement hostiles. Qu'importe : la &#171; communaut&#233; internationale &#187; existera sans eux. Plut&#244;t que d'informer sur leurs arguments et de tenter de les comprendre, avant de soutenir ou de r&#233;prouver leurs positions, on a trait&#233; tous les r&#233;fractaires par le m&#233;pris. Quant aux arguments de ceux qui, en France m&#234;me, &#233;mettent des objections sur le fond ou s'opposent &#224; cette guerre-l&#224;, ils ont &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;s, dans les meilleurs des cas, dans les &#171; tribunes libres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquer ce traitement m&#233;diatique ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler.&lt;/strong&gt; On peut &#234;tre tent&#233; d'expliquer ce traitement par le poids des marchands d'armes dans le paysage m&#233;diatique fran&#231;ais. Le cas du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, propri&#233;t&#233; de Serge Dassault, qui fournit l'arm&#233;e fran&#231;aise (et qui a aussi vendu des avions &#224; Kadhafi) est presque caricatural. Mais ce serait un raccourci. Ce qui domine, c'est le suivisme des grands m&#233;dias &#224; l'&#233;gard de la pr&#233;tendue &#171; communaut&#233; internationale &#187;, des institutions politiques et militaires, et de l'unanimisme des partis dominants en France m&#234;me. Cette d&#233;f&#233;rence institutionnelle se nourrit des croyances partag&#233;es, sinon par tous les journalistes, du moins par les chefferies &#233;ditoriales. D&#232;s lors, la propagande menace de d&#233;vorer l'information et de d&#233;figurer le d&#233;bat public&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>M&#233;dias en guerre : des attentats &#224; la prise de Kaboul (2001)</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Medias-en-guerre-des-attentats-a-la-prise-de-Kaboul-2001.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Guerres</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;dias en guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Des attentats du 11 septembre 2001 &#224; New-York et Washington &#224; la prise de Kaboul, le 13 novembre 2001. Premi&#232;res semaines d'une guerre qui a dur&#233; jusqu'en 2021.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L110xH150/medias_en_guerre-d1a89.jpg?1726251026' class='spip_logo spip_logo_right' width='110' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des attentats du 11 septembre 2001 &#224; New-York et Washington &#224; la prise de Kaboul par les forces de l'Alliance du Nord, alli&#233;es des &#201;tats-Unis le 13 novembre 2001. Premi&#232;res semaines d'une guerre qui a dur&#233; jusqu'en 2021.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Des attentats du 11 septembre 2001 &#224; New-York et Washington &#224; la prise de Kaboul par les forces de l'Alliance du Nord, alli&#233;es des Etats-Unis,&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;le 13 novembre 200. Premi&#232;res semaines d'une guerre qui a dur&#233; jusqu'en 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les attentats du 11 septembre, des tendances lourdes sont &#224; l'&#339;uvre dans les m&#233;dias fran&#231;ais. Ce sont elles que l'on peut d&#233;gager, du moins jusqu'&#224; la prise de Kaboul. Sans entrer dans les d&#233;tails et sans multiplier les exemples ; sans c&#233;der au petit chantage qui veut que l'on ne critique pas trop les m&#233;dias, pour ne pas indisposer les journalistes, dans l'espoir de gagner leurs faveurs - comme s'il fallait s'interdire de critiquer l'&#233;cole ou l'enseignement pour &#233;pargner les enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai, nombre de journalistes font leur m&#233;tier aussi bien qu'ils le peuvent, souvent avec courage, et certains l'ont pay&#233; de leur vie. Mais ceux-l&#224; n'exercent pas le m&#234;me m&#233;tier que les r&#233;dacteurs en chef, les &#233;ditorialistes et les pr&#233;sentateurs, pilotes des machines m&#233;diatiques qui ont essay&#233; de faire passer cette guerre pour l&#233;gitime et efficace.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Comment la guerre devint &#171; l&#233;gitime &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un moment d'&#233;garement - dont il se remettra tr&#232;s vite -, Serge July, dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 13 septembre, proclame : &lt;i&gt;&#171; La meilleure d&#233;fense contre le terrorisme, ce n'est pas la guerre, c'est la justice. &#187;&lt;/i&gt; Pourtant, entre la justice et la guerre, les m&#233;dias dominants ont choisi la guerre. Reste &#224; observer comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. &#201;v&#233;nement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout commence &#233;videmment avec les attentats du 11 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les t&#233;l&#233;visions se chargent alors de transformer l'&#233;v&#233;nement, spectaculaire et in&#233;dit, en spectacle de l'&#233;v&#233;nement. Et la presse &#233;crite se charge de transformer cet &#233;v&#233;nement in&#233;dit en &#233;v&#233;nement sans ant&#233;c&#233;dents, comme s'il s'agissait d'un tournant absolu de l'histoire du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&#233;v&#233;nement est tragique. Les massacres suscitent une solidarit&#233; l&#233;gitime avec les victimes. Les t&#233;l&#233;visions se chargent alors de transformer la compassion en spectacle de la compassion.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 14 septembre 2001, 12 heures. TF1 se recueille. Une fois encore, les images de l'attentat mont&#233;es comme un vid&#233;o-clip, mais soutenues cette fois par La Marche fun&#232;bre de Chopin. Mettre en sc&#232;ne le comble de l'&#233;motion et mettre l'&#233;motion &#224; son comble : tout le savoir-faire des fabricants d'images de TF1. Peut-&#234;tre bient&#244;t en vid&#233;ocassette. Et Jean-Pierre Pernaut, dans un r&#244;le enfin &#224; sa mesure : &lt;i&gt;&#171; Et nous, &#224; TF1, comme des millions d'entre vous, nous allons respecter ces minutes de silence en soutien au peuple am&#233;ricain &#187;. &lt;/i&gt;Mais le silence et l'&#233;cran noir &#224; la t&#233;l&#233; signaleraient l'incident technique. Pour soutenir notre recueillement, des images de la d&#233;vastation et de l'inqui&#233;tude des familles &#224; la recherche de leurs disparus. Et toutes les images de la tristesse et de la d&#233;solation : vid&#233;o-clip de &lt;i&gt;La Marche Fun&#232;bre &lt;/i&gt;et de la solidarit&#233;, version TF1. Au terme des trois minutes r&#233;glementaires (ou m&#234;me avant qu'elles ne s'ach&#232;vent : 3 mn, c'est long !), brutalement, un &#233;cran publicitaire de TF1 pour une &#233;mission de TF1. La messe cathodique &#233;tait finie...&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et la presse &#233;crite se charge - elle ne fut pas la seule - &#224; transformer le devoir de solidarit&#233; avec les victimes en devoir de communion avec le peuple am&#233;ricain et avec ses dirigeants. D&#232;s le 13 septembre, Jean-Marie Colombani proclame : &lt;i&gt;&#171; Nous sommes tous am&#233;ricains. &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; remplit ainsi sa fonction de quotidien de r&#233;f&#233;rence, puisque tous les m&#233;dias ne cesseront de r&#233;p&#233;ter ce slogan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous vaut, lors de la revue de presse du 13 septembre sur France Info, cette exhortation et cet aveu :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si les unes de tous ces journaux n'arrivent pas &#224; vous convaincre de la gravit&#233; des &#233;v&#233;nements que nous vivons, lisez ce qu'ils &#233;crivent. Lisez Jean-Marie Colombani &#224; la une du &lt;/i&gt;Monde&lt;i&gt;. Lisez Serge July de &lt;/i&gt;Lib&#233;ration&lt;i&gt;, Michel Schiffre dans &lt;/i&gt;Le Figaro&lt;i&gt;. Lisez la chronique de Jacques Julliard, l'&#233;ditorial de Jean Daniel dans &lt;/i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;i&gt;. Celui de Claude Imbert dans &lt;/i&gt;Le Point&lt;i&gt; ou de Denis Jeambar dans &lt;/i&gt;L'Express&lt;i&gt;. Lisez ces dizaines de pages, ces centaines d'articles qui expliquent finalement tous la m&#234;me chose.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&#233;v&#233;nement est donc spectaculaire et tragique. Mais de m&#234;me que n'importe quel fait divers peut &#234;tre pr&#233;sent&#233; comme un &#233;v&#233;nement, n'importe quel &#233;v&#233;nement peut se transformer en fait divers. C'est donc comme un fait divers, mais gigantesque, que la t&#233;l&#233;vision met en sc&#232;ne (en exp&#233;diant &#224; New-York, ses pr&#233;sentateurs vedettes) r&#233;cits, images et t&#233;moignages sur l'&#233;v&#233;nement et ses cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bient&#244;t, une catastrophe chasse l'autre &#224; la &#171; Une &#187; des journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Toulouse : catastrophe aux portes de la ville &#187;, &lt;/i&gt;titre &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 23-24 septembre&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;La veille le journal de TF1 de 20 heures a consacr&#233; plus d'une demi-heure &#224; l'explosion meurtri&#232;re et ravageuse : une catastrophe chasse l'autre. Mais le sc&#233;nario du JT reste le m&#234;me : l'information est d&#233;vor&#233;e par sa mise en images, les t&#233;moignages prennent les pas sur les faits, ce que l'on a cru ou ce que l'on a craint prend autant d'importance que les cons&#233;quences. Primat de l'&#233;motion et logique de la narration, simulacre de l'exhaustivit&#233; et r&#232;gne de la redondance. Chaque fragment de r&#233;cit reproduit la totalit&#233; du r&#233;cit ; chaque t&#233;moignage en appelle un autre qui r&#233;p&#232;te le pr&#233;c&#233;dent. Le &#171; traitement &#187; de l'explosion de Toulouse &#233;claire celui des attentats de New York : ou comment transformer, quels qu'en soient l'&#233;chelle, le sens et la port&#233;e, tout &#233;v&#233;nement en fait divers.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, un certain d&#233;lai d'&#233;motion &#233;tant pass&#233;, les m&#233;dias dominants nous ont propos&#233; de &#171; comprendre &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Causes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;v&#233;nement peut para&#238;tre sans ant&#233;c&#233;dent : il n'est pourtant pas sans causes. Il faut donc expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La cause du terrorisme ne pouvant &#234;tre que l'existence des terroristes, l'affaire est promptement boucl&#233;e. Encore faut-il expliquer le terrorisme : &#233;ditorialistes des m&#233;dias et experts aupr&#232;s des m&#233;dias nous ass&#232;nent qu'il faut se garder de confondre islam et islamisme, bien que, pour certains &#233;ditorialistes, tout incite &#224; les amalgamer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Max Clos, dans &lt;i&gt;Le Figaro &lt;/i&gt;du 14-09, s'interroge&lt;i&gt; &#171; Faut-il condamner l'Islam ? &lt;/i&gt; &#187;. Et r&#233;pond :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des voix s'&#233;l&#232;vent un peu partout, y compris en France, pour condamner par avance une &#034;attitude manich&#233;enne&#034; qui condamnerait en bloc l'Islam. Le terrorisme islamiste ne serait, selon ces voix, qu'une d&#233;viation ne concernant qu'une petite minorit&#233; de musulmans, ne justifiant en rien une r&#233;action militaire brutale. On r&#233;pondra que le manich&#233;isme peut certes conduire &#224; des exc&#232;s et des injustices. Mais comment ignorer que les criminels qui ont frapp&#233; le c&#339;ur des &#201;tats-Unis, ceux qui &#233;gorgent en Alg&#233;rie ou qui oppriment les femmes en Afghanistan, le font au nom d'Allah ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les causes &#233;tant identifi&#233;es, la traque peut commencer : l'investigation pr&#233;pare l'intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cette investigation est d&#233;lib&#233;r&#233;ment tronqu&#233;e. Car il est express&#233;ment interdit de passer des causes imm&#233;diates des actes de terreur et de l'extension du fondamentalisme, aux conditions qui les ont favoris&#233;es. Les ma&#238;tres-tanceurs, &#233;ditorialistes professionnels ou occasionnels, se coalisent pour enseigner gravement que comprendre revient &#224; justifier et que pour conjurer les tentatives perverses de culpabilisation de l'Occident, voire des victimes, il ne faut retenir que les causes qui ont d&#233;clench&#233; les attentats et oublier les conditions qui, en favorisant la radicalisation du fondamentalisme religieux, les ont rendus possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un prodigieux ethnocentrisme s'empare alors des m&#233;dias : celui-l&#224; m&#234;me qui proclame que &#171; nous sommes tous am&#233;ricains &#187;, parce que, comme l'affirme sans fard Jean-Marie Colombani, &#171; nous &#187; devons aux Etats-Unis notre libert&#233;. Ceux qui leur doivent des agressions militaires, le soutien &#224; des r&#233;gimes d'oppression et une large part de leur mis&#232;re sont hors-jeu, irrationnels. On peut, certes, comme Laurent Joffrin nous y invite, s'exercer &#224; faire preuve d'un peu d' &#171; empathie provisoire &#187; (&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; du 20-26 septembre), mais avec toute la condescendance qui convient aux d&#233;positaires de la libert&#233; et de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La communion obligatoire avec &#171; les &#187; Am&#233;ricains suffit alors &#224; identifier l'adversaire : l' &#171; anti-am&#233;ricanisme &#187;. Une bien jolie notion qui amalgame tout et n'importe quoi et permet de d&#233;couvrir ensuite que cet adversaire est composite, &#233;tant la somme de tout et de n'importe quoi, &#171; antimondialistes &#187; en t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;videmment au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; que l'on devra les d&#233;clarations les plus tonitruantes. Comme celle-ci :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En France Jos&#233; Bov&#233; fait arracher les &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;cultures cens&#233;es &#234;tre OGM&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; (sic) par ses partisans, &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;sous l'&#339;il bienveillant des gendarmes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; (re-sic), il &#034;d&#233;monte&#034; les Mc Do, sous pr&#233;texte de combattre la mondialisation. &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ce n'est pas la m&#234;me &#233;chelle que les attentats de New York, certes, mais cela proc&#232;de du m&#234;me esprit&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &#187; (&lt;/i&gt;Max Clos, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; du 14-09, page 20, soulign&#233; par moi)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La guerre m&#233;diatique est alors d&#233;clar&#233;e. Une guerre dans laquelle les &#233;ditorialistes font office de g&#233;n&#233;raux : les &#233;ditorialistes officiels, attitr&#233;s comme Jacques Julliard et Claude Imbert ou moins titr&#233;s comme Bernard Guetta et Delfeil de Ton ; les &#233;ditorialistes officieux, associ&#233;s comme BHL et Alain Minc ou auxiliaires comme Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut. De leurs plumes g&#233;n&#233;reuses ne jaillit qu'un seul cri d'encre : haro sur l'&#171; anti-am&#233;ricanisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois l'explication expurg&#233;e les camps m&#233;diatiquement constitu&#233;s, l'entreprise de l&#233;gitimation de la guerre est achev&#233;e. Et &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; publie d&#232;s le 28 septembre un d&#233;pliant en papier glac&#233; qui nous propose &#171; La carte des op&#233;rations &#187; : pour que nous puissions les suivre agr&#233;ablement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 octobre la guerre est d&#233;clench&#233;e. Comment la rendre efficace ? Les m&#233;dias dominants tentent alors d'apporter leur modeste contribution...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Comment la guerre devint &#171; efficace &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une guerre sans images et sans t&#233;moins &#187;, proclament les m&#233;dias, qui contribuent pourtant &#224; l'effort de guerre en mobilisant un lexique, une d&#233;ontologie, une posture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Lexique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques exemples du lexique de guerre les r&#233;sument tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Terrorisme&lt;/strong&gt; : peut se dire de n'importe quel acte de violence aveugle, de pr&#233;f&#233;rence quand il touche des victimes occidentales. Son usage peut &#234;tre prudemment distinctif : on parlera donc, dans tel &#233;ditorial du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; (20 octobre, p. 19), du &#171; terrorisme d'Etat &#187;, mais pour ne l'appliquer, au sein de &#171; l'Alliance &#187;, qu'&#224; la Russie et &#224; la Chine. Son usage peut &#234;tre g&#233;n&#233;reusement extensif : ainsi, dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, il s'&#233;tend au &#171; terrorisme quotidien &#187; (des jeunes d&#233;linquants) et au &lt;i&gt;&#171; terrorisme syndical &#187; &lt;/i&gt; (des ouvriers de Moulinex), qui tous deux nourrissent celui des &lt;i&gt;&#171; islamistes &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, 2 et 16 novembre 2001).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Victimes civiles&lt;/strong&gt; : sont - indubitablement - &#171; innocentes &#187; quand elles sont am&#233;ricaines, et perdent cet adjectif pour devenir &#171; accidentelles &#187; quand elles sont afghanes. N'&#233;tant que ces &#339;ufs qu'il faut casser pour faire de bonnes omelettes militaires, comme nous l'explique, dans &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, Bernard-Henri L&#233;vy, par ailleurs grand reporter associ&#233; au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; et &#224; ses dignitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Frappes&lt;/strong&gt; : remplace avec bonheur le terme de &#171; bombardements &#187;, dont les cons&#233;quences apparemment involontaires seront pr&#233;sent&#233;es comme des cons&#233;quences impr&#233;visibles, puisqu'elles ne sont, avec ou sans guillemets, que des dommages collat&#233;raux, des bavures (Jacques Amalric &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 31/10, p. 5) ou des incidents (Fran&#231;oise Chipaux, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 19 octobre, p.3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. D&#233;ontologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle tient en quelques r&#232;gles qui permettent d'afficher l'ind&#233;pendance du journalisme. En voici trois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#232;gle n&#176; 1&lt;/strong&gt; : Ne tenir pour vraies que les informations qui viennent de sources ind&#233;pendantes. Pour les autres, user du conditionnel. Mais le conditionnel conditionne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pendant la guerre du Kosovo, le conditionnel permet de mobiliser en majorant. Ce qui nous valut cette envol&#233;e de Jean-Pierre Pernaut : &lt;i&gt;&#171; Il y aurait 100 000 ou 200 000 victimes, tout &#231;a au conditionnel, bien s&#251;r &#187;&lt;/i&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pendant la guerre d'Afghanistan, le conditionnel permet de relativiser en minorant. Il y a aurait, selon les talibans, 1500 victimes civiles : &#224; mettre donc au conditionnel, &#171; bien s&#251;r &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; tenter d'&#233;valuer r&#233;ellement le nombre des victimes, ce sera pour plus tard ou jamais...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#232;gle n&#176; 2&lt;/strong&gt; : Pratiquer en permanence une autocritique de pr&#233;f&#233;rence autosatisfaite. Lors de la guerre du Kosovo, les m&#233;dias, par la bouche de Laurent Joffrin, furent d&#233;clar&#233;s &#171; exemplaires &#187;. On se doute que cette fois, ils se jugent &#171; exceptionnels &#187; et que lors de la prochaine guerre, ils seront, comme le pronostique Serge Halimi, proprement &#171; &#233;poustouflants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#232;gle n&#176; 3&lt;/strong&gt; : Multiplier les &#171; tribunes &#187; et les &#171; d&#233;bats &#187; qui permettent de fusionner l'expression d&#233;mocratique et son simulacre et de conforter une ligne &#233;ditoriale favorable &#224; la guerre en m&#233;nageant un espace &#224; sa contestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Posture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Install&#233;s dans l'&#233;vidence de la guerre l&#233;gitime, les m&#233;dias sont pris de court tant qu'elle para&#238;t militairement &#171; inefficace &#187; - du moins jusqu'&#224; &#171; la prise de Kaboul &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La presse &#233;crite doit faire face &#224; quelques questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humanitaire est-il confondu avec le militaire ? On donne assez largement la parole &#224; ceux qui contestent cette confusion, quitte &#224; affirmer, comme Claire Tr&#233;an dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, que les humanitaires ont - je cite - des &lt;i&gt;&#171; &#233;tats d'&#226;me &#187;&lt;/i&gt; et que leurs arguments rel&#232;vent - je cite encore - de &lt;i&gt;&#171; subtilit&#233;s th&#233;ologiques &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit international est-il bafou&#233; ? On fera un dossier complet - mais le plus tard possible - pour nous expliquer que tout est d&#233;sormais l&#233;gal et que ce qui est l&#233;gal est l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre d&#233;&#231;oit-elle les attentes des m&#233;dias bellig&#233;rants ? La presse dominante doit alors faire &#233;tat de ses malaises. L'&#233;ditorialiste anonyme du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, multiplie les admonestations et les conseils vertueux &#224; l'intention des &#171; d&#233;cideurs &#187;. &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; ira m&#234;me jusqu'&#224; recommander &#224; Bush de changer de strat&#233;gie, mais sans renoncer &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, la presse &#233;crite ne se d&#233;partit pas du r&#244;le de conseiller politique et militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quant aux t&#233;l&#233;visions, comme TF1 ou France 2, elles doivent faire face &#224; l'audimat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors elles font leur possible pour agr&#233;menter les rares informations qu'elles obtiennent de quelques reportages &#224; la fronti&#232;re ou aupr&#232;s des forces de l'Alliance du Nord. Mais comme la guerre dure, le filon s'&#233;puise et l'audience menace de baisser... Heureusement, d'autres faits divers viennent &#224; la rescousse : une fusillade &#224; Tours, la mort accidentelle d'une championne de ski, une catastrophe dans un tunnel... Install&#233;s dans l'&#233;vidence d'une juste guerre et afflig&#233;s par la banalit&#233; des bombardements, le journalisme audimateux est oblig&#233; de distraire les t&#233;l&#233;spectateurs par des faits divers spectaculaires, au risque, parfaitement assum&#233;, de transformer la guerre elle-m&#234;me en un concentr&#233; de faits divers.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Un exemple parmi d'autres. Lundi 29 octobre, journal de 20 h sur TF1. Pr&#233;sentation Jean-Claude Narcy. Pour ouvrir le journal, deux faits divers. La fusillade de Tours nous vaut 6 mn 20 d'informations sur&lt;i&gt; &#171; un sc&#233;nario aussi dramatique qu'inhabituel &#187;, &lt;/i&gt;comme le dit une journaliste. R&#233;cits des faits, t&#233;moignages, sujet sur la d&#233;tention des armes &#224; feu, reportage sur l'auteur de la fusillade. Le simulacre de l'exhaustivit&#233; au service d'un fait divers. L'accident du tunnel du Gothard nous vaut 6 mn d'informations qui en encha&#238;nent un &#171; sujet &#187; sur l'accident, un &#171; sujet &#187; sur l'ouverture du tunnel du Mont-Blanc, un &#171; sujet &#187; sur un autre tunnel. D'o&#249; il ressort, une deuxi&#232;me fois, que la s&#233;curit&#233; des personnes, d&#233;cid&#233;ment, n'est pas assur&#233;e. Enfin, vient la guerre. Ce qui nous vaut le bric-&#224;-brac suivant : la mobilisation des &#171; islamistes &#187; au Pakistan (2mn40), les fun&#233;railles des chr&#233;tiens massacr&#233;s la veille, un reportage sur la communaut&#233; chr&#233;tienne de Josesabad (2mn 20), un tr&#232;s joli document de la Marine Nationale (1mn) et, &#171; pour en revenir &#224; la strat&#233;gie am&#233;ricaine &#187; comme dit Jean-Claude Narcy, un &#171; sujet &#187; sur les erreurs de tirs et les risques d'enlisement. Et, pour en finir avec la guerre, des images, dat&#233;es du 18 octobre, dont l'origine est incertaine, mais qui nous assure-t-on, nous montrent o&#249; pourraient se cacher les taliban. Qu'est-ce qui ressort de ce patchwork ? Presque rien qui puisse s'&#233;noncer pr&#233;cis&#233;ment. Quant au conflit isra&#233;lo-palestinien, il est exp&#233;di&#233; en une phrase, avant que commence le r&#233;cit sur l'accident de R&#233;gine Cavagnoud, dont la mort nous vaudra, les 30 et 31 octobre, plus de 10 minutes d' &#171; informations &#187; au d&#233;but des JT de TF1 : un d&#233;luge d'&#233;motion qui rend futiles les informations sur la guerre ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Telle est la loi du petit &#233;cran : le comble de la d&#233;sinformation, ce sont - mensonges et trucages mis &#224; part - les informations lacunaires agr&#233;ment&#233;es d'explications fragmentaires, qui &#233;pousent l'&#233;vidence de la &#171; juste guerre &#187; et... le &#171; rythme de l'actualit&#233; &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, la t&#233;l&#233;vision ne se d&#233;partit pas du r&#244;le de narrateur et d'illustrateur complaisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Et comme &#171; seule la victoire et belle &#187;, depuis la chute de Kaboul, toutes les informations qui contrarient l'enthousiasme de rigueur seront mentionn&#233;es (quand elles le seront...), sans faire l'objet de commentaires trop d&#233;sobligeants : le soutien apport&#233; par le gouvernement am&#233;ricain &#224; la politique d'Ariel Sharon sera class&#233; sous une autre rubrique, les menaces d'interventions dans tous les pays dont ce m&#234;me gouvernement dresse et modifie la liste &#224; son gr&#233; n'impliquera aucun r&#233;examen de la notion de &#034; l&#233;gitime d&#233;fense &#034;, les victimes civiles seront &#224; peine mentionn&#233;es et les massacres de prisonniers de guerre ne feront l'objet que de quelques questions ...etc. etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons d'&#234;tre juste. Il serait faux d'affirmer que les m&#233;dias dominants ont &#233;pous&#233; la propagande de guerre de la &#171; Sainte Alliance &#187; : ils se sont content&#233;s d'apporter &#224; cette guerre le renfort de leur propre propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une propagande qui appelle une critique intransigeante et vigilante. Intransigeante, dans la mesure o&#249; les machines m&#233;diatiques font office d'auxiliaires de la guerre sans fin des grandes puissances, m&#234;me si nombre de journalistes tentent de se soustraire &#224; cette fonction. Vigilante, dans la mesure o&#249; les d&#233;bats dans lesquels les tenanciers des m&#233;dias nous conc&#232;dent parfois d'intervenir sont m&#233;diatiquement orchestr&#233;s pour l&#233;gitimer - d&#233;mocratiquement - leurs options guerri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;, 2 d&#233;cembre 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans la &lt;a href=&#034;http://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-Revue_d_%C3%A9tudes_palestiniennes_n%C2%B0_82-2460-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Revue d'&#201;tudes Palestiniennes&lt;/i&gt;, n&#176; 82, nouvelle s&#233;rie, hiver 2002&lt;/a&gt;, pp. 28-33. Et &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Medias-en-guerre-des-attentats-a-la-prise-de&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site d'Acrimed&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir aussi : &lt;a href='https://henri-maler.fr/https/www.henri-maler.fr/La-guerre-d-Afghanistan-de-2001-Semantique-et-rhetorique-de-la-guerre-imperiale.html'&gt;&#171; La guerre d'Afghanistan de 2001 : S&#233;mantique et rh&#233;torique de la guerre imp&#233;riale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Contre la guerre du Kosovo : &#171; Appel europ&#233;en pour une paix juste et durable dans les Balkans &#187;</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Contre-la-guerre-du-Kosovo-Appel-europeen-pour-une-paix-juste-et-durable-dans.html</link>
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		<dc:date>2024-04-26T09:41:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif</dc:creator>


		<dc:subject>Guerres</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Appel adopt&#233; lors de la r&#233;union internationale tenue &#224; Paris le 15 mai 1999&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Etat-de-la-critique-des-media-.html" rel="directory"&gt;Interventions, altercations &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Guerres-+.html" rel="tag"&gt;Guerres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH149/guerre_du_kosovo-41bcf.jpg?1726251038' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='149' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Appel adopt&#233; lors de la r&#233;union internationale tenue &#224; Paris le 15 mai 1999&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233; dans L'Humanit&#233; du 17 mai 1999. Repris dans Pierre Bourdieu, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les participant(e)s &#224; la r&#233;union internationale, tenue &#224; Paris le 15 mai 1999, se sont fait l'&#233;cho de nombreux appels convergents qui, en Europe et aux USA notamment, se sont oppos&#233;s &#224; la fois &#224; l'&#233;puration ethnique au Kosovo et aux bombardements de l'OTAN contre la Yougoslavie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Etats qui ont lanc&#233; ou soutenu cette guerre non d&#233;clar&#233;e, men&#233;e en dehors de toute l&#233;galit&#233; internationale, ont pr&#233;tendu qu'elle &#233;tait morale et l&#233;gitime puisqu'elle serait exclusivement justifi&#233;e par la d&#233;fense des droits et des vies d'un peuple. Ils admettent que des &#034;erreurs&#034; ou des &#034;d&#233;g&#226;ts collat&#233;raux &#034; ont &#233;t&#233; commis, mais il ne s'agirait que de &#034; faux pas dans la bonne direction&#034;. Toute critique envers la guerre de l'OTAN reviendrait, nous a-t-on dit, &#224; soutenir le r&#233;gime de Slobodan Milosevic ou, au mieux, &#224; refuser d'agir contre sa politique r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est faux. Quel est le bilan de plusieurs semaines de bombardement de l'OTAN ? Une trag&#233;die ! Chaque jour qui passe, la guerre aggrave la situation des populations civiles et rend de plus en plus difficile la r&#233;solution des conflits nationaux au Kosovo et dans l'ensemble de l'espace balkanique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut tenir pour moraux et l&#233;gitimes :&lt;br class='manualbr' /&gt;- une guerre qui fournit un pr&#233;texte &#224; une terrible aggravation du sort du peuple kosovar qu'elle pr&#233;tendait secourir et favorise son exode provoqu&#233; ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- une guerre qui soude autour du r&#233;gime r&#233;pressif de Slobodan Milosevic la population yougoslave agress&#233;e et ainsi aveugl&#233;e sur les responsabilit&#233;s de Belgrade dans le nettoyage ethnique des Kosovars ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- une guerre qui renforce le r&#233;gime, fragilise son opposition d&#233;mocratique, y compris au Mont&#233;n&#233;gro et d&#233;stabilise la Mac&#233;doine ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- des bombardements qui tuent des populations civiles, d&#233;truisent des infrastructures, des usines et des &#233;coles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette guerre contredit en tous points ses buts affich&#233;s. Elle favorise un catastrophique engrenage, dont il faut sortir au plus t&#244;t : entre, d'un c&#244;t&#233;, l'intensification des bombardements, poursuivis pour tenter de sauver la &#034;cr&#233;dibilit&#233;&#034; de l'OTAN ; et de l'autre l'expulsion brutale et massive de populations, accompagn&#233;e d'un d&#233;cha&#238;nement de violences sans commune mesure avec la r&#233;pression qui s&#233;vissait avant le d&#233;clenchement des bombardements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas vrai que tout avait &#233;t&#233; tent&#233; et que les bombardements &#233;taient une riposte efficace &#224; la r&#233;pression serbe et une r&#233;ponse appropri&#233;e &#224; la d&#233;fense des vies et des droits des Kosovars. Rien n'a &#233;t&#233; fait pour maintenir et &#233;largir la pr&#233;sence des observateurs de l'OSCE et pour impliquer les Etats voisins et les populations concern&#233;es dans la recherche de solutions. Les gouvernements occidentaux ont acc&#233;l&#233;r&#233; la d&#233;sint&#233;gration yougoslave et ils n'ont jamais trait&#233; de fa&#231;on syst&#233;matique les questions nationales imbriqu&#233;es de cette f&#233;d&#233;ration. Ils ont ent&#233;rin&#233; le d&#233;pe&#231;age ethnique de la Bosnie-Herz&#233;govine conjointement organis&#233; &#224; Belgrade et Zagreb. Et ils ont laiss&#233; s'enliser la question albanaise du Kosovo parce qu'ils pr&#233;f&#233;raient ignorer l'expulsion des Serbes de la Krajina croate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'occasion des n&#233;gociations de Rambouillet, ils ont opt&#233; pour le recours aux arm&#233;es de l'OTAN au lieu de proposer une force d'interposition internationale, agissant sur mandat de l'ONU, alors qu'une telle proposition aurait pu &#234;tre alors l&#233;gitimement impos&#233;e face &#224; un refus de Milocevic : cette force d'interposition aurait &#233;t&#233; beaucoup plus efficace pour prot&#233;ger les populations que les bombes de l'OTAN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, il faut exiger :&lt;br class='manualbr' /&gt;- Le retour de populations albanaises sous protection internationale, plac&#233;e sous la responsabilit&#233; de l'Assembl&#233;e G&#233;n&#233;rale des Nations Unies, &lt;br class='manualbr' /&gt;- Le retrait des forces serbes du Kosovo,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, pour atteindre ces objectifs, obtenir d'abord :&lt;br class='manualbr' /&gt;- La cessation imm&#233;diate des bombardements.&lt;br class='manualbr' /&gt;- La r&#233;ouverture d'un processus de n&#233;gociation sur ces bases, dans le cadre de l'ONU, non seulement n'implique aucune confiance envers Slobodan Milosevic, mais elle serait plus d&#233;stabilisatrice pour son pouvoir que les bombes qui n'ont depuis quelques semaines affect&#233; que la population et l'opposition yougoslaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle d&#233;marche doit reposer sur un principe et s'accompagner de moyens indispensables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un principe : le respect du droit des peuples, et notamment du peuple Kosovar albanais et serbe, &#224; d&#233;cider eux-m&#234;mes de leur propre sort, dans le respectdes droits des minorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des moyens :&lt;br class='manualbr' /&gt;- Une aide &#233;conomique aux Etats balkaniques, uniquement et strictement subordonn&#233;e au respect des droits individuels et collectifs ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Une enqu&#234;te sur les atrocit&#233;s commises au Kosovo, conduite sous l'autorit&#233; du TPI ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le respect du droit d'asile, , selon les termes de la Convention de Gen&#232;ve, l'accueil de tous les r&#233;fugi&#233;s qui le souhaitent et des d&#233;serteurs yougoslaves et leur circulation dans tous les pays d'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous exigeons enfin un d&#233;bat public dans nos pays sur le bilan de l'OTAN, sur le r&#244;le qu'elle s'attribue d&#233;sormais et sur les perspectives de la s&#233;curit&#233; en Europe. Celle-ci ne saurait reposer, &#224; nos yeux, sur une logique de guerre ou d'augmentation des d&#233;penses d'armements, destin&#233;e &#224; mener une politique de grande puissance, mais avant tout sur une politique de d&#233;veloppement et d'&#233;radication de la mis&#232;re sociale et de r&#233;alisation des droits universels des peuples et des &#234;tres humains, hommes et femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous poursuivrons quant &#224; nous :&lt;br class='manualbr' /&gt;- L'action de solidarit&#233; avec les oppositions d&#233;mocratiques politiques, syndicales, associatives, f&#233;ministes qui r&#233;sistent aux pouvoirs r&#233;actionnaires ;&lt;br class='autobr' /&gt;
