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	<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>Avec Marx, malgr&#233; Marx : la question de l'utopie [1998]</title>
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		<dc:date>2024-06-10T10:03:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Utopie</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'utopie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Des utopies cong&#233;di&#233;es &#224; l'utopie revendiqu&#233;e.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Utopie-+.html" rel="tag"&gt;Utopie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-l-utopie-+.html" rel="tag"&gt;Marx et l'utopie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L106xH150/la_question_de_l_utopie-d71c3.jpg?1726251026' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Contribution &#224; la Rencontre internationale tenue &#224; Paris du 13 au 16 mai 1998, &lt;i&gt;La Manifeste communiste 150 ans apr&#232;s.&lt;/i&gt; Publi&#233;e dans &lt;i&gt;Le Manifeste communiste aujourd'hui&lt;/i&gt;, Paris, Les &#233;ditions de l'Atelier, 1998, p. 245-253, sous le titre &#171; La questions de l'utopie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous-titres modifi&#233;s pour cette publication&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;* * * &lt;/center&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des utopies d&#233;mises &#224; l'utopie promise&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une critique inaugurale &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, en 1848, ne se borne pas &#224; opposer au spectre du communisme, un manifeste du parti lui-m&#234;me, il oppose ce manifeste &lt;i&gt;dans son ensemble&lt;/i&gt; aux versions doctrinaires du socialisme et du communisme : le passage consacr&#233; au &#171; socialisme et communisme critiques et utopiques &#187; ponctue cette critique g&#233;n&#233;rale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette contribution - qu'on veuille bien m'en excuser - se borne &#224; reprendre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour s'en convaincre il suffit de comparer la version finale du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; aux projets qui pr&#233;c&#232;dent l'intervention de Marx. Cette comparaison fait ressortir deux traits essentiels auxquels peuvent &#234;tre rapport&#233;s toutes les modifications partielles : la fon&#172;dation historique du communisme et l'&#233;valuation critique des formes utopiques du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; pr&#233;sente la n&#233;cessit&#233;, l'actualit&#233;, le contenu du communisme comme exclusivement fond&#233;s sur le mouvement historique, alors que le premier projet (Le &lt;i&gt;Projet de Profession de foi communiste&lt;/i&gt;) - amend&#233; d&#233;j&#224; partiellement par sur ce point celui d'Engels&lt;i&gt; (&lt;/i&gt;Les&lt;i&gt; Principes du communisme&lt;/i&gt;) - pr&#233;sente encore le communisme, &#224; la fa&#231;on des conceptions doctrinaires et utopiques, comme une doctrine reposant exclusi-vement sur des principes invent&#233;s &#224; l'&#233;cart de l'histoire. La pr&#233;sentation de Marx est donc, par elle-m&#234;me, une r&#233;futation des utopies qui, en m&#234;me temps, fonde et introduit leur compr&#233;hension historique et critique expos&#233;e dans les quelques pages qui les concernent directement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que la pr&#233;sence de ces quelques pages constitue une innova&#172;tion au regard des versions initiales. Certes, l'instruction des dirigeants de la Ligue pr&#233;voyait de d&#233;finir la &lt;i&gt;&#171; position concernant les partis sociaux et communistes &#187;.&lt;/i&gt; Mais les cibles n'&#233;taient pas claire&#172;ment d&#233;sign&#233;es. Et le projet d'Engels s'en tenait &#224; une d&#233;nonciation des socialismes r&#233;actionnaires et du socialisme bourgeois. La r&#233;daction par Marx d'une critique des formes critico-utopiques du socialisme (r&#233;duite d'ailleurs par rapport au plan dont il nous a laiss&#233; le brouillon) n'est pas, par cons&#233;quent, une simple adjonction reprise des th&#232;ses figurant dans &lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie &lt;/i&gt; : elle prolonge une lutte externe &#224; la Ligue des Justes qu'elle parach&#232;ve en la r&#233;p&#233;tant sur le plan interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction du nouveau passage rev&#234;t donc &#171; le sens tr&#232;s pr&#233;&#172;cis d'un acte de politique int&#233;rieure &#187;, comme le dit Martin Buber avant de souligner avec justesse que, pour Marx, &#171; le concept utopique &#233;tait la derni&#232;re fl&#232;che et la plus ac&#233;r&#233;e qu'il d&#233;cocha dans cette lutte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin Buber, Utopie et socialisme, Aubier Montaigne, 1977, p. 17. &#171; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le proc&#233;d&#233; de Marx prend alors tout son sens : l'&#233;valuation ambivalente des fondateurs sert la d&#233;nonciation sans nuances des successeurs. L'&#233;loge des dimensions critiques et des fonctions r&#233;volutionnaires &#171; &#224; bien des &#233;gards &#187; des th&#233;ories de Saint-Simon, Owen et Fourier d&#233;gage alors d'autant mieux ce qui, dans les utopies, pr&#233;pare l'inversion de leur sens et leur destin r&#233;actionnaire. Sous la continuit&#233; apparente des doctrines se joue la discontinuit&#233; de leur fonction : c'est pourquoi l'enlisement dans l'utopie doit faire place &#224; son d&#233;passement dont le Manifeste est pr&#233;cis&#233;ment le manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une critique ambivalente&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique propos&#233;e par Marx dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; n'est pourtant qu'un moment qui r&#233;sume l'ensemble de son itin&#233;raire depuis 1843 et qui ne s'ach&#232;ve pas avec ce r&#233;sum&#233;. Quelles sont les principales figures de cette critique dont certains aspects seulement sont expos&#233;s dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx pourfend, dans les utopies, des &lt;i&gt;anticipations&lt;/i&gt; dogmatiques et des &lt;i&gt;prescriptions&lt;/i&gt; doctrinaires qui manquent le mouvement r&#233;el de l'histoire, voire qui s'opposent &#224; lui. Cette critique franchit un pas suppl&#233;mentaire quand Marx pourfend les &lt;i&gt;abstractions&lt;/i&gt; qui r&#233;sultent des anticipations dogmatiques et les &lt;i&gt;substitutions&lt;/i&gt; que trahissent les prescriptions doctrinaires : les abstractions de discours et de projets coup&#233;s du point de vue de la totalit&#233; sans lequel l'&#233;mancipation n'est ni pensable, ni r&#233;alisable ; les substitutions de l'utopique &#224; l'historique, de l'invention &#224; la r&#233;volution, de l'imaginaire au r&#233;el. Mais pour d&#233;noncer partialit&#233;s et substituts, il ne suffit pas d'indiquer qu'ils manquent ou remplacent la totalit&#233; et l'histoire : la logique de l'abstraction appelle sa r&#233;sorption ; la logique de la substitution appelle sa r&#233;version. Marx soutient alors que la r&#233;sorption des abstractions passe par le point de vue de la totalit&#233; qui peut &#234;tre th&#233;oriquement acquis, mais surtout pratiquement conquis : par la dictature du prol&#233;tariat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le Manifeste : &#171; la domination politique du prol&#233;tariat &#187;.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme il soutient que la r&#233;version des substitutions est inscrit dans le mouvement r&#233;el de l'histoire qui substitue le processus r&#233;volutionnaire &#224; l'invention doctrinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, parvenu &#224; ce point, le trajet de la critique marxienne nous entra&#238;ne sur un sol de plus en plus mouvant, puisque Marx n'h&#233;site pas &#224; affirmer que c'est l'histoire elle-m&#234;me qui permet, non seulement de prononcer le d&#233;passement th&#233;orique de l'utopie, mais surtout de promettre sa d&#233;ch&#233;ance historique. Cette promesse d'absorption de l'utopie par l'histoire n'est pourtant que le revers d'impens&#233;s plus inqui&#233;tants encore. En effet, la critique d&#233;tecte dans l'utopie la logique des substitutions dont elle d&#233;pend en fonction de la logique de la r&#233;volution qui les d&#233;fait : au risque de d&#233;valuer le r&#244;le de l'imaginaire et de l'invention collectifs et les fonctions du programme et de la strat&#233;gie. De m&#234;me, et peut-&#234;tre surtout, la critique s'exerce sur les partialit&#233;s dogmatiques et chim&#233;riques &#224; partir du point de vue de la totalit&#233;, mais d'une totalit&#233; promise, conjointement, &#224; sa compr&#233;hension th&#233;orique et &#224; son renversement pratique : au risque de r&#233;introduire, &#224; la faveur de cette conjonction et de cette promesse, une nouvelle utopie : une utopie promise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tenter de l'&#233;tablir, on peut partir de deux constats qui introduisent deux questions. Prise en mauvaise part, l'utopie d&#233;signe en g&#233;n&#233;ral des perfections imaginaires, et partant impossible &#224; atteindre et/ ou des prescriptions doctrinaires, qui sont impossibles &#224; accomplir. Or Marx retient le second sens et n&#233;glige le premier. N'aurait-il pas, &#224; sa fa&#231;on, &#233;t&#233; s&#233;duit par des mirages ? Prise en mauvaise part, l'utopie d&#233;signe encore des v&#339;ux exauc&#233;s avant d'avoir &#233;t&#233; accomplis, parce qu'ils sont consign&#233;s dans des syst&#232;mes cadenass&#233;s ou d&#233;pos&#233;s dans une histoire r&#233;v&#233;l&#233;e. Ici Marx retient le premier sens et n&#233;glige le second. N'aurait-il pas, &#224; sa fa&#231;on, c&#233;d&#233; &#224; des promesses ? Ce sont ces mirages et ces promesses dont on peut tenter de d&#233;tecter la pr&#233;sence et de comprendre les effets, mais - &#233;videmment - pour d&#233;nouer des &#233;quivoques, et non pour enterrer le communisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet examen critique ne peut &#234;tre propos&#233; dans les limites de ces quelques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des utopies cong&#233;di&#233;es &#224; l'utopie revendiqu&#233;e&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, qu'il s'agisse de l'utopie que Marx invite &#224; d&#233;mettre ou de celle que lui-m&#234;me incite &#224; promettre, l'utopie ne peut &#234;tre enferm&#233;e dans son concept p&#233;joratif. Marx, on le sait, s'efforce de penser l'unit&#233; des deux versants de l'utopie sous l'expression de &#171; socialisme et communisme critico-utopiques &#187;. Le second segment du qualificatif invalide l'utopie, le premier valide la critique, pourtant tout aussi ambivalente que l'utopie qu'elle fonde ou accompagne. &#192; sa fa&#231;on, Marx reconna&#238;t que l'utopie ne peut &#234;tre d&#233;finie par ses limites. Que dit-il au fond des formes utopiques du socialisme et du communisme ? Qu'en elles coexistent la poursuite d'impossibilit&#233;s absolues et la d&#233;tection d'impossibilit&#233;s relatives. L'utopie peut se donner des objectifs incompatibles avec les traits invariants de l'humanit&#233; ou avec le cours in&#233;vitable de son histoire. Elle peut aussi, et parfois en m&#234;me temps, convoiter ce qui n'est rendu impossible que par l'ordre social existant : un faisceau de possibilit&#233;s contrari&#233;es, mais d'ores et d&#233;j&#224; r&#233;elles et agissantes ; une gerbe de possibilit&#233;s disruptives, qui s'opposent &#224; l'ordre &#233;tabli et en l&#233;zardent les assises. C'est donc bien de l'investigation du possible dont il est question dans l'examen de l'utopie et de sa critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est pourquoi la d&#233;nonciation de l'utopie, quand elle se concentre sur ses tares, en manque compl&#232;tement le sens ou l'intention. L'utopie ne peut &#234;tre emprisonn&#233;e dans un genre, sous pr&#233;texte qu'elle aurait mauvais genre. C'est une fonction qui franchit en permanence les fronti&#232;res du genre et ne se laisse pas enfermer dans ses impasses. L'utopie est pr&#233;sente dans le mouvement de son propre d&#233;passement. A la p&#233;riph&#233;rie ou au centre de la tradition marxiste, toute une lign&#233;e d'auteurs s'est efforc&#233;e de penser ce mouvement. Il faut continuer, sans se dissimuler que le vocable d'utopie, surcharg&#233; par des interpr&#233;tations divergentes et des &#233;valuations contradictoires, ne diffuse pas une lumineuse clart&#233;. Mais l'abandonner, c'est abandonner le combat dont il est l'enjeu. D'ailleurs, la situation n'est pas franchement meilleure, apr&#232;s le d&#233;sastre stalinien, quand il est question du &#171; communisme &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tour par Marx invite &#224; proposer, tr&#232;s g&#233;n&#233;ral encore, une sorte de recentrage. Avant que nous ne soyons replong&#233;s &#224; nouveau, dans un profond sommeil marxologique, peut-&#234;tre est-il encore temps d'offrir en p&#226;ture aux d&#233;tenteurs d'orthodoxie et aux d&#233;tecteurs de contresens, quelques entremets, mais g&#233;n&#233;reusement &#233;pic&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait alors se risquer &#224; dire ceci : l'utopie - le communisme - n'a de sens que comme pari, comme invention, comme id&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pari, une invention, un id&#233;al&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie - le communisme - est&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; un pari&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; C'est un pari, et non un souhait (qui n'engage &#224; rien) ou un destin (qui nous engage malgr&#233; nous). L'utopie, mais concr&#232;te, n'est ni le suppl&#233;ment d'&#226;me qui permettrait d'assaisonner le r&#233;alisme gestionnaire (ou la dotation de sens qui sauverait le monde de l'insignifiance), ni le trajet balis&#233; qui conduirait au but sans qu'il soit n&#233;cessaire de le choisir. L'utopie est un pari, parce qu'aucune histoire tut&#233;laire n'en garantit l'accomplissement. Mais c'est un pari n&#233;cessaire : un pari n&#233;cessaire, et non pas un pari arbitraire. Ce n'est pas un pari arbitraire, livr&#233; &#224; un hasard incalculable ou &#224; une libert&#233; impond&#233;rable. C'est un pari n&#233;cessaire, dans la mesure o&#249; sont r&#233;unies les conditions qui permettent de le tenir, si ce n'est, &#224; coup s&#251;r, de le gagner. C'est un pari n&#233;cessaire, pour peu que l'on admette que les d&#233;sastres historiques subis au nom du communisme le furent d'abord contre lui. Face &#224; un capitalisme devenu plan&#233;taire, il est &#224; la fois rationnel et indispensable de parier sur l'impossible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour reprendre l'expression de Ren&#233; Sh&#233;rer : Pari sur l'impossible, Presses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie - le communisme - est &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;une invention&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; C'est une invention, et non pas un but (fix&#233; d'avance) ou un mouvement (livr&#233; &#224; lui-m&#234;me). L'utopie, mais concr&#232;te, ne nous attend pas, pr&#233;form&#233;e, au terme d'un voyage que nous serions contraint d'accomplir ; elle ne se confond pas avec un itin&#233;raire qui nous d&#233;couvrirait, sans que nous ayons &#224; le dessiner, le paysage o&#249; nous devrions s&#233;journer. L'utopie est une invention, parce qu'elle ne figure sur aucune carte. Mais c'est une invention collective : une invention collective, et non pas individuelle. Ce n'est pas une invention doctrinaire (abandonn&#233; au g&#233;nie de quelque penseur ou guide individuel), mais une invention d&#233;mocratique. L'utopie est une invention, parce qu'il n'y pas d'invention d'un avenir d&#233;mocratique sans invention d&#233;mocratique de cet avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie - le communisme - est &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;un id&#233;al&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; L'utopie, mais concr&#232;te, n'est pas un r&#234;ve (car le r&#234;ve &#233;veill&#233; n'est, &#224; tout prendre, qu'une fa&#231;on de dormir debout) ou une promesse (car la promesse suppose une histoire tut&#233;laire qui s'en porterait garant). L'utopie est un id&#233;al (car on ne se dirige que vers un id&#233;al), mais un id&#233;al branch&#233; sur le r&#233;el. Plus exactement, l'utopie ne vaut que par l'id&#233;al qui la soutient et qu'elle vise. Cet id&#233;al n'a pas &#224; subir l'&#233;preuve d'une fondation transcendantale qui, ant&#233;rieure &#224; l'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233; o&#249; il tenterait de s'incarner, se pulv&#233;riserait au contact du r&#233;el. Cet id&#233;al n'est pas l'ombre port&#233;e de la r&#233;alit&#233; existante, mais sa n&#233;gation concr&#232;te et potentielle. Le communisme est donc, &#224; la fois, le mouvement r&#233;el (et actuel) de sa virtualit&#233; et l'id&#233;al de son accomplissement. Il est cet id&#233;al parce qu'il est ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore vague, &#233;videmment. Mais cela vaut-il la peine de pr&#233;ciser, quand le flagrant d&#233;lit de l&#232;se-Marx serait d&#233;j&#224; &#233;tabli ? Nous connaissons tous cette chansonnette dont il serait inutile d'entonner les couplets, puisqu'il suffit de ressasser le refrain : le communisme ne serait que le mouvement r&#233;el qui abolit l'ordre social existant. Et les gardiens d'un marxisme orthop&#233;dique se pr&#233;parent peut-&#234;tre &#224; r&#233;citer la litanie des Marxady - le r&#233;pertoire de citations qui permettent &#224; chacun de r&#233;diger ses propres psaumes. Marxady l'a dit : &#171; Le communisme n'est pas un id&#233;al &#187;. Et il est vrai que l'utopie n'est pas un id&#233;al auquel la r&#233;alit&#233; devrait, de gr&#233; ou de force, se plier. Pourtant, il existe un id&#233;al communiste. Faudrait-il se borner &#224; le comprendre comme l'expression d'un mouvement r&#233;el qui aurait absorb&#233; toute vis&#233;e &#233;thique ? Marxady l'a dit : &#171; le communisme n'est pas une invention &#187;. Et il est vrai que l'utopie n'est pas une invention que le g&#233;nie individuel pourrait forger, avant de tenter, avec quelques sectaires, de l'imposer. Pourtant, les aspirations collectives se cristallisent dans des projets et parfois des cr&#233;ations. Faudrait-il les comprendre seulement comme des exp&#233;riences doctrinaires, comme il arrive que Marx le proclame ? Marxady l'a dit : &#171; le communisme n'est pas un pari &#187;. Et il est vrai que l'utopie n'est pas un pari que l'audace aventuri&#232;re tenterait pour snober le cours de l'histoire. Mais il n'est ni la derni&#232;re avenue de l'histoire, ni le terme oblig&#233; d'une path&#233;tique alternative entre lui-m&#234;me et la barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut se demander alors quels sont cet id&#233;al, cette invention et ce pari - et pr&#233;ciser un peu : cet id&#233;al est libertaire, cette invention est projective, ce pari est strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un id&#233;al libertaire, une invention projective, un pari strat&#233;gique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie - le communisme - est&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; un id&#233;al libertaire&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; Le communisme est un id&#233;al, ou plut&#244;t suppose un id&#233;al et repose sur une &#233;thique. Cette &#233;thique, il ne suffit pas d'en proclamer l'existence, faute de pouvoir en d&#233;terminer les fondements ; mais il n'est pas souhaitable d'en rechercher les fondements, s'ils ne doivent fonder aucun contenu. Deux questions permettent peut-&#234;tre d'ouvrir la voie : &#224; une &#233;thique des fondements formels ne pourrait-on pas opposer une &#233;thique des fondations r&#233;elles ? Et &#224; une &#233;thique du bien, une &#233;thique de la libert&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;thiques du fondement - je pense particuli&#232;rement aux fondations contractuelles ou proc&#233;durales que nous proposent Rawls ou Habermas - n'&#233;chappent au relativisme que parce qu'elles se soustraient &#224; l'histoire : au risque de ne jamais la retrouver. Une &#233;thique des fondations historiques peut &#233;chapper aux pi&#232;ges du relativisme, pour peu qu'elle repose sur une valeur qui permette de relativiser le relativisme. Les &#233;thiques du bien, qu'elles parlent le langage du bonheur ou de la vertu, du devoir ou de la puissance sont des &#233;thiques qui, priv&#233;es ou publiques, ne peuvent s'ouvrir sur aucune politique morale. Seule le peut une &#233;thique de la libert&#233;, mais pas n'importe qu'elle libert&#233;. Une &#233;thique de la libert&#233; qui n'a pas besoin d'&#234;tre fond&#233;e, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle s'enracine. Car elle s'enracine : dans l'oppression qu'il s'agit de combattre ou de conjurer. Elle peut &#234;tre historiquement situ&#233;e, et cependant universalisable - relative, et cependant universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi : formellement d&#233;finie, et cependant socialement identifiable. Kant lorsqu'il s'effor&#231;ait de d&#233;finir le principe de la libert&#233; pour la constitution d'une communaut&#233;, le d&#233;finissait ainsi : la libert&#233; pour chacun de chercher le bonheur dans la voie qui lui semble, &#224; lui, &#234;tre la bonne, pourvu qu'elle puisse coexister avec la libert&#233; d'autrui. Il semble que l'on ne saurait mieux dire. Mais un tel principe reste suspendu en l'air quand il n'est pas inscrit dans le mouvement r&#233;el des soci&#233;t&#233;s et de l'histoire. Pourtant, de cette formule, on peut d&#233;gager ainsi la port&#233;e sociale : &#171; le libre d&#233;veloppement de chacun comme condition du libre d&#233;veloppement de tous &#187;. Ce sera, dans cet entretien, ma principale citation orthodoxe, car le communisme de Marx est tout entier compris dans cette maxime du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; : une maxime o&#249; se conjugue un id&#233;al moral et une norme sociale. C'est un id&#233;al, parce que port&#233;e par le mouvement historique, cette &#233;mancipation individuelle n'est r&#233;elle que comme une virtualit&#233;. C'est un id&#233;al moral, parce que la libert&#233; ainsi comprise est un id&#233;al universalisable, qui est peut-&#234;tre le seul qui le soit indiscutablement. Mais surtout, cet id&#233;al se conjugue avec une norme sociale : celui d'une soci&#233;t&#233; qui prend la libert&#233; de chacune et de chacun comme mesure de ses progr&#232;s - une soci&#233;t&#233; qui doit &#234;tre collectivement et d&#233;mocratiquement invent&#233;e, car elle peut &#234;tre invent&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie - le communisme - est&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; une invention projective.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Le communisme est un invention, mais une invention qui proc&#232;de de virtualit&#233;s dont elle pr&#233;pare et devance l'actualisation. La d&#233;tection du contenu potentiel de l'&#233;mancipation, non seulement n'ouvre sur aucune promesse de son accomplissement, mais impose d&#233;tecter, et le cas &#233;ch&#233;ant d'inventer les &lt;i&gt;formes&lt;/i&gt; de cet accomplissement. Pourtant, Marx ne cesse de d&#233;noncer les inventions doctrinaires, propos&#233;es par de pr&#233;tendus g&#233;nies individuels : les inventeurs de syst&#232;mes, qui &#233;rigent les particularit&#233;s de leur invention en programme d'avenir. A l'invention individuelle et doctrinaire, Marx oppose la production historique et r&#233;volutionnaire.. Mais dans sa raideur pol&#233;mique, un tel discours manque un point essentiel : la r&#233;version de la substitution doctrinaire ne suppose pas que l'on s'en remette au cours de l'histoire (quand ce n'est pas au processus &lt;i&gt;naturel &lt;/i&gt;de la r&#233;volution dont parle - une seule fois, mais une fois de trop - l'ami Engels). Les probl&#232;mes que se pose l'humanit&#233; ne sont pas ind&#233;pendants de la possibilit&#233; de les r&#233;soudre ; mais il n'est pas vrai que les solutions sont int&#233;gralement donn&#233;es avec les probl&#232;mes : ces solutions doivent &#234;tre invent&#233;es. Ces inventions peuvent ne pas &#234;tre arbitraires et doctrinaires, pour peu qu'elles restent enracin&#233;es dans le champ des possibilit&#233;s concr&#232;tes, utopiquement ouvert par le changement social. Ces inventions sont indispensables. La r&#233;flexion sur les &lt;i&gt;mod&#232;les&lt;/i&gt; peut les favoriser, du moins s'il est vrai que ces mod&#232;les peuvent se distinguer des mod&#232;les incarn&#233;s par d'imaginaires patries du socialisme ou des mod&#232;les fabriqu&#233;s par de z&#233;l&#233;s techniciens de l'&#233;mancipation - les mod&#232;les &#224; copier et les mod&#232;les &#224; appliquer. Tant que la recherche th&#233;orique prend le pas sur toute activit&#233; pratique, c'est que les conditions de la transformation qu'elles visent ne sont pas r&#233;unies. Mais, on ne peut pas - on ne peut plus - affirmer (comme il arrive &#224; Marx de le faire), que l'absence de r&#233;flexion sur l'avenir, au sein du mouvement social lui-m&#234;me, est un signe de maturit&#233;. Tant que cette r&#233;flexion fait d&#233;faut, c'est que les forces d'&#233;mancipation demeurent livr&#233;es &#224; un mouvement historique qui reste soustrait &#224; leur emprise. Sans doute est-il p&#233;rilleux de s'abandonner &#224; l'anticipation doctrinaire des formes de l'avenir. Mais abandonner au d&#233;veloppement de l'histoire ou &#224; une phase ult&#233;rieure de la science la d&#233;couverte des formes ad&#233;quates au contenu de l'&#233;mancipation, c'est pratiquement prendre le risque de voir ces formes d&#233;naturer le contenu. C'est un moindre bilan que l'on peut tirer du stalinisme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie est une &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;pari strat&#233;gique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; A quoi reconna&#238;t-on l'utopie abstraite ou doctrinaire, lorsqu'on ne se borne pas &#224; la d&#233;finir par le genre litt&#233;raire ou philosophique qui la contiendrait tout enti&#232;re ? Simplement &#224; ce qu'elle exclut tout possibilit&#233; d'ajuster au but qu'elle vise les moyens de l'atteindre. Onirique ou h&#233;ro&#239;que, r&#234;veuse ou ardente, repli&#233;e sur elle-m&#234;me ou d&#233;ploy&#233;e dans l'action, l'utopie chim&#233;rique exclut tout projet strat&#233;gique. C'est &#224; Marx surtout que l'on doit d'avoir trac&#233; les contours, mais souvent effac&#233;s par la promesse, d'une utopie strat&#233;gique. Parier strat&#233;giquement sur l'utopie, c'est parier sur une action collective qui s'empare des potentialit&#233;s inscrites au c&#339;ur du mouvement r&#233;el des soci&#233;t&#233;s humaines, mais qui, contrari&#233;es, forment l'envers ou le revers au revers de leur morne ou sinistre reproduction. C'est parier sur une action collective qui s'empare des possibilit&#233;s disruptives qui minent sourdement l'ordre &#233;tabli, et dont les charges explosives doivent &#234;tre allum&#233;es. C'est parier sur les r&#233;bellions, parfois infimes, toujours plurielles, jamais ultimes : parce qu'elles ne prennent pas imm&#233;diatement leur sens en fonction d'un assaut massif qui forme pourtant l'horizon de leur efficacit&#233; ; parce qu'elles ne s'ordonnent pas spontan&#233;ment autour d'une contradiction centrale qui fournit parfois le principe de leur intelligibilit&#233; ; parce qu'elles ne prennent pas leur sens en fonction d'une n&#233;gation finale et fatale, bien qu'elles aspirent &#224; &#234;tre fatales &#224; la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; ceux qui objectent d'avance que l'utopie n'offre &#224; l'action politique qu'un pari st&#233;rile, un id&#233;al superflu, une invention improbable, il faut r&#233;pondre que ce pari est efficace, que cet id&#233;al est indispensable, que cette invention est possible&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pari efficace ? Un id&#233;al indispensable ? Une invention possible ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Un pari efficace &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; ?&lt;/strong&gt; Le pari sur l'utopie, quand il est rationnel et qu'elle est concr&#232;te, ne nous renvoie pas aux lendemains qui chantent. Il dicte une action concr&#232;te qui n'est ni passivement suspendue &#224; l'attente du grand soir, ni m&#233;caniquement subordonn&#233;e &#224; la perspective de la r&#233;volution. Ce pari conditionne des refus irr&#233;ductibles. Mais ces refus ne sont pas de simples t&#233;moignages : ils inscrivent leurs effets dans la r&#233;alit&#233;. Ils &#233;branlent les formes de pens&#233;e qui, parce qu'elles cimentent la domination, font partie de sa r&#233;alit&#233;. Ils inscrivent la puissance des r&#233;sistances et des luttes dans le corps de la moindre r&#233;forme partielle, quand ils ne pr&#233;parent pas des r&#233;formes radicales. Ils sont r&#233;alistes, parce qu'ils ne laissent aucun r&#233;pit aux gestionnaires du r&#233;el. Ils produisent des effets strat&#233;giques sur lesquels peuvent embrayer des projets strat&#233;giques. L'utopie rebelle, non seulement r&#233;pond aux urgences du pr&#233;sent, mais donne leurs chances &#224; des virtualit&#233;s d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Un id&#233;al indispensable ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; De quelque fa&#231;on que l'on tourne et retourne les valeurs en pr&#233;sences et les &#233;thiques qui pr&#233;tendent les refonder, quels que soient les chevauchements, les brouillages ou les emprunts, une fracture morale, sociale, politique court sous la surface des grands d&#233;bats insignifiants et des petits affrontements barbares. Elle dessine encore et pour longtemps, une ligne de partage entre deux conception &#233;thiques et politiques de la d&#233;mocratie : celle qui vit repli&#233;e dans son cantonnement lib&#233;ral et celle qui tente de se d&#233;ployer vers un horizon libertaire. Et cette ligne de partage distribue les partisans en deux camps qui admettent bien des transfuges : d'un c&#244;t&#233; ceux qui, par go&#251;t du laisser-faire ou du pr&#234;t-&#224;-penser, s'&#233;merveillent (ou se r&#233;signent) &#224; l'id&#233;e de vivre dans un monde o&#249; l'affairement d&#233;sordonn&#233; de quelques-uns serait, au mieux, la condition du d&#233;veloppement mutil&#233; de tous les autres ; et, d'un autre c&#244;t&#233;, ceux qui traquent la virtualit&#233; utopique d'une libert&#233; de tous qui tendrait &#224; co&#239;ncider avec la libert&#233; de chacun. Convoiter l'impossible, c'est convoiter cette libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Une invention possible ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; L'invention d&#233;mocratique d'un avenir utopique est-elle possible, sans retomber dans les orni&#232;res doctrinaires ? Les formes d'un avenir utopiques peuvent-elles &#234;tre esquiss&#233;es et les dispositifs de sa conqu&#234;te peuvent-ils &#234;tre cr&#233;&#233;s ? Peut-on reformuler, en des termes nouveaux, les questions lancinantes du programme et du parti, sans succomber au mirage d'un avenir trac&#233; d'avance et sans tomber dans le pi&#232;ge d'une avant-garde nimb&#233;e par cet avenir ? Questions bonnes &#224; ressasser avant de risquer des r&#233;ponses...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NB. Cette intervention est, pour une part, un exercice d'auto-plagiat de passages d'autres articles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sous-titres modifi&#233;s pour cette publication&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette contribution - qu'on veuille bien m'en excuser - se borne &#224; reprendre (parfois litt&#233;ralement) et &#224; r&#233;sumer (souvent sch&#233;matiquement) une partie de mes contributions ant&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin Buber, &lt;i&gt;Utopie et socialisme&lt;/i&gt;, Aubier Montaigne, 1977, p. 17. &#171; La derni&#232;re fl&#232;che &#187; : il est vrai - on ne l'a sans doute pas assez soulign&#233; - que Marx ne qualifie pas d' &#171; utopiques &#187; les formes initiales du socialisme et du communisme avant 1847, dans &lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le &lt;i&gt;Manifeste &lt;/i&gt; : &#171; la domination politique du prol&#233;tariat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cet examen critique ne peut &#234;tre propos&#233; dans les limites de ces quelques pages. Il n'en est pas moins indispensable. &#192; titre d'indices, on peut relever, dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, deux th&#232;mes qui courent en filigrane de toute l'argumentation et la soutiennent : le contenu du communisme semble encore inscrit dans l'&#234;tre m&#234;me du prol&#233;tariat (sans propri&#233;t&#233;, sans famille, sans patrie) ; la n&#233;cessit&#233; du communisme est fond&#233;e sur une compr&#233;hension historique qui en justifie non seulement la n&#233;cessaire possibilit&#233;, mais aussi la n&#233;cessaire effectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour reprendre l'expression de Ren&#233; Sh&#233;rer : &lt;i&gt;Pari sur l'impossible&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Vincennes, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Foucault et Marx : une confrontation inactuelle ?</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Foucault-et-Marx-une-confrontation-inactuelle.html</link>
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		<dc:date>2024-05-08T13:08:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Michel Foucault</dc:subject>
		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; quoi bon parler de Marx ? D'ailleurs, &#171; Marx, pour moi, &#231;a n'existe pas &#187;, d&#233;clare Foucault.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Bourdieu-Foucault-et-alii-.html" rel="directory"&gt;Bourdieu, Foucault et alii&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Michel-Foucault-+.html" rel="tag"&gt;Michel Foucault&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH86/marx_et_foucault-3c32e.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Communication au colloque &#171; Foucault vu d'Est, Foucault vu d'Ouest &#187;, tenu &#224; Sofia (Bulgarie) en Juin 1993. Publi&#233;e dans &lt;i&gt;Michel Foucault : les jeux de la v&#233;rit&#233; et du pouvoir&lt;/i&gt;, Presses Universitaires de Nancy, septembre 1994.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; quoi bon parler de Marx ? D'ailleurs, &lt;i&gt;&#171; Marx, pour moi, &#231;a n'existe pas. Je veux dire cette esp&#232;ce d'entit&#233; qu'on a construite autour d'un nom propre, et qui se r&#233;f&#232;re tant&#244;t &#224; un certain individu, tant&#244;t &#224; la totalit&#233; de ce qu'il a &#233;crit, tant&#244;t &#224; un immense processus historique qui d&#233;rive de lui&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Questions &#224; Michel Foucault sur la g&#233;ographie &#187;, revue H&#233;rodote n&#176;1, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; Comment ne pas souscrire &#224; ce propos ? Et ne pas ajouter aussit&#244;t, une fois encore avec sa caution, que Foucault non plus n'existe pas ? Aussit&#244;t annonc&#233;, mon propos menace de se d&#233;rober...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici dispens&#233;s, en tout cas, des exercices jadis impos&#233;s par l'existence d'orthodoxies parfois d&#233;risoires et souvent meurtri&#232;res : je ne me demanderai pas si Foucault et Marx sont compatibles ou incompatibles. Je me bornerai &#224; examiner ce que la critique de Marx par Foucault peut nous apprendre sur la pens&#233;e de Marx et de Foucault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la critique de Marx par Foucault est d'autant plus insaisissable que Marx dans Foucault fait l'objet de critiques indirectes qui le visent &#224; travers les divers marxismes et de critiques obliques qui l'int&#232;grent ou le discutent sans le nommer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de Marx par Foucault se d&#233;robe derri&#232;res ses variations - que je ne chercherai pas &#224; parcourir - et derri&#232;re ses vari&#233;t&#233;s - entre lesquelles il convient de choisir. Foucault n'a jamais dissimul&#233; son aversion pour toutes les vari&#233;t&#233;s de marxisme orthodoxe, acad&#233;miques ou &#233;tatiques, et ses r&#233;ticences &#224; l'&#233;gard de toutes les vari&#233;t&#233;s de marxisme critique. Pourtant ces critiques indirectes ne nous int&#233;ressent pas ici, bien qu'elles puissent &#234;tre riches d'enseignement, si l'on admet avec Foucault qu'un auteur n'est pas propri&#233;taire de son texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Marx lui-m&#234;me ? A d&#233;faut d'&#234;tre identifiable, encore faudrait-il qu'il soit localisable dans le discours de Foucault. Or Marx, dans ce discours, est, en g&#233;n&#233;ral aux abonn&#233;s absents. Il fait l'objet de discussions et d'appropriations obliques, qui proc&#232;dent g&#233;n&#233;ralement par allusions plut&#244;t que par r&#233;f&#233;rences, par mise en &#339;uvre ou mise &#224; l'&#233;cart silencieuses, plut&#244;t que par d&#233;bat ou par combat. Aussi les appropriations seront-elles effectu&#233;es sans partenaire et les discussions esquiss&#233;es sans adversaire, &#224; charge pour les commentateurs, pr&#233;cis&#233;ment, de r&#233;tablir les notes en bas de page volontairement effac&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je laisserai de c&#244;t&#233; ces critiques lat&#233;rales qui nous entraineraient trop loin pour ne m'int&#233;resser qu'&#224; des critiques frontales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en retiendrai deux : deux critiques &#171; &#224; coups de marteau &#187;, pour reprendre l'expression de Nietzsche , prises aux deux p&#244;les de la th&#233;orie : arch&#233;ologie du savoir et g&#233;n&#233;alogie du pouvoir. &#192; un p&#244;le, Foucault critique le mariage de l'anthropologie et de la dialectique. &#192; l'autre p&#244;le, il critique le mariage de l'&#201;tat et de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Arch&#233;ologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier coup de marteau : Dans &lt;i&gt;Les Mots et les Choses&lt;/i&gt;, Foucault critique donc &lt;i&gt;&#171; les promesses m&#234;l&#233;es de la dialectique et de l'anthropologie &#187;,&lt;/i&gt; qui culminent chez Marx dans une &lt;i&gt;&#171; utopie d'ach&#232;vement &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Mots et les Choses, &#233;ditions Gallimard, 1966, pp.273-275.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En suivant le fil de cette critique, pour la prendre en charge et la radicaliser, je dirai que la pens&#233;e de Marx est initialement domin&#233;e par la tentative, et en permanence marqu&#233;e par la tentation, de se livrer une promesse utopique : l'essence humaine (tel est le versant anthropologique), par le truchement de la n&#233;cessaire n&#233;gation de l'ali&#233;nation de cette essence (tel est le versant dialectique), est promise &#224; son effectuation. Et force est de constater que cette utopie promise soumet la pens&#233;e de Marx, du moins dans ses premiers &#233;crits, &#224; un implacable encha&#238;nement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je reprends ici les termes m&#234;mes de mon article : &#171; Avec Marx, malgr&#233; Marx : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'elle promet l'ad&#233;quation de l'existence humaine &#224; son essence, l'&#233;mancipation humaine doit &#234;tre &lt;i&gt;totale &lt;/i&gt; : c'est-&#224;-dire tout &#224; la fois &lt;i&gt;compl&#232;te&lt;/i&gt; (surmontant la totalit&#233; des ali&#233;nations),&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;universelle&lt;/i&gt; (surmontant l'ali&#233;nation de la totalit&#233; des hommes) et &lt;i&gt;int&#233;grale&lt;/i&gt; (surmontant la totalit&#233; des ali&#233;nations de chaque individu) : la r&#233;alisation de l'homme total en chaque individu singulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que cette &#233;mancipation est la r&#233;alisation historique de l'essence humaine, elle ne peut &#234;tre &lt;i&gt;qu'ultime&lt;/i&gt; : l'ach&#232;vement d'une &#233;mancipation totale ne laisse aucune t&#226;che d'&#233;mancipation devant elle. Parce que l'unit&#233; de l'essence et de l'existence en constitue l'effectivit&#233;, l' &#233;mancipation, pour &#234;tre achev&#233;e, doit &#234;tre &lt;i&gt;parfaite&lt;/i&gt; : elle sera accomplie dans une soci&#233;t&#233; rendue &#224; l'immanence, &#224; l'omnipotence et &#224; la transparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surmonter l'ali&#233;nation de l'essence humaine, parvenue &#224; son comble dans les formes d'existence du prol&#233;tariat suppose le retour &#224; l'unit&#233; de tout ce qui est s&#233;par&#233;, le d&#233;passement des oppositions par leur r&#233;conciliation, la pr&#233;sence de l'essence dans l'existence : &lt;i&gt;une parfaite immanence&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retour des forces ali&#233;n&#233;es &#224; leurs sujets cr&#233;ateurs et le d&#233;passement de toutes les scissions qui font des hommes des &#234;tres domin&#233;s par leurs propres cr&#233;ations impliquent que les hommes placent toutes les forces qui jusqu'alors les dominaient sous leur propre contr&#244;le : &lt;i&gt;une parfaite omnipotence&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence immanente de l'essence dans l'existence, de la nature sociale de l'homme dans ses formes d'existence sociale, et la puissance omnipotente des hommes sur leurs relations permettent d'instaurer la lisibilit&#233; de l'essence dans l'existence : &lt;i&gt;une parfaite transparence&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Immanence, omnipotence, transparence : Marx reconduit ainsi les illusions des petites et des Grandes utopies. Tels seraient les points culminants d'une utopie r&#233;v&#233;l&#233;e, si la pens&#233;e de Marx pouvait &#234;tre enferm&#233;e dans cette premi&#232;re &#233;tape et rabattue sur les dimensions utopiques de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles sont mes raisons de souscrire - bien que jamais il ne soit all&#233; aussi loin - &#224; la critique de Foucault. Mais les coups de marteau destin&#233;s, selon Nietzsche, &#224; &lt;i&gt;&#171; forcer &#224; parler haut ce qui voudrait se taire &#187;&lt;/i&gt; menace de r&#233;duire au silence ce qui pourrait encore nous parler. Il convient alors mesurer, mais avec Foucault lui-m&#234;me, les d&#233;ficits de l'arch&#233;ologie du savoir si elle se replie sur elle-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je ne mentionnerai que pour m&#233;moire la tentative tr&#232;s discutable de lier la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux questions sont en effet pos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Premi&#232;re question : &lt;i&gt;la critique arch&#233;ologique d'une utopie suffit-elle &#224; rendre compte de ses effets th&#233;oriques ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t la formule de Foucault : &#171; Le marxisme est dans la pens&#233;e du XIXe si&#232;cle comme poisson dans l'eau : c'est-&#224;-dire que partout ailleurs il cesse de respirer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; Sartre qui pr&#233;sente le marxisme comme &#171; l'horizon ind&#233;passable de notre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; . Marx, semble-t-il, est enti&#232;rement enferm&#233; dans l'anthropologie et dans l'&#233;pist&#233;m&#232; du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction &#224; l'anthropologie est, on le pressent, essentiellement pol&#233;mique, et indirecte. En effet, la &#171; mutation &#233;pist&#233;mologique de l'histoire &#187;, encore inachev&#233;e aujourd'hui, &#224; laquelle souscrit Foucault, &lt;i&gt;&#171; ne date pas d'hier cependant, puisque &#187;,&lt;/i&gt; pr&#233;cise-t-il, &#171; &lt;i&gt;on peut sans doute en faire remonter &#224; Marx le premier moment &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Arch&#233;ologie du Savoir, &#233;ditions Gallimard, mars 1969, p.21.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . L'anthropologie ne saurait inaugurer une telle mutation, et l'on doit logiquement en conclure que si Marx n'a cess&#233; de se d&#233;battre avec le dispositif initial de sa pens&#233;e, son &#339;uvre ne saurait &#234;tre enti&#232;rement enferm&#233;e dans ce dispositif, domin&#233; par la probl&#233;matique de la r&#233;alisation de l'essence humaine. Dans ces conditions, c'est moins l'anthropologie de Marx que les tentatives d' &lt;i&gt;&#171; anthropologiser Marx &#187;&lt;/i&gt; que Foucault d&#233;nonce : les tentatives de sauvetage de la souverainet&#233; du &lt;i&gt;sujet &#171; contre le d&#233;centrement op&#233;r&#233; par Marx - par l'analyse historique des rapports de production, des d&#233;terminations &#233;conomiques et la lutte des classes &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Arch&#233;ologie du Savoir, op.cit., p.22-23&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Marx, pr&#233;curseur ou fondateur, donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le rabattement sur l'&#233;pist&#233;m&#232; ne saurait &#234;tre que critique, et temporaire. Foucault, dans &lt;i&gt;Les Mots et le Choses&lt;/i&gt; semble exclure tout exc&#233;dent th&#233;orique de l'&#339;uvre de Marx sur l'&#233;pist&#233;m&#232; qui l'engloutit dans le XIX&#232;me si&#232;cle : on vient de voir qu'il n'en est rien. Aussi Foucault, en partie &#224; rebours des &#233;nonc&#233;s-canon que l'on a rappel&#233;s, classera Marx (au m&#234;me titre que Freud) parmi ceux qu'il propose d'appeler &lt;i&gt;&#171; les fondateurs de discursivit&#233; &#187;&lt;/i&gt;, qui ne sont pas seulement des auteurs de leur &#339;uvre &#187;, &lt;i&gt;mais &#171; ont produit quelque chose de plus : la possibilit&#233; et la r&#232;gle de formation d'autres textes &#187; et ont &#233;tabli une possibilit&#233; ind&#233;finie de discours &#187;&lt;/i&gt;. Marx ne serait alors que le fondateur des marxismes. Mais &#224; la diff&#233;rence da fondation d'une science, &lt;i&gt;&#171; l'instauration discursive est h&#233;t&#233;rog&#232;ne &#224; ses transformations ult&#233;rieures&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle est, comme le note Raymond Bellour en commentant ce texte de Foucault, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : elle rend par cons&#233;quent possible le retour (divers retours) au texte &lt;i&gt; : &#171; au texte m&#234;me, au texte dans sa nudit&#233;, et, en m&#234;me temps, pourtant (...) &#224; ce qui est marqu&#233; en creux, en absence, en lacune dans le texte &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Qu'est-ce qu'un auteur ? &#187;, Bulletin de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; ce titre, si le privil&#232;ge de l'&#339;uvre a &#233;t&#233; mis entre parenth&#232;ses, la parenth&#232;se peut n' &#234;tre que provisoire. Pourtant, rouvrir cette parenth&#232;se ne nous d&#233;couvre pas l'&#339;uvre dans sa v&#233;rit&#233;, mais un texte dans sa nudit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le d&#233;placement op&#233;r&#233; par la lecture de Foucault n'est pas r&#233;ductible aux formulations extr&#234;mes qui en font percevoir l'orientation et la n&#233;cessit&#233;. Contre le commentaire qui aurait en charge une v&#233;rit&#233; ultime et toujours d&#233;rob&#233;e de l'&#339;uvre, et &#224; l'&#233;cart de la critique interne qui en &#233;prouverait la coh&#233;rence (en cherchant dans Marx lui-m&#234;me des points d'appui pour en tenter le d&#233;passement), Foucault esquisse &lt;i&gt;une m&#233;thode qui permet d'apprendre &#224; lire&lt;/i&gt; : Marx bien s&#251;r, mais aussi Foucault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arch&#233;ologie du savoir agit pr&#233;cis&#233;ment comme un filtre qui permet de partager le d&#233;p&#244;t historique et l'exc&#233;dent th&#233;orique. Marx n'est sans h&#233;ritage : aussi Foucault n'h&#233;site-t-il pas &#224; le capter pour en faire des usages partiels et circonscrits. Pourtant le texte de Marx ayant cess&#233; d'&#234;tre d&#233;finitivement assignable &#224; son si&#232;cle n'en devient alors que plus insaisissable, et en m&#234;me temps plus disponible, pour le pire, sans doute, mais aussi pour le meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Reste alors une seconde question : &lt;i&gt;la critique arch&#233;ologique d'une utopie saurait-elle suffire &#224; rendre compte de ses effets pratiques ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que la critique arch&#233;ologique sugg&#232;re mais ne peut montrer, c'est comment une utopie d'ach&#232;vement - qui promet la r&#233;alisation de l'essence humaine - peut se retourner. Sommairement d&#233;crit ce retournement tient en quelques mots : de l'omnipotence des producteurs &#224; l'omnipotence de l'&#233;tat, de la transparence des relations sociales &#224; la surveillance par l'&#233;tat, de l'immanence de la soci&#233;t&#233; &#224; la transcendance de l'&#201;tat ; de la dictature du prol&#233;tariat &#224; la dictature sur le prol&#233;tariat. Or, le retournement de l'utopie n'est pas m&#233;caniquement inscrit dans le fait m&#234;me de l'utopie. Les promesses de la dialectique et de l'anthropologie peuvent bien n'&#234;tre pas tenues - parce qu'elles ne sont pas tenables : cela n'explique pas qu'elles se transforment - dialectiquement ? - en leur contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de Foucault, alors inachev&#233;e, doit remonter des effets &#224; la th&#233;orie et expliquer ce qui en elle, comme pens&#233;e ou impens&#233;, peut favoriser son destin. La critique arch&#233;ologique est prolong&#233;e par une critique g&#233;n&#233;alogique qui prend le relai. Selon la premi&#232;re critique la pens&#233;e de Marx semble riv&#233;e &#224; son socle et appartenir enti&#232;rement au XIXe si&#232;cle. Selon la seconde, la pens&#233;e de Marx se confond avec ses effets et est enti&#232;rement solidaire du XXe si&#232;cle : non plus cette fois comme innocente utopie, mais comme sinistre r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. G&#233;n&#233;alogie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Second coup de marteau : Dans &lt;i&gt;La grande col&#232;re des faits&lt;/i&gt;, dix ans plus tard, Foucault d&#233;nonce dans la th&#233;orie de Marx une variante du mariage entre l'&#201;tat et la R&#233;volution qui fait appara&#238;tre le stalinisme comme &lt;i&gt;&#171; la v&#233;rit&#233; &#034;un peu&#034; d&#233;pouill&#233;e, c'est vrai, de tout un discours qui fut celui de Marx et d'autres peut-&#234;tre avant lui&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La grande col&#232;re des faits &#187;, dans Le Nouvel Observateur, n&#176; 652, 9-15 mai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part de cette critique est et reste sans appel. Foucault r&#233;cuse avec une virulence justifi&#233;e les op&#233;rations qui permettent d'&#233;luder la question du Goulag en faisant mine de la poser : en particulier le rabattement th&#233;oriciste (qui en fait une erreur lisible &#224; partir des textes) et le rabattement historiciste (qui en fait un effet de conjoncture isolable &#224; partir de ses causes). Rabattements qui font appara&#238;tre le stalinisme (et ses massacres) comme le r&#233;sultat d'une affreuse erreur et/ou le r&#233;sultat de f&#226;cheuses circonstances&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pouvoir et strat&#233;gies - Entretien de Jacques Ranci&#232;re avec Michel Foucault (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Cons&#233;quence &#187; : &lt;i&gt;&#171; Plut&#244;t que de rechercher dans les textes ce qui pourrait condamner par avance le Goulag, il s'agit de se demander ce qui en eux l'a permis, ce qui continue &#224; le justifier, ce qui permet aujourd'hui d'en accepter toujours l'intol&#233;rable v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pouvoir et strat&#233;gies - Entretien de Jacques Ranci&#232;re avec Michel Foucault (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la conclusion de cette critique. Foucault soutient que de Marx au stalinisme &lt;i&gt;&#171; il n'y avait pas &#034;faute&#034; on &#233;tait rest&#233; dans le droit fil &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ceux qui cherchaient &#224; se sauver en opposant la vraie barbe de Marx au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Mais de quelle continuit&#233; s'agit-il ? Or Foucault retient, mais &#224; sa fa&#231;on, la critique des &#171; Ma&#238;tres penseurs &#187; propos&#233;e par Glucksman : la philosophie allemande a c&#233;l&#233;br&#233; le mariage de l'&#201;tat et de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; ce diagnostic qui englobe Marx : &lt;i&gt;&#171; Toute nos soumissions trouvent leurs principes dans cette double invite : faites vite la R&#233;volution, elle vous donnera l'&#201;tat dont vous avez besoin ; d&#233;p&#234;chez-vous de faire un &#201;tat, il vous prodiguera g&#233;n&#233;reusement les effets raisonnables de la r&#233;volution. Ayant &#224; penser la R&#233;volution, commencement et fin, les penseurs allemands l'ont chevill&#233;e &#224; l'&#201;tat et ils ont dessin&#233; l'Etat-R&#233;volution, avec toutes ses solutions finales&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La grande col&#232;re des faits &#187;, op.cit.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les faiblesses de cette critique qui nous d&#233;couvriront ce qui fait sa force : la perversion originelle de la th&#233;orie de Marx ne suffit pas &#224; &#233;clairer son destin, surtout si l'on n'&#233;tablit pas pr&#233;cis&#233;ment en quoi consiste l'&#233;tatisme qu'on lui impute&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le rabattement th&#233;oricien n'est pas moindre quand on invoque une aberration (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il d'un &#233;tatisme par exc&#232;s ou d'un &#233;tatisme par d&#233;faut ? La r&#233;volution est-elle chevill&#233;e &#224; l'&#201;tat comme &#224; un moyen condamn&#233; &#224; se retourner contre elle en raison d'un &#233;loge aveugle de l'&#201;tat ou en raison d'une critique borgne de cet Etat ? La premi&#232;re critique est difficilement tenable : on pourrait lui opposer cent textes qui d&#233;mentent l'existence d'un culte marxien de l'&#201;tat. Reste la seconde, qui met en &#233;vidence que les effets d'une pens&#233;e co&#239;ncident avec les effets de ses impens&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, d&#233;clare Foucault, &lt;i&gt;&#171; ...entre l'analyse du pouvoir dans l'&#233;tat bourgeois et la th&#232;se de son d&#233;p&#233;rissement futur, font d&#233;faut l'analyse, la critique, la d&#233;molition, le bouleversement des m&#233;canismes de pouvoir &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Crimes et ch&#226;timents en U.R.S.S. et ailleurs &#187;, Entretien avec K.S. Karol, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : la th&#232;se m&#234;me d'une destruction de l'appareil d'&#201;tat bourgeois est grev&#233;e par l'ignorance des pouvoirs qui le sous-tendent et menacent d'en reconduire tous les effets&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Foucault qui ne souscrit sans doute pas &#224; la th&#232;se d'un d&#233;p&#233;rissement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . &#201;tatisme par d&#233;faut : telle serait la le&#231;on de l'analytique du pouvoir, qui, men&#233;e &#224; l'&#233;cart de Marx, permet de penser dans l'&#233;cart &#224; Marx et, sur ce point, contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la conception de Marx ne permet ni de pr&#233;venir ni de comprendre ces &lt;i&gt;&#171; formes pathologiques &#187;&lt;/i&gt; - ces deux &lt;i&gt;&#171; maladies du pouvoir &#187;&lt;/i&gt; que sont le fascisme et le stalinisme - parce qu'elle n&#233;glige la sp&#233;cificit&#233; des rapports de pouvoir et la mobilit&#233; des technologies de pouvoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Foucault le rappellera ainsi en 1982 que la question du pouvoir a valeur de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes Marx n'a pas r&#233;duit l'existence du pouvoir &#224; l'&#201;tat. &#171; On ne trouve pas chez Marx lui- m&#234;me &#187;, d&#233;clare explicitement Foucault, &lt;i&gt;&#171; le sch&#233;matisme&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;qui consiste &#224; localiser le pouvoir dans l'appareil d'&#201;tat, et &#224; faire de l'appareil d'&#201;tat l'instrument privil&#233;gi&#233;, majeur, presque unique, du pouvoir d'une classe sur une autre&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien avec Michel Foucault, H&#233;rodote, d&#233;j&#224; cit&#233;.&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; En particulier Marx n'a pas m&#233;connu les rapports de pouvoir imbriqu&#233;s dans les rapports de production, comme le rappelle &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt;, en faisant r&#233;f&#233;rence discr&#232;te, par une note en bas de page, aux analyses de Marx sur la discipline de fabrique dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Surveiller et Punir, &#233;ditons Gallimard, 1975, pp.219 sq. dont note 1 p.222.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on peut reconna&#238;tre, et cependant n&#233;gliger... Or, &#224; en croire ceux qui souhaitent fabriquer leurs meilleures soupes dans de vieux pots, Foucault devrait et pourrait se loger comme un coucou dans la th&#233;orie de Marx. Pourtant, c'est quand Foucault semble au plus pr&#232;s de Marx qu'il en est le plus &#233;loign&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le souligne, dans un contexte diff&#233;rent mais proche du n&#244;tre, Etienne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute Foucault ne manque-t-il jamais de souligner que l'&#233;mergence des deux p&#244;les du biopouvoir - les disciplines qui permettent d'assujettir les corps et les r&#233;gulations qui permettent de contr&#244;ler les populations - est li&#233;e au d&#233;veloppement &#233;conomique du capitalisme et &#224; la centralisation politique de l'Etat. Pourtant la r&#233;f&#233;rence constante, mais allusive et faible, aux analyses marxiennes permet toujours de faire valoir, mais contre elles, la sp&#233;cificit&#233; des relations de pouvoirs et la relative autonomie des technologie de pouvoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que dit Foucault de lui-m&#234;me, &#224; propos des disciplines, est sans doute (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En premier lieu, la conception de Marx ne permet pas de penser &lt;i&gt;la sp&#233;cificit&#233; des rapports de pouvoir&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, &#224; trop insister sur le r&#244;le de l'&#201;tat, &lt;i&gt;&#171; on risque de manquer tous les m&#233;canismes et effets de pouvoir qui ne passent pas directement par l'appareil d'&#201;tat, qui souvent le supportent bien mieux, le reconduisent, lui donnent son maximum d'efficacit&#233; &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien avec Michel Foucault, revue d' H&#233;rodote, 1976, op.cit.&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ensuite, &#224; trop r&#233;duire la fonction des rapports de pouvoir, on ignore ceci : &lt;i&gt;&#171; Le pouvoir n'a pas pour seule fonction de reproduire les rapports de production. Les r&#233;seaux de la domination et les circuits de l'exploitation interf&#232;rent, se recoupent et s'appuient, mais ils ne co&#239;ncident pas&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;idem&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, Foucault montre que le champ et les technologie de pouvoir ne peuvent &#234;tre analys&#233;s en en termes de d&#233;rivation &#224; partir des rapports de production ou &#224; partir de l'appareil d'Etat : ils doivent &#234;tre compris en termes d'imbrication des rapports de pouvoir (et de l'ensemble des autres relations) et de centralisation (ou d'&#233;tatisation par l'&#201;tat) de m&#233;canismes naissant et persistant en dehors de lui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi que Foucault le rappelle dans &#171; Deux essais sur le sujet et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les rapports de production ne font plus office d'infrastructure, invitant &#224; &#233;tablir une causalit&#233; simple et lin&#233;aire qui placerait les rapports de pouvoir (et les types d'assujettissement) en position de d&#233;rivation ou de cons&#233;quence des autres rapports : les rapports de production eux-m&#234;mes sont pris dans le jeu de relations complexes et circulaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'Etat ne fait plus office de simple superstructure dont la mat&#233;rialit&#233; se confondrait avec celle de ses appareils et dont la fonction d&#233;riverait exclusivement de la division de la soci&#233;t&#233; en classes. L'&#201;tat remplit une double fonction d'int&#233;gration des rapports de pouvoir - sur lequel Foucault fait porter tout le poids de son analyse - et de verrou des rapports de production - que Foucault mentionne, mais sans y insister&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; (...) si le d&#233;veloppement des grands appareils d'&#201;tat, comme institutions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais Marx n'a pas seulement n&#233;glig&#233; la sp&#233;cificit&#233; et l'extension des rapports de pouvoir : sa conception ne tient pas compte de &lt;i&gt;la relative autonomie des technologies de pouvoir&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse de Foucault d&#233;ploie alors tout son potentiel : la mise &#224; jour de technologies &#224; la fois locales dans leur invention et leur mise en &#339;uvre, et g&#233;n&#233;rales dans leur d&#233;ploiement ; &#224; la fois sp&#233;cifiques et transf&#233;rables. C'est parce que les relations de pouvoirs forment une couche sp&#233;cifique que les technologies de pouvoir peuvent gagner en autonomie. Et c'est cette autonomie qui les rend transf&#233;rables. En d'autres termes, c'est dans la mesure o&#249; il ne se confond pas avec les autres relations (d'exploitation, de domination) que le pouvoir est tout &#224; la fois r&#233;sistant &#224; leur transformation (il peut demeurer sous-jacent &#224; des transformations &#233;conomiques et politiques) et mobile (transf&#233;rable dans d'autres contextes d'exploitation ou d'oppression). Ainsi le nazisme et le stalinisme &#171; ont utilis&#233; et &#233;tendu des m&#233;canismes d&#233;j&#224; pr&#233;sents dans la plupart des autres soci&#233;t&#233;s &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Deux essais sur le sujet et le pouvoir &#187; in Un parcours philosophique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et transf&#233;r&#233; les disciplines qui s'exercent sur les corps et les r&#233;gulations qui s'exercent sur les populations : les deux p&#244;les du biopouvoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; C'est sans doute vrai que les Sovi&#233;tiques, s'ils ont modifi&#233; le r&#233;gime de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend alors que Marx a favoris&#233;, mais pas plus, l'&#233;mergence de ces maladies, en d&#233;sarmant ceux qui auraient voulu les combattre et en laissant ceux qui les ont propag&#233; le faire en son nom : abandonnant ceux qui voulaient les comprendre...