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	<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>Avec Marx, malgr&#233; Marx : la question de l'utopie [1998]</title>
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		<dc:date>2024-06-10T10:03:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Utopie</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'utopie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Des utopies cong&#233;di&#233;es &#224; l'utopie revendiqu&#233;e.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Utopie-+.html" rel="tag"&gt;Utopie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-l-utopie-+.html" rel="tag"&gt;Marx et l'utopie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L106xH150/la_question_de_l_utopie-d71c3.jpg?1726251026' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Contribution &#224; la Rencontre internationale tenue &#224; Paris du 13 au 16 mai 1998, &lt;i&gt;La Manifeste communiste 150 ans apr&#232;s.&lt;/i&gt; Publi&#233;e dans &lt;i&gt;Le Manifeste communiste aujourd'hui&lt;/i&gt;, Paris, Les &#233;ditions de l'Atelier, 1998, p. 245-253, sous le titre &#171; La questions de l'utopie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous-titres modifi&#233;s pour cette publication&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;* * * &lt;/center&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des utopies d&#233;mises &#224; l'utopie promise&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une critique inaugurale &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, en 1848, ne se borne pas &#224; opposer au spectre du communisme, un manifeste du parti lui-m&#234;me, il oppose ce manifeste &lt;i&gt;dans son ensemble&lt;/i&gt; aux versions doctrinaires du socialisme et du communisme : le passage consacr&#233; au &#171; socialisme et communisme critiques et utopiques &#187; ponctue cette critique g&#233;n&#233;rale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette contribution - qu'on veuille bien m'en excuser - se borne &#224; reprendre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour s'en convaincre il suffit de comparer la version finale du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; aux projets qui pr&#233;c&#232;dent l'intervention de Marx. Cette comparaison fait ressortir deux traits essentiels auxquels peuvent &#234;tre rapport&#233;s toutes les modifications partielles : la fon&#172;dation historique du communisme et l'&#233;valuation critique des formes utopiques du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; pr&#233;sente la n&#233;cessit&#233;, l'actualit&#233;, le contenu du communisme comme exclusivement fond&#233;s sur le mouvement historique, alors que le premier projet (Le &lt;i&gt;Projet de Profession de foi communiste&lt;/i&gt;) - amend&#233; d&#233;j&#224; partiellement par sur ce point celui d'Engels&lt;i&gt; (&lt;/i&gt;Les&lt;i&gt; Principes du communisme&lt;/i&gt;) - pr&#233;sente encore le communisme, &#224; la fa&#231;on des conceptions doctrinaires et utopiques, comme une doctrine reposant exclusi-vement sur des principes invent&#233;s &#224; l'&#233;cart de l'histoire. La pr&#233;sentation de Marx est donc, par elle-m&#234;me, une r&#233;futation des utopies qui, en m&#234;me temps, fonde et introduit leur compr&#233;hension historique et critique expos&#233;e dans les quelques pages qui les concernent directement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que la pr&#233;sence de ces quelques pages constitue une innova&#172;tion au regard des versions initiales. Certes, l'instruction des dirigeants de la Ligue pr&#233;voyait de d&#233;finir la &lt;i&gt;&#171; position concernant les partis sociaux et communistes &#187;.&lt;/i&gt; Mais les cibles n'&#233;taient pas claire&#172;ment d&#233;sign&#233;es. Et le projet d'Engels s'en tenait &#224; une d&#233;nonciation des socialismes r&#233;actionnaires et du socialisme bourgeois. La r&#233;daction par Marx d'une critique des formes critico-utopiques du socialisme (r&#233;duite d'ailleurs par rapport au plan dont il nous a laiss&#233; le brouillon) n'est pas, par cons&#233;quent, une simple adjonction reprise des th&#232;ses figurant dans &lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie &lt;/i&gt; : elle prolonge une lutte externe &#224; la Ligue des Justes qu'elle parach&#232;ve en la r&#233;p&#233;tant sur le plan interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction du nouveau passage rev&#234;t donc &#171; le sens tr&#232;s pr&#233;&#172;cis d'un acte de politique int&#233;rieure &#187;, comme le dit Martin Buber avant de souligner avec justesse que, pour Marx, &#171; le concept utopique &#233;tait la derni&#232;re fl&#232;che et la plus ac&#233;r&#233;e qu'il d&#233;cocha dans cette lutte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin Buber, Utopie et socialisme, Aubier Montaigne, 1977, p. 17. &#171; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le proc&#233;d&#233; de Marx prend alors tout son sens : l'&#233;valuation ambivalente des fondateurs sert la d&#233;nonciation sans nuances des successeurs. L'&#233;loge des dimensions critiques et des fonctions r&#233;volutionnaires &#171; &#224; bien des &#233;gards &#187; des th&#233;ories de Saint-Simon, Owen et Fourier d&#233;gage alors d'autant mieux ce qui, dans les utopies, pr&#233;pare l'inversion de leur sens et leur destin r&#233;actionnaire. Sous la continuit&#233; apparente des doctrines se joue la discontinuit&#233; de leur fonction : c'est pourquoi l'enlisement dans l'utopie doit faire place &#224; son d&#233;passement dont le Manifeste est pr&#233;cis&#233;ment le manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une critique ambivalente&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique propos&#233;e par Marx dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; n'est pourtant qu'un moment qui r&#233;sume l'ensemble de son itin&#233;raire depuis 1843 et qui ne s'ach&#232;ve pas avec ce r&#233;sum&#233;. Quelles sont les principales figures de cette critique dont certains aspects seulement sont expos&#233;s dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx pourfend, dans les utopies, des &lt;i&gt;anticipations&lt;/i&gt; dogmatiques et des &lt;i&gt;prescriptions&lt;/i&gt; doctrinaires qui manquent le mouvement r&#233;el de l'histoire, voire qui s'opposent &#224; lui. Cette critique franchit un pas suppl&#233;mentaire quand Marx pourfend les &lt;i&gt;abstractions&lt;/i&gt; qui r&#233;sultent des anticipations dogmatiques et les &lt;i&gt;substitutions&lt;/i&gt; que trahissent les prescriptions doctrinaires : les abstractions de discours et de projets coup&#233;s du point de vue de la totalit&#233; sans lequel l'&#233;mancipation n'est ni pensable, ni r&#233;alisable ; les substitutions de l'utopique &#224; l'historique, de l'invention &#224; la r&#233;volution, de l'imaginaire au r&#233;el. Mais pour d&#233;noncer partialit&#233;s et substituts, il ne suffit pas d'indiquer qu'ils manquent ou remplacent la totalit&#233; et l'histoire : la logique de l'abstraction appelle sa r&#233;sorption ; la logique de la substitution appelle sa r&#233;version. Marx soutient alors que la r&#233;sorption des abstractions passe par le point de vue de la totalit&#233; qui peut &#234;tre th&#233;oriquement acquis, mais surtout pratiquement conquis : par la dictature du prol&#233;tariat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le Manifeste : &#171; la domination politique du prol&#233;tariat &#187;.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme il soutient que la r&#233;version des substitutions est inscrit dans le mouvement r&#233;el de l'histoire qui substitue le processus r&#233;volutionnaire &#224; l'invention doctrinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, parvenu &#224; ce point, le trajet de la critique marxienne nous entra&#238;ne sur un sol de plus en plus mouvant, puisque Marx n'h&#233;site pas &#224; affirmer que c'est l'histoire elle-m&#234;me qui permet, non seulement de prononcer le d&#233;passement th&#233;orique de l'utopie, mais surtout de promettre sa d&#233;ch&#233;ance historique. Cette promesse d'absorption de l'utopie par l'histoire n'est pourtant que le revers d'impens&#233;s plus inqui&#233;tants encore. En effet, la critique d&#233;tecte dans l'utopie la logique des substitutions dont elle d&#233;pend en fonction de la logique de la r&#233;volution qui les d&#233;fait : au risque de d&#233;valuer le r&#244;le de l'imaginaire et de l'invention collectifs et les fonctions du programme et de la strat&#233;gie. De m&#234;me, et peut-&#234;tre surtout, la critique s'exerce sur les partialit&#233;s dogmatiques et chim&#233;riques &#224; partir du point de vue de la totalit&#233;, mais d'une totalit&#233; promise, conjointement, &#224; sa compr&#233;hension th&#233;orique et &#224; son renversement pratique : au risque de r&#233;introduire, &#224; la faveur de cette conjonction et de cette promesse, une nouvelle utopie : une utopie promise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tenter de l'&#233;tablir, on peut partir de deux constats qui introduisent deux questions. Prise en mauvaise part, l'utopie d&#233;signe en g&#233;n&#233;ral des perfections imaginaires, et partant impossible &#224; atteindre et/ ou des prescriptions doctrinaires, qui sont impossibles &#224; accomplir. Or Marx retient le second sens et n&#233;glige le premier. N'aurait-il pas, &#224; sa fa&#231;on, &#233;t&#233; s&#233;duit par des mirages ? Prise en mauvaise part, l'utopie d&#233;signe encore des v&#339;ux exauc&#233;s avant d'avoir &#233;t&#233; accomplis, parce qu'ils sont consign&#233;s dans des syst&#232;mes cadenass&#233;s ou d&#233;pos&#233;s dans une histoire r&#233;v&#233;l&#233;e. Ici Marx retient le premier sens et n&#233;glige le second. N'aurait-il pas, &#224; sa fa&#231;on, c&#233;d&#233; &#224; des promesses ? Ce sont ces mirages et ces promesses dont on peut tenter de d&#233;tecter la pr&#233;sence et de comprendre les effets, mais - &#233;videmment - pour d&#233;nouer des &#233;quivoques, et non pour enterrer le communisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet examen critique ne peut &#234;tre propos&#233; dans les limites de ces quelques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des utopies cong&#233;di&#233;es &#224; l'utopie revendiqu&#233;e&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, qu'il s'agisse de l'utopie que Marx invite &#224; d&#233;mettre ou de celle que lui-m&#234;me incite &#224; promettre, l'utopie ne peut &#234;tre enferm&#233;e dans son concept p&#233;joratif. Marx, on le sait, s'efforce de penser l'unit&#233; des deux versants de l'utopie sous l'expression de &#171; socialisme et communisme critico-utopiques &#187;. Le second segment du qualificatif invalide l'utopie, le premier valide la critique, pourtant tout aussi ambivalente que l'utopie qu'elle fonde ou accompagne. &#192; sa fa&#231;on, Marx reconna&#238;t que l'utopie ne peut &#234;tre d&#233;finie par ses limites. Que dit-il au fond des formes utopiques du socialisme et du communisme ? Qu'en elles coexistent la poursuite d'impossibilit&#233;s absolues et la d&#233;tection d'impossibilit&#233;s relatives. L'utopie peut se donner des objectifs incompatibles avec les traits invariants de l'humanit&#233; ou avec le cours in&#233;vitable de son histoire. Elle peut aussi, et parfois en m&#234;me temps, convoiter ce qui n'est rendu impossible que par l'ordre social existant : un faisceau de possibilit&#233;s contrari&#233;es, mais d'ores et d&#233;j&#224; r&#233;elles et agissantes ; une gerbe de possibilit&#233;s disruptives, qui s'opposent &#224; l'ordre &#233;tabli et en l&#233;zardent les assises. C'est donc bien de l'investigation du possible dont il est question dans l'examen de l'utopie et de sa critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est pourquoi la d&#233;nonciation de l'utopie, quand elle se concentre sur ses tares, en manque compl&#232;tement le sens ou l'intention. L'utopie ne peut &#234;tre emprisonn&#233;e dans un genre, sous pr&#233;texte qu'elle aurait mauvais genre. C'est une fonction qui franchit en permanence les fronti&#232;res du genre et ne se laisse pas enfermer dans ses impasses. L'utopie est pr&#233;sente dans le mouvement de son propre d&#233;passement. A la p&#233;riph&#233;rie ou au centre de la tradition marxiste, toute une lign&#233;e d'auteurs s'est efforc&#233;e de penser ce mouvement. Il faut continuer, sans se dissimuler que le vocable d'utopie, surcharg&#233; par des interpr&#233;tations divergentes et des &#233;valuations contradictoires, ne diffuse pas une lumineuse clart&#233;. Mais l'abandonner, c'est abandonner le combat dont il est l'enjeu. D'ailleurs, la situation n'est pas franchement meilleure, apr&#232;s le d&#233;sastre stalinien, quand il est question du &#171; communisme &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tour par Marx invite &#224; proposer, tr&#232;s g&#233;n&#233;ral encore, une sorte de recentrage. Avant que nous ne soyons replong&#233;s &#224; nouveau, dans un profond sommeil marxologique, peut-&#234;tre est-il encore temps d'offrir en p&#226;ture aux d&#233;tenteurs d'orthodoxie et aux d&#233;tecteurs de contresens, quelques entremets, mais g&#233;n&#233;reusement &#233;pic&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait alors se risquer &#224; dire ceci : l'utopie - le communisme - n'a de sens que comme pari, comme invention, comme id&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pari, une invention, un id&#233;al&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie - le communisme - est&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; un pari&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; C'est un pari, et non un souhait (qui n'engage &#224; rien) ou un destin (qui nous engage malgr&#233; nous). L'utopie, mais concr&#232;te, n'est ni le suppl&#233;ment d'&#226;me qui permettrait d'assaisonner le r&#233;alisme gestionnaire (ou la dotation de sens qui sauverait le monde de l'insignifiance), ni le trajet balis&#233; qui conduirait au but sans qu'il soit n&#233;cessaire de le choisir. L'utopie est un pari, parce qu'aucune histoire tut&#233;laire n'en garantit l'accomplissement. Mais c'est un pari n&#233;cessaire : un pari n&#233;cessaire, et non pas un pari arbitraire. Ce n'est pas un pari arbitraire, livr&#233; &#224; un hasard incalculable ou &#224; une libert&#233; impond&#233;rable. C'est un pari n&#233;cessaire, dans la mesure o&#249; sont r&#233;unies les conditions qui permettent de le tenir, si ce n'est, &#224; coup s&#251;r, de le gagner. C'est un pari n&#233;cessaire, pour peu que l'on admette que les d&#233;sastres historiques subis au nom du communisme le furent d'abord contre lui. Face &#224; un capitalisme devenu plan&#233;taire, il est &#224; la fois rationnel et indispensable de parier sur l'impossible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour reprendre l'expression de Ren&#233; Sh&#233;rer : Pari sur l'impossible, Presses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie - le communisme - est &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;une invention&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; C'est une invention, et non pas un but (fix&#233; d'avance) ou un mouvement (livr&#233; &#224; lui-m&#234;me). L'utopie, mais concr&#232;te, ne nous attend pas, pr&#233;form&#233;e, au terme d'un voyage que nous serions contraint d'accomplir ; elle ne se confond pas avec un itin&#233;raire qui nous d&#233;couvrirait, sans que nous ayons &#224; le dessiner, le paysage o&#249; nous devrions s&#233;journer. L'utopie est une invention, parce qu'elle ne figure sur aucune carte. Mais c'est une invention collective : une invention collective, et non pas individuelle. Ce n'est pas une invention doctrinaire (abandonn&#233; au g&#233;nie de quelque penseur ou guide individuel), mais une invention d&#233;mocratique. L'utopie est une invention, parce qu'il n'y pas d'invention d'un avenir d&#233;mocratique sans invention d&#233;mocratique de cet avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie - le communisme - est &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;un id&#233;al&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; L'utopie, mais concr&#232;te, n'est pas un r&#234;ve (car le r&#234;ve &#233;veill&#233; n'est, &#224; tout prendre, qu'une fa&#231;on de dormir debout) ou une promesse (car la promesse suppose une histoire tut&#233;laire qui s'en porterait garant). L'utopie est un id&#233;al (car on ne se dirige que vers un id&#233;al), mais un id&#233;al branch&#233; sur le r&#233;el. Plus exactement, l'utopie ne vaut que par l'id&#233;al qui la soutient et qu'elle vise. Cet id&#233;al n'a pas &#224; subir l'&#233;preuve d'une fondation transcendantale qui, ant&#233;rieure &#224; l'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233; o&#249; il tenterait de s'incarner, se pulv&#233;riserait