_- L'action de solidarit&#233; avec les populations expuls&#233;es, en d&#233;fense de leur droit d'asile comme de leur droit au retour et &#224; l'autod&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Paris, le 15 mai 1999&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Signataires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Allemagne : Joachim Bishoff, Franzisca Brautner, Richard Detj, Wolfgang Gehrcke, Frigga Haug, Wolgang Fritz Haug, Alex Neumann, Jakob Sch&#228;ffer, Dr. Peter Strutynski, Frieder Otto Wolf Autiche : Wielfried Graf Belgique : Mateo Alaluf, Fran&#231;ois Vercammen&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Danemark : Soren Sondergaard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Espagne : Francisco Fernandez Buey, Jaime Pastor, Carlos Taibo, Manuel Vazquez Montalban, Asceu Uriarte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etats-Unis : James Cohen&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grande-Bretagne : Sebastian Bogden, Daniel Singer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Italie : Salvatore Cannavo, Giuseppe Chiarante, Rossana Rossanda&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Su&#232;de : Anders Fogelstr&#246;m&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France : Nils Andersson, Olivier Azam, Nicholas Bell, Daniel Bensa&#239;d, Martine Billard, Alexandre Bilous, Pierre Bourdieu, Philippe Boursier, Suzanne de Brunhoff, Philippe Chailan, Jean- Christophe Chaumeron, Patrice Cohen-S&#233;at, Marianne Debouzy, Fran&#231;oise Dielhmann, Zorka Domic, Bernard Doray, Yves Durrieu, Danielle Espagnola, Concepcion de la Garza, Elisabeth Gauthier, Serge Guichard, Michel Husson, Isabelle Kalinowski, Pierre Lantz, Fr&#233;d&#233;ric Lebaron, Francette Lazar, Catherine L&#233;vy, Isabelle Lorand, Henri Maler, Roger Martelli, Anne Mazauric, Jean-Paul Monferran, Aline Pailler, Claude F. Poliak, Jean Sagne, Catherine Samary, Anick Sicart, Jeanne Singer, Marie- No&#235;lle Thibaut, Rolande Tremp&#233;, Catherine Tricot, Patrick Vassalo, Raphel Weil, Francis Wurtz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du meeting du 15 mai 1999 &#224; Paris, il a &#233;t&#233; re&#231;u des messages de Joachim Bishopp et Richard Detje (Allemagne), Arthur Mitzman, Marcel van der Linden et Michael Kratetke (Pays-Bas), Tony Benn et Ken Loach (Grande-Bretagne), Ignacio Ramonet (France), Noam Chomsky et Edward Sa&#239;d (Etats-Unis).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Publi&#233; dans &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/appel-europeen-pour-une-paix-juste-et-durable-dans-les-balkans-207537&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du 17 mai 1999&lt;/a&gt;. Repris dans Pierre Bourdieu, &lt;i&gt;Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique&lt;/i&gt;, &#233;ditions Agone2022, p. 432-035. Consultable &lt;a href=&#034;https://docplayer.fr/230469024-Appel-europeen-de-paris-pour-une-paix-juste-et-durable-dans-les-balkans.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site DocPlayer&lt;/a&gt;. Voir aussi Serge Halimi, Dominique Vidal, Henri Maler, Mathias Raymond, &lt;i&gt;L'opinion &#231;a se travaille. Les m&#233;dias et la &#171; guerres justes &#187;&lt;/i&gt;, &#233;dition Agone, sixi&#232;me &#233;dition 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fragments d'analyse des m&#233;dias fran&#231;ais face &#224; l'invasion de l'Irak</title>
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		<dc:date>2023-12-22T10:21:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Guerres</dc:subject>
		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comment l&#233;gitimer une guerre pourtant condamn&#233;e par le gouvernement fran&#231;ais&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Guerres-+.html" rel="tag"&gt;Guerres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Critiquer-les-medias-+.html" rel="tag"&gt;Critiquer les m&#233;dias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L92xH150/irak-2191f.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='92' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Fragments d'analyse des m&#233;dias fran&#231;ais face &#224; l'invasion &#187;, dans &lt;i&gt;Irak : Les m&#233;dias en guerre&lt;/i&gt; (sous la direction d'Olfa Lamloum), Arles, Editions Actes Sud, 29 octobre 2003, p. 105-141.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lors des guerres du Golfe en 1991, du Kosovo en 1999 et d'Afghanistan en 2001, les principaux m&#233;dias fran&#231;ais avaient apport&#233; &#224; la propagande des grandes puissances coalis&#233;es le renfort de leur propre propagande&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Halimi et Dominique Vidal, &#171; L'opinion, &#231;a se travaille&#8230; &#187;. Les m&#233;dias (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les menaces d'invasion de Irak n'ont pas b&#233;n&#233;fici&#233; d'un tel renfort. La position du gouvernement fran&#231;ais, hostile au d&#233;clenchement de la guerre aux conditions am&#233;ricaines et les divisions qui ont marqu&#233; les pr&#233;paratifs de cette guerre ont permis &#224; la plupart des m&#233;dias fran&#231;ais de prendre leurs distances (en toute ind&#233;pendance ?) avec la propagande am&#233;ricaine et les m&#233;dias les plus bellicistes d'autres pays. Pendant plusieurs semaines avant le 20 mars, les journalistes fran&#231;ais ont tent&#233; de pr&#233;senter les enjeux &#233;conomiques et g&#233;opolitiques de la bataille diplomatique et des perspectives de guerre, alors que les motifs invoqu&#233;s lors des guerre pr&#233;c&#233;dentes (guerres d&#233;fensives, guerres humanitaires) avaient relativis&#233; de tels enjeux et les avaient noy&#233;s, au point de les dissimuler, dans une rh&#233;torique indistinctement humanitaire et belliqueuse. Mais surtout la plupart des questions relatives &#224; la l&#233;gitimit&#233; et la l&#233;galit&#233; d'une guerre contre l'Irak ont &#233;t&#233;, au moins, pos&#233;es. Ainsi, non sans suivisme &#224; l'&#233;gard de la position du gouvernement fran&#231;ais, la plupart des m&#233;dias se sont gard&#233;s de soutenir le d&#233;clenchement de la guerre aux conditions am&#233;ricaines, quand ils n'ont pas nettement marqu&#233; leur opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une fois la guerre d&#233;clench&#233;e ? Convaincus d'avoir &#233;t&#233; &#171; exemplaires &#187;, selon le mot de Laurent Joffrin du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, lors de la guerre du Kosovo et, sans doute, encore plus, lors de celle d'Afghanistan, les principaux m&#233;dias fran&#231;ais qui s'&#233;taient propos&#233;s d'&#233;viter les &#171; erreurs &#187; de la guerre du Golfe, sont apparemment persuad&#233;s d'y &#234;tre parvenus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'absolution est presque unanime. Lire par exemple l'article de T&#233;l&#233;rama sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais l'omission de leurs errements ult&#233;rieurs sugg&#232;re d&#233;j&#224; qu'une autocritique superficielle ne pouvait permettre que de soigner les sympt&#244;mes les plus visibles. C'est donc &#224; des aspects g&#233;n&#233;ralement n&#233;glig&#233;s que seront consacr&#233;s ces fragments d'analyse : centr&#233;s sur les premiers jours de la guerre, mais prenant en compte son issue ; sur la base d'&#233;chantillons pr&#233;lev&#233;s surtout dans les Journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s de TF1 et dans les &#233;ditoriaux de trois quotidiens (&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;) et deux hebdomadaires (&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Documentation r&#233;unie avec l'aide de l'association Acrimed (Action-Critique-M&#233;dia&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;I. &#192; la t&#233;l&#233;vision : la l&#233;gitimation de la guerre par son r&#233;cit ?&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 19 mars, le Conseil sup&#233;rieur de l'audiovisuel (CSA) adresse ses recommandations &#171; &lt;i&gt;&#224; l'ensemble des services de t&#233;l&#233;vision et de radio&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Recommandation &#224; l'ensemble des services de t&#233;l&#233;vision et de radio (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il &#171; &lt;i&gt;appelle l'attention des op&#233;rateurs sur la n&#233;cessit&#233; &lt;/i&gt; &#187;, notamment, de &#171; &lt;i&gt;v&#233;rifier l'exactitude des informations diffus&#233;es ou, en cas d'incertitude, de les pr&#233;senter au conditionnel et d'en citer la source et la date&lt;/i&gt; &#187; ; de &#171; &lt;i&gt;proc&#233;der, en cas de diffusion d'informations inexactes, &#224; leur rectification dans les meilleurs d&#233;lais et dans des conditions d'exposition comparables&lt;/i&gt; &#187; ; (&#8230;) de &#171; &lt;i&gt;veiller &#224; ce qu'il ne soit pas fait une exploitation complaisante de documents difficilement supportables&lt;/i&gt; &#187; ; de &#171; &lt;i&gt;ne pas diffuser de documents contraires aux stipulations de la&lt;/i&gt; &lt;i&gt;convention de Gen&#232;ve sur les prisonniers de guerre&lt;/i&gt; (&#8230;) &#187;. De simples conseils de prudence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les sages ont-ils &#233;t&#233; entendus ? Affirmatif&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clarent des journalistes de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, &#224; l'heure des bilans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Une guerre en direct - La t&#233;l&#233;vision s'est efforc&#233;e de tirer les le&#231;ons de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et &#171; les sages &#187; sont plus que satisfaits. &lt;i&gt;La Lettre du CSA&lt;/i&gt; d'avril 2003 publie un article en forme de bilan intitul&#233; &#171; &lt;i&gt;Conflit en Irak : les m&#233;dias font preuve d'une extr&#234;me vigilance&lt;/i&gt; &#187; et pour Dominique Baudis, pr&#233;sident de cette institution, la couverture m&#233;diatique de la guerre en Irak est un mod&#232;le du genre. &#171; &lt;i&gt;Indication des sources, utilisation du conditionnel quand les faits ne sont pas av&#233;r&#233;s, souci de se d&#233;marquer de toute tentative de manipulation, jamais, peut-&#234;tre, une guerre n'a &#233;t&#233; couverte avec autant de rigueur&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit-il. Un &#233;loge pour le moins excessif et qui tait l'essentiel, car devan&#231;ant et d&#233;passant les recommandations du CSA, les principaux responsables des cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision avaient eux-m&#234;mes pris des engagements pr&#233;ventifs plus radicaux que la simple prudence : non seulement &#233;viter les &#171; d&#233;rapages &#187;, mais fournir une information explicative. Etienne Mougeotte, vice-pr&#233;sident de TF1 l'affirme : &#171; &lt;i&gt;On a tir&#233; toutes les le&#231;ons de la guerre du Golfe, o&#249; on n'avait pas assez conceptualis&#233; l'image&lt;/i&gt; (..). &lt;i&gt;Il faut donner du sens&lt;/i&gt; &#187;. Car, pr&#233;cise Olivier Mazerolle, directeur g&#233;n&#233;ral d&#233;l&#233;gu&#233; charg&#233; de l'information de France 2, &#171; (&#8230;) &lt;i&gt;la guerre c'est surtout une posture politique, et sociale, c'est un tremblement de terre dans les relations humaines et c'est &#231;a qu'il faut traiter&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les m&#233;dias fran&#231;ais veulent &#233;viter les erreurs de la guerre du Golfe de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Sans doute ces responsables sont-ils convaincus d'avoir tenu leurs engagements&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur France Inter, 22 avril 2003, Jean-Claude Dassier, directeur g&#233;n&#233;ral de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourtant, si les t&#233;l&#233;visions se sont efforc&#233;es de &#171; donner du sens &#187;, on est en droit de se poser cette simple question : &lt;i&gt;&#171; quel sens la t&#233;l&#233;vision a-t-elle donn&#233; &#224; cette guerre ? &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Propagande machinale : surinformation et d&#233;sinformation&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Les formes les plus outranci&#232;res et les plus efficientes de la propagande de guerre ne sont pas n&#233;cessairement les plus visibles. Les pr&#233;cautions dont les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision ont voulu s'entourer pour &#233;viter les &#171; erreurs &#187; de la guerre de 1991, ne r&#233;sistent pas face &#224; la pr&#233;tention de faire partager &#171; la guerre en direct &#187;. La partialit&#233; favorable &#224; la guerre am&#233;ricaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Partialit&#233; &#171; temp&#233;r&#233;e &#187;, qu'un journaliste de France Inter &#171; explique &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se niche sans doute dans les commentaires, le vocabulaire, les silences et les non-dits. Mais elle r&#233;sulte plus massivement encore de la logique narrative qui gouverne la mise en mots et en images des op&#233;rations militaires. L'hostilit&#233;, certes fond&#233;e, au r&#233;gime de Saddam Hussein sert de cadrage : l'ennemi &#233;tant d&#233;sign&#233;, il suffit alors de raconter la guerre pour qu'elle semble justifi&#233;e, pour peu qu'elle parvienne &#224; jeter bas la dictature. Du m&#234;me coup, le r&#233;cit des op&#233;rations militaires est presque enti&#232;rement conduit du point de vue des troupes am&#233;ricano-britanniques : qu'il s'agisse de la puissance qu'elles d&#233;ploient, des victoires qu'elles remportent ou des r&#233;sistances qu'elles rencontrent. Cette l&#233;gitimation de la guerre par son r&#233;cit peut ne pas &#234;tre intentionnelle. Elle est en tout cas &#8211; litt&#233;ralement et dans tous les sens du mot &#8211; machinale : amplifi&#233;e par la fascination de la t&#233;l&#233;vision pour la puissance militaire et pour sa propre puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.1.&lt;/strong&gt; Auxiliaire du r&#233;cit de guerre, cette fascination ou cette complaisance pour la puissance militaire am&#233;ricaine contribue &#224; acclimater le soutien &#224; la force et la barbarie technologique, sous couvert d'information. Ainsi, avant m&#234;me le d&#233;clenchement de la guerre ouverte, la multiplication des reportages &#8211; en g&#233;n&#233;ral complaisamment fournis ou tol&#233;r&#233;s par les arm&#233;es am&#233;ricaine et britannique et achet&#233;es aux m&#233;dias am&#233;ricains &#8211; sur l'entra&#238;nement des troupes, les armes et les munitions remplissent cet office. C'est encore le cas dans les Journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s la veille m&#234;me des premiers bombardements sur Bagdad. Et cela ne cessera pas apr&#232;s. Au risque, il est vrai, que cette complaisance fascin&#233;e ne se retourne &#224; la moindre d&#233;faite militaire des arm&#233;es que, plus ou moins explicitement, on soutient. Mais c'est encore du point de vue des difficult&#233;s rencontr&#233;es par les troupes am&#233;ricano-britanniques, dans le vocabulaire de leurs op&#233;rations, que le r&#233;cit de guerre est construit et les images de guerre sont destin&#233;es &#224; l'illustrer quand la r&#233;sistance irakienne se montre plus tenace que pr&#233;vu ou esp&#233;r&#233;. Et s'il est inutile de pr&#233;supposer syst&#233;matiquement une intention maligne et des manipulations intentionnelles, elles se glissent, plus ou moins discr&#232;tement, dans cette construction pr&#233;alable dont les effets sont d&#233;multipli&#233;s par la fascination de la t&#233;l&#233;vision pour sa propre puissance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.2.&lt;/strong&gt; L'ampleur et la nature du dispositif mis en &#339;uvre part les t&#233;l&#233;visions (et particuli&#232;rement par TF1), les moyens technologiques comme les &#233;quipes de correspondants et de reporters produit, presque m&#233;caniquement, un r&#233;cit ajust&#233; aux exigences de la guerre am&#233;ricano-britannique. Le dispositif lui-m&#234;me suppose un retour sur investissement, qu'il s'agisse des b&#233;n&#233;fices escompt&#233;s ou des informations produites&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mots sur les premiers. Pour des cha&#238;nes commerciales, les co&#251;ts du la guerre en direct sont consid&#233;rables. Ils le sont d'autant plus que les publicitaires n'aiment pas les contextes violents et que l'audience reste la mesure de ce qu'il convient de montrer. Les cha&#238;nes Berlusconi en Italie ont, pour ces raisons m&#234;mes, minor&#233; la place accord&#233;e &#224; la guerre dans leurs programmes. Longtemps avant le conflit, r&#233;pondant &#224; des analystes qui s'inqui&#233;taient de la stabilit&#233; des recettes de TF1 pour 2002, dans le cas o&#249; &#171; &lt;i&gt;l'Irak serait attaqu&#233; par les USA&lt;/i&gt; &#187;, Patrick Le Lay, &#233;chaud&#233; par la catastrophe industrielle de l'&#233;quipe de France en Coupe du Monde (soit 2 % en moins de CA pour la cha&#238;ne), en des termes d'une exquise d&#233;licatesse, manifestait ainsi sa prudence : &#171; &lt;i&gt;Il ne faudra pas nous en vouloir si l'US Air Force met &#224; feu et &#224; sang la Plan&#232;te... &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Strat&#233;gies, 13 septembre 2002&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Le prix &#224; payer est en effet tr&#232;s lourd. Selon &lt;i&gt;Les Echos&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La d&#233;licate &#233;quation &#233;conomique des m&#233;dias &#187;, Les Echos, 20 mars 2003 -&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, TF1 a pass&#233; une provision de 3 millions d'euros dans le budget de la r&#233;daction. Sans parler du co&#251;t des transmissions, c'est le prix &#224; payer pour un effort que souligne, non sans vanit&#233;, Robert Namias, directeur de l'information de TF1, &#171; nous avons 20 &#233;quipes entre l'Irak et les pays limitrophes, ce qui repr&#233;sente 80 personnes &#187;. Quant &#224; Olivier Mazerolle, directeur de l'information de France 2, il &#171; reconna&#238;t que ce genre d'&#233;v&#233;nement co&#251;te tr&#232;s cher, mais, pr&#233;cise-t-il, le surco&#251;t sera en partie compens&#233; (sic) par des r&#233;ductions de traitement de l'information &#187;. L'article des &lt;i&gt;Echos&lt;/i&gt; qui livre ces informations en d&#233;livre &#233;galement le sens : &#171; &lt;i&gt;les implications &#233;conomiques sont importantes, mais ce type d'&#233;v&#233;nement est un investissement pour asseoir sa cr&#233;dibilit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. De l&#224; &#224; subordonner la validit&#233; des informations produites, aux exigences de cr&#233;dibilit&#233; de la cha&#238;ne qui les produit, le pas est rapidement franchi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, le retour sur investissement suppose que le dispositif tourne &#224; plein r&#233;gime. Et c'est son usage intensif qui d&#233;cide, presque de lui-m&#234;me, des effets de propagande qui en r&#233;sulte. La hi&#233;rarchisation, la pr&#233;sentation et la militarisation de l'information, comme inscrits dans l'usage m&#234;me du dispositif, servent la guerre am&#233;ricano-britannique : machinalement. La tourn&#233;e quasi obligatoire de tous les &#171; postes d'observation &#187;, quelles que soient l'importance et la nature des informations apport&#233;es, remplace l'information v&#233;rifi&#233;e. Le sommaire du journal est comme d&#233;cid&#233; par le dispositif lui-m&#234;me, au point que la rentabilisation du dispositif tient lieu de r&#233;flexion sur son usage : elle s&#233;lectionne et ordonne quasi-m&#233;caniquement l'information ou ce qui en tient lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal de 20 heures sur TF1, pr&#233;sent&#233; par Patrick Poivre d'Arvor, le 19 mars 2003, peut devenir d&#233;sormais un exemple de r&#233;f&#233;rence de ce simulacre de d'exhaustivit&#233; et de ses effets collat&#233;raux. Apr&#232;s l'annonce des titres du Journal, PPDA, &#171; &lt;i&gt;pour vous informer au mieux, au cours de cette session &lt;/i&gt; &#187;, passe en revue les reporters qui seront sollicit&#233;s et dont les photos viennent s'inscrire sur une carte de la r&#233;gion : une mise en sc&#232;ne pr&#233;alable de l'importance de la &#171; couverture &#187; effectu&#233;e par TF1, qu'un rapide d&#233;cryptage permet d'appr&#233;cier : quelques reportages honorables (et parfois mieux) dans une coul&#233;e informe et insidieusement orient&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Du c&#244;t&#233; militaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'imminence de la guerre dont &#171; les premiers signes ont &#233;t&#233; d&#233;tect&#233;s par nos envoy&#233;s sp&#233;ciaux &#187;, nous vaut, pour commencer un reportage de Denis Brunetti en provenance du Koweit qui fait le point des d&#233;placements des troupes am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Une second reportage dresse un &#233;tat de difficult&#233;s auxquelles doit faire face l'arm&#233;e am&#233;ricaine : le temp&#234;te, l'opposition de la Turquie au libre passage de l'aviation et des troupes, le &#171; probl&#232;me &#187; que soul&#232;ve les risque de conflit entre l'arm&#233;e turque et les kurdes. En d&#233;pit de ces &#171; &lt;i&gt;facteurs contrariants&lt;/i&gt; &#187;, comme les d&#233;signe PPDA pour parler des temp&#234;tes de sable, &#171; &lt;i&gt;le dispositif op&#233;rationnel est en place&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. C'est maintenant au tour de Lo&#239;c Berrou d'expliquer, doctement, &#171; comment devrait se d&#233;rouler les op&#233;rations &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Puis Philippe Morand tente de dresser la liste des pays qui soutiennent les USA. Une liste baptis&#233;e par TF1 &#171; &lt;i&gt;Coalition pour le d&#233;sarmement de l'Irak&lt;/i&gt; &#187;. De quoi s&#233;duire les Etats qui se sont donn&#233; ledit d&#233;sarmement pour objectif, sans pr&#233;coniser le recours &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. &#192; quoi succ&#232;de un reportage de Gilles Bouleau &#224; la base militaire de Fairford (Grande-Bretagne), destin&#233; &#224; nous &#171; informer &#187; de la pr&#233;paration des troupes britanniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Une pr&#233;paration qui est aussi celle de la 82e division a&#233;roport&#233;e, qui se pr&#233;pare &#224; la gu&#233;rilla urbaine sous le regard de Michel Floquet, journaliste incorpor&#233; &#224; cette division, pour la plus grande fiert&#233; de la r&#233;daction de TF1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. La 101e division a&#233;roport&#233;e est &#233;galement pr&#234;te, malgr&#233; le vent de sable, nous assure Isabelle Baillancourt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Avant que Sylvie Pinatel ne nous d&#233;crive avec &#233;motion, dans un reportage sur les Fusill&#233;s marins britanniques, l'attente anxieuse de l'un d'entre eux : Adam Cook, 19 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Le moment est venu, pour Patricia All&#233;moni&#232;re, en direct du Qatar o&#249; si&#232;ge le Quartier g&#233;n&#233;ral am&#233;ricain, de nous donner des d&#233;tails, sans int&#233;r&#234;t mais en direct, sur le calme qui r&#232;gne du c&#244;t&#233; de l'Etat-major.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Et pour finir cette revue des troupes, un reportage de F. Collard sur &#171; l'arsenal technologique &#187; informe les t&#233;l&#233;spectateurs sur le r&#244;le que jouent et que doivent jouer les satellites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix reportages, en ouverture du journal, sur les pr&#233;paratifs militaires de la guerre. Des informations effectives qui auraient pu &#234;tre r&#233;sum&#233;es en quelques minutes. On se doute que cette construction, qu'elle soit machinale ou intentionnelle, n'est pas sans effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient alors cet encha&#238;nement : &#171; Du c&#244;t&#233; irakien &#187;. Ce qui nous vaut, apr&#232;s une information sur l'appui du Parlement irakien &#224; Saddam Hussein :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Un reportage de Jean-Pierre Abou sur le climat qui r&#232;gne &#224; Bagdad. Les partisans arm&#233;s du r&#233;gime se pr&#233;parent &#224; une &#171; d&#233;fense bien s&#251;r totalement illusoire &#187;. Les habitants sont &#224; la &#171; recherche d&#233;sesp&#233;r&#233;e d'abris &#187; et la visite d'un femme seule avec ses trois enfants, permet de conclure : &#171; Ici tout le monde esp&#232;re &#234;tre &#233;pargn&#233; par les bombardements &#187;. Une &#171; derni&#232;re intervention en direct du centre de presse &#187; nous permet d'apprendre que &#171; l'ambiance est bien s&#251;r tr&#232;s, tr&#232;s lourde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Du c&#244;t&#233; humanitaire &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;12. Un reportage &#224; Amman de Naida Nakab fait tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment le point, avec l'aide de l'UNICEF, sur les risques sanitaires encourus par la population, et en particulier par les enfants. Le direct qui suit permet de souligner que les am&#233;ricains sont &#171; honnis par l'opinion publique arabe &#187; et que la France est &#171; respect&#233;e et admir&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Un reportage de Michel Scott est consacr&#233; aux risques d'un afflux massif de r&#233;fugi&#233;s vers le Kurdistan&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Un reportage de M. Pasinetti est consacr&#233; aux risques d'afflux des r&#233;fugi&#233;s tout autour de l'Irak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Un reportage d'Isabelle Marque sur les troupes mass&#233;es par la Turquie &#224; la fronti&#232;re avec l'Irak souligne les risques d'une offensive contre les Kurdes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 ou 5 reportages sur les effets possibles ou probables de la guerre sur les populations civiles : la dimension &#171; humanitaire &#187; du conflit n'a pas &#233;t&#233; oubli&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Fin de la revue d'avant-guerre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Un bref sujet de Bertrand Aguirre sur les derni&#232;res d&#233;bats au Conseils de s&#233;curit&#233; (en l'absence des USA et de la Grande-Bretagne)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Un bref sujet sur les difficult&#233;s politiques rencontr&#233;es par sur Tony Blair&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Un reportage de F. Buch sur les opposants irakiens au sein de la communaut&#233; irakien en France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Un reportage de N. Ruelle en Arabie Saoudite permet d'apprendre que l'opinion saoudienne n'est pas franchement favorable &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Un reportage de Mich&#232;le Fins au Pakistan permet de donner la parole &#224; une repr&#233;sentante de l'Association r&#233;volutionnaires des femmes afghanes (RAWA) et de faire &#233;tat de leur inqui&#233;tude en Afghanistan&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Et pour finir, un reportage sur &#8230; les &#171; perturbations de trafic a&#233;rien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce simulacre d'exhaustivit&#233;, consacr&#233; pour moiti&#233; aux pr&#233;paratifs anglo-am&#233;ricains, met bout &#224; bout le militaire et l'humanitaire, sans que les enjeux soient distinctement expos&#233;s. Et le m&#234;me simulacre pr&#233;vaudra dans tous les J.T. ult&#233;rieurs, comme si la longueur des temps d'antenne garantissait l'&#233;paisseur de l'information. Subjugu&#233;e par la guerre et la puissance, la t&#233;l&#233;vision est happ&#233;e, du m&#234;me coup, par le standard am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.3.&lt;/strong&gt; Cette surinformation apparente dissimule une sous information effective. La pr&#233;sentation des informations elle-m&#234;me entretient brouillage de l'information. La priorit&#233; accord&#233;e au direct informe plus sur la pr&#233;tendue capacit&#233; d'informer que sur la guerre elle-m&#234;me ; elle m&#234;le le factuel parfois le plus anecdotique &#224; l'information effective, elle-m&#234;me r&#233;duite &#224; une bouillie o&#249; le conditionnel de distanciation d&#233;vore l'indicatif des fait v&#233;rifi&#233;s. La guerre est r&#233;duite &#224; la m&#234;l&#233;e des &#171; rumeurs &#187;. L'information sur les &#171; rumeurs &#187; remplace l'information sur la guerre. L'information en direct, c'est la confusion en direct : le brouillage de la guerre elle-m&#234;me, - r&#233;duite le plus souvent &#224; des images spectaculaires et &#224; des interpr&#233;tations lacunaires &#8211;, de ses cons&#233;quences humaines et de ses enjeux politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, l'information est d&#233;vor&#233;e par la dramatisation, non de la guerre mais de son r&#233;cit. L'exaltation de Jean-Pierre Pernaut pendant le direct ininterrompu de 3h45 &#224; 11 heures du matin, sur TF1, le 20 mars 2003 est jusqu'&#224; pr&#233;sent l'exemple le plus tristement &#233;loquent d'un machiniste enti&#232;rement ajust&#233; &#224; la machinerie t&#233;l&#233;visuelle. La dramatisation du r&#233;cit tient lieu de r&#233;cit dramatique. Sur TF1, la t&#233;l&#233;vision se raconte elle-m&#234;me, commente ce qu'elle voit, se filme et r&#233;sume son propre film, avec ses h&#233;ros, son intrigue, ses surprises. Car la guerre c'est d'abord un sc&#233;nario, et les surprises que r&#233;serve ce sc&#233;nario : &#171; &lt;i&gt;On ne s'attendait pas du tout &#224; des attaques aussi cibl&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Ce sc&#233;nario-l&#224;, les irakiens ne l'attendaient pas du tout&lt;/i&gt; &#187; (Jean-Pierre Pernaut).