&#224; la lecture de Foucault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foucault a raison : le mariage forc&#233; de l'&#201;tat et de la R&#233;volution, chez Marx, n'est pas, mais dans les termes que l'on vient de tenter de pr&#233;ciser, innocent. Et en suivant le fil de cette critique, pour, une nouvelle fois, la prendre en charge et la radicaliser, on pourrait, me semble-t-il, pr&#233;senter ainsi l'&#233;tatisme par d&#233;faut de Marx. En critiquant, &#224; travers Hegel, l'&#201;tat moderne, Marx souligne que c'est dans le d&#233;chirement de la soci&#233;t&#233; civile que s'enracine la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat, et que toutes les tentatives de r&#233;sorber cette s&#233;paration sans abolir ce d&#233;chirement sont vou&#233;es &#224; l'&#233;chec : la multiplication de m&#233;diations reconduit les contradictions sans les r&#233;soudre. Cette critique porte en creux une critique de l'&#201;tat totalitaire : la suppression des m&#233;diations polarise les contradictions sans les abolir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or Marx attend de la conqu&#234;te de l'&#201;tat et d'une destruction de son appareil la r&#233;alisation des conditions d'une transformation sociale, qui abolisse les contradictions elles-m&#234;mes. Mais R&#233;volution est &#224; ce point nou&#233;e &#224; l'Etat qu'elle menace de se condamner elle-m&#234;me : parce que il n&#233;glige de s'attaquer aux rapports de pouvoir qui soutiennent l'existence de l'&#201;tat et aux technologies de pouvoir qu'il centralise, le discours de Marx laisse le champ libre &#224; l'&#233;tatisme forcen&#233; que par ailleurs il pr&#233;tendait combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, non seulement l'abolition des anciens rapports de domination politique et les r&#233;formes des anciennes formes d'exploitation &#233;conomique n'emp&#234;chent pas de voir reconduire les technologies de pouvoir qui leur servaient de support, mais une R&#233;volution peut-&#234;tre l'occasion d'une intensification de leurs effets et de leur cumul avec ceux de nouvelles formes d'exploitation et de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point que les tentatives de restauration d&#233;mocratique peuvent laisser ces transferts op&#233;rer, &#224; des degr&#233;s divers, en sens inverse, comme le montre la reconversion de la r&#233;gulation raciste fond&#233;e sur une guerre de classe en une r&#233;gulation raciste fond&#233;e sur la guerre des nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point que les pays r&#233;put&#233;s d&#233;mocratiques ne cessent de r&#233;inventer les quadrillages disciplinaires et les r&#233;gulations x&#233;nophobes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que nos soci&#233;t&#233;s peuvent donc avoir en commun pour qu'elles laissent prolif&#233;rer des strat&#233;gies et des technologies de pouvoir, omnipr&#233;sentes et r&#233;versibles, que les formes d&#233;mocratiques de l'&#201;tat parviennent &#224; peine &#224; temp&#233;rer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont donc ces racines de la rationalit&#233; politique que Foucault invitait &#224; attaquer ? Ne se confondent-elles pas avec l'existence de ces rapports d'exploitation que Foucault mentionne sans s'y attarder ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; ces questions - qui est aussi une r&#233;ponse &#224; ma question initiale : &#171; A quoi bon en parler ? &#187; - peut se d&#233;couvrir partiellement ...&#224; la lecture de Marx.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Henri Maler&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Questions &#224; Michel Foucault sur la g&#233;ographie &#187;, revue &lt;i&gt;H&#233;rodote&lt;/i&gt; n&#176;1, janvier - mars 1976. Repris dans &lt;i&gt;Dits et &#233;crits&lt;/i&gt;, tome 3, texte169.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les Mots et les Choses,&lt;/i&gt; &#233;ditions Gallimard, 1966, pp.273-275.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je reprends ici les termes m&#234;mes de mon article : &#171; Avec Marx, malgr&#233; Marx : Convoiter l'impossible &#187;, &lt;i&gt;Chim&#232;res&lt;/i&gt; N&#176;18, Hiver 1992-1993 &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Avec-Marx-malgre-Marx-convoiter-l-impossible-1993.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publi&#233; ici m&#234;me&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je ne mentionnerai que pour m&#233;moire la tentative tr&#232;s discutable de lier la pens&#233;e de Marx &#224; celle de Ricardo, par le truchement de la th&#233;orie de la valeur-travail. Non seulement une telle critique r&#233;duit l'&#233;cart entre les deux versions de la th&#233;orie, mais surtout elle abolit la diff&#233;rence de leur vis&#233;e : le propos de Marx n'est pas d'&#233;laborer une nouvelle th&#233;orie &#233;conomique de la valeur, mais de proc&#233;der &#224; une critique des rapports de production capitalistes, c'est-&#224;-dire des rapports d'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; Sartre qui pr&#233;sente le marxisme comme &#171; l'horizon ind&#233;passable de notre temps &#187;, Foucault r&#233;plique, qu'il appartient enti&#232;rement &#224; la pens&#233;e du XIXe si&#232;cle. Aussi Foucault pourra-t-il - non sans injustice - affirmer : &lt;i&gt;&#171; La &lt;/i&gt;Critique de la Raison dialectique&lt;i&gt; est le path&#233;tique effort d'une homme du XIXe si&#232;cle pour penser le XXe si&#232;cle. En ce sens, Sartre est le dernier h&#233;g&#233;lien et je dirai m&#234;me le dernier marxiste &#187;&lt;/i&gt; (&#171; L'homme est-il mort ? &#187; (entretien avec C. Bonnefoy), &lt;i&gt;Arts et loisirs&lt;/i&gt;, 15 juin 1966. Repris dans &lt;i&gt;Dits et &#233;crits&lt;/i&gt;, tome1, texte 39.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Arch&#233;ologie du Savoir&lt;/i&gt;, &#233;ditions Gallimard, mars 1969, p.21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Arch&#233;ologie du Savoir&lt;/i&gt;, op.cit., p.22-23&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elle est, comme le note Raymond Bellour en commentant ce texte de Foucault, &lt;i&gt;&#171; en retrait et en surplomb &#187;&lt;/i&gt;, (Raymond Bellour, &#171; Vers la fiction &#187; in &lt;i&gt;Michel Foucault philosophe&lt;/i&gt;, Rencontre internationale de Paris, janvier 1988, Seuil, Paris, 1989, p.180).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Qu'est-ce qu'un auteur ? &#187;, &lt;i&gt;Bulletin de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise de philosophie&lt;/i&gt;, s&#233;ance du 22 f&#233;vrier 1969, dans &lt;i&gt;Dits et &#201;crits&lt;/i&gt;, tome1, texte n&#176;69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La grande col&#232;re des faits &#187;, dans &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, n&#176; 652, 9-15 mai 197&#232;7. Repris dans &lt;i&gt;Dits et &#233;crits&lt;/i&gt;, tome 3, texte 204.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Pouvoir et strat&#233;gies - Entretien de Jacques Ranci&#232;re avec Michel Foucault &#187;, dans &lt;i&gt;R&#233;voltes logiques&lt;/i&gt; N&#176;4, Hiver 1977, repris dans &lt;i&gt;Dits et &#233;crits&lt;/i&gt;, tome 3, texte n&#176;218. Ou encore : &lt;i&gt;&#171; Le Goulag, toute une gauche &#187;&lt;/i&gt; [et je souligne ici : et non pas toute la gauche] &lt;i&gt;&#171; a voulu l'expliquer sinon comme les guerres par la th&#233;orie de l'histoire, du moins par l'histoire de la th&#233;orie. Massacres, oui ; mais c'&#233;tait une affreuse erreur &#187; (...) &#034;une faute de lecture &#187;&lt;/i&gt;. (...) &lt;i&gt;le stalinisme erreur a &#233;t&#233; un des principaux agents de ce retour au marxisme-v&#233;rit&#233;, auquel on a assist&#233; pendant les ann&#233;es 1960&lt;/i&gt; &#187; (&#171; La grande col&#232;re des faits &#187;, op. cit.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Pouvoir et strat&#233;gies - Entretien de Jacques Ranci&#232;re avec Michel Foucault &#187;, dans &lt;i&gt;R&#233;voltes logiques&lt;/i&gt; n&#176;4 op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Ceux qui cherchaient &#224; se sauver en opposant la vraie barbe de Marx au faux nez de Staline n'aim&#232;rent pas du tout &#187;. Mais on peut laisser un instant, avec Foucault, les adeptes d'un vrai Marx &#224; leur d&#233;plaisir sans exhiber le cr&#226;ne de Marx en le pr&#233;sentant comme celui de Staline enfant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La grande col&#232;re des faits &#187;, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le rabattement th&#233;oricien n'est pas moindre quand on invoque une aberration de la th&#233;orie pour &#233;tablir une perversion originelle que lorsque l'on s'abrite derri&#232;re la puret&#233; de la doctrine pour invoquer une perversion ult&#233;rieure : la logique de l'imputation, qu'elle plaide pour l'innocence ou la culpabilit&#233; est enti&#232;rement prise dans la logique judiciaire de l'aveu, tant que l'on &#233;tablit pas pr&#233;cis&#233;ment en quoi consiste l'&#233;tatisme de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Crimes et ch&#226;timents en U.R.S.S. et ailleurs &#187;, Entretien avec K.S. Karol, dans &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, n&#176;185, 26 janvier 1976. Repris dans &lt;i&gt;Dits et &#233;crits&lt;/i&gt;, tome 3, texte n&#176;172.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Foucault qui ne souscrit sans doute pas &#224; la th&#232;se d'un d&#233;p&#233;rissement possible, et a fortiori in&#233;vitable de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Foucault le rappellera ainsi en 1982 que la question du pouvoir a valeur de test. Car elle n'est pas seulement une question th&#233;orique, &#171; mais quelque chose qui fait partie de notre exp&#233;rience &#187; (&#171; Deux essais sur le sujet et le pouvoir &#187; (1982) in &lt;i&gt;Un parcours philosophique&lt;/i&gt; de H. Dreyfus et P.Rabonow (collection Folio, Gallimard) pp.297-321&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien avec Michel Foucault, &lt;i&gt;H&#233;rodote&lt;/i&gt;, d&#233;j&#224; cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Surveiller et Punir,&lt;/i&gt; &#233;ditons Gallimard, 1975, pp.219 sq. dont note 1 p.222.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme le souligne, dans un contexte diff&#233;rent mais proche du n&#244;tre, Etienne Balibar dans &#171; Foucault et Marx. L'enjeu du nominalisme &#187;, in &lt;i&gt;Michel Foucault philosophe&lt;/i&gt;, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce que dit Foucault de lui-m&#234;me, &#224; propos des disciplines, est sans doute vrai : &#171; Je montre sans cesse l'origine &#233;conomique ou politique de ces m&#233;thodes &#187;. Mais il prend soin de pr&#233;ciser que &lt;i&gt;&#171; tout en ne mettant pas le pouvoir partout, je pense &#233;galement qu'il y a une sp&#233;cificit&#233; de ces nouvelle techniques de dressage &#187;&lt;/i&gt;, qui forment &lt;i&gt;&#171; une sorte de couche sp&#233;cifique &#187;&lt;/i&gt; (&#171; Du Pouvoir &#187;, un entretien in&#233;dit avec Michel Foucault avec P. Boncenne, r&#233;alis&#233; 1978, paru dans &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, 6 juillet 1984). Il en va de m&#234;me de l'autre p&#244;le du pouvoir - la r&#233;gulation des populations - et plus g&#233;n&#233;ralement de l'&#233;mergence du biopouvoir, directement connect&#233; au d&#233;veloppement du capitalisme : &lt;i&gt;&#171; Ce biopouvoir a &#233;t&#233;, &#224; n'en pas douter, un &#233;l&#233;ment indispensable au d&#233;veloppement du capitalisme ; celui-ci n'a pu &#234;tre assur&#233; qu'au prix de l'insertion contr&#244;l&#233;e des corps dans l'appareil de production et moyennant un ajustement des ph&#233;nom&#232;nes de population aux processus &#233;conomiques &#187;. Mais c'est pour pr&#233;ciser aussit&#244;t que le biopouvoir &#171; a exig&#233; davantage &#187; : notamment &#171; des m&#233;thodes de pouvoir susceptibles de majorer les forces, les aptitudes, la vie en g&#233;n&#233;ral, sans les rendre plus difficiles &#224; assujettir. La volont&#233; de Savoir&lt;/i&gt;, 1976, p.185.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien avec Michel Foucault, revue d' &lt;i&gt;H&#233;rodote&lt;/i&gt;, 1976, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;idem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi que Foucault le rappelle dans &#171; Deux essais sur le sujet et le pouvoir &#187; in H. Dreyfuss et P. Rabinow, &lt;i&gt;Un parcours philosophique&lt;/i&gt;, &#233;ditions Gallimard, 1984, p.310 et p. 318.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;(...) &lt;i&gt;si le d&#233;veloppement des grands appareils d'&#201;tat, comme institutions de pouvoir, a assur&#233; le maintien des rapports de production, les techniques de pouvoir ont, elles aussi, agi au niveau des processus &#233;conomique &#187;.&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;La Volont&#233; de Savoir&lt;/i&gt;, op. cit.,p.185.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Deux essais sur le sujet et le pouvoir &#187; in &lt;i&gt;Un parcours philosophique&lt;/i&gt;, op.cit., pp.297-321.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#171; C'est sans doute vrai que les Sovi&#233;tiques, s'ils ont modifi&#233; le r&#233;gime de propri&#233;t&#233; et le r&#244;le de l'&#201;tat dans le contr&#244;le de la production ont tout simplement pour le reste transf&#233;r&#233; chez eux les techniques de gestion et du pouvoir mises au point dans l'Europe capitaliste du XIX&#232;me si&#232;cle &#187;&lt;/i&gt; (Entretien avec K.S. Karol, 1976, op.cit.). Voil&#224; pourquoi, &lt;i&gt;&#171; On a avec la soci&#233;t&#233; sovi&#233;tique l'exemple d'un appareil d'Etat qui a chang&#233; de mains et qui laisse les hi&#233;rarchies sociales, la vie de famille, la sexualit&#233;, le corps &#224; peu pr&#232;s comme ils &#233;taient dans une soci&#233;t&#233; de type capitaliste. Les m&#233;canismes de pouvoir qui jouent &#224; l'atelier entre l'ing&#233;nieur, le contrema&#238;tre et l'ouvrier, croyez-vous qu'ils sont tr&#232;s diff&#233;rents en Union sovi&#233;tique et ici ? &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;(&lt;/i&gt;Entretien avec Michel Foucault, revue &lt;i&gt;H&#233;rodote&lt;/i&gt;, 1976, op.cit.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>&#201;mancipation I. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (1) </title>
		<link>https://henri-maler.fr/Emancipation-I-Democratie-revolution-emancipation-1.html</link>
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		<dc:date>2022-06-09T05:46:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la domination politique - la dictature - du prol&#233;tariat</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L87xH150/arton70-10d51.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='87' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette contribution a &#233;t&#233; publi&#233;e dans un cahier intitul&#233; &lt;i&gt;&#201;mancipation &lt;/i&gt;et sous-titr&#233;&lt;i&gt; Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suppl&#233;ment &#224; Critique communiste, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voir enfin d'article les circonstances et le sommaire de sa publication.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Actuel Marx Confrontation, PUF, 1998 (existe d&#233;sormais au format Kindlel). (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Cher Jacques,&lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;Je me suis propos&#233; dans les pages que j'ai r&#233;dig&#233;es en compagnie de ton livre (dont je mentionne les pages entre parenth&#232;ses) d'engager une discussion : certainement pas de dresser un inventaire des divergences qui, si elles existent, ne peuvent appara&#238;tre qu'au terme (toujours provisoire) d'un &#233;change. Il m'est d'autant plus facile de ne pas pr&#233;juger d'&#233;ventuelles divergences que non seulement j'ai beaucoup appris en te lisant (ce qui n'est d&#233;j&#224; pas mal&#8230;), mais je suis assez convaincu des quatre id&#233;es-forces de ton livre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le rapport probl&#233;matique entre d&#233;mocratie et r&#233;volution, particuli&#232;rement quand la r&#233;volution sociale est inscrite dans le processus de r&#233;volution permanente&lt;br class='manualbr' /&gt;- L'importance de la distinction (du &#171; clivage &#187;) entre le continent et le monde anglo-saxon ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- L'importance des &#171; innovations &#187; d'Engels ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- L'ampleur des modifications introduites par l'interpr&#233;tation de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, il me semble que Marx et Engels ne sont pas parvenus &#224; penser de fa&#231;on satisfaisante les formes de la domination politique du prol&#233;tariat et les formes de l'&#233;mancipation sociale. Ce ne sont &#233;videmment pas les d&#233;faillances des &#171; solutions &#187; propos&#233;es que je mets en question (et encore moins leur inactualit&#233; &#233;ventuelle), mais la fa&#231;on m&#234;me de poser les questions qui, si nous devions la reconduire, risquerait de nous abandonner &#224; nos impasses. Bref, la question que je te soumets est la suivante : avec quel Marx nous est-il encore possible de penser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand je dis Marx, j'entends bien, comme toi, Marx-Engels. Les ambigu&#239;t&#233;s ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce qui suit, il m'arrive souvent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- de reprendre (&#224; ma fa&#231;on et sans toujours le signaler) ce que tu dis toi-m&#234;me : c'est &#233;videmment le moyen de m'approprier ton commentaire et non de te l'opposer selon une technique fort en usage qui consiste &#224; r&#233;p&#233;ter ce que dit un auteur, comme si on l'avait d&#233;couvert sans lui, et de faire valoir cette r&#233;p&#233;tition comme une objection. &lt;br class='manualbr' /&gt;- de remettre en chantier mes propres tentatives d'&#233;claircissement ant&#233;rieures : c'est bien s&#251;r un effort de les poursuivre et de les rectifier et non de t'opposer une v&#233;rit&#233; qui serait d&#233;pos&#233;e dans mes &#339;uvres incompl&#232;tes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Auxquelles je me permets de te renvoyer - m&#234;me si je ne suis plus tout &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;center&gt;I. La question initiale : D&#233;mocratie et R&#233;volution&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/ br&gt;&lt;strong&gt;&#171; Une pens&#233;e fonci&#232;rement d&#233;mocratique &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue avoir &#233;t&#233; initialement d&#233;rout&#233; par ton interrogation sur le caract&#232;re d&#233;mocratique ou pas de la pens&#233;e de Marx : l'alternative que tu exposes entre des interpr&#233;tations dont les pr&#233;suppos&#233;s m&#233;thodologiques eux-m&#234;mes me semblent inconciliables me semble peu pertinente. Non que cette confrontation soit sans int&#233;r&#234;t, bien &#233;videmment. Mais toute tentative d'arbitrage suppose une clarification conceptuelle et une clarification historique que je ne trouve pas toujours nettement indiqu&#233;es dans ton livre. On peut en effet soulever deux questions ou cette m&#234;me question sous deux angles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &#192; quel concept de la d&#233;mocratie mesurer la pens&#233;e de Marx ? S'agit-il du concept marxien de d&#233;mocratie ? Il faudrait alors qu'il soit relativement stabilis&#233; : ce qui est loin d'&#234;tre s&#251;r. Ou s'agit-il d'un concept import&#233; de l'ext&#233;rieur ? Il faudrait alors qu'il soit identifiable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, me semble-t-il, fait travailler deux concepts distincts de la d&#233;mocratie : un concept philosophique et un concept politique qui reposent tous deux sur le principe de la souverainet&#233; du peuple. Selon le premier concept, la d&#233;mocratie, comprise comme autod&#233;termination du peuple, se confond avec l'essence communautaire de l'homme qui s'accomplit avec la vraie d&#233;mocratie : c'est lui qui est &#224; l'&#339;uvre dans le manuscrit de 1843 (&lt;i&gt;Critique du droit politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions sociales, 1980.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ainsi que dans la lettre &#224; Ruge de mai 1843&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx-Engels, Correspondance, t. 1, &#201;ditions sociales,1978, p. 290-296.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon le second concept, la d&#233;mocratie d&#233;signe une forme d'&#201;tat qui, dans le cas de l'&#201;tat repr&#233;sentatif moderne, conjugue le suffrage universel et la supr&#233;matie du pouvoir l&#233;gislatif qui en est issu. C'est cette d&#233;mocratie que vise Marx, je crois, quand, dans le manuscrit de 1843, il parle de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &#192; quelle perspective historique mesurer cette &#233;valuation ? Aux formes de l'&#201;tat repr&#233;sentatif que Marx rencontre en 1842-1848 ou &#224; celles auxquelles son exp&#233;rience th&#233;orico-politique le confronte apr&#232;s 1848 ? Le contexte historique est en effet - comme tu le soulignes &#224; plusieurs reprises - d&#233;cisif. Et il n'est pas toujours possible d'&#233;tablir avec toute la clart&#233; souhaitable &#224; quelle d&#233;mocratie historiquement situ&#233;e il fait r&#233;f&#233;rence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut cependant retenir les caract&#232;res sont ceux que tu recenses p. 37.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, je crois que pour mesurer Marx &#224; lui-m&#234;me, en une sorte de lecture interne, il faut parcourir syst&#233;matiquement son travail &#171; dans le sens de la marche &#187; (comme tu le fais pp. 301-304). Je partirai cependant, pour suivre ton texte, des th&#232;ses de 1847-1848 (quitte &#224; remonter la chronologie pour tenter de les &#233;clairer)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. D&#233;mocratie et domination politique du prol&#233;tariat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels soutiennent, dans les &#233;crit de 1847-1848, que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie est appel&#233;e &#224; co&#239;ncider, directement ou indirectement, avec la domination politique du prol&#233;tariat. Ils ne se bornent pas, du moins dans un premier temps, &#224; affirmer que la premi&#232;re est favorable &#224; la seconde, mais que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie rend la domination du prol&#233;tariat &lt;i&gt;in&#233;luctable.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Del&#224;, au moins, deux questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Premi&#232;re question : Qu'est-ce qui permet d'affirmer que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie peut co&#239;ncider avec la conqu&#234;te de la domination politique du prol&#233;tariat ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Deuxi&#232;me question, donc : Qu'est-ce qui permet d'affirmer que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie &lt;i&gt;doit&lt;/i&gt; co&#239;ncider avec la conqu&#234;te de la domination politique du prol&#233;tariat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. Une cons&#233;quence possible de la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; la premi&#232;re question est comprise dans deux affirmations li&#233;es, que l'on peut cependant distinguer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La conqu&#234;te de la d&#233;mocratie consiste d'abord (et m&#234;me essentiellement) dans la conqu&#234;te du suffrage universel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette conqu&#234;te est tr&#232;s t&#244;t comprise par Marx comme essentiellement r&#233;volutionnaire. Dans la &lt;i&gt;Critique du droit politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt; (que tu cites p. 15, note 4), l'exigence du suffrage universel co&#239;ncide avec l'exigence de dissolution conjointe de l'&#201;tat politique et de la soci&#233;t&#233; civile : une dissolution qui ferait place &#224; la &#171; vraie d&#233;mocratie &#187;. Dans la lettre &#224; Ruge de septembre 1843, la g&#233;n&#233;ralisation du syst&#232;me repr&#233;sentatif (je comprends : par l'extension du droit de suffrage) &#233;quivaut &#224; son d&#233;passement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx Engels, Correspondance, t.1 &#233;ditions sociales, , 1978, p. 299.&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bref, la transformation de la soci&#233;t&#233; en une v&#233;ritable &#171; communaut&#233; &#187; : celle de l'&#201;tat d&#233;mocratique (par opposition &#224; l'&#201;tat politique), comme on peut le lire dans la lettre &#224; Ruge de mai 1843&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Correspondance t.1, op.cit., p. 291.&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette d&#233;mocratie-l&#224; ne tardera pas, au prix de modifications notables, &#224; prendre le nom de communisme. Dans cette perspective en effet l'&#233;mancipation politique n'est qu'une forme partielle de l'&#233;mancipation, mais que sa g&#233;n&#233;ralisation co&#239;ncide avec l'exigence de cette &#233;mancipation humaine (&lt;i&gt;Sur la Question juive&lt;/i&gt;), avant m&#234;me qu'il soit question de la domination du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La conqu&#234;te du suffrage universel - et plus g&#233;n&#233;ralement de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative - est favorable &#224; la domination du prol&#233;tariat (d&#232;s qu'il est question de celle-ci). Cette th&#232;se reste relativement constante, m&#234;me si Marx et Engels seront amen&#233;s &#224; pr&#233;ciser que le suffrage universel doit &#234;tre assorti des conditions sans lesquelles ce suffrage serait illusoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question des conditions du suffrage universel, je me r&#233;f&#232;re ici aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce sens conqu&#234;te de la d&#233;mocratie et domination politique du prol&#233;tariat sont li&#233;es, voire &#233;quivalentes. Tel est le sens, comme tu le rel&#232;ves, des positions de Marx et d'Engels de 1845 &#224; 1848 (p. 32-36, 302-304) et cela reste, pour l'essentiel inchang&#233; de 1848 &#224;1852 au moins (p. 309-316). : Marx et Engels ne cesseront de soutenir que la d&#233;mocratie (ou la R&#233;publique d&#233;mocratique) est la forme la plus favorable &#224; la conqu&#234;te du pouvoir par le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que la d&#233;mocratie soit favorable n'implique pas que la domination du prol&#233;tariat soit, avec sa conqu&#234;te, in&#233;luctable. C'est pourtant une th&#232;se qu'il arrive &#224; Marx et Engels de soutenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. Une cons&#233;quence n&#233;cessaire de la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conqu&#234;te de la d&#233;mocratie, quels que soient les moyens auxquels elle doive recourir, ne vise pas seulement &#224; conqu&#233;rir les conditions les plus favorables &#224; la domination du prol&#233;tariat, elle rend cette domination in&#233;luctable. C'est la th&#232;se que Marx et Engels soutiennent avant les r&#233;volutions de 1848 : &#171; Dans tous les pays civilis&#233;s la d&#233;mocratie a pour cons&#233;quence n&#233;cessaire la domination du prol&#233;tariat et cette domination est la premi&#232;re condition de toutes les mesures communistes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Engels, &#171; Les communistes et K. Heinzen &#187;, 3 et 4 octobre 1847 (que Texier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution &#171; commencera par &#233;tablir une Constitution d&#233;mocratique, c'est-&#224;-dire directement ou indirectement, la domination politique du prol&#233;tariat &#187;. &#171; C'est-&#224;-dire &#187; doit se comprendre non seulement comme une &#233;quivalence, mais comme une n&#233;cessit&#233; in&#233;luctable. C'est ce que confirme l'hypoth&#232;se la moins favorable : quand la domination r&#233;sultera &#171; indirectement &#187; de la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie : &#171; Ce qui n&#233;cessitera peut-&#234;tre une seconde lutte, mais ne peut se terminer que par la victoire du prol&#233;tariat &#187; (Engels, &lt;i&gt;Les Principes du communisme&lt;/i&gt;, 1847&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que Texier cite p. 44-45 et p.304.&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette m&#234;me th&#232;se que l'on retrouve plus tardivement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi la question des formes de domination politique du prol&#233;tariat ne peut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce qui concerne le monde anglo-saxon, certains textes sugg&#232;rent que la conqu&#234;te du suffrage universel mettrait la classe ouvri&#232;re en position favorable (p. 314-315). D'autres sont plus affirmatifs : &#171; (&#8230;) suffrage universel est &lt;i&gt;synonyme&lt;/i&gt; de pouvoir politique pour la classe ouvri&#232;re d'Angleterre (&#8230;) Son r&#233;sultat &lt;i&gt;in&#233;vitable&lt;/i&gt; y est la supr&#233;matie politique de la classe ouvri&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les chartistes &#187;, New York Daily Tribune,, 25 ao&#251;t 1852. Cit&#233; par Texier p.22.&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce qui concerne le continent, ou du moins la France, les articles r&#233;unis sous le titre &lt;i&gt;Ls luttes de classe en France&lt;/i&gt;, ne laissent aucun doute sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;nonc&#233;s sont, me semble-t-il, sous-tendus par deux autres th&#232;ses (qui courent dans les textes de 1843 &#224; 1852, au moins) :&lt;br class='manualbr' /&gt;- selon la premi&#232;re, la monarchie constitutionnelle et/ou la r&#233;publique censitaire est la forme ad&#233;quate et ultime de la domination bourgeoise, notamment parce que cette forme d'&#201;tat r&#233;serve le pouvoir &#224; la bourgeoisie (et r&#233;alise ainsi une ad&#233;quation entre l'&#201;tat et la classe dominante) &lt;br class='manualbr' /&gt;- selon la seconde, la d&#233;mocratie est incompatible avec la domination bourgeoise, parce qu'elles sont intrins&#232;quement contradictoires, ainsi que Marx tente de le montrer dans &lt;i&gt;Les luttes de classe en France&lt;/i&gt; (p.311).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Premi&#232;re conclusion provisoire&lt;/i&gt;. Ce que je veux sugg&#233;rer est relativement simple. Marx est pour son temps un grand penseur de la d&#233;mocratie. Mais s'il ne pose pas initialement la question des formes d&#233;mocratiques sp&#233;cifiquement ajust&#233;es &#224; la domination politique du prol&#233;tariat, ce n'est pas seulement par ce qu'il n'a pas encore pris la mesure de l'obstacle constitu&#233; par la machine bureaucratique (rectification de 1872), c'est parce qu'une m&#234;me conception de l'histoire le conduit &#224; penser &#224; la fois qu'une seule forme d'&#201;tat est pleinement ad&#233;quate &#224; la domination bourgeoise et qu'il n'y a pas lieu de r&#233;fl&#233;chir particuli&#232;rement &#224; la forme politique de l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat. J'y reviendrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, il me semble ind&#233;niable que la pens&#233;e de Marx est prisonni&#232;re des illusions de la R&#233;volution permanente, telle qu'il la pense apr&#232;s 1848 et des impr&#233;cisions du concept de dictature du prol&#233;tariat. C'est sur cette double but&#233;e que selon toi (si je t'ai bien compris) viendrait &#233;chouer provisoirement la pens&#233;e d&#233;mocratique de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. D&#233;mocratie et R&#233;volution permanente &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la r&#233;volution permanente, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de ton (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme cela arrive souvent dans l'&#339;uvre de Marx et Engels, l'id&#233;e de r&#233;volution permanente appliqu&#233;e au passage de la domination de la bourgeoisie &#224; la domination du prol&#233;tariat appara&#238;t avant que la notion ne prenne cette signification. C'est ce que tu sugg&#232;res, si j'ai bien compris, quand tu cites (p. 321), le texte d'Engels qui envisage, en Allemagne et en France, la succession de deux luttes. Mais, outre les probl&#232;mes que tu analyses, deux autres que tu ne mentionnes pas (sauf distraction de ma part) m&#233;ritent qu'on si arr&#234;te : &lt;br class='manualbr' /&gt;- Quelle est la modalit&#233; de l'encha&#238;nement entre les deux &#233;tapes de la r&#233;volution ou de la transcroissance de la r&#233;volution ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Quel est le statut du concept de r&#233;volution permanente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. Une encha&#238;nement in&#233;vitable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que sous le concept de R&#233;volution permanente l'on d&#233;signe l'encha&#238;nement de deux &#233;tapes relativement distinctes ou la transcroissance de la premi&#232;re dans la seconde, cet encha&#238;nement et cette transcroissance sont compris comme in&#233;vitables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me que le concept de r&#233;volution permanente ne soit transpos&#233; de son &#171; usage historiographique &#187; &#224; son &#171; usage politique &#187;, la cause est entendue, du moins en ce qui concerne l'Allemagne. D&#232;s 1844, dans &lt;i&gt;l'Introduction &#224; la critique du droit politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt;, la th&#232;se de l'impossibilit&#233; d'une r&#233;volution purement politique en Allemagne, en raison de l'impuissance de la bourgeoisie, permet de postuler que le prol&#233;tariat prendra directement en charge l'&#233;mancipation humaine. La signification attribu&#233;e au soul&#232;vement des tisserands sil&#233;siens conforte cette affirmation. Et quand en 1847, Engels pr&#233;sente la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie comme une n&#233;cessit&#233; qui m&#232;ne, dans ce m&#234;me pays, indirectement &#224; la domination du prol&#233;tariat, il ne fait, me semble-t-il, que prolonger la th&#232;se ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeux sont faits : la r&#233;volution permanente traduit l'incapacit&#233; de la bourgeoisie soit de conqu&#233;rir la d&#233;mocratie soit d'asseoir sa domination sous cette forme d'&#233;tat. Et cette &#233;quivoque est confort&#233;e par la suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2. Strat&#233;gie politique ou processus historique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui pr&#233;c&#232;de permet de l'entrevoir : la r&#233;volution permanente n'est pas le concept d'une strat&#233;gie politique, mais le concept d'un processus historique. La r&#233;volution permanente n'est pas une strat&#233;gie : non seulement le terme de &#171; strat&#233;gie &#187; est absent du vocabulaire de Marx (comme il l'est &#224; son &#233;poque du vocabulaire politique), mais la perspective correspondante est comme neutralis&#233;e. La notion de r&#233;volution permanente n'est pas celui d'une strat&#233;gie requise, mais d'une histoire promise. L'imp&#233;ratif strat&#233;gique est d&#233;vor&#233; par la n&#233;cessit&#233; historique. La r&#233;volution permanente est l'objet d'une &#171; d&#233;claration &#187; (p. 322) et non d'une prescription.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Deuxi&#232;me conclusion provisoire&lt;/i&gt; : Si le probl&#232;me sur lequel tu fais porter tout le poids de ton argumentation - le devenir des institutions d&#233;mocratiques conquises lors du premier moment - reste irr&#233;solu, c'est, me semble-t-il, parce que la n&#233;cessit&#233; historique qui se porte garant de l'unit&#233; du processus dispense de le poser. Expression de la n&#233;cessit&#233; historique et d&#233;claration de son processus, la r&#233;volution permanente est porteuse d'un contenu qui trouvera sa forme, et non d'un objectif qui exige de la penser : la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. D&#233;mocratie et dictature du prol&#233;tariat &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la dictature du prol&#233;tariat, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de dictature du prol&#233;tariat, aussi rare que soit son emploi, fonctionne dans une si grande vari&#233;t&#233; de registres qu'il y tout lieu de douter qu'il soit un v&#233;ritable concept. C'est une formule alg&#233;brique redoutable susceptible de recevoir (chez Marx d&#233;j&#224;, pour ne rien dire de la post&#233;rit&#233;) les significations les plus diverses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le flou qui r&#232;gne ici dans l'&#339;uvre de Marx et Engels n'a rien d'artistique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques remarques, sous forme - une fois encore - de deux questions : &lt;br class='manualbr' /&gt;- Quel est le statut du concept de dictature du prol&#233;tariat ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Quelle est la signification du concept de dictature du prol&#233;tariat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.1. Concept strat&#233;gique ou concept t&#233;l&#233;ologique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force est d'admettre que le statut de la perspective de la dictature du prol&#233;tariat est loin d'&#234;tre limpide puisque ce concept se pr&#233;sente &#224; la fois comme un concept strat&#233;gique (qui renvoie &#224; un objectif indispensable) et comme un concept t&#233;l&#233;ologique (qui renvoie &#224; un avenir in&#233;luctable)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut lire dans ton livre des exemples de cette dualit&#233; des &#233;nonc&#233;s entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il indique une cible et certifie qu'elle sera atteinte. Comment et sous quelle forme ? Cela devient &#233;videmment secondaire, surtout, quand on se demande, comme tu le fais, quelle est la compr&#233;hension exacte de ce concept ambigu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.2. Concept &#171; substantiel &#187; ou concept &#171; nu &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la fois un concept distinctif (qui oppose &#224; la signification ultime de la domination politique de la bourgeoisie la signification transitoire de la domination politique du prol&#233;tariat) et un concept normatif (qui renvoie aux conditions d'exercice de la domination politique du prol&#233;tariat). Du moins est-ce ainsi que je comprends la distinction que tu proposes (p. 22, 143, 327-328) entre le concept substantiel (qui renvoie au contenu socio-politique de cette domination) et le concept nu (qui renvoie &#224; sa modalit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier concept - le concept &#171; substantiel &#187; - se laisse potentiellement rabattre sur celui de supr&#233;matie ou de domination politique que l'on trouve dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; et dans d'autres textes (p. 22). Mais il laisse ouverte au moins une alternative : domination exclusive ou pas ? Le second concept &#8211; le concept &#171; nu &#187; - referme cette alternative (note 19 p. 40) : Que serait une &lt;i&gt;dictature&lt;/i&gt; exerc&#233;e conjointement par plusieurs classes ? Mais il en ouvre au moins deux autres : dictature centralis&#233;e ou pas ? Dictature violente ou non ? Entre ces deux &#171; p&#244;les &#187;, un usage pol&#233;mique. Ainsi dans &lt;i&gt;Les luttes de classe en France&lt;/i&gt;, le concept de dictature du prol&#233;tariat est &#224; plusieurs reprises associ&#233;/oppos&#233; &#224; celui de dictature de la bourgeoisie. Le terme de dictature semble alors d&#233;signer une domination exclusive et la notion de &#171; dictature de classe &#187; appel&#233; &#224; rendre compte de la domination exclusive d'une classe contre toutes les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Troisi&#232;me conclusion provisoire&lt;/i&gt; : Le &#171; concept &#187; de dictature du prol&#233;tariat ne propage que de maigres lueurs. Mais cela ne tient pas seulement, me semble-t-il, &#224; sa propre obscurit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si la n&#233;cessit&#233; historique qui se porte garant de l'&#233;tablissement de la dictature du prol&#233;tariat laisse ouvertes toutes les possibilit&#233;s s'agissant de son contenu pr&#233;cis, il n'y pas lieu de s'&#233;tonner qu'elle dispense de s'interroger pr&#233;cis&#233;ment et pr&#233;alablement sur la forme que pourrait prendre cette dictature. De l&#224; des impr&#233;cisions qui ne seront jamais totalement dissip&#233;es, non seulement sur les modalit&#233;s d'exercice, mais surtout sur la forme et le contenu de cette dictature :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- sur la forme : apr&#232;s les textes ant&#233;rieurs aux r&#233;volutions de 1848 qui pr&#233;cisent que la forme de la domination politique (et non de la dictature) sont des formes d&#233;mocratiques, il faut attendre &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; (qui pourtant ne parle pas de dictature) pour que la forme soit enfin &#233;voqu&#233;e et l' &#171; Introduction &#187; d'Engels de 1891 pour qu'une forme soit attribu&#233;e explicitement &#224; la dictature du prol&#233;tariat ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- sur le contenu : dans tous les cas, il semble bien que le contenu de cette forme d&#233;signe la classe politiquement dominante et non son &#339;uvre d'&#233;mancipation sociale, &#224; l'exception notable cette fois de &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; (o&#249; le concept lui-m&#234;me est absent) ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- sur la forme d'un contenu : dans tous les cas le &#171; concept &#187; n'est jamais connect&#233; directement au contenu social de la transformation r&#233;volutionnaire et tr&#232;s tardivement &#224; son contenu politique (ou institutionnel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons-nous bien, une fois encore : ce qui est en question, ce ne sont pas des approximations ou des erreurs d'appr&#233;ciation, mais la structure d'une argumentation qui rend difficilement pensable ce qu'elle s'efforce de penser.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;center&gt;II. La question d&#233;cisive : La forme de la domination politique&lt;/center&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Ta question initiale - que deviennent les conqu&#234;tes de l'&#233;tape d&#233;mocratique lors de la phase ult&#233;rieure ? - gagne &#233;videmment en consistance (du moins, &#224; mes yeux) quand, apr&#232;s l'avoir rappel&#233;e, tu pr&#233;cises : &#171; La question, c'est que, avec ou sans violence, il importe qu'on sache quelle est la forme politique du bouleversement socialiste &#187; (p. 164). D&#232;s lors que le probl&#232;me est formul&#233; en ces termes, je peux mettre mon travail &#224; l'&#233;preuve du tien (et r&#233;ciproquement) et relancer ma propre r&#233;flexion. Sans annexions forc&#233;es : du moins je le crois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit donc le point de d&#233;part suivant : la question de la d&#233;mocratie chez Marx d&#233;pend moins de la question des modalit&#233;s de la r&#233;volution (ou de la prise du pouvoir) - violente ou pacifique - que de la question des formes d'exercice de la domination politique (ou de la dictature) du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se posent alors les questions suivantes : Les r&#233;ponses de Marx-Engels sont-elles satisfaisantes ? Sinon, pourquoi ? Et plus pr&#233;cis&#233;ment : quelles sont les apories ou les but&#233;es de leur mode de raisonnement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu soutiens qu'il existe chez Marx une v&#233;ritable pens&#233;e des institutions. Mais force est de constater, me semble-t-il, que si l'on trouve chez Marx une analyse critique des institutions de l'&#201;tat moderne (et des outils qui permettraient d'approfondir et de pr&#233;ciser cette analyse), il n'en va pas de m&#234;me en ce qui concerne les formes d'exercice de la domination politique du prol&#233;tariat et des formes politiques de l'&#233;mancipation sociale. &#192; deux r&#233;serves pr&#232;s (si l'on excepte les quelques indications que l'on peut trouver dans les textes contemporains du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;), deux tentatives d&#233;cisives, il est vrai : l'analyse de la Commune de Paris ; les propositions d'Engels sur la R&#233;publique d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or non seulement ces analyses sont tardives, mais elles demeurent fort probl&#233;matiques. Elles sont tardives : tu en conviens toi-m&#234;me quand tu &#233;cris que &#171; le vide formel catastrophique qu'on reproche au marxisme en mati&#232;re d'institutions politiques a disparu &#187; (p. 162) &#8230; en 1891. Elles sont probl&#233;matiques : et cela tient moins &#224; leur impr&#233;cision ou &#224; leur inach&#232;vement (p. 162), qu'&#224; la place qui leur est accord&#233;e et &#224; la structure de l'argumentation qui les sous-tend. Tu mentionnes toi-m&#234;me les probl&#232;mes (il est difficile de te prendre en flagrant d&#233;lit de n&#233;gligence&#8230;), mais il me semble que tu ne leur accordes pas toute l'importance qu'ils m&#233;ritent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux questions se posent alors :&lt;br class='manualbr' /&gt;- Pourquoi la question des formes politiques de la dictature du prol&#233;tariat sont-elles si longtemps n&#233;glig&#233;es ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Dans quelle mesure cette question, quand elle est trait&#233;e, l'est-elle de fa&#231;on ad&#233;quate ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Quand le contenu l'emporte sur la forme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. La forme longtemps n&#233;glig&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Les embard&#233;es de la critique de l'utopie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d&#233;tecter dans la critique des utopies par Marx, deux critiques des anticipations de l'avenir, souvent enchev&#234;tr&#233;es, mais potentiellement distinctes : une critique de l'anticipation imaginaire du contenu (en l'absence des conditions historiques qui le rendent r&#233;alisable) et une critique de l'anticipation doctrinaire des formes (quand ces formes sont prescrites en dehors du mouvement historique qui pourrait les faire na&#238;tre). Tout le poids de la critique de Marx porte pr&#233;cis&#233;ment sur ces prescriptions doctrinaires, qu'il s'agisse des formes sociales de l'&#233;mancipation ou sur des formes politiques de l'&#233;mancipation sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les anticipations utopiques, Cong&#233;dier, op.cit. ,pp. 145-167.&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; l'invention doctrinaire individuelle, Marx oppose imm&#233;diatement la production historique immanente : du m&#234;me coup la d&#233;tection th&#233;orique des formes possibles devient une exigence subalterne et l'invention collective de ces formes un processus impensable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le &#171; court-circuit &#187; op&#233;r&#233; par Marx dans sa critique de l'invention et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout ce passe comme si Marx se laissait emporter par sa critique (l&#233;gitime) de formes utopiques du socialisme et du communisme au-del&#224; de ce qu'exige cette critique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tu mentionnes toi-m&#234;me deux des textes o&#249; le refus de l'anticipation semble (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette remarque serait insuffisante, si on ne la rapportait pas &#224; une seconde &#233;quivoque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;La tentation de la promesse&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx tente de d&#233;montrer la n&#233;cessaire possibilit&#233; du communisme (la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution, de la dictature du prol&#233;tariat, de la transition et du communisme), en c&#233;dant &#224; la tentation d'en promettre la n&#233;cessaire effectivit&#233; : il s'agit d'une &#233;quivoque majeure, lourde de cons&#233;quences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; J'ai beaucoup donn&#233; &#171; , comme dirait notre ami Artous, pour relever et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier de celle-ci : si l'histoire se porte garant de ce que l'action des hommes (et non l'histoire elle-m&#234;me) &#8230; ne manquera pas d'accomplir, il devient secondaire de r&#233;fl&#233;chir aux formes de cet avenir promis et inutile, voire n&#233;faste d'en attribuer la pr&#233;paration et l'accomplissement &#224; une invention collective des acteurs de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire tut&#233;laire, port&#233;e par une dialectique de la r&#233;alisation de l'essence, travaille d'abord dans le sens de la domination bourgeoise, dont Marx et Engels ne cessent de scruter la forme ad&#233;quate et ultime. Il est vrai qu'ils ne cessent de s'interroger sur la trajectoire, diff&#233;renci&#233;e selon les pays, des formes de domination politique de la bourgeoisie : les formes d'&#201;tat propres &#224; cette domination. Mais quelle que soit la pertinence - et elle est grand e- de leurs analyses concr&#232;tes de ces formes de domination, elle est souvent prisonni&#232;re d'une conception de l'histoire qui en mine la f&#233;condit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut se borner, me semble-t-il, &#224; relever comme l'effet de simples &#171; flirts &#187; avec la dialectique h&#233;g&#233;lienne, l'insistance d'une th&#233;matique de la forme ad&#233;quate et ultime de la domination politique de la bourgeoisie o&#249; celle-ci, parvenue &#224; son terme et &#224; son comble, pr&#233;parerait d'elle-m&#234;me son renversement. Or tout se passe comme si Marx et Engels ne cessaient de tenter de rep&#233;rer cette forme ultime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- D&#232;s le manuscrit de 1843 (&lt;i&gt;la Critique du droit politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt;) , Marx con&#231;oit l'&#201;tat repr&#233;sentatif moderne comme la forme ultime de l'ali&#233;nation politique et la R&#233;publique comme la n&#233;gation de l'ali&#233;nation dans le cadre de l'ali&#233;nation. En cons&#233;quence, la monarchie constitutionnelle et/ou la R&#233;publique censitaire est bien le comble de l'ali&#233;nation et de l'ad&#233;quation de l'&#201;tat &#224; la domination bourgeoisie : au point que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie politique ou de la R&#233;publique d&#233;mocratique, en niant cette ali&#233;nation et cette ad&#233;quation, sera ult&#233;rieurement pr&#233;sent&#233;e comme forme le cadre de la domination du prol&#233;tariat ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Puis, comme le montrent certaines formulations que tu rel&#232;ves, Marx et Engels pensent la R&#233;publique d&#233;mocratique comme la forme ad&#233;quate et ultime de la domination bourgeoise et, donc parce qu'elle est ultime, la forme ad&#233;quate &#224; la bataille ultime entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie (p. 101, 105-108) ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Enfin, l'Empire appara&#238;t comme la forme ultime de la domination bourgeoisie qui voit se dresser face &#224; elle son antith&#232;se : la Commune de Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait penser que cette figure du raisonnement - l'anticipation du contenu de l'&#233;mancipation qui dispense d'anticiper sur les formes qui permettraient de l'accomplir - ne correspond qu'&#224; une provisoire de la pens&#233;e de Marx-Engels, comme le sugg&#232;re Engels (p. 161). Mais on en trouve l'expression tr&#232;s tardivement, bien au-del&#224; des rectifications d'Engels, ainsi que tu le rel&#232;ves toi-m&#234;me (p. 154-155) quand Engels reprend &#224; son compte l'affirmation de Bovio selon laquelle &#171; la nuova sotanza, la nuova idea si creera da stessa la forma et la produrra dal proprio fondo &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Engels, &#171; Le socialisme en Allemagne &#187;, 1892, article que Texier analyse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. La forme enfin trouv&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;De la forme enfin trouv&#233;e &#8230; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mes yeux, le point le plus discutable de ton livre, du point de vue m&#234;me des questions que tu soul&#232;ves, tient, me semble-t-il, dans le d&#233;faut de prise en compte d&#233;taill&#233;e de l'analyse de Marx dans &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt;. J'y reviendrai plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte g&#233;nial - adjectif r&#233;serv&#233; &#224; un usage tr&#232;s s&#233;lectif - est en m&#234;me temps, &#224; mes yeux, un texte paradoxal : Marx pense enfin la forme politique de l'&#233;mancipation du travail, mais sur fond d'une argumentation qui la rend impensable, puisque cette forme surgit comme une antith&#232;se de la forme r&#233;put&#233;e ultime de la domination bourgeoise (et de la mont&#233;e en puissance de la bureaucratie) : l'Empire. L&#224; encore, je ne crois pas qu'il s'agisse d'un simple &#171; flirt &#187; avec la dialectique &#8230; ou alors c'est un flirt tr&#232;s pouss&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Convoiter, op.cit., p. 249-252.&#034; id=&#034;nh3-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;&#8230; &#192; la forme introuvable&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force est de constater que Marx, apr&#232;s 1872, n'a pas poursuivi le travail entrepris avec l'analyse de la Commune de Paris. 1872-1885 : 13 ans de silence sur la forme de la domination politique du prol&#233;tariat, c'est long !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu rel&#232;ves toi-m&#234;me que dans la &lt;i&gt;Critique du programme de Gotha&lt;/i&gt; la forme enfin trouv&#233;e &#171; n'est pas rappel&#233;e &#187; (p. 143). En revanche, si tu soulignes la port&#233;e de la question soulev&#233;e par Marx sur les fonctions de l'&#201;tat qui se maintiendront dans une soci&#233;t&#233; communiste, tu omets de signaler que Marx, dans ce m&#234;me texte, se refuse &lt;i&gt;explicitement&lt;/i&gt; &#224; se prononcer sur ces fonctions, comme il se refuse &lt;i&gt;explicitement&lt;/i&gt; &#224; se prononcer sur les formes de la dictature du prol&#233;tariat (p. 144)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Convoiter, op.cit. ,p. 252-254&#034; id=&#034;nh3-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces refus me semblent fond&#233;s sur une conception de l'histoire qui, sous couvert d'asc&#232;se anti-utopique, laisse sans doute &#171; ouvert le champ des possibles &#187;, mais un &#171; champ des possibles &#187; trop ouvert, y compris aux pires d'entre eux (note 8, p. 172).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Quand la forme est enfin red&#233;couverte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si toutes les remarques qui pr&#233;c&#232;dent ne sont pas totalement d&#233;nu&#233;es de fondement, elles incitent &#224; infl&#233;chir quelque peu les interrogations sur les &#171; innovations &#187; d'Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'&#233;crirais plus aujourd'hui exactement ce que j'&#233;crivais en 1992 avant de t'avoir lu. Aux &#171; d&#233;robades de Marx &#187; ne succ&#232;dent pas, &#224; proprement parler, les &#171; reculades d'Engels &#187; sur lesquelles je m'interrogeais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Convoiter, op.cit., p. 254-256.&#034; id=&#034;nh3-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : plut&#244;t &#171; deux pas en avant, un pas en arri&#232;re &#187;. En effet, ce que ton commentaire invite &#224; comprendre, ce sont plut&#244;t des tentatives d'Engels de penser une tactique politique qui ne soit pas imm&#233;diatement index&#233;e sur une n&#233;cessit&#233; historique in&#233;luctable et de r&#233;fl&#233;chir &#224; des formes politiques ad&#233;quates sans se d&#233;fausser sur une promesse de mariage al&#233;atoire entre la perspective g&#233;n&#233;rale de l'&#233;mancipation et les circonstances historiques particuli&#232;res. Force est de constater qu'Engels pose - enfin ! - les probl&#232;mes d'une strat&#233;gie et d'une tactique ajust&#233;es &#224; des circonstances historiques saisies &#224; un niveau suffisant de g&#233;n&#233;ralit&#233;, et non &#224; une histoire g&#233;n&#233;reuse qui, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre automate, remplirait des fonctions tut&#233;laires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce passe comme si Engels tentait de relever le d&#233;fi suivant : comment repenser la forme de la domination politique du prol&#233;tariat dans un cadre th&#233;orique et historique diff&#233;rent de celui que Marx mettait en &#339;uvre dans &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. D'une R&#233;publique d&#233;centralis&#233;e &#224; l'autre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs rectifications jalonnent la red&#233;couverte de la forme de la dictature du prol&#233;tariat. Je commence par une rectification que je crois d&#233;cisive et que tu ne mentionnes pas comme telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;La rectification de 1884 (pp. 246-248) &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte Marx &lt;/i&gt;affirmait d&#233;j&#224; que &#171; le renversement de la R&#233;publique parlementaire contient en germe le triomphe de la r&#233;volution prol&#233;tarienne qui &#171; perfectionne d'abord le pouvoir parlementaire, pour pouvoir le renverser ensuite &#187; et qui &#171; ce but une fois atteint, (&#8230;) perfectionne le pouvoir ex&#233;cutif &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, &#201;ditions sociales, p. 124.&#034; id=&#034;nh3-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, dans &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; poursuit dans le droit fil de ce raisonnement en affirmant que le r&#233;gime imp&#233;rial est &#171; la seule forme de gouvernement possible &#224; une &#233;poque o&#249; la bourgeoisie avait d&#233;j&#224; perdu - et la classe ouvri&#232;re n'avait pas encore conquis - la capacit&#233; de gouverner la nation &#187;. Ainsi, &#171; le r&#233;gime imp&#233;rial est (&#8230;) la forme ultime de ce pouvoir d'&#201;tat &#187; que la soci&#233;t&#233; bourgeoise a fait na&#238;tre et qui a permis &#224; la bourgeoisie d'asservi le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant l'instauration de la IIIe R&#233;publique et sa stabilisation mettent en &#233;vidence des ressources insoup&#231;onn&#233;es. La bourgeoisie semble avoir plus d'un tr&#233;sor politique dans son sac. La R&#233;publique parlementaire n'appara&#238;t plus comme une forme d'&#201;tat transitoire. Engels pr&#233;sente alors l'Empire comme une exception &#224; la r&#232;gle : ce raisonnement n'est gu&#232;re convaincant, mais il a au moins l'avantage de replacer la IIIe R&#233;publique dans une histoire moins &#171; dialectique &#187; et plus ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;La rectification de 1885 ?&lt;/i&gt; (p. 111-113)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rectification de 1885 invite &#224; r&#233;&#233;valuer la th&#232;se de la poursuite par la R&#233;volution fran&#231;aise de &#171; l'&#339;uvre commenc&#233;e par la monarchie absolue &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 18 Brumaire, op.cit., p. 125.&#034; id=&#034;nh3-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est en effet d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, quitte &#224; me montrer plus tatillon que n&#233;cessaire, je crois utile de signaler qu'il n'est pas tout &#224; fait exact qu'Engels &#171; r&#233;vise compl&#232;tement &#187; la th&#232;se ant&#233;rieure &#187;. (p. 110). En effet, c'est dans le cours m&#234;me de la r&#233;daction de &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; que l'on peut suivre une s&#233;rieuse &#233;volution, en deux essais de r&#233;daction avant la r&#233;daction finale.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Guerre civile en France 1871, Editions sociales, 1972. Cette &#233;dition est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je r&#233;sume, au lieu de citer int&#233;gralement comme il faudrait le faire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Le premier essai de r&#233;daction pr&#233;sente la constitution d'un appareil d'&#201;tat centralis&#233; comme l'&#339;uvre de la monarchie absolue et affirme que la premi&#232;re r&#233;volution fran&#231;aise a poursuivi l'&#339;uvre entreprise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 209-210.&#034; id=&#034;nh3-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Le second essai de r&#233;daction souligne au contraire que la R&#233;volution fran&#231;aise, en balayant les places fortes locales du f&#233;odalisme, &#171; &lt;i&gt;pr&#233;para socialement&lt;/i&gt; le terrain pour la superstructure d'un pouvoir d'&#201;tat centralis&#233; (&#8230;) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 257, C'est moi qui souligne.&#034; id=&#034;nh3-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;- La r&#233;daction finale reprend &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me id&#233;e mais, au lieu d'effacer le r&#244;le du premier Empire (comme dans les versions pr&#233;c&#233;dentes), elle souligne que &#171; l'&#233;difice de l'&#201;tat moderne fut &lt;i&gt;&#233;difi&#233;&lt;/i&gt; sous le premier Empire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 39. C'est moi qui souligne..&#034; id=&#034;nh3-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;cision n'annule en rien la valeur de la &#171; rectification &#187; d'Engels : elle permet au contraire de cerner ce qui fait son originalit&#233; : une &#233;bauche d'analyse des formes d'auto-administration pendant la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c)&lt;i&gt; La rectification de 1891&lt;/i&gt; (p. 127-136)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que pour prendre la mesure de cette &#171; rectification &#187;, il faut commencer par indiquer l'importance qu'il faut accorder &#224; l' &#187; Introduction &#187; &#224; &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt;, r&#233;dig&#233;e la m&#234;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;L' &#171; Introduction &#187; &lt;/i&gt;&#224; &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sur la question qui nous occupe, trois points doivent &#234;tre signal&#233;s (que tu ne mets pas assez en valeur, me semble-t-il, dans ton propre commentaire, pp. 142). D'abord, l'effacement de la dialectique des formes d'&#201;tat propos&#233;e par Marx est &#8211; implicitement &#8211; confirm&#233;. Ensuite, l'insistance sur la destruction de l'ancien appareil d'&#201;tat et les mesures antibureaucratiques reprend, ne serait-ce que partiellement l'analyse de Marx. Enfin, la mise en parall&#232;le de la f&#233;d&#233;ration des communes et de la f&#233;d&#233;ration des coop&#233;ratives esquiss&#233;e par Marx est sugg&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel semble donc sauvegard&#233;. Mieux : la d&#233;marche d'Engels, s'agissant des &#201;tats-Unis, me para&#238;t beaucoup plus tranch&#233;e que tu ne l'indiques. Je la lis ainsi : m&#234;me dans la R&#233;publique d&#233;mocratique la plus d&#233;centralis&#233;e et la moins militaris&#233;e, la bureaucratie politique est tellement envahissante qu'elle doit &#234;tre neutralis&#233;e/abolie par l'adoption de deux mesures essentielles retenues par la Commune de Paris : le suffrage universel appliqu&#233; &#224; toutes les responsabilit&#233;s, la r&#233;tribution limit&#233;e des &#233;lus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;La critique du programme d'Erfurt&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compar&#233;e &#224; l' &#171; Introduction &#187;, la &lt;i&gt;critique du programme d'Erfurt&lt;/i&gt; appara&#238;t comme notablement en retrait. Aucune des innovations de la Commune, &#224; commencer par celles qu'Engels met en valeur la m&#234;me ann&#233;e, ne figure dans cette critique : ni les mesures antibureaucratiques sp&#233;cifiques de la Commune, ni la mise en parall&#232;le de la f&#233;d&#233;ration des communes et de la f&#233;d&#233;ration des coop&#233;ratives. Que signifie alors la r&#233;f&#233;rence exclusive &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise ? Elle prolonge et conforte sans doute la rectification de 1885 qui lui a ouvert la voie, mais relativise du m&#234;me coup la nouveaut&#233; et la port&#233;e de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre ce retrait ? Deux explications sont concevables :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- une explication tactique : le retrait se justifierait par les particularit&#233;s de la situation allemande et les t&#226;ches sp&#233;cifiques des communistes allemands. En Allemagne et pour les communistes de ce pays, l'&#233;tablissement d'une R&#233;publique d&#233;mocratique constituerait un progr&#232;s d&#233;cisif, du moins si cette R&#233;publique r&#233;pondait aux deux conditions pos&#233;es par Engels : &#171; la revendication de la concentration de tout le pouvoir politique dans les mains de la repr&#233;sentation du peuple &#8221;, la d&#233;centralisation sur le mod&#232;le de la R&#233;volution fran&#231;aise. Mais l'absence de toute r&#233;f&#233;rence &#224; la Commune de Paris ne peut pas s'expliquer uniquement par le sens des opportunit&#233;s et de la tactique, la prudence ou le r&#233;alisme. Reste alors une seconde explication&lt;br class='manualbr' /&gt;- une explication th&#233;orique : la sous-estimation de la port&#233;e strat&#233;gique du &#171; mod&#232;le &#187; de la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conclusion provisoire&lt;/i&gt; : Tout se passe comme si, paradoxalement, la rectification de 1872 &#233;tait &#224; la fois renforc&#233;e et affaiblie par les rectifications d'Engels. Elle est renforc&#233;e dans la mesure o&#249; la n&#233;cessit&#233; de briser la machine bureaucratique de l'&#201;tat est confirm&#233;e, sans qu'il soit n&#233;cessaire de faire r&#233;f&#233;rence &#224; l'Empire (et &#224; son antith&#232;se ultime) ; elle est affaiblie dans la mesure o&#249; la R&#233;publique de 1792 et la Commune de Paris sont donn&#233;es comme essentiellement identiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu de la rectification est &#224; la fois historique et th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Sur le plan historique, tout se passe comme si Engels inscrivait la Commune de Paris comme terme d'une p&#233;riode historique ouverte par la R&#233;volution fran&#231;aise, alors que Marx dans &lt;i&gt;La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; la pr&#233;sente comme ouverture d'une nouvelle p&#233;riode historique. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Sur le plan th&#233;orique, tout se passe comme si Engels inscrivait la Commune de Paris dans une logique d'ach&#232;vement de la R&#233;volution fran&#231;aise, alors que Marx l'inscrit dans une logique de mont&#233;e en puissance de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Cette rectification th&#233;orique &#233;quivaut &#224; une op&#233;ration &#224; somme nulle (ou &#224; un jeu de qui perd gagne) : ce qui est gagn&#233; en rupture avec la dialectique tut&#233;laire d'une R&#233;volution poussant &#224; son comble une ali&#233;nation politique avant de se poser en antith&#232;se de sa propre n&#233;gation est partiellement perdu au &#171; b&#233;n&#233;fice &#187; d'une histoire lin&#233;aire qui efface la sp&#233;cificit&#233; des insurrections prol&#233;tariennes du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confrontation entre les deux textes de 1891 laisse penser que la 1&#232;re R&#233;publique et la Commune sont &#233;quivalentes par leur forme comme par leur contenu : toutes deux sont des formes de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. 2. Des formes &#233;quivalentes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;publique communale et la R&#233;publique d&#233;mocratique &#171; d&#233;bureaucratis&#233;e &#187; apparaissent d&#232;s lors comme deux formes &#233;quivalentes, mais tr&#232;s exactement dans la mesure o&#249; la Commune est pens&#233;e comme une variante de la R&#233;publique d&#233;mocratique inaugur&#233;e sous la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse des formes d'auto-administration pendant la R&#233;volution est confirm&#233;e, semble-t-il, par l'historiographie contemporaine. Et, bien qu'Engels ne recoure pas &#224; cette hypoth&#232;se, il est vraisemblable qu'une certaine continuit&#233; dans la composition de classe de la Commune et dans l'esprit des Communards permette de pr&#233;senter la Commune elle-m&#234;me comme une reprise de la R&#233;volution fondatrice. La r&#233;interpr&#233;tation de la Commune de Paris comme confirmation/ach&#232;vement de l'&#339;uvre de la R&#233;volution est sans doute partiellement ad&#233;quate historiquement, mais laisse perdre la nouveaut&#233; de l'exp&#233;rience de la Commune. L&#224; o&#249; Marx tente de penser une forme nouvelle du pouvoir public, Engels parle de donner une forme nouvelle au vieux pouvoir d'&#201;tat (p. 125)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, rien ne justifie qu'Engels puisse &#233;crire, sans autre pr&#233;cision significative, que la R&#233;publique d&#233;mocratique est &#171; la forme sp&#233;cifique de la dictature du prol&#233;tariat, comme l'a montr&#233; la grande R&#233;volution fran&#231;aise &#187;, surtout si l'on ne retient du &#171; mod&#232;le &#187; de la 1&#232;re R&#233;publique que la d&#233;centralisation administrative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour faire bonne mesure, la confrontation avec le texte de 1847 montre que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quelle est, en effet, cette R&#233;publique d&#233;bureaucratis&#233;e &#224; laquelle songe Engels ? Force est de constater, si l'on s'en tient aux extraits que tu cites, qu'Engels met en avant l'autonomie administrative qui r&#233;sulte d'une d&#233;centralisation de l'appareil d'&#201;tat. (p. 124-125). Il en va de m&#234;me des textes suivants (p.134-135). C'est encore le rapport centralisation/d&#233;centralisation qui vient au premier plan dans la pr&#233;face de &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; (p. 140)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx, si la Commune est &#171; la forme enfin trouv&#233;e &#187; - une formule qui pr&#234;te &#224; discussion - c'est pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle ne se borne pas &#224; r&#233;activer des formes anciennes. C'est pour cette raison qu'il renouvelle une critique d&#233;j&#224; &#233;nonc&#233;e dans &lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt; et reprise, sous une autre forme, dans &lt;i&gt;Le 18 Brumaire&lt;/i&gt; : &#171; C'est en g&#233;n&#233;ral le sort des formations historiques enti&#232;rement nouvelles d'&#234;tre prises &#224; tort pour la r&#233;plique des formes anciennes (&#8230;) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exemples qui suivent cette citation sont multiples et Marx ne se r&#233;f&#232;re que partiellement &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise ; mais c'est pour sugg&#233;rer pr&#233;cis&#233;ment que la Commune est irr&#233;ductible &#224; la d&#233;centralisation girondine. Au regard des connaissances historiques dont fait &#233;tat Engels (et du savoir historique acquis depuis), c'est peu. D'autres aspects de la R&#233;volution fran&#231;aise pourraient plaider en faveur de la th&#232;se d'une reprise par la Commune d'une exp&#233;rience ant&#233;rieure. Marx p&#234;cherait-il par ignorance ? C'est possible, mais je crois plut&#244;t que s'il ne r&#233;f&#232;re pas le sens de la Commune &#224; la p&#233;riode de la R&#233;volution fran&#231;aise, c'est notamment parce qu'il essaie de cerner la nouveaut&#233; de la Commune ou, plus exactement, ce qui fait sa nouveaut&#233; : elle n'est pas seulement une forme d&#233;centralis&#233;e de la R&#233;publique d&#233;mocratique, mais la forme d&#233;mocratique de la R&#233;publique sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la &#171; rectification &#187; d'Engels menace d'engloutir quelques particularit&#233;s de la Commune que Marx essaie de mettre en &#233;vidence. Parmi les principales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- D'abord la Commune est &#224; la fois la forme de la prise du pouvoir et la forme de son exercice : elle est la &#171; forme positive de la R&#233;volution contre l'Empire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Guerre civile en France, op.cit., premier essai de r&#233;daction, p. 208.&#034; id=&#034;nh3-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; la forme sous laquelle la classe ouvri&#232;re prend le pouvoir politique (&#8230;) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., deuxi&#232;me essai de r&#233;daction, p. 256.&#034; id=&#034;nh3-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Ensuite, la Commune n'est pas une simple forme d'administration : elle n'est pas n'importe quel &#171; gouvernement du peuple par lui-m&#234;me &#187;, mais souligne Marx &#171; le peuple agissant pour lui-m&#234;me et par lui-m&#234;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., premier essai de r&#233;daction, p. 192.&#034; id=&#034;nh3-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Enfin, elle est la forme politique de l'&#233;mancipation du travail : une forme politique ajust&#233;e &#224; son contenu social, au moins potentiel. Cette &#233;mancipation dont Marx d&#233;crit les premi&#232;res mesures ; ce contenu social dont il pr&#233;sente la forme comme une libre f&#233;d&#233;ration des coop&#233;ratives. Ce dernier point me semble le plus important : ce qui fait la force de l'analyse de Marx, c'est qu'il essaie dans ce texte (et pour la premi&#232;re fois) de penser &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt; la forme ad&#233;quate de la domination politique de la classe ouvri&#232;re et la forme ad&#233;quate de son &#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on tenir pour &#233;quivalentes l'exp&#233;rience de la 1&#232;re R&#233;publique et l'exp&#233;rience de la Commune ? Il existe de s&#233;rieuses raisons d'en douter. Mais ce qui est certain (&#224; mes yeux...), c'est que le soubassement th&#233;orique de la r&#233;flexion d'Engels est en retrait par rapport aux aspects les plus f&#233;conds du texte de Marx, en d&#233;pit de la dialectique illusoire qui le menace de caducit&#233;. En tout cas la r&#233;flexion d'Engels sur les formes de la dictature du prol&#233;tariat ne repose pas sur des fondements assur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.3. Une &#233;nigme r&#233;solue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut s'en convaincre ais&#233;ment quand on constate que, non seulement l' &#171; innovation audacieuse &#187; de 1891 ne r&#232;gle pas compl&#232;tement la question, mais surtout qu'elle n'exclut pas les r&#233;gressions ult&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Elle ne r&#232;gle pas compl&#232;tement la question&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la pr&#233;tendue forme sp&#233;cifique de la dictature de prol&#233;tariat comme le contenu social auquel elle se rapporte sont fort peu sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Une forme sp&#233;cifique qui l'est fort peu : Engels, dans la &lt;i&gt;Critique du programme d'Erfurt&lt;/i&gt;, ne se borne pas &#224; prendre pour r&#233;f&#233;rence la forme de la 1&#232;re R&#233;publique : il tente de d&#233;couvrir la g&#233;n&#233;ralit&#233; de cette forme sp&#233;cifique. Non seulement il se r&#233;f&#232;re &#224; la 1&#232;re R&#233;publique fran&#231;aise et &#224; l'Am&#233;rique qui, selon lui, ont d&#233;montr&#233; &#171; comment on peut se passer de la bureaucratie &#187;, mais confirme cette d&#233;monstration par son extension, comme le &#171; montrent encore aujourd'hui le Canada, l'Australie et les autres colonies anglaises &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du programme d'Erfurt, &#201;ditions sociales, p. 105.&#034; id=&#034;nh3-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De proche en proche, c'est une version faible de la bureaucratie (limit&#233;e aux autorit&#233;s qui &#233;manent du gouvernement central) et donc de la d&#233;bureaucratisation qu'Engels est amen&#233; &#224; pr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si Engels prend soin de distinguer la R&#233;publique d&#233;mocratique contemporaine de la &#171; grande R&#233;volution fran&#231;aise &#187; et la &#171; R&#233;publique fran&#231;aise d'aujourd'hui &#187; - &#171; l'Empire sans empereur &#187; -, il pr&#233;sente cependant cette derni&#232;re comme la forme la plus favorable &#224; une transition pacifique et graduelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du programme d'Erfurt, op.cit., p. 105 et 101.&#034; id=&#034;nh3-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : ce n'est plus le contenu de la d&#233;bureaucratisation, mais son processus qui tend &#224; perdre toute sp&#233;cificit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Un contenu sp&#233;cifique qui l'est fort peu : Engels n'h&#233;site pas &#224; pr&#233;senter la 1&#232;re R&#233;publique (au m&#234;me titre que la Commune) comme la forme sp&#233;cifique de la dictature du prol&#233;tariat. Sans doute, cette id&#233;e n'est-elle pas totalement nouvelle, ainsi que tu le rappelles, sous la plume d'Engels. Mais elle est historiquement et th&#233;oriquement fort douteuse et, en tout cas, fort co&#251;teuse. La domination &#233;ph&#233;m&#232;re de la Montagne et l'incursion, plus fragile encore, des &#171; sans-culottes &#187; ne livrent quand m&#234;me pas le contenu socio-politique d'une forme qui a pr&#233;valu plus longtemps. En tout cas, &#224; la diff&#233;rence notable de la Commune de Paris, ce n'est pas cette forme m&#234;me qui se pr&#233;sentait comme la forme de l'&#233;mancipation du travail ! Que dire alors de cette forme qui transcende &#224; ce point tout contenu socio-politique sp&#233;cifique que l'on peut la rep&#233;rer, en dehors de tout processus r&#233;volutionnaire, dans les R&#233;publiques constitu&#233;es du monde anglo-saxon o&#249; elles sont les formes de l'exploitation du travail et de l'oppression des peuples ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Elle n'exclut pas les r&#233;gressions&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive ainsi qu'Engels laisse entendre que le prol&#233;tariat peut exercer sa domination sans briser si peu que ce soit l'ancien appareil d'&#201;tat et/ou que la domination politique du prol&#233;tariat trouvera n&#233;cessairement sa forme : Ou il s'emparera d'une forme toute faite, ou il d&#233;couvrira une forme promise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- la forme toute faite : &#171; La r&#233;publique, vis-&#224;-vis du prol&#233;tariat, ne diff&#232;re de la monarchie qu'en ceci qu'elle est la forme politique &lt;i&gt;toute faite&lt;/i&gt; pour la faite pour la domination du prol&#233;tariat &#187; (p. 147). Tu n'esquives pas la difficult&#233;. Mais cet &#233;loge de la IIIe R&#233;publique est pour le moins &#233;tonnant. Tu opposes, &#224; juste titre, ce texte &#224; la formulation de &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt;, mais ton commentaire me semble &#224; peine moins &#171; laxiste &#187; que le texte de la lettre (p. 148-149) !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- la forme promise : &#171; la nuova sotanza, la nuova idea si creera da stessa la forma et la produrra dal proprio fondo &#187;. (p. 156 et 388), selon l'affirmation de Bovio qu'Engels reprend &#224; son compte. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la r&#233;ponse d'Engels &#224; Giovanni Bovio (un texte que tu m'as fait d&#233;couvrir&#8230;) est un mod&#232;le de r&#233;ponse &#8230; &#224; c&#244;t&#233; de la question&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette fa&#231;on d'&#233;luder la question pos&#233;e ressemble d'ailleurs beaucoup &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je crois qu'il faut &#234;tre plus s&#233;v&#232;re (th&#233;oriquement, s'entend) que tu ne l'es (p. 155-157) quand tu fais &#233;tat d' &#171; une certaine insatisfaction &#187; : les motifs que tu invoques (et que je partage) nous renvoient, une fois encore aux embard&#233;es d'une critique de l'utopie qui se pr&#233;vaut d'une conception de l'histoire irrecevable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conclusion provisoire&lt;/i&gt; - Il n'est que partiellement vrai que &#171; dans les derni&#232;res ann&#233;es du si&#232;cle, Engels red&#233;couvre l'importance de la forme, en politique tout particuli&#232;rement &#187; (p. 344).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, parce qu'il n'est pas s&#251;r que cette d&#233;couverte soit vraiment une red&#233;couverte : cela supposerait que dans une p&#233;riode ant&#233;rieure cette r&#233;flexion sur les formes (&#224; l'exception remarquable de la Commune de Paris) ait &#233;t&#233; amorc&#233;e. C'est encore ce que tu laisses entendre quand tu dis qu'ils transforment profond&#233;ment leur th&#233;orie de la forme &#233;tatique n&#233;cessaire &#224; l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat (p. 126) : ce n'est, &#224; la rigueur admissible, que si l'on consid&#232;re que le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; et les textes qui l'entourent proposaient avec la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie une v&#233;ritable th&#233;orie de la forme &#233;tatique n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, parce qu'il n'est pas s&#251;r qu'elle se fonde sur un bilan compl&#232;tement satisfaisant des racines th&#233;oriques des n&#233;gligences ant&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* La question cruciale &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui en derni&#232;re analyse - et par-del&#224; les motifs d&#233;j&#224; invoqu&#233;s - fait probl&#232;me ? C'est, me semble-t-il, que la forme politique de la domination du prol&#233;tariat est ou devrait &#234;tre en m&#234;me temps la forme politique de son &#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle forme de &lt;i&gt;domination&lt;/i&gt; (politique) peut &#234;tre une forme d'&lt;i&gt;&#233;mancipation &lt;/i&gt;(sociale) ? &#192; cette question l'histoire ne r&#233;pond pas, car l'histoire est muette. Et elle restera en d&#233;pit de toutes nos tentatives de la faire bavarder sans recours &#224; la th&#233;orie. En revanche, les voies d&#233;sastreuses emprunt&#233;es par l'histoire relancent, comme le montre ton bouquin, nos interrogations. Voici celles par lesquelles je termine ici : Pourquoi Marx et Engels ne parviennent-ils pas &#224; poser dans leur juste rapport la question du contenu et des formes de la R&#233;volution sociale et la question (seconde) de ses moyens ? Pourquoi Marx et Engels ne sont-ils pas parvenus &#224; penser &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt; les formes politiques et les formes sociales de l'&#233;mancipation ? N'est-ce pas parce qu'il y a quelque chose qui cloche dans leur fa&#231;on m&#234;me de poser et d'aborder ces questions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PS&lt;/strong&gt; (2022&lt;/strong&gt; : Jacques Texier est d&#233;c&#233;d&#233; le 13 janvier 2011. Je veux dire ici, par-del&#224; la qualit&#233; de son activit&#233; th&#233;orique, quel amical interlocuteur il fut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;source&gt;&lt;strong&gt;Source &lt;/strong&gt; &lt;/source&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler,&lt;i&gt; &#201;mancipation - Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus&lt;/i&gt;, suppl&#233;ment &#224;&lt;i&gt; Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques textes r&#233;unis sous ce titre n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s, initialement, en vue d'une publication, mais en vue d'une discussion, au sein d'un groupe de travail - &#171; D&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale &#187; - dont l'activit&#233; a permis de pr&#233;parer une journ&#233;e d'&#233;tude en juin 2001 : les contributions parues dans la revue &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt; rendent compte de cette journ&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis&#232;re la marxologie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
I. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels.&lt;/i&gt; Ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'&#201;tat et la politique&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-II-Democratie-revolution-emancipation-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. D&#233;mocratie et appropriation sociale (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation chez Marx et Engels. &lt;a href=&#034;http://athena.henri-maler.fr/Emancipation-III-Democratie-et-appropriation-sociale-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. D&#233;mocratie et appropriation sociale (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution : Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-IV-Democratie-et-appropriation-sociale-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Actuel Marx Confrontation, PUF, 1998 (existe d&#233;sormais au format Kindlel). Je renvoie en g&#233;n&#233;ral aux pages correspondantes, m&#234;me quand il s'agit de textes de Marx et Engels. &#192; quelques exceptions pr&#232;s qui, sauf indication contraire, se r&#233;f&#232;rent &#224; la derni&#232;re &#233;dition parues aux &#201;ditions sociales..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quand je dis Marx, j'entends bien, comme toi, Marx-Engels. Les ambigu&#239;t&#233;s ou les contradictions qui percent ou s'affichent dans leurs propos ne peuvent pas &#234;tre mis au compte d'une divergence majeure entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Auxquelles je me permets de te renvoyer - m&#234;me si je ne suis plus tout &#224; fait d'accord avec moi-m&#234;me - , ne serait-ce que pour all&#233;ger ce texte d&#233;j&#224; fort long&lt;i&gt; &lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 1994 ; &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx malgr&#233; Marx&lt;/i&gt;, Albin Michel, 1995. Abr&#233;viations : respectivement, &lt;i&gt;Cong&#233;dier&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Convoiter&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions sociales, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx-Engels, Correspondance, t. 1, &#201;ditions sociales,1978, p. 290-296.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut cependant retenir les caract&#232;res sont ceux que tu recenses p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de ton livre : p. 24, 32-46, 54-57. Sur le r&#244;le du suffrage universel dans la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants : note 4, p. 15, 22, 25, 309-316.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx Engels, Correspondance, t.1 &#233;ditions sociales, , 1978, p. 299.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Correspondance t.1, op.cit., p. 291.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;Sur la question des conditions du suffrage universel, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de ton livre : p. 22, 67-73 + notes&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Engels, &#171; Les communistes et K. Heinzen &#187;, 3 et 4 octobre 1847 (que Texier traduit et cite partiellement p. 38-39).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que Texier cite p. 44-45 et p.304.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi la question des formes de domination politique du prol&#233;tariat ne peut pas &#234;tre correctement pos&#233;e si on ne l&#232;ve pas l'&#233;quivoque qui p&#232;se sur la n&#233;cessit&#233; des institutions d&#233;mocratiques : s'agit-il des conditions les plus favorables &#224; la domination politique du prol&#233;tariat &#8230;(p.69) ou des conditions qui la rendent in&#233;luctable (sans m&#234;me qu'il soit souhaitable d'en penser et d'en transformer les formes) ? Telle est l'ambigu&#239;t&#233; majeure du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; (et des textes qui l'entourent).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les chartistes &#187;, &lt;i&gt;New York Daily Tribune&lt;/i&gt;,, 25 ao&#251;t 1852. Cit&#233; par Texier p.22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la r&#233;volution permanente, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de ton livre : p. 16, 17, 46-48, 319-323.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la dictature du prol&#233;tariat, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de ton livre : p.16, 17-18, 85, 325-326&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le flou qui r&#232;gne ici dans l'&#339;uvre de Marx et Engels n'a rien d'artistique, d'autant qu'il s'accro&#238;t quand on tente de le dissiper en s'appuyant sur la distinction entre le continent et le monde anglo-saxon (comme tu le signales, notamment p. 22).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut lire dans ton livre des exemples de cette dualit&#233; des &#233;nonc&#233;s entre l'indispensable et l'in&#233;luctable, voir respectivement p. 23 d'une part et p. 22, 39, 45. Voir &lt;i&gt;Convoiter&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; pp. 231-232 (et Antoine Artous , &lt;i&gt;Marx, l'&#201;tat et la politique, &lt;/i&gt;&#233;ditions Syllepse, p. 277-278).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les anticipations utopiques, &lt;i&gt;Cong&#233;dier&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit. ,&lt;/i&gt;pp. 145-167.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le &#171; court-circuit &#187; op&#233;r&#233; par Marx dans sa critique de l'invention et sur ses cons&#233;quences : &lt;i&gt;Cong&#233;dier, op.cit.,&lt;/i&gt; p.196 et &lt;i&gt;Convoiter, op.cit.,&lt;/i&gt; p. 339-341. Curieusement, la notion m&#234;me d'invention revient avec insistance sous ta plume, alors que Marx la r&#233;cuse. D'abord, quand tu &#233;voques, &#224; propos des innovations politiques d'Engels, l'invention d'une nouvelle tactique (p. 102, 103, 104) ; ensuite quand tu &#233;voques l'invention des formes politiques (p. 124, 163, 164). Je crois que, malgr&#233; Marx, Texier a raison&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tu mentionnes toi-m&#234;me deux des textes o&#249; le refus de l'anticipation semble porter trop loin (p. 19-20), mais je ne comprends pas quelles cons&#233;quences tu en tires exactement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; J'ai beaucoup donn&#233; &#171; , comme dirait notre ami Artous, pour relever et analyser cette &#233;quivoque et ses cons&#233;quences. Sur l'&#233;quivoque elle-m&#234;me voir par ex. &lt;i&gt;Convoiter,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 151-182. Tu rel&#232;ves toi-m&#234;me (ce n'est qu'un exemple parmi de nombreux autres du r&#244;le attribu&#233; &#224; la n&#233;cessit&#233; historique), que le finalisme historique que pr&#233;suppose l'id&#233;e d'une classe in&#233;luctablement conduite &#224; remplir une mission conforme &#224; son essence mine le discours de Marx et Engels. (p. 70-71, p. 86-87). Comme preuve &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt;, d'une &#233;quivoque (qui existe chez Marx lui-m&#234;me), le texte remarquable d'Engels (que tu m'as fait conna&#238;tre) o&#249; il tente de la lever &#8211; parce qu'il en mesure les effets politiquement d&#233;sastreux - &#224; propos des tendances n&#233;cessaires de l'histoire (p. 75-82)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Engels, &#171; Le socialisme en Allemagne &#187;, 1892, article que Texier analyse pages 153-163. La citation de Bovio figure p. 156 et p. 388.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Convoiter&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 249-252.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Convoiter, &lt;/i&gt; &lt;i&gt;op.cit. ,&lt;/i&gt;p. 252-254&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Convoiter,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 254-256.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, p. 124.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le 18 Brumaire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 125.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Guerre civile en France 1871&lt;/i&gt;, Editions sociales, 1972. Cette &#233;dition est &#171; accompagn&#233;e des travaux pr&#233;paratoires de Marx &#187; et donc des deux essais de r&#233;daction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 209-210.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 257, C'est moi qui souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 39. C'est moi qui souligne..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour faire bonne mesure, la confrontation avec le texte de 1847 montre que l'on peut justifier l'existence d'une dictature du prol&#233;tariat sous la 1&#232;re R&#233;publique, tant&#244;t par la centralisation &#224; laquelle elle aurait eu recours (1847), tant&#244;t par la d&#233;centralisation (1891). Tu rel&#232;ves les textes correspondants, sans relever l'&#233;tonnante plasticit&#233; de l'interpr&#233;tation qui reste la m&#234;me sous des signes totalement oppos&#233;s. Comment d&#232;s lors affirmer qu'Engels &#171; ne fait que reprendre une vieille id&#233;e &#187; ? (p. 133).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Guerre civile en France, op.cit.,&lt;/i&gt; premier essai de r&#233;daction, p. 208.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; deuxi&#232;me essai de r&#233;daction, p. 256.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., premier essai de r&#233;daction&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; p. 192.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique du programme d'Erfurt&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, p. 105.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique du programme d'Erfurt, op.cit.,&lt;/i&gt; p. 105 et 101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette fa&#231;on d'&#233;luder la question pos&#233;e ressemble d'ailleurs beaucoup &#224; la r&#233;ponse du m&#234;me Engels sur le sens de la dialectique de la n&#233;gation de la n&#233;gation expos&#233;e dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; : dans &lt;i&gt;l'Anti-D&#252;ring,&lt;/i&gt; il multiplie les tentatives d'explications qui finissent par s'annuler&#8230;C'est du moins ce que je crois : &lt;i&gt;Convoiter&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 176-180.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;mancipation II. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (2)</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Emancipation-II-Democratie-revolution-emancipation-2.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://henri-maler.fr/Emancipation-II-Democratie-revolution-emancipation-2.html</guid>
		<dc:date>2022-06-09T05:40:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la domination politique - la dictature - du prol&#233;tariat</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et le d&#233;p&#233;rissement de l'Etat</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'&#201;tat et la politique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Lectures-+.html" rel="tag"&gt;Lectures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-la-democratie-25-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L100xH150/arton71-b2c51.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette contribution a &#233;t&#233; publi&#233;e dans un cahier intitul&#233; &lt;i&gt;Emancipation &lt;/i&gt;et sous-titr&#233;&lt;i&gt; Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suppl&#233;ment &#224; Critique communiste, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voir en fin d'article les circonstances et le sommaire de de sa publication.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'&#201;tat et la politique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Syllepse, 1999. Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;Cher Tony, &lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;J'ai lu ton livre (dont je mentionne les pages entre parenth&#232;ses) en m'imposant les m&#234;mes &#171; r&#232;gles &#187; que celles que j'ai &#233;voqu&#233;es en pr&#233;ambule du texte que j'ai consacr&#233; au livre de Jacques Texier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir ici-m&#234;me&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : engager une discussion sans pr&#233;juger d'&#233;ventuelles divergences politiques ; mettre mes fragments d'analyse &#224; l'&#233;preuve des tiens (et r&#233;ciproquement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il existe des recoupements avec les th&#232;mes abord&#233;s &#224; l'occasion de la discussion du livre de Texier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, je n'y reviens que pour r&#233;sumer mon propos ant&#233;rieur, pr&#233;ciser ou compl&#233;ter. J'ajoute que j'ai choisi de discuter ton bouquin en me limitant &#224; la fin et en ne convoquant ce qui pr&#233;c&#232;de que dans la mesure o&#249; tu le r&#233;investis dans la quatri&#232;me partie : au-del&#224; du capitalisme. J'ai parfois compl&#233;t&#233; par des remarques sur tes autres contributions : &#171; Emancipation sociale et formes politiques. Quelques &#233;l&#233;ments pour poursuivre la discussions &#187; (ESFP) et &#171; Sur la repr&#233;sentation politique &#187; (SRP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* Pr&#233;ambule : histoire et strat&#233;gie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du capitalisme : le communisme. Comment atteindre cet &#171; au-del&#224; &#187; ? Marx - je commence par des banalit&#233;s- tente de fonder l'encha&#238;nement de multiples n&#233;cessit&#233;s : n&#233;cessit&#233; de la lutte politique de classes, n&#233;cessit&#233; de la conqu&#234;te politique du pouvoir, n&#233;cessit&#233; de la dictature du prol&#233;tariat, n&#233;cessit&#233; de la transition au communisme, n&#233;cessit&#233; de deux phases du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de quelles n&#233;cessit&#233;s s'agit-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes apparemment d'accord, pour reprendre tes propres termes, sur l'existence d'une &#171; tendance &#224; dissoudre le moment strat&#233;gique dans le simple d&#233;voilement d'une n&#233;cessit&#233; historique &#187; (ESFP)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est aux &#233;quivoques des &#233;nonc&#233;s de Marx sur la n&#233;cessit&#233; historique que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et cela vaut aussi bien pour la transformation de la lutte &#233;conomique en lutte politique que pour la poursuite de la lutte des classes jusqu'&#224; la dictature du prol&#233;tariat et pour la p&#233;riode de transition que couvre cette dictature. Quelques remarques compl&#233;mentaires cependant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt; N&#233;cessit&#233; de la lutte politique de classes. Tu soutiens qu'il existe chez Marx un &#171; changement de statut de la lutte politique &#187;. J'avoue ne pas percevoir ce changement. Il me semble qu'il faut distinguer deux questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- la question de la lutte pour l'&#233;mancipation politique qui, depuis la lettre &#224; Ruge de septembre 1843 ou &lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt; au moins, est toujours pr&#233;sent&#233;e par Marx comme un moment n&#233;cessaire de la lutte pour l'&#233;mancipation sociale, alors que l'&#233;mancipation politique est comprise comme une forme inachev&#233;e de l'&#233;mancipation humaine ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la question de la lutte politique pour la conqu&#234;te du pouvoir qui, depuis les &lt;i&gt;Gloses marginales critiques sur l'article de Ruge&lt;/i&gt;, est comprise comme un &#171; moment constitutif &#187;, pour reprendre ta propre expression, de la lutte pour l'&#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux aspects sont &#233;troitement li&#233;s, sans qu'il y ait, du moins &#224; mes yeux, le moindre &#171; changement de statut de la lutte politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt; N&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution permanente et de la dictature du prol&#233;tariat. Tu commences par &#233;tablir que le concept de dictature du prol&#233;tariat d&#233;signe un objectif strat&#233;gique et que le concept de r&#233;volution permanente (provisoirement associ&#233; au pr&#233;c&#233;dent) d&#233;signe un processus historique (p. 277-280). On peut douter d'un tel d&#233;doublement. Je crois au contraire que la port&#233;e strat&#233;gique du concept de dictature du prol&#233;tariat est lourdement grev&#233;e par sa pr&#233;sentation comme issue in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.&lt;/strong&gt; N&#233;cessit&#233; de la transition (sous dictature du prol&#233;tariat). Tu ne te prononces pas directement sur cette question, mais je crois n&#233;cessaire de pr&#233;ciser deux points :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Marx n'&#233;voque qu'une seule transition : la transition au communisme pour lequel il distingue deux phases. Mais la premi&#232;re phase est d&#233;j&#224; communiste. Ce n'est pas une simple querelle de mots (transition, phase) mais une question de fond. La th&#233;orie de la double transition, en particulier quand on isole sous le nom de socialisme une &#233;tape interm&#233;diaire dot&#233;e de caract&#232;res stables (et de surcro&#238;t r&#233;alisable dans un seul pays) est une &#171; innovation &#187; th&#233;orique fort dangereuse.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Marx est fort discret sur les t&#226;ches politiques sp&#233;cifiques de cette phase de transition. Sans doute parce que la n&#233;cessit&#233; historique se porte garant de leur accomplissement. Si la transition est une transition vers la premi&#232;re phase du communisme, c'est le communisme de cette premi&#232;re phase qui comme vis&#233;e strat&#233;gique (et non comme fatalit&#233; historique, une fois encore) doit orienter la transition. Acceptons avec Marx et Engels d'&#234;tre prudents sur les recettes destin&#233;es aux marmites de l'avenir : on peut au moins indiquer quels plats on envisage de faire cuire. Acceptons, avec Marx et Engels, de laisser l'histoire ouverte aux al&#233;as et aux circonstances : on peut au moins indiquer &#224; quoi les circonstances peuvent &#234;tre favorables ou d&#233;favorables et, pour faire face aux obstacles, quels projets ces obstacles peuvent compromettre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que la domination politique du prol&#233;tariat doive compter avec ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une transition aveugle sur son but immanent ne rendrait gu&#232;re tr&#232;s lucide : ne resteraient que des tactiques sans strat&#233;gie, au mieux borgnes, au pire aveugles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re remarque pr&#233;alable : L&#233;nine, plus que tout autre, s'est efforc&#233; de donner une consistance strat&#233;gique aux indications de Marx sur le parti communiste, la lutte politique, la dictature du prol&#233;tariat, la socialisation de la production, la transition au communisme. Ce qui ne signifie nullement &#8211; cela devrait aller de soi &#8211; que cette strat&#233;gie ait &#233;t&#233; ad&#233;quate. Mais de quels outils disposons-nous pour en juger ? Evidemment pas d'un code de proc&#233;dure mis &#224; la disposition du tribunal de l'histoire que l'on &#233;rige &#224; la h&#226;te une fois la d&#233;faite av&#233;r&#233;e. Une strat&#233;gie ad&#233;quate n'est pas n&#233;cessairement une strat&#233;gie victorieuse. Encore faut-il, en revanche, tenter d'&#233;valuer en quoi et comment une strat&#233;gie peut concourir &#224; la d&#233;faite de ceux qui la mettent en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste donc &#224; examiner - en reprenant le fil de ton livre - ce qui se passe au-del&#224; de la prise du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Retours sur la dictature de prol&#233;tariat et d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Sur la Commune et la dictature du prol&#233;tariat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir retenu l'interpr&#233;tation strat&#233;gique de la dictature du prol&#233;tariat qui est, en d&#233;pit des ambigu&#239;t&#233;s des textes de Marx, la seule recevable, tu passes directement &#224; l'examen de la port&#233;e de l'analyse marxienne de la Commune comme &#171; nouvelle forme de repr&#233;sentation du corps social &#187; (p. 280-285, r&#233;sum&#233; dans SRP, p. 10-11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. Sur la Commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historicit&#233; de &lt;i&gt;La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; une fois reconnue, tu fais valoir, &#224; son propos, deux n&#233;gligences des commentateurs :&lt;br class='manualbr' /&gt;- la n&#233;gligence de la &#171; nature de la structure territoriale de base &#187; ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la n&#233;gligence du &#171; nouveau mode de repr&#233;sentation politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point s'&#233;claire par le second qui est d'abord mis en discussion. Tu soutiens que la Commune n'est pas seulement une forme d'auto-administration d&#233;centralis&#233;e (comme la R&#233;publique girondine ou le &#171; self-government &#187; anglais), mais une &#171; r&#233;organisation de l'espace socio-politique &#224; travers une nouvelle forme de repr&#233;sentation du corps social &#187; (p. 281-282). Ainsi, la critique de l'ind&#233;pendance de l'&#201;tat n'est pas seulement une critique de l'excroissance bureaucratique, mais aussi une critique de la repr&#233;sentation politique moderne. Mais, sur ce dernier versant, les le&#231;ons de la Commune ont pour effet ou pour r&#233;sultat, non d'esquisser une forme de d&#233;mocratie directe, mais de d&#233;tecter un nouveau mode de repr&#233;sentation (p. 282)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels en sont, de ce point de vue et selon toi, les principaux caract&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- D'abord, ce &#171; gouvernement de la classe ouvri&#232;re &#187; repose sur &#171; une base territoriale unifi&#233;e socialement &#187;. La cons&#233;quence, pour toi, est imm&#233;diate : l'espace d&#233;fini par l'exercice du suffrage universel reposant sur cette homog&#233;n&#233;it&#233; sociale est d'embl&#233;e en rupture avec l'abstraction politique moderne. (p. 282-283) ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Ensuite, ce nouveau mode de repr&#233;sentation prend la forme d'un syst&#232;me pyramidal qui permet, selon des modalit&#233;s sp&#233;cifiques, d' &#171; assurer la pr&#233;sence de l'unit&#233; socio-politique de base en tant que telle dans le mouvement de la repr&#233;sentation, au sein de la pyramide elle-m&#234;me &#187;, notamment par l'exercice du mandat imp&#233;ratif (p. 283).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai, comme tu le soulignes, que la structure pyramidale de la repr&#233;sentation que Marx &#233;voque dans son analyse de la Commune n'a gu&#232;re attir&#233; l'attention des commentateurs. Mais ton interpr&#233;tation ne me para&#238;t pas compl&#232;tement satisfaisante. Pour deux ordres de raison :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier motif d'insatisfaction : tu pr&#234;tes &#224; Marx des arguments et des conceptions qui me semblent &#233;trangers &#224; son texte et &#224; sa d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Il est vrai que la Commune est une forme politique territoriale. Mais Marx ne dit nulle part que si elle constitue une forme ad&#233;quate &#224; l'&#233;mancipation du travail, c'est parce qu'elle repose sur une base sociale homog&#232;ne ou relativement homog&#232;ne. C'est peut &#234;tre un fait. Mais ce fait n'est pas invoqu&#233; comme tel (voir SRP, p. 11).&lt;br class='manualbr' /&gt;- Il est vrai que la Commune est une forme politique qui contribue &#224; r&#233;sorber la s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat. Mais il me semble que l'id&#233;e d'un &#171; encastrement du politique dans le social &#187; est &#233;trang&#232;re &#224; Marx et, en tout cas, fort &#233;quivoque. Ce que tu vises ainsi serait plus rigoureusement exprim&#233;, me semble-t-il, sous la forme suivante : la repr&#233;sentation n'est plus la repr&#233;sentation abstraite (obtenue par abstraction) des individus isol&#233;s (et domin&#233;s) de la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise, mais la repr&#233;sentation concr&#232;te des producteurs associ&#233;s. Ou du moins tend &#224; le devenir, d&#232;s lors que la soci&#233;t&#233; devient une soci&#233;t&#233; o&#249; tous sont producteurs et, &#224; ce titre, &#233;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me motif d'insatisfaction : ta pr&#233;sentation de la rupture introduite/rep&#233;r&#233;e par Marx ne me para&#238;t pas aussi claire que tu le dis. Je crois qu'il faut distinguer deux fils dans ton argumentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &#192; suivre le premier, la rupture se situerait essentiellement au niveau de &lt;i&gt;la forme politique de la repr&#233;sentation&lt;/i&gt; : la structure pyramidale du pouvoir. Tu pr&#233;sentes la forme du f&#233;d&#233;ralisme de la Commune telle que Marx l'analyse comme une &#171; rupture avec la repr&#233;sentation politique moderne &#187;. (Voir &#233;galement SRP, p. 5-7, 10-11). La structure pyramidale du pouvoir, dont seul le premier &#233;chelon repose sur l'&#233;lection au suffrage universel, est en rupture avec les formes historiquement prises avec la repr&#233;sentation politique moderne. Si cette structure pyramidale fait probl&#232;me, ce n'est pas seulement en raison du sort limit&#233; qu'elle r&#233;serve au suffrage direct, mais surtout parce que la rupture fondamentale ne se situe pas &#224; ce seul niveau, mais dans l'articulation les formes de la domination politiques appel&#233;es &#224; devenir le &#171; pouvoir public &#187; des producteurs associ&#233;s et les formes de socialisation, essentiellement coop&#233;ratives, appel&#233;es &#224; r&#233;aliser l'association des producteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;_- &#192; suivre le second fil de ton argumentation, en revanche, la rupture se situerait pr&#233;cis&#233;ment au niveau du &lt;i&gt;contenu social de l'&#233;mancipation&lt;/i&gt; (et donc de la &#171; repr&#233;sentation &#187;) : l'association des producteurs, pr&#233;cis&#233;ment. La rupture consiste alors dans le fait, comme tu l'&#233;cris dans une de tes contributions (SRP p. 5-7), que la &#171; repr&#233;sentation directe &#187; du social &lt;i&gt;se traduit, entre autres&lt;/i&gt;, par la structure pyramidale du pouvoir &#187; (soulign&#233; par moi). Mais, justement, ce que Marx n'&#233;claire pas, c'est le rapport qui existe entre la Commune et les coop&#233;ratives, entre la f&#233;d&#233;ration des communes de bases et la f&#233;d&#233;ration des coop&#233;ratives, entre la forme du pouvoir public et la forme de l'appropriation sociale. S'agit-il d'une seule et m&#234;me forme, comme le pr&#233;conise le mutuellisme proudhonien que tu invoques &#224; ce propos ? Ou s'agit-il de formes distinctes, comme on peut le penser d&#232;s lors que le pouvoir public n'a pas seulement pour fonction de coordonner la production et la r&#233;partition et d'absorber, du niveau local au niveau international, la mise en &#339;uvre de la production socialis&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, il ne me semble pas que l'essentiel de la rupture tienne &#224; la forme de repr&#233;sentation adopt&#233;e ou trouv&#233;e. La rupture avec la repr&#233;sentation politique d&#233;pend de son rapport avec l'association des producteurs. Autrement dit, quand la repr&#233;sentation est reconduite &#224; un pr&#233;suppos&#233; social nouveau, elle change de sens et devient simple proc&#233;dure : la repr&#233;sentation politique fait place &#224; la d&#233;l&#233;gation contr&#244;l&#233;e. Voir plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'analyse de Marx laisse ouvertes plusieurs questions et notamment celles-ci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La domination politique du prol&#233;tariat doit-elle se passer du suffrage universel ? Autrement dit, doit-elle r&#233;server le droit de vote aux seuls producteurs ? La question est d'importance, car il ne revient pas au m&#234;me de pr&#233;senter la limitation du droit de suffrage et d'&#233;ligibilit&#233; comme une mesure d'exception (dict&#233;e par les exigences de la lutte contre les repr&#233;sentants des anciennes classes dominantes) ou d'une mesure de transition (adopt&#233;e pour reconduire d'embl&#233;e l'&#233;lection &#224; un statut de producteur &#224; vocation universelle) : ce qui me para&#238;t pour le moins fort p&#233;rilleux. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Les formes politiques de la domination du prol&#233;tariat doivent-elles &#234;tre identiques aux formes de son &#233;mancipation sociale ? En d'autres termes, les formes communales-r&#233;publicaines sont-elles ou non distinctes des formes coop&#233;ratives ? Le pouvoir public en g&#233;n&#233;ral se confond-il avec l'association de producteurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu poursuis ton travail de d&#233;chiffrement, en soulignant que l'analyse de Marx, en d&#233;pit de la rupture qu'elle introduit avec &#171; la probl&#233;matique moderne de la repr&#233;sentation politique &#187;, va conna&#238;tre un &#171; destin peu compr&#233;hensible &#187;, dont t&#233;moigne l'&#233;volution d'Engels (p. 283-284). Reste alors &#224; examiner les &#171; suites &#187; au sein de la 2e Internationale et dans l'&#339;uvre de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. De Marx &#224; L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu tentes alors d'&#233;clairer par les circonstances historiques le sort que L&#233;nine r&#233;serve au texte de Marx : L&#233;nine &#171; ne rend pas compte de ce qui fait la sp&#233;cificit&#233; du syst&#232;me de repr&#233;sentation d&#233;crit pas Marx &#187;. Sa lecture rel&#232;ve de &#171; ce que l'on pourrait appeler un radicalisme d&#233;mocratique &#187;. (p. 285-287). Mais, second volet de cette lecture, L&#233;nine comprend les fonctions de l'&#201;tat comme des fonctions &#233;conomiques qui ne prennent pas en compte l'existence du despotisme d'usine. (p. 287-288).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis tu examines les particularit&#233;s du pouvoir des soviets&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le syst&#232;me des soviets, voir &#233;galement SRP, p. 7, 11-12.&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. (&#8230;) Parenth&#232;ses, pour marquer l'inach&#232;vement, et non la d&#233;robade !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Sur le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, je ne suis pas rigoureusement l'ordre de ton expos&#233;.&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;matique du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat - de l'&#201;tat politique ou &#201;tat de classe, de l'&#201;tat politique s&#233;par&#233; ou &#201;tat de la bourgeoisie - est une th&#233;matique constante dans l'&#339;uvre de Marx. Condition et cons&#233;quence de l'&#233;mancipation humaine, ce d&#233;p&#233;rissement d&#233;signe un processus dont l'abolition de l'&#201;tat serait la cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. Un point aveugle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat est &#224; la fois un point focal et un point aveugle. Tu soutiens qu'il s'agit surtout d'un point aveugle. Et tu recours, sauf erreur de ma part, &#224; deux arguments :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Le premier argument repose sur la structure th&#233;orique de l'argumentation : en recourant &#224; une analyse transhistorique de l'&#201;tat, Marx et Engels manqueraient - au moins partiellement - ce qui fait la sp&#233;cificit&#233; de l'&#201;tat moderne et donc, si je t'ai bien compris, ce qui est ind&#233;passable dans cet &#201;tat.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Le second argument repose sur une contradiction majeure de l'argumentation : le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat pr&#233;sent&#233; comme &#233;quivalent au passage du gouvernement des hommes &#224; l'administration des choses serait technocratique et passerait par pertes et profit l'analyse du despotisme d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le premier point, je crois que la perspective transhistorique fait effectivement probl&#232;me : moins peut-&#234;tre parce qu'elle tend &#224; dissoudre l'analyse sp&#233;cifique de l'&#201;tat moderne, mais surtout parce qu'elle pr&#233;sente la n&#233;cessit&#233; du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat comme un r&#233;sultat n&#233;cessaire, dans le cadre d'une analyse qui conjoint une n&#233;cessit&#233; logique (si l'&#201;tat est n&#233; de la division de la soci&#233;t&#233; en classe, la suppression de cette division engendre logiquement la disparition de l'&#201;tat) et une n&#233;cessit&#233; dialectique o&#249; se lit une version affaiblie de la dialectique de la n&#233;gation et de sa n&#233;gation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les effets de la &#171; &#171; th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'&#201;tat &#187;, pour reprendre son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En tout cas, je souscris &#224; la question que tu poses : comment comprendre le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat, non en fonction d'une approche transhistorique (et tautologique) sur l'&#201;tat et l'existence des classes, mais en fonction &#171; des tendances et contradictions pr&#233;sentes au sein m&#234;me du capitalisme &#187; (p. 295). ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le second point, je crois &#233;galement que l'on ne peut que souscrire &#224; ton argumentation s'agissant de la p&#233;nombre technocratique qui enveloppe l'id&#233;e d'une administration des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Quand &#171; le pouvoir public perd son caract&#232;re politique &#187;, cela ne saurait impliquer, en toute rigueur, qu'il &#171; fait place &#224; l'administration des choses &#187; ou &#224; &#171; l'administration de la production &#187; (p. 291-292)&lt;br class='manualbr' /&gt;- Quand la coop&#233;rative assure partiellement la rel&#232;ve de la repr&#233;sentation, il devient indispensable de prendre en compte les effets de la division du travail ? (p. 292-293).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterai simplement qu'il me semble que l'on peut radicaliser ton analyse. Ce qui n'est pas pens&#233; dans le processus de d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat, c'est non seulement son rapport avec le d&#233;p&#233;rissement du despotisme d'usine, mais &#233;galement avec l'ensemble des rapports et des techniques de pouvoir qui sous-tendent l'existence de l'&#201;tat et son r&#244;le (et qui menacent pas cons&#233;quent de reconduire les rapports de domination). L'apport de Foucault sur ce point est d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois encore, c'est au rapport entre la forme de la domination politique appel&#233;e &#224; se transformer en pouvoir public et la forme de l'&#233;mancipation appel&#233;e &#224; se r&#233;aliser en association des producteurs que nous sommes renvoy&#233;s. &#192; ce titre, m&#234;me si je ne suis pas totalement convaincu par ta pr&#233;sentation, il faut reprendre ta comparaison des formulations divergentes de Marx et Engels : entre celles qui reposent sur &#171; l'&#233;quivalence entre &#233;tatisation et disparition de l'&#201;tat &#187; et celles qui distinguent la r&#233;organisation sur une base locale (les coop&#233;ratives) et &#171; la centralisation des moyens de production &#187; (p. 294-295).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est cette reprise que je propose dans l' &#171; essai &#187; qui suit cette lecture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, comme dans le chapitre pr&#233;c&#233;dent, tu examines les &#171; suites &#187; de la question du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat chez L&#233;nine et dans la r&#233;volution russe (p. 297-309). (&#8230;) Parenth&#232;ses, pour marquer l'inach&#232;vement, et non la d&#233;robade !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question d&#233;cisive : faut-il, en raison des obscurit&#233;s de la perspective du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat (et de son renversement d&#233;sastreux dans le cours de la r&#233;volution russe) renoncer &#224; cette perspective ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2. Un point focal &#8211; Clarification pr&#233;alable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx nous a laiss&#233; en h&#233;ritage et surtout en jach&#232;re des analyses et des concepts inachev&#233;es, &#233;quivoques et parfois peu acceptables. &#192; nous de poursuivre, de remettre en culture et de faire le tri. Mais ce travail se heurte d'embl&#233;e &#224; une difficult&#233;, somme toute banale, qui est cependant la source des plus grandes confusions : faire la part entre le vocabulaire et les concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vocabulaire de Marx est parfois devenu pour nous peu utilisable, alors m&#234;me que les conceptions correspondantes peuvent s'av&#233;rer valides et/ou f&#233;condes. Ainsi, quand Marx distingue &#171; l'&#201;tat politique &#187; (ou, plus bri&#232;vement encore, l'&#201;tat) et le &#171; pouvoir public &#187;, nous risquons, &#224; tout moment, de charger ces termes d'un contenu (d'un &#171; d&#233;not&#233; &#187; ou d'un &#171; connot&#233; &#187;, pour faire plus chic) qui alt&#232;re leur concept. Pouvoir &#171; public &#187; laisse penser que son antonyme est un pouvoir ou un espace &#171; priv&#233; &#187;, comme le sont la famille ou la propri&#233;t&#233;, alors que pour Marx ce pouvoir &#171; public &#187; s'oppose d'abord &#224; l'&#201;tat politique et repose sur le d&#233;passement de la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise, domin&#233;e par l'int&#233;r&#234;t &#171; priv&#233; &#187;. Mais avec l' &#171; &#201;tat politique &#187;, l'affaire ne se pr&#233;sente pas mieux. Sans l'adjectif, le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat sugg&#232;re que la soci&#233;t&#233; est imm&#233;diatement rendue &#224; elle-m&#234;me, dans une parfaite immanence : cette tentation existe chez Marx, mais seulement &#224; l'&#233;tat de (coupable&#8230;) tentation. Avec l'adjectif, le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat politique, laisse penser que c'est le politique, comme instance ou pratique de coordination de la vie sociale qui dispara&#238;t : cette tentation qui renvoie cette coordination &#224; une simple administration &#171; des choses &#187; existe chez Marx, mais une fois encore seulement &#224; l'&#233;tat de (coupable&#8230;) tentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant - et c'est le plus important - les conceptions elles-m&#234;mes sont (relativement) claires. L'&#201;tat d&#233;signe l'institution qui exerce des fonctions sociales diverses, mais prises dans le rapport de domination entre les gouvernants et les gouvern&#233;s. &#171; Politique &#187; est l'adjectif qui correspond &#224; ce rapport de domination et le distingue, du moins en droit, des autres relations d'oppression et/ou d'exploitation sociales. Cet &#201;tat ou &#201;tat politique peut cristalliser ou exercer le rapport de domination sous deux formes : sous la forme d'une intrication (voire m&#234;me d'une fusion) entre le rapport de domination politique et les rapports d'oppression sociale, soit sous forme d'une s&#233;paration &#224; la fois entre d'une part les acteurs institutionnels du rapport de domination et le rapport de domination lui-m&#234;me et d'autre part les rapports d'oppression ou d'exploitation proprement sociales : tel est l'&#201;tat politique s&#233;par&#233;, non par parce qu'il existe une institution particuli&#232;re, mais parce que les acteurs du rapport de gouvernement et ce rapport de gouvernement sont s&#233;par&#233;s des acteurs et des rapports d'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment garder, quitte &#224; les mettre en discussion, les conceptions sans entretenir la confusion s&#233;mantique ? On pourrait mettre &#231;a aux voix. Je d&#233;cide de fa&#231;on autocratique de garder provisoirement les termes sans perdre de vue les conceptions correspondantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;strong&gt;Vers une r&#233;vision ?&lt;/strong&gt; &#8211; C'est que l'ensemble de tes remarques convergent en direction d'une critique et d'une r&#233;vision fondamentales : la n&#233;cessit&#233; de faire droit - contre Marx lui-m&#234;me - &#224; une conception de l'&#201;tat moderne qui permette de repenser les rapports entre d&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Retours sur l'&#201;tat moderne et la d&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce qui suit, guid&#233; par le seul souci de relever d'&#233;ventuelles &#233;quivoques et de v&#233;rifier notre compr&#233;hension r&#233;ciproque, je prends le risque d'adopter une pr&#233;sentation un tantinet &#171; scolaire &#187; (et d'enfoncer peut-&#234;tre des portes ouvertes&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Ali&#233;nation et abstraction politiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je partage (&#224; ma fa&#231;on, bien s&#251;r), quelques arguments fondamentaux de ta lecture du manuscrit de 1843 , dit &#171; manuscrit de Kreuznach &#187; : &lt;i&gt;Critique du droits politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt;. Mais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. De l &#8216;ali&#233;nation &#224; l'abstraction politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de l'abstraction politique, dans les premiers textes de Marx, est prise dans une probl&#233;matique de l'ali&#233;nation inspir&#233;e par Feuerbach. Est-ce une raison suffisante pour l'abandonner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Ali&#233;nation et abstraction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait le cas si Marx - comme le laissent penser certains commentateurs - se bornait &#224; reconduire la probl&#233;matique de Feuerbach et pensait l'ali&#233;nation comme un simple produit de l'ali&#233;nation de la conscience et/ou comme un simple ph&#233;nom&#232;ne d&#233;nu&#233; de consistance. Or pour Marx l'ali&#233;nation est comprise d'embl&#233;e comme le processus et le r&#233;sultat du devenir &#233;tranger de l'activit&#233; sociale des sujets r&#233;els, socialement d&#233;finis, et des produits de cette activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ali&#233;nation culmine dans l'abstraction qui caract&#233;rise l'&#201;tat moderne. Mais cette abstraction qui domine les hommes n'est pas une simple fum&#233;e. L'abstraction est pens&#233;e par Marx comme un processus et un r&#233;sultat dot&#233;s d'une efficace qui lui est propre. Du m&#234;me coup, la vie imaginaire du citoyen est une forme de sa vie r&#233;elle. Et cette abstraction r&#233;elle - imaginaire parce qu'elle est r&#233;elle - se v&#233;rifie par les deux traits qui caract&#233;risent l'&#201;tat moderne : la repr&#233;sentation et la bureaucratie. En cons&#233;quence, Marx analyse la repr&#233;sentation politique, non comme une d&#233;l&#233;gation de volont&#233;s individuelles, mais comme une organisation de la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise. Une organisation par et dans la s&#233;paration, constitutive - au sens fort - de l'&#201;tat politique moderne. La forme politique d'un contenu. Jusque-l&#224;, il me semble que je me tiens au plus pr&#232;s de ce que tu &#233;cris dans son bouquin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui se pose alors est la suivante : Cette s&#233;paration/abstraction peut-elle &#234;tre surmont&#233;e, et comment ? Et, dans la foul&#233;e (si j'ose dire&#8230;), la repr&#233;sentation politique moderne peut-elle &#234;tre /doit-elle &#234;tre abolie ? Si j'ai bien compris, ta r&#233;ponse est la suivante : elle doit &#234;tre d&#233;pass&#233;e, mais non supprim&#233;e ; le moment de l'abstraction politique doit &#234;tre maintenu et refondu. Et c'est l&#224;, me semble-t-il, que les choses se compliquent. Pourquoi ? Parce que, pour des raisons politiquement compr&#233;hensibles, tu prends le risque d'oublier en cours de route ce que tu exposes toi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Abstraction et abstraction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute mise en &#233;quivalence - dans un rapport d'&#233;galit&#233; et d'in&#233;galit&#233; - repose sur une abstraction pens&#233;e ou r&#233;elle. En ce premier sens, qui est aussi un sens faible, l'abstraction politique est une mise en &#233;quivalence des &#234;tres humains en qualit&#233; de citoyens, abstraction faite de toutes leurs particularit&#233;s personnelles et sociales. Les droits politiques &#233;gaux et leur exercice sont la r&#233;alisation de cette abstraction. Leur universalisation, sous la forme notamment du suffrage universel, est l'universalisation de cette abstraction r&#233;elle. En ce sens, il existe un &#171; moment n&#233;cessaire de l'abstraction dans la d&#233;termination de la citoyennet&#233; &#187;. Ou, ce qui revient (presque) au m&#234;me, il est clair que &#171; l'abstraction citoyenne est un moment constitutif de la d&#233;mocratie &#187;. (SRP, p. 8 et p. 9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas cette abstraction-l&#224; ou plut&#244;t l'abstraction sous cette forme g&#233;n&#233;rale que vise Marx quand il critique l'abstraction politique : c'est, plus exactement et plus fortement, l'abstraction sous sa forme sp&#233;cifiquement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abstraction politique n'existe comme telle - comme &#233;galisation r&#233;elle, mais abstraite ou comme communaut&#233; r&#233;elle, mais illusoire - que par et dans son opposition avec le pr&#233;suppos&#233; dont elle est issue &#8211; dont l'&#201;tat politique s'abstrait : la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sauf erreur de ma part, l'abstraction n'est pas seulement telle parce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce deuxi&#232;me sens, qui est le sens fort du concept marxien, l'abstraction politique est une mise en &#233;quivalence qui s'abstrait de son pr&#233;suppos&#233; &lt;i&gt;et s'oppose &#224; lui&lt;/i&gt;. Elle est proprement politique en raison de la s&#233;paration qui la produit et de la contradiction qui en r&#233;sulte. Le propos de Marx est de d&#233;passer cette contradiction. Elle est proprement politique dans l'exacte mesure o&#249; elle s'abstrait de son pr&#233;suppos&#233; sans l'abolir. Le propos de Marx est de viser &#224; l'abolition du pr&#233;suppos&#233; de l'abstraction, et &lt;i&gt;en ce sens&lt;/i&gt; d'en finir avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus exactement, la critique de l'abstraction politique est indissociable de la critique de l'&#233;mancipation politique : ce qui est encore latent dans le manuscrit de 1843 devient explicite dans &lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt;. Les limites de l'&#233;mancipation politique sont inscrites dans son incapacit&#233; d'agir sur son pr&#233;suppos&#233;. Mieux : l'&#233;mancipation politique se confond avec le maintien de son pr&#233;suppos&#233;. &#171; C'est parce que l'individu n'est pas libre que la soci&#233;t&#233; s'&#233;l&#232;ve jusqu'&#224; cette abstraction d'elle-m&#234;me que constitue l'abstraction politique. Avec l'abrogation politique du cens, non seulement la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'est pas abolie, elle est elle-m&#234;me pr&#233;suppos&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question juive, &#233;ditions, Aubier, p. 71-77.