au contact du r&#233;el. Cet id&#233;al n'est pas l'ombre port&#233;e de la r&#233;alit&#233; existante, mais sa n&#233;gation concr&#232;te et potentielle. Le communisme est donc, &#224; la fois, le mouvement r&#233;el (et actuel) de sa virtualit&#233; et l'id&#233;al de son accomplissement. Il est cet id&#233;al parce qu'il est ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore vague, &#233;videmment. Mais cela vaut-il la peine de pr&#233;ciser, quand le flagrant d&#233;lit de l&#232;se-Marx serait d&#233;j&#224; &#233;tabli ? Nous connaissons tous cette chansonnette dont il serait inutile d'entonner les couplets, puisqu'il suffit de ressasser le refrain : le communisme ne serait que le mouvement r&#233;el qui abolit l'ordre social existant. Et les gardiens d'un marxisme orthop&#233;dique se pr&#233;parent peut-&#234;tre &#224; r&#233;citer la litanie des Marxady - le r&#233;pertoire de citations qui permettent &#224; chacun de r&#233;diger ses propres psaumes. Marxady l'a dit : &#171; Le communisme n'est pas un id&#233;al &#187;. Et il est vrai que l'utopie n'est pas un id&#233;al auquel la r&#233;alit&#233; devrait, de gr&#233; ou de force, se plier. Pourtant, il existe un id&#233;al communiste. Faudrait-il se borner &#224; le comprendre comme l'expression d'un mouvement r&#233;el qui aurait absorb&#233; toute vis&#233;e &#233;thique ? Marxady l'a dit : &#171; le communisme n'est pas une invention &#187;. Et il est vrai que l'utopie n'est pas une invention que le g&#233;nie individuel pourrait forger, avant de tenter, avec quelques sectaires, de l'imposer. Pourtant, les aspirations collectives se cristallisent dans des projets et parfois des cr&#233;ations. Faudrait-il les comprendre seulement comme des exp&#233;riences doctrinaires, comme il arrive que Marx le proclame ? Marxady l'a dit : &#171; le communisme n'est pas un pari &#187;. Et il est vrai que l'utopie n'est pas un pari que l'audace aventuri&#232;re tenterait pour snober le cours de l'histoire. Mais il n'est ni la derni&#232;re avenue de l'histoire, ni le terme oblig&#233; d'une path&#233;tique alternative entre lui-m&#234;me et la barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut se demander alors quels sont cet id&#233;al, cette invention et ce pari - et pr&#233;ciser un peu : cet id&#233;al est libertaire, cette invention est projective, ce pari est strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un id&#233;al libertaire, une invention projective, un pari strat&#233;gique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie - le communisme - est&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; un id&#233;al libertaire&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; Le communisme est un id&#233;al, ou plut&#244;t suppose un id&#233;al et repose sur une &#233;thique. Cette &#233;thique, il ne suffit pas d'en proclamer l'existence, faute de pouvoir en d&#233;terminer les fondements ; mais il n'est pas souhaitable d'en rechercher les fondements, s'ils ne doivent fonder aucun contenu. Deux questions permettent peut-&#234;tre d'ouvrir la voie : &#224; une &#233;thique des fondements formels ne pourrait-on pas opposer une &#233;thique des fondations r&#233;elles ? Et &#224; une &#233;thique du bien, une &#233;thique de la libert&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;thiques du fondement - je pense particuli&#232;rement aux fondations contractuelles ou proc&#233;durales que nous proposent Rawls ou Habermas - n'&#233;chappent au relativisme que parce qu'elles se soustraient &#224; l'histoire : au risque de ne jamais la retrouver. Une &#233;thique des fondations historiques peut &#233;chapper aux pi&#232;ges du relativisme, pour peu qu'elle repose sur une valeur qui permette de relativiser le relativisme. Les &#233;thiques du bien, qu'elles parlent le langage du bonheur ou de la vertu, du devoir ou de la puissance sont des &#233;thiques qui, priv&#233;es ou publiques, ne peuvent s'ouvrir sur aucune politique morale. Seule le peut une &#233;thique de la libert&#233;, mais pas n'importe qu'elle libert&#233;. Une &#233;thique de la libert&#233; qui n'a pas besoin d'&#234;tre fond&#233;e, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle s'enracine. Car elle s'enracine : dans l'oppression qu'il s'agit de combattre ou de conjurer. Elle peut &#234;tre historiquement situ&#233;e, et cependant universalisable - relative, et cependant universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi : formellement d&#233;finie, et cependant socialement identifiable. Kant lorsqu'il s'effor&#231;ait de d&#233;finir le principe de la libert&#233; pour la constitution d'une communaut&#233;, le d&#233;finissait ainsi : la libert&#233; pour chacun de chercher le bonheur dans la voie qui lui semble, &#224; lui, &#234;tre la bonne, pourvu qu'elle puisse coexister avec la libert&#233; d'autrui. Il semble que l'on ne saurait mieux dire. Mais un tel principe reste suspendu en l'air quand il n'est pas inscrit dans le mouvement r&#233;el des soci&#233;t&#233;s et de l'histoire. Pourtant, de cette formule, on peut d&#233;gager ainsi la port&#233;e sociale : &#171; le libre d&#233;veloppement de chacun comme condition du libre d&#233;veloppement de tous &#187;. Ce sera, dans cet entretien, ma principale citation orthodoxe, car le communisme de Marx est tout entier compris dans cette maxime du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; : une maxime o&#249; se conjugue un id&#233;al moral et une norme sociale. C'est un id&#233;al, parce que port&#233;e par le mouvement historique, cette &#233;mancipation individuelle n'est r&#233;elle que comme une virtualit&#233;. C'est un id&#233;al moral, parce que la libert&#233; ainsi comprise est un id&#233;al universalisable, qui est peut-&#234;tre le seul qui le soit indiscutablement. Mais surtout, cet id&#233;al se conjugue avec une norme sociale : celui d'une soci&#233;t&#233; qui prend la libert&#233; de chacune et de chacun comme mesure de ses progr&#232;s - une soci&#233;t&#233; qui doit &#234;tre collectivement et d&#233;mocratiquement invent&#233;e, car elle peut &#234;tre invent&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie - le communisme - est&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; une invention projective.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Le communisme est un invention, mais une invention qui proc&#232;de de virtualit&#233;s dont elle pr&#233;pare et devance l'actualisation. La d&#233;tection du contenu potentiel de l'&#233;mancipation, non seulement n'ouvre sur aucune promesse de son accomplissement, mais impose d&#233;tecter, et le cas &#233;ch&#233;ant d'inventer les &lt;i&gt;formes&lt;/i&gt; de cet accomplissement. Pourtant, Marx ne cesse de d&#233;noncer les inventions doctrinaires, propos&#233;es par de pr&#233;tendus g&#233;nies individuels : les inventeurs de syst&#232;mes, qui &#233;rigent les particularit&#233;s de leur invention en programme d'avenir. A l'invention individuelle et doctrinaire, Marx oppose la production historique et r&#233;volutionnaire.. Mais dans sa raideur pol&#233;mique, un tel discours manque un point essentiel : la r&#233;version de la substitution doctrinaire ne suppose pas que l'on s'en remette au cours de l'histoire (quand ce n'est pas au processus &lt;i&gt;naturel &lt;/i&gt;de la r&#233;volution dont parle - une seule fois, mais une fois de trop - l'ami Engels). Les probl&#232;mes que se pose l'humanit&#233; ne sont pas ind&#233;pendants de la possibilit&#233; de les r&#233;soudre ; mais il n'est pas vrai que les solutions sont int&#233;gralement donn&#233;es avec les probl&#232;mes : ces solutions doivent &#234;tre invent&#233;es. Ces inventions peuvent ne pas &#234;tre arbitraires et doctrinaires, pour peu qu'elles restent enracin&#233;es dans le champ des possibilit&#233;s concr&#232;tes, utopiquement ouvert par le changement social. Ces inventions sont indispensables. La r&#233;flexion sur les &lt;i&gt;mod&#232;les&lt;/i&gt; peut les favoriser, du moins s'il est vrai que ces mod&#232;les peuvent se distinguer des mod&#232;les incarn&#233;s par d'imaginaires patries du socialisme ou des mod&#232;les fabriqu&#233;s par de z&#233;l&#233;s techniciens de l'&#233;mancipation - les mod&#232;les &#224; copier et les mod&#232;les &#224; appliquer. Tant que la recherche th&#233;orique prend le pas sur toute activit&#233; pratique, c'est que les conditions de la transformation qu'elles visent ne sont pas r&#233;unies. Mais, on ne peut pas - on ne peut plus - affirmer (comme il arrive &#224; Marx de le faire), que l'absence de r&#233;flexion sur l'avenir, au sein du mouvement social lui-m&#234;me, est un signe de maturit&#233;. Tant que cette r&#233;flexion fait d&#233;faut, c'est que les forces d'&#233;mancipation demeurent livr&#233;es &#224; un mouvement historique qui reste soustrait &#224; leur emprise. Sans doute est-il p&#233;rilleux de s'abandonner &#224; l'anticipation doctrinaire des formes de l'avenir. Mais abandonner au d&#233;veloppement de l'histoire ou &#224; une phase ult&#233;rieure de la science la d&#233;couverte des formes ad&#233;quates au contenu de l'&#233;mancipation, c'est pratiquement prendre le risque de voir ces formes d&#233;naturer le contenu. C'est un moindre bilan que l'on peut tirer du stalinisme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie est une &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;pari strat&#233;gique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; A quoi reconna&#238;t-on l'utopie abstraite ou doctrinaire, lorsqu'on ne se borne pas &#224; la d&#233;finir par le genre litt&#233;raire ou philosophique qui la contiendrait tout enti&#232;re ? Simplement &#224; ce qu'elle exclut tout possibilit&#233; d'ajuster au but qu'elle vise les moyens de l'atteindre. Onirique ou h&#233;ro&#239;que, r&#234;veuse ou ardente, repli&#233;e sur elle-m&#234;me ou d&#233;ploy&#233;e dans l'action, l'utopie chim&#233;rique exclut tout projet strat&#233;gique. C'est &#224; Marx surtout que l'on doit d'avoir trac&#233; les contours, mais souvent effac&#233;s par la promesse, d'une utopie strat&#233;gique. Parier strat&#233;giquement sur l'utopie, c'est parier sur une action collective qui s'empare des potentialit&#233;s inscrites au c&#339;ur du mouvement r&#233;el des soci&#233;t&#233;s humaines, mais qui, contrari&#233;es, forment l'envers ou le revers au revers de leur morne ou sinistre reproduction. C'est parier sur une action collective qui s'empare des possibilit&#233;s disruptives qui minent sourdement l'ordre &#233;tabli, et dont les charges explosives doivent &#234;tre allum&#233;es. C'est parier sur les r&#233;bellions, parfois infimes, toujours plurielles, jamais ultimes : parce qu'elles ne prennent pas imm&#233;diatement leur sens en fonction d'un assaut massif qui forme pourtant l'horizon de leur efficacit&#233; ; parce qu'elles ne s'ordonnent pas spontan&#233;ment autour d'une contradiction centrale qui fournit parfois le principe de leur intelligibilit&#233; ; parce qu'elles ne prennent pas leur sens en fonction d'une n&#233;gation finale et fatale, bien qu'elles aspirent &#224; &#234;tre fatales &#224; la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; ceux qui objectent d'avance que l'utopie n'offre &#224; l'action politique qu'un pari st&#233;rile, un id&#233;al superflu, une invention improbable, il faut r&#233;pondre que ce pari est efficace, que cet id&#233;al est indispensable, que cette invention est possible&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pari efficace ? Un id&#233;al indispensable ? Une invention possible ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Un pari efficace &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; ?&lt;/strong&gt; Le pari sur l'utopie, quand il est rationnel et qu'elle est concr&#232;te, ne nous renvoie pas aux lendemains qui chantent. Il dicte une action concr&#232;te qui n'est ni passivement suspendue &#224; l'attente du grand soir, ni m&#233;caniquement subordonn&#233;e &#224; la perspective de la r&#233;volution. Ce pari conditionne des refus irr&#233;ductibles. Mais ces refus ne sont pas de simples t&#233;moignages : ils inscrivent leurs effets dans la r&#233;alit&#233;. Ils &#233;branlent les formes de pens&#233;e qui, parce qu'elles cimentent la domination, font partie de sa r&#233;alit&#233;. Ils inscrivent la puissance des r&#233;sistances et des luttes dans le corps de la moindre r&#233;forme partielle, quand ils ne pr&#233;parent pas des r&#233;formes radicales. Ils sont r&#233;alistes, parce qu'ils ne laissent aucun r&#233;pit aux gestionnaires du r&#233;el. Ils produisent des effets strat&#233;giques sur lesquels peuvent embrayer des projets strat&#233;giques. L'utopie rebelle, non seulement r&#233;pond aux urgences du pr&#233;sent, mais donne leurs chances &#224; des virtualit&#233;s d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Un id&#233;al indispensable ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; De quelque fa&#231;on que l'on tourne et retourne les valeurs en pr&#233;sences et les &#233;thiques qui pr&#233;tendent les refonder, quels que soient les chevauchements, les brouillages ou les emprunts, une fracture morale, sociale, politique court sous la surface des grands d&#233;bats insignifiants et des petits affrontements barbares. Elle dessine encore et pour longtemps, une ligne de partage entre deux conception &#233;thiques et politiques de la d&#233;mocratie : celle qui vit repli&#233;e dans son cantonnement lib&#233;ral et celle qui tente de se d&#233;ployer vers un horizon libertaire. Et cette ligne de partage distribue les partisans en deux camps qui admettent bien des transfuges : d'un c&#244;t&#233; ceux qui, par go&#251;t du laisser-faire ou du pr&#234;t-&#224;-penser, s'&#233;merveillent (ou se r&#233;signent) &#224; l'id&#233;e de vivre dans un monde o&#249; l'affairement d&#233;sordonn&#233; de quelques-uns serait, au mieux, la condition du d&#233;veloppement mutil&#233; de tous les autres ; et, d'un autre c&#244;t&#233;, ceux qui traquent la virtualit&#233; utopique d'une libert&#233; de tous qui tendrait &#224; co&#239;ncider avec la libert&#233; de chacun. Convoiter l'impossible, c'est convoiter cette libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Une invention possible ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; L'invention d&#233;mocratique d'un avenir utopique est-elle possible, sans retomber dans les orni&#232;res doctrinaires ? Les formes d'un avenir utopiques peuvent-elles &#234;tre esquiss&#233;es et les dispositifs de sa conqu&#234;te peuvent-ils &#234;tre cr&#233;&#233;s ? Peut-on reformuler, en des termes nouveaux, les questions lancinantes du programme et du parti, sans succomber au mirage d'un avenir trac&#233; d'avance et sans tomber dans le pi&#232;ge d'une avant-garde nimb&#233;e par cet avenir ? Questions bonnes &#224; ressasser avant de risquer des r&#233;ponses...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NB. Cette intervention est, pour une part, un exercice d'auto-plagiat de passages d'autres articles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sous-titres modifi&#233;s pour cette publication&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette contribution - qu'on veuille bien m'en excuser - se borne &#224; reprendre (parfois litt&#233;ralement) et &#224; r&#233;sumer (souvent sch&#233;matiquement) une partie de mes contributions ant&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin Buber, &lt;i&gt;Utopie et socialisme&lt;/i&gt;, Aubier Montaigne, 1977, p. 17. &#171; La derni&#232;re fl&#232;che &#187; : il est vrai - on ne l'a sans doute pas assez soulign&#233; - que Marx ne qualifie pas d' &#171; utopiques &#187; les formes initiales du socialisme et du communisme avant 1847, dans &lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le &lt;i&gt;Manifeste &lt;/i&gt; : &#171; la domination politique du prol&#233;tariat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cet examen critique ne peut &#234;tre propos&#233; dans les limites de ces quelques pages. Il n'en est pas moins indispensable. &#192; titre d'indices, on peut relever, dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, deux th&#232;mes qui courent en filigrane de toute l'argumentation et la soutiennent : le contenu du communisme semble encore inscrit dans l'&#234;tre m&#234;me du prol&#233;tariat (sans propri&#233;t&#233;, sans famille, sans patrie) ; la n&#233;cessit&#233; du communisme est fond&#233;e sur une compr&#233;hension historique qui en justifie non seulement la n&#233;cessaire possibilit&#233;, mais aussi la n&#233;cessaire effectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour reprendre l'expression de Ren&#233; Sh&#233;rer : &lt;i&gt;Pari sur l'impossible&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Vincennes, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Au risque de l'utopie (2000)</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Au-risque-de-l-utopie-2000.html</link>