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, l'information est absorb&#233;e par le spectacle de la proximit&#233;. La &#171; guerre en direct &#187; est encore plus s&#233;lective que la &#171; guerre en diff&#233;r&#233; &#187;. Celle-ci permet de choisir parmi les sources, entre celles qui sont produites de fa&#231;on ind&#233;pendante et celles qui &#233;manent des cha&#238;nes am&#233;ricaines ou des cha&#238;nes arabes. Inutile d'insister sur le fait que la s&#233;lection des sources ne va pas sans discrimination : la suspicion jet&#233;e sur les reportages d'Al Jaseera, a permis notamment de relativiser l'informations produite du point de vue des victimes. &#192; quoi s'ajoutent les effets de la &#171; guerre en direct &#187; qui entretient l'illusion de rendre compte de la guerre &#171; en temps r&#233;el &#187;. Jusqu'&#224; la caricature exhib&#233;e sur TF1, le 20 mars 2003, au journal de 13 heures. Un direct avec Gilles Bouleau, &#224; Londres qui explique les dispositions prises par l'arm&#233;e britannique est interrompu pour faire place &#224; une information en direct du Kowe&#239;t o&#249; une nouvelle alerte a eu lieu. L'envoy&#233; sp&#233;cial, intervient : &#171; &lt;i&gt;Les sir&#232;nes viennent de se taire. C'est dommage. Vous auriez pu&lt;/i&gt;&#8230; &#187;. Dommage, en effet !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'information, enfin, est satur&#233;e par un usage d&#233;sinvolte de l'exigence d'exactitude. Plut&#244;t que de ne diffuser que des informations v&#233;rifi&#233;es, on informe en permanence sur des informations qui &#171; restent &#224; v&#233;rifier &#187;. Plut&#244;t que de r&#233;duire l'incertitude, on l'accro&#238;t, au risque de miner les informations la mieux &#233;tablies. Et quand celles-ci font d&#233;faut, impossible de se taire : &lt;i&gt;&#171; D'o&#249; l'importance d'articuler, &#224; partir du rien disponible, des discours bas&#233;s sur l'ignorance des faits : la recherche d'information, en se faisant en direct, cr&#233;e ainsi une situation d'attente tendue qui d&#233;courage le zapping. Un vide actif, en quelque sorte&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucas, &#171; France2 : impressions d'un soir &#187;, sur le site d'Acrimed.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; La trag&#233;die et l'incertitude de la guerre se transforment en suspense t&#233;l&#233;vis&#233;. Au mieux quelques fragments des op&#233;rations militaires am&#233;ricano-britanniques ; au pire &#171; une collection de suppositions obscures (on dit aussi &#171; rumeurs &#187;) et des sujets sans contenus (une information d&#233;compos&#233;e, en somme) : bref, une incapacit&#233; totale &#224; repr&#233;senter les &#233;v&#233;nements&lt;strong&gt;, &lt;/strong&gt;leurs enjeux,&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;leurs causes et&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;leurs cons&#233;quences &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usage du conditionnel est &#224; cet &#233;gard embl&#233;matique. Le conditionnel conditionne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Halimi et Dominique Vidal, op.cit.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il peut le faire dans les directions les plus diverses. Pendant la guerre du Kosovo, pr&#233;vaut le conditionnel qui majore : &lt;i&gt;&#171; 100 000 &#224; 500 000 personnes auraient &#233;t&#233; tu&#233;es, mais tout &#231;a est au conditionnel &#187; &lt;/i&gt;(Jean Pierre Pernaut, TF1, 20 avril 1999). Pendant la guerre d'Afghanistan, pr&#233;vaut le conditionnel qui minore, que l'on peut reconstituer ainsi : &#171; selon les talibans, Il aurait quelques dizaines de victimes civiles, tout &#231;a au conditionnel, bien s&#251;r &#187;. Pendant la guerre contre l'Irak, pr&#233;vaut le conditionnel qui ignore : celui qui informe &#8230; sur l'ignorance de celui qui en fait usage. De l&#224;, l'invasion de &#171; l'information au conditionnel &#187; ou, plus sobrement, de &#171; l'information conditionnelle &#187; (Jean-Pierre Pernaut). Tout se m&#233;lange, l'indicatif et le conditionnel finissant par se neutraliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux exemples, parmi les plus anodins. Le 20 mars 2003, au Journal de 13 heures sur TF1, le &#171; sp&#233;cialiste &#187; des questions militaires, Jean-Pierre Quittard, propose une r&#233;capitulation des op&#233;rations militaires de la nuit pr&#233;c&#233;dente et pr&#233;sente ce qui va se passer : des pr&#233;visions int&#233;gralement formul&#233;es au futur. Jean-Pierre Pernaut corrige en plateau : &#171; &lt;i&gt;Tout cela au conditionnel, bien s&#251;r, car personne n'avait pr&#233;vu ce qui s'est pass&#233; cette nuit&lt;/i&gt; &#187;. Prudence qui introduit cette autre, quelques temps apr&#232;s : &#171; &lt;i&gt;Une autre image que nous venons de recevoir &#8211; info ou intox, on ne sait pas&#8230; A prendre avec des pincettes.&lt;/i&gt; &#187; Fallait-il alors diffuser cette image et livrer cette information ? C'est &#224; peine si la question se pose et se posera les jours suivants. Le 12 avril 2003, Claire Chazal livre une information sur ce que &#171; on &#187; raconte : &lt;i&gt;&#171; On raconte m&#234;me que des flacons qui contiendraient des virus tr&#232;s dangereux auraient disparu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Relev&#233; par Serge Halimi.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/i&gt; Une rumeur anonyme suivie de l'usage audacieux d'un double conditionnel : un exemple, parmi cent autres, de la rigueur et de la vigilance exemplaire, salu&#233;es par le CSA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, les reportages des envoy&#233;s sp&#233;ciaux ne sont pas r&#233;ductibles aux effets du dispositif pris dans son ensemble. Pris s&#233;par&#233;ment, ces reportages valent souvent beaucoup mieux. Mais les envoy&#233;s sp&#233;ciaux restent g&#233;n&#233;ralement des rouages du dispositif qui informe &#224; travers eux et parfois malgr&#233; eux. Et les informations qu'ils parviennent &#224; glisser dans les mailles du dispositif propagandiste sont min&#233;es par d'autres avatars du r&#233;cit des op&#233;rations militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Propagande lat&#233;rale : d&#233;politisation et doubles standards&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;La priorit&#233; accord&#233;e au r&#233;cit des op&#233;rations militaires du point de vue des arm&#233;es am&#233;ricano-britanniques, a pour premier effet une v&#233;ritable militarisation de l'information. Entendons par l&#224;, non la d&#233;pendance des journalistes &#224; l'&#233;gard des sources militaires, dont ils essaient, tant bien que mal, de s'affranchir, mais la mise en image des op&#233;rations militaires (quelle que soit la connaissance effective que l'on a de leur sens et surtout de leurs effets) au d&#233;triment des autres informations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.1.&lt;/strong&gt; La d&#233;politisation de l'information est alors imm&#233;diate et durable : la guerre, r&#233;duite &#224; la fausse &#233;vidence de son r&#233;cit et l&#233;gitim&#233;e par sa mise en sc&#232;ne t&#233;l&#233;vis&#233;e est soustraite &#224; tout d&#233;bat politique. Ce dernier, quand il existe est rel&#233;gu&#233; en fin de journal : maintenu au sommaire par la seule existence de manifestations qu'il est difficile de passer sous silence, m&#234;me quand on tente d'en simplifier le sens ou d'en r&#233;duire la port&#233;e. Cette d&#233;politisation est manifeste d&#232;s les deux premiers jours de la guerre. Au journal de 13 heures, le 20 mars, sur TF1, priorit&#233; absolue aux informations &#171; &#224; prendre avec des pincettes &#187;, sur les op&#233;rations militaires. Il faudra attendre plus d'un heure pour que viennent enfin &#171; les r&#233;actions &#187; et que la &#171; nouvelle intervention de Jacques Chirac &#187;, regrettant le d&#233;clenchement de la guerre soit diffus&#233;e int&#233;gralement. Encore est-elle pr&#233;sent&#233;e et conclue en soulignant essentiellement &#8230; les mesures prises en mati&#232;re de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au journal de 20 heures, le m&#234;me jour, il faut attendre plus d'une heure d'informations redondantes et approximatives, m&#234;lant les reportages tourn&#233;s sur place, les sujets r&#233;alis&#233;s &#224; Paris, les directs en tous genres, pour que les commentaires sur la guerre elle-m&#234;me soient mentionn&#233;s. Patrick Poivre d'Arvor peut alors livrer ing&#233;nument le sens de ce qui vient de nous &#234;tre dit et montr&#233; : &#171; &lt;i&gt;Une &#233;dition consacr&#233;e aux frappes am&#233;ricaines sur Bagdad&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier exemple : le journal de 20 heures TF1 du 21 mars, pr&#233;sent&#233; par Claire Chazal.. Apr&#232;s la tourn&#233;e des &#171; correspondants de guerre &#187;,&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;viennent enfin les comptes-rendus des manifestations d'opposition &#224; la guerre, assortis de tentatives de neutralisation de leurs objectifs et de leurs sens. Ainsi quand Gilles Boulleau rend compte des manifestations de Londres, c'est pour conclure : &#171; &lt;i&gt;Malgr&#233; les 100 000 personnes qui ont pi&#233;tin&#233;&lt;/i&gt; (sic) &lt;i&gt;les pelouses de Hyde Park, tout le monde&lt;/i&gt; (re-sic) &lt;i&gt;a bien conscience que la tornade pacifiste s'est transform&#233;e en vaguelette&lt;/i&gt; &#187;. Quant au reportage sur la manifestation de Paris, dont le commentaire confronte le d&#233;roulement avec ce qui se passe au m&#234;me moment en Irak, il est l'occasion d 'un parall&#232;le d'une exquise d&#233;licatesse, d&#233;nu&#233; d'intention malveillante : &#171; &lt;i&gt;1heures 20. La t&#234;te du cort&#232;ge atteint la Place de la Bastille. A la m&#234;me heures des soldats am&#233;ricains tombent dans une embuscades et son tu&#233;s dans le d&#233;sert irakien &#187;.&lt;/i&gt; Et apr&#232;s l'habituel micro-trottoir, quelques images de jets de projectiles, assorties de cette vigoureuse le&#231;on de morale : &#171; &lt;i&gt;La tentation de s'en prendre aux symboles am&#233;ricains est encore forte. Mais c'est le fait de quelques individus qui ont oubli&#233; le sens du mot paix&lt;/i&gt; &#187;. Heureusement que TF1 est l&#224; pour nous rappeler, en pleine guerre, le sens de ce mot !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, de la t&#233;l&#233;vision &#224; la presse &#233;crite, les effets de la propagande de guerre n'ont pas manqu&#233; de s'infiltrer, comme en t&#233;moignent les doubles standards informatifs et explicatifs, dont la t&#233;l&#233;vision nous a offert de nombreux &#233;chantillons : selon qu'il s'agit des arm&#233;es am&#233;ricaine et britannique ou des Irakiens, militaires ou civils, les images de la guerre (et des prisonniers) ainsi la pr&#233;sentation des victimes, civiles et militaires sont singuli&#232;rement asym&#233;triques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.2.&lt;/strong&gt; D&#233;pit&#233;s, frustr&#233;s, contrits, nombre de journalistes ont d&#233;plor&#233; que la guerre de 1991 ait &#233;t&#233; une &#171; guerre sans images &#187;. Ou plus exactement qu'elle ait &#233;t&#233; une guerre dont les seules images &#233;taient celles que fournissait le Pentagone : des images des bombardements &#171; intelligents &#187;, vus du ciel, sans destructions visibles d'objectifs civils ni victimes innocentes. Aussi se sont-ils bruyamment f&#233;licit&#233;s de l'importance des envoy&#233;s sp&#233;ciaux, de la concurrence des cha&#238;nes, des reporters &#171; embarqu&#233;s &#187;, des directs de Bagdad et d'ailleurs qui donnaient &#224; voir la guerre. Mais que donnaient-ils exactement &#224; voir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images donnent &#224; voir, d'abord &#8230;ce que montrent les cam&#233;ras. Mais ce que montrent les cam&#233;ras d&#233;pend de leur emplacement. Certes, l'arm&#233;e irakienne n'avait pas invit&#233; de journalistes dans ses rangs. Mais cela suffit-il &#224; expliquer que toute la guerre, s'agissant des op&#233;rations militaires, ait &#233;t&#233; tourn&#233;e du point de vue de l'arm&#233;e am&#233;ricaine ? L'asym&#233;trie &#233;tant totale et le contenu tr&#232;s pauvre en informations v&#233;ritables, pourquoi cette complaisance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images donnent &#224; voir, ensuite, ce que choisissent les responsables de l'information. Fallait-il, sous pr&#233;texte que c'&#233;taient les cha&#238;nes arabes diffusaient des images des bless&#233;s et des victimes ou que c'&#233;taient les autorit&#233;s irakiennes qui invitaient &#224; filmer les destructions d'&#233;difices civils et les bless&#233;s en user avec tant de pr&#233;cautions ? N'est-il pas plus choquant de s'attarder sur des images chars fon&#231;ant dans le d&#233;sert ou de bombardements vus de loin que sur les effets les plus directs de ces bombardements ? Est-il indispensable de rendre insensible pour m&#233;nager les sensibilit&#233;s ? Ou bien s'agit-il de m&#233;nager les opinions publiques hostiles &#224; la guerre et &#224; ses effets d&#233;sastreux ? Pourquoi s'attarder sur les victimes militaires am&#233;ricaines et britanniques et sur la douleur (souvent doubl&#233;e de fiert&#233;) de leurs familles et ne tenir qu'une approximative comptabilit&#233; des morts dans les rangs irakiens ? La douleur de leurs familles est-elle moins respectable que celles des familles occidentales ? Est-elle politiquement incorrecte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions soulev&#233;es par les images des prisonniers sont exemplaires de l'existence de ce double standard. Les cha&#238;nes fran&#231;aises ont diffus&#233; des images de reddition de militaires irakiens. Mais la question d&#233;ontologique ne s'est v&#233;ritablement pos&#233;e que lorsque les cha&#238;nes arabes ont diffus&#233; des images de prisonniers am&#233;ricains. C'est alors et alors seulement que la controverse sur le traitement des prisonniers de guerre et en particulier sur leur traitement m&#233;diatique a pris de l'ampleur, notamment dans la presse &#233;crite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lib&#233;ration du 24 mars consacre un article &#224; cette controverse : &#171; Faut-il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourtant Patrick Poivre d'Arvor, pr&#233;pos&#233; &#224; la c&#233;l&#233;bration de sa cha&#238;ne, n'h&#233;sitait pas, dans le journal de TF1, &#224; professer, avec l'assurance qu'on lui conna&#238;t, une demi-v&#233;rit&#233; o&#249; l'on reconna&#238;t le sp&#233;cialiste des demi-mensonges. Faisant r&#233;f&#233;rence &#224; la Convention de Gen&#232;ve, mais n'&#233;voquant que les images des visages des prisonniers, sans dire un mot des situations dans lesquels ils sont film&#233;s, Patrick Poivre d'Arvor d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;Nous avions d'ailleurs pris soin de masquer leurs visages sur notre antenne&lt;/i&gt; &#187;. En v&#233;rit&#233;, des images humiliantes (et sans &#171; masque &#187;) de prisonniers irakiens avaient &#233;t&#233; diffus&#233;es sans pr&#233;caution sur la cha&#238;ne quand &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, nous apprenait ceci : &#171; &lt;i&gt;Conscient de ne pas avoir proc&#233;d&#233; de la m&#234;me fa&#231;on la veille avec les images de prisonniers irakiens, M. Namias a fait &#034;&lt;/i&gt;maquiller&lt;i&gt;&#034; les archives afin qu'elles ne permettent plus de reconna&#238;tre les individus&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Art.cit.&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.3.&lt;/strong&gt; Quant aux victimes, certaines d'entre elles ne seront pas &#171; maquill&#233;es &#187;, m&#234;me pour les archives : simplement d&#233;class&#233;es ou oubli&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journal de TF1, 20 heures, 21 mars 2003, pr&#233;sent&#233; par Claire Chazal. Alors que quelques reportages auparavant, on mentionne avec prudence le chiffre de 3 morts et 207 bless&#233;s &#224; Bagdad, sans &#234;tre en mesure de donner le moindre chiffre, f&#251;t-il contestable, de la totalit&#233; des victimes civiles et militaires du c&#244;t&#233; irakien, Claire Chazal, annonce, sans pr&#233;ciser quelle est l'origine des victimes dont elle parle : &#171; &lt;i&gt;Le bilan de ces quatre premiers jours de guerre, en termes humains, est assez lourd puisque selon les derni&#232;res informations, 21 soldats am&#233;ricains et britanniques auraient trouv&#233; la mort&lt;/i&gt; &#187;. Suivent alors les r&#233;actions de deux familles am&#233;ricaines &#8211; diffus&#233;es sur toutes les cha&#238;nes (sans doute en attendant de faire de m&#234;me pour les familles de soldats irakiens&#8230;), puis des informations sur les journalistes morts ou disparus. Un bilan &#8211; c'est la fin de la s&#233;quence &#8211; des &#171; &lt;i&gt;premi&#232;res victimes de cette guerre contre l'Irak&lt;/i&gt; &#187;. On pourrait croire que le contexte suffit &#224; expliquer cette pr&#233;sentation totalement unilat&#233;rale, qui ne retient comme victimes de la guerre que les militaires am&#233;ricains et anglais. Mais non. Quelques instants plus tard, apr&#232;s avoir c&#233;d&#233; la parole &#224; Lo&#239;c Berrou - qui &#233;voque la &#171; &lt;i&gt;doctrine audacieuse&lt;/i&gt; &#187;, le &#171; &lt;i&gt;pari risqu&#233;&lt;/i&gt; &#187; de l'Etat-major am&#233;ricain -, Claire Chazal reprend : &#171; &lt;i&gt;Il faut souligner &#224; ce stade que, selon en tout cas les premiers bilans officiels, il y a plus de victimes du c&#244;t&#233; am&#233;ricano-britanniques que du c&#244;t&#233; irakien, selon, encore une fois les bilans officiels&lt;/i&gt; &#187;. Ainsi, des bilans officiels dont on dit par ailleurs qu'ils sont inv&#233;rifiables, permettent d'&#233;tablir une comparaison&#8230; &#233;videmment inv&#233;rifiable, mais qu' &#171; &lt;i&gt;il faut souligner &#224; ce stade&lt;/i&gt; &#187;. Plus effarant encore, la comparaison ind&#233;cente met en balance les chiffres officiels des victimes militaires de la &#171; coalition &#187; am&#233;ricano-britannique, avec celui des victimes civiles (vraisemblablement plus nombreuses que ne le disent les autorit&#233;s irakiennes) de la seule ville de Bagdad, &#8230; alors que l'on ne sait rien des victimes civiles dans les autre villes ou localit&#233; du pays. Mais surtout &#171; il faut souligner &#224; ce stade &#187; que le bilan de Claire Chazal, ne dit pas un mot des victimes militaires irakiennes. Pourquoi ? Parce que l'inhumanit&#233; des soldats irakiens (et de leurs familles &#8230;) serait telle qu'ils ne m&#233;ritent aucune compassion &#8211; ce sentiment si fort r&#233;pandu &#224; tous propos sur TF1 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journal de TF1, 1er avril 2003, 20 heures. Apr&#232;s plusieurs &#171; sujets &#187; centr&#233;s sur les op&#233;rations militaires du point de vue am&#233;ricain, un reportage dans un quartier sud de Bagdad, o&#249; des missiles ont rat&#233; leur cibles, donne &#224; voir et &#224; entendre des habitants : ceux d'une maison d&#233;truite (voisine d'une autre o&#249; deux habitants sont morts ). Enfin, Jean-Pierre About commente quelques images prises, dit-il, &#171; sur la route du retour &#187; : devant un cimeti&#232;re &#171; des familles qui portaient sur leurs &#233;paules les morts de la derni&#232;re nuit d'horreur &#187;. Fin. Patrick Poivre d'Arvor encha&#238;ne aussit&#244;t : &#171; Il convient de rappeler que nos &#233;quipes de reportage l&#224;-bas sont toujours accompagn&#233;e d'officiels irakiens &#187;. Comme s'il fallait, volontairement ou pas, neutraliser le reportage et la derni&#232;re phrase de Jean-Pierre About. D'autant que le reportage suivant porte sur le tournage d'un clip de propagande &#224; la gloire de Saddam Hussein&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journal de TF1, 2 avril 2003, 20 heures. Pr&#233;sentation du journal. Apr&#232;s un bref r&#233;sum&#233; des op&#233;rations militaires, cette liaison : &#171; &lt;i&gt;Par ailleurs, de nombreuses victimes civiles ont &#233;t&#233; touch&#233;es aujourd'hui&lt;/i&gt; &#187;. Par ailleurs&#8230; Le journal proprement dit s'ouvre sur un reportage tourn&#233; de nuit dans les environs de Kerabala, aux c&#244;t&#233;s de la 3&#232;me Division d'infanterie et fait &#233;tat de &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s nombreuses victimes civiles comme en t&#233;moignent ces images tourn&#233;es sous contr&#244;le irakien&lt;/i&gt; &#187;. Une pr&#233;cision qui plac&#233;e ici impose une distance sans doute indispensable&#8230; Et ce n'est pas fini. Apr&#232;s un second reportage, Patrick Poivre d'Arvor, ma&#238;tre des transitions, pr&#233;sente ainsi le reportage suivant : &#171; &lt;i&gt;Ces combats, on l'a vu, sont tr&#232;s meurtriers de part et d'autre &lt;/i&gt; &#187;. Ce que l'on a vu jusqu'alors, ce sont des victimes civiles irakiennes, dont on nous a pr&#233;cis&#233; que les images avaient &#233;t&#233; tourn&#233;es sous contr&#244;le. Ce qu'il s'agit de nous pr&#233;senter maintenant, c'est un assez long reportage de Bernard Volker qui recueille les t&#233;moignages de militaires am&#233;ricains bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce double standard dans la pr&#233;sentation des victimes peut s'&#233;tendre aux journalistes eux-m&#234;mes, comme s'il fallait distinguer : &#171; les n&#244;tres &#187; et &#171; les autres &#187;. Mercredi 8 avril 2003. Journal de 20 heures. Les titres : &#171; &lt;i&gt;Violents combats&lt;/i&gt; (&#8230;). &lt;i&gt;Les chars continuent leur avanc&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. Suivi de ceci : &#171; &lt;i&gt;Lors de cette perc&#233;e, un blind&#233; am&#233;ricain a tir&#233; sur l'H&#244;tel Palestine o&#249; sont log&#233;s la plupart des journalistes. Deux de nos confr&#232;res ont &#233;t&#233; tu&#233;s, un Espagnol et un Ukrainien. Par ailleurs, un correspondant d'&lt;/i&gt;Al-Jazeera&lt;i&gt; lui aussi a &#233;t&#233; tu&#233; dans le quartier des Minist&#232;res&lt;/i&gt; &#187;. Par ailleurs, encore&#8230;. Ainsi, il y aurait &#171; &lt;i&gt;nos confr&#232;res&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;par ailleurs, un correspondant&lt;/i&gt; &#187;. Il y a &#171; &lt;i&gt;L'H&#244;tel Palestine o&#249; sont log&#233;s la plupart des journalistes&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;le quartier des Minist&#232;res&lt;/i&gt; &#187;. En r&#233;alit&#233; : l'immeuble qui abrite les locaux d'Al.-Jazeera&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La neutralit&#233; est apparente, et la d&#233;politisation des enjeux est en v&#233;rit&#233; une politique. Intentionnelle ou non, elle se confirmera au fil des jours et culminera avec la &#171; chute de Bagdad &#187; : apr&#232;s la l&#233;gitimation de la guerre par son r&#233;cit, viendra le temps de la l&#233;gitimation de la guerre pas son r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. De la t&#233;l&#233;vision &#224; la presse &#233;crite : la l&#233;gitimation de la guerre par sa propagande ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;En attendant, force est d'admettre que la plupart des journalistes ont fait un ind&#233;niable effort de sobri&#233;t&#233; et d'exactitude pour &#233;viter que leur langage n'&#233;pouse sans discernement le point de vue des Etats-majors am&#233;ricain et britannique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tel &#233;tait l'objectif affich&#233; d&#232;s le d&#233;but des bombardements. Lire notamment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourtant, de la propagande insidieuse nich&#233;e dans les mots et la rh&#233;torique de la guerre, &#224; la propagande silencieuse sous-jacente aux commentaires, les m&#233;dias fran&#231;ais n'ont gu&#232;re fait preuve d'autant d'innocence qu'il peut y para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Propagande insidieuse ? Les mots et la rh&#233;torique de la guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1.&lt;/strong&gt; Quelle est donc cette guerre qui, commenc&#233;e en 1991, n'a pas cess&#233; depuis et dont les bombardements dans la nuit du 19 au 20 mars 2003 ont marqu&#233; le d&#233;but d'une nouvelle phase ? Pour la quasi-totalit&#233; de m&#233;dias fran&#231;ais, c'est une nouvelle guerre distincte de celle de 1991. Comment d&#233;signer alors cette nouvelle guerre ? De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, on parlera plut&#244;t la &#171; guerre en Irak &#187; que de la &#171; guerre contre l'Irak &#187;. Et pour &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, nous serions pass&#233;s &#8211; ainsi varie le surtitre de la &#171; s&#233;quence &#187; correspondante - de &#171; La crise irakienne &#187; au &#171; conflit irakien &#187;. Pourtant, non sans audace, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; commence par appeler la guerre par son nom&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que Le Monde est dat&#233; du lendemain de sa parution dans la r&#233;gion (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le titre de &#171; Une &#187; de l'&#233;dition dat&#233;e du 21 mars annonce : &#171; &lt;i&gt;La guerre am&#233;ricaine a commenc&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Et dans le num&#233;ro dat&#233; du 22 mars, le titre de la &#171; Une &#187; - &#171; &lt;i&gt;La coalition am&#233;ricaine envahit l'Irak&lt;/i&gt; &#187; - est confirm&#233; par celui la page 2 : &#171; &lt;i&gt;L'invasion de l'Irak par les troupes anglo-am&#233;ricaines a commenc&#233; &lt;/i&gt; &#187;. Mais, sauf erreur ou omission de notre part, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; n'a pas &#233;t&#233; suivi par ses confr&#232;res et n'a pas renouvel&#233; son audace&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde dat&#233; du 28 mars pr&#233;f&#232;re parler de &#171; La guerre de George W. Bush &#187; : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourquoi le terme d' &#171; invasion &#187;, pourtant parfaitement appropri&#233; en l'occurrence, est-il absent du lexique journalistique ? Sans doute par ce que l'invasion n'&#233;tant ni l&#233;gale, ni l&#233;gitime doit &#234;tre condamn&#233;e sans r&#233;serve, ni contorsion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; d&#233;signer plus pr&#233;cis&#233;ment les auteurs de cette invasion. Les expressions exactes, mais longues, ne r&#233;sistent pas toujours au souci de simplifier, voire de soutenir. De la &#171; coalition aux &#171; alli&#233;s &#187;, les &#224;-peu-pr&#232;s et les d&#233;rapages se multiplient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partenaires de la guerre contre l'Irak forment forme, certes une &#171; coalition &#187;, c'est-&#224;-dire, selon le dictionnaire, une &#171; association de plusieurs nations contre un ennemi commun &#187;. Mais comme ladite &#171; coalition &#187; est enti&#232;rement plac&#233;e sous h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine, la neutralit&#233; du vocable le rend moins neutre qu'il n'y para&#238;t&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans doute est-ce la raison pour laquelle Le Monde dat&#233; 22 mars recourt &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De surcro&#238;t, la &#171; coalition &#187; est dans le contexte de cette guerre, un terme venu du gouvernement et de l'Etat-major am&#233;ricains pour dissimuler leur h&#233;g&#233;monie et donner l'impression qu'ils sont largement soutenus : c'est un terme marqu&#233; par la propagande (et par le souvenir de la guerre du Golfe de 1991).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non contents de d&#233;signer l'attelage am&#233;ricano-britannique (flanqu&#233; de quelques troupes auxiliaires) par le mot - la &#171; coalition &#187; - qu'emploie le chef de file des bombardiers, nombre de m&#233;dias trouvent plus simple, plus clair, plus percutant sans doute de le nommer &#171; les alli&#233;s &#187;. De France-Info ou TF1, o&#249; le terme prolif&#232;re d&#232;s le soir du 19 mars, &#224; France 2, o&#249; il s'incruste occasionnellement, une &#233;vidence s'est impos&#233;e : une alliance ... est compos&#233;e d' &#171; alli&#233;s &#187;. Ainsi, et &#224; titre d'exemple, dans le journal de 20 heures de TF1, le lundi 24 mars, Patrick Poivre d'Arvor, &#224; trois reprises au moins, se laisse aller. D'abord : &#171; &lt;i&gt;Le gros des troupes alli&#233;es poursuit son avanc&#233;e sur Bagdad&lt;/i&gt; &#187;. Ensuite : &#171; &lt;i&gt;Les troupes alli&#233;es semblent rencontrer des difficult&#233;s qu'elles n'avaient pas pr&#233;vues&lt;/i&gt; &#187;. Et enfin, plus sobrement : &#171; &lt;i&gt;Les alli&#233;s ne semblent pas avoir pris Bassorah et Oum Ksr&lt;/i&gt; &#187;. Moins fr&#233;quemment, voire occasionnellement, la presse &#233;crite fait de m&#234;me. Ainsi, &#224; la &#171; Une &#187; du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; dat&#233; du 25 mars, on peut lire le sous-titre suivant : &#034;&lt;i&gt;Des morts, des prisonniers, des erreurs de tirs : les premiers revers des alli&#233;s&lt;/i&gt;&#034; ? Et &#224; la &#171; Une &#187; du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; dat&#233; du 28 mars, on peut lire ce r&#233;sum&#233; : &#171; &lt;i&gt;L'offensive alli&#233;e marque le pas&lt;/i&gt; &#187;. On voudrait croire &#224; un effet de la simple routine ou de la nostalgie &#233;plor&#233;e : pour ces alliances dont la France faisait partie dans les guerres pr&#233;c&#233;dentes. &#192; moins qu'il ne s'agisse, plus cyniquement, de faire jouer toutes les r&#233;sonances historiques de ce terme, venues de la derni&#232;re guerre mondiale. &#192; d&#233;faut d'en &#234;tre, nous aurions ainsi une alliance qui combattrait pour nous contre le nouvel Hitler du moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vocabulaire charg&#233; de d&#233;signer les effets de la guerre ne lui r&#233;siste pas non plus. Impassibles, la plupart des journalistes enregistrent des &#171; destructions &#187;, sans distinguer, comme les arm&#233;es am&#233;ricaine et britannique, les objectifs militaires et les objectifs civils, du moins tant qu'il s'agit de b&#226;timent publics, de centrales &#233;lectriques, d'&#233;coles : tous objectifs r&#233;put&#233;s &#171; militaires &#187;. De m&#234;me, ils parleront &#224; l'unisson de &#171; reconstruction &#187;, sans gu&#232;re s'attarder sur l'origine des &#171; destructions &#187;. Mais surtout, les bombardements &#171; cibl&#233;s &#187; et les armes &#171; intelligentes &#187; atteignent des civils et multiplient les bless&#233;s et les morts. &#171; D&#233;g&#226;ts collat&#233;raux &#187; ? Les journalistes refusent d&#233;sormais de reprendre &#224; leur compte ce vocabulaire obsc&#232;ne. Pourtant, nombre d'entre eux continuent de dire &#171; bavures &#187;. La presse &#233;crite peut tenter de se d&#233;douaner en mettant les &#171; bavures &#187; entre guillemets. Encore cette maigre protection contre la barbarie des mots n'est-elle pas g&#233;n&#233;rale. Quelques exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, Jeudi 27 mars 2003, p. 3, titre : &#171; Premi&#232;re bavure de la coalition &#224; Bagdad : 14 morts, 30 bless&#233;s &#187;. L'auteur de l'article &#8211; Adrien Jeaulmes, envoy&#233; sp&#233;cial &#224; Bagdad &#8211; place, il est vrai, la &#171; bavure &#187; (et l' &#171; erreur &#187;) entre guillemets. Mais il conclut ainsi son article, apr&#232;s avoir invoqu&#233; les &#171; conditions m&#233;t&#233;o &#233;pouvantables &#187; : &#171; &lt;i&gt;Cette premi&#232;re &#171; bavure &#187; est aussi le r&#233;sultat de l'habile strat&#233;gie irakienne, consistant &#224; disperser ses forces &#224; l'int&#233;rieur des villes.&lt;/i&gt; &#187;. Tout compte fait, il s'agit &#224; peine d'une &#171; bavure &#187;, mais de la cons&#233;quence d'une erreur accidentelle, d'une m&#233;t&#233;o &#233;pouvantable et d'une strat&#233;gie irakienne intentionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, mercredi 2 avril 2003 sous-titre ainsi sa &#171; une &#187; (&#171; Irak &#8211; Les civils sous le feu &#187;) : &#171; Bavures et bombardements meurtriers se multiplient, comme hier pr&#232;s de Hilla &#187;. La diff&#233;rence entre &#171; bavures &#187; et &#171; bombardements meurtriers &#187; &#233;chappera peut-&#234;tre au lecteur. Mais le titre des pages 2 et 3 est moins &#233;conome de pr&#233;cautions : &#171; Premiers carnages civils de l'arm&#233;e am&#233;ricaine &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De m&#234;me dans Lib&#233;ration du lundi 31 mars, p. 10..