&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'abstraction politique ainsi comprise n'est pas une simple mise en &#233;quivalence mais l'effet d'une dissociation r&#233;elle, d'une scission (Spaltung) entre l'&#201;tat politique et la soci&#233;t&#233; civile. Et c'est comme expression philosophique de ce processus d'abstraction que Marx cite et critique Rousseau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question juive, op.cit., p. 122-123. De m&#234;me, l'abstraction marchande (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'abstraction politique, l'&#201;tat s'abstrait de son pr&#233;suppos&#233; : la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise. Il pr&#233;sente une communaut&#233; illusoire, mais r&#233;elle de citoyens abstraits qui pr&#233;suppose l'absence de toute communaut&#233; v&#233;ritable ou - ce qui revient au m&#234;me- l'existence de la guerre de tous contre tous. Une communaut&#233; politique qui repose sur le d&#233;chirement civil. Mais il ne faut pas oublier en cours de route que c'est tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment de la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise que l'&#201;tat s'abstrait, comme tu le soulignes fort justement dans ton article de &lt;i&gt;L'Homme et la Soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; : &#171; Ce mouvement d'abstraction qui caract&#233;rise la politique moderne est &#224; prendre aux deux sens du terme : l'&#201;tat se s&#233;pare (s'abstrait) de la soci&#233;t&#233; civile et produit l'abstraction du citoyen &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antoine Artous, &#171; Marx, L'&#201;tat moderne et la sociologie de l'&#201;tat &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce processus d'abstraction est indissociable de son pr&#233;suppos&#233;. Et c'est ce processus (plus que l'&#201;tat moderne) qui &#171; produit &#187; le citoyen abstrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'universalisation de cette abstraction r&#233;elle n'est pas vide de contenu et, en ce sens tr&#232;s &#233;troit, formelle ou purement formelle. Elle est la forme d'un contenu, mais d'un contenu qui r&#233;side en dehors d'elle : la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise. Le d&#233;passement de cette abstraction r&#233;elle ou de cette universalit&#233; abstraite ne peut pas s'effectuer par la r&#233;alisation d'un universel concret &#171; incarn&#233; &#187; (SRP, p. 9, ESFP, p.2), si par l&#224; on entend la figure du prol&#233;tariat ( quand Marx lui fera r&#233;f&#233;rence). En revanche, l'association du prol&#233;tariat, &#224; condition de ne pas la comprendre comme l'universalisation de la condition de prol&#233;taire (reconduisant le salariat et l'exploitation) est bien le fondement d'une r&#233;sorption de l'abstraction/s&#233;paration constitutive de la &#171; modernit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'universalisation de l'abstraction politique sous la forme de l'universalisation du droit de suffrage est-elle, pour Marx en 1843, &#171; synonyme de dissolution de la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise au profit de la &#171; vraie d&#233;mocratie &#187; ? (ESFP). Les formulations de Marx sur ce point sont tr&#232;s ambigu&#235;s ( l'une affirme une dissolution de fait, l'autre l'exigence de cette dissolution), et en tout cas provisoires. L'universalisation du droit de suffrage est &#171; la contradiction non cach&#233;e &#187;, et donc l'exigence de sa dissolution : tr&#232;s exactement, l'exigence d'une r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moment de l'abstraction (au sens faible) ne peut pas &#234;tre supprim&#233;, mais la forme politique de cette abstraction (au sens fort) est bien appel&#233; &#224; dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. De l'abstraction &#224; la repr&#233;sentation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que le processus d'abstraction caract&#233;ristique de l'&#201;tat politique moderne est un processus d'abstraction de la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise : une communaut&#233; imaginaire (mais r&#233;elle) qui r&#233;sulte du d&#233;chirement de la soci&#233;t&#233; civile et donc de l'absence de v&#233;ritable communaut&#233; sociale, celle- l&#224; m&#234;me que Marx dans le manuscrit de 1843 et dans une lettre de la m&#234;me &#233;poque d&#233;signe comme &#171; d&#233;mocratie v&#233;ritable &#187; ou r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;De la contradiction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut y insister : Marx ne se borne pas &#224; enregistrer la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat (comme Hegel), mais il la pr&#233;sente comme une &lt;i&gt;contradiction&lt;/i&gt; (&#224; la fois expos&#233;e et d&#233;ni&#233;e par Hegel). Et la critique de Hegel par Marx peut-&#234;tre pr&#233;sent&#233;e ainsi : Hegel tente de surmonter cette s&#233;paration par des m&#233;diations qui reconduisent la contradiction sans la r&#233;soudre. La repr&#233;sentation politique des corporations est exemplaire de cette tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e. La repr&#233;sentation politique moderne, qui pousse l'abstraction &#224; son comble (et dont le suffrage universel est l'expression) vaut reconnaissance de cette contradiction irr&#233;solue : la revendication du suffrage universel se pr&#233;sente alors comme exigence de d&#233;passement de cette contradiction : d&#233;passement de l'ali&#233;nation dans le cadre de l'ali&#233;nation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuscrit de 1843 et lettre &#224; Ruge de septembre 1843.&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce sens, d'ailleurs le combat pour la R&#233;publique d&#233;mocratique comme forme la plus favorable &#224; la lutte du prol&#233;tariat prolonge pour une large part ces premi&#232;res indications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;De la superstition&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la critique de Marx franchit un pas suppl&#233;mentaire (qui tire les cons&#233;quences des critiques ant&#233;rieures) avec la critique de la superstition politique dans &lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mancipation politique - l'abstraction-repr&#233;sentation moderne - est prisonni&#232;re de son pr&#233;suppos&#233; : la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise. La superstition politique consiste pr&#233;cis&#233;ment &#224; croire que la volont&#233; politique arc-bout&#233;e aux formes modernes de l'&#201;tat (et donc aux formes modernes de la repr&#233;sentation) peut soit constituer une forme d'&#233;mancipation ultime doit s'en remettre aux formes d'&#201;tat qui r&#233;sultent de la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise pour transformer, voire r&#233;volutionner celle-ci. Bref, l'&#201;tat moderne qui r&#233;sulte de l'abstraction et constitue cette abstraction m&#234;me ne peut agir r&#233;ellement sur son pr&#233;suppos&#233;. C'est donc d'un m&#234;me mouvement qu'il convient de d&#233;passer la forme moderne de l'abstraction et la soci&#233;t&#233;-civile dont elle r&#233;sulte. De cela, si je t'ai bien compris, tu peux ais&#233;ment convenir : hic Rhodus, hic salta. Je doute fort que Marx et Engels nous proposent les moyens ad&#233;quats &#224; ce franchissement. Mais ils n'&#233;ludent pas le probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question devient alors : quelle est la forme de repr&#233;sentation ad&#233;quate &#224; l'&#233;mancipation sociale qui ne reconduise pas l'abstraction propre &#224; la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise ? Car il y a repr&#233;sentation et repr&#233;sentation&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Repr&#233;sentation et repr&#233;sentation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ind&#233;niable que, pour Marx, une forme quelconque de repr&#233;sentation est n&#233;cessaire en un sens tr&#232;s pr&#233;cis : contrairement &#224; une simplification abusive, Marx n'oppose &lt;i&gt;jamais &lt;/i&gt;&#224; la d&#233;mocratie repr&#233;sentative une hypoth&#233;tique d&#233;mocratie directe, du moins s'agissant de la forme de domination politique du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. Rousseau ou Marx ?- De la repr&#233;sentation abstraitement-universelle &#224; la repr&#233;sentation concr&#232;tement- particularis&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de l'ali&#233;nation politique dans les &#233;crits de 1843-1844 est nettement diff&#233;rente et d&#233;marqu&#233;e de celle de Rousseau. Rousseau critique dans la repr&#233;sentation une ali&#233;nation des volont&#233;s individuelles. Marx critique dans la repr&#233;sentation une ali&#233;nation de l'homme g&#233;n&#233;rique &#8211; de l'essence sociale de l'homme. Quand Rousseau critique la repr&#233;sentation comme impensable s&#233;paration entre l'homme et sa volont&#233;, Marx la critique comme r&#233;elle s&#233;paration entre l'homme social et le citoyen. Ali&#233;nation de la volont&#233; ou ali&#233;nation de la socialit&#233; : la diff&#233;rence est d&#233;cisive. En effet, la critique de Rousseau se r&#233;sout dans le concept de volont&#233; g&#233;n&#233;rale ; la critique de Marx dans la perspective de la r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule d&#233;mocratie directe pensable avec Marx (mais &#224; contresens d'autres mod&#232;les de socialisation de la production pr&#233;sents dans son &#339;uvre) est la d&#233;mocratie de la production &#224; l'&#339;uvre dans les coop&#233;ratives, pour peu qu'elles se g&#233;n&#233;ralisent et se f&#233;d&#232;rent apr&#232;s la prise du pouvoir. &lt;i&gt;Mais cela change tout&lt;/i&gt; : car le maintien d'un &#171; pouvoir public &#187; - f&#251;t-il repr&#233;sentatif - n'est plus fond&#233; alors sur le d&#233;chirement de la soci&#233;t&#233; civile ; il n'est plus &#224; proprement parler une abstraction de ce d&#233;chirement. Il ne se pr&#233;sente pas comme l'universel en acte, mais comme moment particulier, reconnu et reconnaissable comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2.Tocqueville ou Marx ?- De la repr&#233;sentation comme contradiction &#224; la repr&#233;sentation comme proc&#233;dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx critique la repr&#233;sentation politique parce qu'elle reconduit la s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233;-civile et l'&#201;tat et l'organise. Autrement dit, la repr&#233;sentation politique reconduit la domination qui est impliqu&#233;e dans cette s&#233;paration. Mais il ne critique pas toute forme de &#171; repr&#233;sentation &#187;. L&#224; nous rencontrons les obstacles s&#233;mantiques qui obscurcissent la clarification conceptuelle. Le terme de repr&#233;sentation reconduit le sens associ&#233; &#224; la repr&#233;sentation politique. Bien que le terme de d&#233;l&#233;gation soir connot&#233; n&#233;gativement comme d&#233;l&#233;gation/accaparement du pouvoir, c'est peut-&#234;tre celui qui est le moins mauvais pour marquer la rupture entre des d&#233;put&#233;s et des d&#233;l&#233;gu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La repr&#233;sentation politique n'a jamais &#233;t&#233; ni en droit ni en fait un simple &#171; reflet &#187; du peuple et de sa souverainet&#233;. Ni en droit : la plupart des conceptions th&#233;oriques de la repr&#233;sentation en font un m&#233;canisme de s&#233;lection qui, intentionnellement ou pas, se traduisent par l'attribution de fonction de domination. Ni en fait : parce que la repr&#233;sentation remplit largement le r&#244;le que ses th&#233;oriciens lui attribuent : s&#233;lectionner les gouvernants et donc les dominants. Et c'est ce r&#244;le qui d&#233;cide aussi bien de la nature du mode de d&#233;signation (l'&#233;lection plut&#244;t que le tirage au sort), que du mode de fonctionnement. La repr&#233;sentation politique est la forme de cons&#233;cration/dissimulation de la s&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est repr&#233;sent&#233; politiquement &#8211; le citoyen abstrait &#8211; est construit par le m&#233;canisme m&#234;me de la repr&#233;sentation politique. Ce qui est repr&#233;sent&#233; ce n'est jamais, l'individu concr&#232;tement socialis&#233; - les individus socialis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que serait une &#171; repr&#233;sentation &#187; non- politique ? Ce ne serait plus, &#224; proprement parler une &#171; repr&#233;sentation &#187;, dont les r&#232;gles de formation et de fonctionnement (le suffrage et le parlement) requi&#232;rent, voire fa&#231;onnent les &#171; repr&#233;sent&#233;s &#8221;. Ce serait une exposition du peuple : une mise sur sc&#232;ne de sa volont&#233;. Une auto-d&#233;termination ou, plus exactement, un moment particulier de son auto-d&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abstraction de la repr&#233;sentation change de sens avec la r&#233;appropriation. La repr&#233;sentation cesse d'&#234;tre l'expression et la mise en forme d'une contradiction irr&#233;solue, mais une proc&#233;dure de d&#233;signation. Une modalit&#233; particuli&#232;re de l'auto-d&#233;termination du peuple qui a ressaisi ou qui est en train de ressaisir le contr&#244;le de la socialisation, notamment par la r&#233;appropriation des moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La double s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat et entre les travailleurs et les moyens de production ne peut pas &#234;tre totalement supprim&#233;e : la soci&#233;t&#233; reposant enti&#232;rement sur elle-m&#234;me et le travailleur individuel recouvrant imm&#233;diatement la propri&#233;t&#233; de ses moyens de production. En revanche, le moment d&#233;mocratique du pouvoir public peut devenir un moment particulier de la communaut&#233; v&#233;ritable. Et cette communaut&#233; v&#233;ritable peut &#234;tre b&#226;tie autour de l'appropriation collective des moyens (et des conditions) de la production. Plus exactement l'association des producteurs ressoude les travailleurs et les moyens de production et se donne une d&#233;termination particuli&#232;re sous la forme d'un pouvoir public qui en est l'&#233;manation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ? C'est une autre affaire. ..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Source&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler,&lt;i&gt; &#201;mancipation - Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus, &lt;/i&gt;suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques textes r&#233;unis sous ce titre n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s, initialement, en vue d'une publication, mais en vue d'une discussion, au sein d'un groupe de travail - &#171; D&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale &#187; - dont l'activit&#233; a permis de pr&#233;parer une journ&#233;e d'&#233;tude en juin 2001 : les contributions parues dans la revue &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt; rendent compte de cette journ&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis&#232;re la marxologie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
I. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels. &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-I-Democratie-revolution-emancipation-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'Etat et la politique. &lt;/i&gt;Ci-dessus.&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
III. D&#233;mocratie et appropriation sociale (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation chez Marx et Engels. &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-III-Democratie-et-appropriation-sociale-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. D&#233;mocratie et appropriation sociale (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt;.&lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-IV-Democratie-et-appropriation-sociale-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions Syllepse, 1999. Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres de Marx et Engels se r&#233;f&#232;rent &#224; la derni&#232;re &#233;dition parue aux &#201;ditions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;ibidem&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est aux &#233;quivoques des &#233;nonc&#233;s de Marx sur la n&#233;cessit&#233; historique que l'on peut rapporter les &#233;quivoques sur la temporalit&#233; historique. Tu soulignes &#224; plusieurs reprises que Marx semble prisonnier d'une conception lin&#233;aire du processus et de la temporalit&#233; historiques. J'en suis d'accord, mais il me semble que non seulement ce n'est pas la seule repr&#233;sentation qui existe chez Marx, mais surtout que sur ce versant, les &#233;nonc&#233;s d&#233;pendent de la structure de l'argumentation et notamment des figures de la dialectique qu'elle met en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que la domination politique du prol&#233;tariat doive compter avec ses adversaires, seuls les na&#239;fs ou les cyniques qui croient aux r&#233;volutions sans tentatives de contre-r&#233;volution (quand ils se pr&#233;sentent comme des r&#233;volutionnaires) ou aux r&#233;formes sans contre-r&#233;formes (quand ils s'avouent plus ouvertement r&#233;formistes) excluent &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; toute contrainte et toute violence. Ce sont les m&#234;mes qui non seulement croient que le mouvement est tout, mais qui rangent les voiles par vent contraire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le syst&#232;me des soviets, voir &#233;galement SRP, p. 7, 11-12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, je ne suis pas rigoureusement l'ordre de ton expos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les effets de la &#171; &#171; th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'&#201;tat &#187;, pour reprendre son expression, voir quelques indications pr&#233;cieuses de Jean Robelin. Jean Robelin, &lt;i&gt;Marxisme et socialisation&lt;/i&gt;, M&#233;ridiens-Klincksieck, 1989, chap. II et III, pp. 127-164.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est cette reprise que je propose dans l' &#171; essai &#187; qui suit cette lecture du livre d'Antoine Artous., sous le titre &#171; D&#233;mocratie et appropriation sociale (1) &#187;. Voir ici-m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sauf erreur de ma part, l'abstraction n'est pas seulement telle parce qu'elle exclut un particulier parmi d'autres, mais parce qu'elle est abstraction du particulier comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt;, &#233;ditions, Aubier, p. 71-77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Sur la question juive, op.cit&lt;/i&gt;., p. 122-123. De m&#234;me, l'abstraction marchande et l'abstraction juridique ne sont pas de simples mises en &#233;quivalence, mais des processus r&#233;els indissociable de leurs pr&#233;suppos&#233;s. Le glissement du &#8220; sens fort &#8221; au &#8220; sens faible &#8221; de la notion d'abstraction est, ici encore, la source de dangereux contresens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antoine Artous, &#171; &lt;i&gt;Marx, L'&#201;tat moderne et la sociologie de l'&#201;tat&lt;/i&gt; &#187;, in &lt;i&gt;L'Homme et la soci&#233;t&#233;, &lt;/i&gt;n&#176; 136-137, 2000. Figures de l' &#171; auto-&#233;mancipation &#187; sociale, p. 115.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manuscrit de 1843 et lettre &#224; Ruge de septembre 1843.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;mancipation III. D&#233;mocratie et appropriation sociale (1)</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Emancipation-III-Democratie-et-appropriation-sociale-1.html</link>
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		<dc:date>2022-06-09T05:38:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'appropriation sociale</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-l-appropriation-sociale-+.html" rel="tag"&gt;Marx et l'appropriation sociale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-la-democratie-25-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L108xH150/arton69-4c83b.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='108' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; dans un cahier intitul&#233; &lt;i&gt;&#201;mancipation &lt;/i&gt;et sous-titr&#233;&lt;i&gt; Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suppl&#233;ment &#224; Critique communiste, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voir enfin d'article les circonstances et le sommaire de de sa publication.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contribution comporte de s&#233;v&#232;res amputations qui seraient inexcusables si elle pr&#233;tendait proposer un expos&#233; complet : &lt;br class='manualbr' /&gt;- Elle se tient dans les limites du commentaire des textes de Marx et d'Engels, avec tous les risques d'une ex&#233;g&#232;se repli&#233;e sur elle-m&#234;me et (provisoirement &#8230;) indiff&#233;rente aux &#233;laborations th&#233;oriques ult&#233;rieures ainsi qu'aux le&#231;ons th&#233;oriques que l'on pourrait extraire de l'histoire ou plut&#244;t d'une r&#233;flexion sur l'histoire. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Elle n'aborde la question de la socialisation de la production que dans la mesure o&#249; cette socialisation est indissociable de ses formes, sans remettre en discussion &#8211; du moins directement &#8211; ni la dynamique du capitalisme qui la rend possible et ni la perspective elle-m&#234;me. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Elle n'aborde, la question des formes de la socialisation que dans la mesure o&#249; elle est indissociable de la forme de la domination politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NB : je n'ai pas respect&#233; cette limite.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif est de trouver une &#233;bauche de r&#233;ponse &#224; cette double question : Quelle forme de domination politique peut &#234;tre une forme d'&#233;mancipation sociale ? Quelles formes d'&#233;mancipation sociale peuvent &#234;tre mises en &#339;uvre sous la domination du prol&#233;tariat ? Autrement dit, j'essaie de traiter des rapports (&#233;nigmatiques) entre une forme de domination (politique) et les formes (sociales) d'&#233;mancipation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut poser cette question, comme le fait Jacques Texier comme celle des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissant provisoirement de c&#244;t&#233; l'interpr&#233;tation controvers&#233;e de la Commune de Paris comme forme politique de la dictature du prol&#233;tariat et/ou de l'&#233;mancipation du travail, je ne retiendrai - pour que la discussion puisse se poursuivre, bien que des d&#233;saccords ou des incompr&#233;hensions subsistent sur les points jusqu'ici abord&#233;s - que le minimum consensuel sur la forme de domination politique elle-m&#234;me. J'ai pris le risque de ressasser des questions rebattues pour proc&#233;der &#224; une mise au point&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres de Marx et Engels se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;I. Trois questions pr&#233;alables&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La question de l'&#233;mancipation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de Marx vise, dans le monde capitaliste qu'il voit se renforcer sous ses yeux, une double s&#233;paration o&#249; s'inscrivent la domination et l'exploitation :&lt;br class='manualbr' /&gt;- la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat est en m&#234;me temps la s&#233;paration entre l'individu concr&#232;tement socialis&#233; et le citoyen abstrait. Dans cette s&#233;paration sont inscrits les m&#233;rites et les limites de l'&#233;mancipation politique. Les m&#233;rites, car cette s&#233;paration met un terme &#224; l'unit&#233; de la domination politique et de l'oppression sociale, caract&#233;ristique de la relation f&#233;odale. Les limites, car l '&#233;mancipation politique, y compris dans ses formes les plus d&#233;mocratiques, s&#233;pare l'homme de lui-m&#234;me. Elle confie au citoyen abstrait &#224; une communaut&#233; r&#233;elle mais illusoire qui garantit des droits effectifs mais priv&#233;s de contenu. Et elle abandonne l'individu r&#233;el &#224; une soci&#233;t&#233; d&#233;chir&#233;e, o&#249; il ne peut r&#233;aliser ses potentialit&#233;s. Autant dire sa libert&#233;. L'&#233;mancipation politique n'est donc pas le dernier mot de l'&#233;mancipation humaine. La &#171; vraie d&#233;mocratie &#187; suppose de surmonter la s&#233;paration : telle est la premi&#232;re conclusion de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons un peu. La s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat s'enracine dans le d&#233;chirement de la soci&#233;t&#233; civile. Marx pense d'abord se d&#233;chirement comme le r&#232;gne de l'homme &#233;go&#239;ste : la guerre de chacun contre tous. On sait que ce d&#233;chirement est pour lui, en v&#233;rit&#233;, domin&#233; par l'existence de classes non seulement distinctes ou in&#233;gales, mais antagonistes. Autant dire que cette premi&#232;re s&#233;paration s'enracine dans la seconde : la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production est synonyme d'appropriation priv&#233;e des moyens de production : priv&#233;e, c'est-&#224;-dire non pas (ou, pas seulement) individuelle, mais privative. Elle est priv&#233;e, parce les autres en sont exclus. Priv&#233;e, c'est-&#224;-dire exclusive : non seulement juridiquement mais effectivement exclusive. La propri&#233;t&#233; ou l'appropriation priv&#233;e, ce n'est pas une propri&#233;t&#233; ou une appropriation individuelle, purement juridique ou marchande, mais une propri&#233;t&#233; ou une appropriation dont les producteurs sont exclus : parce qu'ils n'exercent aucun pouvoir sur la finalit&#233; de la production, la r&#233;partition des produits, l'organisation de la production. Voil&#224; pourquoi appropriation exclusive et exploitation sont synonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la double s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat et entre les travailleurs et les moyens de production sont inscrits la domination et l'exploitation que Marx, dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; pr&#233;sente comme un double esclavage. Surmonter ces s&#233;parations - les d&#233;passer comme on le dit souvent, les abolir comme on le dit parfois - implique de les r&#233;sorber, faute de pouvoir totalement les supprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; quelques h&#233;sitations et ambigu&#239;t&#233;s, Marx ne propose pas de r&#233;aliser la libert&#233; de tous par la pure et simple absorption du politique par le social. Il pense l'existence d'un pouvoir public, d&#233;barrass&#233; de toutes les fonctions oppressives et r&#233;pressives qui r&#233;sultent in&#233;vitablement de la division de la soci&#233;t&#233; en classes. Voil&#224; ce que signifie tr&#232;s exactement le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; quelques h&#233;sitations et ambigu&#239;t&#233;s, Marx ne propose pas de r&#233;aliser la libert&#233; de tous par la pure et simple r&#233;unification entre le travailleur et ses propres moyens de production. Il pense l'existence d'une appropriation collective et non exclusive des moyens de production, plac&#233;s directement sous le contr&#244;le des producteurs. Voil&#224; ce que signifie tr&#232;s exactement l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les conditions et les formes de cette double &#233;mancipation. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La question des formes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en admettant qu'un programme ne saurait &#234;tre qu'une esquisse, une esquisse des formes politiques et des formes sociales de la transition au communisme - strat&#233;giquement n&#233;cessaires &#224; la transition au communisme - est indispensable. Il faut rompre radicalement avec la sous-estimation marxienne de cette question (quels que soient les rectificatifs apport&#233;s par Marx et Engels dans le cours de leur cheminement) et avec les pr&#233;suppos&#233;s th&#233;oriques de cette sous-estimation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'en remettre au mariage al&#233;atoire entre une tendance immanente &#224; l'histoire et des circonstances historiques particuli&#232;res est th&#233;oriquement douteux et peut devenir politiquement d&#233;sastreux. En l'absence d'un projet fond&#233; sur l'esquisse des formes, il devient difficile de d&#233;m&#234;ler en th&#233;orie et en pratique ce que sont les formes impos&#233;es par les circonstances et les formes ad&#233;quates &#224; l'histoire : et notamment entre les reculs tactiques et les retraites strat&#233;giques, voire les reniements catastrophiques. Dans le cours de la r&#233;volution russe, L&#233;nine est sans doute celui qui, plus que tout autre, s'est efforc&#233; de faire la part entre les choix impos&#233;s par les circonstances particuli&#232;res et les options fond&#233;es sur le projet g&#233;n&#233;ral, mais au risque de voir les reculs impos&#233;s ou ent&#233;rin&#233;s miner le projet lui-m&#234;me : non seulement sa r&#233;alisation, mais m&#234;me sa conception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les &#171; lacunes &#187; ou les &#171; erreurs &#187; ne sont pas totalement ind&#233;pendantes de l'h&#233;ritage : Marx et Engels &#233;prouvent des difficult&#233;s &#224; penser ensemble les formes de l'appropriation publique et les formes de l'appropriation coop&#233;rative et &#224; penser ensemble les formes de la domination politique et les formes de l'&#233;mancipation sociale. C'est ce que je voudrais mettre en &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. La question de la transition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transition au communisme se pr&#233;sente d'abord comme transition d'une soci&#233;t&#233; domin&#233;e par une organisation sociale &#233;chappant &#224; la volont&#233; des hommes &#224; une soci&#233;t&#233; o&#249; les hommes en ma&#238;trisant les conditions de la production, ma&#238;trisent leur propre socialisation. Ce passage peut &#234;tre pr&#233;sent&#233; en des termes variables : d'une version faible qui &#233;voque un contr&#244;le conscient &#224; une version forte qui culmine dans une ma&#238;trise int&#233;grale. Dans tous les cas, le ressort de ce contr&#244;le et de cette ma&#238;trise est constitu&#233; par la planification. &#192; supposer qu'une telle planification ne comporte pas des traits intrins&#232;quement illusoires ou d&#233;sastreux, son contenu est indissociable de ses formes. Cette planification repose sur des conditions juridiques et politiques : l'instauration d'une propri&#233;t&#233; et d'une d&#233;lib&#233;ration publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transition au communisme se pr&#233;sente ensuite comme transition d'une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la s&#233;paration entre les producteurs et les moyens de production &#224; une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la r&#233;sorption aussi compl&#232;te que possible de cette s&#233;paration. Ce passage peut &#234;tre pr&#233;sent&#233;, en termes faibles, comme contr&#244;le du travailleur collectif sur le proc&#232;s de travail et l'organisation de la production ou, en termes forts, comme r&#233;appropriation individuelle des moyens de production. Dans tous les cas, le ressort de ce contr&#244;le collectif et de cette r&#233;appropriation individuelle est constitu&#233; par une forme de coop&#233;ration. &#192; supposer que cette coop&#233;ration ne comporte pas des traits intrins&#232;quement illusoires ou d&#233;sastreux, son contenu est indissociable de ses formes. Cette coop&#233;ration repose sur des conditions juridiques et politiques : l'attribution d'une pouvoir de d&#233;cision et de gestion fond&#233;e sur la d&#233;mocratie directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, &#224; supposer qu'au terme de la transition le pouvoir public puisse n'&#234;tre qu'un moment particulier de l'association des producteurs, il ne peut exister imm&#233;diatement de fusion entre les formes politiques et les formes sociales. Quoi qu'il en soit &#233;galement, il n'existe pas de convergence spontan&#233;e entre la coordination de la production dans son ensemble et la coop&#233;ration productive dans l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite de ce texte n'a d'autre ambition que de parcourir les d&#233;tours et d'examiner les recoins de l'argumentation de Marx et d'Engels sur ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;center&gt;II. Figures de l'appropriation sociale&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me semble que l'on peut soutenir qu'il existe chez Marx et Engels deux pr&#233;sentations diff&#233;rentes des formes de l'appropriation sociale, en partie successives, en partie contemporaines. Ces formes, g&#233;n&#233;ralement distinctes, sont parfois donn&#233;e comme convergentes ; mais elles ne sont pas v&#233;ritablement pens&#233;es jusqu'au bout&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je m'inspire (tr&#232;s) librement de l'analyse de Jean Robelin. (Jean Robelin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La figure &#233;tatique de l'appropriation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re figure de l'appropriation sociale - la forme sous laquelle peut et doit s'effectuer le processus de l'appropriation sociale &#8211; est &lt;i&gt;la figure &#233;tatique de l'appropriation&lt;/i&gt;. Elle appara&#238;t dans toute sa nettet&#233; dans &lt;i&gt;Le Manifeste&lt;/i&gt; qui pr&#233;conise, parmi les mesures imm&#233;diates prises par le prol&#233;tariat au pouvoir, la centralisation et l'appropriation &#233;tatiques : l'appropriation proprement dite se traduisant &#224; la fois par l'intervention despotique dans le droit de propri&#233;t&#233; et les rapports de production et par la planification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;sentation est contemporaine - il faut le souligner - d'une critique des coop&#233;ratives (du moins dans la version propos&#233;e par Proudhon et exp&#233;riment&#233;e par les proudhoniens) qui ne retient rien de la contribution &#233;ventuelle des coop&#233;ratives &#224; la socialisation de la production. Et cette figure d'une socialisation par &#233;tatisation domin&#233;e par le prol&#233;tariat persistera bien au-del&#224;, notamment dans &lt;i&gt;l'Anti-D&#252;ring&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la forme &#233;tatique de la socialisation est indissociable de la forme de l'&#201;tat lui-m&#234;me. Marx et Engels, dans le &lt;i&gt;Manifest&lt;/i&gt;e, ne soul&#232;vent pas cette question, pour une raison tr&#232;s simple : ils ne lient pas la conqu&#234;te de la domination politique du prol&#233;tariat &#224; la destruction de la machine d'&#201;tat l&#233;gu&#233;e par l'&#201;tat de classe. La centralisation des moyens de production, la propri&#233;t&#233; &#233;tatique de ces moyens, la planification de leur usage, l'intervention &#233;tatique dans le droit de propri&#233;t&#233; et les rapports de production suffisent alors, &#224; leur yeux, &#224; ouvrir la transition au communisme. Un pas d&#233;cisif est donc franchi par Marx quand la forme politique de l'appropriation sociale est pr&#233;sent&#233;e comme une forme d&#233;mocratique d&#233;barrass&#233;e de la bureaucratie et de la repr&#233;sentation proprement politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on est claire, m&#234;me si elle n'est pas explicitement formul&#233;e : la forme &#233;tatique de la socialisation est indissociable de la forme d&#233;mocratique sp&#233;cifique de cette &#201;tat. Telle est la premi&#232;re le&#231;on de la Commune. Mais ce n'est peut-&#234;tre pas la principale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme r&#233;publicaine-communale de la domination politique est aussi une forme d'appropriation publique. Mais, &#224; suivre cette pente, tout semble indiquer que la forme politique et la forme sociale de l'appropriation se confondent, au risque de laisser persister le despotisme d'usine. La forme d&#233;mocratique - r&#233;publicaine et communale - de la socialisation para&#238;t insuffisante. Il ne suffit pas que l'&#201;tat de transition r&#233;sorbe la bureaucratie et transgresse les modalit&#233;s de repr&#233;sentation inscrites dans la s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat pour que cet &#201;tat ne reconduise pas la s&#233;paration entre les producteurs et les moyens de production et, ce faisant, l'ensemble des rapports de production capitalistes qui s'inscrivent dans cette s&#233;paration. Sans doute est-ce la raison pour laquelle Marx, dans &lt;i&gt;La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; met en avant les coop&#233;ratives et leur coordination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit alors se tourner vers la seconde forme de socialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 2. La figure coop&#233;rative de l'appropriation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde figure de l'appropriation sociale est &lt;i&gt;la figure coop&#233;rative de l'appropriation&lt;/i&gt;. La perspective de la socialisation coop&#233;rative est renvoy&#233;e &#224; la transition ouverte par la conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat : la critique de la forme coop&#233;rative comme forme directe de l'appropriation qui s'effectuerait sans changements des conditions g&#233;n&#233;rales (qu'il s'agisse du maintien de domination politique de la bourgeoisie et/ou des rapports marchands) est &#233;videmment maintenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme coop&#233;rative de socialisation est indissociable de la conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat qui seule peut cr&#233;er les conditions d'une socialisation effective. Telle est le fondement de la pol&#233;mique conduite par Marx et Engels dans plusieurs directions : contre Proudhon et contre Ferdinand Lassalle notamment. Mais ce qui est d'abord pr&#233;sent&#233; comme la r&#233;alisation d'exp&#233;riences doctrinaires vou&#233;es &#224; l'&#233;chec (&lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;) qui d&#233;tournent le prol&#233;tariat de la lutte pour le pouvoir (&lt;i&gt;Le 18 Brumaire&lt;/i&gt;) et/ou de la lutte pour l'abolition du capitalisme est pr&#233;sent&#233; peu &#224; peu dans sa dimension essentielle : &#224; l'&#233;conomie politique du capital, les coop&#233;ratives opposent l'&#233;conomie politique de la classe ouvri&#232;re - dont la port&#233;e &#233;mancipatrice d&#233;pend de la prise du pouvoir et du d&#233;passement du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la g&#233;n&#233;ralisation des coop&#233;ratives, la transformation de l'association des producteurs en une mosa&#239;que d'entreprises autog&#233;r&#233;es est une g&#233;n&#233;ralisation d'une forme exclusive de propri&#233;t&#233; ne connaissant entre elles d'autres m&#233;diations que celles de l'&#233;change, de la concurrence, bref du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on est claire m&#234;me si elle n'est pas explicitement formul&#233;e : il ne suffit pas de cr&#233;er des coop&#233;ratives, voire m&#234;me de demander &#224; l'&#201;tat de les soutenir pour franchir les limites de l'ordre social existant. Livr&#233;es &#224; elles-m&#234;mes, les coop&#233;ratives sont vou&#233;es &#224; l'&#233;chec. Aid&#233;es par l'&#201;tat, elles ne peuvent pas attendre de cet accouplement que celui-ci jette les bases d'un d&#233;passement du capitalisme. En revanche, sous la domination du prol&#233;tariat et sous r&#233;serve de prendre place dans un processus plus large incluant l'appropriation publique, elles sont indispensables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi un nouveau pas est franchi par Marx et Engels, quand ils exposent la n&#233;cessaire liaison entre d'une part les formes politiques et les formes de la socialisation et entre deux formes de socialisation. Mais quels sont les rapports entre forme politique et formes sociales et quel est le rapport entre les deux formes sociales ? La r&#233;ponse est &#224; peine esquiss&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait s'attendre alors &#224; ce que Marx et Engels proposent de distinguer deux niveaux de socialisation, rev&#234;tant des formes sp&#233;cifiques, mais rigoureusement articul&#233;s entre eux. La r&#233;alit&#233; (th&#233;orique) est beaucoup plus ambigu&#235;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; s'efforce de penser ensemble les formes de la domination politique et les formes de l'&#233;mancipation sociale et, particuli&#232;rement les formes de la socialisation. Mais force est de constater que le r&#233;sultat est inachev&#233;. La transition au communisme co&#239;ncide donc avec le processus d'abolition du capitalisme et d'appropriation commune des moyens de production. En quoi consiste cette appropriation commune ? Marx propose deux formulations successives. Selon la premi&#232;re (premier essai de r&#233;daction), Marx invite le prol&#233;tariat &#224; r&#233;aliser la &#171; la lib&#233;ration des formes sociales de production telles qu'elles existent dans l'organisation actuelle du travail (engendr&#233;es par l'industrie moderne) &#187; et &#224; &#171; r&#233;aliser la coordination harmonieuse de ces formes sur le plan national et international &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La guerre civile en France, p.216&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais quelles sont ces formes sociales qu'il s'agit de lib&#233;rer et de coordonner ? Marx n'en dit rien, mais on peut l&#233;gitimement penser qu'il s'agit des formes des production qui ont pour base la coop&#233;ration et qui se d&#233;ploient avec le machinisme et la grande industrie. S'agit-il des formes de la grande industrie priv&#233;e transform&#233;e en soci&#233;t&#233;s par action ou les formes coop&#233;ratives ? S'agit-il de lib&#233;rer les formes capitalistes de leur d&#233;termination sociale capitalistes et/ou de donner &#224; la coop&#233;ration et &#224; l'appropriation une nouvelle forme sociale ? Celle des coop&#233;ratives pr&#233;cis&#233;ment. Selon la seconde formulation (r&#233;daction d&#233;finitive), il s'agit de parvenir &#224; la r&#233;gulation planifi&#233;e de la production nationale par l'ensemble des coop&#233;ratives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 46. Le deuxi&#232;me essai de r&#233;daction ne dit rien &#224; ce propos.&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on laisse (provisoirement&#8230;) de c&#244;t&#233; la question du contenu de la planification (son objet, sa mesure), deux questions restent en suspens :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Quelle forme rev&#234;t cet &#171; ensemble des associations coop&#233;ratives &#187; ? Quelle est la forme de coordination de cette ensemble ? Une f&#233;d&#233;ration ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Quelle est la forme que rev&#234;t la r&#233;gulation planifi&#233;e ? D&#233;pend-elle directement de l'ensemble des coop&#233;ratives (leur f&#233;d&#233;ration) ou de l'ensemble des Communes (leur f&#233;d&#233;ration), c'est-&#224;-dire l'&#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, une fois encore, quels ont les rapports entre les deux formes de la socialisation (l'appropriation publique et l'appropriation coop&#233;rative) et quels sont les rapports entre ces formes de l'appropriation sociale et la forme &#233;tatique de la domination politique du prol&#233;tariat ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;III. Apories de l'appropriation sociale&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt; &lt;center&gt;Du rapport entre les formes de socialisation&lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re question : quelle est le rapport entre les deux formes de l'appropriation sociale ? Ces deux formes ou ces deux moment de l'association ne sont, ni th&#233;oriquement ni surtout pratiquement, logiquement et spontan&#233;ment imbriqu&#233;s, voire fusionn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elles ne sont pas dissoci&#233;es (ou quand la coop&#233;rative n'est pas purement et simplement &#171; oubli&#233;e &#187;), la tendance des textes de Marx consiste &#224; r&#233;partir entre elles deux fonctions diff&#233;rentes : la planification centralis&#233;e et la gestion coop&#233;rative. Les conditions et les formes de la n&#233;cessaire combinaison de l'appropriation publique (ou indirecte) et de l'appropriation sociale (et directe) ne sont pas clairement expos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux figures de la socialisation, tant qu'elles sont dissoci&#233;es ou quand elles sont dissoci&#233;es, soul&#232;vent des probl&#232;mes ou se traduisent par des tendances divergentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Quelle(s) n&#233;gation (s) de l' appropriation priv&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Deux n&#233;gations ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La socialisation de la production est d'abord socialisation des forces productives (forces de travail et moyens de production) : elle consiste, dans un m&#234;me mouvement, dans l'abolition de l'appropriation priv&#233;e des moyens de production (c'est-&#224;-dire dans la pleine reconnaissance de leur caract&#232;re social) et dans l'abolition de l'appropriation priv&#233;e des forces de travail et de leur coop&#233;ration (c'est &#224;-dire dans la pleine reconnaissance &#224; du caract&#232;re social du proc&#232;s de production). Autrement dit, la socialisation des forces productives implique, dans un m&#234;me mouvement, la socialisation des moyens de production et la socialisation de la force de travail : l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et l'abolition du salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dissociation des deux figures de la socialisation est tendanciellement une dissociation de cette double socialisation. La socialisation par l'&#233;tatisation tend &#224; privil&#233;gier la socialisation des moyens de production : leur appropriation &#233;tatique ou publique. La socialisation par la coop&#233;rative tend &#224; privil&#233;gier la socialisation de la force de travail : l'appropriation collective et autog&#233;r&#233;e des moyens et du proc&#232;s de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, l'&#233;tatisation est une forme de socialisation des moyens de production qui a comme corr&#233;lat la militarisation des forces de travail : ainsi, la m&#233;taphore de l'arm&#233;e du travail n'est pas seulement une m&#233;taphore. La coop&#233;ration sous la forme des coop&#233;ratives met en jeu la socialisation des moyens de production (qui d&#233;fait leur appropriation priv&#233;e) et celle de la force de travail (qui d&#233;fait le despotisme d'entreprise) : mais elle a pour corr&#233;lat le maintien d'entreprises ind&#233;pendantes (et, &#224; ce titre, priv&#233;es) soumises &#224; la loi du march&#233; ou, plus exactement, &#224; la valorisation de la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution de Marx qui, dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, pr&#233;conise l'&#233;tatisation des moyens de production et n&#233;glige les solutions coop&#233;ratives, et finit, dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, par pr&#233;senter les soci&#233;t&#233;s par action comme une transition n&#233;gative du capitalisme au communisme, dont le revers positif est constitu&#233; par les coop&#233;ratives, laisse penser que l'&#233;tatisation ne se voit plus reconna&#238;tre ses vertus primitives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx distingue, dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, deux formes de n&#233;gation de l'appropriation priv&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de l'appropriation priv&#233;e : les coop&#233;ratives et les soci&#233;t&#233;s par action. Les soci&#233;t&#233;s par action et les usines coop&#233;ratives apparaissent ainsi comme des formes de transition vers un nouveau mode de production. Mieux : Marx souligne que ces deux formes sont essentiellement diff&#233;rentes, voire contradictoires, puisque les soci&#233;t&#233;s par action r&#233;solvent n&#233;gativement la contradiction entre l'ancien et le nouveau que les coop&#233;ratives r&#233;solvent positivement. Les premi&#232;res font encore signe vers l'appropriation capitaliste, les secondes font signe vers l'appropriation socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Marx ne trie pas toutes les cons&#233;quences de son diagnostic. C'est ainsi qu'il n'h&#233;site pas &#224; &#233;crire que &#171; Il faut consid&#233;rer les entreprises capitalistes par actions, et, &lt;i&gt;au m&#234;me titre&lt;/i&gt; les usines coop&#233;ratives comme des formes de transition du mode capitaliste de production au mode collectiviste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, Livre Troisi&#232;me, t.1, p.106 .C'est moi qui souligne.&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette mise en &#233;quivalence ouvre la voie au retour de la figure de la socialisation sous la forme exclusive de l'&#233;tatisation. Comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le comprendre, il faut s'arr&#234;ter un instant sur le r&#244;le reconnu aux soci&#233;t&#233;s par actions. &#171; R&#233;sultat du d&#233;veloppement supr&#234;me de la production capitaliste &#187;, elles constituent un point de transition n&#233;cessaire pour deux rasions convergentes mais diff&#233;rentes puisqu'elles forment selon Marx, &#171; &lt;i&gt;le point par o&#249; passe n&#233;cessairement la reconversion du capital en propri&#233;t&#233; des producteurs&lt;/i&gt; non plus comme propri&#233;t&#233; priv&#233;e des producteurs particuliers, mais en tant que propri&#233;t&#233; des producteurs associ&#233;s &#187; ainsi que &#171; &lt;i&gt;le point par o&#249; passe la transformation de toutes les fonctions du proc&#232;s de reproduction encore attach&#233;s &#224; la propri&#233;t&#233; du capital en simples fonctions des producteurs associ&#233;s&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, Livre Troisi&#232;me, t.1, p.102-103. C'est moi qui souligne.&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cons&#233;quence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Une seule n&#233;gation ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces deux n&#233;gations de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, Engels souvent ne retiendra que la dynamique d'&#233;tatisation, au point de n&#233;gliger le r&#244;le des coop&#233;ratives (&#224; l'exception notable de sa &lt;i&gt;Pr&#233;face&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;La Guerre Civile en France&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Le retour de l'&#233;tatisation coup&#233;e de la coop&#233;ration appara&#238;t quand pr&#233;vaut la perspective d'une transformation des soci&#233;t&#233;s par action en propri&#233;t&#233; d'&#201;tat, notamment dans l' &lt;i&gt;Anti-Duhring&lt;/i&gt; qu'Engels ach&#232;ve de r&#233;diger en 1878&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anti-Duhring, p. 316-317, 319.&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est confirm&#233;e dans &lt;i&gt;Socialisme utopique et socialisme &lt;/i&gt;scientifique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions sociales, &#233;ditions bilingues, p. 167-175.&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; On notera qu'Engels n'&#233;voque les coop&#233;ratives que dans le contexte d'une critique des utopistes et pr&#233;sente la coop&#233;ration comme une stade et non comme une forme fondamentale que l'on retrouve dans les formes suivantes. L'&#233;tatisation capitaliste pr&#233;pare la socialisation, comprise comme prise en charge directe et sans d&#233;tour des forces productives par la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la &lt;i&gt;Critique du Programme d'Erhrfurt&lt;/i&gt;, Engels r&#233;it&#232;re et surench&#233;rit au point de voir dans les trusts un point de passage vers la planification : &#171; La production capitaliste des soci&#233;t&#233;s par actions n'est d&#233;j&#224; plus une production priv&#233;e, mais une production pour le compte d'un grand nombre d'associ&#233;s. Et si nous passons des soci&#233;t&#233;s par actions aux trusts qui se soumettent et monopolisent des branches enti&#232;res de l'industrie, alors&lt;i&gt; ce n'est pas seulement la fin de la production priv&#233;e, mais encore la cessation de l'absence de plan&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique des programmes de Gotha et d'Erfurt, p.96.&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; suivre cette pente, l'&#233;tatisation menace d'absorber la socialisation ou la socialisation de se r&#233;duire au couplage entre l'&#233;tatisation (certes prol&#233;tarienne&#8230;) et la planification (sans doute d&#233;mocratique&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La n&#233;gligence, voire l'omission, de l'importance des coop&#233;ratives (de l'autogestion) menace gravement l'ensemble du projet d'&#233;mancipation, notamment parce qu'elle laisse au second plan (voire fait dispara&#238;tre) la question du despotisme d'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ouvre ici une parenth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Parenth&#232;se sur la coop&#233;ration et le despotisme d'entreprise&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#233;galement, sur cette question, Antoine Artous, Marx, l'&#201;tat et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref rappel. Marx pr&#233;sente la coop&#233;ration simple comme la forme simple de la soumission formelle du travail au capital qui &#8211; c'est d&#233;cisif &#8211; demeure sous-jacente aux formes de la soumission r&#233;elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cap I, 2 p. 20, 27, Kap, p, 377, M61 p. 264, 377. J'abr&#232;ge ainsi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus exactement, c'est avec la coop&#233;ration que s'effectue le passage la subsomption simplement formelle &#224; la subsomption r&#233;elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M61, p. 272, 273.&#034; id=&#034;nh5-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La direction de la coop&#233;ration capitaliste rev&#234;t une forme sp&#233;cifique : au lieu d'&#234;tre une &#171; fonction particuli&#232;re du travail &#224; c&#244;t&#233; d'autres fonctions particuli&#232;res &#187;, elle est la puissance qui r&#233;alise l'unit&#233; de travailleurs &#171; comme une unit&#233; qui leur est &#233;trang&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M61, p. 273.&#034; id=&#034;nh5-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plac&#233;e &#171; sous le commandement du m&#234;me capitaliste &#171; , la coop&#233;ration prend la forme d'un travail planifi&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap. 362, 366, 371,Cap I, 2, p. 16, &#171; planifi&#233; &#187; dispara&#238;t p. 18, mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'abord &#171; cons&#233;quence formelle &#187; du travail aux ordres du capitaliste, ce commandement devient une exigence fonctionnelle de l'ex&#233;cution du proc&#232;s de travail proprement dit. Mieux : &#171; en tant que fonction sp&#233;cifique du capital, la fonction de direction acquiert des caract&#232;res sp&#233;cifiques &#187; et rev&#234;t une forme despotique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap, p. 372, Cap I, 2, p. 23-25.&#034; id=&#034;nh5-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ou, comparaison d&#233;cisive : la coop&#233;ration rev&#234;t la forme d'une arm&#233;e qui repose sur une hi&#233;rarchie militaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap, p. 374, Cap. I, 2, p. 24. L'organisation militaire du travail sera plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, la direction du proc&#232;s de travail, au lieu d'&#234;tre une simple fonction particuli&#232;re au sein de ce proc&#232;s, devient fonction exclusive et despotique du capital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap, p. 374, Cap I, p. 24.&#034; id=&#034;nh5-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus exactement, ce sont &#224; la fois l'association des producteurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M61, p. 271, Manuscrits de 1857-1858 (&#171; Grudrisse &#187;), t.2,, p. 75-77.&#034; id=&#034;nh5-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et la direction du proc&#232;s de travail qui deviennent - ali&#233;nation - des fonctions du capital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De ces deux aspects, le premier &#8211; sur lequel insistent les Grundrisse &#8211; est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage de la d&#233;possession impliqu&#233;e dans le proc&#232;s de travail capitaliste &#224; la r&#233;appropriation collective de ce proc&#232;s - la restitution au travailleur collectif des conditions de sa coop&#233;ration - suppose &#171; la propri&#233;t&#233; commune des moyens de production &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap. p. 376.&#034; id=&#034;nh5-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (). Cette propri&#233;t&#233; commune ne peut pas &#234;tre exclusivement publique, elle doit &#234;tre &#233;galement coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. D&#233;rives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est surtout dans les textes d'Engels (sauf erreur ou omission de ma part) que l'on peut relever une pr&#233;sentation de plus en plus p&#233;rilleuse. Marx souligne fortement le contraste entre le despotisme de organisation du travail et l'anarchie de la production. Que l'on puisse pr&#233;senter ce contraste comme une contradiction fait probl&#232;me (en quoi consiste pr&#233;cis&#233;ment la &#171; contradiction &#187; ?), surtout si cette contradiction, syst&#233;matiquement soulign&#233;e par Engels, doit &#234;tre r&#233;solue par la suppression d'un seul de ses termes : l'anarchie de la production. &#192; suivre cette pente, on mesure o&#249; elle risque de conduire : le transfert de l'arm&#233;e industrielle plac&#233;e sous le commandement du capital dans l'entreprise &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Un premier glissement engage sur cette pente : la pr&#233;sentation du despotisme comme une forme de direction ind&#233;pendante de tout &#233;tat social (Engels, &#171; De l'autorit&#233; &#187;).