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		<dc:date>2021-01-08T12:46:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Utopie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Br&#232;ve intervention dans le n&#176;27 (num&#233;ro sp&#233;cial) de la revue &lt;i&gt;Le Passant ordinaire&lt;/i&gt;, paru sous le titre &#171; Y a un risque ? &#187; (janvier-f&#233;vrier 2000)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Utopies-.html" rel="directory"&gt;Utopies&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Utopie-+.html" rel="tag"&gt;Utopie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L106xH150/arton61-e446e.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article publi&#233; dans le n&#176;27 (num&#233;ro sp&#233;cial de janvier-f&#233;vrier 2000) de la revue &lt;i&gt;Le Passant ordinaire&lt;/i&gt;, paru sous le titre &#171; Y a un risque ? &#187; : question &#224; laquelle tente de r&#233;pondre cette br&#232;ve intervention.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Fin des illusions, nous dit-on : si, en cette fin de si&#232;cle, le retrait des utopies ne laisse que des d&#233;serts, c'est parce qu'elles ont contribu&#233; &#224; les r&#233;pandre. Pour se prot&#233;ger des catastrophes historiques, il serait n&#233;cessaire et suffisant de se prot&#233;ger des risques de l'utopie. Car il y a un risque ; il y en a m&#234;me deux : la capture de l'avenir et la fuite du pr&#233;sent. De la capture de l'avenir, nous devrions refuser d'acquitter le co&#251;t exorbitant : une fr&#233;n&#233;sie de l'ordre qui, dans l'histoire, fait n&#233;cessairement virer le r&#234;ve d'&#233;mancipation au cauchemar du despotisme. De la fuite du pr&#233;sent, nous devrions refuser de subir les effets d&#233;l&#233;t&#232;res : l'abandon de la mis&#232;re &#224; elle-m&#234;me au profit d'illusions compensatoires et de promesses illusoires. Deux objections et deux p&#233;rils qui m&#233;ritent examen.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;M&#233;fiances&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour leurs pourfendeurs, les utopies seraient liberticides. Prisonni&#232;res d'un genre clos et uniforme, leur sens latent deviendrait manifeste avec les tentatives de r&#233;alisation : ces perfections imaginaires, soutenues par un rationalisme outrancier ou perverti sont vou&#233;es &#224; un destin autoritaire ou totalitaire. C'est un peu court. Le rationalisme utopique ne lui appartient pas en propre et n'est pas sans histoire. Le totalitarisme utopique para&#238;t bien l&#233;ger quand on tente de lui attribuer la responsabilit&#233; des totalitarismes r&#233;els.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ses amis, quand ils suivent la le&#231;on d'Ernst Bloch, l'utopie ne se laisse pas r&#233;duire &#224; une structure &#233;touffante et invariante. Les utopies ont leur itin&#233;raire ; seule l'intention utopique est invariante. L'utopie ne saurait &#234;tre enferm&#233;e dans un genre ; l'utopie est une fonction o&#249; se croisent la pens&#233;e et le r&#233;el. L'intention peut sommairement se d&#233;finir ainsi : la d&#233;tection des possibilit&#233;s contrari&#233;es par l'ordre social &#233;tabli. Mais l'intention n'&#233;puise pas la fonction : c'est parce que l'utopie habite le changement social, que la r&#233;alit&#233; s'offre aux tentatives de d&#233;tecter sa propension utopique et de convoiter son accomplissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les utopies sont diverses. Elles se divisent sur l'objet de leur convoitise : entre les utopies autoritaires (avides d'ordre et de restauration) et les utopies libertaires (anxieuses de libert&#233; et d'&#233;mancipation). Elles se partagent sur la m&#233;thode, entre les utopies abstraites (qui rompent pr&#233;matur&#233;ment avec la r&#233;alit&#233;) et les utopies concr&#232;tes (qui se fondent sur ses virtualit&#233;s). Elles divergent sur la fonction qu'elles remplissent ou qu'elles s'attribuent : entre les utopies projet&#233;es et les utopies pratiqu&#233;es ; entre les utopies oniriques ou h&#233;ro&#239;ques mais, somme toute, vell&#233;itaires ; et entre les utopies doctrinaires et les utopies r&#233;volutionnaires. L'esp&#233;rance utopique, enfin, quand elle est d&#233;sempar&#233;e, se polarise entre des utopies optatives, confi&#233;es &#224; des souhaits, et des utopies pr&#233;dictives, riv&#233;es &#224; des promesses. Les variations et les vari&#233;t&#233;s de l'utopie laissent penser que sa critique appartient aux utopies elles-m&#234;mes. L'utopie est autocritique. Aucun projet d'&#233;mancipation ne peut faire l'&#233;conomie de cette question : par-del&#224; les v&#339;ux pieux et les promesses vides, &#224; quelle utopie permet d'en appeler l'autocritique de l'utopie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Le marxisme &#8211; tant qu'il restait vautr&#233; dans le commentaire orthodoxe - pr&#233;tendait d&#233;tenir la r&#233;ponse : le passage du socialisme de l'utopie &#224; la science aurait accompli, du moins en pens&#233;e, la rupture d&#233;cisive et ouvert un chemin qu'il ne restait plus qu'&#224; emprunter. Les destins de la pens&#233;e de Marx permettent, pour le moins, d'en douter. Mais aucun verdict de l'histoire n'est d&#233;finitivement sans appel. Marx vaut sinon le retour, du moins le d&#233;tour : pour filtrer son h&#233;ritage. Dont la meilleure part est utopique et libertaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Urgences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;... mais dont la vis&#233;e nous d&#233;tournerait des urgences du pr&#233;sent. Et de ce qu'il exige : des dos qui ne plient pas, des voix qui ne cassent pas, des r&#233;voltes qui ne se repentent pas. Mais l'utopie habite ces refus et s&#233;journe &#224; proximit&#233; de leurs acteurs. Car l'utopie n'est pas - ou n'est pas seulement - une esp&#233;rance qui refuse de c&#233;der : c'est aussi un d&#233;sespoir qui refuse de grandir. Et sous la chappe des besoins urgents grondent des aspirations utopiques ; sous les d&#233;chets de l'ordre se tiennent des gisements d'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est en rien en d&#233;naturer le sens des combats les plus imm&#233;diats que de les inscrire dans la perspective utopique qu'ils tracent en pointill&#233;s : une soci&#233;t&#233; o&#249; la sph&#232;re de la n&#233;cessit&#233; n'envahit plus tout le champ social et o&#249; l'activit&#233; des hommes n'est plus d&#233;vor&#233;e par le travail contraint ; une soci&#233;t&#233; o&#249; le libre d&#233;veloppement de chacun serait la condition du libre d&#233;veloppement de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Communisme&lt;/i&gt; ? Et pourquoi pas ? Laissons la peur du mot, si l'on peut garder la chose. Encore convient-il de le doter d'un projet et &#224; cette fin, d&#233;tecter dans tous les domaines, les possibilit&#233;s lat&#233;rales et les virtualit&#233;s contrari&#233;es ; projeter et inventer les formes de leur accomplissement ; esquisser les contours d'une autre civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Programme&lt;/i&gt; ? Et pourquoi pas ? Le communisme n'est pas un mouvement priv&#233; d'objectifs. Pourtant, un programme - dont le nom, malencontreusement, sugg&#232;re un avenir trac&#233; d'avance - semble condamn&#233; &#224; fournir des recettes pour les marmites de l'avenir. Marx se m&#233;fiait de ces r&#234;veries - qui ont tourn&#233; au cauchemar avec les marxisme stalinis&#233;. Mais devons-nous, comme Marx lui-m&#234;me, laisser &#224; une histoire fantomatique le soin d'accomplir ce que l'invention collective des hommes est dispens&#233;e de concevoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est autour de la discussion d'un projet d'&#233;mancipation, qui se donnerait non comme un mod&#232;le &#224; imiter ou &#224; appliquer, mais comme une esquisse &#224; rectifier que la dispersion des forces et l'&#233;clatement des r&#233;f&#233;rences peuvent &#234;tre surmont&#233;s. Car la r&#233;volte contre l'intol&#233;rable ne peut, sous peine de s'enfermer dans une utopie humanitaire - g&#233;n&#233;reuse mais, &#224; la longue, impuissante -, faire l'&#233;conomie d'un projet : pour accomplir d'anciens id&#233;aux, en forger de nouveaux. Utopiques, &#224; n'en pas douter...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NB. Cette intervention est, pour une part, un exercice d'auto-plagiat de passages d'autres articles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Entretien sur l'utopie (avec Daniel Bensa&#239;d) &#8211; automne 1995</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Daniel Bensaid</dc:subject>
		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>
		<dc:subject>Utopie</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'utopie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos de mes deux ouvrages : &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx&lt;/i&gt; (1994) et &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt; (1995)&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Daniel Bensa&#239;d, publi&#233; dans &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt; n&#176;143, automne 1995. &#192; propos de mes deux ouvrages : &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx&lt;/i&gt; (1994) et &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt; (1995)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Bensa&#239;d&lt;/strong&gt; &#8211; &lt;i&gt;Tu rel&#232;ves dans les textes de Marx de 1844-1845 une utopie persistante de l'&#233;mancipation comme r&#233;alisation ultime de l'essence humaine. Or, ces textes, notamment &lt;/i&gt;La Sainte Famille&lt;i&gt; et &lt;/i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;i&gt;, sont aussi ceux o&#249; se trouve consomm&#233;e la rupture radicale avec les philosophies de l'histoire universelle. Quelle est selon toi l'articulation de ces deux probl&#233;matiques &#224; premi&#232;re vue divergentes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt; - L'adoption du communisme par Marx, en 1844-1845, repose sur une dialectique t&#233;l&#233;ologique de r&#233;alisation de l'essence humaine qui fonde une utopie promise : une utopie dont la port&#233;e critique est explosive, mais qui menace de demeurer st&#233;rile car, avec elle, ce sont les perfections imaginaires et les solutions illusoires qui sont de retour. Perfections imaginaires dans la mesure o&#249; cette utopie promet une parfaite ad&#233;quation des formes d'existence des hommes &#224; leur essence ; solutions illusoires, puisqu'elles sont donn&#233;es avec le probl&#232;me : &#171; le communisme est l'&#233;nigme r&#233;solue de l'histoire humaine &#187;. L'utopie exauc&#233;e avant m&#234;me de s'&#234;tre accomplie est du m&#234;me coup condamn&#233;e. C'est l'insistance de cette utopie promise, d'abord rectifi&#233;e puis effac&#233;e que j'essaie de traquer d'un bout &#224; l'autre de l'&#339;uvre de Marx. Mais pour faire le tri : mon objectif n'est &#233;videmment ni de d&#233;couvrir enfin le Vrai Marx, ni de jeter la derni&#232;re pellet&#233;e de terre sur son tombeau, en compagnie de tous ceux qui veulent enterrer le spectre du communisme avec le cadavre du stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la conception de Marx est remarquable par les tensions qui l'habitent, et cela presque d'embl&#233;e. Marx, dans les &lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt;, n'h&#233;site pas &#224; confier &#224; la n&#233;cessit&#233; de la dialectique - la n&#233;gation de l'essence humaine dans son ali&#233;nation qui appelle la n&#233;gation de cette n&#233;gation par l'appropriation de l'essence humaine - la certitude que l'histoire apportera l'action n&#233;cessaire &#224; son accomplissement ultime. Mais, quelques mois plus tard, on peut lire sous la plume d'Engels, dans &lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt;, que l'histoire n'est pas un sujet, et encore moins une machine, qui se servirait des actions des hommes pour r&#233;aliser ses propres fins&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'histoire ne fait rien, elle &#034;ne poss&#232;de pas de richesse &#233;norme&#034;, elle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On est alors &#224; cent lieues d'une conception qui attribuerait &#224; l'histoire le soin de r&#233;soudre elle-m&#234;me sa propre &#233;nigme. La rupture est ouvertement consomm&#233;e dans &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;. Mais l'est-elle compl&#232;tement ? On peut en douter...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture est officielle avec les philosophies de l'histoire qui la confondent avec l'accomplissement d'une perfectibilit&#233; originaire de l'Homme ou une virtualit&#233; originaire de l'Esprit : une histoire qui serait &#224; elle-m&#234;me son propre sujet, parce qu'elle accomplirait un absolu originaire &#224; la fois moteur et mobile. L'histoire n'est pas cet automate, ni m&#234;me cette taupe r&#233;volutionnaire qui, aveugl&#233;ment, creuserait le sous-sol de la domination. Marx n'a jamais &#233;pous&#233; le progressisme b&#233;at qu'on lui pr&#234;te parfois ni laisser sa conception se confondre avec la dialectique solennelle qu'il affectionne souvent. Sa critique de la dialectique de Hegel ne laisse planer, du moins &#224; premi&#232;re vue, aucune &#233;quivoque : il r&#233;cuse une conception onto-logique de la dialectique qui la pr&#233;sente n&#233;cessairement comme le d&#233;ploiement d'un absolu originaire, comme il r&#233;cuse, du m&#234;me coup, toute conception t&#233;l&#233;ologique de la dialectique qui (comme toute t&#233;l&#233;ologie infinie, m&#234;me quand elle reste immanente) attribue &#224; une cause finale transcendant le cours de l'histoire le soin d'en d&#233;terminer l'orientation et la fin. Cette rupture est officiellement accomplie par Marx &#224; travers la rupture avec l'id&#233;alisme h&#233;g&#233;lien, puis avec l'humanisme feuerbachien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, Marx d&#233;ploie tr&#232;s in&#233;galement les cons&#233;quences de ces ruptures, en particulier tant qu'il recourt, d'abord ouvertement, puis plus discr&#232;tement, &#224; une promesse utopique fond&#233;e sur la dialectique de la r&#233;alisation de l'essence humaine. Sans doute, Marx n'est-il pas le th&#233;oricien d'une histoire automate qui se servirait des actions des hommes &#224; ses propres fins et accomplirait ainsi un destin primordial et universel. Mais il ne cesse de doubler l'histoire empirique d'une histoire essentielle qui d&#233;livre le sens et la destination de la premi&#232;re. Une histoire qui placerait l'utopie sous sa protection n'est pas n&#233;cessairement une histoire qui serait son propre moteur : m&#234;me les d&#233;crets de la Providence doivent composer avec les actions des hommes. Marx rompt avec l'histoire automate, mais pas avec l'histoire tut&#233;laire qui, par le truchement de l'action des hommes qui posent leur propres fins, se pr&#233;sente &lt;i&gt;comme si&lt;/i&gt; elle &#233;tait dispos&#233;e (par la procession des modes de production, la spirale de la n&#233;gation de la n&#233;gation) en vue du communisme. L'&#233;quivoque est constante. La formidable perc&#233;e en direction d'une conception disruptive de l'histoire est p&#233;riodiquement colmat&#233;e par les abus d'une dialectique ferm&#233;e. Il faut renoncer &#224; concilier, mais faire le tri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Bensa&#239;d&lt;/strong&gt; &#8211; &lt;i&gt;Effac&#233;e plut&#244;t que d&#233;pass&#233;e par sa critique, l'utopie subsisterait chez Marx en tant qu'utopie n&#233;gative : la n&#233;cessit&#233; utopique du communisme neutralise alors la strat&#233;gie qui devrait permettre de le r&#233;aliser en actualisant la pr&#233;pond&#233;rance du politique par rapport &#224; l'histoire imaginaire. &lt;/i&gt;&#171; La strat&#233;gie,&lt;i&gt; dis-tu, &lt;/i&gt;n'est jamais que l'expression de la n&#233;cessit&#233; comprise, au point qu'histoire et strat&#233;gie se confondent. &#187;&lt;i&gt; On peut souscrire &#224; ces formules heureuses, &lt;/i&gt;a fortiori&lt;i&gt; si l'on pense aux silences strat&#233;giques de Marx compar&#233;s &#224; la pens&#233;e de part en part strat&#233;gique de L&#233;nine. Mais quelle est d'apr&#232;s toi la part des raisons th&#233;oriques et des raisons pratiques dans ce manque ? Quel est plus pr&#233;cis&#233;ment la fonction de &#171; l'utopie requise &#187; par rapport &#224; la strat&#233;gie d&#233;faillante : sentiment non pratique du possible, comme le dit Lefebvre ou simple sympt&#244;me de l'immaturit&#233; des conditions objectives ? Quel est enfin le rapport du discours politique de Marx (discours prolixe : voir le tome IV des &lt;/i&gt;Ecrits &lt;i&gt;dans la Pl&#233;iade) &#224; ses silences strat&#233;giques ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt; - Marx est loin de se d&#233;sint&#233;resser des questions strat&#233;giques, comme en portent t&#233;moignage son int&#233;r&#234;t pour les questions diplomatiques et militaires. Il se passionne pour les exigences strat&#233;giques qu'impose le jeu des relations entre les &#201;tats (le r&#244;le de la Russie dans le jeu de la r&#233;volution et de la contre-r&#233;volution, par exemple) et les possibilit&#233;s lat&#233;rales au cours dominant de l'histoire (les possibilit&#233;s offertes par la commune russe, notamment). Mais, en g&#233;n&#233;ral, les imp&#233;ratifs strat&#233;giques tendent &#224; se confondre avec la n&#233;cessit&#233; historique. Pourquoi ? A l'affaissement du point de vue strat&#233;gique chez Marx, je vois au moins deux raisons th&#233;oriques, d'ailleurs solidaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fait corps avec la critique des utopies doctrinaires qui &#224; l'&#233;cart du mouvement historique r&#233;el inventent des solutions qu'elles pr&#233;tendent lui imposer ou r&#233;aliser dans son dos. Pour Marx, le r&#244;le de la th&#233;orie est d'exprimer ce mouvement historique, et non de pr&#233;tendre le fa&#231;onner. Mais, au nom du refus de prescrire, une telle critique porte en elle le risque d'une confusion entre posture dogmatique et posture strat&#233;gique. Inversement, et sur ce point la conception de Marx a valeur de mise en garde, le point de vue strat&#233;gique peut n'&#234;tre que le masque d'une incantation doctrinaire. Mais pr&#233;tendre se borner &#224; exprimer le mouvement r&#233;el, c'est prendre le risque bien connu de s'abandonner &#224; son cours apparent ou alors de l'investir d'une destination immanente dont l'action concert&#233;e ne serait que l'auxiliaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde raison th&#233;orique de l'effacement de la strat&#233;gie englobe la pr&#233;c&#233;dente. Le discours de Marx oscille en permanence entre la tentative de d&#233;montrer la n&#233;cessaire possibilit&#233; du communisme et la tentation d'en promettre la n&#233;cessaire effectivit&#233;. Si le premier point de vue l'emportait constamment, l'actualit&#233; d'une &#233;mancipation radicale ne se confondrait pas avec la promesse de son effectuation. Les &#233;checs ne s'expliqueraient pas seulement par l'immaturit&#233; des conditions du succ&#232;s. Les incertitudes de la lutte ne seraient pas seulement renvoy&#233;es au r&#244;le du hasard, mais &#224; une ouverture plus profonde de l'histoire, qui m&#233;nage l'espace propre &#224; la strat&#233;gie. En revanche, quand la n&#233;cessit&#233; historique ne prononce pas seulement la r&#233;alisation de conditions indispensables, mais promet l'accomplissement de l'in&#233;luctable, il ne reste plus, en guise de strat&#233;gie, qu'&#224; lib&#233;rer le pr&#233;sent pour accoucher de l'avenir ou &#224; acc&#233;l&#233;rer l'avenir d&#233;j&#224; inscrit dans le pr&#233;sent. Mais le possible utopique n'est pas seulement en attente de maturit&#233; : toujours contrari&#233;, il est plus rarement disruptif. Le b&#233;gaiement ou le balbutiement n'appartiennent pas seulement &#224; son enfance. La crise et la fracture ne signent aucune maturit&#233; par elle-m&#234;me prometteuse. Le possible utopique n'est pas un tournesol tourn&#233; vers l'avenir radieux. Ce n'est pas non plus, contrairement &#224; une m&#233;taphore insistante de Marx, un rejeton qui attend dans les flancs du capitalisme l'heure de sa d&#233;livrance. L'actualit&#233; insistante d'une bifurcation de l'histoire place p&#233;riodiquement ses acteurs au bord du gouffre : strat&#233;gie est le nom du franchissement - incertain, aventureux et indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Bensa&#239;d&lt;/strong&gt; &#8211; &lt;i&gt;Tu &#233;cris que la critique explicative et la critique normative sont soud&#233;es chez Marx par la dialectique de l'essence. D'o&#249; le th&#232;me de la n&#233;cessit&#233; historique et ses ambigu&#239;t&#233;s. Comment cette n&#233;cessit&#233; se conjugue-t-elle avec les incertitudes de la lutte ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler &lt;/strong&gt;- Marx critique la posture &#233;thique et dogmatique des utopistes quand ceux-ci se bornent &#224; condamner le capitalisme au nom de ses contradictions. Dans le meilleur des cas, ils per&#231;oivent les contradictions et les condamnent, mais sans les comprendre. Alors qu'il s'agit de comprendre ce qui dans les contradictions du capitalisme le rend historiquement condamnable, c'est-&#224;-dire porteur des virtualit&#233;s d'une autre civilisation. Pour cela il faut saisir la dialectique intime de l'essence du Capital (les rapports internes qui le structurent et lui impriment sa dynamique) : c'est cette dialectique qui le conduit &#224; rencontrer ses propres limites comme un obstacle qui ne peut &#234;tre franchi qu'en abolissant le capital lui-m&#234;me. Voil&#224; pourquoi la critique du capitalisme est en permanence sous-tendue par la perspective de son d&#233;passement. En ce sens, la critique de Marx est toujours normative : la critique du f&#233;tichisme est sous-tendue par l'hypoth&#232;se de son abolition, la critique de l'exploitation par l'hypoth&#232;se de sa suppression, la critique de l'&#201;tat politique par l'hypoth&#232;se de son d&#233;p&#233;rissement. Comme sont normatives, plus g&#233;n&#233;ralement, la critique des s&#233;parations fond&#233;e sur l'hypoth&#232;se de leur annulation, et la critique des m&#233;diations (la m&#233;diation de l'&#233;change marchand, la m&#233;diation d'une &#233;mancipation strictement politique) fond&#233;e sur l'hypoth&#232;se de leur d&#233;passement. De telles hypoth&#232;ses reposent sur un mod&#232;le sous-jacent dont la critique v&#233;rifie la validit&#233; th&#233;orique et historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en faut pas plus &#224; la critique positiviste la plus banale pour reprocher &#224; Marx d'avoir confondu science et &#233;thique, faits et valeurs, compr&#233;hension du capitalisme et condamnation de ces m&#233;faits. L'option &#233;thique serait &#224; la rigueur acceptable &#224; condition de rester d&#233;connect&#233;e de la froideur scientifique. Et la perspective pratique ne serait concevable qu'&#224; condition d'&#234;tre comprise comme une application technique de la science. Autant dire qu'une telle critique passe compl&#232;tement &#224; c&#244;t&#233; de ce qui fait la force de la th&#233;orie de Marx. Le point de vue de la transformation du monde domine totalement sa perspective : il s'agit de comprendre comment le monde se transforme pour transformer le monde. Une critique qui se donne un tel objectif sollicite un horizon normatif, sans cesser pour autant d'&#234;tre scientifique, mais en un sens, jusqu'&#224; Marx, in&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet horizon normatif, d'ailleurs, n'affleure qu'occasionnellement dans les &#339;uvres post&#233;rieures &#224; 1848. Pourtant, m&#234;me dans les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, ce mod&#232;le est encore, mais en pointill&#233;s, celui d'une r&#233;alisation de l'essence humaine dans des formes d'existence qui lui seraient ad&#233;quates. L'essentialisme m&#233;thodologique qui permet de comprendre le capitalisme se double d'un essentialisme critique qui confronte le capitalisme aux exigences de r&#233;alisation de &#171; l'humanit&#233; sociale &#187; (pour reprendre une expression des &lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt;). Une telle m&#233;thode ne va pas sans probl&#232;mes. Mais elle ne quitte pas le terrain (abandonn&#233; par le scientisme &#224; courte vue) d'une critique rigoureuse. Il en va tout autrement quand ce mod&#232;le est promis &#224; son accomplissement... Une fois encore la n&#233;cessit&#233; historique du possible menace d'&#234;tre d&#233;vor&#233;e par la promesse historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Bensa&#239;d&lt;/strong&gt; &#8211; &#171; La certitude de l'av&#232;nement du contenu dispense d'en anticiper les formes &#187;. &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt; &#171; pr&#233;suppose que la forme viendra d'elle-m&#234;me r&#233;soudre les probl&#232;me &#187;. &lt;i&gt;J'imagine que tu penses notamment au peu de pr&#233;cisions consacr&#233;es aux formes institutionnelles de la d&#233;mocratie politique et sociale, y compris &#224; la forme du parti de classe et &#224; ses liens avec le mouvement sociale. Mais comment &#233;viter dans cette anticipation utopique la rechute doctrinaire ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt; - Le refus de pr&#233;parer des recettes pour les marmites de l'avenir a pour contrepartie, dans l'&#339;uvre de Marx, la certitude que l'avenir d&#233;couvrira, le moment venu, les recettes d'un festin dont le menu est d&#233;j&#224; &#233;tabli et l'&#233;ch&#233;ance d&#233;j&#224; fix&#233;e, m&#234;me si la date reste incertaine. Le contenu du communisme est trac&#233; avant que ne soient identifiables les formes de son accomplissement. Marx ne renonce pas &#224; d&#233;tecter ces formes : les formes de socialisation comme les formes du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat. Pourtant, non seulement cette d&#233;tection est morcel&#233;e et parfois contradictoire, mais elle est relativis&#233;e au point de devenir totalement secondaire. Un seul exemple : dans la &lt;i&gt;critique du programme de Gotha&lt;/i&gt;, Marx n'h&#233;site pas &#224; affirmer que le programme n'a pas &#224; s'occuper des formes sociales et politiques de la p&#233;riode de transition - la p&#233;riode de la dictature du prol&#233;tariat. Au nom des urgences de l'action imm&#233;diate, dont les programmes d'avenir risquent de d&#233;tourner, la prospection est abandonn&#233;e &#224; l'&#339;uvre de la science qui, certes, peut entrevoir le contenu de l'avenir, mais, bien s&#251;r, ne peut en pr&#233;voir les formes. Au nom d'une critique des inventions doctrinaires, abandonn&#233;es &#224; des g&#233;nies solitaires, la voie, peut-&#234;tre &#233;troite, d'une invention collective, n'est m&#234;me pas envisag&#233;e. Il faut prendre la mesure du prix pay&#233; d'une critique unilat&#233;rale de l'utopie : sous couvert de refuser de f&#233;tichiser les formes ou de distinguer la forme et le contenu (&#224; propos de l'URSS ou de la Chine, selon les go&#251;ts), combien d'illusions sont n&#233;es de l'esp&#233;rance que le contenu &#233;chappe &#224; la forme qui le d&#233;figure ! Et, aujourd'hui, face &#224; des questions aussi pressantes que celles de l'espace social et politique de l'Europe ou des nouvelles formes d'organisation du travail et du temps libre, nous continuons encore trop souvent &#224; nous retrancher derri&#232;re quelques mots d'ordre, indispensables mais insuffisants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste alors la question que tu poses. La rechute doctrinaire et la tentation sectaire qui la suit comme son ombre menacent &#233;videmment &#224; chaque fois que la r&#233;alit&#233; refuse de souscrire aux projets de sa transformation : on se retranche alors derri&#232;re la d&#233;fense de principes ou l'&#233;laboration de syst&#232;mes, dont les vertus immunitaires sont sans borne. Si l'histoire se d&#233;robe et la catastrophe perdure, il suffit, pour l'expliquer, de recourir &#224; une cause absente : le d&#233;faut d'application de la th&#233;orie juste et/ou l'abandon de principes inalt&#233;rables. &#192; ce jeu, il ne co&#251;te rien d'avoir toujours raison, puisque l'on ne prend jamais le risque d'avoir tort. D'un certain marxisme comme vaccin universel...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre le risque de rechute doctrinaire, il n'existe &#233;videmment aucune garantie absolue, surtout quand on s'aventure sur le terrain d'une utopie projective qui se propose d'esquisser les formes possibles de l'&#233;mancipation. Mais on peut prendre quelques pr&#233;cautions qui ont, au moins partiellement, valeur de m&#233;thode et de perspective. Ici encore, c'est avec Marx que l'on peut tenter d'aller au-del&#224; de Marx. Le point de vue doctrinaire rel&#232;ve &#224; la fois de la m&#233;thode th&#233;orique et de la posture politique. Est dogmatique selon Marx la m&#233;thode qui consiste &#224; s'opposer &#224; la r&#233;alit&#233; existante sans saisir en elle les conditions et les contradictions disruptives qui sont d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre et permettent de les d&#233;passer. Est doctrinaire, par cons&#233;quent, la posture politique qui consiste &#224; tenter d'imposer dans le dos du mouvement r&#233;el quand ce n'est pas contre lui, des solutions qui ne prennent pas en compte son existence. Une telle critique trace en creux une autre perspective, th&#233;orique et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;laboration de mod&#232;les utopiques, dans le meilleur sens du qualificatif, consiste &#224; partir des tendances d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre, mais contrari&#233;es, ainsi que des formes propres de la r&#233;alit&#233; existante, mais mutil&#233;es de leur potentiel de rupture, pour d&#233;tecter les contradictions qui poussent le capitalisme &#224; son abolition et les conditions qui tendent vers un nouveau type de civilisation. Cette m&#233;thode est une m&#233;thode de d&#233;tection des gisements d'utopie. Son nom est connu, m&#234;me si son usage mal contr&#244;l&#233; l'a fait tomber en d&#233;su&#233;tude : dialectique. A condition de faire figurer, comme Marx a tent&#233; de le faire, les forces susceptibles de s'emparer des virtualit&#233;s utopiques au nombre de ces virtualit&#233;s, on peut esp&#233;rer que les esquisses utopiques des formes sociales et politiques ne tournent pas &#224; la construction doctrinaire. Mais il existe une autre garantie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intellectuel collectif susceptible de s'emparer de l'invention d'une utopie d&#233;mocratique est peut-&#234;tre en train de changer de visage, m&#234;me si ce visage grimace encore sous les ruines cumul&#233;es du stalinisme et du social lib&#233;ralisme. Il existe aujourd'hui de nouvelles figures de l'intellectualit&#233; qui sont socialement tr&#232;s diff&#233;rentes du r&#234;veur ou du proph&#232;te utopique du si&#232;cle dernier : les savoirs militants de toutes celles et de tous ceux qui, victimes de l'oppression, tentent de la combattre se sont &#233;largis et approfondis. les intellectuels sp&#233;cifiques, dont Deleuze et Foucault ont tent&#233; de d&#233;terminer le r&#244;le et qui interviennent d&#233;j&#224; dans tous les chantiers de la transformation sociale, se sont multipli&#233;s, et avec eux les capacit&#233;s d'expertise de toutes les formes de l'intol&#233;rable et du possible. Leurs limites - nos limites - sont ais&#233;ment rep&#233;rables : engagement sectoriel sans point de vue d'ensemble ; politique des coups d'&#233;pingle sans politique de rupture. La radicalit&#233; de certains engagements contraste avec la timidit&#233; des choix politiques : c'est ce foss&#233; qu'il faut combler. Comment pourrions-nous le faire sans cr&#233;er, en m&#234;me temps, les conditions d'une invention d&#233;mocratique de l'utopie. Peut-&#234;tre est-ce en ces termes qu'il faut reformuler les questions lancinantes du programme et du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, la dialectique comme m&#233;thode de d&#233;tection et la d&#233;mocratie comme proc&#233;dure d'invention sont les seuls rem&#232;des que je connaisse aux tentations doctrinaires et sectaires. Mais aucune utopie d'&#233;mancipation n'est aujourd'hui pensable et possible sans cette prise de risque : repenser ses normes, ses formes et ses id&#233;aux.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * * &lt;/center&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;Marx contre Marx ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;(Extraits de l'introduction de &lt;i&gt;Convoiter l'impossible&lt;/i&gt;)&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;(...) Aux utopies qui confient &#224; des projections et des &#233;vasions imaginaires le soin d'accomplir leurs projets - aux utopies prises en flagrant d&#233;lit de fuite &#233;perdue et d'errance sans fin - Marx aurait oppos&#233;, sans renier tout ou partie de leurs aspirations, le sol historique et strat&#233;gique o&#249; prendre pied sans prendre racines. Le passage du socialisme de l'utopie &#224; la science ou de l'utopie abstraite &#224; l'utopie concr&#232;te aurait accompli, du moins en pens&#233;e, la rupture d&#233;cisive et ouvert un chemin qu'il ne restait plus qu'&#224; emprunter. Hypoth&#232;ses devenues certitudes, convictions devenues croyances : faut-il insister sur toutes les raisons d'en douter ? Mais pas au point de s'en remettre &#224; l'illusion d'une histoire qui tirerait elle-m&#234;me ses propres le&#231;ons : sans d&#233;tour par Marx, aucun d&#233;tour par l'utopie ne permettrait de donner de nouvelles chances &#224; une th&#233;orie et une strat&#233;gie de l'&#233;mancipation. Aussi devons-nous poser face &#224; Marx notre question initiale - &lt;i&gt;quelle utopie appelle l'autocritique de l'utopie ?