&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, mercredi 2 avril 2003, p. 5. - Un titre : &#171; &lt;i&gt;Le Pentagone mis &#224; mal par les bavures&lt;/i&gt; &#187; Quelles bavures ? &#171; &lt;i&gt;La bavure de la route n&#176;9&lt;/i&gt; &#187;, comme l'appelle, &#224; trois reprises, le correspondant du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; &#224; Washington, Jean-Jacques M&#233;vel. De quoi s'agit-il exactement. D'un &#171; incident &#187;, comme notre z&#233;l&#233; correspondant rebaptise la &#171; bavure &#187; (ou la &#171; &lt;i&gt;tuerie&lt;/i&gt; &#187;, ainsi qu'il la d&#233;signe en passant) quand il est en panne de vocabulaire. Que s'est-il pass&#233; ? Ce n'est pas clair : &#171; &lt;i&gt;Les circonstances exactes de l'incident se perdent dans le brouillard de la guerre&lt;/i&gt; &#187;. &#171; Brouillard de la guerre &#187; ! &#8230; &#171; Brouillard &#187; qui se dissipe s&#251;rement lorsque l'on apprend au passage que &#171; &lt;i&gt;tout villageois est un terroriste en puissance&lt;/i&gt; &#187;. Ainsi est &#171; terroriste &#187; quiconque a recours aux armes contre des militaires am&#233;ricains. Quoi qu'il en soit, le &#171; brouillard &#187; invite &#224; tirer cette le&#231;on pleine de tact : &#171; &lt;i&gt;Dans la bavure de la route n&#176;9, les responsabilit&#233;s sont s&#251;rement partag&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. Par qui ? Par les soldats am&#233;ricains et leurs victimes sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficile d'invoquer, pour justifier de tels abus, la pr&#233;cipitation et les d&#233;lais de &#171; bouclage &#187; : entre deux guerres depuis 1991, quelques p&#233;riodes de r&#233;pit avaient &#233;t&#233; laiss&#233;es &#224; la r&#233;flexion.. &#171; Bavure &#187; att&#233;nue la cons&#233;quence. On met en avant une pr&#233;tendue cause avant d'en d&#233;crire les effets, comme si la cause elle-m&#234;me ne r&#233;sidait pas avant tout dans l'existence m&#234;me des bombardements. &#201;tait-il si difficile de commencer par les faits ? Les bombardements provoquent des morts, souvent des tueries, parfois des carnages au sein de la population civile. Ensuite peut venir l'explication, qui devrait toujours souligner que ce sont les militaires qui parlent de &#171; bavure &#187;, comme pour d&#233;gager leur responsabilit&#233; ou d'&#171; erreurs &#187;, laissant ainsi penser que l'horreur est avant tout accidentelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.2.&lt;/strong&gt; Et l'on passe ainsi insensiblement des mots de la guerre &#224; sa rh&#233;torique. Question de vocabulaire, une fois encore. Les op&#233;rations militaires sont pr&#233;sent&#233;es dans le langage des arm&#233;es am&#233;ricaine et britannique. Les bombardements continuent souvent &#224; s'appeler des &#171; frappes &#187;, et m&#234;me des &#171; frappes cibl&#233;es &#187; ou des &#171; frappes d'appui au sol &#187;. Et tout le vocabulaire d'Etat-major suit : &#171; s&#233;curiser &#187;, placer &#171; sous contr&#244;le &#187;, se heurter &#224; des &#171; poches de r&#233;sistance &#187; et parfois m&#234;me &#171; pacifier &#187; et &#171; nettoyer. &#187;. La d&#233;sinvolture avec laquelle le vocabulaire militaire est pris en charge provoque de singuliers d&#233;g&#226;ts collat&#233;raux, lorsqu'il s'agit d'expliquer les op&#233;rations des &#171; alli&#233;s &#187; contre les &#171; poches de r&#233;sistance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, au Journal t&#233;l&#233;vis&#233; de 13 heures sur TF1&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Exemple relev&#233; par David No&#235;l sur le site d'Acrimed.&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une audacieuse comparaison nous informe que les jardiniers am&#233;ricains combattent les moustiques irakiens avec des jets d'a&#233;rosol. Voici comment. L'envoy&#233; sp&#233;cial de TF1 &#224; Kowe&#239;t-City tente d'expliquer au pr&#233;sentateur Jean-Pierre Pernaut, comment, du point de vue des soldats am&#233;ricains, se d&#233;roulent les combats : &#171; &lt;i&gt;Imaginez, Jean-Pierre, vous &#234;tes dans votre jardin, piqu&#233; par des moustiques, mais &#231;a ne vous emp&#234;che pas de b&#234;cher ; si les moustiques deviennent trop nombreux, alors, vous allez lancer un jet d'a&#233;rosol...&lt;/i&gt; &#187;. Tout y est : l'animalisation de l'ennemi, nuisible, combattu par des jardiniers, paisibles, qui n'utilisent leur a&#233;rosol qu'en dernier recours...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La narration de la guerre est indissociable de sa personnalisation. Une personnalisation qui contribue &#224; sa d&#233;politisation. D&#232;s le 20 mars, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (dat&#233; du 21 mars 2002) publie, sous la signature de Jan Krauze, un &#171; portrait &#187; de &#171; &lt;i&gt;Tommy Franks, chef de guerre&lt;/i&gt; &#187; (c'est ainsi qu'il est pr&#233;sent&#233; &#224; la &#171; Une &#187;), sous le titre : &#171; &lt;i&gt;Tommy Franks, le Taciturne&lt;/i&gt; &#187;. Ce portait sera suivi le lendemain (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; dat&#233; du 22 mars) d'un portrait de Tony Blair, r&#233;dig&#233; par Jean-Pierre Langellier et intitul&#233; : &#171; &lt;i&gt;Tony Blair, l'obstin&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, le commentaire de la conf&#233;rence de presse r&#233;unie par Tommy Franks, chef de l'Etat major am&#233;ricain, nous a valu dans le journal de 20 heures sur TF1 le 21 mars 2003, non un compte-rendu du contenu de cette conf&#233;rence de propagande, avec ses informations biais&#233;es et ses silences &#233;loquents, mais une nomination pour de futures m&#233;dailles. En effet, le journaliste a trouv&#233; &#187; &#171; l'angle &#187; qui permet d'informer sur la d&#233;sinformation, sans rien en dire : parler de Tommy Franck lui-m&#234;me. : &#171; &lt;i&gt;L'homme de cette 2e guerre du Golfe&lt;/i&gt; &#187;. Dont on apprend ainsi, images et propos &#224; l'appui, qu'il est &#171; &lt;i&gt;empreint de religion&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;peu loquace&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;fin communicant&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;capable de plaisanter &lt;/i&gt; &#187;. Certes, il a pr&#233;sent&#233; &#171; &lt;i&gt;un show&lt;/i&gt; (sic) &lt;i&gt;pendant lequel il n'a rien dit&lt;/i&gt; &#187;, mais l'essentiel est r&#233;sum&#233; dans cette conclusion du &#171; reportage &#187; : &#171; &lt;i&gt;La deuxi&#232;me guerre du Golfe a trouv&#233; son visage&lt;/i&gt; &#187;. Et gr&#226;ce &#224; TF1, la guerre a d&#233;j&#224; fait un h&#233;ros. Et cette h&#233;ro&#239;sation pour la post&#233;rit&#233; est compl&#233;t&#233;es par une comparaison pour le bon motif. Bernard Volker, dont chaque intervention m&#233;riterait d'&#234;tre relev&#233;e tant elles sont de petits chefs- d'&#339;uvre de propagande, commente : Saddam Hussein est sans doute &lt;i&gt;&#171; toujours vivant, terr&#233; dans son Bunker, en quelque sorte comme Hitler en avril 45&lt;/i&gt; &#187;. Tr&#232;s inform&#233; Bernard Volker &#171; sait &#187; que des tractations seraient en cours pour faciliter l'&#233;ventuelle fuite de Saddam Hussein. Mais, voil&#224; : &#171; &lt;i&gt;Il se peut &#233;galement que Saddam Hussein pr&#233;f&#232;rera entra&#238;ner dans sa chute le plus grand nombre possible de soldats et de civils en une sorte d'Apocalypse &lt;/i&gt; &#187;. On peut ne pas &#233;prouver une excessive sympathie pour Saddam Hussein, et appr&#233;cier la subtilit&#233; de la comparaison avec Hitler, &#8230; qui suffit &#224; justifier la guerre sans avoir &#224; le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, avec une inconscience professionnelle qui co&#239;ncide curieusement avec leur r&#233;cit militaris&#233; de la guerre am&#233;ricaine du point de vue de la guerre am&#233;ricaine, la plupart des reporters de t&#233;l&#233;vision et nombre de journalistes de la presse &#233;crite amalgament sous l'expression d' &#171; aide humanitaire &#187;, l'aide militairement d&#233;sint&#233;ress&#233;e (que s'efforcent d'apporter la Croix-Rouge et un certain nombre d'ONG) et le ravitaillement convoy&#233; par les troupes am&#233;ricaines et britanniques &#224; des fins politico-militaires parfaitement identifiables : tenter de s&#233;duire les &#171; populations &#187; (comme ils disent&#8230;) dont ils ont provoqu&#233; ou pr&#233;cipit&#233; la d&#233;tresse et le d&#233;nuement. Qu'importe si l' &#171; humanitaire militaire &#187; est une contradiction dans les termes que d&#233;noncent certaines organisations (comme elles l'ont fait notamment lors de la guerre du Kosovo). Qu'importe si l'invasion am&#233;ricaine est la cause imm&#233;diate la plus directe des privations de nourriture et d'eau potable ! Qu'importe si les Irakiens ont &#233;t&#233; les victimes d'un embargo de dix ans qui est une des causes moins imm&#233;diates d'une situation alimentaire et sanitaire dont pr&#232;s de 500000 enfants sont morts et qui a min&#233; la sant&#233; de tant d'autres ! Qu'importe si le marchandage &#171; p&#233;trole contre nourriture &#187;, que ce soit ou non avec la complicit&#233; active du r&#233;gime irakien, a litt&#233;ralement pris en otage tout un peuple !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aveuglement, intentionnel ou non, des envoy&#233;s sp&#233;ciaux et autres commentateurs avis&#233;s, sans doute anim&#233;s d'une non moins aveugle sinc&#233;rit&#233; &#8230; humanitaire ne les incitent pas &#224; pousser la compassion au-del&#224; de ce qu'autorise un vocabulaire arm&#233;, alors qu'il serait plus exact de parler simplement de &#171; ravitaillement militaire &#187;. Il y aurait ainsi le nom : &#171; ravitaillement &#187;, et sa sobre qualification : &#171; militaire &#187;. Le probl&#232;me sous-jacent, pourtant, n'est pas nouveau. &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, avant le commencement de l'invasion de l'Irak, titre &#224; la &#171; Une &#187;, le 4 mars : &#171; &lt;i&gt;Irak : Humanitaires contre militaires&lt;/i&gt; &#187;. Un titre pr&#233;cis&#233; par ce sous&#8211;titre : &#171; Mobilisation chez les ONG, qui d&#233;noncent la volont&#233; am&#233;ricaine de les encadrer en cas de guerre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'article correspondant - de Thomas Hofnung - porte pour titre : &#171; Des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De semblables prises de position pourraient inviter &#224; un minimum de prudence, sinon de d&#233;cence. Celle-l&#224; m&#234;me qui fait totalement d&#233;faut quand, dans &lt;i&gt;Le Journal du Dimanche&lt;/i&gt; du dimanche 6 avril (p. 3), on peut lire sous le titre &#171; &lt;i&gt;Humanitaire &#187; &lt;/i&gt;cette note sign&#233;e S.J. : &#171; &lt;i&gt;Conscients de la faiblesse actuelle de l'aide humanitaire distribu&#233;e dans le dans le sud de l'Irak, des responsables am&#233;ricains ont annonc&#233; hier que deux navires charg&#233;s de 56.000 tonnes de bl&#233; &#8211; une quantit&#233; suffisante pour nourrir 4, 5 millions d'Irakiens pendant un mois &#8211; faisaient route en direction du port d'Oum Qasr&lt;/i&gt;. &#187;. Quelle est la cause de la &#171; faiblesse &#187; dont &#171; des responsables am&#233;ricains &#187; seraient &#171; conscients &#187; ? Quelle est cette &#171; aide humanitaire &#187;, qui serait d&#233;ficiente ? Celle qui seule en m&#233;rite le titre ou le ravitaillement, convoy&#233;s par les militaires et auxiliaires de leur combat ? Ces questions ne m&#233;ritent m&#234;me pas d'&#234;tre pos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, la pr&#233;tention de b&#226;tir sur des informations militaires, glan&#233;e au jour le jour, au conditionnel ou &#224; l'indicatif, des explications g&#233;n&#233;rales, fr&#233;quemment d&#233;menties, a occup&#233; des centaines de pages et d'heures d'antenne. Inutile d'insister sur les pronostics de la &#171; guerre &#233;clair &#187; (g&#233;n&#233;reusement attribu&#233;s &#224; l'Etat-major am&#233;ricain&#8230;) et les informations sur le soul&#232;vement &#171; au conditionnel &#187; de Bassora, bient&#244;t suivis, des pronostics sur une guerre longue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les &#233;ch&#233;ances se mesurent en mois &#187;, affirme p&#233;remptoirement Serge July (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en raison d'une r&#233;sistance irakienne (qui b&#233;n&#233;ficie alors des explications &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt;) : hypoth&#232;ses ou certitudes aussit&#244;t balay&#233;es, apr&#232;s une pr&#233;tendue &#171; pause &#187;, par une nouvelle &#171; surprise &#187; : l'effondrement du r&#233;gime et la &#171; lib&#233;ration &#187;. La fr&#233;n&#233;sie dans le montage d'&#233;chafaudages qui s'&#233;croulent aussit&#244;t transforme le journalisme en version &#224; peine am&#233;lior&#233;e des discussions de bistrot, au d&#233;triment des informations v&#233;rifi&#233;es et des explications n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propagande par exc&#232;s d'imprudences que soutiennent, paradoxalement, les prudences tr&#232;s orient&#233;es de la presse &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;2. Propagande silencieuse ? Les prudences de la presse &#233;crite&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Les principaux quotidiens et hebdomadaires nationaux, selon des modalit&#233;s qui diff&#232;rent en fonction de leur p&#233;riodicit&#233;, ont relat&#233; et analys&#233; la guerre am&#233;ricaine contre l'Irak avec beaucoup plus de distance et de rigueur que lors des guerres pr&#233;c&#233;dentes. Sans doute faut-il y voir un effet, non d'un examen intransigeant de ses errements pass&#233;s, mais plut&#244;t d'une position plus critique &#224; l'&#233;gard de la politique am&#233;ricaine, avec pour cons&#233;quence une distinction plus rigoureuse entre les faits et les commentaires, eux-m&#234;mes soutenus par un effort de mise en perspective de l'actualit&#233; : effort dont t&#233;moigne la multiplication des enqu&#234;tes et des dossiers. En particulier, la distance prise par les commentateurs &#224; l'&#233;gard de la guerre am&#233;ricaine a partiellement rendu possible une relation moins belliqueuse des op&#233;rations militaires et de leurs effets. Il convient donc de distinguer nettement les reportages &#8211; dont certains &#233;taient remarquables, comme ceux de Patrice Claude, dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; - et les commentaires des &#233;ditorialistes qui sont ici les seuls &#224; &#234;tre concern&#233;s. Comme on va le voir, on ne rel&#232;ve, &#224; de rares exceptions pr&#232;s, aucune diff&#233;rence significative entre les &#233;ditorialistes, qu'ils soient class&#233;s &#224; droite ou &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quasi-unanime dans son soutien sans r&#233;serve (ou presque) aux guerres pr&#233;c&#233;dentes, la presse &#233;crite s'est retrouv&#233;e cette fois dans un soutien quasi-unanime &#224; la position diplomatique d&#233;fendue par Jacques Chirac, au point m&#234;me d'interpr&#233;ter les manifestations mondiales contre la guerre du 15 f&#233;vrier 2003 comme des manifestations de soutien &#224; cette m&#234;me position. Pourtant, &#224; mesure que l'intransigeance am&#233;ricaine semble rendre la guerre in&#233;vitable, nombre d'&#233;ditorialistes mod&#232;rent leur hostilit&#233;. Pourquoi ? Parce que, au nom de la &#171; stabilit&#233; &#187;, le point de vue institutionnel et diplomatique, europ&#233;en ou occidental, voire atlantiste pr&#233;vaut sur tout autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les &#233;ditorialistes de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; - dont l'exemple peut suffire ici en raison de la position particuli&#232;re de ce journal - d&#233;plorent avant tout la fracture transatlantique et soutiennent la recherche d'un improbable accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;dition du 4 mars 2003, Patrick Sabatier en appelle d&#233;j&#224; &#224; la recherche d'un compromis Et redoutant que ce compromis ne voit pas le jour, il renvoie dos &#224; dos les &#171; &lt;i&gt;camps en pr&#233;sence&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Le drame est que les uns et les autres ont peut-&#234;tre d&#233;j&#224; calcul&#233; avoir plus d'int&#233;r&#234;t &#224; ce que la guerre ait lieu, les uns pour la d&#233;noncer, les autres pour la gagner&#8230;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le&lt;i&gt; &lt;/i&gt;17 mars, G&#233;rard Dupuy rel&#232;ve que le r&#244;le des Etats-Unis dans le monde &#171; &lt;i&gt;suscite bien des r&#233;serves&lt;/i&gt; &#187; et poursuit : &#171; &lt;i&gt;Quelle que soit la fortune des armes, la collectivit&#233; internationale devra retrouver un moyen de se red&#233;finir, ONU, Otan ou Union Europ&#233;enne &lt;/i&gt; &#187;. Quant aux Etats-Unis : &#171; &lt;i&gt;Il faut esp&#233;rer qu'ils n'&#233;couteront pas alors que leur ressentiment &#8211; &#224; charge pour les autres, en particulier la France, de retrouver les voies d'une confiance restaur&#233;e. &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 mars, Serge July s'insurge, mais surtout contre des cons&#233;quences s&#233;lectivement &#233;nonc&#233;es : &#171; &lt;i&gt;Le forcing guerrier am&#233;ricain, cet imp&#233;rialisme de la d&#233;mocratie et du march&#233;&lt;/i&gt; (&#8230;) &lt;i&gt;bouscule dans son sillage non seulement les Nations unies et l'Otan, mais aussi l'Union europ&#233;enne&lt;/i&gt;. &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le 19 mars, Patrick Sabatier s'inqui&#232;te des attaques qui prennent pour cibles &#171; &lt;i&gt;la France&lt;/i&gt; &#187; et invite celle-ci &#224; &#171; &lt;i&gt;r&#233;sister &#224; cette d&#233;rive dangereuse&lt;/i&gt; &#187; et &#224; &#171; &lt;i&gt;&#233;viter de tomber &#224; son tour dans le caniveau en c&#233;dant &#224; l'antiam&#233;ricanisme et &#224; l'anglophobie&lt;/i&gt; &#187;. La raison ? &#171; (&#8230;) &lt;i&gt;les Am&#233;ricains et les Anglais sont&lt;/i&gt; (&#8230;) &lt;i&gt;deux peuples dont elle ne peut pas, et ne doit pas se passer pour construire l'Europe, et assurer l'&#233;quilibre du monde, sans oublier la reconstruction de l'Irak&lt;/i&gt; &#187;. Alors que la guerre n'est pas encore commenc&#233;e, on parle de &#171; reconstruction &#187; et d'alliance entre les peuples occidentaux : la guerre elle-m&#234;me et les autres peuples sont d&#233;j&#224; secondaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel cadrage &#233;ditorial de la guerre peut &#234;tre sans effet majeur sur son r&#233;cit. Mais il permet lui aussi de se demander : &#171; &lt;i&gt;quel sens la presse a-t-elle donn&#233; &#224; cette guerre ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.1.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Dans l'attente de la victoire&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; -&lt;/i&gt; .&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Le jour m&#234;me des premiers bombardements sur Bagdad, les &#233;ditorialistes de la presse &#233;crite s'interrogent d&#233;j&#224; sur l'apr&#232;s-guerre. L'opposition au d&#233;clenchement de la guerre fait place &#224; son accompagnement critique, fond&#233; &#8211; &#224; quelques nuances pr&#232;s &#8211; sur les m&#234;mes v&#339;ux : pourvu que la guerre soit rapide et que l'ONU participe &#224; la reconstruction de l'Irak&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;Ainsi, &#224; peine la guerre vient-elle de commencer qu'il n'est plus question de s'y opposer. C'est ce que Nicolas Beytout, dans &lt;i&gt;Les Echos&lt;/i&gt; dat&#233; du 21 mars affirme en toute clart&#233; : &#171; La guerre &#233;tait in&#233;vitable, elle est l&#224;. La question n'est donc plus de savoir si faut &#234;tre pour ou contre, mais comment en sortir. Comment organiser l'apr&#232;s-guerre apr&#232;s avoir &#224; ce point g&#226;ch&#233; la pr&#233;-guerre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parler de &#171; pr&#233;-guerre &#187;, c'est la consacrer comme in&#233;vitable, voire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais pour &#171; en sortir &#187;, encore faut-il que la guerre ait eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier souhait donc : pourvu que la guerre soir rapide. Tel est le v&#339;u formul&#233; dans&lt;i&gt; Le Figaro&lt;/i&gt; du 20 mars&lt;i&gt; &lt;/i&gt;par l'&#233;ditorial de Pierre Roussillon - &#171; Guerre et reconstruction &#187; - qui commence ainsi : &#171; &lt;i&gt;La France a tout fait pour un d&#233;sarmement pacifique de l'Irak dans le cadre des Nations unies, mais ne pouvait emp&#234;cher un assaut (sic) d&#233;cid&#233; par Georges W. Bush. Il ne reste plus qu'&#224; souhaiter que la guerre soit rapide, et, surtout, le moins destructible possible &lt;/i&gt; &#187;. Michel Schiffres, dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; du 21 mars, surench&#233;rit : &#171; &lt;i&gt;Maintenant que la guerre est engag&#233;e, on doit esp&#233;rer qu'elle se terminera le plus vite possible. Les raisons humanitaires justifient en priorit&#233; cette exigence.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, le 23 mars, m&#234;me doctrine. G&#233;rard Dupuy &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;Que la guerre finisse vite au point que ce serait presque comme si elle n'avait pas lieu&#8230; C'est un souhait de bon sens. Les meilleures raisons qui portaient &#224; repousser la guerre &#8211; les souffrances qu'elle induit&lt;/i&gt; (sic) &lt;i&gt;in&#233;vitablement &#8211; am&#232;nent &#224; souhaiter une prompte victoire anglo-am&#233;ricaine qui all&#233;gerait le sort des victimes civiles&lt;/i&gt; &#187;. Comme si les souffrances que la guerre &#171; induit &#187; devaient &#234;tre n&#233;cessairement r&#233;duites par une victoire rapide dont l'une des conditions pourrait &#234;tre de recourir &#224; des moyens militaires particuli&#232;rement d&#233;vastateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourvu que la guerre soit rapide, car &#171; &lt;i&gt;les raisons humanitaires justifient en priorit&#233; cette exigence&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clare donc Michel Shiffres qui avoue pourtant : &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pourtant pas la seule raison. En quelques mois, le monde a ajout&#233; des fractures nouvelles &#224; ses blessures anciennes. Pour n'en citer que quelques-unes, la faillite politique de l'Europe, le discr&#233;dit de l'ONU, la crise entre les pays appartenant &#224; l'Occident. Encore, dans cette liste de troubles, ne doit-on pas oublier le Proche-Orient.&lt;/i&gt; &#187;. La hi&#233;rarchie des cons&#233;quences est &#233;tablie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; G&#233;rard Dupuy, la compassion qui l'aveugle s'explique sans doute par son autre raison : &#171; &lt;i&gt;Une des bonnes raisons de souhaiter la fin rapide de la guerre, c'est qu'on pourra enfin entendre quelque chose d'encore inconnu : la propre voix des irakiens. En comparaison de celle-ci, les voix du Conseil de s&#233;curit&#233; et leur d&#233;compte ne devraient pas importer beaucoup &lt;/i&gt; &#187;. Ainsi est pr&#233;par&#233;e une l&#233;gitimation de la guerre &lt;i&gt;a posteriori,&lt;/i&gt; &#8230; conform&#233;ment aux v&#339;ux de l'administration am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se doute alors du sens que rev&#234;t le second souhait de nos &#233;ditorialistes : pourvu que l'ONU participe &#224; la reconstruction de l'Irak. Car s'il n'est plus temps de condamner la guerre, il est temps de penser &#224; l'avenir et, pour cela, de se borner &#224; accepter une division des t&#226;ches, comme le pr&#233;cise Pierre Roussillon dans l'&#233;ditorial du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; d&#233;j&#224; cit&#233; : &#171; &lt;i&gt;A l'heure o&#249; d'autres seront bient&#244;t occup&#233;s (sic) &#224; bombarder et &#224; envahir, il ne sera pas trop t&#244;t pour prendre &#224; bras-le-corps l'immense et multiple chantier de la reconstruction&lt;/i&gt; &#187;. Quant &#224; Serge July, dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration &lt;/i&gt;du&lt;i&gt; &lt;/i&gt;20 mars, il consacre son &#233;ditorial -&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; Sauver l'ONU &#187; - &#224; l'enjeu correspondant &#224; ce titre : &#171; &lt;i&gt;On peut &#234;tre hostile &#224; ce forcing guerrier. Ce n'est pas une raison pour abandonner l'Irak et les Am&#233;ricains &#224; eux-m&#234;mes. Les Nations Unies doivent revenir dans le jeu &lt;/i&gt;(&#8230;). &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cet attentisme vaguement inquiet sur l'issue de la guerre et de ces priorit&#233;s tr&#232;s occidentales d&#233;finies pour l'apr&#232;s-guerre, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; fournit une bonne illustration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, entre le 15 et le 20 mars, quand, l'&#233;ditorialiste anonyme s'inqui&#232;te de la guerre qui vient, c'est seulement pour enregistrer les &#233;checs diplomatiques des gouvernements des USA (&#171; &lt;i&gt;L'&#233;chec diplomatique de George W. Bush&lt;/i&gt; &#187;, &#233;ditorial&lt;i&gt; &lt;/i&gt;du 18 mars) et de Grande-Bretagne (&#171; &lt;i&gt;L'&#233;chec de Blair &lt;/i&gt; &#187;, &#233;ditorial du 20 mars), alors que Thierry de Montbrial, &#171; pour&lt;i&gt; Le Monde&lt;/i&gt; &#187;, se situe d&#233;j&#224; &#8211; c'est le titre &#8211; &#171; &lt;i&gt;Au-del&#224; de l'affrontement&lt;/i&gt; &#187;. Et l'&#233;ditorial de l'&#233;dition dat&#233;e du 21 mars titre sur une question - &#171; Et apr&#232;s ? &#187; - qui re&#231;oit la r&#233;ponse suivante : &#171; &lt;i&gt;Rien n'indique que le m&#233;canisme d'inspection onusien, doubl&#233; d'une pression militaire, n'aurait pas fini par d&#233;sarmer Saddam Hussein. Les Etats-Unis ont choisi d'abandonner unilat&#233;ralement cette voie. Rien ne les autorise &#224; la court-circuiter &#224; nouveau lorsque le temps sera venu de reconstruire l'Irak. Il faudra repasser par les Nations Unies&lt;/i&gt; &#187;. Avec une l&#233;g&#232;re r&#233;serve, l'opposition &#224; la guerre est rapidement sold&#233;e. Il faudra attendre une semaine pour que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; s'interroge &#224; nouveau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 22 mars, c'est &#171; L'Europe d&#233;chir&#233;e &#187; qui retient son attention. Le 23 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et, le 28 mars, titre &#224; la &#171; Une &#187; : &#171; &lt;i&gt;O&#249; va la guerre de Georges W. Bush ?&lt;/i&gt; &#187;. Mais si l'&#233;ditorial - &#171; &lt;i&gt;Les morts de la guerre&lt;/i&gt; &#187; - commente les dangers qui menacent le d&#233;roulement de la guerre et, partant, son issue, il n'en tire aucune conclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, alors que dans les guerres pr&#233;c&#233;dentes, l'&#233;ditorialiste anonyme du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; dispensait g&#233;n&#233;reusement ses conseils politiques et militaires au &#171; camp &#187; qu'il avait choisi de soutenir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Maler, &#171; Kosovo 1999 : Le Monde et la guerre &#187;, dans Variations n&#176;1, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cette fois, il s'abstient. Pr&#233;f&#233;rant tirer le bilan des &#233;checs diplomatiques de Bush et de Blair et des cons&#233;quences des divisions entre les gouvernements europ&#233;ens (ou r&#233;futer les arguments relatifs aux objectifs p&#233;troliers du &#171; conflit &#187;), l'&#233;ditorialiste ne se laisse pas distraire par la guerre elle-m&#234;me. Mieux : il se consacre prioritairement aux probl&#232;mes que cette guerre rejette tragiquement dans l'ombre (la guerre en Tch&#233;tch&#233;nie ou la situation en Serbie) ou &#224; d'importantes questions franco-fran&#231;aises (comme la d&#233;centralisation ou le report des baisses d'imp&#244;t.) Journal d'opinion &#8211; quoi qu'il en dise &#8211; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; n'aurait pas d'opinion ? Presque. Car Jean-Marie Colombani s'est charg&#233;, le 25 mars, de nous dire, en consacrant essentiellement son &#233;ditorial &#224; la question de l'Europe, o&#249; se situe son journal : &#171; &lt;i&gt;Au-del&#224; du &#034;non&#034; &lt;/i&gt; &#187;. Et l'&#233;ditorialiste anonyme se situe de pr&#233;f&#233;rence ailleurs, en de&#231;&#224; et au-del&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques exceptions m&#233;ritent pourtant d'&#234;tre relev&#233;es. Outre &lt;i&gt;L'Humanit&#233; &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; affichent une position intransigeante. &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; dat&#233; du 24 au 30 mars titre : &#171; &lt;i&gt;La secte Bush attaque&lt;/i&gt; &#187; et la totalit&#233; des pages consacr&#233;e &#224; la guerre expose les raisons d'une condamnation totale de la guerre am&#233;ricaine. L'&#233;ditorial de Jean-Fran&#231;ois Kahn qui souligne notamment : &#171; &lt;i&gt;Les cons&#233;quences &#224; moyen terme seront catastrophiques .Cauchemardesques&lt;/i&gt; &#187;. Le num&#233;ro sp&#233;cial du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; (20-25 mars 2003) porte pour titre &#171; &lt;i&gt;La guerre am&#233;ricaine&lt;/i&gt; &#187;. L'&#233;ditorial de Jean Daniel &#8211; &#171; &lt;i&gt;La guerre en aveugle&lt;/i&gt; &#187; - r&#233;sonne une condamnation vigoureuse de la guerre. Extrait : &#171; &lt;i&gt;Nous disions qu'une guerre contre l'Irak d&#233;cid&#233;e sans associer les peuples musulmans et surtout arabes, sans se soucier de la trag&#233;die isra&#233;lo-palestinienne ne pouvait que servir le terrorisme. C'est ce que nous continuons de croire&lt;/i&gt; &#187;. Examinant les hypoth&#232;ses les plus favorables, Jean-Daniel souligne : &#171; &lt;i&gt;Quand bien m&#234;me cette conjonction de miracles se r&#233;aliseraient, ses effets ne seraient positifs qu'&#224; court terme&lt;/i&gt;. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.2.&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Au secours de la victoire militaire ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; -.&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Ainsi, avant et pendant l'invasion am&#233;ricano-britannique, la plupart de &#233;ditorialistes s'inqui&#232;tent surtout des fractures diplomatiques avec le gouvernement am&#233;ricain et au sein m&#234;me de l'Europe. Aussi ne doit-on pas &#234;tre &#233;tonn&#233; que la victoire militaire remport&#233;e par les envahisseurs incite ces m&#234;me commentateurs &#224; venir au secours de cette victoire en pr&#233;conisant une r&#233;conciliation, f&#251;t-ce aux conditions am&#233;ricaines. &lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;bat sur la l&#233;galit&#233;, la l&#233;gitimit&#233;, les objectifs ou les enjeux de la guerre est, une fois de plus, d&#233;clar&#233; clos. Si Claude Imbert dans &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; dat&#233; du 11 avril, s'interroge &#8211; &#171; &lt;i&gt;Et apr&#232;s ? &lt;/i&gt; &#187;, c'est aussit&#244;t &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s ? Ce n'est qu'apr&#232;s, et peut-&#234;tre longtemps apr&#232;s &#8211; que l'on portera un jugement &#233;quitable sur l'&#233;quip&#233;e am&#233;ricaine. Mais c'est d&#232;s maintenant que la France doit tailler la route depuis qu'au carrefour irakien elle a choisi de bifurqu&lt;/i&gt;er &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me num&#233;ro du &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt; Bernard-Henri L&#233;vy partage le m&#234;me empressement : &#171; &lt;i&gt;Dans deux, huit ou trente jours, la guerre en Irak sera finie. Les pro et les antiguerre continueront, bien entendu, &#224; &#233;changer leurs arguments. On les entendra, longtemps encore, d&#233;battre de la question de savoir qui aura eu r&#233;trospectivement raison&lt;/i&gt; &#187;. D&#233;bat st&#233;rile voire futile, apparemment, puisque : &#171; &lt;i&gt;La v&#233;rit&#233;, c'est que nous sommes d&#233;j&#224; dans l'apr&#232;s &#8211; et que les seules questions qui comptent, ce sont celles du monde qui va, ou non &#233;merger de cette tourmente &lt;/i&gt; &#187;. Et Bernard-Henri L&#233;vy de passer en revue ces questions. Il suffit de relever que la question palestinienne ne figure pas dans la liste, pour saisir quels biais d&#233;terminent l'approche de ces questions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ao&#251;t 2002, Bernard-Henri L&#233;vy d&#233;clare : &#171; Attaquer Saddam Hussein ? Oui, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'urgence est donc d'inviter le gouvernement fran&#231;ais &#224; &#171; &lt;i&gt;tailler la route depuis qu'au carrefour irakien elle a choisi de bifurquer &lt;/i&gt; &#187;, comme le dit Claude Imbert., car, dit-il, &#171; &lt;i&gt;La France a pris le risque de creuser entre l'Am&#233;rique et nous un foss&#233; impressionnant &#187; et &#171; L'ardeur spectaculaire mise chez nous &#224; contrarier la guerre irakienne a pour effet pervers de contrarier notre dessein europ&#233;en&lt;/i&gt; &#187;. Et de conclure : &#171; &lt;i&gt;La posture fran&#231;aise &#233;chouerait si elle devait se cantonner au harc&#232;lement st&#233;rile de l'entreprise am&#233;ricaine. Mais elle retrouverait sa vertu morale (&#8230;) si elle contribuait &#224; servir, avec ses propres atouts, l'apaisement &lt;/i&gt; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Le Point du 18 avril 2003 (p.5), Claude Imbert est encore plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre conseiller r&#233;ticent du gouvernement fran&#231;ais, de gauche celui-l&#224; : &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; dont on se souvient qu'il incitait d&#233;j&#224; au compromis d&#232;s avant la guerre. Ainsi, le 16 avril, G&#233;rard Dupuy invite &#8211; c'est le titre de l'&#233;ditorial &#8211; au &#171; &lt;i&gt;Pragmatisme&lt;/i&gt; &#187;. Apr&#232;s avoir f&#233;licit&#233; Jacques Chirac d'avoir t&#233;l&#233;phon&#233; &#224; Georges Bush, il poursuit : &#171; &lt;i&gt;L'heure est &#224; la reconstruction non seulement de l'Irak, mais des liens transatlantiques.