&lt;br class='manualbr' /&gt;- Un second glissement &#8211; que l'on ne trouve pas directement chez Engels, me semble-t-il &#8211; menace de s'ensuivre aussit&#244;t : la pr&#233;sentation de la planification comme transfert de l'organisation du travail dans l'entreprise &#224; l'organisation d'ensemble de la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robelin (que je suis tr&#232;s librement ici, une fois encore) ajoute au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;taphore militaire (du commandement des hommes) cesse alors d'&#234;tre une simple m&#233;taphore et la m&#233;taphore administrative (de l'administration des choses) devient l'enveloppe d'une militarisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e des forces de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'absence de toute reprise sous le contr&#244;le des producteurs de leur propre association dans la coop&#233;ration et de la direction du proc&#232;s de travail, la socialisation se transforme en g&#233;n&#233;ralisation de l'entreprise capitaliste ; l'association des producteurs se r&#233;sume dans la formation d'une seule entreprise d'&#201;tat ; la socialisation se confond avec la g&#233;n&#233;ralisation du despotisme d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe aucune raison s&#233;rieuse d'imputer &#224; Marx et Engels une telle d&#233;rive. Mais, dans la mesure o&#249; ils sugg&#232;rent que deux formes de socialisation oppos&#233;es (soci&#233;t&#233;s par action et coop&#233;ratives) indiquent la m&#234;me tendance, l'on a pu conclure qu'elles pr&#233;paraient au m&#234;me titre l'appropriation individuelle. Or leur nature et leur destin divergent. Les coop&#233;ratives tendent &#224; r&#233;duire la disjonction entre le travail et le capital que les soci&#233;t&#233;s par action tendent &#224; amplifier. De l&#224; deux d&#233;passements possibles de l'appropriation priv&#233;e : par g&#233;n&#233;ralisation des coop&#233;ratives et par acc&#233;l&#233;ration des monopoles. Il appara&#238;t donc que la contradiction entre socialisation des forces productives et appropriation priv&#233;e peut se r&#233;soudre de deux fa&#231;ons distinctes voire oppos&#233;es : par la socialisation du travail ou la socialisation du capital ; en d'autres termes, gr&#226;ce &#224; l'appropriation des forces productives (moyens de production) par l'&#233;tatisation ou gr&#226;ce appropriation du proc&#232;s de production par la coop&#233;rative. Or non seulement ces deux modalit&#233;s de reconnaissance de la socialisation des forces productives ne s'additionnent pas, mais elles s'opposent, comme les capitaux associ&#233;s par &#233;tatisation et les producteurs associ&#233;s par coop&#233;ration. Deux n&#233;gations de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ne font pas une solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, de l'aveu m&#234;me de Marx, la contradiction entre socialisation des forces productives et appropriation priv&#233;e se double d'une contradiction entre socialisation du travail et socialisation du capital. Tant que la seconde domine, il appara&#238;t que la bourgeoisie n'a pas &#233;puis&#233; son r&#244;le r&#233;volutionnaire. Mais, plus encore, le dilemme entre extrapolation utopique et anticipation utopique est ici &#224; son comble. Si rel&#232;ve de l'extrapolation utopique la volont&#233; de supprimer les effets en gardant la cause (supprimer la monnaie en gardant la valeur, le capitalisme en gardant la production marchande), alors supprimer la s&#233;paration des moyens de production en gardant la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; et de l'&#201;tat rel&#232;ve de l'utopie : le prol&#233;tariat ne peut s'approprier les moyens de production (appropriation sociale) qu'en surmontant la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; et de l'&#201;tat. Or, tant que se probl&#232;me n'est pas r&#233;solu, la socialisation, m&#234;me par l'improbable g&#233;n&#233;ralisation des coop&#233;ratives, rel&#232;ve de l'anticipation utopique. C'est pourquoi les contradictions latentes, mais dans l'histoire des marxismes appel&#233;es &#224; devenir explosives, entre les formes de la socialisation, correspondant &#224; la diff&#233;rence de leur objet, se r&#233;fractent dans les contradictions relatives &#224; leurs modalit&#233;s, c'est-&#224;-dire aux formes politiques de l'&#233;mancipation, auxquelles nous sommes, une fois encore, renvoy&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;IV. Apories de l'&#233;mancipation&lt;/strong&gt; &lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Du rapport entre domination politique et l'appropriation sociale&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me question : quel est le rapport entre la forme du pouvoir politique et les formes de l'appropriation sociale. Quand elles ne sont pas juxtapos&#233;es (ou la socialisation rabattue sur la planification centralis&#233;e), la tendance de Marx et d'Engels est de dissimuler le probl&#232;me derri&#232;re l'invocation d'une fantomatique &#171; soci&#233;t&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La forme enfin trouv&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;publique-communale est la forme enfin trouv&#233;e de l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat, c'est que la forme communale-r&#233;publicaine de la domination politique du prol&#233;tariat n'est pas une fin, mais un moyen. Elle doit en effet remplir deux fonctions, en principe, indissociables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- En tant que forme de domination politique &#8211; en tant qu'&#201;tat politique ajust&#233; &#224; la domination du prol&#233;tariat &#8211; elle doit permettre de poursuivre la lutte des classes jusqu'&#224; leur abolition. Et cela sur deux fronts : la lutte contre les tentatives violentes de contre-r&#233;volution et la lutte pour l'accomplissement de la r&#233;volution sociale, qui suppose une intervention proprement politique dans les rapports de propri&#233;t&#233; et les rapports de production capitalistes. C'est ce que souligne fortement le premier essai de r&#233;daction &lt;i&gt;de La Guerre Civile en France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 215-216.&#034; id=&#034;nh5-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Mais en m&#234;me temps cette forme de domination politique doit &#234;tre une forme politique de l'&#233;mancipation sociale, non seulement par ce qu'elle intervient dans l'expropriation des expropriateurs, mais parce qu'elle doit favoriser l'appropriation sociale des moyens de production et d'&#233;change et la ma&#238;trise du processus de production et de distribution. C'est encore ce que souligne fortement le premier essai de r&#233;daction &lt;i&gt;de La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; (p. 216 notamment).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la domination du prol&#233;tariat comporte n&#233;cessairement deux faces : une face destructive et r&#233;pressive et une face constructive et expansive. La lutte des classes et ses conditions d&#233;cident des rythmes et des modalit&#233;s particuli&#232;res, des avanc&#233;es et des reculs : c'est ce dont Marx est parfaitement conscient. C'est encore ce que souligne fortement le premier essai de r&#233;daction &lt;i&gt;de La Guerre Civile en France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 216 notamment.).&#034; id=&#034;nh5-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Les circonstances historiques, en contraignant &#224; privil&#233;gier la premi&#232;re fonction, peuvent conduire &#224; reculer, voire &#224; abandonner l'accomplissement de la seconde. Dans ce dernier cas, la d&#233;faite serait d&#233;j&#224; consomm&#233;e. Telle est la le&#231;on th&#233;orique et strat&#233;gique que l'on peut tirer de l'exp&#233;rience historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune en fournissant &#171; &#224; la R&#233;publique la base d'institutions d&#233;mocratiques &#187; n'atteint pas ainsi &#171; son but dernier &#187;. C'est en poursuivant son but qu'elle assure vraiment la domination politique du prol&#233;tariat. Elle &#233;tait la &#171; forme politique enfin trouv&#233;e qui permettait de r&#233;aliser l'&#233;mancipation &#233;conomique du travail &#187;. En effet : &#171; Sans cette derni&#232;re condition, la Constitution communale e&#251;t &#233;t&#233; une impossibilit&#233; et un leurre. La domination politique du prol&#233;tariat ne peut coexister avec l'&#233;ternisation de son esclavage social &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 45.&#034; id=&#034;nh5-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette domination politique doit &#234;tre imm&#233;diatement li&#233;e &#224; l'&#233;mancipation sociale. La forme de la domination (politique) doit &#234;tre la forme politique de l'&#233;mancipation (sociale)... la forme politique n&#233;cessaire &#224; l'expropriation des expropriateurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 46.&#034; id=&#034;nh5-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les probl&#232;mes n'en sont pas r&#233;solus pour autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Les probl&#232;mes en suspens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sorption de la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production passe par l'abolition de l'appropriation priv&#233;e et exclusive. Mais l'appropriation collective et commune rev&#234;t n&#233;cessairement deux formes distinctes, du moins initialement : l'appropriation publique par l'&#201;tat et l'appropriation collective par les travailleurs. Telle est du moins la le&#231;on la plus s&#251;re que l'on peut retenir, malgr&#233; tout, des arguments successifs et parfois dissoci&#233;s de Marx et Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport entre la forme politique de la domination et la forme sociale de son &#233;mancipation soul&#232;ve alors deux probl&#232;mes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Le probl&#232;me du rapport entre la forme de domination politique et la forme de l'appropriation par l'&#201;tat : entre la forme sp&#233;cifique de l'&#201;tat de transition et la forme de contr&#244;le sur les moyens de production. On peut consid&#233;rer que seul un &#201;tat qui tend &#224; r&#233;sorber la scission qu'ent&#233;rinent et reconduisent la repr&#233;sentation proprement politique et l'administration bureaucratique permet d'opposer effectivement l'appropriation publique &#224; l'appropriation priv&#233;e et/ou bureaucratique ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Le probl&#232;me du rapport entre la forme de domination politique et la forme de l'appropriation coop&#233;rative. La solution de ce probl&#232;me est loin d'&#234;tre claire &#224; mes yeux (brouill&#233;s - c'est mon excuse - par la bu&#233;e qui s'&#233;chappe des textes de Marx et Engels&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accoupler d&#233;mocratie et autogestion promet de beaux rejetons, pour peu que l'on r&#233;ponde &#224; deux questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Quel type d'ing&#233;rence du pouvoir politique (au niveau communal comme au niveau global) dans la sph&#232;re de la production coop&#233;rative ? La planification de transition ne peut prendre la forme de la planification communiste. Sinon elle risque de reconduire ou de laisser rena&#238;tre les formes bureaucratiques d'exercice du pouvoir d'&#201;tat et les formes despotiques de direction du travail coop&#233;ratif. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Quelle distinction et quels rapports entre les formes socialis&#233;s de coop&#233;ration et les formes d&#233;mocratis&#233;es de l'&#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* Apr&#232;s Marx&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Marx et Engels, les r&#233;gressions et les apories se sont multipli&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique de l'&#233;tatisation, non seulement menace de se replier vers des formes de propri&#233;t&#233; et d'appropriation proprement capitalistes (capitalisme d'&#201;tat, nationalisations), mais livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me elle menace de laisser subsister les effets de la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production dans l'entreprise. Soit tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment le despotisme d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re r&#233;gression commence quand l'appropriation publique est effectu&#233;e par un &#201;tat politique s&#233;par&#233; qui confie &#224; des gouvernants dominant les gouvern&#233;s les fonctions de direction et de gestion des entreprises &#8220; socialis&#233;es &#8221; : on aura reconnu l&#224; le destin de l'URSS sous Staline, quand la d&#233;formation bureaucratique devient la structure bureaucratique d'une dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde r&#233;gression &#8211; il n'est pas besoin d'argumenter longuement &#8211; commence quand, sous la domination politique de la bourgeoisie, les nationalisations (le cas &#233;ch&#233;ant assortie d'une gestion d&#233;mocratique) sont pr&#233;sent&#233;es comme une forme de socialisation : on aura reconnu les avatars de la d&#233;mocratie avanc&#233;e et autre bimbeloteries du PCF sous Georges Marchais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux impasses de l'autogestion, souvent tributaires des impasses de l'&#233;tatisation, elles ont trop souvent invit&#233; &#224; renoncer &#224; sa perspective. Mais &#224; quel prix ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Source&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler,&lt;i&gt; &#201;mancipation - Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus, &lt;/i&gt;suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques textes r&#233;unis sous ce titre n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s, initialement, en vue d'une publication, mais en vue d'une discussion, au sein d'un groupe de travail - &#171; D&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale &#187; - dont l'activit&#233; a permis de pr&#233;parer une journ&#233;e d'&#233;tude en juin 2001 : les contributions parues dans la revue &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt; rendent compte de cette journ&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis&#232;re la marxologie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
I. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-I-Democratie-revolution-emancipation-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'&#201;tat et la politique&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-II-Democratie-revolution-emancipation-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. D&#233;mocratie et appropriation sociale (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation chez Marx et Engels. Ci-dessus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. D&#233;mocratie et appropriation sociale (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution&lt;/i&gt; : &lt;i&gt; Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;http://athena.henri-maler.fr/Emancipation-IV-Democratie-et-appropriation-sociale-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NB : je n'ai pas respect&#233; cette limite.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut poser cette question, comme le fait Jacques Texier comme celle des rapports entre d&#233;mocratie et autogestion : &#8220; &#233;tant accord&#233; que la soci&#233;t&#233; alternative au capitalisme s'appelle socialisme ou communisme, quel r&#244;le doivent y jouer la d&#233;mocratie d'une part et l'autogestion d'autre part ? Ou pour radicaliser notre interrogation : le socialisme ou le communisme sont-ils concevables sans d&#233;mocratie et sans autogestion ? Jacques. Texier, &#171; Socialisme, d&#233;mocratie, autogestion &lt;i&gt; &#187;. La Pens&#233;e&lt;/i&gt;, n&#176; 321, janvier-mars 2000. Mais Jacques en conviendrait sans doute : ce n'est qu'un &#8211; bon &#8211; point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres de Marx et Engels se r&#233;f&#232;rent &#224; la derni&#232;re &#233;dition parue aux &#201;ditions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je m'inspire (tr&#232;s) librement de l'analyse de Jean Robelin. (Jean Robelin, &lt;i&gt;Marxisme et socialisation&lt;/i&gt;, Philosophie/M&#233;ridiens Klincksieck, 1989, Premi&#232;re partie : Figures de la socialisation.) Et je reprends, pour le pr&#233;ciser, l'expos&#233; esquiss&#233; dans &lt;i&gt;Convoiter l'impossible&lt;/i&gt; : un expos&#233; passablement &#8230; confus (cet adjectif &#233;tant choisi uniquement pour me m&#233;nager&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La guerre civile en France&lt;/i&gt;, p.216&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 46. Le deuxi&#232;me essai de r&#233;daction ne dit rien &#224; ce propos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre Troisi&#232;me, t.1, p.106 .C'est moi qui souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre Troisi&#232;me, t.1, p.102-103. C'est moi qui souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Anti-Duhring&lt;/i&gt;, p. 316-317, 319.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions sociales, &#233;ditions bilingues, p. 167-175.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique des programmes de Gotha et d'Erfurt&lt;/i&gt;, p.96.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#233;galement, sur cette question, Antoine Artous,&lt;i&gt; Marx, l'&#201;tat et la politique&lt;/i&gt;, &#233;ditions Syllepses, p. 124-127.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cap I, 2 p. 20, 27, Kap, p, 377, M61 p. 264, 377. J'abr&#232;ge ainsi respectivement &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;dition fran&#231;aise (Cap), &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, 4&#232;me &#233;dition (Kap), &lt;i&gt;Manuscrits de 1861-1863&lt;/i&gt; (M61), le tout aux &#201;ditions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M61, p. 272, 273.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M61, p. 273.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kap. 362, 366, 371,Cap I, 2, p. 16, &#171; planifi&#233; &#187; dispara&#238;t p. 18, mais appara&#238;t p. 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kap, p. 372, Cap I, 2, p. 23-25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kap, p. 374, Cap. I, 2, p. 24. L'organisation militaire du travail sera plus nettement analys&#233;e comme effet de la soumission r&#233;elle du travail au capital dans le &lt;i&gt;Chapitre in&#233;dit&lt;/i&gt; et dans les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, puis comme despotisme d'usine dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kap, p. 374, Cap I, p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M61, p. 271, Manuscrits de 1857-1858 (&#171; Grudrisse &#187;), t.2,, p. 75-77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De ces deux aspects, le premier &#8211; sur lequel insistent les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; &#8211; est effac&#233; dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kap. p. 376.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robelin (que je suis tr&#232;s librement ici, une fois encore) ajoute au transfert de l'organisation du travail &#224; l'organisation de la soci&#233;t&#233;, le transfert de l'organisation du travail &#224; l'organisation de prol&#233;tariat en classe dominante et le transfert de la discipline capitaliste &#224; la discipline prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 215-216.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p. 216 notamment.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marx et l'utopie (Dictionnaire des utopies, 2002)</title>
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		<dc:date>2021-08-22T07:50:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'utopie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Quelle critique de l'utopie ? Une critique utopique de l'utopie ? Un communisme utopique ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-l-utopie-+.html" rel="tag"&gt;Marx et l'utopie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L106xH150/arton67-52d8c.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans l'&#339;uvre de Karl Marx (1818-1883) et de Friedrich Engels (1820-1895)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220; Marx &#8221;, dans la suite, d&#233;signe, l'&#339;uvre commune et largement indissociable (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la tentative de jeter les bases d'un communisme &#171; critique et r&#233;volutionnaire &#187; est indissociable de la critique des formes &#171; critiques et utopiques &#187; du socialisme et du communisme. Quelle est cette critique de l'utopie ? Quel est ce communisme r&#233;volutionnaire ? N'est-il pas lui-m&#234;me une utopie ? (Version initiale de l'article &#171; Marx &#187; publi&#233; dans le &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; : une synth&#232;se et, souvent, un autoplagiat de contributions ant&#233;rieures)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Quelle critique de l'utopie ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; certains historiens, press&#233;s de n&#233;gliger l'histoire elle-m&#234;me, Marx n'aborde pas l'utopie comme un genre (litt&#233;raire ou philosophique) ou comme un type (de mentalit&#233; ou de rationalit&#233;) - clos sur lui-m&#234;me, r&#233;p&#233;titif et &#233;touffant - dont les invariants r&#233;v&#233;leraient le sens et annonceraient le destin autoritaire, voire totalitaire. Si les utopies sont monotones rien n'est plus monotone que cette critique des utopies. Pour Marx au contraire, les premi&#232;res formes du socialisme et du communisme ne sont pas les variantes occasionnelles d'une &#233;ternelle utopie, mais un moment historique irr&#233;ductible et particulier : le moment utopique des th&#233;ories, des projets et des pratiques de l'&#233;mancipation sociale du 19e si&#232;cle ; un moment historique que jalonnent les &#339;uvres des &#171; fondateurs &#187; : Henri de Saint-Simon, Robert Owen, Charles Fourier, principalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une critique abstraite des syst&#232;mes, Marx oppose une critique concr&#232;te de leur contenu. Aussi prend-il &#224; partie ceux qui &#171; d&#233;tachent les syst&#232;mes cri&#172;tiques et &#233;crits pol&#233;miques du mouvement r&#233;el dont ceux-ci sont l'expression (...) &#187;, car, dit-il, &#171; ils ont ainsi quitt&#233; le terrain de la r&#233;alit&#233;, de l'histoire et sont revenus sur le terrain de l'id&#233;ologie &#187; (&lt;i&gt;L'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;, 1845). &#192; une critique id&#233;ologique, il oppose une critique historique, dont la conclusion devrait encore faire r&#233;fl&#233;chir nos contemporains : &#171; Le contenu v&#233;ritable de tous les syst&#232;mes qui ont fait &#233;poque, ce sont les besoins de la p&#233;riode o&#249; ils ont fait leur apparition. &#192; la base de chacun d'eux, il y a toute l'&#233;volution ant&#233;rieure d'une nation, la forme donn&#233;e par l'histoire aux rapports de classes avec ses cons&#233;quences politiques, morales, philosophiques ou autres. Si l'on consid&#232;re cette base, il n'y a pas grand-chose &#224; tirer de la formule selon laquelle tous les syst&#232;mes sont de nature dogmatique ou dictatoriale &#187; (&lt;i&gt;ibidem&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, les aspirations sous-jacentes &#224; ces syst&#232;mes et la critique sociale qui les inspire importent davantage que leurs limites en tant que doctrines : ces limites qui leur valent cependant d'&#234;tre qualifi&#233;es d'utopiques. Pour la seule raison que ces doctrines ne seraient pas &#171; scientifiques &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; certains interpr&#232;tes, press&#233;s de consacrer la Science et ses d&#233;positaires, Marx ne se borne pas &#224; cong&#233;dier l'utopie au nom de la science. Il s&#8216;efforce au contraire, du moins dans ses premiers &#233;crits, de montrer comment ceux qu'il regarde comme des pr&#233;d&#233;cesseurs ont contribu&#233;, par leurs critiques de l'ordre social existant, &#224; doter le socialisme de rep&#232;res scientifiques. Telle est l'approche qui pr&#233;vaut notamment dans &lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt; (1845) o&#249; Proudhon lui-m&#234;me, pourtant &#226;prement combattu dans les &#339;uvres ult&#233;rieures, est couvert d'&#233;loges : avec &lt;i&gt;Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233; ?,&lt;/i&gt; il aurait &#233;crit un &#171; manifeste scientifique du prol&#233;tariat fran&#231;ais &#187; (&lt;i&gt;op.cit.)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt; (1847), Marx confirme partiellement ce diagnostic : &#171; Les socialistes et les communistes sont les th&#233;oriciens de la classe prol&#233;taire &#187;. Mais en l'absence des conditions sociales et mat&#233;rielles de l &#8216;&#233;mancipation souhait&#233;e, ces th&#233;oriciens &#171; courent apr&#232;s une science r&#233;g&#233;n&#233;ratrice &#187;. C'est cette pr&#233;cipitation doctrinaire que retient le concept d'utopie quand, Marx l'emploie alors - &lt;i&gt;pour la premi&#232;re fois&lt;/i&gt; (il faut le souligner) dans un &#233;crit public - pour d&#233;signer le moment initial du devenir scientifique du socialisme. Pourtant, le r&#244;le des &#171; fondateurs &#187; dans le d&#233;veloppement d'une critique radicale ajust&#233;e aux besoins du prol&#233;tariat reste fortement valoris&#233; : leurs conceptions sont bien indissolublement &#171; critiques et utopiques &#187;, ainsi que les qualifie le &lt;i&gt;Manifeste du Parti Communiste&lt;/i&gt; (1848)&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, &#224; l'heure des bilans, la contribution des utopistes au d&#233;veloppement de la science semble, notamment dans la brochure d'Engels, &lt;i&gt;Socialisme utopique et socialisme scientifique&lt;/i&gt; (1880), &#234;tre compl&#232;tement oubli&#233;e. Il suffit alors d'une lecture superficielle pour pr&#233;senter la distinction relative entre l'utopie et la science comme une opposition exclusive : la science contre l'utopie. Telle sera la vocation du commentaire pr&#233;tendument &#171; orthodoxe &#187; : sous couvert de d&#233;noncer l'utopie, il abritera, d&#232;s la fin du 19e si&#232;cle, un retour de la science doctrinaire que Marx entendait d&#233;passer. Et ce retour culminera dans le marxisme stalinis&#233; : le pr&#233;tendu &#171; marxisme-l&#233;ninisme &#187;. Mais le d&#233;sastre historique cautionn&#233; par la &#171; doctrine &#187; ne doit pas obscurcir l'horizon : pour Marx, &#171; le d&#233;veloppement du socialisme de l'utopie &#224; la science &#187; - titre initial de la brochure d'Engels - n'est pas un simple &lt;i&gt;passage&lt;/i&gt; de l'utopie &#224; la science. Mieux : il ne s'agit pas de la simple transmission d'un&lt;i&gt; h&#233;ritage, &lt;/i&gt;mais de la r&#233;alisation d'un&lt;i&gt; sauvetage&lt;/i&gt; (Miguel Abensour).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauvetage du socialisme dot&#233; de fondements scientifiques ; sauvetage de l'utopie ainsi devenue concr&#232;te ? Marx, en tout cas, en prenant en charge les perspectives d'&#233;mancipation entrevues par ses pr&#233;d&#233;cesseurs, n'a jamais totalement d&#233;sert&#233; le territoire de l'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Une critique utopique de l'utopie ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si Marx critique comme utopies des prescriptions doctrinaires qui manquent le mouvement r&#233;el de l'histoire, voire qui s'opposent &#224; lui, c'est pour leur opposer le point de vue d'une histoire qui serait porteuse de la possibilit&#233; d'une &#233;mancipation totale : son concept de l'utopie est un concept communiste de l'utopie ; sa critique est une critique utopique de l'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la perspective d'une &#233;mancipation totale est commun&#233;ment r&#233;cus&#233;e comme le comble de l'utopie, Marx la revendique express&#233;ment. C'est &#224; ce titre qu'il commence par retourner contre le lib&#233;ralisme politique sa condamnation de l'utopie : ce qui constitue &#171; un r&#234;ve utopique pour l'Allemagne &#187;, ce n'est pas, nous dit-il, &#171; l'&#233;mancipation humaine &lt;i&gt;universelle&lt;/i&gt; &#187; mais l'&#233;mancipation particuli&#232;re ou partielle&lt;i&gt; : &lt;/i&gt;&#171; la r&#233;volution uniquement politique, la r&#233;volution qui laisserait debout les piliers de l'&#233;difice &#187; (&lt;i&gt;Contribution &#224; la Critique de la Philosophie du Droit de Hegel&lt;/i&gt;, 1843).&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Le d&#233;fi lanc&#233; au lib&#233;ralisme est radical : ce n'est plus l'&#233;mancipation totale que d&#233;signe le concept d'utopie, mais l'&#233;mancipation partielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voie suivie dans les &#233;crits ult&#233;rieurs est d&#233;sormais trac&#233;e : si le socialisme et le communisme peuvent rev&#234;tir eux-m&#234;mes des formes utopiques, ce n'est pas parce qu'ils adoptent le point de vue de la totalit&#233;, mais, au contraire, parce qu'ils y d&#233;rogent. Tant qu'ils restent partiels, ils sont abstraits. Critiques, projets, pratiques : dans toutes leurs dimensions, ils s'en tiennent alors &#224; des abstractions dogmatiques. Leurs critiques se pr&#233;valent de leur caract&#232;re scientifique, mais reposent sur une saisie abstraite de la totalit&#233; et de l'histoire ; leurs projets manquent aussi bien la perspective d'une &#233;mancipation totale que la totalit&#233; des conditions requises ; leurs pratiques plut&#244;t que de pr&#233;parer une r&#233;volution g&#233;n&#233;rale, privil&#233;gient de petites &#171; exp&#233;riences doctrinaires &#187;, tent&#233;es dans le dos de l'histoire r&#233;elle (&lt;i&gt;Le 18 Brumaire&lt;/i&gt;, 1852). Mais, aux yeux de Marx, ces abstractions ne forment qu'un moment : ces mutilations de l'histoire peuvent &#234;tre expliqu&#233;es et d&#233;pass&#233;es par l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le point de vue de l'histoire leur est commun&#233;ment oppos&#233; pour confondre dans une m&#234;me condamnation le communisme et l'utopie, ce point de vue permet &#224; Marx distinguer le communisme de ses formes utopiques. Ainsi, dans le &lt;i&gt;Manifeste du Parti communiste&lt;/i&gt; (1948), le passage consacr&#233; au &#171; &#171; socialisme et communisme critiques et utopiques &#187; ponctue une analyse de l'histoire qui situe le communisme dans son mouvement et &#224; son horizon. Dans cette perspective, Saint-Simon, Owen et Fourier m&#233;ritent des &#233;loges en raison des dimensions critiques et des fonctions r&#233;volutionnaires &#171; &#224; bien des &#233;gards &#187; de leurs conceptions. Replac&#233;es dans l'histoire, les anticipations doctrinaires se pr&#233;sentent non comme des d&#233;faillances r&#233;dhibitoires mais comme des raccourcis provisoires : des substituts temporaires qui n'invalident nullement le projet socialiste et communiste. En revanche, cette mise en histoire, en expliquant l'immaturit&#233; des th&#233;ories par l'immaturit&#233; des luttes de classes, fait valoir que l'importance de ces substituts &#171; est en raison inverse du d&#233;veloppement historique &#187;. C'est pourquoi l'&#233;valuation ambivalente des fondateurs &#8211; &#171; critiques et utopiques &#187; - sert la d&#233;nonciation sans nuances des successeurs : des &#171; disciples &#187; qui &#171; constituent chaque fois des sectes r&#233;actionnaires &#187;. C'est pourquoi, surtout, l'enlisement dans l'utopie peut et doit faire place &#224; son d&#233;passement dont le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; est pr&#233;cis&#233;ment le manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel d&#233;passement ? S'il ne s'agit pas simplement de remplacer l'utopie par la science, que devient l'utopie dans la conception de Marx ? Selon Ernst Bloch, l'utopie se maintiendrait sous une forme transform&#233;e dans une th&#233;orie o&#249; circulent deux courants : le &#171; courant froid &#187; de la science et le &#171; courant chaud &#187; de l'utopie devenue concr&#232;te quand elle a trouv&#233; des assises scientifiques. Reste alors la question d&#233;cisive : le communisme de Marx est-il vraiment cette utopie concr&#232;te ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Un communisme utopique ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour tenter de filtrer l'h&#233;ritage utopique de Marx, une critique interne devrait s'efforcer de s&#233;parer le bon grain d'une utopie f&#233;conde de l'ivraie d'une utopie st&#233;rile ; de distinguer l'utopie strat&#233;gique (effectivement branch&#233;e sur des virtualit&#233;s concr&#232;tes) de l'utopie chim&#233;rique, (secr&#232;tement hant&#233;e par les illusions des utopies abstraites).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prise en mauvaise part, l'utopie d&#233;signe en g&#233;n&#233;ral des prescriptions doctrinaires (dont la r&#233;alisation serait hors de port&#233;e) et/ ou des perfections imaginaires (qui seraient absolument hors d'atteinte). Or si Marx retient le premier sens, il n&#233;glige le second. N'aurait-il pas, &#224; sa fa&#231;on, &#233;t&#233; s&#233;duit par des mirages ? C'est ce que laisse penser la tentation d'opposer aux anticipations partielles des moments et du but de l'&#233;mancipation, la perspective d'une &#233;mancipation totale : au risque de r&#233;introduire ainsi la perspective chim&#233;rique d'une soci&#233;t&#233; enti&#232;rement r&#233;concili&#233;e et d'un individu pleinement &#233;panoui. L'existence de ce risque semble confirm&#233;e quand on d&#233;tecte dans le communisme de Marx la persistance de trois illusions majeures &#8211; trois r&#234;ves qui menacent de virer au cauchemar : le r&#234;ve d'une soci&#233;t&#233; qui, sans division entre les classes et sans &#201;tat, serait pleinement restitu&#233;e &#224; elle-m&#234;me ; le r&#234;ve d'une soci&#233;t&#233; qui, enti&#232;rement planifi&#233;e, ma&#238;triserait enti&#232;rement son histoire ; le r&#234;ve d'une soci&#233;t&#233; qui, d&#233;barrass&#233;e de l'opacit&#233; produite par les rapports marchands, rendrait imm&#233;diatement visibles, pour tous et pour chacun, les modalit&#233;s et les fins des activit&#233;s humaines. Immanence, omnipotence, transparence : trois perfections imaginaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prise en mauvaise part, l'utopie d&#233;signe encore des v&#339;ux exauc&#233;s d'avance par l'entremise de l'imagination ou de la divination : des r&#234;ves accomplis avant m&#234;me de s'&#234;tre r&#233;alis&#233;s (parce qu'ils sont consign&#233;s dans des syst&#232;mes cadenass&#233;s) ou des paris gagn&#233;s avant m&#234;me d'avoir &#233;t&#233; tenus (parce qu'ils sont garantis par une histoire r&#233;v&#233;l&#233;e). Une fois encore, Marx retient le premier sens et n&#233;glige le second. N'aurait-il pas, &#224; sa fa&#231;on, c&#233;d&#233; &#224; des promesses ? C'est ce que laisse penser la tentative de d&#233;montrer la n&#233;cessaire possibilit&#233; du communisme quand Marx succombe &#224; la tentation d'en proclamer la n&#233;cessaire effectivit&#233; ou l'av&#232;nement in&#233;vitable : au risque de confier &#224; une histoire tut&#233;laire l'actualisation des virtualit&#233;s d'une histoire ouverte et ind&#233;cise. L'existence de ce risque semble confirm&#233;e quand Marx pr&#233;sente la r&#233;volution sociale non comme une cible strat&#233;gique &#224; atteindre, mais comme un moment historique d&#233;j&#224; fix&#233;. Les prescriptions doctrinaires se pr&#233;sentent, selon Marx, comme autant de &lt;i&gt;substitutions&lt;/i&gt; en cascade : les substitutions de l'utopique &#224; l'historique, de l'invention &#224; la r&#233;volution, de l'imaginaire au r&#233;el. Cette logique de la substitution appellerait son d&#233;passement par une logique de la r&#233;volution. Mais Marx laisse souvent entendre que ce d&#233;passement strat&#233;giquement n&#233;cessaire est garanti par un remplacement historiquement in&#233;vitable. R&#233;volution et communisme in&#233;luctables : deux promesses illusoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, n'en d&#233;plaise aux critiques press&#233;s d'en d&#233;coudre et d'en finir, le communisme de Marx est irr&#233;ductible aux illusions qui le hantent et aux tentations qui le minent. Les r&#234;veries chim&#233;riques qui courent en filigrane de son &#339;uvre restent mineures au regard des fondations strat&#233;giques qui en forment la trame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment alors comprendre l'utopie si elle peut &#234;tre mise ou remise en ordre de marche ? Comment comprendre le communisme de Marx, s'il est, dans le bon sens du terme, une utopie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utopie ne saurait &#234;tre enferm&#233;e dans un genre de romans ou de doctrines &#8211; dans des effusions litt&#233;raires ou des prescriptions doctrinaires. L'utopie, avant d'&#234;tre livr&#233;e au travail de la connaissance, est &#224; l'&#339;uvre dans l'histoire : des virtualit&#233;s utopiques habitent le changement social, des acteurs combattent pour les actualiser - des utopistes, si l'on veut, qui sont aussi des fauteurs d'histoire. Toute l'&#339;uvre de Marx est d&#233;di&#233;e &#224; la d&#233;tection de ces virtualit&#233;s : sa critique du capitalisme et ses analyses des antagonismes de classes s'efforcent de mettre &#224; jour les potentialit&#233;s de leur d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'utopie ne consiste pas seulement &#224; r&#234;ver de ce qui est absolument impossible, mais &#224; d&#233;terminer ce qui est relativement impossible. Est utopique alors ce qui &lt;i&gt;para&#238;t&lt;/i&gt; irr&#233;alisable du point de vue de l'ordre social existant, mais &lt;i&gt;pourrait &lt;/i&gt;avoir sa place rationnellement &#233;tablie dans un autre ordre social. Est utopique surtout ce qui n'est&lt;i&gt; rendu&lt;/i&gt; impossible que par un ordre social qui en inter&#172;dit la r&#233;alisation, bien qu'il en porte concr&#232;tement la possibilit&#233; (Herbert Marcuse). Le communisme selon Marx serait alors cette perspective en attente, &#224; la fois accessible et contrari&#233;e : une utopie - mais une &#171; utopie de bon aloi &#187; (Ernst Bloch).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce communisme en appelle &#224; une soci&#233;t&#233; sans classes (ce qui ne signifie pas sans in&#233;galit&#233;s ni conflits) et sans Etat politique (ce qui ne signifie pas sans pouvoir public) : il est alors irr&#233;ductible &#224; la chim&#232;re inconsistante (et dangereuse) d'une soci&#233;t&#233; totalement unifi&#233;e et r&#233;concili&#233;e. Ce communisme se pr&#233;sente comme le projet d'une libre association des producteurs qui auraient conquis la ma&#238;trise des processus sociaux qui, dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, leur &#233;chappent et les dominent : il n'est pas condamn&#233; &#224; se confondre avec des fantasmes d&#233;risoires (et d&#233;sastreux) de toute-puissance. Ce communisme ne serait ni d&#233;sirable, ni r&#233;alisable ? On peut en discuter &#8230; Mais, dans une histoire ouverte, si le partage entre le possible et l'impossible peut &#234;tre l'objet d'un d&#233;bat, c'est parce qu'il est aussi l'enjeu d'un combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utopie de bon aloi est d'abord, aux yeux de Marx, l'utopie du bon combat : l'enjeu d'une strat&#233;gie. Cette utopie &#8211; le communisme - peut s'enfermer dans des syst&#232;mes doctrinaires et se r&#233;fugier dans des r&#234;veries vell&#233;itaires, c&#233;der &#224; des mirages et &#224; des promesses ; mais elle est tout enti&#232;re dans le mouvement, th&#233;orique et pratique, de leur d&#233;passement. Ce d&#233;passement est &#224; l'&#339;uvre dans la d&#233;tection utopique de possibilit&#233;s contrari&#233;es, mais d'ores et d&#233;j&#224; r&#233;elles et agissantes ; et dans l'activation utopique de possibilit&#233;s disruptives qui s'opposent &#224; l'ordre &#233;tabli et en l&#233;zardent les assises. Le communisme n'est alors, pour Marx lui-m&#234;me, que cela : le mouvement r&#233;el de sa possibilit&#233; et l'id&#233;al de son accomplissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle possibilit&#233; ? Quel id&#233;al ? La possibilit&#233; concr&#232;te d'une appropriation sociale par tous les &#234;tres humains eux-m&#234;mes des conditions de leur existence : les moyens de production, d'&#233;change et de communication qui, dans les soci&#233;t&#233;s capitalistes, sont la propri&#233;t&#233; exclusive de quelques-uns. Quel id&#233;al ? une soci&#233;t&#233; o&#249; le libre d&#233;veloppement de chacun serait la condition du libre d&#233;veloppement de toutes et de tous. Cette possibilit&#233; et cet id&#233;al sont utopiques ? Oui, mais concr&#232;tement enracin&#233;s dans les contradictions des formes d'exploitation et de domination qu'ils invitent &#224; abolir et qu'il est, selon Marx, concr&#232;tement possible d'abolir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rep&#232;res bibliographiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels, bien s&#251;r, et&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abensour (Miguel), &lt;i&gt;Les formes de l'utopie socialiste et communiste. Essai sur le communisme critique et l'utopie&lt;/i&gt;, 2 volumes, 1972. Th&#232;se non publi&#233;e, dont est extrait : &#8220; L'Histoire de l'utopie et le destin de sa critique &#8221;, &lt;i&gt;Textures&lt;/i&gt; n&#176;6/7 (1973) et n&#176;8/9 (1974) ; &#171; Marx : quelle critique de l'utopie ?&#034;, &lt;i&gt;Lignes&lt;/i&gt; N0 17, octobre 1992, pp.43-65.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bloch (Ernst), &lt;i&gt;Le Principe Esp&#233;rance (&lt;/i&gt;1959), Gallimard, Paris, 3 tomes, 1977,1982, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maler (Henri), &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx, &lt;/i&gt;L'Harmattan, Paris, 1994 ; &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Albin Michel, Paris, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcuse (Herbert), &lt;i&gt;La Fin de l'Utopie&lt;/i&gt;, Le Seuil, Paris, 1958 ; &lt;i&gt;Vers la lib&#233;ration&lt;/i&gt;, M&#233;diations/Deno&#235;l, Paris, 1969.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220; Marx &#8221;, dans la suite, d&#233;signe, l'&#339;uvre commune et largement indissociable de ces deux auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La vocation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat selon Karl Marx (1843-1848)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les d&#233;veloppements d'un concept.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L120xH150/arton65-03cae.jpg?1726250900' class='spip_logo spip_logo_right' width='120' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s 1843, Marx d&#233;veloppe une conception du prol&#233;tariat dont les principaux traits m&#233;ritent un expos&#233; pointilleux, voire tatillon . Cet expos&#233;, sans &#234;tre exhaustif, permet d'introduire une approche critique de la vocation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et de la vocation communiste de la r&#233;volution. Je reprends donc ici ce que, selon une approche sensiblement diff&#233;rente, j'avais tent&#233; de pr&#233;senter dans un ouvrage pr&#233;c&#233;dent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx, &#233;ditions Albin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si mon expos&#233; est exact, ses dimensions critiques ressortent suffisamment, sans qu'il soit n&#233;cessaire d'insister.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Anticipations et pr&#233;figurations (1843-1845)&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt;, Marx soutient que l'&#233;mancipation humaine ne s'ach&#232;ve pas avec l'&#233;mancipation politique : &#171; l'&#233;mancipation politique n'est pas le mode accompli, d&#233;pourvu de contradictions, de l'&#233;mancipation humaine &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question juive, in Friedrich Engels et Karl Marx, Annales (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'&#233;mancipation qui recevra ult&#233;rieurement, dans l'&#339;uvre de Marx, le nom de communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'est cette &#233;mancipation humaine qui, selon Marx, est d'embl&#233;e &#224; l'ordre du jour en Allemagne. Plus exactement et &#224; la diff&#233;rence de la France : &#171; En Allemagne, l'&#233;mancipation universelle et la &lt;i&gt;conditio sine qua non&lt;/i&gt; de l'&#233;mancipation universelle.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel, Aubier, bil. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; De l&#224; cette question : &#171; &#171; D'o&#249; bien la possibilit&#233; positive de l'&#233;mancipation allemande ? &#187; R&#233;ponse : dans la formation du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. N&#233;gations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 19843, le prol&#233;tariat se d&#233;finit par une double privation : la privation de soci&#233;t&#233; et la privation d'humanit&#233;. En d'autres termes, l'ali&#233;nation de l'essence humaine culmine dans l'ali&#233;nation du prol&#233;tariat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(1)&lt;/strong&gt; Le prol&#233;tariat se d&#233;finit tout d'abord par &lt;i&gt;la privation de soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Plus exactement, dans le prol&#233;tariat, la soci&#233;t&#233;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;civile-bourgeoise est d'ores et d&#233;j&#224; dissoute ou en voie de dissolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me d'&#234;tre explicitement attribu&#233;e au prol&#233;tariat, la privation d'appartenance &#224; la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise est mentionn&#233;e sous une forme att&#233;nu&#233;e, d&#232;s le manuscrit de 1843 consacr&#233; &#224; la critique du droit politique h&#233;g&#233;lien : &#171; L'absence de possession et l'&#233;tat du travail imm&#233;diat, du travail concret, forment &lt;strong&gt;moins &lt;/strong&gt;un &#233;tat de la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise que le sol sur lequel reposent et se meuvent les cercles de cette soci&#233;t&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du Droit politique h&#233;g&#233;lien , &#201;ditions sociales, 1980, p. 136 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois plus tard, Marx, dans &lt;i&gt;Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel&lt;/i&gt;, en attribuant sp&#233;cifiquement cette privation au prol&#233;tariat, en radicalise la pr&#233;sentation. L'exclusion de la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise est totale et cette exclusion est en m&#234;me temps la dissolution de cette soci&#233;t&#233; : la &#171; possibilit&#233; positive de l'&#233;mancipation allemande &#187; (comprise comme &#233;mancipation humaine) r&#233;side &#171; dans la formation d'une classe aux cha&#238;nes radicales, d'une classe de la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise &lt;i&gt;qui &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;n'est pas&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; une classe de la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise, d'un &#233;tat qui est la dissolution de tous les &#233;tats&lt;/i&gt; (...). Cette &lt;i&gt;dissolution de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, r&#233;alis&#233;e dans un &#233;tat particulier, c'est le prol&#233;tariat &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel, Aubier, bil. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce concept du prol&#233;tariat, il faut le souligner, est son concept philosophique qui absorbe, mais sans l'annuler, l'observation empirique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La Sainte-Famille, &lt;/i&gt;c'est la dissolution de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e qui est, semble-t-il, donn&#233;e par Marx comme le fondement de cette dissolution de la soci&#233;t&#233; au sein m&#234;me du prol&#233;tariat : le prol&#233;tariat &#171; est le c&#244;t&#233; n&#233;gatif de la contradiction, l'inqui&#233;tude au sein de la contradiction, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e dissoute et se dissolvant &#187;. Comprenons que dans le prol&#233;tariat la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est d&#233;j&#224; dissoute et que son action a un effet dissolvant. Cela ne signifie pas que l'autre c&#244;t&#233; de la contradiction ne joue aucun r&#244;le : &#171; Il est vrai que dans son mouvement &#233;conomique, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e s'achemine d'elle-m&#234;me vers sa propre dissolution &#187;. Mais elle ne le fait qu'en engendrant le prol&#233;tariat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Sainte Famille, &#201;ditions sociales, p. 47.&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette analyse est corrobor&#233;e par l'&#233;tude empirique que propose Engels, au m&#234;me moment dans &lt;i&gt;La Situation de la classe laborieuse en Angleterre&lt;/i&gt; (1845). Nous verrons qu'elle n'est pas totalement abandonn&#233;e dans les &#339;uvres post&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(2)&lt;/strong&gt; Or la privation de soci&#233;t&#233; se double de &lt;i&gt;la privation d'humanit&#233;&lt;/i&gt;. Le prol&#233;tariat est s&#233;par&#233; de l'essence humaine, car il est la n&#233;gation m&#234;me de cette essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx, dans ses &#171; critiques en marge &#187; d'un article d'Arnold Ruge (publi&#233;es en ao&#251;t 1844) souligne que l'exclusion du prol&#233;tariat &#233;quivaut &#224; son exclusion de la communaut&#233; humaine et de l'essence humaine. Le prol&#233;tariat n'est pas seulement isol&#233; de la communaut&#233; politique, comme tous les acteurs de soul&#232;vements, &#224; commencer par les bourgeois qui firent la r&#233;volution de 1789 : &#171; Mais la communaut&#233; dont l'ouvrier est s&#233;par&#233; est une communaut&#233; d'une toute autre r&#233;alit&#233; et d'une toute autre ampleur que la communaut&#233; politique.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Cette communaut&#233; dont le s&#233;pare son propre travail est la vie m&#234;me,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;la vie physique et intellectuelle, la vie morale humaine, l'activit&#233; humaine, la jouissance humaine,&lt;i&gt; l'essence humaine. &lt;/i&gt;L'essence humaine est la v&#233;ritable communaut&#233; des hommes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Critiques en marges de l'article &#034;Le Roi de Prusse et la r&#233;forme sociale. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Marx affirme encore dans &lt;i&gt;La Sainte-Famille &lt;/i&gt; : &#171; Si les auteurs socialistes attribuent au prol&#233;tariat ce r&#244;le historique, ce n'est pas du tout (...) parce qu'ils consid&#232;rent les prol&#233;taires comme des dieux. C'est plut&#244;t l'inverse.&lt;i&gt; Dans le prol&#233;tariat pleinement d&#233;velopp&#233; se trouve pratiquement achev&#233;e l'abstraction de toute humanit&#233;, m&#234;me de l'apparence d'humanit&#233; ; &lt;/i&gt;dans les conditions de vie du prol&#233;tariat se trouvent condens&#233;es toutes les conditions de vie de la soci&#233;t&#233; actuelle dans ce qu'elles peuvent avoir de plus inhumain.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Sainte Famille, op.cit., p. 47.&#034; id=&#034;nh7-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, n&#233;gatif et n&#233;gation de la soci&#233;t&#233; et de l'humanit&#233;, &#171; l'essence du prol&#233;tariat &#187;, comme Marx la d&#233;signe occasionnellement, se r&#233;sume dans son &lt;i&gt;exclusion &lt;/i&gt; : exclusion, non seulement de la communaut&#233; politique, mais surtout de la communaut&#233; sociale ; exclusion de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e comprise comme exclusion radicale de toute participation &#224; la richesse ; exclusions que signent son ali&#233;nation et sa paup&#233;risation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut souligner la formidable charge critique - litt&#233;ralement extraordinaire au regard de l'ordinaire d'une critique philosophique compass&#233;e - qui habite ce recours au concept d'essence humaine et ne pas le passer trop vite par-dessus bord. Mais cette contradiction entre l'existence et essence humaine d&#233;termine, aux yeux de Marx, la vocation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'ali&#233;nation, une fois parvenue &#224; son comble, doit, selon Marx, n&#233;cessairement se renverser. Le prol&#233;tariat, n&#233;gation de toute humanit&#233;, par le mouvement de n&#233;gation de cette n&#233;gation (sugg&#233;r&#233; sans &#234;tre express&#233;ment affirm&#233;), pr&#233;pare et pr&#233;figure l'&#233;mancipation humaine dont certains prol&#233;taires sont d&#8216;ores d&#233;j&#224; l'incarnation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Pr&#233;figurations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce diagnostic et cette promesse ont une histoire. Dans une lettre adress&#233;e &#224; Arnold Ruge en mai 1843, Marx oppose au monde inhumain des philistins, le monde humain de la d&#233;mocratie. L'annonce de ce monde humain r&#233;side alors, pour Marx, dans l'entente de l'humanit&#233; pensante et de l'humanit&#233; souffrante, de la t&#234;te et du c&#339;ur. L'activit&#233; de l'esprit et le d&#233;sir de libert&#233; sont les signes avant-coureurs de la r&#233;alisation de l'essence humaine que d&#233;finissent pr&#233;cis&#233;ment la Raison et la Libert&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx &#224; Arnold Ruge, Correspondance, tome 1, &#233;ditions sociales,1978, p. 296.&#034; id=&#034;nh7-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, la radicalisation de la critique et l'adoption du point de vue d'une &#233;mancipation humaine int&#233;grale r&#233;int&#232;grent ces d&#233;terminations dans une perspective plus vaste et les attribuent au prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le prol&#233;tariat incarne n&#233;gativement, comme dissolution de fait, la dissolution &#224; venir de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, son existence pr&#233;figure aussi positivement la constitution &#224; venir de la soci&#233;t&#233; humaine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand le prol&#233;tariat annonce la dissolution de l'ordre du monde existant jusqu'alors, il ne fait qu'exprimer le secret de sa propre existence, car il est la dissolution effective de cet ordre du monde &#187;. La soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise repose sur la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et se partage en de multiples &#233;tats particuliers. Le prol&#233;tariat, dans la mesure o&#249; il est priv&#233; de la propri&#233;t&#233; et de la particularit&#233; des &#233;tats, est la n&#233;gation-dissolution de fait de cette soci&#233;t&#233; : &#171; Quand le prol&#233;tariat exige la n&#233;gation de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, il &#233;l&#232;ve simplement au rang de principe de la soci&#233;t&#233;, ce dont la soci&#233;t&#233; a fait son principe &#224; lui, &lt;i&gt;ce qui est d&#233;j&#224; incarn&#233; en lui sans sa collaboration, comme le r&#233;sultat n&#233;gatif de la soci&#233;t&#233;.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel, op.cit., p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le prol&#233;tariat se d&#233;finit par la privation de toute humanit&#233;, les ouvriers communistes, par leur activit&#233; pratique comme leur conscience th&#233;orique, incarnent ou pr&#233;figurent, d'ores et d&#233;j&#224;, le d&#233;passement de l'ali&#233;nation humaine et la r&#233;alisation de l'essence humaine : &lt;i&gt;la noblesse humaine&lt;/i&gt;, selon l'expression que Marx r&#233;p&#232;te avec insistance, &#224; peu de variantes pr&#232;s. C'est cette noblesse qui se manifeste dans le besoin de soci&#233;t&#233;, la soif de culture et la conscience m&#234;me des ouvriers et que Marx d&#233;couvre, non plus dans le prol&#233;tariat th&#233;oriquement d&#233;fini, mais, empiriquement, parmi les ouvriers communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(1)&lt;/strong&gt; C'est &lt;i&gt;le besoin de soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; que Marx, dans les &lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt;, place au premier plan : &#171; Lorsque les ouvriers communistes se r&#233;unissent, c'est d'abord la doctrine, la propagande, etc., qui est leur but. Mais, en m&#234;me temps, ils s'approprient par l&#224;&lt;i&gt; un besoin nouveau, le besoin de la soci&#233;t&#233;, et ce qui semble le moyen est devenu le but.&lt;/i&gt; On peut observer les plus brillants r&#233;sultats de ce mouvement pratique lorsque l'on voit r&#233;unis les ouvriers socialistes fran&#231;ais. Fumer, boire, manger, etc., ne sont plus l&#224; comme des pr&#233;textes &#224; r&#233;union ou des moyens d'union. L'assembl&#233;e, l'association, la conversation qui a son tour &#224; la soci&#233;t&#233; pour but leur suffisent, la fraternit&#233; humaine n'est pas chez eux une phrase vide, mais une v&#233;rit&#233;, et&lt;i&gt; la noblesse de l'humanit&#233; &lt;/i&gt;brille sur ces figures endurcies par le travail.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuscrits de 1844, op.cit., p. 107-108.&#034; id=&#034;nh7-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le besoin de soci&#233;t&#233; n'est rien d'autre pour Marx que le besoin d'accomplissement du genre humain. Ainsi, dans une lettre adress&#233;e le 11 ao&#251;t 1844 &#224; Feuerbach, Marx, pour expliquer que ce dernier a donn&#233; &#171; un fondement philosophique au socialisme &#187;, &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;L'unit&#233; entre les hommes et l'humanit&#233;&lt;/i&gt;, qui repose sur les diff&#233;rences r&#233;elles entre les hommes, le concept de genre humain ramen&#233; du ciel de l'abstraction &#224; la r&#233;alit&#233; terrestre, qu'est-ce sinon le concept de soci&#233;t&#233; ! &#187;. La r&#233;alisation de cette unit&#233; passe par la r&#233;appropriation par les hommes de leur humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'adressant &#224; Feuerbach, Marx pousse dans leurs derni&#232;res cons&#233;quences la conception de ce dernier. Il ajoute : &#171; C'est un ph&#233;nom&#232;ne remarquable de voir que, &#224; l'inverse du 18&#232;me si&#232;cle, la religiosit&#233; est devenue le fait des classes moyennes et de la classe sup&#233;rieure, alors que par contre l'irr&#233;ligion - j'entends par l&#224; celle de l'homme qui se sent homme v&#233;ritablement - est devenue l'apanage du prol&#233;tariat fran&#231;ais &#187;. Or l'affirmation de l'humanit&#233;, qui se d&#233;prend notamment de l'ali&#233;nation religieuse, conf&#232;re aux ouvriers fran&#231;ais leur noblesse humaine. Marx poursuit, en effet, sans transition : &#171; Il faudrait que vous ayez assist&#233; &#224; une r&#233;union des ouvriers fran&#231;ais pour pouvoir croire &#224; la fra&#238;cheur juv&#233;nile, &#224; la&lt;i&gt; noblesse &lt;/i&gt;qui se manifeste chez ces ouvriers &#233;reint&#233;s.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx &#224; Ludwig Feuerbach, Correspondance. t.1, op.cit., p.323- 324.&#034; id=&#034;nh7-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(2)&lt;/strong&gt; Cette noblesse se manifeste particuli&#232;rement par la&lt;i&gt; soif de culture&lt;/i&gt; que Marx met en valeur dans cette m&#234;me lettre en distinguant les ouvriers par leur nationalit&#233; : &#171; Le prol&#233;tariat anglais fait aussi des progr&#232;s gigantesque, mais il lui manque&lt;i&gt; le caract&#232;re cultiv&#233; &lt;/i&gt;des Fran&#231;ais. Mais je ne dois pas oublier de souligner les m&#233;rites des ouvriers allemands en Suisse, &#224; Londres et &#224; Paris sur le plan th&#233;orique.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem.&#034; id=&#034;nh7-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur la soif de savoir que Marx met l'accent dans &lt;i&gt;La Sainte Famille &lt;/i&gt; : &#171; Il faut avoir connu l'application studieuse,&lt;i&gt; la soif de savoir, &lt;/i&gt;l'&#233;nergie morale, l'infatigable instinct de d&#233;veloppement des ouvriers fran&#231;ais et anglais, pour pouvoir se faire une id&#233;e de &lt;i&gt;la noblesse humaine&lt;/i&gt; de ce mouvement.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Sainte Famille, op.cit., p. 106.&#034; id=&#034;nh7-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#233;j&#224; ce qui ressortait de l'&#233;loge de Weitling, prononc&#233; dans les &#171; critique en marge de l'article contre Ruge : &#171; Pour ce qui est de la culture des ouvriers allemands ou g&#233;n&#233;ralement de leur capacit&#233; &#224; se cultiver, je rappellerai l'&#339;uvre g&#233;niale de Weitling qui d&#233;passe souvent Proudhon lui-m&#234;me au point de vue th&#233;orique (...).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Critiques en marge de l'article &#034;Le roi de Prusse et la r&#233;forme sociale &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette soif de culture co&#239;ncide avec le besoin des prol&#233;taires d'accomplir pleinement leur humanit&#233;. Ainsi, comme pour souligner que le d&#233;veloppement th&#233;orique n'est qu'un aspect partiel du d&#233;veloppement humain, Marx apr&#232;s avoir soulign&#233; &#171; les m&#233;rites des ouvriers allemands (...) sur le plan th&#233;orique &#187;, ajoute : &#171; &lt;i&gt;Seulement l'ouvrier allemand reste encore trop ouvrier&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx &#224; Ludwig Feuerbach, Correspondance. t.1, op.cit., p. 324.&#034; id=&#034;nh7-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, et ne manifeste pas encore le d&#233;veloppement humain dans toute sa pl&#233;nitude. Or, c'est cette pl&#233;nitude, et en particulier la pr&#233;sence de la passion au c&#339;ur de la pens&#233;e qui aux yeux de Marx est typique du caract&#232;re fran&#231;ais, tel qu'il ressort de l'affirmation de Fourier, cit&#233;e par Marx : &#171; &lt;i&gt;L'homme est tout entier dans ses passions&lt;/i&gt; &#187;. Clin d'&#339;il &#224; Feuerbach qui avait affirm&#233; avec force la n&#233;cessaire union de la t&#234;te et du c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;strong&gt;3)&lt;/strong&gt; Enfin, dans le prol&#233;tariat s'incarne la v&#233;ritable &lt;i&gt;conscience humaine.&lt;/i&gt; Par la conscience m&#234;me de son inhumanit&#233;, le prol&#233;tariat t&#233;moigne de son humanit&#233;. Si la vocation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat est comprise dans son essence, elle l'est particuli&#232;rement dans la conscience de cette essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Marx indique en toutes lettres dans ses &#171; Critiques en marge &#187; de l'article d'Arnold Ruge :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; Le soul&#232;vement sil&#233;sien commence pr&#233;cis&#233;ment o&#249; finissent les soul&#232;vements ouvriers fran&#231;ais et anglais, par &lt;i&gt;la conscience de l'essence du prol&#233;tariat&lt;/i&gt; [mit dem Bewusstsein &#252;ber das Wesen des Proletariats].&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critiques en marges, in Grandjonc op. cit., p. 157.Voir aussi in Karl Marx, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Comprenons, bien que Marx ne dise pas clairement, que cette &#171; essence du prol&#233;tariat &#187; est son essence r&#233;volutionnaire : Marx en effet souligne que, dans le chant des tisserands, le prol&#233;tariat &#171; clame imm&#233;diatement et de fa&#231;on frappante, brutale, tranchante, violente&lt;i&gt; son opposition &#224; la soci&#233;t&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. La conscience de l'essence du prol&#233;tariat est la conscience de cette opposition : celle d'une humanit&#233; consciente de son inhumanit&#233; et qui a pour vocation de la d&#233;passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Marx affirme dans&lt;i&gt; La Sainte Famille&lt;/i&gt;. Si &#171; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e s'achemine, d'elle-m&#234;me vers sa propre dissolution &#187;, c'est &#171; uniquement en engendrant le prol&#233;tariat en tant que prol&#233;tariat, la mis&#232;re consciente de cette mis&#232;re morale et physique, &lt;i&gt;l'humanit&#233; consciente de cette inhumanit&#233; qui, du fait de cette conscience, s'abolit en se d&#233;passant&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Sainte Famille, op.cit., p. 47.&#034; id=&#034;nh7-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On comprend alors qu'il suffit de savoir &#171; ce que le prol&#233;tariat est &#187; pour savoir &#171; ce qu'il sera oblig&#233; historiquement de faire conform&#233;ment &#224; cet &#234;tre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 48.&#034; id=&#034;nh7-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : sa vocation r&#233;volutionnaire et communiste (avant m&#234;me que cet adjectif soit adopt&#233;) est inscrite dans cet &#234;tre. Et cette vocation est confirm&#233;e par la vocation universelle de l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. Universalit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessaire possibilit&#233; d'une &#233;mancipation &lt;i&gt;humaine&lt;/i&gt; dont est d&#233;positaire le prol&#233;tariat est universelle en plusieurs sens (que l'on peut essayer de distinguer en ajustant le vocabulaire). Le prol&#233;tariat a pour vocation d'accomplir l'&#233;mancipation humaine dans sa totalit&#233; pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il concentre l'ali&#233;nation dans sa totalit&#233; : une &#233;mancipation totale, c'est-&#224;-dire une &#233;mancipation &lt;i&gt;compl&#232;te&lt;/i&gt; (qui surmonte la totalit&#233; des ali&#233;nations), une &#233;mancipation &lt;i&gt;universelle&lt;/i&gt; (qui surmonte l'ali&#233;nation de la totalit&#233; des hommes), une &#233;mancipation &lt;i&gt;int&#233;grale&lt;/i&gt; (qui surmonte la totalit&#233; des ali&#233;nations de l'individu).