&lt;/i&gt; - pour la convertir en cette autre question : &lt;i&gt;quel h&#233;ritage utopique de Marx appelle la critique de Marx ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais existe-t-il seulement un h&#233;ritage ? Rescap&#233; du naufrage, un marxisme mi-mondain, mi- savant, qu'il en revendique le titre ou qu'il le r&#233;cuse, pointe le nez et, croyant ainsi sauver l'essentiel, propose de ranger le communisme de Marx au magasin des accessoires de sa pens&#233;e, pour ne conserver que la caisse &#224; outils o&#249; chacun, &#233;conomiste, historien, philosophe, selon sa discipline, trouverait des instruments n&#233;cessaires &#224; ses grandes recherches ou &#224; ses petits bricolages. Cela n'est pas rien, mais cela n'est pas tout. La th&#233;orie de Marx n'est pas ind&#233;pendante de son projet : fonder sur la critique scientifique de l'ordre social existant la perspective d'une &#233;mancipation radicale, &#224; laquelle Marx r&#233;servait le vocable de communisme. Et ce projet m&#233;rite mieux qu'une mise &#224; la retraite anticip&#233;e. Avouons cette singuli&#232;re obstination, partag&#233;e, nous le savons, avec d'autres : prendre le communisme de Marx au s&#233;rieux. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revendiquer un h&#233;ritage utopique, pour les adeptes du marxisme litt&#233;ral, r&#233;sonne comme un paradoxe insoutenable puisque, sans nul doute, Marx s'est propos&#233; de critiquer les utopies pour les cong&#233;dier : ces utopies que leur d&#233;nomination m&#234;me, dans la langue de Marx, condamne comme st&#233;riles, mais qui ne peuvent &#234;tre enferm&#233;es, m&#234;me pour Marx, dans leur mauvais concept. Pourtant, que l'on comprenne le projet de Marx comme il s'est compris lui-m&#234;me ou qu'on en d&#233;gage le sens en d&#233;pit de ses formulations - qu'il ait d&#233;gag&#233; le communisme de l'utopie ou donn&#233; &#224; l'utopie son fondement concret - le d&#233;passement des utopies du pass&#233; se solde, dans l'&#339;uvre de Marx, non par l'abandon d'&#233;paves englouties par un naufrage, mais l'accomplissement d'un sauvetage : Miguel Abensour (dont nous reprendrons largement, quitte &#224; en modifier quelques termes, la probl&#233;matique) l'a solidement &#233;tabli&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Miguel Abensour, &#034;L'Histoire de l'utopie et le destin de sa critique&#034;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais un tel sauvetage suppose une captation d'h&#233;ritage et une op&#233;ration de filtrage : un h&#233;ritage de l'utopie par filtrage de l'utopie. Est-il vain de se tourner vers l'&#339;uvre de Marx pour renouveler cette entreprise ? Car, &#224; n'en pas douter, la pens&#233;e de Marx mobilise une utopie pour se d&#233;faire de l'utopie ; une utopie qui constitue, pour le meilleur et pour le pire, une condition n&#233;cessaire du d&#233;veloppement de la th&#233;orie. Pour le meilleur et pour le pire : le but du pr&#233;sent ouvrage est de contribuer &#224; effectuer le tri - ou, si l'on veut, d'opposer Marx &#224; Marx - en soumettant son &#339;uvre &#224; une critique interne qui la mette &#224; l'&#233;preuve de l'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore ne s'agit-il que d'un parcours critique parmi d'autres parcours possibles et n&#233;cessaires : la lecture propos&#233;e, par cons&#233;quent, s'efforce d'&#233;chapper aux tentations de la critique ultime et int&#233;grale (...). Une lecture s&#233;lective, pourtant, n'est pas condamn&#233;e &#224; &#234;tre arbitraire : c'est une question de m&#233;thode. Puisqu'il s'agit de filtrer l'h&#233;ritage utopique de Marx, quel sera le crible ? Qui nous apprendra &#224; distinguer le versant froid de l'utopie et son versant chaud ? Quelle est, si son existence doit &#234;tre &#233;tablie, cette utopie de l'ombre que la critique de Marx tra&#238;ne derri&#232;re elle ? (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est vrai de l'utopie que la critique impose de cong&#233;dier le sera a fortiori de l'utopie qui doit b&#233;n&#233;ficier de notre hospitalit&#233; : si l'on se laisse enfermer dans le concept marxien de l'utopie, la th&#233;orie de Marx n'est &#224; aucun titre, inf&#226;mant ou &#233;logieux, une utopie. En revanche, un relev&#233; des impens&#233;s de la critique marxienne des utopies permet de soumettre la th&#233;orie de Marx &#224; l'&#233;preuve de sa critique des utopies, pr&#233;cis&#233;ment parce que la signification et la validit&#233; de cette th&#233;orie sont en question dans cette critique : les impens&#233;s de la critique marxienne de l'utopie co&#239;ncident avec les impens&#233;s utopiques de sa propre pens&#233;e. Une voie est alors trac&#233;e : &lt;i&gt;prendre Marx au pi&#232;ge de sa propre critique des utopies&lt;/i&gt;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cet esprit que nous nous sommes propos&#233; de&lt;i&gt; prendre la critique marxienne de l'utopie comme fil conducteur d'une critique l'utopie marxienne&lt;/i&gt;. Encore fallait-il prendre le temps de tisser le fil de la critique (avant de pouvoir b&#233;n&#233;ficier des appuis m&#233;thodiquement contr&#244;l&#233;s que peuvent offrir certaines critiques de l'utopie). C'est donc &#224; une double lecture de l'&#339;uvre de Marx qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de proc&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re lecture, expos&#233;e dans un pr&#233;c&#233;dent ouvrage, avait pr&#233;cis&#233;ment pour objectif de d&#233;faire le commentaire classique et de refaire l'itin&#233;raire de la critique marxienne de l'utopie : d'en parcourir la &lt;i&gt;gen&#232;se&lt;/i&gt;, d'en retracer les &lt;i&gt;figures&lt;/i&gt;, d'en &#233;clairer les &lt;i&gt;pronostics&lt;/i&gt;, et d'en mesurer les &lt;i&gt;impasses&lt;/i&gt;. Les impens&#233;s de cette critique des utopies laissent alors &lt;i&gt;entrevoir&lt;/i&gt; les impens&#233;s utopiques de la th&#233;orie qui la fonde, et permettent de tracer &lt;i&gt;en pointill&#233;s&lt;/i&gt; une critique de l'utopie marxienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Maler, Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx, L'Harmattan, 1994.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seconde lecture, propos&#233;e ici, permet alors de d&#233;tecter les dimensions utopiques de la pens&#233;e de Marx et, en particulier, de cerner les figures qui permettent de transf&#233;rer l'utopie d&#233;mise au c&#339;ur d'une utopie promise. Si, &#224; cette &#233;tape, l'utopie est prise encore en mauvaise part, c'est en un sens in&#233;dit dans la critique de Marx, comme dans la critique classique de l'utopie. C'est donc un bilan critique sans complaisance qui occupe la plus grande partie de cet ouvrage. Mais le filtrage de la th&#233;orie de Marx r&#233;v&#232;le que l'utopie promise coexiste avec une utopie requise : requise parce qu'elle est non seulement effectivement impliqu&#233;e, mais surtout potentiellement indiqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'itin&#233;raire que nous invitons &#224; parcourir nous conduira donc des contr&#233;es de l'utopie promise aux sentiers de l'utopie requise - avec Marx, mais malgr&#233; Marx. Pour d&#233;blayer cet itin&#233;raire, nous avons tent&#233; de le pr&#233;senter comme une introduction, parmi d'autres possibles, &#224; une lecture de Marx : nous avons donc essay&#233; d'&#233;viter les allusions qui auraient peut-&#234;tre suffi aux sp&#233;cialistes. Pour parcourir cet itin&#233;raire, une attention scrupuleuse aux &#233;tapes et aux figures de la pens&#233;e de Marx &#233;tait indispensable : nous esp&#233;rons que le lecteur acceptera de mettre au d&#233;bit de ce scrupule nos lenteurs et nos insistances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re partie tente de montrer comment, initialement, la tentative marxienne de cong&#233;dier l'utopie ne r&#233;siste pas aux tentations de l'utopie, voire aux &lt;i&gt;promesses de l'utopie&lt;/i&gt;, que laissent transpara&#238;tre la figure d'une utopie r&#233;v&#233;l&#233;e, pr&#233;sente dans les &#339;uvres de 1844 &#224; 1845 et celle d'une utopie rectifi&#233;e, latente dans les &#339;uvres de 1845 &#224; 1848.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me partie tente de mettre en &#233;vidence comment la p&#233;riode r&#233;put&#233;e la plus scientifique de l'&#339;uvre de Marx - sa p&#233;riode dite de maturit&#233; - c&#232;de encore aux &lt;i&gt;sortil&#232;ges de l'utopie :&lt;/i&gt; les mirages d'une histoire charg&#233;e de l'exaucer, les r&#234;ves d'une &#233;mancipation plac&#233;e dans la p&#233;nombre, les pi&#232;ges d'u&#178;ne strat&#233;gie et d'une politique contrari&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re partie - instruite de la critique marxienne de l'utopie et de la critique de l'utopie marxienne - tente de faire droit aux &lt;i&gt;esp&#233;rances de l'utopie&lt;/i&gt; et de m&#233;nager &#224; celle-ci les ouvertures qui amorcent son sauvetage : de tracer les contours d'une utopie de bon aloi, disruptive et projective, forte d'une reprise utopique de la dialectique et d'une esquisse utopique de l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour accueillir cette utopie, il convenait d'abord de contribuer &#224; &#233;lucider cette question : comment l'utopie d&#233;sormais peut-elle &#234;tre pens&#233;e ? On chercherait en vain ici une r&#233;ponse &#224; une question autrement plus d&#233;licate : &#224; quelle utopie confier d&#233;sormais nos combats et nos esp&#233;rances ? Pourtant, si les vents chauds de l'utopie - car elle a ses vents froids - ne soufflent pas sur ces pages, pas plus qu'ils ne soufflent sur l'histoire au moment o&#249; nous &#233;crivons, c'est avec eux que nous voulons voyager. Sans but, mais non sans id&#233;al - sans Terre Promise, mais non sans boussole : &lt;i&gt;Convoiter l'impossible ! &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'histoire ne fait rien, elle&lt;i&gt; &#034;&lt;/i&gt;ne poss&#232;de pas de richesse &#233;norme&lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt;, elle &lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt;ne livre pas de combats&lt;i&gt; &#187; ! &lt;/i&gt;C'est au contraire l'homme, l'homme r&#233;el et vivant qui fait tout cela, poss&#232;de tout cela et livre tous ces combats ; ce n'est pas, soyez en certains, l'&lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt;histoire&lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt; qui se sert de l'homme comme moyen pour r&#233;aliser ses fins &#224; elles ; elle n'est que l'activit&#233; de l'homme qui poursuit ses fins &#224; lui &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Miguel Abensour, &#034;L'Histoire de l'utopie et le destin de sa critique&#034;,&lt;i&gt; Textures&lt;/i&gt; n&#176;6/7 (1973) et n&#176;8/9 (1974).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Maler, &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Approches de l'utopie : III. Une m&#233;thode ?</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Approches-de-l-utopie-III-Une-methode.html</link>
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		<dc:date>2019-12-19T17:14:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Utopie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Du simulacre &#224; la simulation.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Utopies-.html" rel="directory"&gt;Utopies&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Utopie-+.html" rel="tag"&gt;Utopie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH112/arton51-52da4.jpg?1726251038' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Solidaire du genre utopique et cependant distinct de lui, pr&#233;sent dans ses formes narratives et/ou l&#233;gislatives, mais en exc&#233;dant les fronti&#232;res, c'est, comme on l'a vu, un type de rationalit&#233;, d'id&#233;es ou d'imaginaire que l'on peut pr&#233;tendre d&#233;celer. Mais c'est aussi, voire surtout, un type de d&#233;marche que l'on peut tenter de mettre en &#233;vidence. Sous-jacente au discours justificatif, c'est une m&#233;thode qui serait &#224; l'&#339;uvre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; la diff&#233;rences des articles pr&#233;c&#233;dents (consacr&#233;s respectivement au genre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sous la fiction, la simulation&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Toute utopie, qu'elle s'en tienne &#224; une forme l&#233;gislative ou qu'elle recourt &#224; une forme narrative, repose sur des principes qui constituent son &lt;i&gt;code &lt;/i&gt; : le code de la communaut&#233;, pour paraphraser le titre de Morelly et reprendre le titre suggestif de D&#233;zamy&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;tienne-Gabriel Morelly, Code de la nature, Editions sociales, 1970 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aussi peut-on parler d'un code social de l'utopie. Pour &#233;prouver la coh&#233;rence de ce code, l'utopiste peut se borner &#224; en tracer le &lt;i&gt;plan&lt;/i&gt;, qui en exhibe les principes sous formes de r&#232;gles. Mais quand il n'est pas r&#233;duit &#224; son plan, le code de r&#232;gles de fonctionnement peut pr&#233;sider &#224; la construction d'une&lt;i&gt; maquette&lt;/i&gt; d&#233;taill&#233;e. De l&#224; peuvent na&#238;tre deux types de mod&#232;les utopiques, que recoupe en g&#233;n&#233;ral la distinction des syst&#232;mes et des romans : le premier &#233;tablit des normes, le second d&#233;crit des formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas, le mod&#232;le utopique remplit une double fonction : c'est une construction qui proc&#232;de d'une invention qui se propose &#224; &lt;i&gt;l'ex&#233;cution&lt;/i&gt; ; c'est une simulation qui proc&#232;de d'une projection qui se propose &#224; &lt;i&gt;la discussion&lt;/i&gt;. Comme l'architecture qui constitue son paradigme, l'utopie proc&#232;de &#224; un double travail : elle propose dans ses plans et ses maquettes, ses dessins et ses miniatures, un projet d'ex&#233;cution et un objet de discussion. Le syst&#232;me utopique pr&#233;sente, par cons&#233;quent, deux versants : il est &#224; la fois l'&#233;pure d'une pratique dont il trace les sch&#233;mas et l'&#233;preuve d'une th&#233;orie dont il simule les r&#233;sultats. Dans la mesure o&#249; l'utopiste cherche dans un plan ou une maquette de la soci&#233;t&#233; id&#233;ale &#224; &#233;prouver la validit&#233; des principes qu'il a pos&#233; dans une repr&#233;sentation qui les incarnent, les mod&#232;les se pr&#233;sentent comme des simulations.