&lt;/i&gt; (&#8230;) &lt;i&gt;B&#226;tir un Irak aussi d&#233;mocratique, libre et prosp&#232;re que possible ne doit pas &#234;tre un projet am&#233;ricain. L'aide au peuple irakien et la stabilit&#233; r&#233;gionale et internationale ne pourraient que p&#226;tir d'une &#233;ventuelle guerre froide prolongeant l'opposition entre pro et anti-guerre. Ceux qui n'ont pas approuv&#233; cette guerre ne doivent pas mener une diplomatie du pire et miser par d&#233;pit sur un &#233;chec am&#233;ricain en Irak, qui est loin d'&#234;tre impossible.&lt;/i&gt; (&#8230;) Si on veut &#171; &lt;i&gt;multilat&#233;raliser &#187; l'apr&#232;s-guerre, et que l'ONU puisse y jouer un r&#244;le central, une force de l'Otan pourrait peut-&#234;tre permettre de r&#233;unir, dans le maintien de la paix, des alli&#233;s qui s'&#233;taient divis&#233;s dans la guerre&lt;/i&gt;. &#187; On ne commentera pas ce pieux conseil&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, alors que nombre de commentateurs invitent &#224; solder d&#233;finitivement l'opposition &#224; la guerre, quelques-uns font encore exception (mais pour combien de temps ?) Ainsi, &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; de la semaine du 10 au 16 avril 2003, titre &#171; La Chute &#187;. Mais Jean Daniel dans son &#233;ditorial &#8211; &#171; &lt;i&gt;Sortir du calvaire&lt;/i&gt; &#187; - maintient son opposition &#224; la guerre : &#171; &lt;i&gt;Le seul soulagement que procurera la victoire am&#233;ricaine, c'est qu'elle fera cesser la tuerie&lt;/i&gt; &#187;. Et &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt; du 11 avril s'ouvre sur un &#233;ditorial de Bruno Frappat intitul&#233; : &#171; &lt;i&gt;Le doute&lt;/i&gt; &#187; qui r&#233;pond n&#233;gativement &#224; la question qu'il soul&#232;ve : &#171; &lt;i&gt;Faut-il s'incliner respectueusement devant la raison du plus fort et admettre que le vainqueur est l&#233;gitime parce qu'il a gagn&#233; ? &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; lire la plupart des &#233;ditorialistes et &#224; voir les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s, cette question &#233;tait devenue secondaire d&#232;s le premier jour des bombardements. Pour la plupart des m&#233;dias fran&#231;ais, la victoire militaire am&#233;ricaine l'a rendue subalterne, voire d&#233;risoire. Si les t&#233;l&#233;visions ont favoris&#233; la l&#233;gitimation de la guerre par son r&#233;cit, la presse &#233;crite, m&#234;me quand elle s'en d&#233;fend, a contribu&#233; &#224; l&#233;gitimer la guerre par ses commentaires. On ne sera donc pas surpris si, le 21 mai 2003, le vote &#224; la quasi-unanimit&#233; du Conseil de S&#233;curit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Syrie s'est abstenue de participer &#224; la s&#233;ance en signe de protestation.&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de la r&#233;solution am&#233;ricaine sur la reconstruction de l'Irak, qui tente de l&#233;galiser &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; l'invasion et l&#233;galise l'occupation, n'ait suscit&#233; aucun commentaire d&#233;sobligeant. Et pourtant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Halimi et Dominique Vidal, &lt;i&gt;&#171; L'opinion, &#231;a se travaille&#8230; &#187;. Les m&#233;dias et les &#171; guerres justes &#187;. Du Kosovo &#224; l'Afghanistan&lt;/i&gt;, quatri&#232;me &#233;dition revue et augment&#233;e, Marseille, Agone Editeur, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'absolution est presque unanime. Lire par exemple l'article de &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; sur 16 avril 2003 titr&#233; &#171; Les le&#231;ons du Golfe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Documentation r&#233;unie avec l'aide de l'association Acrimed (Action-Critique-M&#233;dias) : &lt;a href=&#034;http://acrimed.samizdat.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://acrimed.samizdat.net&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Recommandation &#224; l'ensemble des services de t&#233;l&#233;vision et de radio relative au conflit au Moyen-Orient &#187; (Recommandation n&#176;2003-2 du 18 mars 2003) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Une guerre en direct - La t&#233;l&#233;vision s'est efforc&#233;e de tirer les le&#231;ons de 1991 &#187;, par Rapha&#235;l Garrigos, Catherine Mallaval et Isabelle Roberts, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, mercredi 16 avril 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les m&#233;dias fran&#231;ais veulent &#233;viter les erreurs de la guerre du Golfe de 1991 &#187;, d&#233;p&#234;che de l'AFP, dat&#233;e du 17 mars 2003 et sign&#233;e Andrea Graells. Voir &#233;galement : &#171; Les cha&#238;nes fran&#231;aises dans la hantise de renouveler les erreurs de la premi&#232;re guerre du Golfe en 1991 &#187;, &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;dat&#233; du 25 mars 2003, p. 8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur France Inter, 22 avril 2003, Jean-Claude Dassier, directeur g&#233;n&#233;ral de LCI : &#171; &lt;i&gt;Globalement, on a tous contribu&#233; &#224; faire que les Fran&#231;ais ont eu une vue assez claire de la mani&#232;re dont les choses se sont pass&#233;es&lt;/i&gt; &#187; (Source : le journal &lt;i&gt;Pour Lire Pas Lu&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Partialit&#233; &#171; temp&#233;r&#233;e &#187;, qu'un journaliste de France Inter &#171; explique &#187; ainsi : &#171; Cette fois, la France n'est pas en guerre, ce qui enl&#232;ve une part d'affectif. &#187; (Patrice Bertin dans &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;, 16 avril 2003).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Strat&#233;gies&lt;/i&gt;, 13 septembre 2002&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La d&#233;licate &#233;quation &#233;conomique des m&#233;dias &#187;, Les &lt;i&gt;Echos&lt;/i&gt;, 20 mars 2003 -&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucas, &#171; France2 : impressions d'un soir &#187;, sur le site d'Acrimed.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Halimi et Dominique Vidal, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Relev&#233; par Serge Halimi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ratio&lt;/i&gt;n du 24 mars consacre un article &#224; cette controverse : &#171; Faut-il montrer les soldats prisonniers ? Pol&#233;mique autour de l'interpr&#233;tation de la Convention de Gen&#232;ve. &#187;. Et &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; fait de m&#234;me dans son &#233;dition dat&#233;e du 25 mars : &#171; Face aux images de morts et de prisonniers, les t&#233;l&#233;visions h&#233;sitent &#187;, p.6 et 7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Art.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tel &#233;tait l'objectif affich&#233; d&#232;s le d&#233;but des bombardements. Lire notamment : &#171; Radios et t&#233;l&#233;s veulent se racheter - De RTL &#224; France 2, la premi&#232;re guerre du Golfe aurait servi de le&#231;on &#187;, par Catherine Mallaval et Isabelle Roberts, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, vendredi 21 mars 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; est dat&#233; du lendemain de sa parution dans la r&#233;gion parisienne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; dat&#233; du 28 mars pr&#233;f&#232;re parler de &#171; La guerre de George W. Bush &#187; : une fa&#231;on commode de prendre ses distances, sans d&#233;savouer totalement l'invasion ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sans doute est-ce la raison pour laquelle &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; dat&#233; 22 mars recourt &#224; l'expression &#171; coalition am&#233;ricaine &#187;, qui n'a, en toute rigueur, aucun sens (une coalition suppose au moins deux Etats) et confirme cet emploi dat&#233; dans son &#233;dition des 23-24 mars, page 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De m&#234;me dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du lundi 31 mars, p. 10..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Exemple relev&#233; par David No&#235;l sur le site d'Acrimed.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'article correspondant - de Thomas Hofnung - porte pour titre : &#171; Des humanitaires en guerre d'ind&#233;pendance &#187; &#187; et commente (notamment) un communiqu&#233; commun de plusieurs organisations qui proclament leur refus &#171; &lt;i&gt;de subordonner (leur) action sur le terrain &#224; une autorit&#233; militaire qui est partie au conflit &lt;/i&gt; &#187; et rappellent que &#171; &lt;i&gt;l'aide humanitaire ne peut pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une arme au service du conflit&lt;/i&gt; &#187;. Une critique r&#233;it&#233;r&#233;e, entre autres, dans une tribune de Jean-Jacques Ruffin, Pr&#233;sident d'Action contre la faim, parue dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; du mercredi 2 avril 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Les &#233;ch&#233;ances se mesurent en mois&lt;/i&gt; &#187;, affirme p&#233;remptoirement Serge July dans un &#233;ditorial de &lt;i&gt;Lib&#233;ration &lt;/i&gt;titr&#233; &#171; &lt;i&gt;Constat d'&#233;chec &#187;&lt;/i&gt;, &#8230;le 28 mars 2003. Sans commentaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parler de &#171; pr&#233;-guerre &#187;, c'est la consacrer comme in&#233;vitable, voire souhaitable. Et parler de &#171; g&#226;chis &#187;, pour le d&#233;plorer, c'est en rendre co-responsables les adversaires de la guerre et ses partisans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 22 mars, c'est &#171; &lt;i&gt;L'Europe d&#233;chir&#233;e&lt;/i&gt; &#187; qui retient son attention. Le 23 mars, l'&#233;ditorial - &#171; &lt;i&gt;Guerre et p&#233;trole &lt;/i&gt; &#187; - a pour objet d'expliquer ceci, qui est la premi&#232;re phrase : &#171; &lt;i&gt;Le but des Etats-Unis en Irak n'est pas le p&#233;trole, contrairement &#224; ce qui est affirm&#233; dans les manifestations contre la guerre (&#8230;) &#187;. Un dossier central de &lt;/i&gt;8 pages - &#171; &lt;i&gt;La nouvelle fracture mondiale&lt;/i&gt; &#187;. &#8211; donne la parole &#224; de nombreux &#171; experts &#187; qui proposent des diagnostics et des pronostics qui portent exclusivement sur les relations transatlantiques, les Nations unies et l'Europe. Le 25 mars, l'&#233;ditorial - &#171; &lt;i&gt;L'autre guerre&lt;/i&gt; &#187; - est consacr&#233; &#224; la guerre de la Russie en Tch&#233;tch&#233;nie. Le 26 mars, alors que &#171; &lt;i&gt;La bataille de Bagdad commence&lt;/i&gt; &#187; (titre de &#171; Une &#187;), l'&#233;ditorial - &lt;i&gt;&#171; Pas d'interview&lt;/i&gt; &#187; - est consacr&#233; au traitement r&#233;serv&#233; par les m&#233;dias aux prisonniers de guerre. Le 27 mars, l'&#233;ditorial - &lt;i&gt;&#171; Fiscalit&#233; et croissance&lt;/i&gt; &#187;,- il porte sur la politique du gouvernement Raffarin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Maler, &#171; Kosovo 1999 : &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et la guerre &#187;, dans &lt;i&gt;Variations&lt;/i&gt; n&#176;1, Paris Syllepse, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En ao&#251;t 2002, Bernard-Henri L&#233;vy d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;Attaquer Saddam Hussein ? Oui, bien s&#251;r !&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, 16.08.02). En octobre 2002, il &#171; maintient &#187; ainsi : &#171; &lt;i&gt;Je maintiens qu'en faisant la guerre &#224; L'Irak, l'Am&#233;rique se tromperait de cible &lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, 25.10.02). Source : &lt;i&gt;Pour Lire Pas Lu&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; du 18 avril 2003 (p.5), Claude Imbert est encore plus explicite. Inquiet de &#171; &lt;i&gt;L'engrenage de la discorde&lt;/i&gt; &#187;, - c'est le titre de son &#233;ditorial &#8211; il s'ing&#233;nie &#224; inventer une fausse sym&#233;trie qui permet d'affecter de r&#233;partir &#233;quitablement les tords entre une Am&#233;rique qui &#171; r&#233;invente &#187; une &#171; doctrine de la force &#187; et une &#171; &lt;i&gt;l'Europe du cartel de la paix r&#233;plique, faute de mieux, par celle du droit&lt;/i&gt;. &#187; Mais c'est pour en appeler &#224; une soumission de la diplomatie am&#233;ricaine aux effets de la victoire am&#233;ricaine. Peu convaincu, dit-il, par &#171; &lt;i&gt;l'actuelle agitation diplomatique fran&#231;aise &lt;/i&gt; &#187;, Claude Imbert prodigue ses conseils : &#171; &lt;i&gt;&#233;viter de ressasser l'&#171; ill&#233;galit&#233; &#187; de l'intervention am&#233;ricaine&lt;/i&gt; &#187;, car &#171; (&#8230;) &lt;i&gt;&#224; l'heure de la victoire am&#233;ricaine, il est vain de cracher contre le vent &lt;/i&gt; &#187;. Avant de conclure : &#171; (&#8230;) &lt;i&gt;la France - pourtant impuissante &#224; rallier une Europe divis&#233;e - n'a que trop asticot&#233; et chamaill&#233;. L'Occident menac&#233; n' que faire de ces bisbilles&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Syrie s'est abstenue de participer &#224; la s&#233;ance en signe de protestation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>La guerre d'Afghanistan de 2001 : S&#233;mantique et rh&#233;torique de la guerre imp&#233;riale</title>
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		<dc:date>2023-11-21T17:29:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Guerres</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;dias en guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;S&#233;mantique de la guerre : Guerre des mots, mots de la guerre - Rh&#233;torique de la guerre : discours moral et discours imp&#233;rial&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L136xH150/afghanistan-86a6f.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='136' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'article ci-dessous, reprend une conf&#233;rence prononc&#233;e &#224; l'Universit&#233; de Rome le 1er mai 2002, dont le texte, consid&#233;rablement d&#233;velopp&#233;, a &#233;t&#233; publi&#233; en Italie sous le titre : &#171; S&#233;mantique et rh&#233;torique de la guerre imp&#233;riale dans les m&#233;dias fran&#231;ais. L'exemple de la guerre d'Afghanistan en 2001 &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Semantica et retorica della guerra imperiale nei media francesi. L'esempio (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; partir de l'exemple fran&#231;ais (mais sans doute transposable) et de celui de la guerre d'Afghanistan (mais partiellement g&#233;n&#233;ralisable), on se propose d'examiner quelques fragments du discours de la guerre imp&#233;riale dans les versions qu'en offrent les m&#233;dias dominants. Le pr&#233;suppos&#233; de ce travail de d&#233;cryptage est le suivant : en d&#233;pit de la diversit&#233; des guerres successives (diversit&#233; de leurs motifs et de leurs enjeux imm&#233;diats), une m&#234;me guerre multiplie ses th&#233;&#226;tres d'intervention au moins depuis la chute du mur de Berlin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette contribution s'appuie sur la documentation que j'ai r&#233;unie en 2001 sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On est en droit de penser que des arguments rationnellement consistants pouvaient permettre de soutenir chacune de ces guerres comme juste et n&#233;cessaire. Mais cela ne changerait rien &#224; ce qui nous importe : mettre en &#233;vidence la teneur id&#233;ologique et les effets d'imposition symbolique de la version imp&#233;riale de ces conflits telle que les m&#233;dias fran&#231;ais l'ont &#233;pous&#233;e. Ainsi de la guerre d'Afghanistan. Cette guerre a mobilis&#233;, dans ces m&#233;dias, des ressources s&#233;mantiques et rh&#233;toriques qui m&#233;ritent un examen.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie :&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;S&#233;mantique de la guerre : Guerre des mots, mots de la guerre&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;De la guerre des mots aux mots de la guerre, de la d&#233;limitation lexicale et grammaticale des camps en pr&#233;sence au vocabulaire des champs de bataille, les m&#233;dias de masse exercent leur office de domination symbolique, indistinctement involontaire et d&#233;lib&#233;r&#233;. Ils prennent position dans un champ de bataille s&#233;mantique, avant de se ranger au c&#244;t&#233; des puissants, dans un champ de bataille ethnocentrique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Le champ de bataille s&#233;mantique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me que la guerre d'Afghanistan ne commence, les m&#233;dias dominants livrent une bataille s&#233;mantique qui distribue les camps en pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La constitution des camps en pr&#233;sence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le partage entre &#171; amis &#187; et &#171; ennemis &#187; suppose tout d'abord que leurs soient attribu&#233;s les vocables qui leurs reviennent : les &#171; anti-terroristes &#187; alli&#233;s des &#171; am&#233;ricains &#187; se dressent contre les &#171; terroristes &#187;, flanqu&#233;s des &#171; anti-am&#233;ricains &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Terrorisme&lt;/strong&gt; : L'usage &#224; la fois s&#233;lectif (puisqu'il ne concerne que les actes de violence atteignant des civils innocents de &#171; nos &#187; seules d&#233;mocraties) et ind&#233;termin&#233; (puisqu'il englobe souvent des actes de guerre visant des responsables politiques et militaires) du terme de &#171; terrorisme &#187; permet toutes les manipulations. C'est un vocable dont l'&#233;lasticit&#233; est - comme la &#171; justice &#187; qui combat l'ennemi qu'il d&#233;signe - &#171; sans limites &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa plus grande extension (du moins jusqu'&#224; ce jour...), le &#171; terrorisme &#187; peut d&#233;signer n'importe quel acte de d&#233;linquance. Alors, &#171; Le terrorisme est quotidien &#187; (&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, 2 novembre 2001, p. 13) : &#171; Osons l'&#233;crire : aujourd'hui, on risque une agression &#224; chaque coin de rue, &#224; son propre domicile, pour un oui ou pour un non &#187;. Et cela porte un nom : &#171; S'il ne faut pas n&#233;gliger la menace que font peser les artificiers de Ben Laden, il faut d'abord s'attaquer &#224; la r&#233;alit&#233;. En France, le terrorisme est quotidien. &#187; On peut s'&#233;pargner la suite, mais pas la derni&#232;re phrase : &lt;i&gt;&#171; Entre celui qui fait r&#233;gner la terreur - qu'il ait le visage de Ben Laden ou d'un &#034;sauvageon&#034; - et celui qui cherche &#224; s'en prot&#233;ger quel est le plus fasciste ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut &#234;tre syndical : il prend le nom de &#171; terrosyndicalisme &#187; pour d&#233;signer les formes d'actions violentes des salari&#233;s de Celaltex, de la brasserie Adelshofen et, plus r&#233;cemment de Moulinex (&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; du 16 novembre 2001, p. 2001) : &lt;i&gt;&#171; Dans la majorit&#233; de ces cas, ce sont bien des sommations terroristes qui ont &#233;t&#233; prof&#233;r&#233;es, c'est-&#224;-dire des recours syst&#233;matiques &#224; des intimidations destin&#233;es &#224; imposer une cause par la violence (...) &#187;&lt;/i&gt;. Suit alors cette &#233;quation : terrorisme syndical = terrorisme corse. &lt;i&gt;&#171; Difficile de ne pas faire le rapprochement entre ce nouveau terrorisme syndical et le terrorisme corse. En effet, ils sont tous deux construits sur la culpabilisation pr&#233;alable d'un adversaire &#224; impressionner. &#187;&lt;/i&gt; Et pour finir : Terrorisme syndical et corse = menaces des banlieues + &#171; terrorisme islamique international &#187; : &#171; &lt;i&gt;Alors que la situation dans les banlieues est de plus en plus violente, il est &#224; craindre que les exemples de terrorisme syndical, ajout&#233; au terrorisme corse, ne donnent de semblables id&#233;es radicales aux fauteurs de trouble, dont une partie d'entre eux semble d&#233;j&#224; solidaire du terrorisme islamique international. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Terrorisme d'Etat&lt;/strong&gt;, en revanche, est une expression peu recommand&#233;e qui peut cependant &#234;tre utilis&#233;e - &#224; bon escient - pour d&#233;signer l'intervention russe contre la Tch&#233;tch&#233;nie ou l'intervention chinoise au Tibet (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 20 octobre 2001, p. 19). A condition de ne jamais l'utiliser pour d&#233;signer certaines interventions de la C.I.A et de l'arm&#233;e am&#233;ricaine contre certains pays, m&#234;me dans un pas si lointain pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Anti-am&#233;ricanisme&lt;/strong&gt; : L'usage englobant du terme d' &#171; anti-am&#233;ricanisme &#187; pour d&#233;signer des formes d'hostilit&#233; &#224; la politique am&#233;ricaine tr&#232;s diff&#233;rentes et parfois oppos&#233;es permet d'&#234;tre dans le camps des &#171; pour &#187;, ce qui est toujours plus reluisant. Cet unique vocable est charg&#233; de d&#233;signer les sentiments et les ressentiments de ceux qui, envahis par des passions obscures ou n'ayant pas toute leur raison, les dissimulent derri&#232;re des arguments si divers et, parfois, si inconciliables, qu'il faut un terme unique pour les d&#233;signer. L'&#171; antiam&#233;ricanisme &#187; est un &#171; fond &#187;, une &#171; latence &#187;, un &#171; r&#233;flexe &#187;, un &#171; d&#233;nominateur commun &#187;. &#171; Antiam&#233;ricanisme &#187; n'a pas de contraire, car le &#171; philo-am&#233;ricanisme &#187; &#233;tant strictement rationnel, il est impossible de l'affubler d'un tel nom ! D'ailleurs, toute critique qui fait valoir un conseil ou une r&#233;serve dans le cadre d'un soutien &#224; la politique am&#233;ricaine doit &#234;tre pr&#233;c&#233;d&#233; d'une mise en garde dont le prototype est le suivant : &#171; ce n'est pas c&#233;der &#224; l'antiam&#233;ricanisme que de dire... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distribution des camps en pr&#233;sence n'impose pas seulement des vocables appropri&#233;s ; elle suppose, pour les partager clairement, un usage g&#233;n&#233;ralis&#233; des d&#233;terminants pluriels, qui permettent d'enr&#244;ler dans chaque camp, sans distinction, &#171; les &#187; uns et &#171; les &#187; autres : &#171; nous &#187; et &#171; eux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le politique de cet usage belliqueux de la grammaire est d&#233;sormais c&#233;l&#232;bre. On le doit &#224; un &#233;ditorial de Jean-Marie Colombani, paru dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; dat&#233; du 13 septembre 2001.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans ce moment tragique o&#249; les mots paraissent si pauvres pour dire le choc que l'on ressent, la premi&#232;re chose qui vient &#224; l'esprit est celle-ci : nous sommes tous Am&#233;ricains ! Nous sommes tous New-Yorkais, aussi s&#251;rement que John Kennedy se d&#233;clarait, en 1962 &#224; Berlin, Berlinois. Comment ne pas se sentir en effet, comme dans les moments les plus graves de notre histoire, profond&#233;ment solidaires de ce peuple et de ce pays, les &#201;tats-Unis, dont nous sommes si proches et &#224; qui nous devons la libert&#233;, et donc notre solidarit&#233;. [ ...] Cette situation commande &#224; nos dirigeants de se hisser &#224; la hauteur des circonstances. Pour &#233;viter aux peuples que ces fauteurs de guerre convoitent et sur lesquels ils comptent d'entrer &#224; leur tour dans cette logique suicidaire. Car on peut le dire avec effroi : la technologie moderne leur permet d'aller encore plus loin. La folie, m&#234;me au pr&#233;texte du d&#233;sespoir, n'est jamais une force qui peut r&#233;g&#233;n&#233;rer le monde. Voil&#224; pourquoi, aujourd'hui, nous sommes am&#233;ricains. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Que Jean-Marie Colombani se sente am&#233;ricain est un sentiment priv&#233; qui ne regarde que lui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que Jean-Marie Colombani, p&#226;le imitation de John Kennedy, transpose &#171; Ich (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; Mais Jean-Marie Colombani parle pour &#171; nous &#187;. Un &#171; nous &#187; de majest&#233; friserait la m&#233;galomanie, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. C'est un &#171; nous &#187; de solidarit&#233; qui englobe non seulement tout un peuple, mais tout un pays, gouvernement inclus, voire gouvernement d'abord. Et ce &#171; nous &#187; ne d&#233;signe pas collectivement la r&#233;daction du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, mais le monde entier, c'est-&#224;-dire, selon une optique tout &#224; fait singuli&#232;re, cette partie du monde qui, doit aux Etats-Unis, sa libert&#233;. Et ceux qui doivent aux gouvernements et &#224; l'arm&#233;e des Etats-Unis, l'oppression, la servitude ou la guerre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, ce &#171; nous &#187; triomphal, devenu &#171; am&#233;ricain &#187;, a fait d'innombrables adeptes. Et la fin de la guerre confirmera la grammaire de ses pr&#233;paratifs. Ainsi, puisque &#171; Nous sommes tous am&#233;ricains &#187;, depuis que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; l'a d&#233;cr&#233;t&#233;, c'est au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; que Bernard-Henri L&#233;vy, le 21 d&#233;cembre 2001, a confi&#233; ce que ce &#171; nous &#187; exhaustivement am&#233;ricain pense. Cela s'intitule, modestement : &#171; Ce que nous avons appris depuis le 11 septembre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois les camps d&#233;finis, la contribution s&#233;mantique des m&#233;dias s'&#233;tend &#224; la guerre elle-m&#234;me : question de vocabulaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Le vocabulaire du champ de bataille &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le vocabulaire du champ de bataille, le d&#233;cha&#238;nement de la violence oppose aux &#171; attentats &#187; (aveugles) des &#171; d&#233;g&#226;ts &#187; (collat&#233;raux) et par cons&#233;quent, parmi les civils, des &#171; victimes &#187; (innocentes) et &#171; victimes &#187; (accidentelles). Un glossaire plus d&#233;taill&#233; permet d'y voir plus clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Frappes&lt;/strong&gt; : Le recours au vocable de &#171; frappes &#187;, directement emprunt&#233; aux militaires, permet d'esquiver ce qu'il d&#233;signe : des bombardements (par exemple, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 10 octobre 2001 : &#171; Le monde musulman apr&#232;s les frappes &#187;). Il pr&#233;sente en outre l'avantage de pr&#233;senter les cons&#233;quences apparemment involontaires (les &#171; dommages collat&#233;raux &#187;) comme des cons&#233;quences impr&#233;visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Dommages collat&#233;raux&lt;/strong&gt; : expression peu appr&#233;ci&#233;e par de nombreux journalistes, alors que certains continuent &#224; l'utiliser sans guillemets d&#233;pr&#233;ciateurs. Ainsi Jacques Amalric (&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 31/10, p. 5) qui invite les &#201;tats-Unis &#224; recourir &#224; une intervention au sol pour &lt;i&gt;&#171; r&#233;duire les dommages collat&#233;raux des bombardements &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Incidents&lt;/strong&gt; : Vocable qui remplace avantageusement &#171; d&#233;g&#226;ts collat&#233;raux &#187; (trop militaire). Peut &#234;tre associ&#233; &#224; &#171; d&#233;rapage &#187;, pour d&#233;signer des &#171; erreurs &#187; (&#224; condition de mettre ces derni&#232;res entre guillemets). Comme on peut le lire dans un article de Fran&#231;oise Chipaux (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 19 octobre 2001, p.3)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Bavure&lt;/strong&gt; : synonyme d'erreur ou de dommage collat&#233;ral, comme on peut le lire sous la plume de Jacques Amalric (&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 31 octobre 2001, p. 5), qui d&#233;plore &lt;i&gt;&#171; trop de bavures qui co&#251;tent la vie &#224; trop de civils &#187;&lt;/i&gt;. Le terme peut &#234;tre mis entre guillemets, pour prendre quelques distances, sans pr&#233;ciser lesquelles, comme dans l'&#233;ditorial du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; du 28-29 octobre 2001 (p. 21).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Victimes civiles&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;&#171; innocentes &#187;&lt;/i&gt; - c'est indiscutable - quand elles sont dues &#224; la terreur talibane, elles sont en g&#233;n&#233;ral priv&#233;es de ce qualificatif quand elles sont dues &#224; la guerre imp&#233;riale, n'&#233;tant alors, dans la plupart des cas, qu' &lt;i&gt;&#171; accidentelles &#187;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#171; in&#233;vitables &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Humanitaire&lt;/strong&gt; : qualifie les op&#233;rations de largage de vivres par l'arm&#233;e am&#233;ricaine, alors m&#234;me que nombre d'ONG d&#233;noncent la confusion entre le &#171; militaire &#187; et &#171; l'humanitaire &#187; et que les m&#233;dias font &#233;tat de cette d&#233;nonciation, bien que le distinguo soit &lt;i&gt;&#171; th&#233;ologique &#187;,&lt;/i&gt; comme on peut le lire dans Le Monde (11 octobre 2001, p. 2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Un champ de bataille ethnocentrique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le champ de bataille s&#233;mantique est solidaire d'un champ de bataille ethnocentrique qui le reproduit et le renforce. La grammaire, les chiffres et les images sont ainsi mis au service de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. &#171; Nous &#187; et &#171; les autres &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ethnocentrisme quasi-spontan&#233; et totalement irresponsable s'empare alors des m&#233;dias. Les sentiments collectifs des peuples - de tous les peuples - sont les produits des exp&#233;riences historiques qu'ils ont v&#233;cues. L'&#233;motion, quand elle gagne de larges secteurs de la population europ&#233;enne, n'est pas &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; marqu&#233;e du sceau d'une rationalit&#233; dont l'Occident aurait le monopole face &#224; la d&#233;raison, que l'on qualifiera, indiff&#233;remment, d'arabe ou de musulmane. Comment s'&#233;tonner que la sympathie spontan&#233;e avec les victimes am&#233;ricaines puisse faire d&#233;faut ou manquer de chaleur, quand on conna&#238;t les exp&#233;riences que certains peuples ont faites de la puissance am&#233;ricaine ? A-t-on le droit de montrer, voire de stigmatiser, des r&#233;actions - de l'indiff&#233;rence &#224; la haine - sans rien dire de leurs mobiles ? Pourquoi le devoir d'information tourne-t-il court quand il s'agit, non de justifier, mais de comprendre ? Quels sentiments entretient-on - &#224; moins que l'on ne vise &#224; les susciter - quand on diffuse des propos ou que l'on exhibe des images qui t&#233;moigneraient des r&#233;actions des foules du Moyen-Orient et d'Am&#233;rique Latine, sans dire un mot des violences ouvertes ou cach&#233;es qu'elles ont eu &#224; subir, venant d'une superpuissance, dont le moins que l'on puisse dire est que sa politique &#233;trang&#232;re n'est pas guid&#233;e par la compassion ? Pourquoi toutes ces questions - que certains journalistes se posent - sont-elles &#233;lud&#233;es ? De quelle ind&#233;pendance le journalisme dominant peut-il encore se pr&#233;valoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux exemples de cet ethnocentrisme m&#233;diatique qui enveloppe les mots et les d&#233;borde suffiront ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Lib&#233;ration &lt;/i&gt;du 15-16 septembre 2001. Le monde entier en une double page, mais d&#233;vor&#233;e aux deux tiers par des photos et des titres. Un premier titre dit, &#224; peu pr&#232;s, le contenu de l'article : &lt;i&gt;&#171; L'hommage rendu d'un bout &#224; l'autre de la plan&#232;te a mis au jour les nouveaux clivages politico-culturels &#187;&lt;/i&gt;. Un second titre pr&#233;tend nous &#233;clairer sur le sens du pr&#233;c&#233;dent : &lt;i&gt;&#171; Solidarit&#233; occidentale, schizophr&#233;nie musulmane, indiff&#233;rence latino-am&#233;ricaine &#187;&lt;/i&gt;. Vous avez bien lu : &#171; schizophr&#233;nie musulmane &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; du 20-26 septembre 2001 (page 89). &lt;i&gt;&#171; Le regard d'en face &#187;&lt;/i&gt; : sous ce titre qui oppose une fois encore &#171; nous &#187; et les &#171; autres &#187;, Laurent Joffrin, nous propose de partager son grand effort de compr&#233;hension : &lt;i&gt;&#171; Et si l'on essayait - un instant - de d&#233;centrer nos consciences occidentales ? Et si l'on s'effor&#231;ait, m&#234;me maladroitement de comprendre un tant soit peu l'&#233;tat d'esprit d'un habitant du Caire, d'Alger ou d'Islamabad ? &#187;.&lt;/i&gt; La bonne id&#233;e ! Mais pourquoi faut-il en limiter l'usage &#224; &#171; un instant &#187; ? Pourquoi nous inviter &#224; une &lt;i&gt;&#171; empathie provisoire &#187;&lt;/i&gt;, et seulement provisoire ? Et d'ailleurs pourquoi cette invitation ? Joffrin r&#233;pond : &lt;i&gt;&#171; Pour juger des repr&#233;sailles n&#233;cessaires &#187;&lt;/i&gt;... O&#249; l'on voit que l'objectif imm&#233;diatement militaire risque fort de censurer la noble intention &#171; provisoire &#187;... C'est qu'il s'agit, pour Laurent Joffrin, de nous expliquer d'abord pourquoi le terme de &lt;i&gt;&#171; croisade &#187;&lt;/i&gt; &#233;tait mal choisi, &lt;i&gt;&#171; non que le pr&#233;sident ait m&#233;taphoriquement tort &#187;.