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa &lt;i&gt;Contribution &#224; la critique de Hegel, &lt;/i&gt;Marx lie &#233;troitement ces trois dimensions. Le prol&#233;tariat est porteur de l'&#233;mancipation &lt;i&gt;universelle&lt;/i&gt; de tous les hommes : c'est gr&#226;ce &#224; lui que l'&#233;mancipation universelle qui, en Allemagne, est &#171; la condition sine qua non de tout &#233;mancipation partielle &#187;, peut se r&#233;aliser. S'il en est ainsi, c'est que dans le prol&#233;tariat se concentre la totalit&#233; des ali&#233;nations humaines, et partant, de l'ali&#233;nation de tous les hommes. L'&#233;mancipation humaine d&#233;pend de l'action d'une &#171; sph&#232;re qui poss&#232;de&lt;i&gt; un caract&#232;re universel&lt;/i&gt; (universellen) de par ses souffrances universelles (universellen) &#187; : cette sph&#232;re, c'est le prol&#233;tariat. Ainsi, et du m&#234;me coup, si le prol&#233;tariat est porteur d'une &#233;mancipation universelle (de tous les hommes), c'est parce qu'il est porteur d'une &#233;mancipation &lt;i&gt;compl&#232;te&lt;/i&gt; (de toutes les ali&#233;nations) ; et s'il s'agit d'une &#233;mancipation globale (qui atteint toutes les formes de l'ali&#233;nation de tous les hommes), c'est parce qu'elle est radicale (parce qu'elle les atteint &#224; la racine). Quel est, en effet, le r&#244;le de cette sph&#232;re universelle ? &#171; Elle ne se trouve pas dans une opposition&lt;i&gt; partielle&lt;/i&gt; (einseitigen) avec les cons&#233;quences de la structure politique allemande, mais dans une opposition&lt;i&gt; universelle&lt;/i&gt; (allseitigen) avec les conditions pr&#233;alables de cette structure &#187;. D&#232;s lors, l'&#233;mancipation universelle co&#239;ncide avec l'&#233;mancipation &lt;i&gt;int&#233;grale&lt;/i&gt; de l'homme (et de chaque homme), parce que cette sph&#232;re &#171; constitue, en un mot, la perte &lt;i&gt;totale&lt;/i&gt; (v&#246;llige) de l'homme et ne peut se reconqu&#233;rir que par la reconqu&#234;te &lt;i&gt;totale&lt;/i&gt; (v&#246;llige) de l'homme.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel, op.cit., pp. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et les &#233;crits post&#233;rieurs reprennent cette analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx, dans les &lt;i&gt;Manuscrits de 1844,&lt;/i&gt; explicite par la critique du travail ali&#233;n&#233;, pourquoi le prol&#233;tariat est porteur d'une &#233;mancipation universelle sous la forme d'une &#233;mancipation particuli&#232;re : &#171; De ce rapport du travail ali&#233;n&#233; &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, il r&#233;sulte que l'&#233;mancipation de la soci&#233;t&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, etc. de la servitude, s'exprime sous la forme politique de l'&#233;mancipation des ouvriers, non pas comme s'il s'agissait seulement de leur &#233;mancipation&lt;i&gt; universelle &lt;/i&gt;de l'homme &#187;. Or, c'est parce qu'elle est porteuse d'une &#233;mancipation c&lt;i&gt;ompl&#232;te&lt;/i&gt; que l'&#233;mancipation universelle de l'homme est incluse dans l'&#233;mancipation particuli&#232;re des ouvriers : &#171; ...celle-ci y est incluse parce que tout l'asservissement de l'homme est impliqu&#233; dans le rapport de l'ouvrier &#224; la production, et que tous les rapports de servitude ne sont que des variantes et des cons&#233;quences de ce rapport &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuscrits de 1844, op.cit. p. 68.&#034; id=&#034;nh7-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce Marx confirme, dans les &#171; Critiques en marge &#187; de l'article de Ruge : dans la r&#233;volte du prol&#233;tariat contre une ali&#233;nation &lt;i&gt;compl&#232;te&lt;/i&gt; (de l'homme dans sa totalit&#233;) est impliqu&#233;e une signification universelle (qui concerne tous les hommes). &#171; L'essence humaine est la v&#233;ritable communaut&#233; des hommes (Gemeinwesn des Menschen) &#187;. Or, le prol&#233;tariat est s&#233;par&#233; de cette essence et &#171; la funeste s&#233;paration d'avec cette essence est infiniment plus&lt;i&gt; universelle &lt;/i&gt;(allseitiger)... que l'isolement de la communaut&#233; politique &#187;. Aussi, &#171; le soul&#232;vement industriel, si&lt;i&gt; partiel &lt;/i&gt;(partiell)&lt;i&gt; &lt;/i&gt;soit-il, n'en renferme pas moins une &#226;me&lt;i&gt; universelle&lt;/i&gt; (universelle) &#187;, alors que &#171; le soul&#232;vement politique si universel, soit-il, n'en cache pas moins sous sa forme la plus colossale un esprit &#233;triqu&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critiques en marges in Grandjonc, op.cit., p. 161. Voir aussi in Karl Marx, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans&lt;i&gt; La Sainte Famille,&lt;/i&gt; Marx r&#233;affirme une fois encore que l'&#233;mancipation de tous les hommes est impliqu&#233;e dans les conditions d'une &#233;mancipation de toutes les formes d'ali&#233;nation concentr&#233;es dans le prol&#233;tariat. L'ali&#233;nation est, certes, universelle : &#171; La classe poss&#233;dante et la classe prol&#233;taire repr&#233;sentent la m&#234;me ali&#233;nation &#187;. Mais la premi&#232;re &#171; poss&#232;de en elle l'apparence d'une existence humaine &#187;. Dans le prol&#233;tariat l'inhumanit&#233; est totale, et partant universelle : &#171; Dans le prol&#233;tariat pleinement d&#233;velopp&#233; se trouve pratiquement achev&#233;e l'abstraction de toute humanit&#233;, m&#234;me de l'apparence d'humanit&#233; ; dans les conditions de vie du prol&#233;taire se trouvent condens&#233;es&lt;i&gt; toutes &lt;/i&gt;les conditions de vie de la soci&#233;t&#233; actuelle dans ce qu'elles peuvent avoir de plus inhumain &#187;. L'&#233;mancipation du prol&#233;tariat doit par cons&#233;quent r&#233;aliser une &#233;mancipation compl&#232;te : &#171; il ne peut se lib&#233;rer lui-m&#234;me sans abolir ses propres conditions de vie. Il ne peut abolir ses propres conditions de vie sans abolir&lt;i&gt; toutes l&lt;/i&gt;es conditions de vie inhumaine de la soci&#233;t&#233; actuelle, que r&#233;sume sa propre situation.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Sainte Famille, op.cit., p. 47-48.&#034; id=&#034;nh7-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Et par cons&#233;quent &#233;manciper la totalit&#233; des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon cette conception, le prol&#233;tariat, d'ores et d&#233;j&#224; parvenu au comble de l'ali&#233;nation de l'essence humaine, est donn&#233; comme l'acteur d'une &#233;mancipation humaine, &#224; tous &#233;gards universelle, qu'il pr&#233;figure dans certaines de ses manifestations. La fusion ainsi propos&#233;e du diagnostic et de pronostic est-elle th&#233;oriquement et historiquement fond&#233;e ? Les raisons d'en douter, voire d'en r&#233;cuser les pr&#233;tentions, ne manquent pas. Une utopie r&#233;v&#233;l&#233;e sous-tend ces pr&#233;tentions partiellement rectifi&#233;es dans les &#339;uvres ult&#233;rieures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une examen plus d&#233;taill&#233;, voir Convoiter l'impossible, op.cit.&#034; id=&#034;nh7-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Modifications et pers&#233;v&#233;rations (1845-1848)&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#233;crits post&#233;rieurs &#224; 1845, l'expos&#233; par Marx de la vocation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et de la vocation communiste de sa r&#233;volution fait l'objet de modifications majeures et de notables pers&#233;v&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Modifications&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(1)&lt;/strong&gt; Marx, dans &lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, puis dans &lt;i&gt;Le Manifeste&lt;/i&gt;, introduit distinctement une modification apparemment d&#233;cisive. Les conditions historiques d'une &#233;mancipation humaine ne reposent pas sur les seules &#233;paules du prol&#233;tariat, mais elles prennent en compte d&#233;sormais ses conditions mat&#233;rielles : &lt;i&gt;la vocation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et la vocation communiste de la r&#233;volution sont inscrits dans le d&#233;veloppement des forces productives&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le r&#244;le d&#233;volu au d&#233;veloppement des forces productives, Voir, qui m&#233;rite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont donc, selon &lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, les conditions d'une &#171; transformation radicale &#187; ou d'une &#171; r&#233;volution radicale &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;ologie allemande, &#201;ditions sociales, 1976, respectivement p. 2 et p. 37.&#034; id=&#034;nh7-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Quelles sont les conditions de cette r&#233;volution que Marx d&#233;signe le plus souvent comme &#171; r&#233;volution communiste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., pp. 36, 37, 381.&#034; id=&#034;nh7-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, expression qui englobe, en g&#233;n&#233;ral indistinctement, comme pour marquer l'unit&#233; du processus, l'acte politique et la transformation sociale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions qui rendent possibles indissolublement la r&#233;volution et le communisme (une r&#233;volution d&#233;bouchant sur le communisme) sont &#171; &lt;i&gt;d'une part&lt;/i&gt;, les forces productives existantes et, &lt;i&gt;d'autre part&lt;/i&gt;, la formation d'une masse r&#233;volutionnaire qui fasse la r&#233;volution &#187;). Le d&#233;veloppement des forces productives doit &#234;tre &#224; la fois universel et &#233;lev&#233; : il doit &#234;tre &#233;lev&#233; (et donc universel) pour rendre le communisme possible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., pp. 22, 33, 45, 50, 381.&#034; id=&#034;nh7-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; la fois comme mouvement co&#239;ncidant avec le d&#233;veloppement des antagonismes de classes, comme r&#233;volution accomplie conjointement dans plusieurs pays et comme r&#233;sultat reposant sur l'abondance (car sans ce d&#233;veloppement &#171; c'est la p&#233;nurie qui deviendrait g&#233;n&#233;rale, et, avec la lutte pour le besoin &#187;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 33.&#034; id=&#034;nh7-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quel est plus pr&#233;cis&#233;ment le rapport entre &#171; d'une part et &#171; d'autre part &#187;, entre le d&#233;veloppement de ces deux conditions, forces productives et classe r&#233;volutionnaire ? Marx l'&#233;tablit ainsi : la privation de &#171; la masse de l'humanit&#233; &#187; de toute propri&#233;t&#233; et son opposition au monde existant &#171; pr&#233;supposent toutes deux un grand accroissement de la force productive, c'est-&#224;-dire un stade &#233;lev&#233; de son d&#233;veloppement &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 33.&#034; id=&#034;nh7-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Au d&#233;veloppement des forces productives, &#171; qui ne peuvent &#234;tre que n&#233;fastes dans le cadre des rapports existants et ne sont plus des forces productives, mais des forces destructrice (le machinisme et l'argent) &#187; correspond un &#171; &lt;i&gt;fait li&#233; au pr&#233;c&#233;dent&lt;/i&gt; &#187; : la naissance d'une classe r&#233;volutionnaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 37.&#034; id=&#034;nh7-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; - qui se constitue comme telle au fil du d&#233;veloppement de ses r&#233;voltes, index&#233; &#224; son tour sur le d&#233;veloppement des forces productives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., pp. 196-197 par ex.&#034; id=&#034;nh7-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans&lt;i&gt; Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;, Marx confirme cette liaison. Il commence par affirmer que d&#233;veloppement des forces productives cr&#233;e &#171; les conditions mat&#233;rielles n&#233;cessaires &#224; l'affranchissement du prol&#233;tariat et &#224; la formation d'une soci&#233;t&#233; nouvelle &#187; et que du d&#233;veloppement du prol&#233;tariat d&#233;pend sa capacit&#233; de &#171; se constituer en classe &#187; et de donner &#224; sa lutte &#171; un caract&#232;re politique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mis&#232;re de la Philosophie, &#201;ditions sociales, 1972, p. 133.&#034; id=&#034;nh7-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or le rapport entre ces deux conditions est ainsi pr&#233;sent&#233; : &#171; les coalitions n'ont pas cess&#233; un instant de marcher et de grandir avec le d&#233;veloppement et l'agrandissement de l'industrie moderne &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 176.&#034; id=&#034;nh7-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De m&#234;me, les forces productives (qui entrent entre contradiction avec les rapports de production) incluent &#171; le plus grand pouvoir productif &#187; que constitue &#171; la classe r&#233;volutionnaire elle-m&#234;me &#187;. Par cons&#233;quent : &#171; L'organisation des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires comme classe suppose l'existence de toutes les forces productives qui pouvaient s'engendrer dans le sein de la soci&#233;t&#233; ancienne &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 178&#034; id=&#034;nh7-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, le r&#244;le d&#233;cisif d&#233;volu au d&#233;veloppement des forces productives &lt;i&gt;semble&lt;/i&gt; confier &#224; ce d&#233;veloppement l'accomplissement des promesses dont l'&#234;tre m&#234;me du prol&#233;tariat &#233;tait le porteur selon les &#233;crits de 1843 &#224; 1845.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, dans le &lt;i&gt;Manifeste du Parti communiste &lt;/i&gt;l'affirme une fois encore :&lt;i&gt; la vocation du prol&#233;tariat &#224; la r&#233;volution&lt;/i&gt; est inscrite dans le d&#233;veloppement des forces productives pr&#233;cis&#233;ment attribu&#233; &#224; la bourgeoisie. Le rapport, m&#233;taphoriquement &#233;tabli, m&#233;rite qu'on s'y arr&#234;te : &#171; &lt;i&gt;La bourgeoisie n'a pas seulement forg&#233; les armes qui la mettront &#224; mort : elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes - les ouvriers modernes, les prol&#233;taires&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste du Parti communiste, &#233;dition bilingue, &#201;ditions sociales, 1972, p. 49.&#034; id=&#034;nh7-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Autrement dit, le prol&#233;tariat est charg&#233; d'ex&#233;cuter la sentence prononc&#233;e par le d&#233;veloppement des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la lutte des classes, dont le r&#244;le est, de texte en texte, rendu d&#233;cisif qui doit permettre d'ex&#233;cuter cette sentence : le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; est le manifeste de cette lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suspendue au d&#233;veloppement des forces productives,&lt;i&gt; la vocation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat &lt;/i&gt;co&#239;ncide avec&lt;i&gt; la vocation communiste de la r&#233;volution &lt;/i&gt; : si le d&#233;veloppement universel de forces productives rend insupportable l'ali&#233;nation qu'il provoque, et engendre avec le prol&#233;tariat la force qui n&#233;cessairement doit abattre la domination du capital par une r&#233;volution et une appropriation des forces productives, c'est dans le d&#233;veloppement universel de ces m&#234;mes forces productives que se trouve pr&#233;figur&#233;, sous la forme de ses conditions mat&#233;rielles, le communisme lui-m&#234;me. S'il en est ainsi, c'est notamment &#8211; nous y reviendrons - parce que ce d&#233;veloppement se traduit pas une division du travail qui, pouss&#233;e &#224; &#8216;extr&#234;me, porte en elle la n&#233;cessaire possibilit&#233;s de son d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture avec les utopies doctrinaires (indiff&#233;rentes aux conditions historiques de l'&#233;mancipation), comme avec l'anticipation propos&#233;e par Marx lui-m&#234;me (initialement discret sur ses conditions mat&#233;rielles), &lt;i&gt;semble&lt;/i&gt; d&#233;finitivement consomm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rectification n'est pas la seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(2)&lt;/strong&gt; Les &#233;crits post&#233;rieurs &#224; 1845 modifient et temp&#232;rent les indications propos&#233;e jusqu'alors selon lequel le processus de n&#233;gation de leur propre inhumanit&#233; pr&#233;dispose une fraction des travailleurs &#224; incarner, en raison de leur noblesse humaine, l'&#233;mancipation humaine elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est, en premier lieu, &lt;i&gt;le processus de transformation des hommes&lt;/i&gt; lui-m&#234;me dont le sens et l'ampleur sont pr&#233;cis&#233;s &#224; l'occasion de la critique des id&#233;ologues, pour lesquels il s'agit se changer au lieu de changer le monde ou de changer de conscience pour changer le monde dont elle est la conscience. C'est ainsi que Marx d&#233;nonce, dans la conception de Stirner, &#171; l'attitude de la phras&#233;ologie id&#233;aliste, selon laquelle Je, l'&#233;l&#233;ment r&#233;el, ne doit pas changer la r&#233;alit&#233;, ce que je ne peux faire qu'avec d'autres, mais&lt;i&gt; me changer moi-m&#234;me au fond de moi-m&#234;me&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 205.&#034; id=&#034;nh7-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx, il s'agit non de se changer au lieu de changer le monde, mais de changer le monde pour se changer ou, plus exactement, de se changer en changeant le monde. C'est ce que Marx confirme quand il revient &#224; la charge contre Stirner un peu plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Stirner croit (...) que les prol&#233;taires communistes qui r&#233;volutionnent la soci&#233;t&#233; et &#233;tablissent les rapports de production et la formes des relations sur une base nouvelle, c'est-&#224;-dire eux-m&#234;mes, en tant qu'hommes nouveaux, sur leur nouveau mode de vie, restent &#034;ceux qu'ils &#233;taient dans le pass&#233;&#034;. La propagande inlassable que font les prol&#233;taires, les discussions qu'ils organisent entre eux quotidiennement, prouvent &#224; suffisance&lt;i&gt; combien peu eux-m&#234;mes veulent rester &#034;ceux qu'ils &#233;taient&#034;, &lt;/i&gt;et combien, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ils souhaitent que les hommes ne restent pas ceux qu'ils &#233;taient. Ils ne resteraient ceux qu'ils &#233;taient que si avec saint Sancho ils cherchaient la faute en eux-m&#234;mes ; mais ils savent trop bien que&lt;i&gt; c'est seulement quand les conditions seront modifi&#233;es qu'ils cesseront d'&#234;tre &#034;ceux qu'ils &#233;taient&#034;&lt;/i&gt; et c'est pourquoi ils sont d&#233;cid&#233;s &#224; modifier ces conditions &#224; la premi&#232;re occasion.&lt;i&gt; Dans l'activit&#233; r&#233;volutionnaire, se changer soi-m&#234;me et changer ces conditions co&#239;ncident.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 207-208&#034; id=&#034;nh7-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Se changer et changer le monde co&#239;ncident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la conception initiale est infl&#233;chie : &lt;i&gt;l'activit&#233; des prol&#233;taires ne t&#233;moigne pas de l'humanit&#233; qu'ils incarnent d&#233;j&#224;&lt;/i&gt;, mais d'une volont&#233; de se transformer en transformant les circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Les conditions de cette auto-transformation permettent de comprendre plus pr&#233;cis&#233;ment &lt;i&gt;le processus de transformation de la conscience.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est l'origine de la conscience communiste ? &#171; Dans le d&#233;veloppement des forces productives, il arrive un stade o&#249; (...) il na&#238;t une classe qui supporte toutes les charges de la soci&#233;t&#233; sans jouir de ses avantages, qui est expuls&#233;e&lt;i&gt; de force de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; et se trouve, de force, dans l'opposition la plus ouverte &#224; toutes les autres classes, une classe qui forme la majorit&#233; de la soci&#233;t&#233; et&lt;i&gt; d'o&#249; surgit la conscience de la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;volution radicale, conscience qui est la conscience communiste &lt;/i&gt;et peut se former aussi, bien entendu, dans les autres classes quand on y voit la situation de cette classe.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 37&#034; id=&#034;nh7-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience communiste, c'est-&#224;-dire &#171; la conscience de la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;volution radicale &#187;, a pour racine l'exclusion des prol&#233;taires de la soci&#233;t&#233; bourgeoise et &#171; surgit &#187; de la dissolution en acte de cette soci&#233;t&#233;. Il conviendra de revenir sur cette exclusion et cette dissolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Mais, &lt;i&gt;premi&#232;re inflexion notable&lt;/i&gt;, la conscience communiste des prol&#233;taires n'est plus simplement d&#233;finie comme celle de l'inhumanit&#233; consciente de son inhumanit&#233; qui affirme par l&#224; son humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis un bon bout de temps d&#233;j&#224;, tous les communistes (&#8230;) sont d'accord, sur la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;volution communiste (&#8230;) &#187;. Mais la conscience de la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;volution communiste, pour la majorit&#233; des prol&#233;taires, ne na&#238;t pas de la simple conscience de leur &#234;tre social ; elle na&#238;t de la r&#233;volution communiste elle-m&#234;me : &#171; &lt;i&gt;Une transformation massive des hommes s'av&#232;re n&#233;cessaire pour la cr&#233;ation en masse de cette conscience communiste,&lt;/i&gt; comme pour mener &#224; bien la chose elle-m&#234;me ;&lt;i&gt; or, une telle transformation ne peut s'op&#233;rer que par un mouvement pratique, par une r&#233;volution ;&lt;/i&gt; cette r&#233;volution n'est donc pas seulement rendue n&#233;cessaire parce qu'elle est le seul moyen de renverser la classe dominante, elle l'est &#233;galement parce que seule une r&#233;volution permettra &#224; la classe qui renverse l'autre de balayer toute la pourriture du vieux syst&#232;me qui lui colle apr&#232;s et de devenir apte &#224; fonder la soci&#233;t&#233; sur des bases nouvelles &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;ologie allemande, op.cit., p. 37-38.&#034; id=&#034;nh7-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Ainsi, &lt;i&gt;seconde inflexion notable&lt;/i&gt;, seuls les communistes, la fraction la plus r&#233;solue et la plus consciente, commencent par atteindre la conscience communiste dont la conqu&#234;te, pour la grande masse, chevauche la r&#233;volution, si elle ne s'accomplit pas apr&#232;s elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rectifications ainsi op&#233;r&#233;es permettent &#224; la fois de lever les ambigu&#239;t&#233;s des formulations des &#233;crits ant&#233;rieurs et d'en reconduire partiellement certaines le&#231;ons. Les prol&#233;taires r&#233;volutionnaires ne sont pas directement et dans le moment m&#234;me de leur activit&#233; la pr&#233;figuration de l'humanit&#233; &#233;mancip&#233;e : C'est dans et par la transformation des circonstances qui chevauche la r&#233;volution elle-m&#234;me, qu'ils accomplissent leur auto&#233;mancipation. Sans doute la conscience communiste n'est-elle plus de celle de l'inhumanit&#233; consciente de son inhumanit&#233; ; mais le processus qui la fait na&#238;tre et qui la d&#233;veloppe accomplit la conscience n&#233;cessaire &#224; &#233;mancipation totale. Sans doute cette conscience communiste ne peut-elle na&#238;tre avant la r&#233;volution que dans une minorit&#233; ; mais elle pr&#233;figure pourtant ce qui s'accomplira pour l'immense majorit&#233;. Finalement, rien n'interdit, &#224; cette &#233;tape de la pr&#233;sentation, de comprendre la co&#239;ncidence de la transformation de soi et de la transformation des circonstances comme la r&#233;alisation positive de l'essence humaine dont les prol&#233;taires constituent le n&#233;gatif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Pers&#233;v&#233;rations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On l'a vu et il faut y revenir : Marx, dans &lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande,&lt;/i&gt; attribue au d&#233;veloppement des forces productives devenue des forces destructrices la formation du prol&#233;tariat et de son r&#244;le r&#233;volutionnaire. Mais il pr&#233;cise (dans une phrase d&#233;j&#224; mentionn&#233;e) qu' &#171; il na&#238;t une classe qui supporte toutes les charges de la soci&#233;t&#233;, sans jouir de ses avantages, qui est &lt;i&gt;expuls&#233;e de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; et se trouve de force dans l'opposition la plus ouverte &#224; toutes les autres classes (&#8230;) &#187;. Et quelques lignes plus loin : &#171; la r&#233;volution communiste (&#8230;) abolit la domination de toutes les classes elles-m&#234;mes, parce qu'elle est effectu&#233;e par &lt;i&gt;la classe qui n'est plus consid&#233;r&#233;e comme une classe dans la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, qui n'est plus reconnue comme telle et &lt;i&gt;qui est d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;l'expression de la dissolution de toutes les classes, de de toutes les nationalit&#233;s, etc., dans le cadre de la soci&#233;t&#233; actuelle.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exclusion radicale de la soci&#233;t&#233; existante et la dissolution totale de cette soci&#233;t&#233; fondent &#224; la fois la vocation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et la vocation communiste de la r&#233;volution. Chacun de ces arguments m&#233;ritent d'&#234;tre examin&#233;s tour &#224; tour et pas &#224; pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(1)&lt;/strong&gt; Le prol&#233;tariat se d&#233;finit par son exclusion : une exclusion totale puisqu'il est universellement priv&#233; de propri&#233;t&#233;, compl&#232;tement priv&#233; de soci&#233;t&#233; et int&#233;gralement priv&#233; d'humanit&#233;. Le prol&#233;tariat, &#171; la masse des ouvriers qui ne sont qu'ouvriers &#187;, est &#171; une force travail massive &#187; &#224; la fois &#171; &lt;i&gt;coup&#233;e&lt;/i&gt; du capital et de toute satisfaction m&#234;me born&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;ologie allemande, op.cit., p. 33.&#034; id=&#034;nh7-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; c'est une classe &#171; &lt;i&gt;expuls&#233;e de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 37.&#034; id=&#034;nh7-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; les prol&#233;taires sont &#171; &lt;i&gt;totalement exclus de toute manifestation de soi&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 71-72.&#034; id=&#034;nh7-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Des arguments qui m&#233;ritent d'&#234;tre d&#233;taill&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compl&#232;te exclusion du prol&#233;tariat pr&#233;pare son r&#244;le r&#233;volutionnaire. Marx le souligne quand il encha&#238;ne ainsi paup&#233;risation, exclusion et opposition : avec la transformation des forces productives en forces destructrices, &#171; il na&#238;t une classe qui supporte toutes les charges de la soci&#233;t&#233;, sans jouir de ses avantages, qui est&lt;i&gt; expuls&#233;e de la soci&#233;t&#233; &lt;/i&gt;et se trouve de force, dans l'opposition la plus ouverte, &#224; toutes les autres classes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 37.&#034; id=&#034;nh7-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- L'universelle exclusion du prol&#233;tariat, port&#233;e par le d&#233;veloppement des forces productives, est la condition de l'universalit&#233; de sa fonction historique : pour que l'ali&#233;nation &#171; devienne une puissance (...) contre laquelle on fait &lt;i&gt;la r&#233;volution&lt;/i&gt;, il est n&#233;cessaire qu'elle ait fait de la &lt;i&gt;masse de l'humanit&#233;&lt;/i&gt; une masse &lt;i&gt;totalement&lt;/i&gt; &#034;priv&#233;e de propri&#233;t&#233;&#034;. La privation totale est donc massive, voire universelle, dans la mesure o&#249; elle &#171; suppose &#224; son tour, un d&#233;veloppement &lt;i&gt;universel&lt;/i&gt; des forces productives &#187;&#034; qui l'engendre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 33.&#034; id=&#034;nh7-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La paup&#233;risation du prol&#233;tariat, stade ultime d'une privation globale, qui d&#233;termine, en derni&#232;re instance, l'actualit&#233; de la r&#233;volution. C'est ce que Marx affirme dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;. Le prol&#233;tariat n'a &#171; &lt;i&gt;rien &#224; sauvegarder&lt;/i&gt; &#187; et la bourgeoisie &#171; est incapable de r&#233;gner, car elle est incapable d'assurer l'existence de son esclave m&#234;me au sein de son esclavage &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste, op.cit., p.55.&#034; id=&#034;nh7-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cet argument ne dispara&#238;t pas avec les &#339;uvres post&#233;rieures &#224; 1948, comme on peut lire dans une &#171; Adresse publi&#233;e en 1869 : &#171; &lt;i&gt;La domination de classe est possible aussi longtemps que les opprim&#233;s sont pr&#233;serv&#233;s de la mis&#232;re la plus extr&#234;me. &lt;/i&gt;Or, dans les meilleurs ann&#233;es, les classes dominantes n'ont pas r&#233;ussi &#224; prot&#233;ger les ouvriers salari&#233;s de l'industrie de la mis&#232;re et de la mort par inanition. (...) Chaque moyen qu'elles ont appliqu&#233; n'a fait qu'aggraver encore vos malheurs, et elles n'ont plus rien &#224; proposer. Leur r&#232;gne est donc vou&#233; &#224; la ruine.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Adresse de la Ligue de la terre et du travail aux ouvriers et ouvri&#232;res de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le prol&#233;tariat, comme dans les &#233;crits de 1843 &#224; 1845, est d&#233;fini par son exclusion de la soci&#233;t&#233; civile et sa mis&#232;re, plut&#244;t que par son inclusion dans les rapports de production et la pr&#233;carit&#233; de sa condition : inclusion et pr&#233;carit&#233; qui viendront au premier plan dans les &#339;uvres ult&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(2)&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;La figure de l'exclusion se double de celle de la &lt;i&gt;dissolution&lt;/i&gt;. Marx reprend l'essentiel des arguments de la phase ant&#233;rieure &#224; la r&#233;daction de &lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt; : dans le prol&#233;tariat, la soci&#233;t&#233; existante est d'ores et d&#233;j&#224; dissoute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt; multiplie les remarques dispers&#233;es qui indiquent toutes les dissolutions en acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;La dissolution de la nationalit&#233; &lt;/i&gt; : &#171; ...tandis que la bourgeoisie de chaque nation conserve des int&#233;r&#234;ts nationaux particuliers, la grande industrie cr&#233;a une classe dont les int&#233;r&#234;ts sont les m&#234;mes dans toutes les nations et pour laquelle la nationalit&#233; est d&#233;j&#224; abolie, une classe qui s'est r&#233;ellement d&#233;barrass&#233;e du monde ancien et qui s'oppose &#224; lui en m&#234;me temps.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;ologie allemande, op.cit., p. 59&#034; id=&#034;nh7-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;La dissolution de la famille &lt;/i&gt; : &#171; L'histoire montre que la bourgeoisie donne &#224; la famille les caract&#232;res de la famille bourgeoise, o&#249; l'ennui et l'argent constituent le seul lien et dont le corr&#233;latif est la dissolution bourgeoise de la famille, qui n'emp&#234;che pas la famille de continuer &#224; exister. Au mode de vie &#233;c&#339;urant du bourgeois correspond, dans la phras&#233;ologie officielle et dans l'hypocrisie g&#233;n&#233;rale, le concept sacr&#233;.&lt;i&gt; L&#224; o&#249; la famille est r&#233;ellement dissoute, dans le prol&#233;tariat par exemple&lt;/i&gt;, il se passe justement le contraire de ce que pense &#034;Stirner&#034;. Le concept de famille n'y existe pas ; mais, par moments, nous pouvons trouver un penchant pour la vie familiale qui s'appuie sur des rapports tout &#224; fait r&#233;els.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 172-173&#034; id=&#034;nh7-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;La dissolution de l'id&#233;ologie dominante &lt;/i&gt; : &#171; La v&#233;ritable solution pratique de cette phras&#233;ologie, l'&#233;limination de ces repr&#233;sentations de la conscience des hommes, ne sera r&#233;alis&#233;e, r&#233;p&#233;tons-le, que par une transformation des circonstances et non par des d&#233;ductions th&#233;oriques. Pour la masse des hommes, c'est-&#224;-dire le prol&#233;tariat, ces repr&#233;sentations th&#233;oriques n'existent pas, donc pour cette masse elles n'ont pas non plus besoin d'&#234;tre supprim&#233;es et, si elle a jamais eu quelques repr&#233;sentations th&#233;oriques telles que la religion, il y a longtemps d&#233;j&#224; qu'elles sont d&#233;truites par les circonstances.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 41.&#034; id=&#034;nh7-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; (IA). Or ces &#034;circonstances&#034; avant d'&#234;tre le produit d'une r&#233;volution communiste, sont cr&#233;&#233;es par la grande industrie : &#171; Elle an&#233;antit le plus possible l'id&#233;ologie, la religion, la morale, etc., et lorsque cela lui &#233;tait impossible, elle en fit des mensonges flagrants.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit. p. 58 note 2.&#034; id=&#034;nh7-51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces dissolutions, le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; propose une formulation concentr&#233;e : &#171; Les conditions d'existence de la vieille soci&#233;t&#233; sont d&#233;j&#224; &lt;i&gt;supprim&#233;es&lt;/i&gt; dans les conditions d'existence du prol&#233;tariat. Le prol&#233;taire est sans propri&#233;t&#233; ; ses relations avec sa femme et ses enfants n'ont plus rien de commun avec celles de la famille bourgeoise ; le travail industriel moderne, l'asservissement moderne au capital, aussi bien en Angleterre qu'en France ont d&#233;pouill&#233; (agestreift) le prol&#233;taire de tout caract&#232;re national&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste, op.cit., p. 61-63.&#034; id=&#034;nh7-52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prol&#233;taires sont sans propri&#233;t&#233;, sans famille (au sens bourgeois), sans patrie : arguments que Marx reprend quand il r&#233;pond, point par point, aux critiques qui accusent les communistes de vouloir abolir ce qui est d'ores et d&#233;j&#224; aboli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;La propri&#233;t&#233; est d&#233;j&#224; abolie&lt;/i&gt; : &#171; Vous &#234;tes saisis d'horreur parce que nous voulons abolir la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Mais dans votre soci&#233;t&#233; actuelle, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est abolie (aufgehoben) pour les neuf dixi&#232;mes de ses membres.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste, op.cit., p. 74-75.&#034; id=&#034;nh7-53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;La famille est d&#233;j&#224; abolie&lt;/i&gt; : &#171; L'abolition de la famille ! (Aufhebung der Familie) M&#234;me les plus radicaux s'indignent de cet inf&#226;me dessein des communiste. (...) La famille n'existe, sous sa forme achev&#233;e, que pour la bourgeoisie ; mais elle a pour corollaire l'absence de toute famille et la prostitution publique auxquelles sont contraints les prol&#233;taires .&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste, op.cit., p. 76-77.&#034; id=&#034;nh7-54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;La nationalit&#233; est d&#233;j&#224; abolie&lt;/i&gt; : &#034;En outre on a accus&#233; les communiste de vouloir abolir (abschaffen) la patrie, la nationalit&#233;. Les ouvriers n'ont pas de patrie. On ne peut leur prendre ce qu'ils n'ont pas.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste, op.cit., p. 80-81&#034; id=&#034;nh7-55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La vocation communiste de la r&#233;volution &lt;/i&gt;est inscrite, n&#233;gativement, dans l'&#234;tre m&#234;me du prol&#233;tariat, d&#233;fini par son exclusion de la soci&#233;t&#233; bourgeoise et sa dissolution : &#171; la r&#233;volution communiste (...) supprime le travail et abolit la domination de toutes les classes en abolissant les classes elles-m&#234;mes, &lt;i&gt;parce qu'elle est effectu&#233;e par la classe qui n'est plus consid&#233;r&#233;e comme une classe dans la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, qui n'est plus reconnue comme telle et qui est d&#233;j&#224; &lt;i&gt;l'expression de la dissolution de toutes les classes, de toutes les nationalit&#233;s,&lt;/i&gt; etc., dans le cadre de la soci&#233;t&#233; actuelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;ologie allemande, op.cit., p. 37.&#034; id=&#034;nh7-56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Telle est la port&#233;e de l'&#233;vocation de la dissolution de tous les aspects de la soci&#233;t&#233; bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(3)&lt;/strong&gt; Quel est le contenu du communisme dont r&#233;pond la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vocation universelle du prol&#233;tariat et de l'&#233;mancipation humaine que promet cette vocation universelle &#233;tait d&#233;j&#224; postul&#233;e dans les &#233;crit ant&#233;rieurs &#224; &lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt; qui soutiennent, comme on l'a vu, que l' &#233;mancipation humaine dont est d&#233;positaire le prol&#233;tariat est universelle en plusieurs sens (que l'on peut essayer de distinguer en ajustant le vocabulaire). La n&#233;cessit&#233; d'une &#233;mancipation &lt;i&gt;totale&lt;/i&gt; trouve sa possibilit&#233; dans un acteur historique dont la vocation est d'accomplir l'&#233;mancipation humaine dans sa totalit&#233; pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il concentre l'ali&#233;nation dans sa totalit&#233; : une &#233;mancipation totale, c'est-&#224;-dire une &#233;mancipation &lt;i&gt;compl&#232;te&lt;/i&gt; (qui surmonte la totalit&#233; des ali&#233;nations), une &#233;mancipation &lt;i&gt;universelle&lt;/i&gt; (qui surmonte l'ali&#233;nation de la totalit&#233; des hommes), une &#233;mancipation &lt;i&gt;int&#233;grale&lt;/i&gt; (qui surmonte la totalit&#233; des ali&#233;nations de l'individu).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme, tel que Marx le pronostique d&#232;s la r&#233;daction de &lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, confirme que la dissolution de la soci&#233;t&#233; existante r&#233;alis&#233;e au sein du prol&#233;tariat annonce une &#233;mancipation compl&#232;te, universelle et int&#233;grale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, parce qu'elle est compl&#232;te, cette dissolution annonce une &#233;mancipation &lt;i&gt;compl&#232;te&lt;/i&gt;. Si la dissolution de la soci&#233;t&#233; existante - dissolution de la propri&#233;t&#233;, de la famille, de la nationalit&#233; et de l'id&#233;ologie dominante - est pour et dans le prol&#233;tariat accomplie ou sur le point de l'&#234;tre, c'est encore dans l'&#234;tre m&#234;me du prol&#233;tariat que se trouve inscrit le contenu du communisme. Ensuite, parce qu'elle est universelle, cette privation/dissolution annonce une &#233;mancipation &lt;i&gt;universelle&lt;/i&gt; : le prol&#233;tariat est porteur d'une &#233;mancipation de tous les hommes parce qu'il se d&#233;finit par une privation universelle (d&#233;sormais &#233;tendue &#224; tous les pays )&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le prol&#233;tariat l'abolition de toute appartenance et de toutes les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enfin, parce qu'elle est int&#233;grale, la privation/dissolution annonce une &#233;mancipation i&lt;i&gt;nt&#233;grale &lt;/i&gt;de tous les individus, inscrite dans leur privation int&#233;grale de toute manifestation de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mancipation int&#233;grale de l'individu suppose la satisfaction totale de la totalit&#233; des besoins qui proc&#232;dent de son essence humaine : de la totalit&#233; de ses besoins humains. Or le besoin humain fondamental est pr&#233;cis&#233;ment le besoin d'universalit&#233;, c'est-&#224;-dire de manifestation universelle de l'individu, de manifestation de la totalit&#233; de ses facult&#233;s cr&#233;atrices, le besoin d'une activit&#233; universelle. D&#232;s lors, le prol&#233;tariat ne peut &#234;tre pos&#233; en &#233;mancipateur de l'homme que dans la mesure o&#249; il manifeste lui-m&#234;me ce besoin d'universalit&#233; : de d&#233;veloppement int&#233;gral des facult&#233;s humaines individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les conditions d'appropriation des forces productives qui font appara&#238;tre cette exigence. L'appropriation des forces productives est conditionn&#233;e par leur objet : les forces productives &#233;tant universelles l'appropriation ne peut &#234;tre qu'universelle. &#171; &lt;i&gt;D&#233;j&#224;, sous cet angle&lt;/i&gt; &#187;, le d&#233;veloppement int&#233;gral des individus est impliqu&#233; : &#171; L'appropriation de ses forces n'est elle-m&#234;me autre chose que le d&#233;veloppement des facult&#233;s individuelles correspondant aux instruments mat&#233;riels de production. Par l&#224; m&#234;me,&lt;i&gt; l'appropriation d'une totalit&#233; d'instruments est d&#233;j&#224; le d&#233;veloppement d'une totalit&#233; de facult&#233;s dans les individus eux-m&#234;mes&lt;/i&gt; &#187;. Mais c'est la privation int&#233;grale des &#171; individus qui s'approprient &#187; qui en est le fondement ultime : &#171; Seuls les prol&#233;taires de l'&#233;poque actuelle, &lt;i&gt;totalement exclus de toute manifestation de soi&lt;/i&gt;, sont en mesure de parvenir &#224; &lt;i&gt;une manifestation de soi totale&lt;/i&gt;, et non plus born&#233;e, qui consiste dans &lt;i&gt;l'appropriation d'une totalit&#233; de forces productives&lt;/i&gt; et dans &lt;i&gt;le d&#233;veloppement d'une totalit&#233; de facult&#233;s&lt;/i&gt; que cela implique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;ologie allemande, op.cit., p. 71-72.&#034; id=&#034;nh7-58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, dans&lt;i&gt; Mis&#232;re de la philosophie, souligne en particulier que, pouss&#233;e &#224; l'extr&#234;me, la division du travail au sein de l'atelier automatique pousse &#224; son d&#233;passement, &#171; ce seul c&#244;t&#233; r&#233;volutionnaire de l'atelier automatique &#187; &lt;/i&gt;que Proudhon n'a pas compris : &#171; Ce qui caract&#233;rise la division du travail dans l'atelier automatique, c'est que le travail a perdu tout caract&#232;re de sp&#233;cialit&#233;. Mais du moment que tout d&#233;veloppement sp&#233;cial cesse, le besoin d'universalit&#233;, la tendance vers un d&#233;veloppement int&#233;gral de l'individu commence &#224; se faire sentir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mis&#232;re de la philosophie, op.cit., p. 150-151.&#034; id=&#034;nh7-59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Autrement dit, privation de toute sp&#233;cialit&#233; du travail conforte les effets de la privation de toute manifestation de soi dans le travail, en rendant n&#233;cessaire et possible le d&#233;veloppement int&#233;gral de chacun qui devient la condition de l'&#233;mancipation universelle de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'on ne puisse prendre la mesure de ces pers&#233;v&#233;rations qu'&#224; condition d'inscrire ces analyses dans le cadre des rectifications qui les conditionnent, il se confirme que le r&#244;le d&#233;volu au d&#233;veloppement des forces productives ne change gu&#232;re les d&#233;terminations initiales de la figure et des fonctions du prol&#233;tariat : elles courent en filigrane des enrichissements dont &lt;i&gt;Le Manifeste&lt;/i&gt; propose une premi&#232;re synth&#232;se et sur lesquels on ne s'attardera pas ici : sur la lutte des classes, sur les modalit&#233;s d'une r&#233;volution communiste et sur le contenu du communisme lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des &#339;uvres ult&#233;rieures, le prol&#233;tariat sera moins d&#233;fini par son exclusion de la soci&#233;t&#233; bourgeoise que par son inclusion dans le rapports de production capitalistes et la dissolution, sinon de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, du moins du capitalisme sera de plus en plus clairement attribu&#233;e aux contradictions et aux potentialit&#233;s du capitalisme proprement dit : des contradictions qui rendent possible l'appropriation sociale qui d&#233;finit le communisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les formes de l'appropriation sociale, voir ici-m&#234;me &#171; Marx et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en d&#233;pit de tous les d&#233;veloppements de la lutte des classes, notamment en 1848 et en 1871, le prol&#233;tariat se d&#233;robe &#224; son concept, et cela jusqu'en 1895. Alors Engels, dans son introduction &#224; la r&#233;&#233;dition des &lt;i&gt;Luttes de classe en France&lt;/i&gt;, pourra &#233;crire : &#171; Alors, c'&#233;tait encore la pl&#233;iade des &#233;vangiles fumeux de petits groupes avec leurs panac&#233;es, aujourd'hui c'est la seule th&#233;orie de Marx universellement reconnue, d'une clart&#233; lumineuse et qui formule de fa&#231;on d&#233;cisive les fins derni&#232;res de la lutte.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les luttes de classe en France, &#201;ditions sociales, 1974. &#171; Introduction &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-61&#034;&gt;61&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Pourtant, deux ans plus tard, &#233;clate la &#171; crise du marxisme &#187;, bient&#244;t suivie de quelques autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;rard Bensussan, &#171; Pour une histoire des crises du marxisme &#187;, in Etudier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-62&#034;&gt;62&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or cette crise, comme les suivantes, met pr&#233;cis&#233;ment en cause, dans l'ignorance de ses protagonistes, la distinction entre, d'une part, un prol&#233;tariat historique, voire &#171; transcendantal &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Robelin, Dictionnaire critique du marxisme, article &#171; communisme &#187;, p. 210.&#034; id=&#034;nh7-63&#034;&gt;63&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, investi d'une mission r&#233;volutionnaire et communiste et, d'autre part, d'un prol&#233;tariat empirique qui se d&#233;robe &#224; cette mission.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt;, &#233;ditions Albin Michel, 1995, Premi&#232;re partie : Promesses de l'utopie (1843-1848). Les oeuvres de Marx sont mentionn&#233;s ici en fonction des &#233;ditions et traductions alors disponibles&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt;, in Friedrich Engels et Karl Marx, &lt;i&gt;Annales franco-allemandes&lt;/i&gt;, Editions sociales, mai 2020, p.87.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel,&lt;/i&gt; Aubier, bil. p.. Voir aussi in Friedrich Engels et Karl Marx, Annales franco-allemande, &#201;ditions sociales, mai 2020, p.78&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique du Droit politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt; , &#201;ditions sociales, 1980, p. 136 (soulign&#233; par moi).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel,&lt;/i&gt; Aubier, bil. p. 98-103. Ou : Friedrich Engels et Karl Marx, Annales franco-allemande, Editions sociales, mai 2020, p.78. (soulign&#233; par moi.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Critiques en marges de l'article &#034;Le Roi de Prusse et la r&#233;forme sociale. Par un prussien&#034; &#187;, in Jacques Grandjonc, &lt;i&gt;Marx et les communistes allemands &#224; Paris&lt;/i&gt; Vorw&#228;rts, 1844, Masp&#233;ro, 1974, p. 161. Voir aussi, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Karl Marx, &lt;i&gt;&#338;uvres,&lt;/i&gt; III, La Pl&#233;iade, Gallimard, Paris, 1982, p . 416. (Soulign&#233; par moi)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx &#224; Arnold Ruge, &lt;i&gt;Correspondance&lt;/i&gt;, tome 1, &#233;ditions sociales,1978, p. 296.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hege&lt;/i&gt;l&lt;i&gt;, op.cit&lt;/i&gt;., p. 98-103. Voir aussi in Annales franco-allemandes, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 79.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 107-108.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx &#224; Ludwig Feuerbach, Correspondance. t.1&lt;i&gt;, op.cit.&lt;/i&gt;, p.323- 324.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p. 106.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Critiques en marge de l'article &#034;Le roi de Prusse et la r&#233;forme sociale &#187;, &lt;/i&gt;in Jacques Grandjonc, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p.15.. Voir aussi &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Karl Marx, &lt;i&gt;&#338;uvres,&lt;/i&gt; III, La Pl&#233;iade, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p . 412-413.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx &#224; Ludwig Feuerbach, Correspondance. t.1, op.cit., p. 324.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critiques en marges, in &lt;/i&gt;Grandjonc &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 157.Voir aussi &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Karl Marx, &lt;i&gt;&#338;uvres,&lt;/i&gt; III, La Pl&#233;iade, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., Gallimard, p. 412.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel, op.cit&lt;/i&gt;., pp. 96-101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;. p. 68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critiques en marges in Grandjonc, op.cit.,&lt;/i&gt; p. 161. Voir aussi &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Karl Marx, &lt;i&gt;&#338;uvres,&lt;/i&gt; III, op.cit., p . 412-413.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Sainte Famille, op.cit.&lt;/i&gt;, p. 47-48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une examen plus d&#233;taill&#233;, voir &lt;i&gt;Convoiter l'impossible&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le r&#244;le d&#233;volu au d&#233;veloppement des forces productives, Voir, qui m&#233;rite discussion le chapitre 1 - &#171; Les forces productives ne sont pas le moteur de l'histoire &#187; - de &lt;i&gt;La r&#233;volution selon Karl Marx&lt;/i&gt;, par Isaac Johsua, &#201;ditions Page 2, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, 1976, respectivement p. 2 et p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., pp. 36, 37, 381.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., pp. 22, 33, 45, 50, 381.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op.cit., pp. 196-197 par ex.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;1972, p. 133.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; op.cit., &lt;/i&gt;p. 176.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 178&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manifeste du Parti communiste, &lt;/i&gt;&#233;dition bilingue, &#201;ditions sociales, 1972, p. 49.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 205.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 207-208&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 37&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 37-38.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 71-72.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op.cit., p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manifeste, op.cit&lt;/i&gt;., p.55.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Adresse de la Ligue de la terre et du travail aux ouvriers et ouvri&#232;res de Grande-Bretagne et d'Irlande &#187;, in &lt;i&gt;Le syndicalisme&lt;/i&gt;, textes r&#233;unis par R. Dangeville, Masp&#233;ro, t.1 pp. 81-82.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, op.cit., p. 59&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 172-173&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt; p. 58 note 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manifeste,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 61-63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manifeste,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 74-75.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manifeste,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 76-77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manifeste,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 80-81&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le prol&#233;tariat l'abolition de toute appartenance et de toutes les nationalit&#233;s ne fait qu'exprimer, quoique n&#233;gativement son universalit&#233;. Cette universalit&#233; qui, dans les textes de Marx, se tenait jusqu'alors dans des limites nationales, est d&#233;sormais pr&#233;sent&#233;e dans sa dimension plan&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 71-72.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mis&#232;re de la philosophie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 150-151.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les formes de l'appropriation sociale, voir ici-m&#234;me &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Marx-et-l-appropriation-sociale-1-Enjeux-et-modalites.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Marx et l'appropriation sociale : (1) Enjeux et modalit&#233;s &#187;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Marx-et-l-appropriation-sociale-2-Ambiguites-derives-et-esquisses.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; 2. Ambigu&#239;t&#233;s, d&#233;rives et esquisses &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-61&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-61&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;61&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les luttes de classe en France&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, 1974. &#171; Introduction &#187; par Friedrich Engels, p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-62&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-62&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;62&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G&#233;rard Bensussan, &#171; Pour une histoire des crises du marxisme &#187;, in &lt;i&gt;Etudier Marx&lt;/i&gt;, &#233;ditions du CNRS, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-63&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-63&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;63&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Robelin, &lt;i&gt;Dictionnaire critique du marxisme&lt;/i&gt;, article &#171; communisme &#187;, p. 210.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marx et la critique du programme de Gotha</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Marx-et-la-critique-du-programme-de-Gotha.html</link>