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De l'illusoire &#224; l'op&#233;ratoire&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Quand il est pris dans sa plus grande extension, le concept de l'utopie comme genre (que l'on distingue ou non le genre litt&#233;raire et le genre philosophique) est souvent inutilisable. Non seulement le genre litt&#233;raire n'est pas dissociable des paradigmes philosophiques qui sous-tendent ses vari&#233;t&#233;s et ses variations, mais l'utopie est l'exercice d'un mode de pens&#233;e ou d'une m&#233;thode, dont le r&#233;sultat m&#233;rite d'&#234;tre d&#233;sign&#233; comme simulation utopique. Plus pr&#233;cis&#233;ment, le concept d'une simulation utopique, esquisse ou figuration du code social de l'utopie destin&#233;e &#224; le mettre &#224; l'&#233;preuve, peut &#234;tre construit &#224; partir de multiples points de d&#233;part, emprunt&#233;s tant&#244;t aux utopistes eux-m&#234;mes tant&#244;t &#224; leurs commentateurs. Pour cela la m&#233;thode utopique doit &#234;tre distingu&#233;e du genre utopique, auquel elle conf&#232;re sa tr&#232;s relative unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Lalande fut l'un des premiers &#224; tenter de mettre en &#233;vidence cette m&#233;thode qu'il d&#233;finit comme &lt;i&gt;&#171; le proc&#233;d&#233; qui consiste &#224; repr&#233;senter un &#233;tat de choses fictif comme r&#233;alis&#233; d'une mani&#232;re concr&#232;te, soit afin de juger des cons&#233;quences qu'il implique, soit, plus souvent, afin de montrer combien ces cons&#233;quences seraient avantageuses &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Lalande, &#034;Les Utopies et la m&#233;thode utopique&#034; (cours de 1917-1918), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raymond Ruyer reprend et prolonge les analyses et les r&#233;f&#233;rences de Lalande, sur lesquelles il s'appuie explicitement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raymond Ruyer, L'utopie et les utopistes (1950), Ed. G&#233;rard Montfort, 1988, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En distinguant le genre utopique qu'il r&#233;prouve totalement et le mode utopique qu'il approuve partiellement, Ruyer s'efforce de d&#233;finir le genre utopique (dont il s'efforce de tracer les fronti&#232;res) par le mode utopique qu'il tente de caract&#233;riser en le confrontant &#224; d'autres modes de pens&#233;e, en particulier des proc&#233;d&#233;s ordinaires de l'invention scientifique. L'utopie, en ce sens, ne d&#233;tourne pas n&#233;cessairement de la connaissance et de la r&#233;alit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mode utopique appartient par nature &#224; l'ordre de la th&#233;orie et de la sp&#233;culation. Mais au lieu de chercher, comme la th&#233;orie proprement dite, la connaissance de ce qui est, il est&lt;i&gt; exercice ou jeu sur les possibles lat&#233;raux &#224; la r&#233;alit&#233;. &lt;/i&gt;L'intellect dans le mode utopique, se fait &#034;pouvoir d'exercice concret &#034; ; il s'amuse &#224; essayer mentalement les possibles qu'il voit d&#233;border le r&#233;el. Il est relatif au &#034;comprendre&#034; ; il d&#233;pend d'une premi&#232;re compr&#233;hension de r&#233;el, et il aide &#224; son tour &#224; une compr&#233;hension meilleure&#034;. Mais l'utopiste &#224; la diff&#233;rence du savant triche avec les r&#232;gles de son propre jeu. C'est cette tricherie avec ce qu'exige le mode utopique qui paradoxalement permet de cerner &#171; les caract&#232;res g&#233;n&#233;raux des utopies sociales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Du coup, Ruyer distingue approximativement deux modalit&#233;s d'exercice du mode utopique : les simulations dict&#233;es par la recherche de la v&#233;rit&#233; et les simulations qui lui d&#233;rogent, ou si l'on veut les simulations et les simulacres. Aussi est-ce &#224; bon droit qu'Alexandre Cioranescu, revenant sur les analyses de Lalande et de Ruyer, fait valoir que l'application &#224; l'utopie litt&#233;raire des crit&#232;res logiques dont la litt&#233;rature ne peut que s'affranchir distord la compr&#233;hension de l'utopie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alexandre Cioranescu, L'avenir du pass&#233;. Utopie et litt&#233;rature, Paris, 1972, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est possible cependant d'&#233;viter de r&#233;parer une injustice par une autre : l'exercice de la m&#233;thode utopique selon ses modalit&#233;s litt&#233;raires invite &#224; penser son usage selon les modalit&#233;s rigoureuses d'une&lt;i&gt; &lt;/i&gt;simulation op&#233;ratoire, distincte du simulacre litt&#233;raire, mais aussi de la simulation exp&#233;rimentale ou technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette simulation th&#233;orique que l'on peut d&#233;couvrir dans les &#339;uvres des utopistes eux-m&#234;mes, &#224; commencer par celle de Thomas More. La maquette et le r&#233;cit utopiques se pr&#233;sentent comme le revers d'une critique. Si la critique permet de r&#233;gresser jusqu'au fondement du d&#233;sordre moral et de l'injustice sociale - l'existence de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e - la maquette utopique permet de simuler les cons&#233;quences de son abolition &#233;ventuelle : elle &#233;prouve une hypoth&#232;se. Elle donne &#224; voir ce qui se donne &#224; penser. Le r&#233;cit et la description d&#233;bordent en permanence la simulation. Mais les principaux effets qui sont envisag&#233;s sont ceux qui r&#233;sultent de fa&#231;on pr&#233;visible ou envisageable de l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Toutes choses sont suppos&#233;es &#233;gales ou &#233;quivalentes par ailleurs. Autrement dit, la maquette utopique, dans ce cas, redistribue le donn&#233; par d&#233;placement d'une seule de ses variables. On comprend alors que des fragments de l'ordre social existant fassent retour sous une forme nouvelle au sein m&#234;me du mod&#232;le, mais affect&#233;s d'un changement de sens : ainsi en va-t-il, par exemple, du r&#244;le de l'esclavage, maintenu dans la bienheureuse Utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment d&#233;signer l'unit&#233; de la m&#233;thode utilis&#233;e et du mod&#232;le propos&#233; ? Maurice De Gandillac propose de concevoir l'&#339;uvre de Thomas More comme une &#171; &lt;i&gt;simulation anticipatrice&lt;/i&gt; &#187;, que l'auteur rapproche de la &#171; &lt;i&gt;simulation op&#233;ratoire&lt;/i&gt; &#187; d&#233;finie par Auguste Comte : une simulation dans la mesure o&#249; More &lt;i&gt;&#171; ne dissimule aucune des conditions r&#233;elles qu'impliquent la vie m&#234;me du r&#233;gime communiste et sa progressive expansion &#187;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#171; d&#233;crit les contraintes n&#233;cessaires, et con&#231;oit un syst&#232;me coh&#233;rent destin&#233; &#224; fonctionner dans une situation neuve &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maurice De Gandillac, &#034;L'utopie de More comme simulation anticipatrice&#034; in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au mode utopique que Ruyer &lt;i&gt;attribue &#171; la v&#233;ritable unit&#233; d'un genre qui para&#238;t tellement multiforme que l'on h&#233;site &#224; lui attribuer une existence propre, justifiant une &#233;tude d'ensemble &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raymond Ruyer, L'utopie et les utopistes (1950), Ed. G&#233;rard Montfort, 1988, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est le mode utopique qui permet de d&#233;finir le genre : &lt;i&gt;&#171; Ce n'est pas par leurs intentions, tr&#232;s vari&#233;es ; ce n'est pas davantage par leur fabulation qu'il faut d&#233;finir les utopies. il faut chercher ailleurs leur principe commun, leur essence. Cette essence, c'est l'emploi du proc&#233;d&#233;, du mode utopique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 8.&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ruyer met en balance &#171; Les tares profondes de l'utopie sociale &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., chap. V.&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et la &lt;i&gt;&#171; Valeur positive de l'utopie &#187;&lt;/i&gt;, en se fondant sur sa distinction du genre utopique et du mode utopique, les &lt;i&gt;&#171; tares &#187;&lt;/i&gt; du premier &#233;tant partiellement compens&#233;es par &#171; &lt;i&gt;les vertus positives de l'exp&#233;rience mentale quand elle est s&#233;v&#232;rement contr&#244;l&#233;e et critiqu&#233;e &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 124.&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que l'on peut reconna&#238;tre au second.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, s'il est vrai qu'un concept englobant de l'utopie, saisie comme genre uniforme, est menac&#233; de st&#233;rilit&#233;, on peut douter que le mode utopique lui-m&#234;me soit v&#233;ritablement unifi&#233;. En outre, &#224; condition d'en contr&#244;ler s&#233;v&#232;rement l'usage, le concept d'une genre utopique peut r&#233;pondre &#224; des d&#233;finitions sp&#233;cifiques de l'utopie qui s'efforcent de cerner les vari&#233;t&#233;s du genre philosophique en articulant un mod&#232;le du r&#233;cit utopique et les pr&#233;suppos&#233;s th&#233;oriques qui le fondent. Pourtant, la seule continuit&#233; rep&#233;rable &lt;i&gt; &lt;/i&gt;entre les formes classiques de l'utopie et les formes qu'elle rev&#234;t au 19&#232;me si&#232;cle dans les &#339;uvres de Saint-Simon, de Fourier et d'Owen reste celle d'une m&#233;thode utopique de simulation d'une transformation de la soci&#233;t&#233;. Et c'est cette m&#233;thode qui a pu &#234;tre revendiqu&#233;e apr&#232;s et malgr&#233; Marx, mais &#224; condition qu'elle franchisse les fronti&#232;res de l'abstraction.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De l'abstrait au concret&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Ce passage de l'abstrait au concret est partiellement effectu&#233;es dans les utopies que Marx r&#233;cuse, ainsi que le rel&#232;ve, &#224; sa fa&#231;on, Martin Buber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier commence par distinguer, selon qu'ils r&#233;sultent de la conversion de l'eschatologie proph&#233;tique (dans les socialismes dits utopiques) ou de l'eschatologie apocalyptique (dans le marxisme), deux formes de socialismes &#224; partir du 19&#232;me si&#232;cle. Puis il souligne l'ambivalence des premiers, en proposant de d&#233;m&#234;ler ce que la critique marxienne confond : la &#171; &lt;i&gt;fiction sch&#233;matique&lt;/i&gt; &#187; qui &lt;i&gt;&#171; na&#238;t d'une imagination quasi-abstraite &#187;&lt;/i&gt; et se laisse &lt;i&gt;d&#233;duire &#171; d'une th&#233;orie de l'homme, de ses capacit&#233;s et de ses besoins d&#233;duit un r&#233;gime de soci&#233;t&#233; &#187;&lt;/i&gt;, et la &#171; &lt;i&gt;planification organique&lt;/i&gt; &#187; qui trouve &#171; son point de d&#233;part dans la r&#233;alit&#233; effective de la situation pr&#233;sente &#187;, et qui, plus pr&#233;cis&#233;ment, se fonde sur la d&#233;tection des &#171; &lt;i&gt;tendances encore cach&#233;es dans les profondeurs de la r&#233;alit&#233;, encore obscurcies par des tendances notoires et puissantes&lt;/i&gt; &#187;. Ainsi, Buber trace au sein m&#234;me des syst&#232;mes r&#233;put&#233;s abstraits la ligne de d&#233;marcation, ch&#232;re &#224; Ernst Bloch, entre utopie abstraite et utopie concr&#232;te. Mais surtout, il sugg&#232;re que l'exploration des possibles lat&#233;raux doit &#234;tre sous-tendue par une d&#233;tection des possibles contrari&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin Buber, Utopie et socialisme, Aubier, pp. 31-32.&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exercice d'une simulation utopique, mais concr&#232;te, &#224; laquelle se livre Simone Weil permet de pr&#233;ciser, puisqu'elle les esquisse, les r&#232;gles d'une m&#233;thode critico-utopique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Simone Weil, R&#233;flexions sur les causes de la libert&#233; et de l'oppression (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le recours &#224; cette m&#233;thode tire son origine du climat d'avant-guerre : &#171; Nous vivons une &#233;poque priv&#233;e d'avenir &#187; - sans esp&#233;rance. L'oppression semble in&#233;luctable. Le climat intellectuel que traduit l'essai de Simone Weil t&#233;moigne de l'urgence d'un recours &#224; l'utopie, qui n'est jamais aussi vive que lorsque s'accumulent toutes les raisons de d&#233;sesp&#233;rer : quand les fils entre le pr&#233;sent et l'avenir semblent rompus. Urgence morale, sans doute : de la r&#233;sistance &#224; la r&#233;signation. Urgence th&#233;orique, surtout : d'une relance de la r&#233;flexion. Car il s'agit de reprendre la critique th&#233;orique &#224; partir du point o&#249; elle s'est tarie, et de r&#233;tablir les ponts o&#249; ils sont coup&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tout retour de l'utopie na&#238;t, comme Engels l'avait pressenti, de l'exp&#233;rience de la d&#233;ception, l'objet de cette exp&#233;rience est pr&#233;cis&#233;ment ici la tentative marxiste de d&#233;passer les utopies. Il s'agit de reprendre la critique th&#233;orique &#224; partir du point o&#249; elle s'est tarie, et de r&#233;tablir les ponts o&#249; ils sont coup&#233;s. De l&#224; une &#171; Critique du marxisme &#187; &#224; laquelle succ&#232;de une &#171; Analyse de l'oppression &#187; qui d&#233;bouche sur le constat, provisoire, d'une servitude de l'homme apparemment in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette analyse, Simone Weil oppose un &#171; Tableau th&#233;orique d'une soci&#233;t&#233; libre &#187; qui sert de norme &#224; l' &#171; Esquisse de la vie sociale contemporaine &#187; (Nous venons de citer les titres des quatre principales divisions de l'ouvrage). Bien que Simone Weil se d&#233;fie des mod&#232;les positifs qui sont, &#224; ses yeux, le propre des fictions utopiques et leur pr&#233;f&#232;re la fonction r&#233;gulatrice de l'id&#233;al, l'id&#233;al r&#233;gulateur qu'elle propose est investi dans une figuration utopique (un &#171; Tableau &#187;) qui sert de norme de la critique de la r&#233;alit&#233; (son &#171; Esquisse &#187;). Tout tient, en derni&#232;re analyse &#224; cette affirmation : &#171; &lt;i&gt;On ne peut se diriger que vers un id&#233;al&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 85&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; La d&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des mod&#232;les positifs, par cons&#233;quent, dans la mesure o&#249; elle s'accompagne de la revalorisation de l'id&#233;al, permet ici de fonder sur celui-ci les normes d'un refus ; et ces mod&#232;les qui d&#233;passent la r&#233;alit&#233; existante pour en effectuer la critique et qui se proposent comme objectif &#224; atteindre par-del&#224; cette r&#233;alit&#233;, sont, au bon sens du terme, utopiques. Comme peuvent l'&#234;tre les mod&#232;les positifs eux-m&#234;mes : aux raisons qui expliquent qu'ils puissent se r&#233;duire &#224; des simulacres, il est possible d'opposer celles qui permettent de les concevoir comme des simulations.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du simulacre &#224; la simulation&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;&lt;strong&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;La simulation utopique, dans les formes classiques de l'utopie, remplit une double fonction d'&#233;cran et de filtre. Quand elle prend toutes libert&#233;s avec les exigences d'une critique rationnelle et concr&#232;te, la simulation ne d&#233;passe gu&#232;re le simulacre qui fait barrage &#224; la critique qui devrait la fonder et au projet qu'elle tente de proposer. Cet &#233;cran est manifeste dans les syst&#232;mes dogmatiques, construits pr&#233;cipitamment dans le dos du mouvement r&#233;el. Mais cet &#233;cran est &#224; peine moins opaque, nous le savons d&#233;sormais, quand la substitution de la construction doctrinaire &#224; la cr&#233;ativit&#233; historique est remplac&#233;e par le travestissement de la simulation en n&#233;cessit&#233; historique. Pourtant, qu'elle soit prise dans des fictions ou neutralis&#233;e par des pr&#233;visions, la simulation utopique n'en remplit pas moins des fonction de &lt;i&gt;filtre&lt;/i&gt;. Celui-ci, quand il est pleinement reconnu, permet &#224; la critique de se d&#233;ployer dans deux directions : en direction de la r&#233;alit&#233; donn&#233;e dont elle fait appara&#238;tre les contradictions ; en direction de la r&#233;alit&#233; vis&#233;e qui appara&#238;t au-del&#224; de l'horizon de la soci&#233;t&#233; existant : &#224; l'horizon utopique de son d&#233;passement. La simulation utopique remplit alors une double fonction de d&#233;nonciation et d'exploration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette double fonction de l'utopie d&#233;pend, on l'a vu, de son concept du possible. Une utopie invit&#233;e &#224; d&#233;tecter la possibilit&#233; r&#233;elle qui se trouve en contradiction avec la r&#233;alit&#233; factuelle d&#233;passe, au moins en pens&#233;e, l'horizon born&#233; par l'accessible ; une utopie disruptive peut et doit &#234;tre une utopie projective : une tentative d'am&#233;nager la place de ce qui n'a pas sa place dans l'ordre social existant. Tant qu'elle n'est qu'un simple exercice litt&#233;raire ou sp&#233;culatif, qui s'affranchit des contraintes logiques et historiques, m&#234;lant les pr&#233;tentions esth&#233;tiques et les vis&#233;es p&#233;dagogiques, la simulation utopique n'est qu'un exercice compensatoire ou illusoire, dont les liens avec l'histoire s'&#233;tablissent largement &#224; son insu. Mais une simulation qui s'emploie &#224; projeter des possibles lat&#233;raux &#224; l'histoire parce qu'ils y sont partiellement inscrits et tente de faire droit concr&#232;tement &#224; ce que l'ordre existant r&#233;cuse et refuse peut relever d'une exercice salutaire du Principe Esp&#233;rance et devenir une m&#233;thode d'exploration de la lisi&#232;re entre le possible et l'impossible. Une utopie projective peut s'installer au point o&#249; le possible et l'impossible se rencontrent et se s&#233;parent : en ce lieu qui n'est pas le non-lieu de l'impossibilit&#233; absolue ou de l'inaccessible, mais d'un impossibilit&#233; relative, apparemment ind&#233;cidable, mais dont l'utopie entend pourtant d&#233;cider, en confrontant la possibilit&#233; rationnelle et la possibilit&#233; r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La simulation utopique est alors une m&#233;thode d'exploration des virtualit&#233;s qui devance leur actualisation. S'en tiendrait-elle &#224; celles que pr&#233;figure la r&#233;alit&#233; donn&#233;e, elle ne d&#233;passerait gu&#232;re la simple prospective avec laquelle on la confond trop souvent. S'en remettrait-elle &#224; celles que transfigure son d&#233;sir actuel, elle se confondrait avec l'imaginaire. Mais une simulation utopique peut &#234;tre, au contraire, une m&#233;thode rationnelle qui remplit une double fonction d'exploration des lieux o&#249; l'histoire peut s'inventer et de prospection des lieux o&#249; elle peut s'accomplir. La dualit&#233; de ces fonctions est d&#233;j&#224; perceptible dans les &#233;bauches de simulation rationnelle propos&#233;e par l'utopie classique. L'utopie proc&#232;de en effet d'un double usage de la raison, n&#233;gatif et positif, critique et architectonique (pour parler comme Kant), critique et organique (pour parler comme Saint-Simon) : qui d&#233;construit la r&#233;alit&#233; donn&#233;e et reconstruit une r&#233;alit&#233; vis&#233;e. Sous sa forme classique, la simulation utopique est r&#233;gressive (jusqu'au fondement) et progressive (jusqu'au mod&#232;le). Elle dissout et elle r&#233;sout. Elle intervient selon les deux registres de la r&#233;v&#233;lation (critique) et de la simulation (dogmatique) : elle intervient comme r&#233;v&#233;lateur des contradictions et simulacre de leur r&#233;solution. Aussi la simulation op&#233;ratoire est-elle masqu&#233;e par le simulacre ostentatoire. Et pour d&#233;livrer l'utopie de cette ambivalence, c'est encore vers Marx qu'il est possible de se tourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; suivre&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; la diff&#233;rences des articles pr&#233;c&#233;dents (consacr&#233;s respectivement au genre utopique et au type utopique) qui ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s &#224; partir de notes, celui-ci est extrait directement de l'ouvrage que j'ai consacr&#233; &#224; Marx : &lt;i&gt;Convoiter l'impossible,. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt;, Albin Michel, 1995 ( p.315-321).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;tienne-Gabriel Morelly, &lt;i&gt;Code de la nature&lt;/i&gt;, Editions sociales, 1970 ; Th&#233;odore D&#233;zamy, &lt;i&gt;Code de la communaut&#233;&lt;/i&gt;, Paris, 1842.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Lalande, &#034;Les Utopies et la m&#233;thode utopique&#034; (cours de 1917-1918), r&#233;sum&#233; par l'auteur in &lt;i&gt;Dictionnaire technique de la Philosophie&lt;/i&gt;, p. 1180. Pour &#233;tayer sa d&#233;monstration, Lalande se r&#233;f&#232;re &#224; Auguste Comte, Ernst Mach et &#201;douard Le Roy : Auguste Comte, &lt;i&gt;Cours de philosophie positive&lt;/i&gt;, &#338;uvres d'Auguste Comte, tome III, Ed. Anthropos, 1968, 40&#232;me le&#231;on, et &lt;i&gt;Syst&#232;me de politique positive ou Trait&#233; de Sociologie&lt;/i&gt;, &#338;uvres d'Auguste Compte, Ed. Anthropos, tome VII, pp. 285-286 ; Ernst Mach, &lt;i&gt;La connaissance et l'erreur&lt;/i&gt;, Flammarion ; &#201;douard Le Roy &lt;i&gt;Revue de M&#233;taphysique et de Morale&lt;/i&gt; &lt;i&gt;T. 13, No. 2 (Mars 1905), pp. 193-223 1905 p. 212-213.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raymond Ruyer, &lt;i&gt;L'utopie et les utopistes&lt;/i&gt; (1950), Ed. G&#233;rard Montfort, 1988, p. 11-12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alexandre Cioranescu, &lt;i&gt;L'avenir du pass&#233;. Utopie et litt&#233;rature&lt;/i&gt;, Paris, 1972, pp.24-29 et 39-47, notamment.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maurice De Gandillac, &#034;L'utopie de More comme simulation anticipatrice&#034; in &lt;i&gt;Le discours utopique&lt;/i&gt;, 10-18, pp. 9-20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raymond Ruyer, &lt;i&gt;L'utopie et les utopistes&lt;/i&gt; (1950), Ed. G&#233;rard Montfort, 1988, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., chap. V.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op.cit., p. 124.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin Buber&lt;i&gt;, Utopie et socialisme&lt;/i&gt;, Aubier, pp. 31-32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Simone Weil, &lt;i&gt;R&#233;flexions sur les causes de la libert&#233; et de l'oppression sociale&lt;/i&gt;, Id&#233;es, p. 10-11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 85&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Approches de l'utopie : II. Un type ?</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Approches-de-l-utopie-II-Un-type.html</link>
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		<dc:date>2019-10-18T10:58:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Utopie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un type de rationalit&#233;, d'id&#233;es, d'imaginaire ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Utopies-.html" rel="directory"&gt;Utopies&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Utopie-+.html" rel="tag"&gt;Utopie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH112/arton49-40d01.jpg?1726251038' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'utopie peut &#234;tre abord&#233;e, &lt;a href=&#034;http://athena.henri-maler.fr/Approches-de-l-utopie-I-Un-genre.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;on l'a vu-dans un article pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt;, comme un genre litt&#233;raire et/ou philosophique : un genre dans lequel pourtant elle ne peut pas &#234;tre int&#233;gralement inscrite et enferm&#233;e. C'est pourquoi l'analyse peut &#234;tre &#233;largie &#224; la mise en &#233;vidence d'un type : un type qui, sous-jacent aux mod&#232;les narratifs ou l&#233;gislatifs, en exc&#232;de les limites et qui peut &#234;tre confront&#233; &#224; d'autres types de discours&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les notes rassembl&#233;es ici et distribu&#233;es en plusieurs articles ont &#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Un type ?&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;De quel type s'agit-il et quelle est sa sp&#233;cificit&#233; ? Est-il question d'un type de discours (ou de rationalit&#233;) ou bien d'un type de conscience (ou de mentalit&#233;) ? Dans ce dernier cas, cpe est-il index&#233; sur des id&#233;es ou sur des images ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un type de rationalit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours utopique se pr&#233;sente d'abord comme un discours sur l'id&#233;al dont les manifestations d&#233;bordent le genre utopique proprement dit : un id&#233;al prisonnier d'une forme de rationalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce type de rationalit&#233; que traque Gilles Lapouge et qu'il parcourt de l'Antiquit&#233; au dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, sans s'arr&#234;ter &#224; d&#233;limiter strictement un genre et &#224; d&#233;finir pr&#233;cis&#233;ment ce qu'il entend par utopie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Lapouge, Utopie et Civilisations Champs/Flammarion, 1972,&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce type de rationalit&#233; que l'auteur ne mentionne pas comme telle, oppose selon lui l'organisation &#224; l'organique, l'immobilit&#233; &#224; l'histoire, l'&#233;galit&#233; &#224; la libert&#233;, le m&#233;canique au vivant. Ces oppositions et quelques autres ne sont pas exclusivement rep&#233;rables dans les utopies proprement dites. L'utopie, selon Lapouge, rapproche des m&#339;urs et des lieux, de institutions et des objets divers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Lapouge rep&#232;re l'utopie, successivement, dans les monast&#232;res (p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Elle [l'utopie] op&#232;re &#224; la fa&#231;on d'un aimant taill&#233; dans un m&#233;tal alchimique et qui aurait le pouvoir d'attirer non seulement la limaille de fer mais des substances dissemblables ; et dont, seul, le magn&#233;tisme utopiste r&#233;v&#232;le l'identit&#233; ou les connivences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit., p. 212.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais comme l'utopie ne peut &#234;tre circonscrite &#224; partir des seuls discours qui la soutiennent ou la r&#233;v&#232;lent, le champ de l'analyse s'&#233;largit encore. Aussi passe-t-on, souvent sans grandes pr&#233;cautions, du type de discours au type de repr&#233;sentation ou de mentalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un type d'id&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inscription de l'utopie dans les formes de repr&#233;sentation ou de mentalit&#233; varie selon que ces formes sont index&#233;es sur les id&#233;es ou sur les images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est essentiellement comme &lt;i&gt;forme de mentalit&#233; ou de conscience, d&#233;finie par les id&#233;es&lt;/i&gt; qu'elle v&#233;hicule que Karl Mannheim analyse l'utopie, et non comme un genre - litt&#233;raire et/ou philosophique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Mannheim, Id&#233;ologie et Utopie (1936), Marcel Rivi&#232;re, 1956, pp.137-139. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est &#224; ce titre qu'il revendique la construction d'un concept de l'utopie qui, &#224; la diff&#233;rence des concepts descriptifs, s'efforce de r&#233;v&#233;ler une structure (une &#171; &lt;i&gt;abstraction constructive&lt;/i&gt; &#187;) et d&#233;borde, par cons&#233;quent, le concept descriptif du genre utopique. C'est donc l'utopie comme type, voire comme type id&#233;al, que Mannheim analyse (en l'inscrivant dans une typologie plus g&#233;n&#233;rale, qui distingue l'utopie et l'id&#233;ologie)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les analyses de Mannheim sont discut&#233;es par Paul Ricoeur : Paul Ricoeur, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mannheim distingue deux types d'id&#233;es : les id&#233;es qui ou bien s'accordent avec la r&#233;alit&#233; (&#171; &lt;i&gt;situationnellement congruentes&lt;/i&gt; &#187;), ou bien s'en &#233;cartent (&#171; &lt;i&gt;situationnellement transcendantes&lt;/i&gt; &#187;). Or, parmi ces derni&#232;res, il distingue les id&#233;ologies qui &#171; &lt;i&gt;ne r&#233;ussissent jamais de facto &#224; r&#233;aliser leur contenu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 161&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; et les utopies &#171; &lt;i&gt;dans la mesure et jusqu'au point o&#249; elles r&#233;ussissent, par une activit&#233; contraire &#224; transformer la r&#233;alit&#233; historique existante&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., pp.128-130.&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Autrement dit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ces orientations qui d&#233;passent la r&#233;alit&#233; ne seront d&#233;sign&#233;es pa' nous comme utopiques que lorsque, passant &#224; l'action, elles tendent &#224; &#233;branler, partiellement ou totalement, l'ordre des choses qui r&#232;gne &#224; ce moment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p.124.&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Or, ce type, selon Mannheim, ne rel&#232;ve pas seulement des chim&#232;res d'individus isol&#233;s, mais, sous ses diverses formes, il d&#233;pend de ses relations &#233;troites avec des couches sociales : lorsque l'&#233;l&#233;ment utopique tend &#224; p&#233;n&#233;trer tous les aspects de la mentalit&#233; dominante, alors et alors seulement, il convient de parler de mentalit&#233; utopique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette conscience utopique, Mannheim entreprend de distinguer les types id&#233;aux particuliers - &#171; les id&#233;altypes de conscience utopique &#187; - et d'analyser les changements de configuration entre quatre &#171; figures &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p.144-154.&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; le chiliasme orgastique des anabaptistes &#187; &#171; l'id&#233;e lib&#233;rale humanitaire &#187; &#171; l'id&#233;e conservatrice &#187; &#171; l'utopie socialiste-communiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un type d'imaginaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la mentalit&#233; utopique peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e, plus pr&#233;cis&#233;ment encore, comme&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;une forme de l'imaginaire collectif ou social.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la d&#233;marche de&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Bronislaw Baczko qui insiste sur les mat&#233;riaux symboliques et les imaginaires sociaux mis en &#339;uvre dans les utopies : &#171; Les repr&#233;sentations d'une Cit&#233; autre et heureuse rel&#232;vent d'une mani&#232;re sp&#233;cifique d'imaginer le social ; les utopies sont un des lieux privil&#233;gi&#233;s o&#249; s'exerce l'imagination sociale, o&#249; sont accueillis, travaill&#233;s et pro-duits les r&#234;ves sociaux individuels et collectifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bronilaw Baczco, Lumi&#232;res de l'Utopie, Critique de la Politique/Payot, 1978, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Mais Baczko prend soin d'assigner &#224; cette imagination son lieu et son temps historique pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Laplantine, plus g&#233;n&#233;ralement, se propose de &#171; &lt;i&gt;reprendre de fond en comble la question de l'imagination collective&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Laplantine, Les trois voix de l'imaginaire. Le messianisme, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et rep&#232;re, dans les formes de l'imaginaire, trois voix fondamentales, dont il parcourt les partages et les mariages : l'utopie, la possession, le mill&#233;narisme. Et il pr&#233;cise :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Tout projet de soci&#233;t&#233; alternative prend son origine au niveau d'&lt;i&gt;une matrice collective de l'esp&#233;rance &lt;/i&gt;qui se diversifie et se pluralise d'une mani&#232;re ternaire, se r&#233;partit en trois groupes : le groupe messianico-r&#233;volutionnaire, le groupe extatico-anarchiste, le groupe utopico-&#233;ccl&#233;sial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p.90.&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'auteur propose une anthropologie des formes de l'imaginaire de ces trois groupes. Les traits qu'il retient dans le chapitre consacr&#233; &#224; l'utopie et qu'il r&#233;sume par l'expression de &#171; rationalisme social &#187; recoupe ceux que Gilles Lapouge (tr&#232;s &#233;logieusement mentionn&#233;) a voulu mettre en &#233;vidence. Cette analyse est rehauss&#233;e, selon l'auteur, par une &#171; &#233;tude ethnopsychiatrique &#187; de l'imaginaire des trois groupes. L' ethnopsychiatrie de l'utopie permettrait d'&#233;clairer &#171; la nature r&#233;solument psychotique de la conscience utopique &#187;. Le glossaire propos&#233; r&#233;sume :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Utopie&lt;/strong&gt; : A &#233;t&#233; syst&#233;matiquement confondue avec ce qui est son contraire : l'anarchisme. L'utopie est la constructions math&#233;matique, logique et rigoureuse soumise &#224; l'imp&#233;ratif d'une planification absolue qui a tout pr&#233;vu d'avance et ne tol&#232;re pas la moindre faille et la moindre remise en question. Synonyme de totalitarisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le diagnostic ethnopsychiatrique qui peut &#234;tre port&#233; sur l'utopie est celui de rationalisme d&#233;vitalisant de l'aptitude morbide &#224; la st&#233;r&#233;otypie et &#224; l'abstraction et de la schizophr&#233;nie politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 255-256.&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Christian Marouby &#224; son tour explore les formes de l'imaginaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christian Marouby, Utopie et primitivisme. Essai sur l'imaginaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus exactement, il proc&#232;de &#224; une confrontation entre deux mod&#232;les de &#171; l'imaginaire anthropologique &#224; l'&#226;ge classique &#187; : l'utopie et le primitivisme. Par le terme de &#171; primitivisme &#187;, l'auteur entend d&#233;signer &#171; l'attrait, voire m&#234;me la fascination, qu'exercent sur notre civilisation les peuples et les modes de vie que nous appelons primitifs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p.12.