&lt;/i&gt; Mais voil&#224; : &lt;i&gt;&#171; L'ennui, c'est que le mot a un autre sens : la mobilisation de tous les chr&#233;tiens contre l'islam impie&#034;. &#187;&lt;/i&gt; Il y a donc eu erreur sur la m&#233;taphore... Suivent alors les r&#233;sultats de l' &#171; empathie provisoire &#187; : fort peu de choses en v&#233;rit&#233;. Reste la conclusion : &lt;i&gt;&#171; Quand il s'agira de mettre en marche les forces arm&#233;e de la d&#233;mocratie, anim&#233;es d'un juste courroux, on devra, malgr&#233; tout, se livrer &#224; une introspection. Un examen de bonne conscience... &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#171; empathie provisoire &#187; se confond donc avec l'introspection n&#233;cessaire &#224; la bonne marche des &#171; arm&#233;es de la d&#233;mocratie &#187; occidentale. On ne saurait mieux dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la guerre elle-m&#234;me confirmera le regard que les m&#233;dias dominants portent sur la &#171; bonne marche &#187; de &#171; nos &#187; arm&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Un &#171; double standard &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un seul exemple suffira qui permet de comprendre ce qui se joue derri&#232;re l'innocence apparente des mots et des images. On ne peut que souscrire &#224; l'analyse de Christine Delphy et Annie Mordrel, quand elles rel&#232;vent ceci :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les journalistes ergotent sur le nombre de morts dues aux bombardements am&#233;ricains :&#034; je suis sceptique &#034; dit un journaliste de BBC World (25 octobre 2001) parlant de 15 morts civils afghans, &#034; les Taliban ont tendance &#224; embellir (sic) la r&#233;alit&#233; et on ne nous a pas montr&#233; les corps &#034;. La m&#234;me m&#233;fiance pr&#233;vaut &#224; TFI (infos de 20 heures du 6 novembre 2001), mais pour une raison diam&#233;tralement oppos&#233;e : les Taliban &#034; exhibent complaisamment &#034; des cadavres d'enfants. Par contraste, on n'a pas contest&#233; les chiffres des victimes des &#034; Twin Towers &#034; : on nous dit 5000, on r&#233;p&#232;te 5000 ; on nous dit 6000, va pour 6000 ; on recompte, il y en a moins, qu'importe ; et personne ne crie &#224; l'intoxication ou &#224; la d&#233;sinformation. On n'a pas demand&#233; &#224; voir les corps. On n'a reproch&#233; aux Am&#233;ricains ni de les montrer, ni de ne pas les montrer. La diff&#233;rence tient en cette phrase r&#233;p&#233;t&#233;e : &#034; On ne peut pas faire confiance aux Taliban &#034;, qui implique qu'on peut faire confiance aux Am&#233;ricains. Ce &#034; double standard &#034; dans le reportage, s'ajoutant au &#034; double standard &#034; dans la conduite de cette guerre, passe peut-&#234;tre inaper&#231;u ici, mais pas hors d'Europe et des USA, l&#224; o&#249; habitent la majorit&#233; des habitants de la plan&#232;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Des morts, des r&#233;fugi&#233;s ... et pourquoi ? &#187; par Christine Delphy (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'usage des modes grammaticaux, des chiffres et des images vient confirmer l'existence de ce &#171; double standard &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'absence d'informations &#171; de source ind&#233;pendante &#187;, comme les pr&#233;sentateurs ne cessent de le r&#233;p&#233;ter, les informations sur le nombre des victimes donn&#233;es par les talibans et les images qu'ils consentent &#224; laisser filmer, sont pr&#233;sent&#233;es avec toutes les r&#233;serves qui s'imposent, c'est-&#224;-dire au conditionnel. Mais &#171; le conditionnel conditionne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Halimi et Dominique Vidal, &#171; L'opinion, &#231;a se travaille... &#187;, p. 36-37.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, pendant la guerre du Kosovo, Jean-Pierre Pernaut, au journal de TF1 de 13 heures du 20 avril 1999 parle de &#171; 100.000 &#224; 500.000 personnes qui auraient &#233;t&#233; tu&#233;es, mais tout &#231;a est au conditionnel &#187;. Le journal de 20h du lendemain, sur la m&#234;me cha&#238;ne, r&#233;cidive : &lt;i&gt;&#171; Selon l'Otan, entre 100 000 et 500 000 hommes ont &#233;t&#233; port&#233;s disparus. On craint bien s&#251;r qu'ils n'aient &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s par les Serbes (...) Bien &#233;videmment, la preuve de l'accusation reste &#224; faire. &#187;&lt;/i&gt; Mais le m&#234;me conditionnel, qui invite &#224; se m&#233;fier sans m&#233;fiance du chiffre des victimes civiles parmi les albanophones du Kosovo en 1999, permet en 2001 de se m&#233;fier du chiffre de 1500 quand il vient des autorit&#233;s de Kaboul. Dans le premier cas, on maximise &#224; outrance des chiffres qui, m&#234;me assortis du conditionnel, confortent la douteuse l&#233;gitimit&#233; de la guerre. Dans le second cas, on minimise des chiffres qui, gr&#226;ce au conditionnel, t&#233;moignent de l'improbable innocuit&#233; des bombardements am&#233;ricains. Et le passage &#224; l'indicatif sera presque totalement silencieux quand il s'agira d'&#233;valuer le nombre de victimes civiles de la Guerre d'Afghanistan : pendant, les m&#233;dias ne pouvaient pas savoir ; apr&#232;s ils ne veulent pas savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que les chiffres sont min&#233;s par la propagande, surtout quand elle vient de l'ennemi et que leur simple &#233;nonc&#233; la sert. D'autant que les victimes civiles ne peuvent &#234;tre dues qu'&#224; des &#171; erreurs &#187;. Que r&#233;pond Serge July, directeur de &lt;i&gt;Lib&#233;ration &lt;/i&gt;&#224; un internaute qui l'interroge, le lundi 29 octobre 2001, sur le site de ce journal au sujet du nombre de victimes civiles ? Ceci : &lt;i&gt;&#171; On conna&#238;t le chiffre taliban : 2.000. C'est un nombre consid&#233;rable, mais dont on peut penser qu'il n'est pas exempt de propagande, de volont&#233; de victimiser les talibans. Ceci &#233;tant, les &#201;tats-Unis ont reconnu avoir fait un certain nombre d'erreurs dans les tirs et on peut penser que le nombre de victimes civiles est de toute fa&#231;on important. &#187;&lt;/i&gt; &#171; Propagande &#187; d'un c&#244;t&#233;, &#171; erreurs &#187; de l'autre : et des victimes pass&#233;es par pertes et profits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux images, chacun sait que, selon les cas, elles parlent et ne parlent pas par elles-m&#234;mes. En l'absence d'images &#171; de source ind&#233;pendante &#187;, comment savoir ? En revanche, les images des vainqueurs coulent &#224; flot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que ces figures du discours m&#233;diatique (qui d&#233;bordent d&#233;j&#224; du strict champ s&#233;mantique) s'inscrivent dans une rh&#233;torique de guerre qui, en dernier ressort, travestit le discours imp&#233;rial en discours moral.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me partie&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rh&#233;torique de la guerre : discours moral et discours imp&#233;rial&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;La rh&#233;torique de la guerre rel&#232;ve, &#233;videmment, d'une logique du tiers exclu : &#171; qui n'est pas avec moi est contre moi &#187;. Mais une telle logique ne peut s'imposer sans explication ni justification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Mis&#232;res de l'histoire et de la causalit&#233; : la rh&#233;torique explicative&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'examen des pr&#233;tendues explications permet de saisir comment l'histoire devient belliqueuse : une histoire taill&#233;e sur mesure, dont rend compte une causalit&#233; r&#233;duite aux acqu&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Une histoire taill&#233;e sur mesure &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique imp&#233;riale enr&#244;le, dans le discours des m&#233;dias dominants, une histoire &#233;difiante dont la guerre elle-m&#234;me constitue le d&#233;nouement. C'est une histoire r&#233;duite &#224; un r&#233;cit, mais un r&#233;cit quasi-mythique o&#249;, sous le masque des personnages et sous la surface de l'intrique, travaille une machinerie narrative, dont il est possible d'exhiber les principaux rouages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tout r&#233;cit, son commencement : ainsi en va-t-il des attentats du 11 septembre 2001. &#171; Apocalypse &#187;, titre la plupart des quotidiens r&#233;gionaux en France, qui veulent ainsi donner la mesure d'un &#233;v&#233;nement litt&#233;ralement extraordinaire. Partant de cette apocalypse originelle, les &#233;v&#233;nements s'encha&#238;nent r&#233;duits &#224; leur pure factualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tout r&#233;cit, ses personnages : ainsi en va-t-il des figures oppos&#233;es de George W. Bush et de Ben Laden. Le comble de l'ennemi, quand il ne s'agit pas du &#171; Grand Satan &#187; am&#233;ricain porte quelques noms propres ou communs devenus les patrons de toute comparaison : Hitler, Staline, fascisme, stalinisme. L'explication tient alors presque exclusivement dans la comparaison, bient&#244;t r&#233;duite &#224; une simple analogie. : &#171; X n'est pas Hitler, mais... &#187; ; les talibans ne sont pas des fascistes, mais...ce sont des fascistes islamistes. &#187;. Disant cela, nous n'entendons pas exon&#233;rer des criminels de leurs crimes, mais souligner simplement que la rh&#233;torique de la guerre dispense de les identifier pr&#233;cis&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tout r&#233;cit, son intrigue qui rabat l'histoire sur une succession chronologique soigneusement am&#233;nag&#233;e, dont le principe est simple : si &#171; tout commence avec le 11 septembre &#187;, il va de soi qu'&#224; partir du 11 septembre &#171; tout s'encha&#238;ne &#187;, in&#233;luctablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discours emphatique de l'origine, grandiloquence maigre des analogies, mis&#232;re factuelle de la chronologie : l'histoire est promue au rang de Grand R&#233;cit. R&#233;cit mythique des Origines, qui se d&#233;ploie &#224; partir de l'Origine qui d&#233;cide, une fois pour toutes, de la place des m&#233;dias au sein de l'un des camps que leur R&#233;cit contribue &#224; fa&#231;onner ... et de leur participation &#224; &#171; l'effort de guerre &#187;. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire &lt;i&gt;Le Monde T&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, 4 et 5 novembre 2001. Daniel Schneidermann &#233;ditorialise sous le titre &#171; Effort de guerre &#187;. Cela se pr&#233;sente comme une le&#231;on de lucidit&#233;, inaugur&#233;e par une question qui en borde l'exercice : &#171; &lt;i&gt;Que signifie, pour les m&#233;dias, participer &#224; l'effort de guerre ? Non point fermer les yeux sur les erreurs, les t&#226;tonnements, les bavures de la riposte am&#233;ricaine. Les ouvrir, au contraire. Mais les ouvrir jour apr&#232;s jour, avec endurance, sans oublier l'image originelle de l'agression du 11 septembre.&lt;/i&gt; &#187;. Aucun &#201;tat-major ne saurait se plaindre d'une telle ind&#233;pendance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons en arri&#232;re : que l'histoire fasse tenir toute explication dans la narration n'est pas sans cons&#233;quences, on s'en doute, sur l'explication elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Une causalit&#233; r&#233;duite aux acqu&#234;ts &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour contenir la causalit&#233; - qu'il s'agisse des causes qui d&#233;terminent ou des conditions qui favorisent - dans les limites d'un r&#233;cit &#233;difiant, il suffit de juger l'&#233;v&#233;nement au lieu de le jauger, d'identifier des auteurs et d'opposer entre elles des substances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour au commencement : les attentats du 11 septembre 2001. D'embl&#233;e, l'&#233;v&#233;nement comme crime - ce qu'il fut indubitablement -, par son ampleur m&#234;me dispense de prendre en compte l'&#233;v&#233;nement comme effet. L'&#233;v&#233;nement comme crime ne peut &#234;tre que l'effet de criminels. Et la folie meurtri&#232;re ne pouvant avoir pour cause que la folie des assassins, le discours journalistique d&#233;cr&#232;te inexplicable ce qui, par d&#233;finition, ne peut &#234;tre expliqu&#233;. La causalit&#233; &#233;tant ainsi rabattue sur la responsabilit&#233;, il ne reste plus qu'&#224; &#233;tendre la liste des responsables : on n'en finirait pas de citer les articles de nos majest&#233;s &#233;ditoriales qui, des &#171; antiam&#233;ricains &#187; aux &#171; antimondialistes &#187;, de Ben Laden &#224; Jos&#233; Bov&#233;, des &#171; islamistes &#187; aux &#171; laxistes &#187;, ont permis d'&#233;largir la liste des ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la responsabilit&#233; des auteurs tient lieu d'explication par les causes, leur appartenance &#224; une communaut&#233; ou &#224; une mouvance &#171; islamiste &#187;, &#224; une organisation ou &#224; un r&#233;seau (Al-Qaida) compl&#232;te leur identit&#233;. Que la mont&#233;e en puissance de vari&#233;t&#233;s pr&#233;cises de l'islamisme politique puisse &#234;tre un effet, m&#234;me indirect, de la politique imp&#233;riale elle-m&#234;me, ne satisferait pas les exigences du r&#233;cit belliqueux : les relations et interactions qui ont contribu&#233; &#224; fa&#231;onner des appartenances qui ne sont pas isolables de ces relations s'effacent devant les appartenances elles-m&#234;mes, compl&#232;tement r&#233;ifi&#233;es. Ainsi, de m&#234;me que les auteurs (et leurs &#171; alli&#233;s &#187; pr&#233;sum&#233;s) absorbent les causes, les substances se substituent aux relations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier acte de la rh&#233;torique explicative : toute tentative d'expliquer est d&#233;nonc&#233;e comme tentation de justifier. Ainsi la plupart des journalistes peuvent-ils, aux c&#244;t&#233;s des gouvernements belliqueux, proc&#233;der en quelques phrases &#224; la transmutation alchimique des probl&#232;mes &#224; r&#233;soudre en ennemi &#224; combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et avec cet &#233;quipement explicatif r&#233;duit au minimum, l'histoire met aux prises, dans le r&#233;cit horrifi&#233; d'une indiscutable horreur, des enfants innocents et des ogres monstrueux. La guerre se transforme en r&#233;cit d'&#233;pouvante. Mais encore faut-il la justifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Mis&#232;res de la morale et de la politique : la rh&#233;torique justificative&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rh&#233;torique justificative compl&#232;te le pr&#234;t-&#224;-porter explicatif et permet de saisir comment, dans le discours des m&#233;dias dominants, la guerre devient morale. A cet effet, il suffit de rendre la politique translucide et la morale ang&#233;lique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Une politique translucide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se soustraire aux &#233;tats d'&#226;me que provoqueraient des analyses qui rendraient &#224; l'histoire son opacit&#233; et r&#233;v&#232;leraient des choix trop explicitement politiques, mieux vaut proc&#233;der &#224; une substitution des raisons &#233;thiques aux calculs strat&#233;giques et aux int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Premier glissement de la strat&#233;gie vers la morale : la rh&#233;torique de la guerre d&#233;fensive. L'effacement des causes rend l'&#233;v&#233;nement - les attentats du 11 septembre - &#224; sa pure factualit&#233;, fut-elle extraordinaire. Mais le travail de moralisation ne serait pas achev&#233; si ce m&#234;me &#233;v&#233;nement n'&#233;tait pas rabattu sur une seule de ses dimensions : on retiendra qu'il fut une agression - ce qu'il fut indubitablement - appelant la l&#233;gitime d&#233;fense, pour dissimuler qu'il fut aussi une occasion - ce qu'il fut certainement quand on lui restitue son arri&#232;re-plan historique et strat&#233;gique - appelant une belliqueuse offensive. Une occasion de conqu&#233;rir une nouvelle &#171; zone d'influence &#187; : ce motif strat&#233;gique est dissimul&#233; derri&#232;re le mobile vaguement &#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Deuxi&#232;me glissement de la strat&#233;gie vers la morale : la rh&#233;torique de la guerre humanitaire. Envahissante au moment de la guerre du Kosovo, cette rh&#233;torique se d&#233;ploie &#233;galement au cours de la guerre d'Afghanistan. Au Kosovo, les experts am&#233;ricains d&#233;claraient avant le conflit que les op&#233;rations militaires rendaient vraisemblable un exode massif provoqu&#233; par les forces serbes. On l'oublia, pr&#233;f&#233;rant d&#233;clarer que cet exode &#233;tait le principal motif de la &#171; guerre humanitaire &#187; alors que, comme le dit fort bien Daniel Bensa&#239;d, &#171; (...) &lt;i&gt;On a cyniquement facilit&#233; le crime pour en l&#233;gitimer la punition&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Bensa&#239;d, Contes et l&#233;gendes de la guerre &#233;thique, p. 28.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De m&#234;me dans la guerre d'Afghanistan, la &#171; guerre d&#233;fensive &#187; changea en cours d'op&#233;ration pour se transformer en guerre de lib&#233;ration des femmes Afghanes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique et la guerre deviennent ainsi imp&#233;rialement transparents : il suffit de tenir les objectifs d&#233;clar&#233;s pour les objectifs poursuivis (la guerre &#171; d&#233;fensive &#187; sans autre motif en Afghanistan, comme elle fut &#171; humanitaire &#187; au Kosovo &#187; sans autre raison), puis les effets obtenus pour les cibles vis&#233;es (le retour des r&#233;fugi&#233;s au Kosovo, la r&#233;tablissement de la &#171; d&#233;mocratie &#187; en Afghanistan), pour que la politique devienne aussi morale qu'un conte pour enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au risque de voir la politique se venger de tant d'innocence et imposer &#224; la morale proclam&#233;e une flexibilit&#233; impr&#233;vue, mais non impr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Une morale r&#233;versible &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La substitution des raisons &#233;thiques aux calculs strat&#233;giques et aux int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques a pour compl&#233;ment, dans le discours des m&#233;dias dominants, la substitution de l'&#233;thique illimit&#233;e &#224; la politique profane. Alors la morale des intentions et de l'&#233;thique pure, comme l'appelait Max Weber, balaie tout sur son passage : elle absorbe le droit, d&#233;fie les rapports de force, se joue des relations tortueuses entre les Etats. Mieux : elle sanctifie la guerre. Il suffit de se souvenir de l'emphase de la rh&#233;torique humanitaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Noam Chomsky, Le Nouvel Humanisme militaire. Le&#231;ons de la guerre du Kosovo, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de la ferveur des d&#233;clarations en faveur du &#171; droit d'ing&#233;rence &#187; pendant la guerre du Kosovo. La plupart des journalistes fran&#231;ais les ont sous-trait&#233;s. L'indignation promise s'est &#233;trangl&#233;e progressivement face &#224; la guerre de Tch&#233;tch&#233;nie et est ext&#233;nu&#233;e face au conflit isra&#233;lo-palestinien. Pendant la guerre d'Afghanistan, elle s'est mu&#233;e en haine de la barbarie, aveugle &#224; la sienne propre, en d&#233;pit de toutes les tentatives de prendre des distances avec les discours de Georges W. Bush sur la &#171; croisade &#187; des d&#233;mocraties contre &#171; l'axe du Mal &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, la rh&#233;torique humanitaire permet de convertir le cynisme politique en ang&#233;lisme moral. Mais cette absorption de la politique par la morale - cette conversion du cynisme en ang&#233;lisme - a pour compl&#233;ment une tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e de conversion de la morale en politique : o&#249; l'ang&#233;lisme devient la caution de toutes les formes de cynisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il arrive pourtant que l'&#233;thique illimit&#233;e ne parvienne pas &#224; colorer de ses nobles intentions la politique profane. Le cynisme alors reprend ses droits pour d&#233;noncer l'ang&#233;lisme suppos&#233; des adversaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, sous le titre neutre et avenant &#171; Les ONG contestent le couplage avec l'action militaire &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 11 octobre 2001, p. 2), Claire Tr&#233;an fait &#233;tat des critiques de &#171; l'humanitaire militaire &#187;, mais pour en d&#233;samorcer, autant qu'elle le peut, la port&#233;e. Le r&#233;alisme militaire grince ainsi sous sa plume : &lt;i&gt;&#171; Le couplage entre action militaire et action humanitaire n'est pas non plus sans provoquer quelques &#233;tats d'&#226;mes chez les travailleurs de terrain&lt;/i&gt; &#187;. De simples &#171; &#233;tats d'&#226;me &#187;, dans un milieu qui, pr&#233;cise Claire Tr&#233;an, &#171; &lt;i&gt;se torture mentalement - au moins dans sa branche la plus intellectuelle, la fran&#231;aise - pour tenter de s'inventer une doctrine salvatrice dans ses relations compliqu&#233;es avec les Etats&lt;/i&gt; &#187;. Ce commentaire m&#233;prisant destin&#233; &#224; discr&#233;diter les arguments que l'on expose est un mod&#232;le de journalisme d'&#233;tat-major...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, soutient Claire Tr&#233;an, &#224; la diff&#233;rence de la confusion (enfin reconnue !) qui aurait pr&#233;valu lors d'actions de guerre pr&#233;c&#233;dentes : &#171; &lt;i&gt;La crainte de certaines ONG que l'humanitaire serve d'alibi, voire de d&#233;clencheur, &#224; une intervention guerri&#232;re est ici sans fondement&lt;/i&gt; &#187;. Comme si ce n'&#233;tait que comme alibi ou d&#233;clencheur que l'humanitaire pouvait &#234;tre mis au service de la guerre... Heureusement, Claire Tr&#233;an a trouv&#233; des ONG qui auraient pour particularit&#233;... de reconna&#238;tre la difficult&#233; des op&#233;rations humanitaires : &#171; &lt;i&gt;Ceux-l&#224; refusent aujourd'hui de verser dans d'inutiles d&#233;bats th&#233;ologiques, m&#234;me si le z&#232;le humanitaire affich&#233; par les Am&#233;ricains les irrite quelque peu&lt;/i&gt; &#187;. &#171; D'inutiles d&#233;bats th&#233;ologiques &#187; : quand le moralisme plie, le cynisme reprend ses droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me Claire Tr&#233;an - mais on peut trouver pire - dans un dossier sp&#233;cial du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; dat&#233; des 18-19 novembre 2001 (&#171; &lt;i&gt;Terrorisme, guerre les armes du droit international&lt;/i&gt; &#187;) revient &#224; deux reprises sur la guerre actuelle et le droit international, pour r&#233;duire &#224; n&#233;ant les scrupules juridiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier article, qui sert d'introduction au dossier, on peut lire notamment, en guise de pr&#233;sentation des positions qui critiquent la l&#233;galit&#233; de l'intervention, cette pr&#233;sentation &#171; objective &#187; : &#171; (...) &lt;i&gt;les organisations de d&#233;fense des droits de l'homme, pour la plupart pacifistes d'instinct, invoquaient le droit international pour sauver le monde, mais n'y puisaient comme seule proposition organisationnelle que celle de juger Ben Laden pour crime contre l'humanit&#233;...&lt;/i&gt; &#187; Le journalisme d'investigation a ainsi permis de d&#233;couvrir des instinctifs qui veulent sauver le monde par le droit ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un second article du m&#234;me dossier,- &#171; La question de la l&#233;gitimit&#233; des ripostes aux attentats du 11 septembre &#187; -, Claire Tr&#233;an apr&#232;s avoir rapidement expos&#233; quelques critiques sur la l&#233;galit&#233; de la riposte am&#233;ricaine, tranche le d&#233;bat avec autorit&#233; : la l&#233;galit&#233; est hors de cause. Et entre autres consid&#233;rations, on peut lire celle-ci : &#171; &lt;i&gt;A partir du 7 octobre, les Etats-Unis entraient en guerre contre le r&#233;gime d'Afghanistan. Ils &#233;taient tenus de respecter les r&#232;gles des conventions de Gen&#232;ve, de m&#234;me en principe que les autres bellig&#233;rants, talibans ou moudjahidins. &#187; Pour autant que l'on sache, les Am&#233;ricains ne semblent pas les avoir viol&#233;es d&#233;lib&#233;r&#233;ment massivement. Cette probl&#233;matique humanitaire allait cependant d&#232;s lors prendre le pas, dans le d&#233;bat, sur celle de la l&#233;galit&#233; onusienne.&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour autant que l'on sache &#187;, m&#234;me un viol pas massif et pas totalement d&#233;lib&#233;r&#233; reste un viol. Pour Claire Tr&#233;an, cela revient &#224; c&#233;der &#224; une &#171; probl&#233;matique humanitaire &#187;, celle-l&#224; m&#234;me que l'on invoque pour faire la guerre quand le droit est muet et la politique insuffisamment morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;L'universel imp&#233;rial&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut le redire : il existait peut-&#234;tre des arguments rationnels en faveur de la guerre d'Afghanistan. Mais pourquoi sont-ils absents du discours dominants des m&#233;dias dominants ? Ou submerg&#233;s par un autre discours, dont Jean-Marie Colombani - une fois de plus - avait offert le prototype ? Le directeur du &#171; journal de r&#233;f&#233;rence &#187; de la presse fran&#231;aise, &#233;crivait dans le contexte de la guerre du Kosovo : &#171; &lt;i&gt;Notre chance est bien de vivre aujourd'hui dans cette Europe qui n'est plus ni imp&#233;riale ni imp&#233;rialiste et qui peut donc &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#224; jamais&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;se pr&#233;valoir de valeurs universelles&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 7 mai 1999)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, en 1999, avait propos&#233; un argumentaire &#171; de r&#233;f&#233;rence &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; [&lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/La-guerre-en-Afghanistan-de-2001-2-Discours-moral&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]. L'Europe ? Ni imp&#233;riale, ni imp&#233;rialiste, universelle par principe et pour l'&#233;ternit&#233;. Et ce qui est vrai de l'Europe l'est aussi, on s'en doute, des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les options s&#233;mantiques, les routines ethnocentriques, les contorsions rh&#233;toriques des m&#233;dias dominants avant et pendant la guerre d'Afghanistan sont de puissants r&#233;v&#233;lateurs. Ils montrent comment, sans injonctions particuli&#232;res, ces m&#233;dias n'ont pas besoin de servir directement la propagande des &#233;tats-majors pour la renforcer de leur propre propagande. Mais surtout, ils mettent en &#233;vidence, comment parle par leur bouche, l'universel qui les hante et qui les guide : l'universel imp&#233;rial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rep&#232;res bibliographiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Daniel Bensa&#239;d, &lt;i&gt;Contes et l&#233;gendes de la guerre &#233;thique&lt;/i&gt;, Textuel, Paris 1999. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Noam Chomsky, Le &lt;i&gt;Nouvel Humanisme militaire. Le&#231;ons de la guerre du Kosovo&lt;/i&gt;, Lausanne, Page deux, 2000.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Serge Halimi et Dominique Vidal, &lt;i&gt;&#171; L'opinion, &#231;a se travaille... &#187;. Les m&#233;dias et les &#171; guerres justes &#187;. Du Kosovo &#224; l'Afghanistan&lt;/i&gt;, quatri&#232;me &#233;dition revue et augment&#233;e, Marseille, Agone Editeur, 2002.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Henri Maler, &#171; Kosovo 1999 : &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et la guerre &#187;, dans &lt;i&gt;Variations&lt;/i&gt; n&#176;1, Paris Syllepse, 2001.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Semantica et retorica della guerra imperiale nei media francesi. L'esempio della guerra in Afghanistan nel 2001 &#187;, in &lt;i&gt;Cultura per la pace&lt;/i&gt; (a cura di G.I. Giannoli, S Morante, R. Mordenti, P.Quintili), Roma, manifestolibri, mars 2003, p. 135-151.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette contribution s'appuie sur la documentation que j'ai r&#233;unie en 2001 sur le site de l'association Acrimed (Action-CRItique-MEDias) : dossiers &#171; Attentats aux USA &#187; et &#171; Guerre en Afghanistan &#187;.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que Jean-Marie Colombani, p&#226;le imitation de John Kennedy, transpose &#171; Ich bin ein Berliner &#187; en d&#233;clarant &#171; je suis un am&#233;ricain &#187; serait un acc&#232;s d'identification int&#233;ressant, mais, somme toute, b&#233;nin. Qu'il confonde les dates - le discours de Kennedy date du 26 juin 1963, et non de 1962 - est sans doute d&#251; &#224; un exc&#232;s de pr&#233;cipitation. Que la correction apparaisse sur le site du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, le jour de la parution (avant de dispara&#238;tre et de repara&#238;tre &#224; nouveau), sans que, ce jour (sauf erreur...), aucun rectificatif ne soit publi&#233; dans la version papier n'est peut-&#234;tre qu'une d&#233;faillance technique (et d&#233;ontologique) mineure.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Des morts, des r&#233;fugi&#233;s ... et pourquoi ? &#187; par Christine Delphy (Co-pr&#233;sidente de la Fondation Copernic, Directrice de Nouvelles questions f&#233;ministes) et Annie Mordrel (Philosophe), tribune libre ... jamais publi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Halimi et Dominique Vidal, &lt;i&gt;&#171; L'opinion, &#231;a se travaille... &lt;/i&gt; &#187;, p. 36-37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Bensa&#239;d, &lt;i&gt;Contes et l&#233;gendes de la guerre &#233;thique&lt;/i&gt;, p. 28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Noam Chomsky, &lt;i&gt;Le Nouvel Humanisme militaire. Le&#231;ons de la guerre du Kosovo&lt;/i&gt;, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, en 1999, avait propos&#233; un argumentaire &#171; de r&#233;f&#233;rence &#187; parfaitement &#233;loquent ? Voir Henri Maler, &#171; Kosovo 1999 : &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et la guerre &#187;, dans &lt;i&gt;Variations&lt;/i&gt; n&#176;1, Paris Syllepse, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Kosovo 1999 : Le Monde en guerre</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Kosovo-1999-Le-Monde-en-guerre.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://henri-maler.fr/Kosovo-1999-Le-Monde-en-guerre.html</guid>