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		<dc:date>2020-08-17T08:57:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; rebours d'une lecture orthodoxe et dogmatis&#233;e.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L93xH150/arton55-8744f.jpg?1726250900' class='spip_logo spip_logo_right' width='93' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les gloses qui suivent sont une mise en forme, un tantinet besogneuse, des notes que j'avais prises en 1991 en pr&#233;parant ma th&#232;se de doctorat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Convoiter l'impossible. Critique marxienne de l'utopie et critique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour m'assurer que c'est &#224; contresens que l'on pr&#234;tait &#224; Marx une conception d'une double transition au communisme. Mentionn&#233;es &#224; la fin de cet article, les lectures propos&#233;es depuis par Lucien S&#232;ve et, surtout, par d'Isabelle Garo (dont l'interpr&#233;tation est particuli&#232;re dense), m'ont incit&#233; &#224; publier ces mat&#233;riaux, avant de revenir ult&#233;rieurement sur ces lectures.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#201;trange destin de ce texte d'intervention th&#233;orique et militante. Consacr&#233; comme une r&#233;f&#233;rence majeure et souvent pr&#233;sent&#233; comme un r&#233;sum&#233; synth&#233;tique de la conception marxienne du passage au communisme, il a fait l'objet de distorsions et de p&#233;trifications interpr&#233;tatives peu acceptables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme leur titre l'indique &#8211; &#171; Commentaires en marge du programme du Parti ouvrier allemand &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que je mentionne dans sa derni&#232;re &#233;dition en fran&#231;ais : Karl Marx, Critique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; - ce sont des annotations qui suivent, phrase apr&#232;s phrase, l'ordre du texte du programme au risque que la coh&#233;rence de la critique de Marx ne ressorte qu'apr&#232;s coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un passage des &#171; commentaires en marge &#187; a &#233;t&#233; couramment interpr&#233;t&#233; comme une expos&#233; de deux phases du d&#233;passement du capitalisme. Or, au moment o&#249; intervient le passage en question, il s'agit seulement d'exposer comment les r&#232;gles de la distribution seront modifi&#233;es dans le cours du d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En commen&#231;ant, dans ce passage, par la question de la r&#233;partition, comme le fait le programme lui-m&#234;me, Marx consent &#224; faire une concession provisoire, en traitant de la r&#233;partition ind&#233;pendamment de la production alors que, selon sa conception, c'est la question de la production qui devrait &#234;tre premi&#232;re, comme il le souligne au terme de sa r&#233;futation (p.61).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une premi&#232;re salve de critiques, Marx entreprend de contester &#8211; de &#171; d&#233;sint&#233;grer &#187; - l'id&#233;e selon laquelle &#171; tous les membres de la soci&#233;t&#233; peuvent b&#233;n&#233;ficier par droit &#233;gal &#224; l'int&#233;gralit&#233; de l'apport du travail &#187;. &#192; cette fin, la critique suit plusieurs fils que Marx distingue lui-m&#234;me, mais approximativement, au terme de sa d&#233;monstration, en indiquant qu'il s'est &#171; particuli&#232;rement &#233;tendu sur &#8220;l'apport int&#233;gral&#8221; d'un c&#244;t&#233;, sur le &#171; &#8220;droit &#233;gal&#8221; la &#8220;r&#233;partition &#233;quitable&#8221; de l'autre &#187; (p.60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier moment de la critique : Marx s'&#233;tend sur &#171; l'apport int&#233;gral &#187;, en contestant la notion &#171; d'apport du travail &#187;, puis la possibilit&#233; pour les producteurs et chaque producteur de b&#233;n&#233;ficier de &#171; l'int&#233;gralit&#233; de l'apport du travail &#187; : le producteur ne peut b&#233;n&#233;ficier que s d'un &#171; apport r&#233;duit &#187; (p.56), une fois effectu&#233;es diverses &#171; d&#233;falcations &#187; (p.55) n&#233;cessaires &#224; la production et &#224; la soci&#233;t&#233; dans leur ensemble. D&#232;s ce premier moment, Marx met en question la notion d'une r&#233;partition &#233;quitable en s'arr&#234;tant sur ce qui est r&#233;parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste alors &#8211; deuxi&#232;me fil de la critique - &#224; se prononcer sur la r&#233;partition de cet &#171; apport r&#233;duit &#187;, que le programme pr&#233;sente comme une &#171; r&#233;partition &#233;quitable &#187; conforme au &#171; droit &#233;gal &#187;. C'est &#224; la seule fin de critiquer cette proposition que Marx distingue deux phases de la soci&#233;t&#233; communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette distinction n'a pas pour objet de d&#233;terminer les principaux caract&#232;res de chacune d'elle. Elle porte presque exclusivement sur les modalit&#233;s de la r&#233;partition : le mode d'appropriation et les modalit&#233;s de la production sont &#224; peine &#233;voqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons droit aux conclusions de l'analyse propos&#233;e ici. La distinction entre deux phases n'a pas pour cons&#233;quence de distinguer le socialisme du communisme. Elle a pour fonction de montrer qu'une r&#233;partition par droit &#233;gal rel&#232;ve du droit bourgeois, ent&#233;rine les in&#233;galit&#233;s et ne s'applique que dans une premi&#232;re phase, appel&#233;e &#224; &#234;tre d&#233;pass&#233;e dans une phase ult&#233;rieure, dont la pr&#233;sentation est pour le moins probl&#233;matique. La distinction entre les phases est avant tout un proc&#233;d&#233; auxiliaire - pour ne pas dire un artifice - de r&#233;futation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deux phases, une seule soci&#233;t&#233; communiste &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les phases que Marx distingue sont des phases de la soci&#233;t&#233; communiste - &#171; la premi&#232;re phase de la soci&#233;t&#233; communiste &#187; et &#171; une phase sup&#233;rieure de la soci&#233;t&#233; communiste &#187; - et non une phase socialiste et une phase communiste, comme on a eu trop souvent tendance &#224; les pr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, avant m&#234;me de distinguer express&#233;ment ces phases, Marx soutient (ou affecte de penser) que le programme concerne une soci&#233;t&#233; communiste : &#171; dans cette soci&#233;t&#233; communiste &#187;, dit-il, pour d&#233;finir celle que le programme de Gotha pr&#233;sente, selon ses propres termes, comme une soci&#233;t&#233; &#171; o&#249; les moyens de travail sont un bien commun et le travail collectif est r&#233;gul&#233; de fa&#231;on communautaire &#187; (p. 55). Plus loin, Marx souligne que dans &#171; une soci&#233;t&#233; de forme coop&#233;rative fond&#233;e sur la possession commune des moyens de production &#187;, les produits du travail n'apparaissent pas &#171; comme valeur de ces produits &#187;. Et il indique, dans le paragraphe suivant : &#171; Ce &#224; quoi nous avons affaire ici, c'est une soci&#233;t&#233; communiste &#187; dont il pr&#233;cise imm&#233;diatement qu'il s'agit de la soci&#233;t&#233; communiste &#171; telle qu'elle vient de sortir de la soci&#233;t&#233; capitaliste &#187;, soit ce qu'il d&#233;signe ensuite comme une &#171; premi&#232;re phase &#187; (p.57).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;signant comme une &#171; soci&#233;t&#233; communiste &#187;, la soci&#233;t&#233; que d&#233;finit le programme lui-m&#234;me et les deux phases qu'il distingue, Marx ne se livre pas &#224; une coquetterie de vocabulaire, mais d&#233;marque, dans une intention pol&#233;mique, sa propre conception de celle d'un parti qui, comme on peut le lire dans son programme, &#171; aspire [&#8230;] &#224; la soci&#233;t&#233; socialiste &#187; (p.42).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De m&#234;me, si Marx &#233;voque une &#171; soci&#233;t&#233; de forme coop&#233;rative &#187;, c'est sans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;marcation n'est pas nouvelle : Marx qualifie g&#233;n&#233;ralement de &#171; communistes &#187; , pour distinguer sa conception de diverses vari&#233;t&#233;s de socialisme, &#224; la fois le mouvement de d&#233;passement du capitalisme, sa prise de parti et la soci&#233;t&#233; appel&#233;e &#224; succ&#233;der au capitalisme. Parfois flottant, quand il recourt indistinctement aux termes de &#171; socialisme &#187; et de &#171; communisme, le vocabulaire de Marx et d'Engels privil&#233;gie le terme de &#171; communisme &#187;. Parmi les exceptions notables, &lt;i&gt;Socialisme utopique et socialiste &lt;/i&gt;d'Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, on mesure &#224; quel point c'est &#224; contresens que l'on peut lire dans la critique du programme de Gotha une distinction entre le socialisme et le communisme : deux phases absolument distinctes, dont la premi&#232;re r&#233;put&#233;e &#171; socialiste &#187;, referm&#233;e sur elle-m&#234;me devrait remplir des objectifs pr&#233;alables &#224; l'instauration du communisme lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant dire que Marx ne soutient pas ici (pas plus qu'il ne le fait ailleurs) la n&#233;cessit&#233; d'une double transition : une transition du capitalisme &#224; une phase pr&#233;alable (devenue socialisme) et une transition de cette forme inf&#233;rieure &#224; la phase sup&#233;rieure (ou communisme proprement dit).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette question, voir Henri Maler, Convoiter l'impossible, &#233;ditions Albin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la transition entre la soci&#233;t&#233; capitaliste et la soci&#233;t&#233; communiste (d&#232;s sa premi&#232;re phase), il n'est pas question ici (c'est &#224; peine si elle est sugg&#233;r&#233;e, comme on le verra plus loin) : pour la simple raison que cette &#233;tape du d&#233;montage ne prend en compte que la question de la r&#233;partition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement quand il est question de la revendication d'un &#201;tat libre que Marx &#233;voque ce qui est ici laiss&#233; en blanc : &#171; Entre la soci&#233;t&#233; capitaliste et la soci&#233;t&#233; communiste, se place la p&#233;riode de transformation r&#233;volutionnaire de celle-l&#224; en celle-ci. &#192; quoi correspond une p&#233;riode de transition politique o&#249; l'&#201;tat ne saurait &#234;tre autre chose que la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat &#187; (p.73). On notera que Marx, &#224; la diff&#233;rence de mon propre usage, r&#233;serve le terme de &#171; transition &#187;, &#224; la transition &#171; politique &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On rel&#232;vera &#233;galement que Marx &#233;voque, &#224; proprement parler, une transition &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, la conception de Marx est sans ambigu&#239;t&#233; : le communisme est le mouvement r&#233;el d'abolition du capitalisme qui s'amorce dans le cours de son d&#233;veloppement et se r&#233;alise sous la dictature du prol&#233;tariat. Il n'existe par cons&#233;quent que deux modes de production sp&#233;cifiques : le capitalisme et le communisme, que relie une seule p&#233;riode de transition et de transformation r&#233;volutionnaire, quels que soient les moment de cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, L&#233;nine lui-m&#234;me, dans &lt;i&gt;L'&#201;tat et la R&#233;volution&lt;/i&gt;, a avalis&#233; la n&#233;cessit&#233; d'une &#233;tape socialiste distincte , mais provisoire, dont Staline s'est empress&#233; de th&#233;oriser l'existence et la fermeture sous la forme du &#171; socialisme dans un seul pays &#187; : comme s'il pouvait exister un mode de production socialiste autonome, charg&#233; de d&#233;velopper les forces productives n&#233;cessaires &#224; l'instauration du communisme, d'op&#233;rer leur socialisation sous la forme de l'&#233;tatisation et de la planification et de subordonner les formes de sa domination &#224; la r&#233;alisation de ces t&#226;ches. On sait ce qu'il en advint : l'intensification de la dictature du parti et une contrer&#233;volution oppos&#233;e au communisme proprement dit.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deux phases, une seule d&#233;monstration&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Reprenons. En distinguant deux phases de la soci&#233;t&#233; communiste, Marx ne se donne pour objectif ni de pr&#233;ciser les caract&#232;res de chacune d'elles, ni de pr&#233;senter le processus de d&#233;passement du capitalisme et de transformation du communisme qui conduit d'une phase &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet m&#234;me du texte, centr&#233; sur la question de la r&#233;partition, dispense Marx de pr&#233;ciser, dans ce contexte et &#224; cette &#233;tape de son d&#233;montage, les conditions et les modalit&#233;s du d&#233;passement du capitalisme et de passage &#224; la &#171; premi&#232;re phase &#187; de la &#171; soci&#233;t&#233; communiste &#187;. Il se borne &#224; indiquer, &#224; deux reprises, qu'il s'agit d'une sortie du capitalisme : &#171; une soci&#233;t&#233; qui vient de sortir de la soci&#233;t&#233; capitaliste &#187; (p.57 et p.59). Et il pr&#233;cise seulement, s'agissant de cette sortie elle-m&#234;me, qu'elle s'effectue &#171; apr&#232;s un long et douloureux enfantement &#187; (p.59).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, l'objet du texte dispense Marx de s'attarder sur les formes d'appropriation des moyens de production et sur les modalit&#233;s de de la production, sur lesquelles il fait presque totalement l'impasse. Presque, mais pas totalement. On ne peut pas tenir pour compl&#232;tement n&#233;gligeable que Marx, ne serait-ce que pour justifier, dans une intention manifestement critique, l'appellation de &#171; soci&#233;t&#233; communiste &#187;, reprenne &#224; son compte la formulation du programme selon laquelle : &#171; il vise une soci&#233;t&#233; o&#249; les moyens de travail sont un bien commun et le travail collectif est r&#233;gul&#233; de fa&#231;on communautaire &#187; et laisse entendre, qu'il s'agit, d&#232;s la premi&#232;re phase, d' &#171; une soci&#233;t&#233; de forme coop&#233;rative fond&#233;e sur la possession commune des moyens de production &#187; (p.57).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, Marx soutient, selon une argumentation qui m&#233;riterait un examen d&#233;taill&#233;, que le &#171; droit &#233;gal &#187; (&#224; la part r&#233;serv&#233;e &#224; la consommation) auquel aspire le programme de Gotha est un droit bourgeois qui, attribuant &#224; chacun la part qui lui revient (mesur&#233;e par le temps de travail), ent&#233;rine les in&#233;galit&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est vrai du r&#244;le assign&#233; &#224; la pr&#233;sentation de la &#171; premi&#232;re phase &#187;, l'est plus encore de la pr&#233;sentation de la &#171; phase sup&#233;rieure &#187;, dont le statut et la fonction ne sont pas, du moins de prime abord, d'une aveuglante clart&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarque pr&#233;alable : rien n'indique qu'il n'existerait que deux phases. &#201;voquer &#171; &lt;strong&gt;une &lt;/strong&gt;phase sup&#233;rieure &#187; n'exclut nullement l'existence de phases interm&#233;diaires et d'un processus de transformation entre ces phases qui, de surcro&#238;t, s'arr&#234;terait avec cette phase sup&#233;rieure comme &#224; une fin de l'histoire. Cela va mieux en le disant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coup&#233;e de toute &#233;vocation des modalit&#233;s de son instauration et de toute d&#233;monstration de sa possibilit&#233; (et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt;, de l'effectivit&#233; de son accomplissement &#187;), l'&#233;vocation de cette &#171; phase sup&#233;rieure &#187; n'est &#224; aucun titre un pronostic et encore moins d'une promesse. Cette &#233;vocation recueille des d&#233;terminations du communisme accompli, diss&#233;min&#233;es dans d'autres &#339;uvres de Marx, &#224; commencer par &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;. Mais il s'agit ici d'une simple simulation dont le contenu &#8211; auquel le lecteur peut se reporter - m&#233;riterait une discussion pr&#233;cise. Il suffit ici de r&#233;sumer sa conclusion : &#171; l'horizon born&#233; du droit bourgeois &#187; sera d&#233;pass&#233; quand la soci&#233;t&#233; communiste &#171; pourra inscrire sur ses drapeaux : &#8220;de chacun selon ses capacit&#233;s &#224; chacun selon ses besoins !&#8221; &#187; (p. 59-60). Un futur pourtant conditionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recours &#224; une simulation n'est pas une exception dans l'&#339;uvre de Marx. Dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Marx soutient que le &#171; mysticisme &#187; qui enveloppe la production marchande est propre &#224; ce mode de production et serait d&#233;fait dans un autre mode de production &#8211; &#171; communiste, en l'occurrence &#8211; comme le montre sa simulation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Repr&#233;sentons-nous une soci&#233;t&#233; d'hommes libres travaillant avec des moyens de production communs et d&#233;pensant d'apr&#232;s un plan concert&#233; leurs nombreuses forces de travail individuelles, comme une seule et m&#234;me force de travail [&#8230;]. Le produit total des travailleurs unis est un produit social. Une partie sert &#224; nouveau comme moyen de production et reste sociale, mais l'autre partie est consomm&#233;e et par cons&#233;quent doit se r&#233;partir entre tous. Le mode de r&#233;partition variera suivant l'organisme producteur et le degr&#233; de d&#233;veloppement historique des travailleurs.&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; Supposons, pour mettre cet &#233;tat de choses en parall&#232;le avec la production marchande, que la part accord&#233;e &#224; chaque travailleur le soit en raison de son temps de travail, le temps de travail jouerait ici un double r&#244;le ; d'un c&#244;t&#233;, sa distribution dans la soci&#233;t&#233; r&#232;gle le rapport exact des diverses fonctions aux divers besoins ; de l'autre, il mesure la part individuelle de chaque producteur dans le travail commun, et en m&#234;me temps la portion qui lui revient dans la partie du produit commun r&#233;serv&#233;e &#224; la consommation. Les rapports sociaux des hommes dans leurs travaux et avec les objets utiles qui en proviennent restent ici simples et transparents dans la production aussi bien que dans la distribution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, Ed. Gallimard, Pl&#233;iade, t. 1, p. 613 ; Le Capital, Livre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si notre interpr&#233;tation est exacte, la simulation propos&#233;e par la critique du programme de Gotha n'est pas, &#224; proprement parler, celle d'une &#171; phase &#187; inscrite dans un processus historique. La distinction pr&#233;sent&#233;e comme une distinction entre deux phases a tout au plus valeur d'indice de l'existence ou de l'exigence d'un tel processus. Autrement dit, en donnant pour successives deux phases dont la seconde est pr&#233;sent&#233;e comme telle sans l'&#234;tre v&#233;ritablement, Marx n'a pas pour objectif d'analyser leur succession. Ni m&#234;me de pr&#233;senter cette succession pour elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre d&#232;s lors la fonction de la simulation d'une &#171; phase sup&#233;rieure &#187; propos&#233;e par la critique du programme de Gotha ? Elle a manifestement pour objectif de compl&#233;ter et de parachever la critique d'une r&#233;partition conforme au &#171; droit &#233;gal &#187;, en exposant &#224; quelles conditions le &#171; droit bourgeois &#187; peut &#234;tre d&#233;pass&#233;. &#192; faire porter les commentaires sur la distinction entre deux phases, on efface l'encha&#238;nement en deux temps d'une m&#234;me r&#233;futation du programme de Gotha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La simulation d'une &#171; phase sup&#233;rieure &#187; confirme et conforte ce que soulignait la pr&#233;sentation de la &#171; phase inf&#233;rieure &#187; : que le droit &#233;gal ne s'applique qu'&#224; une soci&#233;t&#233; &#171; qui vient de sortir du capitalisme &#187; et n'est qu'un doit bourgeois qui pr&#233;suppose que les conditions de production n'ont pas &#233;t&#233; radicalement chang&#233;es. Autrement dit que la solution pr&#233;conis&#233;e par le programme de Gotha ne correspond tout au plus qu'&#224; un moment initial de la r&#233;volution communiste et ne peut &#234;tre &#233;rig&#233;e en principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En filigrane de cette r&#233;futation court d&#233;j&#224; la critique de la vanit&#233; d'une approche de la transformation r&#233;volutionnaire par les modalit&#233;s de la r&#233;partition des moyens de consommation, surtout quand cette approche, comme Marx le souligne plus loin, s'&#233;nonce selon des r&#232;gles de droit : &#171; en reprenant avec l'id&#233;ologie juridique et le reste les bobards familiers aux d&#233;mocrates et aux socialistes fran&#231;ais &#187; (p.60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; cit&#233; plus haut le souligne : &#171; Le mode de r&#233;partition variera suivant l'organisme producteur et le degr&#233; de d&#233;veloppement historique des travailleurs &#187;. Marx, dans sa critique du programme de Gotha, le confirme pour solde tous comptes : la r&#233;partition des moyens de consommation ne doit pas &#234;tre envisag&#233;e isol&#233;ment et d'un point de vue essentiellement juridique comme le fait le &#171; socialisme vulgaire &#187; (p.61) . &#192; bon entendeur, salut !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#192; suivre : une discussion des lectures de Lucien S&#232;ve et d'Isabelle Garo.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt; * * *&lt;/center&gt;&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;Petite bibliographie des lectures de Lucien S&#232;ve et d'Isabelle Garo&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Lucien S&#232;ve et Isabelle Garo sont revenus &#224; plusieurs reprises sur les (fameuses) phases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lucien S&#232;ve, &lt;i&gt;Commencer par les fins. La nouvelles question communiste&lt;/i&gt;, Paris, La Dispute, 1999, 944-49, avec pour sous-titre &#171; Une manipulation cruciale de la pens&#233;e de Marx &#187;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lucien S&#232;ve, &lt;i&gt;Ali&#233;nation et &#233;mancipation, Urgence du communisme&lt;/i&gt;, 2012, La Dispute, 61-67, avec pour sous-titre &#171; Socialisme et communisme ne sont pas de synonymes pour Marx &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle Garo, &lt;i&gt;Marx et l'invention historique&lt;/i&gt;, Paris, Syllepse, 2012, p.694-132.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle Garo, &#171; Que faire du programme de Gotha dans &lt;i&gt;Communisme et strat&#233;gie&lt;/i&gt;, Editions d'Amsterdam, janvier 2019, p. 235-246, avec pour sous-titre &#171; Que faire du programme de Gotha &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle Garo, &#171; Le socialisme introuvable de Marx &#187;, article publi&#233; dans le num&#233;ro 3 (juin 2009) de la revue imprim&#233;e &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt;, et reproduit le 7 mai 2020 &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/socialisme-marx-critique-programme-gotha/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site de Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Convoiter l'impossible. Critique marxienne de l'utopie et critique de l'utopie marxienne. &lt;/i&gt;Th&#232;se soutenue en 1992 et d&#233;sormais distribu&#233;e en deux livres :&lt;i&gt; Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx, &lt;/i&gt;L'Harmattan, 1994 et &lt;i&gt;Convoiter l'impossible : l'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx, &lt;/i&gt;&#233;ditions Albin Michel, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que je mentionne dans sa derni&#232;re &#233;dition en fran&#231;ais : Karl Marx, &lt;i&gt;Critique du programme de Gotha&lt;/i&gt;, &#233;ditions sociales, avril 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De m&#234;me, si Marx &#233;voque une &#171; soci&#233;t&#233; de forme coop&#233;rative &#187;, c'est sans doute pour anticiper sa critique des &#187; coop&#233;ratives aid&#233;es par l'&#201;tat &#187; pr&#233;conis&#233;e par le programme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette question, voir Henri Maler, &lt;i&gt;Convoiter l'impossible&lt;/i&gt;, &#233;ditions Albin Michel, 1995, p. 268-269.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On rel&#232;vera &#233;galement que Marx &#233;voque, &#224; proprement parler, une transition &#171; politique &#187; sans indiquer, faute de pouvoir les pr&#233;voir, les formes, l'&#233;tendue et la dur&#233;e de la dictature du prol&#233;tariat et la transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Ed. Gallimard, Pl&#233;iade, t. 1, p. 613 ; &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre premier, t.1, &#233;ditions sociales, 1969, p. 90. On rel&#232;vera que Marx soutient ici, comme par anticipation de sa critique du programme de Gotha, que &#171; l'int&#233;gralit&#233; de l'apport du travail &#187;, n'est pas directement r&#233;partie entre les producteurs, mais aussi que le temps de travail de chaque producteur sert notamment de mesure &#224; sa part dans la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Marx et la critique du programme de Gotha (suite) : nouvelles lectures</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Marx-et-la-critique-du-programme-de-Gotha-suite-nouvelles-lectures.html</link>
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		<dc:date>2020-08-17T08:57:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les &#233;tapes d'une strat&#233;gie ? Les phases logiques d'une r&#233;futation ? Ou quoi d'autre encore ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L93xH150/arton56-c4c88.jpg?1726250900' class='spip_logo spip_logo_right' width='93' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comment comprendre le passage de la critique du programme de Gotha par Marx ? &#192; cette question j'ai partiellement tent&#233; de r&#233;pondre dans un article pr&#233;c&#233;dent : &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Marx-et-la-critique-du-programme-de-Gotha.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Marx et la critique du programme de Gotha &#187;&lt;/a&gt;. On tentera ici de confronter cette interpr&#233;tation aux lectures propos&#233;es par L&#233;nine, Lucien S&#232;ve et Isabelle Garo. On trouvera une petite bibliographie de ces lectures &#224; la fin de cet article.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les essais de marxologie tatillonne, surtout quand ils peuvent sembler talmudiques et besogneux, ne peuvent se justifier qu'&#224; condition que l'on puisse faire valoir leur port&#233;e. Dans le cas qui nous occupe, les interpr&#233;tations propos&#233;es ont un m&#234;me enjeu : d&#233;terminer dans quelle mesure Marx en distinguant deux phases de la soci&#233;t&#233; communiste expose les deux &#233;tapes d'un strat&#233;gie &#187; ou les moments logiques d'une r&#233;futation. Ou bien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons droit aux principales conclusions. Alors que L&#233;nine, suivi en cela par Lucien S&#232;ve, soutient que la distinction des phases de la soci&#233;t&#233; communiste &#224; une port&#233;e strat&#233;gique, Isabelle Garo soutient qu'il n'en est rien. Et sur ce point, je crois qu'elle a raison. Mais en inversant l'interpr&#233;tation orthodoxe, elle efface, me semble-il, les particularit&#233;s et ambigu&#239;t&#233;s de la critique de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tenter d'y voir plus clair, il convient de reprendre le fil de son argumentation.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Critique de programme de Gotha, &#233;ditions sociales, 2008. La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Apr&#232;s une premi&#232;re salve de critiques, Marx entreprend de contester l'id&#233;e selon laquelle &#171; tous les membres de la soci&#233;t&#233; peuvent b&#233;n&#233;ficier par droit &#233;gal &#224; l'int&#233;gralit&#233; de l'apport du travail &#187;. Premier moment de la critique : Marx s'&#233;tend sur &#171; l'apport int&#233;gral &#187;, en contestant la notion &#171; d'apport du travail &#187;, puis la possibilit&#233; pour les producteurs et chaque producteur de b&#233;n&#233;ficier de &#171; l'int&#233;gralit&#233; de l'apport du travail &#187; . Or, dit Marx, il faut soustraire &#171; le remplacement des moyens de production utilis&#233;s &#187; , &#171; une fraction suppl&#233;mentaire pour &#233;tendre la production &#187; , &#171; un fond de r&#233;serve ou d'assurance contre les accidents. Une fois effectu&#233;es ces diverses &#171; d&#233;falcations &#187; (p.55) : le producteur ne peut b&#233;n&#233;ficier que d'un &#171; apport r&#233;duit &#187; (p.56). Comment r&#233;partir cet apport ? C'est &#224; cette question que Marx r&#233;pond en distinguant deux &#171; phases &#187; de la &#171; soci&#233;t&#233; communiste &#187; : une premi&#232;re phase co&#239;ncidant avec la sortie du capitalisme et &#171; une phase sup&#233;rieure &#187; de d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre cette distinction ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La th&#232;se des deux &#233;tapes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est L&#233;nine qui, plus que tout autre, a consacr&#233;, dans &lt;i&gt;L'Etat et la R&#233;volution&lt;/i&gt;, l'interpr&#233;tation orthodoxe, selon laquelle Marx pr&#233;senterait ici deux &#233;tapes distinctes - deux phases (et deux seulement) - du d&#233;passement du capitalisme et d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; communiste en accordant &#224; cette distinction une port&#233;e historique et strat&#233;gique.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#201;tat et la R&#233;volution (ao&#251;t-septembre 1917), &#338;uvres, tome 25, &#233;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'&#233;tape communiste proprement dite (la phase sup&#233;rieure) succ&#233;derait &#224; une premi&#232;re &#233;tape, h&#226;tivement d&#233;sign&#233;e comme &#171; socialiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, il est vrai, conc&#232;de, mais comme une question de vocabulaire, que Marx &#233;voque deux phases de la soci&#233;t&#233; communiste. &#192; deux reprises, il indique que la premi&#232;re phase d&#233;signe un ordre social &#171; que l'on appelle habituellement socialisme et que Marx nomme la premi&#232;re phase du communisme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p.503.&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#233;voque cette premi&#232;re phase de la soci&#233;t&#233; communiste &#171; que l'on appelle ordinairement socialisme habituellement socialisme &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p.506.&#034; id=&#034;nh9-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais peu attentif &#224; l'enjeu proprement politique de cette diff&#233;rence de d&#233;nomination, il ouvre la voie &#224; la conception d'une double transition au communisme : une transition du capitalisme &#224; une phase pr&#233;alable (devenue socialisme) et une transition de cette forme inf&#233;rieure &#224; la phase sup&#233;rieure (ou communisme proprement dit).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette double transition, voir ce que j'ai tent&#233; d'indiquer dans mon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se trouverait pr&#233;sent&#233;e une anticipation du passage au communisme : &#171; Sans se lancer dans l'utopie, Marx a d&#233;fini &lt;strong&gt;plus en d&#233;tail&lt;/strong&gt; ce qu'on d&#233;finir maintenant de cet avenir, &#224; savoir : la diff&#233;rence entre la phase (le degr&#233;, l'&#233;tape) inf&#233;rieure et la phase sup&#233;rieure de la soci&#233;t&#233; communiste &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;nine, op.cit., p.502. Soulign&#233; par moi.&#034; id=&#034;nh9-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Plus loin, s'agissant de la premi&#232;re phase,, il &#233;crit : &#171; Marx entreprend &lt;strong&gt;l'analyse concr&#232;te&lt;/strong&gt; des conditions de vie dans une soci&#233;t&#233; o&#249; le capitalisme n' existera pas &#187; .&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 502. Soulign&#233; par moi.&#034; id=&#034;nh9-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Force est pourtant de constater que, pour l'essentiel, l'analyse concr&#232;te de la &#171; premi&#232;re phase &#187; ne s'attarde que sur la r&#233;partition des biens de consommation en fonction du travail de chaque producteur. Et L&#233;nine d'indiquer simultan&#233;ment qu'il n'est pas possible de savoir quand et comment sera atteinte la &#171; phase sup&#233;rieure &#187; et d'en promettre l'av&#232;nement .&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 506-507.&#034; id=&#034;nh9-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ajoutons qu'il n'est pas anodin que L&#233;nine surinterpr&#232;te le texte qu'il aborde,, en raison m&#234;me de l'objet de sa brochure, sous l'angle des conditions du r&#244;le de l'Etat et des conditions de son d&#233;p&#233;rissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lucien S&#232;ve explique vigoureusement et &#224; plusieurs reprises que la distinction entre socialisme et communisme n'est nullement une simple question de vocabulaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme je l'ai rapidement relev&#233; dans l'article pr&#233;c&#233;dent, et comme Isabelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En v&#233;rit&#233;, il s'agit d'une claire d&#233;marcation. Lucien S&#232;ve d&#233;nonce dans la distinction et l'encha&#238;nement entre le socialisme et le communisme une &#171; manipulation cruciale de de la pens&#233;e de Marx &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucien S&#232;ve, Commencer par les fins. La nouvelles question communiste, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et souligne, quelques ann&#233;e plus tard que &#171; Socialisme et communisme ne sont pas des synonymes pour Marx &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucien S&#232;ve, Ali&#233;nation et &#233;mancipation, Urgence du communisme, 2012, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Lucien S&#232;ve souligne ainsi les enjeux : &#171; L'opposition (&#8230;) n'est en rien ici celle de deux moments de la transformation sociale, ; elle est entre deux courants dans la mani&#232;re de la concevoir et d'y travailler. &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Commencer, op.cit., p.47.&#034; id=&#034;nh9-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et de d&#233;noncer &#171; un grossier trucage textuel maquillant en phases successives deux vis&#233;es bien alternatives (&#8230;) &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Commencer, op.cit., p. 48.&#034; id=&#034;nh9-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et de r&#233;cuser les tentatives d'effacer qu'il s'agisse bel et bien d'une opposition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ali&#233;nation, op.cit.., note 104, p 60-61.&#034; id=&#034;nh9-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce d&#233;montage &#233;tant effectu&#233;, Lucien S&#232;ve soutient que la critique du programme de Gotha expose effectivement ce qu'il nomme &#171; la th&#232;se des deux phases &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucien S&#232;ve, Penser avec Marx aujourd'hui, tome IV &#171; Le Communisme ? &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et attribue &#224; cette th&#232;se une port&#233;e historique, voire strat&#233;gique. Or s'il est clair qu'il serait vain d'effacer la distinction propos&#233;e par Marx (nous y reviendrons), encore faut-il s'entendre sur son sens et sa port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re remarque que je crois d&#233;cisive : si Marx distingue express&#233;ment deux phases et sugg&#232;re, ce faisant, l'existence d'un processus de transformation de la soci&#233;t&#233; communiste, non seulement il mentionne &#171; &lt;strong&gt;une&lt;/strong&gt; phase sup&#233;rieure &#187;, mais surtout il n'indique nullement qu'il n'y en aurait que deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De surcro&#238;t, comme le souligne Isabelle Garo, la distinction entre les deux phases est mentionn&#233;e une seule fois dans l'&#339;uvre de Marx.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Isabelle Garo rel&#232;ve &#171; l'absence , de toute autre description analogue ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Lucien S&#232;ve lui r&#233;pond que cette distinction est semblable &#224; la distinction entre la subsomption formelle et la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital, telle qu'elle est expos&#233;e par Marx.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ali&#233;nation note 106 p.61-62. Et surtout Lucien S&#232;ve, Penser avec Marx (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et de se r&#233;f&#233;rer au Chapitre VI (in&#233;dit) du livre I du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Le Chapitre VI, Manuscrits de 1863-1867 &#8211; Le Capital, livre I, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Interpr&#233;tation s&#233;duisante, mais extrapolation forc&#233;e : rien ne permet de penser que c'est un processus du m&#234;me ordre qui est analys&#233; ou m&#234;me sugg&#233;r&#233; dans la critique du programme de Gotha. Et surtout on ne saurait confondre une critique rigoureuse du d&#233;veloppement av&#233;r&#233; du capitalisme et l'anticipation ind&#233;montrable des phases de d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force est d'admettre que Marx n'expose pas et, &lt;i&gt;a fortiori,&lt;/i&gt; de ne prescrit pas ici une strat&#233;gie, de quelque fa&#231;on qu'on entende la pr&#233;sence d'&#233;nonc&#233;s strat&#233;giques dans l'&#339;uvre de Marx. &#192; cela plusieurs raisons viennent compl&#233;ter les remarques pr&#233;c&#233;dentes : &lt;br class='manualbr' /&gt;- L'ensemble du passage ponctu&#233; par la distinction entre deux phases est exclusivement centr&#233; sur le probl&#232;me de la r&#233;partition ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Les conditions du passage &#224; la &#171; premi&#232;re phase &#187; ne sont pas &#233;nonc&#233;es et c'est encore plus vrai du passage &#224; &#171; une phase sup&#233;rieure &#187;. Du moins &#224; cette &#233;tape du d&#233;montage de &lt;i&gt;La Critique du programme de Gotha&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tirer des conclusions strat&#233;giques de cette distinction, non seulement il faut postuler qu'il n'en existerait que deux, mais surtout, il faut importer d'autres passages de la critique et d'autres textes de Marx. Notamment sur la dictature du prol&#233;tariat et les transformations du mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'indique dans le texte quels sont le processus (ou les processus) et les modalit&#233;s de la transformation r&#233;volutionnaire du passage initial &#224; la premi&#232;re phase (dont on apprend seulement qu'il s' agit ou s'agirait d'un &#171; douloureux enfantement &#187; sur lequel la critique de Marx ne dit pas un mot) et encore moins du passage &#224; &#171; une phase sup&#233;rieure &#187;. Ne sont indiqu&#233;s ici que les caract&#232;res de chaque phase qui influent sur la r&#233;partition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;vocation de la premi&#232;re phase elle-m&#234;me, du moins telle qu'elle pr&#233;sent&#233;e ici, est ass&#233;n&#233;e sans que rien ne vienne attester sa possibilit&#233; et les conditions de son effectuation. Cette &#233;vocation souligne tout au plus que la r&#233;partition des biens de consommation, une fois &#171; l'apport int&#233;gral du travail &#187; ramen&#233; &#224; un &#171; apport r&#233;duit &#187;, ne peut valoir que dans une phase initiale (et mutil&#233;e) de transformation de la soci&#233;t&#233; communiste : &#171; la premi&#232;re phase de la soci&#233;t&#233; communiste telle qu'elle vient de sortir de la soci&#233;t&#233; capitaliste (&#8230;) &#187; (p. 59). Cette &#233;vocation peut se lire de la fa&#231;on suivante : &#224; supposer que les biens de consommation puissent &#234;tre r&#233;partis comme le propose le programme de Gotha, cette r&#233;partition signalerait une sortie inachev&#233;e du capitalisme et sa conformit&#233; au droit &#233;gal serait celle du droit bourgeois qui ent&#233;rine des in&#233;galit&#233;s effectives : &#171; (&#8230;) comme tout droit, c'est dans son contenu un droit de l'in&#233;galit&#233; &#171; (p.59).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant dire que, la premi&#232;re phase n'est &#224; aucun titre une phase socialiste, pleinement d&#233;finie et close, strat&#233;giquement fond&#233;e sur les conditions de sa possibilit&#233; et de son effectuation. En l'absence de toute r&#233;f&#233;rence pr&#233;cise aux conditions de sortie du capitalisme, la r&#233;f&#233;rence &#224; une premi&#232;re phase est une assertion argumentative qui ne repose sur aucune d&#233;monstration historique et strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce qui est vrai de cette premi&#232;re phase l'est &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; de la &#171; phase sup&#233;rieure &#187; : alors que Marx, dans d'autres textes, pr&#233;cise les conditions de possibilit&#233; d'une soci&#233;t&#233; communiste conforme &#224; ce qui est &#233;voqu&#233; ici comme &#171; une phase sup&#233;rieure &#187;, il n'en dit rien ici . Rien n'explicite quelles peuvent &#234;tre, les conditions d'existence de ces possibilit&#233;s : la disparition de l'asservissante subordination des individus &#224; la division du travail &#187;, la transformation du travail de simple moyen de vivre, ,en &#171; premier besoin vital &#187;, &#171; le &#171; d&#233;veloppement des individus &#224; tous &#233;gards &#187;, un accroissement des forces productives tel que &#171; toutes les sources de la richesse jailliront avec abondance &#187;. Mais surtout rien n'indique, du moins dans ce contexte pr&#233;cis, quelles seraient mais les modalit&#233;s d'effectuation de ces possibilit&#233;s sur lesquelles reposerait le d&#233;passement de &#171; l'horizon born&#233; du droit bourgeois &#187; (p.59-60). Toutes ces vis&#233;es n'ont ici aucune port&#233;e strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusque-l&#224;, notre interpr&#233;tation converge et m&#234;me co&#239;ncide avec celle que propose Isabelle Garo sans qu'il soit n&#233;cessaire de la citer. Mais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'hypoth&#232;se des phases logiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle Garo voit dans la critique de Marx une intervention tactique et p&#233;dagogique qu'elle &#233;claire par une fine analyse du contexte politique de sa r&#233;daction et par l'objectif de se d&#233;marquer des th&#232;ses de Ferdinand Lassalle.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Isabelle Garo, Marx et l'invention historique, Paris, Syllepse, 2012, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais si ce contexte et cet objectif &#233;clairent la structure de l'argumentation, ils ne dispensent pas de l'analyser pour elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la th&#232;se deux &#233;tapes, Isabelle Garo propose une toute autre hypoth&#232;se de lecture. Cette hypoth&#232;se est la suivante : &#171; Marx n'y propose en r&#233;alit&#233; aucune distinction de phase, son objet n'&#233;tant nullement de d&#233;finir le socialisme et le communisme, mais de pr&#233;senter comme crucial le probl&#232;me de la transition et des m&#233;diations politiques dans le contexte des transformations du mouvement ouvrier. &#187; ( p.98). Deux affirmations dans la m&#234;me phrase : si la seconde porte sur les &#233;nonc&#233;s strat&#233;giques que l'on trouve dans l'ensemble de l'&#339;uvre de Marx, seule la premi&#232;re nous importe provisoirement ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on r&#233;ellement affirmer que Marx ne propose ici &#171; aucune distinction de phase &#187;, alors qu'il le fait express&#233;ment ? Et, s'agissant de la premi&#232;re phase, qu' &#171; il ne s'agit nullement de d&#233;crire un moment historiquement premier &#187; (p. 110), mais d'exposer &#171; une illusion &#224; corriger &#187; (p. 111). Ou encore soutenir que &#171; la description de la premi&#232;re phase &#187; est &#171; une simple concession rh&#233;torique &#187; (p.115) qui expose &#171; une phase logique, plus qu'une phase r&#233;elle &#187; (p.116) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour soutenir son interpr&#233;tation, Isabelle Garo recourt &#224; des arguments que l'on peut consid&#233;rer comme auxiliaires, mais qui alt&#232;rent sa d&#233;monstration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; plusieurs reprises, Isabelle Garo affirme que Marx ne dit pas un mots de la transformation de la propri&#233;t&#233;. Sous une forme aussi abrupte, cette affirmation est approximative ou inexacte. Ainsi, pour contester l'interpr&#233;tation de Lucien S&#232;ve, Isabelle Garo soutient que Marx &#171; ne dit pas &#187; que la socialisation de l'appareil productif concerne la premi&#232;re phase. (p.112). Plus loin, elle affirme que la remise ne cause de la propri&#233;t&#233; capitaliste des moyens de production n'est pas pr&#233;sente ici (p. 113-114) et que le texte ne traite &#224; aucune moment , &#171; des mesures de de r&#233;appropriation collective comme &#233;tape premi&#232;re &#233;tape de d&#233;passement du capitalisme &#187; (p. 114), que la &#171; socialisation des moyens de production &#187; est une &#171; expression manquante &#187; (p.119). Et d'insister, quand Marx souligne qu'il faut commencer par la production que c'est &#171; seulement ici qu'est fait mention des conditions de productions devenues propri&#233;t&#233; collective des travailleurs eux-m&#234;mes &#187; (p.120).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or je crois fond&#233; de r&#233;affirmer ce que je relevais dans le pr&#233;c&#233;dent article. On ne peut pas tenir pour compl&#232;tement n&#233;gligeable que Marx, ne serait-ce que pour justifier, dans une intention manifestement critique, l'appellation de &#171; soci&#233;t&#233; communiste &#187;, reprenne &#224; son compte la formulation du programme selon laquelle &#171; il vise une soci&#233;t&#233; o&#249; les moyens de travail sont un bien commun et le travail collectif est r&#233;gul&#233; de fa&#231;on communautaire &#187; (p. 55) et laisse entendre, qu'il s'agit, d&#232;s la premi&#232;re phase, d' &#171; une soci&#233;t&#233; de forme coop&#233;rative fond&#233;e sur la possession commune des moyens de production &#187; (p.57). &#187; Ce faisant, en &#233;voquant une &#171; soci&#233;t&#233; de forme coop&#233;rative &#187;, Marx anticipe sa critique des &#171; coop&#233;ratives aid&#233;es par l'&#201;tat &#187; pr&#233;conis&#233;es par le programme une critique qu'il a d&#233;j&#224; formul&#233;e dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, en visant Lassalle.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, voir les ambigu&#239;t&#233;s des potions de Marx que j'ai tent&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais il me semble unilat&#233;ral d'affirmer que &#171; Marx n'a cess&#233; de penser que les soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives sont un leurre &#187; (p.106). Un leurre en effet si on attend de ces soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives qu'elles permettent par elles-m&#234;mes de d&#233;passer le capitalisme, Mais une modalit&#233;s de transition, si elles sont associ&#233;es &#224; l'appropriation collective et, dans un premier temps, &#233;tatiques des moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant d'indications qui sugg&#232;rent que la distinction entre les phases appelle une interpr&#233;tation plus pr&#233;cise que celle que propose Isabelle Garo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci s'&#233;tonne en outre de l'insertion par Marx de r&#233;f&#233;rences tacites &#224; des positions emprunt&#233;es &#224; des conceptions qu'il r&#233;cuse. En l'occurrence, nous allons y revenir, l'attribution de &#171; bons de travail &#187; et la passage &#224; une r&#233;partition &#171; &#224; chacun selon ses besoins &#187;. S'agit-il pour autant de concessions, du moins apparentes, au &#171; socialisme vulgaire &#187;, dict&#233;es par une vis&#233;e tactique ou p&#233;dagogique destin&#233;e &#224; se faire comprendre de cette vari&#233;t&#233; du socialisme vulgaire : le socialisme lassalien qui sous-tend le programme de Gotha ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx attribue &#224; la &#171; premi&#232;re phase &#187;, la th&#232;se d'une mesure par le temps de travail de &#171; la part individuelle de chaque producteur dans le travail commun &#187;. Mais Marx indique ici que cette mesure ferait l'objet d'une &#171; attestation &#187; : le producteur &#171; re&#231;oit de la soci&#233;t&#233; une attestation disant qu'il a fourni tant et tant de travail (&#8230;) et, avec cette attestation , il retire aux stocks sociaux des moyens de consommation l'&#233;quivalent de ce que co&#251;te sa quantit&#233; de travail &#187;.(p.57-58).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; premi&#232;re vue, une telle pr&#233;sentation peut sembler troublante et laisser penser que Marx reprend &#224; son compte la th&#233;orie proudhonienne des &#171; bons-heures &#187; ou la proposition de John Gray, &#171; en mod&#233;rant curieusement les critiques radicales d&#233;j&#224; formul&#233;es auparavant &#187; (p.104).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et de revenir longuement sur ces critiques, de John Gray &#224; Proudhon. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Or ce que Marx conteste c'est que les &#171; bons de travail &#187; puissent remplacer la monnaie &#234;tre un rem&#232;de dans une soci&#233;t&#233; capitaliste reposant sur l'&#233;change de marchandises. Ici au contraire il pr&#233;suppose que, m&#234;me dans une premi&#232;re phase, les produits ne s'&#233;changent pas en fonction de leur valeur (p. 57) : pr&#233;supposition ambigu&#235;, si l'on songe qu'il s'agirait d'une soci&#233;t&#233; qui vient de &#171; sortit du capitalisme &#187;. Il ne s'agit pas &#224; proprement parler d'une mod&#233;ration des critiques ant&#233;rieures. Celles-ci d&#233;non&#231;aient les illusions inh&#233;rentes &#224; des mesures de remplacement de la monnaie par de bons horaires pr&#233;sent&#233;es comme des mesures de de transformations radicales dans le cadre de la soci&#233;t&#233; existante. Ici il prend soin d'indiquer qu'il s'agirait d'une attestation fournie dans une soci&#233;t&#233; dans laquelle les producteurs n'&#233;changent pas leurs produits. Il ne s'agit donc pas ou pas seulement d'une simple concession p&#233;dagogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi en va-t-il &#233;galement de la reprise de la formule de Louis Blanc : &#171; de chacun selon ses capacit&#233;s &#224; chacun selon ses besoins &#187; .&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur laquelle Isabelle Garo s'arr&#234;te dans Communisme et strat&#233;gie, (p. 240-241)&#034; id=&#034;nh9-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Une telle reprise qui figure d&#233;j&#224;, sans attribution &#224; son auteur, dans &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;ologie allemande, &#233;ditions sociales, Paris, 1976, p.554. Cette reprise, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (ainsi qu'Isabelle Garo le mentionne dans un autre contexte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Communisme et strat&#233;gie, op.cit., p. 194.&#034; id=&#034;nh9-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) ne signifie pas que Marx souscrive au socialisme de son auteur, puisque Marx pr&#233;cise les conditions de son application dans un contexte incompatible avec le socialisme de Louis Blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx n'est pas avare de r&#233;futations des propositions formul&#233;es par ses pr&#233;d&#233;cesseurs ou ses contemporains. Mais il est relativement fr&#233;quent qu'il reprenne certaines d'entre elles en les inscrivant dans sa propre d&#233;marche qui en infl&#233;chit ou en modifie le sens. Op&#233;rations de filtrage et de sauvetage, qui mettent &#224; l'&#233;preuve les propositions et les formulations les plus diverses pour valider leur consistance. Elles s'inscrivent dans la vis&#233;e ou les simulations d'un avenir possible . De telles simulations ne peuvent valoir que comme des simulations hypoth&#233;tiques, particuli&#232;rement quand font l'objet d'assertions.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le recours &#224; de telles simulations, voir ce que j'ai tent&#233; d'expliciter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont de telles simulations que pr&#233;sentent les deux phases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux simulations hypoth&#233;tiques &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recours au pr&#233;sent et au futur de l'indicatif (et non au conditionnel) dissimule, sous des dehors cat&#233;goriques, des &#233;nonc&#233;s en v&#233;rit&#233; hypoth&#233;tiques. &#171; Ce &#224; quoi nous avons affaire ici &#187;, &#233;crit Marx s'agissant de la premi&#232;re phase, avant d'affirmer, en mettant au futur, ce qui sera r&#233;alis&#233; dans &#171; une phase sup&#233;rieure &#187;, sans que les conditions d'instauration de ce futur ne soient pr&#233;sent&#233;es ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de la &#171; premi&#232;re phase &#187; et particuli&#232;rement de de la r&#233;partition du produit du travail, leur pr&#233;sentation par Marx rel&#232;ve d'une telle simulation. Celle-l&#224; m&#234;me que Marx propose dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Repr&#233;sentons-nous une soci&#233;t&#233; d'hommes libres travaillant avec des moyens de production communs et d&#233;pensant d'apr&#232;s un plan concert&#233; leurs nombreuses forces de travail individuelles, comme une seule et m&#234;me force de travail [&#8230;]. Le produit total des travailleurs unis est un produit social. Une partie sert &#224; nouveau comme moyen de production et reste sociale, mais l'autre partie est consomm&#233;e et par cons&#233;quent doit se r&#233;partir entre tous. Le mode de r&#233;partition variera suivant l'organisme producteur et le degr&#233; de d&#233;veloppement historique des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Supposons, pour mettre cet &#233;tat de choses en parall&#232;le avec la production marchande, que la part accord&#233;e &#224; chaque travailleur le soit en raison de son temps de travail, le temps de travail jouerait ici un double r&#244;le ; d'un c&#244;t&#233;, sa distribution dans la soci&#233;t&#233; r&#232;gle le rapport exact des diverses fonctions aux divers besoins ; de l'autre, il mesure la part individuelle de chaque producteur dans le travail commun, et en m&#234;me temps la portion qui lui revient dans la partie du produit commun r&#233;serv&#233;e &#224; la consommation. Les rapports sociaux des hommes dans leurs travaux et avec les objets utiles qui en proviennent restent ici simples et transparents dans la production aussi bien que dans la distribution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, Ed. Gallimard, Pl&#233;iade, t. 1, p. 613 ; Le Capital, Livre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre contexte, Isabelle Garo elle-m&#234;me, pr&#233;sente ce passage comme un &#171; soci&#233;t&#233; imagin&#233;e &#187; : un texte qui &#171; fait office de contrepoint, hypoth&#233;tique, afin de mieux souligner l'opacit&#233; du monde &#233;conomique : le communisme est ici une exp&#233;rience de pens&#233;e, l'abolition pr&#233;suppos&#233;e de la loi de la valeur permettant la rationalisation des rapports sociaux. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Communisme et strat&#233;gie, op.cit., p.213.&#034; id=&#034;nh9-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est pr&#233;sent&#233; dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, comme une repr&#233;sentation ou comme une hypoth&#232;se (&#171; Supposons &#187;) est pr&#233;sent&#233;e de fa&#231;on affirmative dans la &lt;i&gt;Critique du programme de Gotha &lt;/i&gt; : &#171; Au sein d'une soci&#233;t&#233; de forme coop&#233;rative fond&#233;e sur la possession commune des moyens de production, les producteurs n'&#233;changent pas leurs produits : de m&#234;me le travail fourni pour obtenir ces produits n'appara&#238;t pas comme valeur de ses produits, comme une qualit&#233; r&#233;elle qu'ils poss&#232;dent, puisque maintenant, au contraire de ce qui se passe dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, les travaux individuels existent de fa&#231;on imm&#233;diate, et non plus d&#233;tourn&#233;e, comme composante de la totalit&#233; du travail. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simulation donc et non &#233;nonc&#233; strat&#233;gique. Ce qui encore plus vrai de la pr&#233;sentation d' &#171; une phase sup&#233;rieure &#187; dont l'accomplissement est masqu&#233; par la futurition et, comme l'indique Isabelle Garo, par &#171; l'anonymat du processus &#187; (p.113). Simulation encore. Sans doute peut-on rep&#233;rer dans l'&#339;uvre de Marx, et notamment &lt;i&gt;dans Le Capital&lt;/i&gt;, comment le capitalisme cr&#233;e certaines conditions requises pour que chacun obtienne satisfaction selon ses besoins, mais le chemin est long des conditions requises aux conditions remplies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en demeure pas moins que Marx distingue express&#233;ment deux phases . Et cette distinction repose sur deux simulations hypoth&#233;tiques qui tracent en pointill&#233;es une conception de la soci&#233;t&#233; communiste irr&#233;ductible &#224; une d&#233;finition en acte ou, en d'autres termes, &#224; une pr&#233;sentation strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons au point de d&#233;part. &#192; la th&#232;se deux &#233;tapes, Isabelle Garo oppose une toute autre hypoth&#232;se de lecture : &#171; Marx n'y propose en r&#233;alit&#233; aucune distinction de phase, son objet n'&#233;tant nullement de d&#233;finir le socialisme et le communisme, mais de pr&#233;senter comme crucial le probl&#232;me de la transition et des m&#233;diations politiques dans le contexte des transformations du mouvement ouvrier. &#187; ( p.98).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux affirmations dans la m&#234;me phrase, auxquelles on peut opposer deux objections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re objection : Isabelle Garo efface purement et simplement la distinction que Marx expose express&#233;ment. Comment la comprendre ? La distinction entre les phases est un proc&#233;d&#233; d'exposition de la critique et non la pr&#233;sentation des &#233;tapes d'une strat&#233;gie. Ce sont les deux moments d'une m&#234;me r&#233;futation : la pr&#233;sentation d' &#171; une phase sup&#233;rieure &#187; compl&#232;te et de parach&#232;ve la critique d'une r&#233;partition conforme au &#171; droit &#233;gal &#187;, en exposant &#224; quelles conditions le &#171; droit bourgeois &#187; peut &#234;tre d&#233;pass&#233;. On peut donc soutenir, comme je l'ai fait moi-m&#234;me, que la distinction entre les phases est avant tout un proc&#233;d&#233; auxiliaire - pour ne pas dire un artifice - de r&#233;futation du programme de Gotha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et seconde objection : cette distinction repose sur deux simulations hypoth&#233;tiques qui tracent en pointill&#233;es une conception de la soci&#233;t&#233; communiste irr&#233;ductible &#224; une d&#233;finition en acte ou, en d'autres termes, &#224; une pr&#233;sentation strat&#233;gique. Or Isabelle Garo postule que Marx ne propose jamais une d&#233;finition du communisme, aussi vague soit-elle, sans la connecter imm&#233;diatement &#224; des &#233;nonc&#233;s strat&#233;giques. C'est, plus nettement encore, la th&#232;se qu'elle soutient, dans &lt;i&gt;Communisme et strat&#233;gie&lt;/i&gt; : &#171; La d&#233;finition de la soci&#233;t&#233; communiste ne peut &#234;tre (&#8230;), pour Marx qu'une d&#233;finition en acte &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Communisme et strat&#233;gie, op.cit., p.241.&#034; id=&#034;nh9-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Pourtant, on pourrait multiplier les exemples qui contredisent cette affirmation, &#224; commencer par les simulations pr&#233;sent&#233;es par &#8230; &lt;i&gt;la critique du programme de Gotha&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Isabelle Garo, la d&#233;finition du communisme serait coextensive &#224; l'&#233;laboration de la strat&#233;gie de sa fondation. Et, r&#233;ciproquement, la strat&#233;gie de d&#233;passement du capitalisme co&#239;nciderait avec la d&#233;finition du contenu du communisme. C'est tr&#232;s exactement ce qui est, me semble-t-il, tr&#232;s discutable. &#192; suivre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Petite bibliographie des lectures de L&#233;nine, Lucien S&#232;ve et d'Isabelle Garo&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine&lt;strong&gt;,&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; L'&#201;tat et la R&#233;volution&lt;/i&gt; (ao&#251;t-septembre 1917), &#338;uvres, tome 25, &#233;ditions sociales, Paris, 1957, p. 413-531.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lucien S&#232;ve, &lt;i&gt;Commencer par les fins. La nouvelles question communiste&lt;/i&gt;, Paris, La Dispute, 1999, p. 44-49, avec pour sous-titre &#171; Une manipulation cruciale de la pens&#233;e de Marx &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lucien S&#232;ve, &lt;i&gt;Ali&#233;nation et &#233;mancipation, Urgence du communisme&lt;/i&gt;, 2012, La Dispute, p. 61-67, avec pour sous-titre &#171; Socialisme et communisme ne sont pas des synonymes pour Marx &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lucien S&#232;ve, &lt;i&gt;Penser avec Marx aujourd'hui, tome IV &#171; Le Communisme ? &#187; Premi&#232;re partie&lt;/i&gt;, La Dispute,, 2019, p.312-319, avec pour sous-titre &#171; Controverses sur les &#8220;deux phases&#8221; de l'&#233;dification communiste &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle Garo, &lt;i&gt;Marx et l'invention historique&lt;/i&gt;, Paris, Syllepse, 2012, p.694-132.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle Garo, &lt;i&gt;Communisme et strat&#233;gie&lt;/i&gt;, Editions d'Amsterdam, janvier 2019, p. 235-246, avec pour sous-titre &#171; Que faire du programme de Gotha ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle Garo, &#171; Le socialisme introuvable de Marx &#187;, article publi&#233; dans le num&#233;ro 3 (juin 2009) de la revue imprim&#233;e &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt;, et reproduit le 7 mai 2020 &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/socialisme-marx-critique-programme-gotha/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site de Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Critique de programme de Gotha&lt;/i&gt;, &#233;ditions sociales, 2008. La pagination entre parenth&#232;ses renvoie &#224; cette &#233;dition.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'&#201;tat et la R&#233;volution&lt;/i&gt; (ao&#251;t-septembre 1917), &#338;uvres, tome 25, &#233;ditions sociales, Paris, 1957, chapitre V, p.494-513.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op.cit., p.503.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op.cit., p.506.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette double transition, voir ce que j'ai tent&#233; d'indiquer &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Marx-et-la-critique-du-programme-de-Gotha.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans mon pr&#233;c&#233;dent article&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L&#233;nine, op.cit., p.502. Soulign&#233; par moi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op.cit., p. 502. Soulign&#233; par moi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op.cit., p. 506-507.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme je l'ai rapidement relev&#233; dans l'article pr&#233;c&#233;dent, et comme Isabelle Garo, le soutient longuement notamment dans &lt;i&gt;Communisme et strat&#233;gie&lt;/i&gt;, Editions d'Amsterdam, janvier 2019, p.19-75.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucien S&#232;ve, &lt;i&gt;Commencer par les fins. La nouvelles question communiste&lt;/i&gt;, Paris, La Dispute, 1999, p. 44-49.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucien S&#232;ve, &lt;i&gt;Ali&#233;nation et &#233;mancipation, Urgence du communisme&lt;/i&gt;, 2012, La Dispute, p. 61-67.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Commence&lt;/i&gt;r, op.cit., p.47.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Commencer&lt;/i&gt;, op.cit., p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ali&#233;nation,&lt;/i&gt; op.cit.., note 104, p 60-61.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Lucien S&#232;ve, Penser avec Marx aujourd'hui, tome IV &#171; Le Communisme ? &#187; Premi&#232;re partie, La Dispute, 2019, &lt;/i&gt;p.318.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Isabelle Garo rel&#232;ve &#171; l'absence , de toute autre description analogue ou m&#234;me apparent&#233;e dans le reste de son &#339;uvre (&#8230;) &#187; Isabelle Garo, &lt;i&gt;Marx et l'invention historique&lt;/i&gt;, Paris, Syllepse, 2012, p.102.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ali&#233;nation&lt;/i&gt; note 106 p.61-62. Et surtout Lucien S&#232;ve, &lt;i&gt;Penser avec Marx aujourd'hui, tome IV &#171; Le Communisme ? &#187; Premi&#232;re partie&lt;/i&gt;, La Dispute, 2019, p. 312-319, avec pour sous-titre &#171; Controverses sur les &#8220;deux phases&#8221; de l'&#233;dification communiste &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Le Chapitre VI, Manuscrits de 1863-1867 &#8211; Le Capital, livre I&lt;/i&gt;, &#233;ditions sociales, 2010, p.179-210.. Sch&#233;matiquement : la subsomption formelle du travail sous le capital ne change pas le proc&#232;s de travail pr&#233;existant ; la subsomption r&#233;elle est celle d'une transformation correspondant du mode de production capitaliste proprement dit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Isabelle Garo, &lt;i&gt;Marx et l'invention historique&lt;/i&gt;, Paris, Syllepse, 2012, p. 99-101. Sauf mention diff&#233;rente, c'est &#224; ce texte que renvoie la pagination entre parenth&#232;ses indiqu&#233;e dans le corps de cet article. Isabelle Garo a soutenu son interpr&#233;tation dans plusieurs publications qui figurent en Annexe de mon article.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, voir les ambigu&#239;t&#233;s des potions de Marx que j'ai tent&#233; d'analyser dans les deux articles que j'ai consacr&#233;s &#224; la question de l'appropriation sociale : &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Marx-et-l-appropriation-sociale-1-Enjeux-et-modalites.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Marx et l'appropriation sociale (1) : Enjeux et modalit&#233;s &#187;&lt;/a&gt; et surtout &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Marx-et-l-appropriation-sociale-2-Ambiguites-derives-et-esquisses.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Marx et l'appropriation sociale (2) : Ambigu&#239;t&#233;s, d&#233;rives et esquisses &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et de revenir longuement sur ces critiques, de John Gray &#224; Proudhon. (p.104-107) et compl&#232;te, quelques pages plus loin, en confrontant la critique de Marx au chapitre de &lt;i&gt;l'Anti-D&#252;hring&lt;/i&gt; (p.120-123.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur laquelle Isabelle Garo s'arr&#234;te dans &lt;i&gt;Communisme et strat&#233;gie,&lt;/i&gt; (p. 240-241)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &#233;ditions sociales, Paris, 1976, p.554. Cette reprise, sauf erreur de ma part, ne figure pas dans le &lt;i&gt;Manifeste communiste&lt;/i&gt;, contrairement &#224; ce qu'Isabelle Garo affirme par m&#233;garde. &lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 194&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Communisme et strat&#233;gie, op.cit., &lt;/i&gt;p. 194.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le recours &#224; de telles simulations, voir ce que j'ai tent&#233; d'expliciter dans &lt;i&gt;Convoiter l'impossible, &lt;/i&gt;&#233;ditions Albin Michel&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;1995, p. 321-328. Tentative &#224; laquelle &#224; laquelle pourtant je ne souscrirais pas compl&#232;tement aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Ed. Gallimard, Pl&#233;iade, t. 1, p. 613 ; &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre premier, t.1, &#233;ditions sociales, 1969, p. 90.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Communisme et strat&#233;gie&lt;/i&gt;, op.cit., p.213.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Communisme et strat&#233;gie&lt;/i&gt;, op.cit., p.241.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Marx libertaire ?</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Marx-libertaire.html</link>