		<dc:date>2023-11-05T16:26:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Guerres</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;dias en guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Analyse d'informations et d'explications biais&#233;es par la propagande.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Guerres-+.html" rel="tag"&gt;Guerres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Medias-en-guerre-+.html" rel="tag"&gt;M&#233;dias en guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Critiquer-les-medias-+.html" rel="tag"&gt;Critiquer les m&#233;dias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH149/arton79-2d388.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='149' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Analyse d'informations et d'explications biais&#233;es par la propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article reproduit ci-apr&#232;s est paru dans la revue &lt;i&gt;Variations&lt;/i&gt;, n&#176; 1, premier trimestre 2001, &#233;ditions Syllepses, et reprend, pour l'essentiel, les articles parus sur le site d'Acrimed en juin 2000.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; revendique hautement un statut de &#171; quotidien de r&#233;f&#233;rence &#187;. Pourtant, le pouvoir de l&#233;gitimation qu'il s'arroge souvent et qu'on lui reconna&#238;t parfois exc&#232;de manifestement le pouvoir d'information et d'explication dont il dispose. Cette revendication et cet &#233;cart suffisent &#224; justifier notre curiosit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est assez dire les limites de cet article qui ne pr&#233;tend pas analyser (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la &#171; guerre du Kosovo &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; s'est laiss&#233; emporter par son &#233;lan de solidarit&#233; avec l'OTAN au point d'accr&#233;diter, comme la plupart des autres m&#233;dias, des informations totalement fausses, comme l'existence du plan &#171; fer &#224; cheval &#187;et l'exag&#233;ration d&#233;mesur&#233;e du nombre des victimes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Halimi et Dominique Vidal, L'opinion, &#231;a se travaille ...Les m&#233;dias, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais si &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; - comme on pourra le v&#233;rifier - a c&#233;d&#233; aux vertiges de la propagande, la diffusion de ces informations fausses ne fut jamais que l'exception qui confirme cette r&#232;gle : la publication d'informations et d'explications biais&#233;es. Ce sont elles que l'on s'efforcera de mettre en &#233;vidence, en prenant pour fil conducteur les &#233;ditoriaux du temps de guerre : ils &#233;clairent les pages d'information et s'&#233;clairent par elles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je remercie Gilbert Achcar, Serge Halimi, Pierre Rimbert et Catherine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(1) Une information solidement explicative ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confondant g&#233;n&#233;ralement les raisons de leur soutien &#224; l'intervention de l'OTAN avec les raisons m&#234;me de cette intervention, la plupart des commentaires du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; se sont satisfaits des explications les plus courtes : des explications - qu'il s'agisse d'histoire ou de strat&#233;gie - profond&#233;ment mutil&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'histoire est convoqu&#233;e, c'est une histoire taill&#233;e sur mesure. Les &#233;ditoriaux du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, pendant toute la dur&#233;e de la guerre, comportent une r&#233;f&#233;rence constante &#224; une double histoire : l'histoire de dix ann&#233;es d'oppression par le pouvoir de Milosevic, l'histoire de deux ann&#233;es d'exactions serbes sur le territoire du Kosovo. Ainsi rabattue sur l'histoire des relations entre le r&#233;gime de Belgrade et les aspirations de la majorit&#233; albanophone&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les tensions intercommunautaires de la p&#233;riode 1974-1989, le plus souvent au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la question du Kosovo est isol&#233;e de l'histoire de l'ensemble des conflits cons&#233;cutifs &#224; l'effondrement de l'ancien r&#233;gime Yougoslave et de l'inscription des puissances occidentales dans ces conflits. Du m&#234;me coup, on peut se borner &#224; pr&#233;senter les formes les plus r&#233;centes de l'intervention de ces grandes puissances comme une simple rupture dans une politique r&#233;put&#233;e attentiste. Parfois, il est vrai, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; tente de prendre du recul. Ainsi, la &#171; une&#034; du mercredi 31 mars nous annonce une explication prometteuse : &#171; Kosovo les racines de la guerre &#187;. Pourtant, le &#171; dossier &#187; correspondant juxtapose un article sur le Kosovo dans les Balkans depuis 1815 et un entretien avec Ibrahim Rugova&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fondateur de Ligue d&#233;mocratique du Kosovo, devenu Pr&#233;sident de la Premi&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;], datant de 1990 : rien par cons&#233;quent sur l'insertion de la crise dans le contexte g&#233;opolitique qui a favoris&#233;, puis aliment&#233;, le d&#233;membrement de l'ex-Yougoslavie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;lest&#233;e de toute &#233;paisseur historique, l'explication l'est aussi de toute dimension strat&#233;gique - qu'elle soit g&#233;opolitique ou strictement militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, les &#233;ditoriaux du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; passent prudemment sous silence les objectifs g&#233;opolitiques de la guerre, effac&#233;s - semble-t-il - par les urgences humanitaires. Ainsi se trouve &#233;vacu&#233;e jusqu'&#224; l'hypoth&#232;se de l'encha&#238;nement suivant : l'intervention de l'OTAN sous h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine n'ob&#233;issait pas seulement aux nobles motifs invoqu&#233;s ; elle avait pour objectifs g&#233;ostrat&#233;giques de maintenir l'OTAN en refondant sa d&#233;finition et sa l&#233;gitimit&#233;, de gagner toujours plus &#224; l'Est l'&#233;tendue de son th&#233;&#226;tre d'intervention, et en remodelant ainsi la zone d'influence am&#233;ricaine, de favoriser l'extension de l'ordre n&#233;o-lib&#233;ral. Imposer l'OTAN comme bras arm&#233; du FMI et de l'OMC ? La question ne sera pas pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, avec une t&#233;nacit&#233; remarquable, les &#233;ditoriaux du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; taisent la coh&#233;rence de la strat&#233;gie militaire de l'OTAN. Quand, apr&#232;s quelques jours de bombardements, la plupart des &#233;ditorialistes s'inqui&#232;tent des cons&#233;quences de cette strat&#233;gie, ils s'interrogent sur d'&#233;ventuelles &#034; erreurs &#187; qu'ils donnent pour circonstancielles : un choix de moyens mal ajust&#233;s au conflit en cours. Pourtant, du strict point de vue militaire, la strat&#233;gie adopt&#233;e n'est que l'application d'une strat&#233;gie globale &#233;labor&#233;e depuis plusieurs ann&#233;es par les strat&#232;ges am&#233;ricains : tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment la strat&#233;gie g&#233;n&#233;rale de l'OTAN pour la gestion des conflits modernes. Mais &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; est loin d'en avoir tir&#233; toutes les cons&#233;quences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, il est vrai, consacre quelques articles &#224; cette strat&#233;gie, sous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces s&#233;v&#232;res amputations sont &#224; la fois la raison et la cons&#233;quence d'un engagement qui &#233;pouse la version officielle des gouvernements et des diplomates occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; (2) Une diplomatie purement dissuasive ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la guerre commenc&#233;e, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; affirme p&#233;remptoirement que le projet de Rambouillet proposait une solution acceptable et constituait une ultime tentative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ditorial du 25 mars - sous le titre &#171; Un tournant historique &#187; -, n'h&#233;site pas &#224; affirmer que &#171; Le pr&#233;sident de la RFY, Slobodan Milosevic, refuse l'honn&#234;te solution qui lui a &#233;t&#233; propos&#233;e &#224; Rambouillet &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La conf&#233;rence de Rambouillet, du nom &#171; attribu&#233; au cycle de n&#233;gociations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;]. En quoi s'agissait-il d'une honn&#234;te solution ? &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ne le dit pas. De quelles informations disposons nous pour en juger ? &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ne les fournit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, sur son site internet, puis &lt;i&gt;L'Humanit&#233; hebdo&lt;/i&gt; du 30 avril ont publi&#233; les annexes du projet d'accord, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (qui pourtant a publi&#233; sans d&#233;lais l'int&#233;grale du rapport du procureur Starr dans &#171; l'affaire Monica Lewinski &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du nom des relations sexuelles qu'elle avait entretenues avec le pr&#233;sident (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) n'a pas jug&#233; bon de faire conna&#238;tre le texte &#224; ses lecteurs. Mais le quotidien ne s'est pas priv&#233; pour autant d'engager, sous la plume de Henri de Bresson, la pol&#233;mique sur son interpr&#233;tation. La totalit&#233; du projet r&#233;v&#232;le que les dispositions militaires revenaient &#224; ceci : l'intervention d'une force d'interposition de l'Otan, autoris&#233;e &#224; circuler librement sur la totalit&#233; du territoire Yougoslave. Mais le journaliste du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; ergote. Sous pr&#233;texte que ces annexes n'ont pas &#233;t&#233; d&#233;battues - &#171; la discussion n'est pas arriv&#233;e jusque-l&#224; &#187; -, il serait inutile de les discuter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri de Bresson, &#171; Pol&#233;mique sur les clauses non publi&#233;es de l'accord de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois &#233;lud&#233;es les conditions impos&#233;es au gouvernement de Milosevic, la solution propos&#233;e pouvait passer pour honn&#234;te et, en ce sens, pour ultime. Deux arguments fusionn&#233;s en un seul permettent d'expliquer que l'on a atteint l'extr&#234;me limite et que la guerre est devenue in&#233;vitable : &#224; la fois parce qu'elle a &#233;t&#233; trop longtemps diff&#233;r&#233;e et qu'elle est dict&#233;e par l'urgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une intervention trop longtemps diff&#233;r&#233;e : &#171; apr&#232;s des mois de n&#233;gociations aboutissant &#224; l'accord de Rambouillet, refus&#233; par le seul Milosevic ; apr&#232;s tant de temps perdu, il n'y avait plus d'autre solution que le recours &#224; la force &#187; (&#233;ditorial du 22 avril, &#171; Le but de guerre &#187;). Comme si ce recours &#224; la force n'&#233;tait pas aussi la cons&#233;quence d'une politique catastrophique des puissances occidentales depuis une dizaine d'ann&#233;es. Comme si &#171; l'honn&#234;te solution &#187; diplomatique ne faisait pas corps avec la seule &#171; solution &#187; du recours &#224; la force (qui supposait notamment la mise l'&#233;cart de la diplomatie russe). Comme si les pr&#233;tendus accords de Rambouillet avaient &#233;t&#233; autre chose qu'un ultimatum, comme Kissinger lui-m&#234;me l'a reconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une intervention dict&#233;e par l'urgence : &#171; plus l'OTAN attendra, plus le conflit au Kosovo sera lourd de massacres et plus la d&#233;stabilisation r&#233;gionale sera exacerb&#233;e &#187; (&#233;ditorial du 25 mars, &#171; Un tournant historique &#187;). Comme si la guerre n'avait pas contribu&#233; &#224; pr&#233;cipiter ce qu'elle pr&#233;tendait emp&#234;cher. Nous y reviendrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; en guerre avalise la pr&#233;sentation des efforts diplomatiques fournis par les diplomates eux-m&#234;mes. Rien d'&#233;tonnant &#224; cela : pendant toute la p&#233;riode des &#171; n&#233;gociations &#187;, les articles de Claire Tr&#233;an - qui &#171; suit &#187; les n&#233;gociations - &#233;pousent, sans la moindre distance critique, la version des diplomates occidentaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claire Tr&#233;an, souvent cit&#233; dans cet article, &#233;tait journaliste au Monde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les pr&#233;tendus accords de Rambouillet ne relevaient ni d'une diplomatie pr&#233;ventive, ni d'une diplomatie dissuasive, mais d'une diplomatie exp&#233;ditive et imm&#233;diatement belliqueuse. La perspective d'une intervention de l'OTAN est officialis&#233;e d&#232;s octobre 1998, quelques jours apr&#232;s le vote des r&#233;solutions de l'ONU et avant toute ouverture de n&#233;gociations. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, d&#232;s le jeudi 8 octobre annon&#231;ait en premi&#232;re page : &#171; Kosovo l'OTAN pr&#234;te &#224; frapper les Serbes &#187;. Et Javier Solana, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'OTAN, d&#233;clarait, dans un entretien publi&#233; le m&#234;me jour que &#171; Le compte &#224; rebours pour une intervention de l'OTAN a commenc&#233; &#187;, dans le but d'&#233;viter &#171; le risque d'une catastrophe humanitaire &#187; (en pr&#233;cisant cependant que la pr&#233;sence de l'OTAN sur le territoire du Kosovo restait une question ouverte). Mais rapidement, sur une question &#233;minemment conflictuelle - et alors que les grandes puissances ont pris tout leur temps pour diff&#233;rer, voire pour emp&#234;cher la solution de conflits similaires -, c'est l'OTAN que l'on cherche &#224; imposer dans une diplomatie qui ne laisse pratiquement aucune marge de n&#233;gociation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La menace du recours &#224; cette intervention &#233;tait pr&#233;sent&#233;e comme une condition de l'efficacit&#233; des efforts diplomatiques en direction du gouvernement de Milosevic. A moins que la diplomatie exp&#233;ditive n'ait eu essentiellement pour fonction de pr&#233;parer et de l&#233;gitimer le recours &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 6 f&#233;vrier - sous le titre &#171; Quinze jours pour parvenir &#224; la paix &#187; -, Claire Tr&#233;an d&#233;crit, sans le moindre &#233;tat d'&#226;me, cette diplomatie exp&#233;ditive : &#171; L'id&#233;e [sic !] est de fixer un cadre rigide aux n&#233;gociations, les parties en conflit n'ayant &#224; s'entendre que sur les d&#233;tails de cette &#233;pure [re-sic], qui doit dessiner pour trois ans un statut &#171; d'autonomie substantielle &#187; du Kosovo. 85% du projet qu'on mettra sur la table &#171; ne sont pas n&#233;gociables &#187; a d&#233;clar&#233; jeudi un responsable am&#233;ricain, ajoutant qu'on ne laisserait aux int&#233;ress&#233;s &#171; aucune marge de man&#339;uvre pour d&#233;cider des aspects fondamentaux &#187; de ce plan [sic]. &#187;. Et Claire Tr&#233;an de conclure, sans le moindre tremblement de plume : &#171; Quant aux int&#233;ress&#233;s eux-m&#234;mes, ils partent de positions diam&#233;tralement oppos&#233;es sur tout (...) le plus difficile restera &#224; venir obtenir un accord en moins de quinze jours. &#187; Autant dire que l' &#171; &#233;chec &#187; de la diplomatie et la guerre d&#233;clench&#233;e par l'OTAN &#233;taient programm&#233;s d'avance et depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle guerre ? Les &#233;ditoriaux du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; r&#233;pondent : une guerre l&#233;gale, europ&#233;enne et humanitaire ; une guerre cibl&#233;e et pr&#233;ventive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(3) Une guerre juridiquement fond&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la guerre commenc&#233;e, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; &#233;vacue le probl&#232;me de la l&#233;galit&#233; juridique de l'intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ditorial du 25 mars - Un tournant historique - se borne &#224; constater ceci : &#171; Pour la premi&#232;re fois en cinquante ans d'existence - anniversaire qui sera c&#233;l&#233;br&#233; le 4 avril -, l'OTAN entre en guerre contre un pays souverain. Elle le fait &lt;i&gt;sans autorisation explicite de l'ONU&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; &#187; (Soulign&#233; par moi. &lt;i&gt;H.M.&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Existe-t-il au moins - ce qui serait juridiquement &#233;trange - une autorisation implicite ? C'est ce que Claire Tr&#233;an ne craint pas d'affirmer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde du 28-29 mars 1999, p. 6.&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Apr&#232;s avoir rappel&#233; que la r&#233;solution 1199 du 23 septembre 1998 a &#233;t&#233; vot&#233;e &#224; l'initiative des diplomates fran&#231;ais, notre journaliste-diplomate &#233;crit : &#171; La r&#233;solution &#233;nonce les obligations impos&#233;es &#224; Belgrade (cessez-le-feu, fin des agressions contre les civils, retrait des unit&#233;s sp&#233;ciales, ouverture d'un dialogue politique avec la communaut&#233; albanaise) et, dans son article 16, stipule que le Conseil de s&#233;curit&#233; &#171; d&#233;cide, au cas o&#249; les mesures concr&#232;tes exig&#233;es ne seraient pas prises, d'examiner une action ult&#233;rieure et des mesures additionnelles pour maintenir ou r&#233;tablir la paix &#187;. La r&#233;solution 1203 du 24 octobre ent&#233;rine l'accord conclu par Richard Holbrook avec M. Milosevic et fait ainsi des engagements qu'il contient (retrait d'une large partie des forces serbes du Kosovo, ouverture de n&#233;gociations, etc.) des obligations internationales. (...) Ces deux r&#233;solutions ont en outre &#233;t&#233; adopt&#233;es dans le cadre du chapitre VII de la charte des Nations unies, c'est-&#224;-dire celui qu'autorise le recours &#224; la force. Certes, en toute rigueur, le passage &#224; l'acte (&#224; ces &#171; mesures additionnelles &#187; dont parle la r&#233;solution 1199) aurait suppos&#233; une nouvelle r&#233;union du Conseil de s&#233;curit&#233; pour mandater formellement l'OTAN d'une mission coercitive. Mais chacun savait bien qu'on ne pouvait pas emmener les Russes aussi loin. &#187;. &#171; En toute rigueur &#187;, il n'existe donc pas de bases juridiques aux bombardements de l'OTAN. Pourtant, le titre de l'article (que l'on doit peut-&#234;tre &#224; un secr&#233;taire de r&#233;daction...) affirme, sans vergogne, que &#171; Les r&#233;solutions de l'ONU donnent une base l&#233;gale &#224; l'intervention &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette interpr&#233;tation d&#233;sinvolte de la politique du fait accompli permet &#224; la fois de relativiser le recours &#224; l'OTAN comme structure sp&#233;cifique et le recours &#224; la guerre comme moyen politique. Elle permet de passer sous silence le m&#233;pris affich&#233; par les &#201;tats-Unis pour le droit international depuis de longues ann&#233;es et au moment m&#234;me o&#249; de nouveaux bombardements sont d&#233;cid&#233;s contre l'Irak. Et ce silence permet, &#224; son tour, de pr&#233;senter la guerre comme la cons&#233;quence d'une politique essentiellement europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; (4) Une guerre essentiellement europ&#233;enne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la guerre commenc&#233;e, la th&#232;se du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; est des plus simples : les USA ont pr&#234;t&#233; leur appui aux Europ&#233;ens dans une guerre humanitaire. De simples auxiliaires en quelque sorte, essentiellement d&#233;sint&#233;ress&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le 27 mars, l'&#233;ditorial - &#171; Le d&#233;bat et les faits &#187; - affirme : &#171; Dans l'affaire du Kosovo (...) l'initiative politique est largement revenue aux Europ&#233;ens, notamment &#224; la France et &#224; la Grande-Bretagne. &#187; L'&#233;ditorial du 24 avril - &#171; OTAN : l'enjeu de Washington &#187; - ressasse et pr&#233;cise la m&#234;me id&#233;e : &#171; R&#233;p&#233;tons-le en Bosnie comme au Kosovo, les &#201;tats-Unis n'&#233;taient pas demandeurs. Ce sont les Europ&#233;ens qui ont sollicit&#233; l'assistance am&#233;ricaine, parce qu'ils n'avaient pas les moyens militaires de leur diplomatie. &#187; L'&#233;ditorial du 10 mai - &#171; La guerre de la France &#187; -, inlassablement, conforte cette l&#233;gende : &#171; La France participe &#224; une guerre europ&#233;enne, d&#233;cid&#233;e sous l'impulsion politique de Paris et de Londres, et non sous la pression des &#201;tats-Unis, comme veut le faire croire une faribole trop souvent entendue sous nos cieux. &#187; Les &#201;tats-Unis se seraient born&#233;s &#224; mettre leurs armes au service d'une diplomatie qui n'&#233;tait pas la leur. La guerre &#171; n'est majoritairement conduite par les &#201;tats-Unis que du fait des faiblesses d'une Europe de la d&#233;fense (...) &#187;. Comme si les &#201;tats-Unis ne tiraient pas parti des faiblesses des Europ&#233;ens, pour imposer - avec le consentement de la plupart d'entre eux - la r&#233;alisation d'objectifs g&#233;opolitiques d&#233;termin&#233;s qui sont indissociables de leurs int&#233;r&#234;ts particuliers. Comme si la strat&#233;gie des Europ&#233;ens &#233;tait parfaitement dissociable de la strat&#233;gie de l'OTAN sous h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De simples auxiliaires vraiment ? Sans doute est-il exact d'affirmer que les gouvernements de l'Union europ&#233;enne ont tent&#233; de garder l'initiative dans la &#171; gestion &#187; de cette &#171; crise &#187; (et de la retrouver apr&#232;s la fin des bombardements). &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, pourtant, &#224; relire les articles de Claire Tr&#233;an, savait que les am&#233;ricains cherchaient &#224; tout prix l'&#233;preuve de force et intervenaient directement sur le cours des &#171; n&#233;gociations &#187;. Ainsi, d&#232;s le 27 janvier, sous le titre &#171; Divergences occidentales sur la crise du Kosovo &#187;, Claire Tr&#233;an indiquait que les am&#233;ricains &#233;taient partisans d'un accord pr&#233;alable avec l'UCK&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;'Arm&#233;e de lib&#233;ration du Kosovo ou U&#199;K (en albanais : Ushtria &#199;lirimtare e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ouvrant la voie &#224; un ultimatum face au gouvernement serbe &#171; un ultimatum de quatre jours &#187;. Comme on peut le voir, affirmer qu'il existait une pression des &#201;tats-Unis n'est rien d'autre qu'une &#171; faribole &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des suppl&#233;tifs d&#233;sint&#233;ress&#233;s ? Un am&#233;ricanisme primaire ne suffirait pas &#224; expliquer une telle absence de lucidit&#233;. Un europ&#233;anisme fonci&#232;rement lib&#233;ral : tel est l'id&#233;al qui aveugle &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; au point qu'il ne craint pas de pr&#233;senter la guerre comme une &#171; guerre europ&#233;enne &#187;. Cette croyance - r&#233;elle ou affect&#233;e - ne laisse ouverte qu'un seule question : comment faire en sorte que les europ&#233;ens disposent de forces arm&#233;es &#224; la hauteur de leur diplomatie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; l'&#233;ditorial du 27 mars : &#171; l'initiative politique est largement revenue aux Europ&#233;ens (...) Aussi, ceux qui, l&#233;gitimement, de part et d'autre du spectre politique, &#224; droite comme &#224; gauche, soulignent que l'Europe, dans la crise du Kosovo, est &#224; la tra&#238;ne ou sous la tutelle de Washington, devraient-ils reconna&#238;tre qu'il n'est, &#224; l'avenir, qu'une solution pour l'&#233;viter la poursuite de la laborieuse - lente, trop lente - constitution d'une Europe de la d&#233;fense. Mais le paradoxe c'est que ce sont souvent les m&#234;mes qui contestent la pr&#233;pond&#233;rance am&#233;ricaine et l'int&#233;gration europ&#233;enne ! L'affaire du Kosovo plaide de mani&#232;re criante pour une identit&#233; europ&#233;enne en mati&#232;re de d&#233;fense. &#187; Comme si la construction militariste de l'Europe - le projet d' une arm&#233;e europ&#233;enne rivalisant de technologie avec les &#201;tats-Unis et destin&#233;e &#224; mener le m&#234;me type de guerre - ne faisait pas probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que pour &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; la &#171; guerre europ&#233;enne &#187;, comme le pr&#233;cise l'&#233;ditorial cit&#233;, &#171; est men&#233;e au nom des int&#233;r&#234;ts politiques - et non pas &#233;conomiques - de l'Europe de demain, des valeurs morales qui doivent la fonder &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(5) Une guerre essentiellement humanitaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Une fois la guerre commenc&#233;e, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 25 mars - &#171; Un tournant historique &#187; - se prononce sans &#233;quivoque sur ses enjeux : &#171; &#233;viter le retour de la barbarie en Europe &#187;. Mais, du m&#234;me coup, l'enjeu de la guerre selon &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; devient &#224; ses yeux, l'objectif de la guerre selon l'OTAN : un objectif sublim&#233; par les motivations humanitaires que le quotidien assigne &#224; la guerre et qui occupent exclusivement le devant de la sc&#232;ne politique et journalistique. Les autres motifs - l'importance de l'intervention dans la perspective d'une refondation du r&#244;le de l'OTAN, l'importance g&#233;ostrat&#233;gique des Balkans, les enjeux directement &#233;conomiques - sont en g&#233;n&#233;ral pass&#233;s sous silence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On ne reviendra pas ici en d&#233;tail sur ces motifs. Voir notamment Gilbert (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, d&#233;connect&#233;es de l'analyse d'ensemble, quelques informations que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; distille parfois mettent en &#233;vidence l'existence de ces motifs, dissimul&#233;s par le vacarme humanitaire. Ainsi, dans un article du 21 f&#233;vrier, Jacques Isnard fait le point sur la strat&#233;gie am&#233;ricaine et, en particulier, sur le r&#244;le qu'elle assigne &#224; l'OTAN&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Isnard, &#171; Les &#201;tats-Unis en guerre contre les &#034;Etats-voyous &#034; &#187;, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais la guerre, pendant plusieurs semaines, ne permet plus de tenir compte de ces analyses : il faudra attendre l'anniversaire de l'OTAN pour que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; se demande en quoi la guerre du Kosovo s'int&#232;gre au d&#233;ploiement de cette strat&#233;gie dont l'objectif g&#233;opolitique, d'inspiration am&#233;ricaine, suppose le contournement de l'ONU et de l'OSCE par l'OTAN, avec toute les cons&#233;quences qui en ont d&#233;coul&#233; pour le Kosovo : le report pendant plusieurs mois de toute tentative d'arr&#234;ter le d&#233;sastre, le retrait des observateurs de l'OSCE, etc...C'est que l'enjeu essentiel d&#233;passe d'embl&#233;e la question du Kosovo, ainsi que le d&#233;clare Zbigniew Brzezinski dans un &#171; point de vue &#187; publi&#233; en premi&#232;re page du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, le 17 avril : &#171; le fait est que l'enjeu d&#233;passe infiniment, d&#233;sormais, le simple sort du Kosovo (...). Il n'est pas excessif d'affirmer que l'&#233;chec de l'OTAN signifierait tout &#224; la fois la fin de la cr&#233;dibilit&#233; de l'Alliance et l'amoindrissement du leadership mondial am&#233;ricain. Les cons&#233;quences en seraient d&#233;sastreuses pour la stabilit&#233; de la plan&#232;te &#187;. Apr&#232;s avoir mis l'OTAN en avant pour favoriser la refondation de son r&#244;le, il s'agirait d&#233;sormais, avant tout autre objectif, de sauver l'OTAN. L'engrenage mal ma&#238;tris&#233; de la guerre r&#233;v&#232;le l'un des moteurs qui le font tourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la strat&#233;gie proprement militaire n'est pas ind&#233;pendante de cette red&#233;finition de l'OTAN. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a publi&#233; une page au titre &#233;loquent le 15 juin : &#171; Le Kosovo a &#233;t&#233; le banc d'essai des mat&#233;riels pr&#233;sent&#233;s au salon du Bourget &#187;. Dans le sous-titre : &#171; (...) les &#201;tats-Unis ont fait la d&#233;monstration que, sans leur technologie, l'Europe de la d&#233;fense n'a pas de consistance &#187;. L'auteur de l'article, Jacques Isnard, enfonce quant &#224; lui un autre clou : &#171; L'OTAN, Am&#233;rique et Europ&#233;ens confondus, a conceptualis&#233; et choisi d'adapter sa forme de guerre - la d&#233;faite de l'adversaire sous l'effet des seules frappes a&#233;riennes - &#224; sa panoplie d'armement &#187;. On imagine &#224; quelles contorsions doivent se livrer des &#233;ditorialistes qui pensent possible de soutenir la guerre de l'OTAN, sans soutenir le volet militaire de la strat&#233;gie de l'OTAN : des &#171; frappes &#187; a&#233;riennes, qui s'av&#232;reront plus efficaces contre les objectifs civils que contre les cibles militaires. Il faudra attendre... le 14 septembre 1999, pour que l'on apprenne, au d&#233;tour d'un article d'Alain Frachon consacr&#233; &#224; une comparaison entre le Kosovo et Timor, que l' &#187; humanitaire &#187; ne fut qu'un &#171; facteur &#187; parmi d'autres de la guerre conduite par l'OTAN dans les Balkans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, 14 septembre 1999, p. 3&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois le recours &#224; la guerre l&#233;gitim&#233;, il reste &#224; justifier la strat&#233;gie d&#233;ploy&#233;e. Celle-ci de pr&#233;sente deux dimensions indissociables - une dimension politique et une dimension militaire - que l'on peut cependant distinguer provisoirement, pour la clart&#233; de l'expos&#233;. Que valaient les objectifs politiques ? Que valaient les moyens militaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; (6) Une guerre politiquement cibl&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la guerre commenc&#233;e, il ne fait aucun doute, pour &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, que l'objectif de l'OTAN est d'emp&#234;cher le &#171; nettoyage ethnique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, au moment de Rambouillet, non seulement il n'&#233;tait question ni d'un nouvel Hitler, ni d'une menace de g&#233;nocide, mais il n'&#233;tait m&#234;me pas question d'un projet ou d'un plan, d'une esquisse ou d'une mise en &#339;uvre syst&#233;matique d'un plan de nettoyage ethnique au Kosovo. Les diplomates et les militaires occidentaux invoquent le risque d'une catastrophe humanitaire, un risque de d&#233;flagration g&#233;n&#233;ralis&#233;e dans les Balkans, les risques d'une offensive serbe g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; la guerre commence, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, dans son &#233;ditorial du 25 mars - &#171; Un tournant historique &#187; - d&#233;crit en ces termes l'ampleur d'un &#171; drame humanitaire &#187; : &#171; En dix mois de r&#233;pression de la gu&#233;rilla ind&#233;pendantiste, les forces serbes ont tu&#233; quelque 2 000 personnes, captur&#233; des centaines d'hommes dont on est toujours sans nouvelles, br&#251;l&#233; et pill&#233; des dizaines de villages, enfin chass&#233; plus de 200 000 Kosovars dans les pays alentour. &#187;. Bien que la &#171; gu&#233;rilla ind&#233;pendantiste &#187; ne soit pas omise - il n'en sera plus question dans les &#233;ditoriaux suivants -, cette pr&#233;sentation sugg&#232;re d&#233;j&#224; la mise en &#339;uvre d'un plan syst&#233;matique, mais se garde bien de l'affirmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq jours plus tard, l'&#233;ditorial du 30 mars - &#171; L'arme de Milosevic &#187; - explique que le &#171; drame humanitaire &#187;, ant&#233;rieur &#224; la guerre, &#233;tait d&#233;j&#224; l'accomplissement d'un projet d'&#233;puration ethnique. Par cons&#233;quent, les atrocit&#233;s et les expulsions massives post&#233;rieures au d&#233;but des bombardements seront pr&#233;sent&#233;s, tout uniment, dans l'&#233;ditorial du 3 avril 1999, comme &#171; la mise en &#339;uvre de la derni&#232;re phase d'une &#233;puration ethnique, commenc&#233;e durant l'&#233;t&#233; 1998 et ayant alors d&#233;j&#224; conduit sur les routes de l'exode - sans bombardements de l'OTAN ! - 200 000 Kosovars &#187;. Ce qui s'est produit apr&#232;s le d&#233;but des bombardements sert, r&#233;trospectivement, de grille de compr&#233;hension de ce qui s'est pass&#233; avant. Et les objectifs proclam&#233;s au cours m&#234;me de la guerre seront pr&#233;sent&#233;s comme les objectifs qui ont justifi&#233; son d&#233;clenchement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les objectifs officiels n'ont cess&#233; de varier. Dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 6 f&#233;vrier - o&#249; Claire Tr&#233;an avalisait le d&#233;lai de quinze jours &#171; pour parvenir &#224; la paix &#187;, on pouvait lire que selon Bill Clinton, il ne s'agissait que d' &#187; arr&#234;ter le conflit &#187;. On avait d&#233;j&#224; oubli&#233; que, quelques mois plus t&#244;t, pour &#171; arr&#234;ter le conflit &#187;, les otaniens privil&#233;giaient une n&#233;gociation directe entre Milosevic et Rugova et laissaient libre cours &#224; la r&#233;pression de la &#171; gu&#233;rilla ind&#233;pendantiste &#187; de l'UCK que les diplomaties occidentales ne craignaient pas, &#224; l'instar du pouvoir serbe, de pr&#233;senter comme une formation &#171; terroriste &#187;. Ainsi, pour &#171; arr&#234;ter le conflit &#187;, les grandes puissances, hostiles &#224; l'ind&#233;pendance du Kosovo, avaient d&#233;j&#224; commenc&#233; par contribuer &#224; son intensification. Avant de s'aviser qu'il fallait changer d'orientation et, toujours pour &#171; arr&#234;ter le conflit &#187;, faire monter les ench&#232;res diplomatiques et militaires. Et ce n'est qu'apr&#232;s le d&#233;but des bombardements que les otaniens (et &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;) ont modifi&#233;, a posteriori la pr&#233;sentation des enjeux : il ne s'agit plus d' &#171; arr&#234;ter le conflit &#187; mais d'emp&#234;cher la mise en &#339;uvre d'un plan d'expulsion de la majorit&#233; des albanophones - un plan qui avait commenc&#233; &#224; s'appliquer et se serait r&#233;alis&#233; implacablement, en l'absence de toute intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, avant m&#234;me que la guerre l'OTAN ne s'en m&#234;le, les effets du conflit avaient fait oublier sa nature : un conflit devenu politiquement irr&#233;ductible entre un projet de subordination des Albanophones au joug de Belgrade (y compris dans le cadre d'une autonomie reconnue de la province) et un projet ind&#233;pendantiste, radicalis&#233; par la r&#233;pression serbe. Que ce conflit ne l&#233;gitime ni les massacres ni les crimes contre l'humanit&#233; est une &#233;vidence. Mais c'est de la nature du conflit que devrait d&#233;pendre la nature de toute intervention ext&#233;rieure. Or il est non moins &#233;vident que ce conflit n'a rien &#224; voir avec la derni&#232;re guerre mondiale : Milosevic n'est pas Hitler, les crimes serbes ne sont pas un holocauste et donc la guerre de l'OTAN n'a rien &#224; voir avec le d&#233;barquement alli&#233; dans la Deuxi&#232;me guerre mondiale. En revanche, les conflits de Chypre, d'Irlande ou du Pays basque, mais surtout les conflits entre Isra&#233;liens et