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		<dc:date>2020-08-17T08:54:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la libert&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Version &#233;crite d'une conf&#233;rence de 2001.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-la-liberte-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la libert&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L132xH150/arton53-f5e45.jpg?1726250900' class='spip_logo spip_logo_right' width='132' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Version &#233;crite, &#224; peine modifi&#233;e, d'une conf&#233;rence tenue en janvier 2001, &#224; l'initiative de l'association Espaces Marx et de l'Universit&#233; Paris-VIII. Elle reprend, parfois litt&#233;ralement des analyses d&#233;j&#224; publi&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle a fait l'objet d'un compte-rendu d'Arnaud Spire, paru dans l'&#233;dition du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; chacun son Marx. Non que tous les Marx soient possibles : certains sont truff&#233;s de contresens, bien ou mal intentionn&#233;s. Mais plusieurs Marx sont possibles. Il n'y a pas un vrai Marx, garant de son authenticit&#233; ou en attente d'authentification. Parmi les Marx possibles, certains sont th&#233;oriquement intenables et politiquement redoutables. Il m'est arriv&#233; d'explorer l'un de ces Marx-l&#224;. C'est un autre Marx que je vous propose ici : une formidable penseur de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aurais voulu que mon propos soit l&#233;ger et radical : d&#233;lest&#233; du poids des citations et des notes en bas de page (il n'en sera rien), mais dot&#233; de toute la charge explosive dont le d&#233;samorce parfois une fausse rigueur acad&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx libertaire, donc. La t&#226;che para&#238;t impossible. Des dictatures inexpiables ont abrit&#233; sous le nom de Marx leur destin totalitaire. Marx lui-m&#234;me fut en maintes occasions un militant autoritaire, notamment face &#224; Proudhon et Bakounine dont se revendiquent encore aujourd'hui ceux qui se disent libertaires. Et pour corser le tout, la th&#233;orie de Marx elle-m&#234;me, sur l'un de ses versants, met gravement en p&#233;ril, la lib&#233;ration dont elle s'efforce de penser les conditions et auquel il attribue le nom de communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier point donc :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Quel communisme ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; cette question, je me laisserai prendre en flagrant-d&#233;lit de crime de l&#232;se-Marx. Un crime que j'ai d&#233;j&#224; commis en d'autres occasions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir ici-m&#234;me &#171; Une utopie, mais concr&#232;te : le communisme autrement &#187; (1996).&#034; id=&#034;nh10-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme est, dans le bon sens du terme, une utopie. Dans le bon sens du terme : car Marx n'a cess&#233; de soutenir, avec raison, que le communisme ne relevait pas d'un pari arbitraire (pris au hasard de l'histoire et dans son dos), d'une invention doctrinaire (confi&#233;e au g&#233;nie individuel d'un fondateur ou d'un guide), d'un id&#233;al dogmatique (invit&#233; &#224; s'imposer &#224; la r&#233;alit&#233;). Le communisme, pourtant, n'est pas un mouvement livr&#233; &#224; lui-m&#234;me qui, d'alternance en alternance, dispenserait de toute alternative : le communisme repose sur un pari, suppose une invention, expose un id&#233;al. Un pari strat&#233;gique et non un souhait vell&#233;itaire ou une promesse historique, une invention collective et non une invention individuelle ou une production automatique, un id&#233;al historiquement situ&#233;, et non une id&#233;e &#233;th&#233;r&#233;e ou un mouvement livr&#233; &#224; lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utopie, mais concr&#232;te, n'est pas un r&#234;ve (car le r&#234;ve &#233;veill&#233; n'est, &#224; tout prendre, qu'une fa&#231;on de dormir debout) ou une promesse (car la promesse suppose une histoire tut&#233;laire qui s'en porterait garant). L'utopie repose sur id&#233;al (car on ne se dirige que vers un id&#233;al), mais un id&#233;al branch&#233; sur le r&#233;el. Cet id&#233;al n'est pas une lumi&#232;re diffus&#233;e par une plan&#232;te imaginaire (un id&#233;al, comme le dit Marx, sur lequel la r&#233;alit&#233; devrait se modeler) ; cet id&#233;al n'est pas l'ombre port&#233;e de la r&#233;alit&#233; existante (un suppl&#233;ment d'&#226;me destin&#233; &#224; rehausser le r&#233;alisme gestionnaire). Mais l'utopie ne vaut que par l'id&#233;al qui la soutient et qu'elle vise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet id&#233;al n'a pas &#224; subir l'&#233;preuve d'une fondation transcendantale qui, ant&#233;rieure &#224; l'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233; o&#249; il tenterait de s'incarner, se pulv&#233;riserait au contact du r&#233;el.. Cet id&#233;al repose sur la n&#233;gation concr&#232;te et potentielle de la domination. Le communisme est donc, &#224; la fois, le mouvement r&#233;el (et actuel) de sa virtualit&#233; et l'id&#233;al de son accomplissement. Il est cet id&#233;al parce qu'il est ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gardiens d'un marxisme orthop&#233;dique se pr&#233;parent peut-&#234;tre &#224; r&#233;citer l'increvable citation : &#171; Le communisme n'est pas un id&#233;al, mais le mouvement r&#233;el qui abolit&#8230; &#187; et bla-bla-bla. Mais sortie de son contexte, cette phrase n'a gu&#232;re de sens et replac&#233;e dans notre contexte, elle est absurde ou ridicule. Le communisme n'est pas seulement un id&#233;al, mais il existe un id&#233;al communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me point donc :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Quel id&#233;al ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cet id&#233;al, il ne suffit pas d'en proclamer l'existence, faute de pouvoir en d&#233;terminer les fondements ; mais il n'est pas souhaitable d'en rechercher les fondements, s'ils ne doivent fonder aucun contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une &#233;thique des fondements formels, Marx oppose, souvent silencieusement, une &#233;thique des fondations r&#233;elles. Les &#233;thiques du fondement - je pense particuli&#232;rement aux fondations contractuelles ou proc&#233;durales que nous proposent Rawls ou Habermas - n'&#233;chappent au relativisme que parce qu'elles se soustraient &#224; l'histoire : au risque de ne jamais la retrouver. Une &#233;thique des fondations historiques peut &#233;chapper aux pi&#232;ges du relativisme, pour peu qu'elle repose sur une valeur qui permette de relativiser le relativisme. Mais laquelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne saurait &#234;tre &#233;videmment un souverain bien : ni le bonheur ni la vertu. Aucune &#233;thique de la vie bonne ne peut fonder une politique morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette valeur ne saurait &#234;tre non plus &#8211; j' y reviendrai &#8211; la justice ou l'&#233;galit&#233; : tout ordre social comporte ses propres normes de justice et d'&#233;galit&#233; : on ne peut r&#233;aliser celle-ci qu'en respectant celui-l&#224;. Marx ne critique pas le capitalisme au nom de la justice. Marx ne propose pas comme bases normatives de sa critique et de son projet la justice ou l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, contrairement &#224; ce qu'il arrive qu'on le laisse entendre et surtout &#224; ce qu'on tente &#224; toutes forces de lui faire dire, ne critique pas l'exploitation capitaliste au nom de la justice. Il critique l'exploitation capitaliste au nom de la libert&#233;. Certes, il lui arrive de parler de l'extorsion de la plus-value comme d'un &#171; vol mis&#233;rable &#187; du temps de travail. Mais ce qui lui importe avant tout dans cette extorsion, c'est la contrainte qui la sous-tend : la contrainte de vendre sa force de travail &#8211; et le despotisme du commandement qui s'exerce sur cette force : le despotisme d'entreprise. Il ne d&#233;plore pas une r&#233;partition in&#233;galitaire des revenus et du pouvoir. Et il ne se propose pas d'&#233;tablir que le communisme serait &#8211; enfin &#8211; un id&#233;al de justice r&#233;alis&#233;. J'aurais voulu en dire plus : j'y reviendrai peut-&#234;tre dans la discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus radicalement Marx se refuse &#224; prendre pour base de sa critique et de son projet des id&#233;aux qui sont des expressions id&#233;alis&#233;es de la r&#233;alit&#233; existante. Ainsi en va-t-il quand on s'efforce de corriger la r&#233;alit&#233; existante &#224; partir des id&#233;aux de justice, d'&#233;galit&#233; et de libert&#233; qui sont l'expression des rapports marchands jusque dans les rapports juridiques qui sont la forme de ce contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non seulement donc l'&#233;galit&#233; et la libert&#233; sont respect&#233;es dans l'&#233;change qui repose sur des valeurs d'&#233;change, mais l'&#233;change des valeurs d'&#233;change est la base r&#233;elle qui produit toute &#233;galit&#233; et toute libert&#233;. En tant qu'id&#233;es pures, elles n'en sont que des expressions id&#233;alis&#233;es ; en tant qu'elles se d&#233;veloppent en relations juridiques, politiques et sociales, elles ne sont que cette base &#224; une autre puissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Manuscrits de 1857-1858 (&#171; Grundrisse &#187;, tome 1, , Editions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; De l&#224; d&#233;coule &#171; la pu&#233;rilit&#233; des socialistes (notamment des socialistes fran&#231;ais, qui veulent prouver que le socialisme est la r&#233;alisation des id&#233;es de la soci&#233;t&#233; bourgeoise exprim&#233;es par la R&#233;volution fran&#231;aise &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grundrisse &#187;, t.1, op.cit., p.18&#034; id=&#034;nh10-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De l&#224;, la vanit&#233; de ceux qui &#171; veulent donc entreprendre cette t&#226;che inutile qui consiste &#224; vouloir redonner r&#233;alit&#233; &#224; l'expression id&#233;ale elle-m&#234;me, alors qu'elle n'est en fait que l'image projet&#233;e de cette r&#233;alit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grundrisse &#187;, t.1, op.cit., p189.&#034; id=&#034;nh10-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De l&#224;, la faiblesse de Proudhon &#171; qui forge son id&#233;al d'&#233;quit&#233; et de &#034;justice &#233;ternelle&#034; &#224; partir des rap&#172;ports juridiques correspondant &#224; la production marchande, avant de proposer de remodeler celle-ci et le droit r&#233;el qui lui correspond conform&#233;ment &#224; cet id&#233;al &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, Livre I, traduction de la 4e &#233;dition allemande, Messidor/&#233;ditions&#034; id=&#034;nh10-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi &#224; l'inflation de l'id&#233;al, Marx oppose sa d&#233;flation : quand un id&#233;al se r&#233;alise, c'est que se r&#233;alise ce dont il &#233;tait l'id&#233;alisation. Mais, emport&#233; par son propre &#233;lan, Marx en conclut, en g&#233;n&#233;ral, qu'il ne peut exister d'exc&#233;dent utopique dans l'id&#233;al, puisque tout id&#233;al est id&#233;alisation. &lt;i&gt;L'exc&#233;dent utopique de l'id&#233;al sur l'id&#233;alisation, permet alors non seulement de d&#233;noncer la r&#233;alit&#233; qu'il condamne, mais appelle l'&#233;laboration d'un id&#233;al qui transcende la r&#233;alit&#233; condamn&#233;e &lt;/i&gt; :&lt;i&gt; un id&#233;al utopique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous les id&#233;aux, un seul r&#233;siste &#224; l'examen : la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point trois donc :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. Quelle libert&#233; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;al communiste repose sur la perspective de la libert&#233; et de la lib&#233;ration. Les fondements rationnels de cette perspective se confondent avec les racines historiques. Car la libert&#233; s'enracine : dans l'oppression m&#234;me qu'il s'agit de combattre. La libert&#233; est donc toujours une valeur relative, et cependant universelle : historiquement situ&#233;e, et cependant universalisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi : formellement d&#233;finie, et cependant socialement identifiable. Quel est le principe de la libert&#233; pour la constitution d'une communaut&#233; ? La libert&#233; pour chacun - nous dit Kant - de &#171; chercher le bonheur dans la voie qui lui semble, &#224; lui, &#234;tre la bonne (pourvu qu'il ne nuise pas &#224; la libert&#233; qui peut coexister avec la libert&#233; de chacun selon une loi universelle possible (autrement dit, &#224; ce droit d'autrui). &#187; Mais un tel principe reste suspendu en l'air quand il n'est pas inscrit dans le mouvement r&#233;el des soci&#233;t&#233;s et de l'histoire. On doit alors - avec Marx - en d&#233;gager ainsi la port&#233;e sociale : &#171; le libre d&#233;veloppement de chacun comme condition du libre d&#233;veloppement de tous &#187;. Le communisme de Marx est tout entier compris dans cette maxime du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; : une maxime o&#249; se conjugue un id&#233;al moral et une norme sociale. C'est un id&#233;al, parce que port&#233;e par le mouvement historique, cette &#233;mancipation individuelle n'est r&#233;elle que comme une virtualit&#233;. C'est un id&#233;al moral, parce que la libert&#233; ainsi comprise est un id&#233;al universalisable, qui est peut-&#234;tre le seul qui le soit indiscutablement. Mais surtout, cet id&#233;al se conjugue avec une norme sociale : celui d'une soci&#233;t&#233; qui prend la libert&#233; de chacune et de chacun comme mesure de ses progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.1 Cette libert&#233; n'est pas la libert&#233; de vouloir, mais la libert&#233; de faire. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx rappelle que la libert&#233; a toujours &#233;t&#233; comprise de deux fa&#231;ons : elle a &#233;t&#233; d&#233;finie comme autod&#233;termination de la volont&#233; par les id&#233;alistes et elle a &#233;t&#233; d&#233;finie, je cite, &#171; par tous les mat&#233;rialistes comme puissance, comme ma&#238;trise des situations et des circonstances de la vie d'un individu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Id&#233;ologie allemande, &#233;ditions sociales, 1976, p.296 note.&#034; id=&#034;nh10-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est loisible de chercher dans l'&#339;uvre de Spinoza des ant&#233;c&#233;dents de cette libert&#233;-puissance : elle est pr&#233;sente chez Marx, sans cette r&#233;f&#233;rence, comme conception coh&#233;rente du mat&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; n'est pas la libert&#233;-application de Kant. La libert&#233; d'ob&#233;ir &#224; la loi morale que l'on s'est donn&#233;. La libert&#233; est la libert&#233;-r&#233;alisation de Hegel. La libert&#233; dont nous parle Marx est une libert&#233; qui se r&#233;alise dans la soci&#233;t&#233;. Mais pas n'importe comment ou suivant n'importe quelle conception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.2. Cette libert&#233; n'est pas ou pas seulement la libert&#233; lib&#233;rale ou r&#233;publicaine.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas ou pas seulement la libert&#233; lib&#233;rale, n&#233;gative et d&#233;fensive, destin&#233;e &#224; mettre les individus &#224; l'abri des abus de pouvoir, et particuli&#232;rement du pouvoir d'Etat. Ce n'est pas ou pas seulement la libert&#233; r&#233;publicaine, citoyenne et participative, qui invite les citoyen &#224; s'occuper des affaires de la cit&#233;. Ce n'est donc pas ou pas seulement la libert&#233; civile (m&#234;me prise dans sa plus grande concr&#233;tude) : et la libert&#233; politique l'ensemble des droits et des moyens&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? Parce que ces libert&#233;s se tiennent dans les limites de l'&#233;mancipation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.3. Cette libert&#233; n'est ou n'est pas seulement la libert&#233; de la devise tricolore.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certain socialisme aux couleurs de la France propose parfois de comprendre l'&#233;mancipation comme la r&#233;alisation des id&#233;aux de la R&#233;volution Fran&#231;aise. Supposons. Mais alors, dans la devise tricolore &#8211; libert&#233;, &#233;galit&#233;, fraternit&#233; &#8211;, c'est la libert&#233; - le rouge de la libert&#233; qui ouvre la marche. Et la devise tricolore pour se r&#233;aliser doit changer radicalement de contenu. La libert&#233;, les libert&#233; civiles et politiques, s'accomplit dans la lib&#233;ration sociale. L'&#233;galit&#233; &#8211; l'&#233;galit&#233; r&#233;publicaine &#8211; s'accomplit dans l'&#233;galit&#233; sociale. Et la fraternit&#233; au lieu de s'engluer dans la fraternisation patriotique ou l'assistance humanitaire se r&#233;alise dans la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le rouge toujours en t&#234;te s'unit au noir : libert&#233; libertaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons &#224; l'essentiel : &#192; la libert&#233; lib&#233;rale, r&#233;tract&#233;e sur elle-m&#234;me, n&#233;gative et d&#233;fensive, retranch&#233;e derri&#232;re le droit, repli&#233;e sur la vie priv&#233;e, on peut opposer la libert&#233; libertaire : ouverte &#224; la socialit&#233; des &#233;gaux, positive et propulsive, lest&#233;e des moyens mat&#233;riels de son accomplissement, ouverte sur toutes les dimensions de l'existence sociale. Une libert&#233;-puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me point donc&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. Quelle libert&#233;-puissance ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette libert&#233;-puissance, &#233;galement partag&#233;e, qui attend d'&#234;tre conquise parce qu'elle peut-&#234;tre conquise, Marx la comprend comme &#171; Le d&#233;veloppement des forces humaines comme fin en soi &#187; : le libre d&#233;veloppement de chacun comme condition du libre d&#233;veloppement de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la fois le d&#233;veloppement d'une libre-individualit&#233; et d'une libre socialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.1. Un libre-individualit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le libre d&#233;veloppement de chacun &#233;tant le libre d&#233;veloppement de tous les chacuns, la formule de Marx peut sembler anodine ou tautologique. Il faut donc s'y arr&#234;ter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- C'est de la libert&#233; qu'il s'agit, mais pas de n'importe qu'elle libert&#233;, mais du &#171; libre d&#233;veloppement des individualit&#233;s &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- C'est d'un rapport entre les libert&#233;s qu'il s'agit mais pas de n''importe quel rapport. Ce n'est pas un rapport de coexistence entre les libert&#233;s et encore moins de limitation r&#233;ciproque des libert&#233;s. Mais un rapport d'implication. Il ne s'agit pas de dire que chacun peut &#234;tre libre &#224; condition que tous le soient : l'&#233;galit&#233; des libert&#233;s qui se limitent r&#233;ciproquement. Mais que chacun doit &#234;tre libre pour que tous le soient. Le d&#233;veloppement de la libre individualit&#233; est la condition de l'&#233;galit&#233; des libert&#233;s qui se d&#233;veloppent mutuellement. La libert&#233; de chacun &#233;tend la libert&#233; de tous. Et l'&#233;gale libert&#233; de tous &#233;tend la libert&#233; de chacun. &#171; La libert&#233; des autres &#233;tend la mienne jusqu'&#224; l'infini &#187; : la formule n'est pas de Marx, mais de Bakounine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- C'est d'universalit&#233; qu'il s'agit, mais pas de n'importe quelle universalit&#233;. Ce n'est pas l'universalit&#233; abstraite des citoyens &#233;gaux, mais l'universalit&#233; concr&#232;tes de individus diff&#233;rents. Le libre d&#233;veloppement de chacun, c'est le libre d&#233;veloppement de l'individualit&#233;, et par cons&#233;quent de la particularit&#233;. Ce n'est pas le libre d&#233;veloppement de l'individu abstraitement &#233;gal &#224; tous les autres : c'est le libre d&#233;veloppement de l'individu concr&#232;tement diff&#233;rent de tous les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libre-individualit&#233; &#8211; le libre d&#233;veloppement de chacun &#8211; est aussi une libre-socialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.2. Une libre-socialit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est seulement dans la communaut&#233; que la libert&#233; personnelle est possible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Id&#233;ologie allemande, Paris, Essentiel, &#201;ditions Sociales, 1982, p. 138.&#034; id=&#034;nh10-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;. &#202;tre libre s'est aussi se reconna&#238;tre dans ce que l'on fait et &#234;tre reconnu pour ce que l'on fait. La philosophie morale, avec Kant particuli&#232;rement, a donn&#233; son concept &#224; cette double reconnaissance : le respect de la dignit&#233;. Se reconna&#238;tre une dignit&#233;, faire reconna&#238;tre sa dignit&#233;, c'est d'abord se reconna&#238;tre et se faire reconna&#238;tre comme le une individualit&#233; libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dignit&#233; de la personne est l&#233;s&#233;e chaque fois qu'il est port&#233; atteinte au libre d&#233;veloppement de la personnalit&#233;. L'&#233;thique de la libert&#233; est une &#233;thique de la reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette libert&#233;, j'ai pris le risque de dire qu'elle n'a pas besoin de fondements transcendantaux ou de proc&#233;duraux, comme ne cessent de lui en trouver les adeptes d'un mariage posthume entre Marx et Kant. L'exigence de libert&#233; s'enracine dans l'oppression qu'il s'agit de conjurer et d'abolir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinqui&#232;me point donc :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5. Quel enracinement ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C' est au c&#339;ur de l'ali&#233;nation qu'il situe la n&#233;cessit&#233; m&#234;me de l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.1. Ali&#233;nation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion d'ali&#233;nation a mobilis&#233; &#224; son chevet, pour veiller sur sa vie balbutiante ou sur ses forces d&#233;clinantes, des g&#233;n&#233;rations de commentateurs. Ils ont fini par s'&#233;puiser. Pourtant si l'on d&#233;gage le noyau rationnel de cette notion de sa gangue mystique, elle dit quelque chose d'essentiel : il n'existe d'ali&#233;nation qu'au regarde des potentialit&#233;s qu'elle contrarie, des besoins qu'elle falsifie, au point d'atteindre l'existence m&#234;me de sa victime. Elle d&#233;signe la n&#233;gation de la libert&#233; concr&#232;te, la mutilation d'une libert&#233; expansive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ali&#233;nation, il est vrai, est un concept th&#233;oriquement douteux, surtout quand Marx pr&#233;sente cette ali&#233;nation comme une ali&#233;nation d'une essence humaine promise &#224; l'accomplissement. La port&#233;e critique du concept d'essence humaine est moins en cause que la promesse de la r&#233;alisation de cette essence. La puissance critique du concept d'ali&#233;nation est moins en cause que la dialectique de la n&#233;gation de cette n&#233;gation qui en certifie le d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, je crois, comme Yvon Quiniou que l'interpr&#232;te &#224; ma convenance, que le concept d'ali&#233;nation peut et doit &#234;tre r&#233;activ&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yvon Quiniou, &#171; Pour une nouvelle raison critique : l'ali&#233;nation &#187; dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si l'ali&#233;nation n'est pas un processus dont l'essence humaine serait la cause ou la fin - un processus o&#249; la pl&#233;nitude de l'essence humaine se perdrait avant de se retrouver ou serait perdue avant de se trouver - comment peut-on la comprendre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'ali&#233;nation ne se mesure pas &#224; une effectivit&#233; - &#224; la promesse de effectivit&#233; de l'essence humaine - elle doit &#234;tre mesur&#233;e &#224; des potentialit&#233;s. Quelles potentialit&#233;s ? On peut sans doute parler d'ali&#233;nation - de devenir &#233;tranger et oppos&#233; des produits de l'activit&#233; des hommes et de cette activit&#233; elle-m&#234;me - au regard des potentialit&#233;s historiques. On peut peut-&#234;tre parler d'ali&#233;nation - de devenir &#233;tranger de l'homme &#224; lui-m&#234;me au regard de potentialit&#233;s anthropologiques. Je ne suis pas certain cependant que ces potentialit&#233;s anthropologiques puissent &#234;tre d&#233;tect&#233;es ind&#233;pendamment des potentialit&#233;s historiques dans lesquelles elles se r&#233;v&#232;lent. Quoi qu'il en soi, l'homme est &#233;tranger &#224; lui-m&#234;me quand il est &#233;tranger au potentialit&#233;s historiques que rec&#232;lent les conditions mat&#233;rielles et sociales de son d&#233;veloppement. On peut parler d'ali&#233;nation aux regard des potentialit&#233;s historiques de r&#233;sorption de cette ali&#233;nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas tout : qu'il s'agisse de l'ali&#233;nation elle-m&#234;me ou de sa r&#233;sorption, l'examen de ces potentialit&#233;s historiques vaut jugement sur leur contenu ; la d&#233;tection critique vaut &#233;valuation &#233;thique. Des potentialit&#233;s peuvent &#234;tre r&#233;elles sans &#234;tre actualis&#233;es ; elles peuvent &#234;tre r&#233;elles, mais mutil&#233;es ou avort&#233;es ; mais la d&#233;tection de ces potentialit&#233;s repose sur une &#233;valuation de la fin dont elles sont porteuses ou dont serait porteuse leur actualisation. Cette d&#233;tection n'a de sens, pour Marx et pour reprendre l'une de ses expressions, que dans la mesure o&#249; l'on pose &#171; le d&#233;veloppement des forces humaines comme fin en soi &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, Livre III, t. 3, &#201;ditions sociales, 1967, p. 198-199.&#034; id=&#034;nh10-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : en d'autres termes l'&#233;panouissement, sinon total, du moins aussi riche que possible de chaque individu. Tel est le fondement normatif de toute critique de l'ali&#233;nation ; tel est l'horizon normatif de toute &#233;thique de l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre cette ali&#233;nation &#8211; la soumission des hommes aux produits de leur activit&#233; &#8211; aux produits d'une activit&#233; qui rec&#232;lent les potentialit&#233;s de leur &#233;mancipation ? Comme l'effet d'une double s&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.2. S&#233;parations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de Marx vise, dans le monde capitaliste qu'il voit se renforcer sous ses yeux une double s&#233;paration o&#249; s'inscrivent la domination et l'exploitation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat est en m&#234;me temps la s&#233;paration entre l'individu concr&#232;tement socialis&#233; et le citoyen abstrait. Dans cette s&#233;paration sont inscrites les m&#233;rites et les limites de l'&#233;mancipation politique. Les m&#233;rites car cette s&#233;paration met un terme &#224; l'unit&#233; de la domination politique et de l'oppression sociale, caract&#233;ristique de la relation f&#233;odale. Les limites, car l '&#233;mancipation politique, y compris dans ses formes les plus d&#233;mocratiques, s&#233;pare l'homme de lui-m&#234;me. Elle confie au citoyen abstrait &#224; une communaut&#233; r&#233;elle, mais illusoire qui garantit des droits effectifs mais priv&#233;s de contenu. Et elle abandonne l'individu r&#233;el &#224; une soci&#233;t&#233; d&#233;chir&#233;e, o&#249; il ne peut r&#233;aliser ses potentialit&#233;s. Autant dire sa libert&#233;. L'&#233;mancipation politique n'est donc pas le dernier mot de l'&#233;mancipation humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut aller plus loin : cette premi&#232;re s&#233;paration &#8211; entre la soci&#233;t&#233; civile et l'Etat - s'enracine dans le d&#233;chirement de la soci&#233;t&#233; civile. Marx pense d'abord se d&#233;chirement comme le r&#232;gne de l'homme &#233;go&#239;ste &#8211; la guerre de chacun contre tous. Mais se d&#233;chirement est en v&#233;rit&#233; domin&#233; par l'existence de classes non seulement distinctes ou in&#233;gales, mais antagonistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant dire que la premi&#232;re s&#233;paration s'enracine dans la seconde : La s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production est synonyme d'appropriation priv&#233;e des moyens de production : priv&#233;e, c'est-&#224;-dire non pas (ou, pas seulement) individuelle, mais privative. Elle est priv&#233;e, parce les autres en sont exclus. Priv&#233;e, c'est-&#224;-dire exclusive : non seulement juridiquement, mais effectivement exclusive. La propri&#233;t&#233; ou l'appropriation priv&#233;e, ce n'est pas une propri&#233;t&#233; ou une appropriation individuelle, purement juridique ou marchande, mais une propri&#233;t&#233; ou une appropriation dont les producteurs sont exclus : parce qu'il n'exerce aucun pouvoir sur la finalit&#233; de la production, la r&#233;partition des produits, l'organisation de la production. Appropriation exclusive et exploitation sont synonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles ont alors les conditions de l'&#233;mancipation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point 6, donc&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6. Quelles conditions ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces conditions sont pr&#233;sent&#233;e &#224; la fois logiquement et historiquement. Distinguons cependant pour la clart&#233; de l'expos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6.1. Logiquement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont tout abord les conditions logiquement requises ? C'est ce qu'enseigne la critique de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surmonter ces s&#233;parations &#8211; les d&#233;passer comme on le dit souvent, les abolir comme on le dit parfois &#8211; implique de les r&#233;sorber, faute de pouvoir totalement les supprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; quelques h&#233;sitations et ambigu&#239;t&#233;, Marx ne propose pas de r&#233;aliser la libert&#233; de tous par la pure et simple absorption du politique par le social. Il pense l'existence d'un pouvoir public, d&#233;barrass&#233; de toutes les fonctions oppressives et r&#233;pressives qui r&#233;sultent in&#233;vitablement de la division de la soci&#233;t&#233; en classe. Voil&#224; ce que signifie tr&#232;s exactement le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; quelques h&#233;sitations et ambigu&#239;t&#233;s, Marx ne propose pas de r&#233;aliser la libert&#233; de tous par la pure et simple r&#233;unification entre le travailleur et ses propres moyens de production. Il pense l'existence d'une appropriation collective et non exclusive des moyens de production, plac&#233;s directement sous le contr&#244;le des producteurs. Voil&#224; ce que signifie tr&#232;s exactement l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; condition de maitriser les conditions de leur propre socialisation que les hommes peuvent parvenir &#224; ma&#238;triser leur individuation : le libre d&#233;veloppement de chacun comme condition du libre d&#233;veloppement de tous. Et cette maitrise doit mettre un terme &#224; la domination politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette ma&#238;trise de l'individuation que doit permettre une &#171; association dans laquelle le libre d&#233;veloppement de chacun est la condition du libre d&#233;veloppement de tous &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste du parti communiste, &#233;dition bilingue, &#233;ditions sociales, 1972, p. 89.&#034; id=&#034;nh10-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont alors les conditions historiquement requises ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6.2. Historiquement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Marx explore sur tous les versants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'association des producteurs, il appartient de de r&#233;aliser la libert&#233;, c'est-&#224;-dire, particuli&#232;rement, de d&#233;faire la r&#233;ification (et le f&#233;tichisme qui lui est li&#233;). C'est pourquoi Marx d&#233;nonce &#171; l'ineptie qui consiste &#224; consid&#233;rer la libre concurrence comme l'ultime d&#233;veloppement de la libert&#233; humaine &#187; puisque ce &#171; genre de libert&#233; individuelle est en m&#234;me temps l'abolition la plus totale de toute libert&#233; individuelle. &#192; la fois libert&#233; et&lt;i&gt; total &#233;crasement de l'individualit&#233; sous le joug des conditions sociales qui prennent la forme de puissances factuelles &lt;/i&gt;(&lt;i&gt;sachlich&lt;/i&gt;)&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;voire de choses toutes puissantes - de choses ind&#233;pendantes des individus et des relations qu'ils ont entre eux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grundrisse &#187;, Karl Marx, Manuscrits de 1857-1858 (&#171; Grundrisse &#187;), tome 2, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Seule, par cons&#233;quent, la suppression de cette r&#233;ification par la ma&#238;trise des conditions sociales peut permettre l'&#233;panouissement de la libert&#233; individuelle et le d&#233;veloppement int&#233;gral de l'individu. Ce d&#233;veloppement int&#233;gral de l'individu suppose &#224; la fois le d&#233;veloppement universel de ses relations et le d&#233;veloppement polymorphe de ses facult&#233;s ; mais si le d&#233;veloppement des forces productives est la condition n&#233;cessaire de ce double d&#233;veloppement, il n'en est pas la condition suffisante : seule la ma&#238;trise que la soci&#233;t&#233; conquiert sur elle-m&#234;me permet de le r&#233;aliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme r&#233;alise lui-m&#234;me, quoique n&#233;gativement, les conditions de cet affranchissement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces individus &#171; ne sont pas des produits de la nature mais de l'histoire. Le degr&#233; et l'universalit&#233; du d&#233;veloppement des capacit&#233;s, au sein desquels cette individualit&#233;-ci devient possible, pr&#233;supposent justement le d&#233;veloppement la production sur la base des valeurs d'&#233;change &#187;. Celle-ci &#171; commence par produire avec l'universalit&#233; l'ali&#233;nation de l'individu par rapport &#224; lui-m&#234;me et aux autres, mais&lt;i&gt; &lt;/i&gt;produit aussi&lt;i&gt; l'universalit&#233; et le caract&#232;re multilat&#233;ral de ses relations et aptitudes&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grundrisse &#187;, t.1, op. cit., p. 97-98.&#034; id=&#034;nh10-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; : libre-individualit&#233; et libre-socialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme cr&#233;e lui-m&#234;me le &lt;i&gt;d&#233;veloppement polymorphe des facult&#233;s des individus &lt;/i&gt; : &#171; En aspirant sans tr&#234;ve &#224; la forme universelle de la richesse, le capital pousse le travail au-del&#224; des fronti&#232;res de ses besoins naturels et cr&#233;e ainsi les &#233;l&#233;ments mat&#233;riels du d&#233;veloppement de cette riche individualit&#233; qui est aussi polyvalente dans sa production et dans sa consommation et dont le travail n'appara&#238;t plus par cons&#233;quent comme travail, mais comme plein d&#233;veloppement de l'activit&#233; elle-m&#234;me, o&#249; la n&#233;cessit&#233; naturelle a disparu sous sa forme imm&#233;diate ; parce qu'un besoin produit par l'histoire est venu remplacer un besoin naturel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grundrisse &#187;, t.1, op.cit., p. 264.&#034; id=&#034;nh10-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; R&#233;alisation que Marx, renvoie &#224; &#171; une phase sup&#233;rieure de la soci&#233;t&#233; communiste &#187; dans laquelle &#171; l'asservissante subordination des individus &#224; la division du travail &#187; aura disparu et o&#249; &#171; le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais deviendra le premier besoin vital &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique des programmes de Gotha et d'Erfurt, &#233;ditions sociales, 1966, p. 32.&#034; id=&#034;nh10-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'en demeure pas moins que l'exercice de ce besoin, pour &#234;tre consciemment contr&#244;l&#233; par la soci&#233;t&#233;, demande &#224; &#234;tre planifi&#233; par une division volontaire du travail, comme on va le voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;veloppement complet des individus d&#233;pend enfin du &lt;i&gt;d&#233;veloppement du temps libre&lt;/i&gt; : &#171; C'est le&lt;i&gt; libre d&#233;veloppement des individualit&#233;s &lt;/i&gt;(...) o&#249; l'on r&#233;duit le travail n&#233;cessaire de la soci&#233;t&#233; jusqu'&#224; un minimum, &#224; quoi correspond la formation artistique, scientifique, etc., des individus gr&#226;ce au temps lib&#233;r&#233; et aux moyens cr&#233;es pour eux tous.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grundrisse &#187;, t.2, op.cit.,. 193-194.&#034; id=&#034;nh10-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Et le d&#233;veloppement correspondant du temps libre modifie le sens m&#234;me du travail : &#171; Le temps libre - qui est aussi bien temps de loisir que temps destin&#233; &#224; une activit&#233; sup&#233;rieure - a naturellement transform&#233; son possesseur en un sujet diff&#233;rent, et c'est en tant que tel qu'il entre dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grundrisse &#187;, t.2, op.cit., p. 199-200.&#034; id=&#034;nh10-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce libre d&#233;veloppement de l'individu dans le travail et hors du travail &#8211; cette libre-individualit&#233; se conjugue avec une libre socialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en va-t-il du &lt;i&gt;d&#233;veloppement universel des relations de l'individu&lt;/i&gt;. C'est le d&#233;veloppement universel des forces productives qui jette les bases de &#171; l'universalit&#233; de l'individu (...) comme universalit&#233; de ses relations r&#233;elles et id&#233;elles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grundrisse &#187;, t.2, op.cit., p.34.&#034; id=&#034;nh10-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; (). Mais cette universalit&#233; ne peut devenir effective qu'&#224; la condition que les individus placent le d&#233;veloppement de ces forces productives sous leur propre contr&#244;le. L'existence du march&#233; mondial, &#034;la connexion de l'individu singulier avec tous, mais en m&#234;me temps aussi l'ind&#233;pendance de cette m&#234;me connexion par rapport aux individus singuliers&#034; qui cr&#233;e les conditions d'une &#233;mancipation int&#233;grale des individus : &#171; les individus d&#233;velopp&#233;s universellement &#187;&lt;i&gt; - &lt;/i&gt;des individus, pr&#233;cise Marx&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&#171; dont les rapports sociaux, en tant qu'ils sont leurs propres relations communautaires, sont &#233;galement&lt;i&gt; soumis &#224; leur propre contr&#244;le communautaire&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grundrisse &#187;, t.1, op.cit., p. 97-98.&#034; id=&#034;nh10-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, le capitalisme produit en m&#234;me temps toutes les conditions de l'ali&#233;nation et les conditions de son d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actualisons un peu le propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouvel esprit du capitalisme, qui n'est jamais que l'id&#233;alisation des formes de sa perp&#233;tuation, pr&#233;tend substituer le r&#233;seau &#224; la hi&#233;rarchie, mais un r&#233;seau soumis &#224; son propre commandement et &#224; l'imp&#233;ratif de la valorisation de la valeur. Nouvelle forme de domination qui indique la voie, et parfois pr&#233;pare les moyen de son abolition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouvel esprit du capitalisme pr&#233;tend substituer la mobilit&#233; &#224; la fixit&#233;, mais une mobilit&#233; soumise &#224; l'arbitraire de sa gestion et &#224; l'anarchie de son d&#233;veloppement. Nouvelle forme de la prol&#233;tarisation qui indique la voie et parfois pr&#233;pare les moyens de son abolition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouvel esprit du capitalisme pr&#233;tend substituer la pluralit&#233; des projets de vie &#224; la l'attachement &#224; vie &#224; une unique fonction, mais une pluralit&#233; qui &#233;quivaut &#224; l'ins&#233;curit&#233; et la pr&#233;carit&#233; permanente. Il nous parle d'aventures individuelles, quand il n'est question que de ses propres aventures. Il nous par les risques, quand il ne s'agit pour lui que de risques boursiers et pour tous les autres de risques vitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant quand on passe de l'identification du contenu et des conditions de l'&#233;mancipation, &#224; ces formes concr&#232;te, la th&#233;orie et la pratique, la critique et l'histoire laissent quand m&#234;me penser que les choses risquent de se g&#226;ter. Comment ? Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier point donc :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7. Quelles formes ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de Marx sur ce point peut &#234;tre mise &#224; l'&#233;preuve d'une critique externe et d'une critique interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7.1. Une critique externe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique externe peut &#234;tre reprise &#224; partir de celles de Proudhon et de Bakounine. Cette critique est historiquement situ&#233;e. Proudhon, puis Bakounine vise souvent, moins la pens&#233;e de Marx que celle de ses disciples, moins le th&#233;oricien que le militant. La critique de Bakounine vise juste en deux points :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- le scientisme pr&#233;sum&#233; de Marx. Marx a beau dire et beau faire, la science r&#233;volutionnaire dont il se pr&#233;vaut menace &#224; chaque instant de virer &#224; la science doctrinaire. La science qui entend exprimer le mouvement r&#233;el se pr&#233;sente sans cesse comme science qui doit lui &#234;tre appliqu&#233;e. Marx militant se pr&#233;sente lui-m&#234;me comme un Marx savant. De l&#224; le soup&#231;on de vouloir instaurer la dictature des savants et de reconduire ainsi la division entre gouvernants et gouvern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- l'&#233;tatisme pr&#233;sum&#233; de Marx. Marx a beau dire et beau faire, l'anti&#233;tatisme dont il se pr&#233;vaut menace &#224; chaque instant de virer &#224; l'&#233;tatisme le plus envahissant. Le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat que vise la r&#233;volution sociale se pr&#233;sente d'abord comme une exaltation de l'&#201;tat, si ce n'est chez Marx lui-m&#234;me, du moins chez ses partisans. De l&#224; le soup&#231;on de vouloir instaures une dictature de parti qui, plac&#233;e sous l'autorit&#233; des savant, serait, selon Bakounine, la pire des dictatures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un Marx libertaire doit donc &#234;tre d&#233;livr&#233; de ses penchants autoritaires. Si les critiques pr&#233;cises de Proudhon et de Bakounine mettent souvent &#224; c&#244;t&#233; de la plaque, leurs pressentiments ne sont nullement d&#233;nu&#233;s de fondements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? C'est ce que peut montrer, dit-on, le destin de la th&#233;orie de Marx. Mais cette mise &#224; l'&#233;preuve n'est pas totalement concluante : aucune th&#233;orie ne peut se pr&#233;munir contre sa d&#233;figuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que l'on peut montrer en mettant la pens&#233;e de Marx &#224; l'&#233;preuve d'une critique interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7.2. Une critique interne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#233;orie n'est pas &#224; l'abri d'illusions utopiques sur la transparence d'une soci&#233;t&#233; enti&#232;rement lisible par ses acteurs, sur l'immanence d'une soci&#233;t&#233; reposant enti&#232;rement sur elle-m&#234;me, sur l'omnipotence d'une soci&#233;t&#233; ma&#238;trisant totalement ses m&#233;canismes de fonctionnement et son histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;L'&#233;nigme de la socialisation de la production&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ma&#238;trise de l'individuation suppose la ma&#238;trise de la socialisation. Une ma&#238;trise consciente qui s'incarne dans la planification. Comment sera-t-elle effectu&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de la planification ne peut &#234;tre dissoci&#233; de ses modalit&#233;s, le contenu ne peut &#234;tre dissoci&#233; de la forme : la planification autoritaire s'oppose &#224; la planification d&#233;mocratique. Mieux : une planification &#233;tatique soustrait le proc&#232;s social de production au &#171; contr&#244;le conscient &#187; des individus associ&#233;s ; elle r&#233;introduit la scission que la planification pr&#233;tend combattre, elle la porte &#224; son comble, et les le&#231;ons de la dialectique n'y peuvent rien : ce comble ne se renverse pas. Le contr&#244;le de la soci&#233;t&#233; sur elle-m&#234;me renvoie n&#233;cessairement &#224; la socialisation directe du travail, et aux formes politiques qui la sanctionnent et la favorisent. Or, Marx, ne parvient pas &#224; trancher entre deux mod&#232;les de socialisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une h&#233;sitation &#233;tudi&#233;e en profondeur par Jean Robelin que nous suivons ici (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La socialisation des forces productives implique, dans un m&#234;me mouvement, la socialisation des moyens de production et la socialisation de la force de travail. Mais la construction des mod&#232;les de socialisation tend &#224; proc&#233;der par d&#233;doublement : la socialisation des moyens de production tend &#224; privil&#233;gier l'&#233;tatisation et la socialisation de la force de travail tend &#224; privil&#233;gier la coop&#233;ration. Mais l'&#233;tatisation et la coop&#233;ration ne peuvent &#234;tre mis sur le m&#234;me plan. L'&#233;tatisation est une forme de socialisation des moyens de production qui a comme corr&#233;lat la militarisation des forces de travail : ainsi, la m&#233;taphore de l'arm&#233;e du travail n'est pas seulement une m&#233;taphore. La coop&#233;ration sous la forme des coop&#233;ratives met en jeu la socialisation des moyens de production (qui d&#233;fait leur appropriation priv&#233;e) et celle de la force de travail (qui d&#233;fait le despotisme d'entreprise).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution de Marx qui, dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, pr&#233;conise l'&#233;tatisation des moyens de production et n&#233;glige les solutions coop&#233;ratives, et finit, dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, par pr&#233;senter les soci&#233;t&#233;s par action comme une transition n&#233;gative du capitalisme au communisme, dont le revers positif est constitu&#233; par les coop&#233;ratives, laisse penser que l'&#233;tatisation ne se voit plus reconna&#238;tre ses vertus primitives. &lt;i&gt;L'utopie de la socialisation par l'&#233;tatisation se r&#233;sout dans la perspective de la socialisation par la coop&#233;ration&lt;/i&gt;. Mais en m&#234;me temps, la place accord&#233;e aux soci&#233;t&#233;s par action n'a fait que d&#233;placer le probl&#232;me : &#171; Il faut consid&#233;rer les entreprises capitalistes par actions, et, &lt;i&gt;au m&#234;me titre&lt;/i&gt; les usines coop&#233;ratives comme des formes de transition du mode capitaliste de production au mode collectiviste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, livre III, t.1, p.106.&#034; id=&#034;nh10-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels, dans la &lt;i&gt;Critique du Programme d'Erhrfurt&lt;/i&gt;, r&#233;it&#232;re et surench&#233;rit au point de voir dans les trusts un point de passage vers la planification : &#171; La production capitaliste des soci&#233;t&#233;s par actions n'est d&#233;j&#224; plus une production priv&#233;e, mais une production pour le compte d'un grand nombre d'associ&#233;s. Et si nous passons des soci&#233;t&#233;s par actions aux trusts qui se soumettent et monopolisent des branches enti&#232;res de l'industrie, alors&lt;i&gt; ce n'est pas seulement la fin de la production priv&#233;e, mais encore la cessation de l'absence de plan&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du programme de Gotha et d'Erhrfurt, op.cit., p.96.&#034; id=&#034;nh10-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx et Engels sugg&#232;rent que deux formes de socialisation oppos&#233;es indiquent la m&#234;me tendance : d'o&#249; l'on a pu conclure qu'elles pr&#233;paraient au m&#234;me titre l'appropriation individuelle. Or, leur nature et leur destin divergent. Les coop&#233;ratives tendent &#224; r&#233;duire la disjonction entre le travail et le capital que les soci&#233;t&#233;s par action tendent &#224; amplifier. De l&#224; deux d&#233;passements possibles de l'appropriation priv&#233;e : par g&#233;n&#233;ralisation des coop&#233;ratives et par acc&#233;l&#233;ration des monopoles. Il appara&#238;t donc que la contradiction entre socialisation des forces productives et appropriation priv&#233;e peut se r&#233;soudre de deux fa&#231;ons distinctes voire oppos&#233;es : par la socialisation du travail ou la socialisation du capital ; en d'autres termes, gr&#226;ce &#224; l'appropriation des forces productives (moyens de production) par l'&#233;tatisation ou gr&#226;ce appropriation du proc&#232;s de production par la coop&#233;rative. Or, non seulement, ces deux modalit&#233;s de reconnaissance de la socialisation des forces productives ne additionnent pas, mais elles s'opposent, comme les capitaux associ&#233;s par &#233;tatisation et les producteurs associ&#233;s par coop&#233;ration. Deux n&#233;gations de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ne font pas une solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, le prol&#233;tariat ne peut s'approprier les moyens de production (appropriation sociale) qu'en surmontant la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; et de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; une seconde &#233;nigme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;L'&#233;nigme du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective de l'exercice la domination politique du prol&#233;tariat dans le cadre de l'&#201;tat-machine est abandonn&#233;e : elle consacrerait la s&#233;paration qu'il s'agit d'abolir. Mais quelle forme de &lt;i&gt;domination&lt;/i&gt; (politique) peut &#234;tre une forme d'&lt;i&gt;&#233;mancipation &lt;/i&gt;(sociale) ? &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;ponse de Proudhon et de Bakounine est claire : cette contradiction est insoluble, toute domination politique est incompatible avec l'&#233;mancipation sociale. Mais le probl&#232;me n'est pas r&#233;solu pour autant. Et force est de constater que Marx, en tentant de le r&#233;soudre n'y ait parvenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx voit dans la Commune, la libre f&#233;d&#233;ration des Commune, parall&#232;le &#224; la libre f&#233;d&#233;ration des coop&#233;ratives, &#171; la forme politique enfin trouv&#233;e de l'&#233;mancipation du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune &#224; ses yeux est conjointement, &lt;i&gt;la forme politique de la prise du pouvoir et la forme politique de son exercice&lt;/i&gt;. Le prol&#233;tariat d&#233;truit l'ancien appareil d'Etat. C'est ainsi que la forme politique de la prise du pouvoir peut &#234;tre &lt;i&gt;la forme politique de l'&#233;mancipation sociale&lt;/i&gt;, car la reprise du pouvoir d'&#201;tat par les masses populaires livre le sens de la Commune : &#171; La Commune, c'est la forme politique de leur &#233;mancipation sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La guerre civile en France, p.213.&#034; id=&#034;nh10-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Or, aussit&#244;t trouv&#233;e (ou presque), &lt;i&gt;la forme de la dictature du prol&#233;tariat devient introuvable&lt;/i&gt;. En effet, la &lt;i&gt;Critique du programme de Gotha&lt;/i&gt; (1875) en &#233;tablissant le partage entre ce que la science peut ou non &#233;tablir et le partage entre ce que le programme doit ou non comporter laisse transpara&#238;tre de singuli&#232;res d&#233;robades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La premi&#232;re d&#233;robade concerne le d&#233;passement de l'Etat politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;robade significative qui m'a incit&#233; &#224; revenir sur la perspective (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la revendication confuse de l'&#201;tat libre, Marx r&#233;plique : &#171; La libert&#233; consiste &#224; &lt;i&gt;transformer&lt;/i&gt; l'Etat, organisme qui s'est mis au-dessus de la soci&#233;t&#233;, en un organisme enti&#232;rement subordonn&#233; &#224; elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du programme de Gotha, op.cit., p.42.&#034; id=&#034;nh10-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Il s'agit donc de transformer l'&#201;tat et non de le d&#233;truire, et par cons&#233;quent de maintenir en quelque fa&#231;on l'&#201;tat, et non de le faire ou de le voir dispara&#238;tre totalement. Il s'agit de subordonner l'&#201;tat &#224; la soci&#233;t&#233;, et non de le dissoudre dans la soci&#233;t&#233; : autrement dit, de supprimer ce que les premiers textes d&#233;signait comme &#201;tat politique - le &#171; pouvoir politique proprement dit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mis&#232;re de la philosophie, &#233;ditions sociales, p.179.&#034; id=&#034;nh10-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; - et non l'&#201;tat comme pouvoir public.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que signifient, plus pr&#233;cis&#233;ment, ce d&#233;passement de l'&#201;tat, ce maintien et cette transformation ? Marx pose lui-m&#234;me la question : &#171; Quelle transformation subira l'Etat dans une soci&#233;t&#233; communiste ? &#187;. La r&#233;ponse &#224; cette question est d&#233;j&#224; partiellement comprise dans la perspective d'une subordination de l'&#201;tat &#224; la soci&#233;t&#233;. Mais la question elle-m&#234;me doit &#234;tre pr&#233;cis&#233;e : &#171; Autrement dit : quelles fonctions sociales s'y maintiendront analogues aux fonctions actuelles de l'&#201;tat ? &#187;. Ainsi Marx affirme que la question de la transformation est &#233;gale &#224; celle de la conservation : les deux questions n'en font qu'une. Le maintien de l'&#201;tat n'est rien d'autre que le maintien de certaines fonctions sociales &#171; analogues aux fonctions actuelles de l'&#201;tat &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du programme de Gotha, op.cit., p.43-44.&#034; id=&#034;nh10-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La question de leur nature se double de celle de leur modalit&#233; d'exercice, que Marx ne pose pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux r&#233;ponses elles ne sont pas donn&#233;es, ne serait-ce que pour la raison suivante : &#171; Seule la science peut r&#233;pondre &#224; cette question... &#187;. Comment y r&#233;pondra-t-elle ? Marx a donn&#233; quelques lignes plus haut la m&#233;thode en critiquant le programme : &#171; Au lieu de traiter la soci&#233;t&#233; pr&#233;sente (et cela vaut pour toute soci&#233;t&#233; future) comme le fondement de l'&#201;tat pr&#233;sent (ou futur pour la soci&#233;t&#233; future), on traite au contraire l'&#201;tat comme une r&#233;alit&#233; ind&#233;pendante, poss&#233;dant ses propres fondements intellectuels, moraux et libres. &#187; Mais que dira la Science et quand ? &#192; ces questions, nulle r&#233;ponse, puisque, nous dit-on, elles n'ont pas d'actualit&#233; politique : &#171; Le programme n'a pas &#224; s'occuper (...) de l'&#201;tat futur dans la soci&#233;t&#233; communiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du programme de Gotha, op.cit., p. 44.&#034; id=&#034;nh10-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Suit alors une seconde d&#233;robade : sur la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Entre la soci&#233;t&#233; capitaliste et la soci&#233;t&#233; communiste, se place la p&#233;riode de transformation r&#233;volutionnaire de celle-l&#224; en celle-ci. &#192; quoi correspond une p&#233;riode de transition politique o&#249; l'&#201;tat ne saurait &#234;tre autre chose que la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat &#187;. Quelles seront les fonctions sociales et les modalit&#233;s d'exercice de cette dictature. Marx l&#224; encore reste silencieux. La raison ? &#171; Le programme n'a pas &#224; s'occuper, pour l'instant, ni de cette derni&#232;re, ni de l'&#201;tat futur dans la soci&#233;t&#233; communiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du programme de Gotha, op.cit., p. 44.&#034; id=&#034;nh10-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; La &#171; forme enfin trouv&#233;e &#187; est oubli&#233;e dans une critique qui pr&#233;tend se situer sur le terrain des principes et &#233;lud&#233;e dans un programme qui doit pr&#233;parer la conqu&#234;te du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle d&#233;robade ouvre la voie &#224; toutes les r&#233;gressions et &#224; toutes les perversions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le m&#234;me Engels qui, en mars 1891, &#233;crivait : &#171; Regardez la Commune de Paris, c'&#233;tait la dictature du prol&#233;tariat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La guerre civile en France, Pr&#233;face d'Engels, p.302.&#034; id=&#034;nh10-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, peut &#233;crire dans une lettre &#224; Lafargue : &#171; La r&#233;publique, vis-&#224;-vis du prol&#233;tariat, ne diff&#232;re de la monarchie qu'en ceci qu'elle est la forme politique toute faite pour la domination future du prol&#233;tariat... Mais la R&#233;publique, comme tout autre forme de gouvernement, est d&#233;termin&#233;e par ce qu'elle contient ; tant qu'elle est la forme de la d&#233;mocratie bourgeoise, elle nous est tout aussi hostile que n'importe quelle monarchie (sauf les formes de cette hostilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cit&#233; par Robelin, op.cit., p.146.&#034; id=&#034;nh10-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;. Entre la &#171; forme enfin trouv&#233;e &#187; et &#171; la forme toute faite &#187;, l'ab&#238;me est creus&#233;. On sait comment l'histoire le remplira. Et comment sera pris en charge le d&#233;p&#233;rissement de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, des analyses de Marx et Engels, il demeure deux images (mod&#232;les ou conceptions, comme on voudra) de la supr&#233;matie politique du prol&#233;tariat, successives, mais aussi parfois concomitantes : l'exercice du pouvoir dans le cadre de la r&#233;publique (bourgeoise) et l'exercice du pouvoir sous la forme de la Commune. De m&#234;me qu'il existe deux images (mod&#232;les ou conceptions, comme on voudra) de la socialisation chez Marx, successives, mais parfois concomitantes : la centralisation &#233;tatique des moyens de production et la coordination d&#233;mocratique des coop&#233;ratives. Ces deux mod&#232;les n'ont pas la m&#234;me valeur politique, n'ayant pas eu le m&#234;me destin historique. Mais ils r&#233;v&#232;lent des impasses du m&#234;me ordre : les impasses de l'utopie promise, qui confie &#224; l'histoire le soin de trouver les formes d'un contenu dont elle certifie l'av&#232;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai &#224; proposer ici qu'une conclusion provisoire.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Et cetera&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;L'utopie elle doit apprendre de sa propre autocritique - Marx inclus - le renoncement &#224; ce que l'on peut appeler, faute de mieux, ses principaux fantasmes : fantasme de l'omnipotence d'un sujet ma&#238;trisant son individuation &#224; travers et gr&#226;ce &#224; une ma&#238;trise planifi&#233;e de la socialisation ; fantasme de la transparence d'un sujet int&#233;gralement restitu&#233; &#224; lui-m&#234;me dans une proximit&#233; sans faille ; fantasme de l'immanence du collectif &#224; l'individuel accomplie par le d&#233;veloppement int&#233;gral de l'homme en chaque individu singulier. Mais qui dit renoncement ne dit pas abandon : soumission de la subjectivation &#224; l'assujettissement, soumission de la subjectivit&#233; &#224; la r&#233;ification, soumission de l'activit&#233; &#224; sa mutilation. L'utopie suppose, non la restitution de l'int&#233;gralit&#233; du social &#224; chaque individu, mais le d&#233;veloppement des multiplicit&#233;s subjectives de tous et de chacun ; non la restitution d'une transparence de la soci&#233;t&#233; permettant &#224; chaque individu de se contempler dans tous les autres, mais la suppression en lui et en dehors de lui les hypostases de son activit&#233; ; non la restitution d'une ma&#238;trise totale, mais l'effacement, &#224; d&#233;faut de sa suppression, de la compulsion de ma&#238;trise elle-m&#234;me. Les gisements de cette utopie ne se confondent pas avec les forces sociales concentr&#233;es dans un macro-sujet de l'histoire ; mais il ne faut pas &#234;tre grand clerc pour savoir dans quelle direction les rechercher : sous la chappe de l'exploitation du travail et de l'oppression des femmes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb10-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elle a fait l'objet d'un compte-rendu d'Arnaud Spire, paru dans l'&#233;dition du 22 f&#233;vrier 2001 de &lt;i&gt;L'Humanit&#233; &lt;/i&gt;et disponible &lt;a href=&#034;http://1libertaire.free.fr/MarxLibertaire01.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur un site libertaire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir ici-m&#234;me &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Une-utopie-mais-concrete-le-communisme-autrement.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Une utopie, mais concr&#232;te : le communisme autrement &#187; (1996)&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Manuscrits de 1857-1858 (&#171; Grundrisse &#187;&lt;/i&gt;, tome 1, , Editions sociales, 1980, p.185.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#171; Grundrisse &#187;&lt;/i&gt;, t.1, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p.18&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#171; Grundrisse &#187;&lt;/i&gt;, t.1, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p189.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre I, traduction de la 4e &#233;dition allemande, Messidor/&#233;ditions sociales, 1983, p.96 note 3.8&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &#233;ditions sociales, 1976, p.296 note.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, Paris, Essentiel, &#201;ditions Sociales, 1982, p. 138.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yvon Quiniou, &#171; Pour une nouvelle raison critique : l'ali&#233;nation &#187; dans &lt;i&gt;Figures de la d&#233;raison politique&lt;/i&gt;, &#201;ditions Kim&#233;e, 1995, pp. 97-161.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre III, t. 3, &#201;ditions sociales, 1967, p. 198-199.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manifeste du parti communiste&lt;/i&gt;, &#233;dition bilingue, &#233;ditions sociales, 1972, p. 89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Grundrisse &#187;, Karl Marx, &lt;i&gt;Manuscrits de 1857-1858 (&#171; Grundrisse &#187;)&lt;/i&gt;, tome 2, Editions sociales, 1980, p. 144.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Grundrisse &#187;, t.1, &lt;i&gt;op. cit.,&lt;/i&gt; p. 97-98.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Grundrisse &#187;, t.1, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 264.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique des programmes de Gotha et d'Erfurt&lt;/i&gt;, &#233;ditions sociales, 1966, p. 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Grundrisse &#187;, t.2,&lt;i&gt; op.cit.,&lt;/i&gt;. 193-194.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Grundrisse &#187;, t.2, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 199-200.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Grundrisse &#187;, t.2, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p.34.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Grundrisse &#187;, t.1, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 97-98.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une h&#233;sitation &#233;tudi&#233;e en profondeur par Jean Robelin que nous suivons ici (tr&#232;s) librement . Lire de Jean Robelin, &lt;i&gt;Marxisme et socialisation&lt;/i&gt;, Philosophie/M&#233;ridiens Klincksieck, 1989, Premi&#232;re partie : Figures de la socialisation. De fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, Voir ici-m&#234;me &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Marx-et-l-appropriation-sociale-1-Enjeux-et-modalites.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Marx et l'appropriation sociale (1) : Enjeux et modalit&#233;s &#187;&lt;/a&gt; et &#171; Marx et l'appropriation sociale (2) : Ambigu&#239;t&#233;s, d&#233;rives et esquisses &#187;-&gt; &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Marx-et-l-appropriation-sociale-2-Ambiguites-derives-et-esquisses.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.henri-maler.fr/Marx-et-l-appropriation-sociale-2-Ambiguites-derives-et-esquisses.html&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, livre III, t.1, p.106.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique du programme de Gotha et d'Erhrfurt&lt;/i&gt;, op.cit., p.96.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La guerre civile en France&lt;/i&gt;, p.213.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;robade significative qui m'a incit&#233; &#224; revenir sur la perspective elle-m&#234;me. Voir : &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Retour-critique-sur-le-deperissement-de-l-Etat.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Retour critique sur le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique du programme de Gotha&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p.42.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mis&#232;re de la philosophie&lt;/i&gt;, &#233;ditions sociales, p.179.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique du programme de Gotha&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p.43-44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique du programme de Gotha&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique du programme de Gotha&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La guerre civile en France&lt;/i&gt;, Pr&#233;face d'Engels, p.302.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cit&#233; par Robelin, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p.146.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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