Palestiniens, Turcs et Kurdes, Indon&#233;siens et Timorais peuvent servir de point de comparaison : aucun de ces conflits ne peut se r&#233;soudre par une guerre men&#233;e par les grandes puissances contre le pays oppresseur, &#224; l'exclusion de toute autre forme d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, &#224; la diff&#233;rence de nombreux m&#233;dias, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ne parlera jamais de l'accomplissement d'un &#171; g&#233;nocide &#187;. Mais, &#224; aucun moment, on ne lira dans notre quotidien une critique ouverte des responsables politiques et des journalistes qui brandissaient la menace, voire l'existence d'un tel g&#233;nocide. Mieux : sous la plume de Claire Tr&#233;an, la d&#233;nonciation d'un &#171; g&#233;nocide &#187; ne rel&#232;verait que d'une &#171; inflation verbale &#187; qui aurait fait place &#224; un &#171; langage plus mod&#233;r&#233; &#187;, &#224; mettre au compte de &#187; subtilit&#233;s rh&#233;toriques &#187;, destin&#233;es faciliter une n&#233;gociation &#233;ventuelle : &#171; C'est comme si un mot d'ordre avait &#233;t&#233; pass&#233; chez les Occidentaux. En substance (&#8230;) si nous parlons de &#171; g&#233;nocide &#187;, nous ne pourrons pas traiter avec Milosevic ; car on ne traite pas avec Hitler. (&#8230;) Il y a toutefois des limites aux subtilit&#233;s rh&#233;toriques. M&#234;me si &lt;i&gt;l'on peut discuter &#224; ce jour du recours au terme de &#034; g&#233;nocide &#034;&lt;/i&gt; [soulign&#233; par moi] , les dirigeants occidentaux auraient du mal &#224; expliquer que ce qui s'est pass&#233; pendant dix jours n'est pas une d&#233;portation massive de populations civiles, c'est-&#224;-dire, au regard de la loi internationale, un &#171; crime contre l'humanit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, 10 avril 1999, p. 3. Claire Tr&#233;an, &#171; Les limites de la rh&#233;torique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inflation verbale, que mentionne Claire Tr&#233;an, n'est pourtant que le revers de la d&#233;flation de l'analyse. En s'effor&#231;ant de pr&#233;senter, a posteriori, l'intervention de l'OTAN comme une tentative de s'opposer &#224; une politique d'&#233;puration ethnique, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, emport&#233; par son propre &#233;lan, accr&#233;ditera l'existence du plan &#171; Fer-&#224;-cheval &#187;. D&#232;s lors la guerre de l'OTAN pouvait passer pour une guerre strictement pr&#233;ventive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; (7) Une guerre strictement pr&#233;ventive ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand commence la guerre, il n'est pas encore question d'un projet d'expulsion massive et de destruction syst&#233;matique. Mais l'&#233;ditorial du 25 mars note - &#224; juste titre - que &#171; les raids peuvent servir de pr&#233;texte &#224; M. Milosevic pour accro&#238;tre son offensive &#034;. La question devrait surgir d'elle-m&#234;me : les bombardements n'ont-ils pas favoris&#233; ce qu'ils pr&#233;tendaient emp&#234;cher ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que l'exode des Albanophones du Kosovo n'a pas encore pris l'ampleur qu'on lui a connu, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; reconna&#238;t tr&#232;s indirectement l'existence du probl&#232;me. La r&#233;ponse du quotidien &#224; la question qu'il se refuse &#224; poser ouvertement tient, le 30 mars, en deux phrases d&#233;saccord&#233;es du m&#234;me &#233;ditorial, &#171; L'arme de Milosevic &#187;. Premi&#232;re phrase : l'&#233;puration ethnique &#171; serait dans une phase exacerb&#233;e, d&#233;clench&#233;e par les forces serbes en repr&#233;sailles aux bombardements de l'OTAN &#187;. Deuxi&#232;me phrase : &#171; L'intervention de l'OTAN a donc acc&#233;l&#233;r&#233; une &#233;puration ethnique qui est cependant &#224; l'&#339;uvre au Kosovo depuis au moins un an. &#187; Pourquoi ne pas dire clairement que la guerre de l'OTAN a favoris&#233; la guerre de Milosevic ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, dans l'&#233;ditorial du 31 mars - &#171; Le pari Primakov &#187; - se borne &#224; enregistrer les cons&#233;quences des bombardements : &#171; les frappes de l'OTAN sur le Kosovo n'ont pour l'instant conduit qu'&#224; aggraver un drame humanitaire au centre de l'Europe . &#187; Pourquoi ne pas dire clairement que la guerre de l'OTAN a &#171; aggrav&#233; &#187; la situation qui avait servi au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; &#224; justifier son d&#233;clenchement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, puisque l'&#233;puration ethnique, selon &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, avait d'embl&#233;e, avant m&#234;me l'intervention de l'OTAN, pour objectif de chasser les Albanophones du Kosovo, le r&#244;le des bombardements est une question subalterne, surtout quand on peut pr&#233;senter l'exode des Kosovars comme une &#171; derni&#232;re phase &#187;. On pourrait se demander au moins comment il se fait que la mise en &#339;uvre syst&#233;matique de cette &#171; derni&#232;re phase &#187; ait attendu les bombardements ? La question ne sera pas pos&#233;e. Ainsi l'&#233;ditorial du 7 avril - &#171; R&#233;fugi&#233;s le non-dit fran&#231;ais &#187; - s'en tient avec une r&#233;serve prudente, en retrait sur le constat d'une aggravation favoris&#233;e par les bombardements, &#224; un constat n&#233;gatif : &#171; Au treizi&#232;me jour de la campagne de bombardements de l'OTAN (&#8230;), il y a au moins un r&#233;sultat que personne ne conteste l'incapacit&#233; av&#233;r&#233;e, path&#233;tique, de ces raids &#224; emp&#234;cher le &#171; nettoyage ethnique &#187; du Kosovo ordonn&#233; par M. Milosevic. &#187; Bref, les bombardements n'ont &#233;t&#233; qu'inefficaces : aucun r&#244;le causal, m&#234;me att&#233;nu&#233;, ne leur revient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant le diagnostic d'inefficacit&#233; conduit &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; &#224; proposer une &#233;bauche de r&#233;ponse &#224; la question qu'il ne cesse d'&#233;luder. L'&#233;ditorial du 17 avril - &#171; Le risque de la d&#233;faite &#187; - explique ainsi le rapport entre les bombardements et l'exode : &#171; Non seulement les bombardements n'ont pas atteint, de l'aveu m&#234;me de certains strat&#232;ges am&#233;ricains, l' &#171; objectif militaire minimum &#187; attendu. Mais ils ont eu pour principal effet de donner &#224; Milosevic l'alibi qu'il attendait pour donner libre cours &#224; son cynisme brutal. &#187; Un simple alibi. Mais dont l'existence conduit &#224; soulever un probl&#232;me qui devait l'&#234;tre depuis le d&#233;but : est-ce la guerre engag&#233;e par l'OTAN qui est condamnable ou seulement la strat&#233;gie militaire adopt&#233;e ? &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; - comme on va le voir - se bornera &#224; critiquer seulement la strat&#233;gie, en pr&#233;conisant une intervention au sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour pouvoir &#233;luder le rapport entre les bombardements et l'exode des albanophones organis&#233; par les forces serbes, il suffit d'indiquer que cet exode avait commenc&#233; avant les bombardements, qu'il &#233;tait planifi&#233;, que les bombardements lui ont fourni un alibi. Ainsi se trouve &#233;vacu&#233;e l'hypoth&#232;se d'un effet direct des bombardements sur le d&#233;clenchement d'une violence qui, aussi planifi&#233;e qu'elle ait &#233;t&#233;, n'a pris une forme syst&#233;matique qu'avec les premi&#232;res frappes a&#233;riennes. L'&#233;puration ethnique devient, &#224; croire les silences du quotidien, la fin m&#234;me de la politique de Milosevic. Les objectifs politiques de Belgrade - aussi condamnables soient-ils - sont pass&#233;s sous silence. Tout laisse penser cependant que deux projets existaient &#224; Belgrade : soit une autonomie partageant les pouvoirs sur un territoire unifi&#233;, mais subordonn&#233; &#224; Belgrade ; soit un partage ethnique du Kosovo (Belgrade se r&#233;servant le nord incluant les mines). Compte tenu de la radicalisation des positions ind&#233;pendantistes, le risque d'une offensive de nettoyage ethnique pour imposer un partage du territoire &#233;tait ind&#233;niable. &#201;tait-ce ce risque et ce projet que les bombes devaient &#171; emp&#234;cher &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, l'inexistence du plan &#171; fer &#224; cheval &#187; ne rend pas inconcevable l'existence d'un plan &#233;quivalent. Mais si un tel plan &#233;tait pr&#233;vu, pourquoi rien n'a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; pour accueillir et prot&#233;ger les populations concern&#233;es ? A supposer qu'un tel plan ait exist&#233;, force est de constater que loin de l'emp&#234;cher, les bombardements en ont favoris&#233; l'ex&#233;cution. Non seulement parce qu'ils laissaient les populations civiles totalement d&#233;munies face &#224; la violence extr&#234;me des forces serbes, mais aussi parce qu'ils permettaient &#224; Milosevic de pr&#233;senter comme un effet de la fuite devant les bombardements, une expulsion massive des Albanophones qu'il aurait &#233;t&#233; plus que difficile d 'assumer en Serbie m&#234;me : sans la guerre contre l'OTAN, il est peu vraisemblable que la soci&#233;t&#233; serbe et yougoslave aurait &#233;t&#233; pr&#234;te &#224; accepter un nettoyage ethnique des voisins albanais. Comment expliquer sinon que, avant la guerre, Milosevic ait eu besoin de couvrir sa politique des imp&#233;ratifs de lutte contre le &#171; terrorisme &#187; ? Et que, pendant la guerre, il ait d&#251; pr&#233;tendre, images de sa t&#233;l&#233;vision &#224; l'appui, que les Albanophones du Kosovo fuyaient les bombardements ? Cette propagande n'&#233;tait pas seulement tourn&#233;e vers l'ext&#233;rieur : elle &#233;tait indispensable face &#224; une population pour qui la d&#233;fense du Kosovo comme province serbe n'implique pas l'acceptation de crimes contre l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement les bombardements n'ont pas pu emp&#234;cher le nettoyage ethnique, mais ils ont favoris&#233; son intensification. Sauf &#224; d&#233;montrer qu'il fut moindre sous les bombes qu'il ne l'aurait &#233;t&#233; sans elles : ce qui est manifestement faux. Pierre Georges, sous le titre &#171; Le r&#233;el &#187; - dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du samedi 19 juin - soulignera l'horreur qui se d&#233;couvre au Kosovo apr&#232;s la fin des bombardements, mais c'est pour s'insurger contre &#171; le pauvre argument d'une incitation indirecte &#224; la barbarie &#187;. Mais d&#232;s lors que les cons&#233;quences des bombardements &#233;taient pr&#233;visibles, Pierre Georges n'oppose &#224; un terrible argument qu'une pitoyable d&#233;n&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Wesley Clark, commandant am&#233;ricain des forces de l'OTAN, d&#232;s le 27 mars, d&#233;clarait qu'il &#233;tait &#171; enti&#232;rement pr&#233;visible &#187; que la violence serbe s'intensifie avec les bombardements. Le m&#234;me g&#233;n&#233;ral pr&#233;cisait le 12 avril &#171; les autorit&#233;s militaires avaient tout &#224; fait pr&#233;vu la conduite vicieuse que Milosevic adopterait, de m&#234;me que l'efficacit&#233; terrible avec laquelle celle-ci serait appliqu&#233;e. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cit&#233; par Noam Chomsky, op.cit., p. 46.&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;difice chancelant de l'argumentation du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; ne r&#233;siste pas &#224; cet aveu : si les atrocit&#233;s serbes et l'expulsion massive des Albanophones &#233;taient, en cas de bombardements, pr&#233;visibles et pr&#233;vues, comment peut-on soutenir que ces bombardements avaient pour but de les emp&#234;cher ? Indubitablement, &#171; on a cyniquement facilit&#233; le crime pour en l&#233;gitimer la punition &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D. Bensa&#239;d, op.cit., p. 28.&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, &#224; mesure que le temps passe et que les bombardements s'intensifient, les cibles politiques de l'OTAN se brouillent aux yeux de ceux qui soutiennent cette intervention, d'autant que les cibles des bombardements et les moyens de la guerre semblent de plus en plus mal ajust&#233;s aux fins humanitaires que l'on affiche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; (8) Une guerre militairement cibl&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait croire que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a mis en doute tr&#232;s t&#244;t le caract&#232;re strictement militaire des cibles de l'OTAN. Une mise en question appara&#238;t dans l'&#233;ditorial du 26 avril - &#171; Bombes contre images &#187; - : &#171; Quand on s'attaque &#224; un service public tel que la t&#233;l&#233;vision, aussi collectif et intimement li&#233; &#224; la vie priv&#233;e, on ne peut pas continuer &#224; dire qu'on fait la guerre &#224; un r&#233;gime, et pas &#224; un peuple &#187; Mais c'est aussit&#244;t pour confier &#224; l'opinion le soin d'avoir des impressions : &#171; L'effet sur les opinions occidentales risque d'&#234;tre d&#233;vastateur. Tr&#232;s vite peut s'imposer l'impression qu'on frappe les immeubles de Belgrade par incapacit&#233; &#224; s'en prendre aux unit&#233;s serbes au Kosovo. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne peut pas continuer &#224; dire &#187;&#8230; Mais &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; continue pourtant &#224; l'affirmer. L'&#233;ditorial du 29 avril - &#171; La Guerre de la France &#187; - d&#233;clare ceci : &#171; La guerre est une affaire trop grave pour ne pas devoir rappeler quelques v&#233;rit&#233;s sur celle du Kosovo. D'abord, justement, qu'il s'agit bien d'une guerre, m&#234;me si (sic) elle n'a, jusqu'&#224; pr&#233;sent, fait que des victimes civiles, serbes ou kosovares. C'est une guerre men&#233;e contre le r&#233;gime d'un homme, Slobodan Milosevic, responsable ces dix derni&#232;res ann&#233;es des pires atrocit&#233;s que l'Europe ait connues depuis 1945. &#171; Une guerre men&#233;e contre un r&#233;gime ? Il faudra attendre le 2 juin pour que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; admette enfin que cette guerre-l&#224; prend surtout pour cibles des objectifs civils. Pour &#171; faire plier Milosevic &#187; et &#171; imposer le retour des r&#233;fugi&#233;s &#187; dont on a favoris&#233; l'expulsion, il a fallu d&#233;truire les infrastructures &#233;conomiques de tout un pays, prendre des risques &#233;cologiques majeurs, contribuer &#224; la mis&#232;re de sa population. S'agit-il encore de ces &#339;ufs que l'on doit casser pour faire des omelettes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s coup, les objectifs militaires semblent avoir &#233;t&#233; moins atteints que les populations et les infrastructures civiles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un reportage de Dian Petrovic, le samedi 11 septembre 1999, tente (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais quand &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; revient sur cette question, en juin 2000, c'est pour s'interroger surtout, avec une froideur objective enfin retrouv&#233;e, sur l'efficacit&#233; des bombardements et souligner que l'imperturbable quotidien avait eu raison de s'interroger sur l'efficacit&#233; de ces moyens. Interrogation sur l'efficacit&#233; des moyens et fort peu sur leur nature, et encore moins sur la politique qui sous-tend leur emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des &#233;ditoriaux, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; entrevoit le risque de la d&#233;faite, voire du d&#233;sastre. La guerre ayant &#233;t&#233; jug&#233;e in&#233;vitable et indispensable, il est trop tard pour revenir en arri&#232;re. Aussi le titre de la &#171; une &#187; du jeudi 15 avril r&#233;sume-t-il la seule interrogation que journal puisse se permettre : &#171; L'OTAN s'est-elle tromp&#233;e de strat&#233;gie ? &#187; Comme s'il ne pouvait s'agir que d'une erreur&#8230;Et de surcro&#238;t d'une erreur strictement militaire. L'article qui, en page int&#233;rieure, r&#233;pond &#224; l'&#233;pineuse question soulev&#233;e &#224; la &#171; une &#187; ne recense, &#224; une exception pr&#232;s, que des critiques sur les moyens employ&#233;s, comme si ces critiques ne rejaillissaient pas sur l'ensemble de la politique conduite par les otaniens. Ce serait donc une erreur de strat&#233;gie militaire qui justifierait ce diagnostic du 20 avril, sous le titre &#171; Langue de bois &#187; : &#034; A l'aune de leurs d&#233;clarations au d&#233;but de l'op&#233;ration, &#171; Force alli&#233;e &#187; est un &#233;chec. &#034; Et c'est cette &#171; erreur &#187; qui permet dans l'&#233;ditorial du 22 avril - &#171; Le but de guerre &#187; - de justifier ainsi la n&#233;cessit&#233; d' une intervention au sol : &#171; La critique sur l'inad&#233;quation des moyens choisis par rapport aux buts assign&#233;s est largement fond&#233;e. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ne soul&#232;vera la question suivante : une telle contradiction entre les fins proclam&#233;es et les moyens employ&#233;s ne jette-t-elle pas pour le moins un doute sur la nature des objectifs poursuivis ? Ainsi le quotidien de r&#233;f&#233;rence aura r&#233;ussi un double tour de force s'interroger sur la dimension militaire de la strat&#233;gie de l'OTAN comme s'il ne s'agissait pas d'un concept strat&#233;gique global, politique et militaire, &#233;labor&#233; de longue date ; s'interroger sur la dimension militaire de la strat&#233;gie de l'OTAN sans s'interroger sur sa dimension politique : une refondation g&#233;n&#233;rale de ses missions dont le Kosovo fut le premier terrain d'exp&#233;rimentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand la &#171; victoire &#187; de l'OTAN aura permis le retour des Albanophones violemment et massivement exil&#233;s, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; feindra de croire que leur retour &#233;tait l'objectif principal des bombardements qui ont pr&#233;cipit&#233; leur expulsion. Serge July, pour &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, parlera au moins d'une &#171; Am&#232;re victoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; (9) Qu'est-ce qu'un journal de r&#233;f&#233;rence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En choisissant d'&#233;tudier &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, on ne s'est pas simplifi&#233; la t&#226;che : des journaux favorables &#224; la guerre men&#233;e par l'OTAN, il est loin d'avoir &#233;t&#233; le plus outrancier et le plus scandaleux. Mais justement, c'est peut-&#234;tre de l'outrance des autres journaux que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; tient sa r&#233;putation de &#171; quotidien de r&#233;f&#233;rence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ditorial du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; condense l'exercice de ce magist&#232;re m&#233;diatique auquel il pr&#233;tend : d'abord, parce que, comme le rappelle le &#171; m&#233;diateur &#187; Robert Sol&#233;, l'&#233;ditorial engage - &#224; la fa&#231;on des prises de position publiques d'une formation politique - l'ensemble des journalistes du quotidien : &#171; Non sign&#233;, l'&#233;ditorial est une &#339;uvre collective qui engage l'ensemble du journal &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, 11-12 juillet 1999, p. 11.&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;[&lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Le-Monde-en-guerre-9-Qu-est-ce-qu-un-journal-de-reference&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]. Et sur la &#171; question du Kosovo &#187;, cet engagement collectif fut, si l'on en croit Pierre Georges, directeur adjoint de la r&#233;daction, unanime. Il reste que l'&#233;ditorial du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; ne se borne pas &#224; faire conna&#238;tre une prise de position&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Georges, Marianne, 12-18 avril 1999, p. 16. Pour r&#233;sumer unanimit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La position prise est solidaire de la posture adopt&#233;e : ensemble, elles conditionnent l'information diffus&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ditorial du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, naviguant entre un r&#233;alisme de bon ton (gliss&#233; dans des versets de morale politique) et un id&#233;alisme de bon aloi (ench&#226;ss&#233; dans des principes de politique morale) a pour charge de prodiguer conseils et admonestations. On ne sera donc pas &#233;tonn&#233; si la position de soutien &#224; la guerre am&#232;ne l'&#233;ditorialiste anonyme du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; &#224; adopter une posture de conseiller en strat&#233;gie militaire et de conseiller en communication politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conseiller en strat&#233;gie militaire, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; - comme &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; - croit ou affecte de croire que l'on peut infl&#233;chir la strat&#233;gie militaire de l'OTAN : qu'il est possible de mener, avec l'OTAN, une guerre qui ne soit pas cette guerre. Un quotidien de r&#233;f&#233;rence ne devait pas d&#233;sesp&#233;rer d'&#234;tre entendu, comme le montre le &#171; d&#233;bat &#187; - d&#233;sormais oubli&#233; &#8230;- sur l'&#233;ventualit&#233; d'une intervention au sol. D'abord, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; commence par s'interroger : &#171; Fallait-il exclure d'embl&#233;e le recours &#224; une intervention terrestre ? &#187; (&#233;ditorial du 2 avril, &#171; Questions au 7&#232;me jour &#187;). Puis, le temps passant, l'interrogation fait place &#224; l'affirmation &#171; Peut-&#234;tre serait-il temps de dire la v&#233;rit&#233; la d&#233;fense du droit au retour des r&#233;fugi&#233;s est un slogan vide de sens si l'on continue &#224; cat&#233;goriquement exclure l'envoi de troupes au sol &#187; (&#233;ditorial du 7 avril, &#171; R&#233;fugi&#233;s le non-dit fran&#231;ais &#187;). Quinze jour plus tard, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; revient &#224; la charge et revendique enfin le r&#244;le qu'il s'attribue : &#171; Les strat&#232;ges de l'OTAN ont d'ores et d&#233;j&#224; suffisamment sous-estim&#233; le pouvoir de Belgrade pour qu'on se permette de leur donner un conseil : M. Milosevic pliera d'autant plus rapidement qu'il saura que les alli&#233;s pr&#233;parent aussi une intervention au sol. &#187; (&#233;ditorial du 22 avril, &#171; &lt;strong&gt;Le but de guerre&lt;/strong&gt; &#187; - soulign&#233; par moi. &lt;i&gt;H.M.&lt;/i&gt;). Un conseil &#224; la fois irr&#233;aliste et irresponsable. Irr&#233;aliste : la dissociation entre la guerre men&#233;e par l'OTAN de la strat&#233;gie militaire de la puissance qui domine cette organisation &#233;tait invraisemblable. Irresponsable : une intervention au sol, &#224; ce moment-l&#224;, aurait favoris&#233; l'intensification des massacres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conseiller en communication politique, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, d&#232;s le 31 mars, d&#233;plore sous la plume de Luc Rosenzweig - alors correspondant &#224; Bruxelles -, les erreurs de la communication otanienne : &#171; L'Otan a perdu la guerre des mots et des images &#187;. Et Alain Rollat, le m&#234;me jour, se f&#233;licite du poids &#233;motionnel des images de r&#233;fugi&#233;s. Fort du r&#244;le qu' 'il s'attribue, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; somme les dirigeants de l'OTAN et les responsables politiques de clarifier leurs objectifs pour ne pas d&#233;sorienter l'opinion publique... qui risquerait de d&#233;savouer une guerre qu'elle semble soutenir. L'&#233;ditorial du 2 avril - &#171; Questions du septi&#232;me jour &#187; - exige que des objectifs apparemment limpides soient enfin clarifi&#233;s : &#171; les dirigeants europ&#233;ens et am&#233;ricains doivent incessamment indiquer quels sont d&#233;sormais les objectifs poursuivis par l'op&#233;ration &#171; Force alli&#233;e &#187; &#187;. L'&#233;ditorial du 5 avril, sous le titre &#171; Silence on bombarde &#187;, d&#233;plore le silence observ&#233; par les responsables fran&#231;ais face &#224; leurs compatriotes, &#224; la diff&#233;rence des responsables britanniques, allemands et am&#233;ricains : &#171; Bill Clinton avait, &#224; l'avance, tent&#233; d'expliquer la d&#233;termination des Occidentaux &#224; poursuivre leur campagne de bombardements sur la R&#233;publique f&#233;d&#233;rale de Yougoslavie. Slobodan Milosevic &#171; veut garder le Kosovo et le vider de sa population (...), nous ne pouvons pas laisser faire cela impun&#233;ment &#187;, a dit le pr&#233;sident am&#233;ricain. L'explication vaut ce qu'elle vaut, mais elle a le m&#233;rite d'exister (sic) &#187;. Qu'importe l'explication, pourvu qu'on en fournisse une&#8230; Et c'est le r&#244;le de l'opinion qui vaut &#224; Jospin et &#224; Chirac d'&#234;tre somm&#233;s de parler, apr&#232;s quelques jours de silence : &#171; On ne fait pas la guerre sans rendre compte &#224; l'opinion. &#187; Et dix jours plus tard : &#171; Une chose est s&#251;re les Occidentaux, face &#224; des opinions - par nature changeantes en d&#233;mocratie -, devront, plus que jamais, expliquer que le combat qu'ils m&#232;nent au Kosovo est juste, car il s'agit d'y d&#233;fendre des valeurs qui sont l'avenir de l'Europe. &#187; (&#233;ditorial du 17 avril, &#171; Le risque de la d&#233;faite &#187;). Pourquoi d&#233;savouer le bombardement de l'immeuble abritant la RTS ? Essentiellement, parce que &#171; l'effet sur les opinions occidentales risque d'&#234;tre d&#233;vastateur &#187; (&#233;ditorial du 23 avril, &#171; Bombes contre images &#187;&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En appeler ainsi au conditionnement de l'opinion, c'est rappeler - le terme n'est pas n&#233;cessairement p&#233;joratif - le r&#244;le de la propagande. Comment d&#232;s lors ne pas &#234;tre frapp&#233; du rapport entre les injonctions formul&#233;es au nom des exigences de cette propagande et les silences observ&#233;s en d&#233;pit des exigences de l'argumentation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aveuglement volontaire ou aveuglement consenti ? Les d&#233;rapages les plus scandaleux - la confirmation de l'existence du plan &#171; fer &#224; cheval &#187;, l'exag&#233;ration d&#233;mesur&#233;e du nombre des victimes, la d&#233;n&#233;gation des crimes de guerre de l'OTAN - montrent qu'&#224; trop vouloir justifier la guerre de l'OTAN &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a pris le risque ou a fait le choix de c&#233;der &#224; la d&#233;sinformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, dans son &#233;ditorial du 20 mars, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; &#233;dictait lui-m&#234;me les r&#232;gles qu'auraient pu se fixer les journalistes : &#171; L'exemple de la guerre du Golfe qui, trop souvent, vit la presse grug&#233;e, impose une r&#233;action de pr&#233;caution. Toute guerre est un moment de d&#233;mesure qui oblige les m&#233;dias &#224; se m&#233;fier, plus que d'ordinaire, des &#233;motions et des passions. Il faut s'efforcer d'informer honn&#234;tement, le plus rigoureusement possible, sans &#233;pouser la propagande des camps en pr&#233;sence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; n'a pas &#233;pous&#233; la propagande d'un des camps en pr&#233;sence : il a apport&#233; &#224; la guerre men&#233;e par l'un d'entre eux le renfort de sa propre propagande&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je remercie Gilbert Achcar, Serge Halimi, Pierre Rimbert et Catherine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est assez dire les limites de cet article qui ne pr&#233;tend pas analyser l'&#233;volution de la situation dans l'ex-Yougoslavie et encore moins les d&#233;veloppements r&#233;cents de cette situation au Kosovo et en Serbie, pr&#233;cipit&#233;s par la guerre, sans qu'ils suffisent ni &#224; la justifier ni &#224; la condamner a posteriori.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Halimi et Dominique Vidal, &lt;i&gt;L'opinion, &#231;a se travaille ...Les m&#233;dias, l'OTAN et la guerre du Kosovo&lt;/i&gt;, Agone, 2&#232;me &#233;dition, juin 2000. Voir &#233;galement le &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/-1999-Guerre-du-Kosovo-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; dossier &#034; r&#233;uni par l'association Action-Critique-M&#233;dias (Acrimed) sur son site&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je remercie Gilbert Achcar, Serge Halimi, Pierre Rimbert et Catherine Samary, pour leurs contributions, volontaires ou involontaires, &#224; la r&#233;daction de cette analyse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les tensions intercommunautaires de la p&#233;riode 1974-1989, le plus souvent au d&#233;triment des Serbes, sont g&#233;n&#233;ralement tues.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fondateur de Ligue d&#233;mocratique du Kosovo, devenu Pr&#233;sident de la Premi&#232;re R&#233;publique du Kosovo en 1992, puis Pr&#233;sident du Kosovo en 2022 [note ajout&#233;e en 2023&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, il est vrai, consacre quelques articles &#224; cette strat&#233;gie, sous mais n'en tirer aucune cons&#233;quence pour sa ligne &#233;ditoriale initiale, du moins tant qu'il ne s'agit pas d'imputer aux am&#233;ricains un &#171; &#233;chec &#187; &#233;ventuel et de d&#233;plorer l'absence d'un arm&#233;e europ&#233;en&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La conf&#233;rence de Rambouillet, du nom &#171; attribu&#233; au cycle de n&#233;gociations men&#233;es entre f&#233;vrier et mars 1999 au ch&#226;teau de Rambouillet entre les ind&#233;pendantistes kosovars et la Serbie, s'est sold&#233;e par un &#233;chec, la Serbie ayant refus&#233; l'envoi de repr&#233;sentants de l'OTAN, [note de 2123&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Du nom des relations sexuelles qu'elle avait entretenues avec le pr&#233;sident Bill Clinton [note 2023&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri de Bresson, &#171; Pol&#233;mique sur les clauses non publi&#233;es de l'accord de Rambouillet sur le Kosovo. Des mesures comparables &#224; celles r&#233;gissant la SFOR en Bosnie &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 2-3 mai 1999, page 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claire Tr&#233;an, souvent cit&#233; dans cet article, &#233;tait journaliste au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; jusqu'en 2005 en qualit&#233; de &#171; Sp&#233;cialiste de la diplomatie, des relations internationales et du monde francophone &#187;. [note de 2023]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 28-29 mars 1999, p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;'Arm&#233;e de lib&#233;ration du Kosovo ou &lt;i&gt;U&#199;K&lt;/i&gt; (en albanais : Ushtria &#199;lirimtare e Kosov&#235;s).[note de 2023]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On ne reviendra pas ici en d&#233;tail sur ces motifs. Voir notamment Gilbert Achcar, La nouvelle Guerre froide, Actuel Marx Confrontations, PUF, 1999, 111 p., 98 FF ; Daniel Bensa&#239;d, Contes et l&#233;gendes de la guerre &#233;thique, Textuel, 1999, 175 p., 110 FF. ; Noam Chomsky, Le Nouvel Humanisme Militaire - Le&#231;ons du Kosovo, Cahiers libres, &#201;ditions Page deux, 2000, 293 p., 129 FF&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Isnard, &#171; Les &#201;tats-Unis en guerre contre les &#034;Etats-voyous &#034; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 21 - 22 f&#233;vrier 1999. Le m&#234;me Jacques Isnard, dans un article du &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, du 31 mars - L'arme secr&#232;te de Clinton - souligne l'objectif de la pr&#233;sence - militairement inutile - de B-2 Spirit sur le th&#233;&#226;tre des op&#233;rations : &#171; Le Spirit va servir de vitrine &#224; la technologie am&#233;ricaine &#187;. A classer, sans doute, parmi les motivations humanitaires...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 14 septembre 1999, p. 3&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 10 avril 1999, p. 3. Claire Tr&#233;an, &#171; Les limites de la rh&#233;torique diplomatique &#224; propos du pr&#233;sident Milosevic &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cit&#233; par Noam Chomsky, op.cit., p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D. Bensa&#239;d, op.cit., p. 28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un reportage de Dian Petrovic, le samedi 11 septembre 1999, tente d'effectuer un premier bilan.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 11-12 juillet 1999, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Georges, Marianne, 12-18 avril 1999, p. 16. Pour r&#233;sumer unanimit&#233; dans le &#171; choix &#187; de la guerre, soutien assorti de &#171; b&#233;mols &#187;, surdit&#233; aux arguments adverses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je remercie Gilbert Achcar, Serge Halimi, Pierre Rimbert et Catherine Samary, pour leurs contributions, volontaires ou involontaires, &#224; la r&#233;daction de cette analyse&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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