&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et en resserrant d'embl&#233;e son analyse autour de l'utopie &#224; l'&#226;ge classique, il s'efforce de cerner ses pr&#233;suppos&#233;s th&#233;oriques (anthropologiques) de cette utopie et de d&#233;gager les principales composantes de l'imaginaire correspondant : l'insularit&#233;, la sym&#233;trie, la r&#233;gularit&#233;, la &#171; hi&#233;rarchieculture &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant qu'il s'agit de d&#233;crire de telles typologies, qu'il s'agisse d'id&#233;es ou d'images, peuvent &#234;tre utiles, Mais le sont-elles encore quand il s'agit d'expliquer quand, comme cela arrive, ce sont les repr&#233;sentations, les id&#233;es et les images qui sont directement convoqu&#233;es comme principes explicatifs de leurs propres &#339;uvres ? Ou quand, non contents de scruter la mentalit&#233; utopique comme type, certains commentateurs ont essay&#233; de d&#233;gager &lt;i&gt;la mentalit&#233; des utopistes&lt;/i&gt; et d'&#233;tablir leur portrait psychologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Raymond Ruyer a tent&#233; d'accomplir, en d&#233;peignant dans l'utopiste &#171; &lt;i&gt;un certain type d'esprit&lt;/i&gt; &#187;, qu'il caract&#233;rise comme un esprit &#171; &lt;i&gt;th&#233;or&#233;tique&lt;/i&gt; &#187;, mais qui exige &#171; un croisement avec l'esprit religieux, avec l'esprit esth&#233;tique, et avec la volont&#233; de puissance. Cet esprit, par contre, serait &#233;loign&#233; de &#171; l'utilitaire, l'homme de l'&#233;conomie &#187;, de &#171; l'homme de la vie, de la chaleur vitale &#187; et de l'homme social, l'homme de l'amour du prochain, du d&#233;vouement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raymond Ruyer, L'utopie et les utopies, Rivi&#232;re, Paris, 1950. chapitre III (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire,&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Georges Duveau, pour tenter de d&#233;faire l'analyse de Ruyer (et celle de Marx que, dit-il, Ruyer reprendrait &#224; son insu) s'est employ&#233; &#224; montrer, en les soumettant &#224; l'&#233;preuve d'une analyse caract&#233;rologique que les utopistes ne manquaient pas de chaleur vitale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Duveau, Sociologie de l'utopie et autres essais, P.U.F., 1961. Dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mas peut-&#234;tre faut-il attendre d'une approche comparative, d'ores et d&#233;j&#224; abord&#233;e, la clart&#233; que l'approche isol&#233;e du type utopique ne suffit pas &#224; diffuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des typologies comparatives ou distinctives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale en effet, les approches de l'utopie comme type ne sont pas seulement descriptives et explicatives : elles reposent en g&#233;n&#233;ral sur des typologies distinctives qui s'efforcent de d&#233;gager les traits pertinents du type utopique en le confrontant &#224; d'autres types.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bronislaw Baczko, par exemple, propose trois exemples d'approches distinctives qui &#171; ont en commun de situer l'utopie comme terme d'une opposition : utopie/science, utopie/mythe, utopie/ id&#233;ologie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bronislaw Baczco, Lumi&#232;res de l'Utopie, Critique de la Politique/Payot, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et l'auteur d'illustrer chacune d'elle, respectivement, par les discours de Marx et Engels, de Georges Sorel et de Karl Manheim&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 22-27. Analyse Reprise dans : Les imaginaires sociaux. M&#233;moires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; ces distinctions, on peut ajouter, comme le fait Baczko lui-m&#234;me, l'opposition entre utopie et anti-utopies&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bronislaw Backco Lumi&#232;res de l'Utopie, op.cit., p. 48-49 et Les imaginaires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ainsi que les relations entre utopies et totalitarismes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bronislaw Backco, Les imaginaires sociaux, op.cit., p. 127-148.&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Gilles Lapouge rep&#232;re dans l'utopie prise au sens large trois es-p&#232;ces fondamentales : l'&#233;d&#233;nisme, le mill&#233;narisme et l'utopisme proprement dit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., &#201;d&#233;nisme pp.63-64 et 125-132, mill&#233;narisme (p. 132-140,147-148, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (auxquels oppose les contre-utopies&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et parmi elles, celles d' Aristophane (op.cit., p.20-27), de Rabelais (op. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confrontation la plus fr&#233;quente est celle qui distingue et parfois oppose l'utopisme et le mill&#233;narisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que Jean Servier fonde son histoire de l'utopie sur la distinction entre le mill&#233;narisme , &lt;i&gt;&#171; espoir des pauvres de ce monde &#187; &lt;/i&gt;qui exprime &lt;i&gt;&#171; la volont&#233; des hommes de r&#233;aliser sur terre l'ordre nouveau que Dieu tardait &#224; &#233;tablir &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Servier, Histoire de l'Utopie, Id&#233;es/Gallimard, 1967,p.22.&#034; id=&#034;nh4-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et l'utopie, &#171; &lt;i&gt;r&#233;action d'une classe sociale&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;exprimant par les symboles classiques du r&#234;ve son d&#233;sir profond de retrouver les structures rigides de la soci&#233;t&#233; traditionnelle&lt;/i&gt; (...) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p.23, et, en g&#233;n&#233;ral pp.18-27, 311-377.&#034; id=&#034;nh4-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle distinction, tant qu'il s'agit d'introduire des distinctions historiques et sociales n'est pas d&#233;nu&#233;e de pertinence. Mais, &#224; suivre le cours de l'histoire, la distinction se brouille : aussi Karl Mannheim peut-il classer les chiliasmes comme premi&#232;re &#171; figure &#187; de la conscience utopique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p.154sq, 174sq, 202-203sq.&#034; id=&#034;nh4-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et elle devient encore plus probl&#233;matiques quand ce sont les pr&#233;suppos&#233;s th&#233;oriques des conceptions, et non la structure des repr&#233;sentations, qu'il s'agit d'&#233;tudier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de l'utopie comme type menace d'engloutir les utopies elles-m&#234;mes dans la construction qui pr&#233;tend les &#233;clairer. Quelques &#233;tudes &#233;chappent &#224; cette menace : celles qui n'abandonnent pas pr&#233;matur&#233;ment le sol de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, quand Bronislaw Baczko insiste sur les mat&#233;riaux symboliques et les imaginaires sociaux mis en &#339;uvre dans les utopies, il entend d&#233;crypter moins un type d'imaginaire transcendant l'histoire et les &#339;uvres, mais un lieu d'exercice de l'imaginaire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les repr&#233;sentations d'une Cit&#233; autre et heureuse rel&#232;vent d'une mani&#232;re sp&#233;cifique d'imaginer le social ; les utopies sont un des lieux privil&#233;gi&#233;s o&#249; s'exerce l'imagination sociale, o&#249; sont accueillis, travaill&#233;s et produits les r&#234;ves sociaux individuels et collectifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bronislaw Baczco, Lumi&#232;res de l'Utopie, Critique de la Politique/Payot, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais ni cette mani&#232;re sp&#233;cifique d'imaginer le social, ni l'imagination qui la gouverne ne perdent dans ses analyses leur enracinement historique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, quand Karl Mannheim propose une typologie diff&#233;rentielle et historique qui s'int&#233;resse, non aux formes de l'imaginaire, mais &#224; des formes de mentalit&#233; d&#233;finies par des id&#233;es, il ne se borne pas &#224; distinguer le type id&#233;ologique et le type utopique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mannheim revendique la construction d'un concept de l'utopie qui, &#224; la diff&#233;rence des concepts descriptifs, s'efforce de r&#233;v&#233;ler une structure (une &#171; &lt;i&gt;abstraction constructive&lt;/i&gt; &#187;) et d&#233;borde, par cons&#233;quent, le concept descriptif du genre utopique. De cette mentalit&#233; utopique, Mannheim entreprend de distinguer les types id&#233;aux particuliers et les changements de configuration pour esquisser une typologie de la mentalit&#233; utopique. Il pr&#233;cise que ce type ne rel&#232;ve pas seulement des chim&#232;res d'individus isol&#233;s, mais, sous ses diverses formes, il d&#233;pend de ses relations &#233;troites avec des couches sociales : lorsque l'&#233;l&#233;ment utopique tend &#224; p&#233;n&#233;trer tous les aspects de la mentalit&#233; dominante, alors et alors seulement, il convient de parler de mentalit&#233; utopique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et Marx ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre de Marx peut &#234;tre concern&#233;e &#224; un double titre par les approches de l'utopie comme type et tenter de r&#233;pondre &#224; deux questions : en quoi consiste pr&#233;cis&#233;ment la critique marxienne de l'utopie et &#224; quel titre est recevable une de la critique de l'utopie marxienne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Premi&#232;re question : la critique marxienne de l'utopie &#8211; la critique du socialisme utopique &#8211; est-elle une variante particuli&#232;re d'une critique g&#233;n&#233;rale de l'utopie comme type de discours ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'invite &#224; penser une pesante tradition qui oppose l'utopie &#224; la science sous pr&#233;texte de distinguer le socialisme utopique et le socialisme scientifique. C'est ce qu'affirme, &#224; sa fa&#231;on, Georges Sorel quand il distingue deux types de discours - l'utopie et le mythe- et qu'il oppose &#224; &lt;i&gt;&#171; la recherche de la soci&#233;t&#233; d&#233;crite en terme sibyllins par Engels &#187;&lt;/i&gt; , &lt;i&gt;&#171; le mouvement r&#233;el du prol&#233;tariat, sa r&#233;volte, l'organisation, &#224; la fois &#233;conomique et &#233;thique, que nous voyons se produire sous nos yeux pour lutter contre les traditions bourgeoises &#187;&lt;/i&gt;. Ou encore :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'est revenir &#224; l'ancienne utopie que vouloir fabriquer sur le mod&#232;le des r&#233;cits historiques des hypoth&#232;ses relatives aux luttes de l'avenir et aux moyens de supprimer le capitalisme. Il n'y a aucun proc&#233;d&#233; pour pouvoir pr&#233;voir l'avenir de mani&#232;re scientifique ou m&#234;me pour discuter sur la sup&#233;riorit&#233; que peuvent avoir certaines hypoth&#232;ses sur d'autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Sorel, &#171; Y-a-t-il de l'utopie dans le marxisme ? &#187;, dans La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels, &#224; tort ou &#224; raison, se sont born&#233;s &#224; relever l'existence d'un type de socialisme (et &#224; analyser certaines de ses formes) : un type de socialisme et un moment de son d&#233;veloppement qu'ils ne rattachent pas au genre utopique ou &#224; un type g&#233;n&#233;ral. Cette critique sp&#233;cifique m&#233;rite un examen particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Deuxi&#232;me question : une critique de l'utopie marxienne peut-elle b&#233;n&#233;ficier de l'&#233;clairage fourni par des analyses de l'utopie comme type ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que soutiennent des analyses qui se pr&#233;sentent, in&#233;galement, comme concluantes &#224; l'&#233;gard du communisme de Marx qui serait, &#224; un titre ou &#224; un autre, suivant l'une ou l'autre des approches ici r&#233;sum&#233;es, utopiste et/ou mill&#233;nariste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Marx, mill&#233;nariste ? &#187;. Telle est la question que pose, par exemple Gilles Lapouge et qu'il relance, en invoquant d'autres d&#233;codages possibles : &lt;i&gt;&#171; un messianisme rehauss&#233; par les pouvoirs de la rationalit&#233;, par exemple, ne s'augmente-t-il pas de traits utopiques ? &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas ici que l'on examinera cette interrogation qu'incitent &#224; soulever, &#224; leur fa&#231;on, tous les raccourcis analogiques qui rabattent le marxisme sur le mill&#233;narisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et dont nous avons propos&#233; ici m&#234;me un floril&#232;ge : &#171; Marxisme, messianisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une critique de l'utopie marxienne devrait repose d'abord sur une critique interne de l'&#339;uvre de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Solidaire du genre utopique et cependant distinct de lui, pr&#233;sent dans ses formes narratives et/ou l&#233;gislatives, mais en exc&#233;dant les fronti&#232;res, c'est, comme on l'a vu, un type de rationalit&#233;, d'id&#233;es ou d'imaginaire que l'on peut pr&#233;tendre d&#233;celer. Mais c'est aussi, voire surtout, un type de d&#233;marche ou de m&#233;thode que l'on peut tenter de mettre en &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; suivre donc : &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Approches-de-l-utopie-III-Une-methode.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Approches de l'utopie : III. Une m&#233;thode ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article pr&#233;c&#233;dent : &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Approches-de-l-utopie-I-Un-genre.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Approches de l'utopie : I. Un genre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les notes rassembl&#233;es ici et distribu&#233;es en plusieurs articles ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es il y a pr&#232;s de trente ans et sont reproduites sans grandes modifications, comme autant de documents de travail que je n'ai, h&#233;las, pas compl&#233;t&#233; par les ouvrages parus depuis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Lapouge, &lt;i&gt;Utopie et Civilisations&lt;/i&gt; Champs/Flammarion, 1972,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Lapouge rep&#232;re l'utopie, successivement, dans les monast&#232;res (p. 73-80), le bordel (p. p. 73-86), la courtoisie (p. 86-93), l'&#233;chiquier (p. 93-97), l'&#233;tiquette (p. 97-103), les janissaires (p. 103-108), Venise (p. 108-114), l'horloge (p. 114-125), l'architecture (p. 182-187).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 212.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Mannheim, &lt;i&gt;Id&#233;ologie et Utopie&lt;/i&gt; (1936), Marcel Rivi&#232;re, 1956, pp.137-139. Nos citations sont extraites saut mention contraire - de cette &#233;dition mutil&#233;e : la seule qui &#233;tait disponible quand nous avons r&#233;dig&#233; ces notes. Voir d&#233;sormais (que je n'ai pas reprise ici) la traduction compl&#232;te : &lt;i&gt;Id&#233;ologie et utopie&lt;/i&gt;, traduction de Jean-Luc Evrard, Editions de la Maison des sciences de l'homme, novembre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les analyses de Mannheim sont discut&#233;es par Paul Ricoeur : Paul Ricoeur, &lt;i&gt;L'id&#233;ologie et l'utopie&lt;/i&gt; (Columbia University Press, 1986), Editions du Seuil, 1997, pour la version fran&#231;aise, pp.215-240 et pp 358-373.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p. 161&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; pp.128-130.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p.124.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p.144-154.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bronilaw Baczco, &lt;i&gt;Lumi&#232;res de l'Utopie&lt;/i&gt;, Critique de la Politique/Payot, 1978, p.31. Repris dans : &lt;i&gt;Les imaginaires sociaux. M&#233;moires et espoirs collectifs&lt;/i&gt; Critique de la Politique/Payot, 1984,p.83.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois Laplantine, &lt;i&gt;Les trois voix de l'imaginaire. Le messianisme, la possession, l'utopie&lt;/i&gt;, Editions universitaires, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p.90.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 255-256.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christian Marouby, &lt;i&gt;Utopie et primitivisme. Essai sur l'imaginaire anthropologique &#224; l'&#226;ge classique&lt;/i&gt;, Seuil, octobre 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p.12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raymond Ruyer, &lt;i&gt;L'utopie et les utopies&lt;/i&gt;, Rivi&#232;re, Paris, 1950. chapitre III Type spirituel de l'utopiste, pp.27-40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Duveau, &lt;i&gt;Sociologie de l'utopie et autres essais&lt;/i&gt;, P.U.F., 1961. Dans les &#233;tudes r&#233;unies, dans une Deuxi&#232;me Partie, sous le sous-titre &#171; Psychologie de l'utopie &#187; (&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt;pp.71-107), en particulier : &#171; Les utopistes et la caract&#233;rologie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bronislaw Baczco, &lt;i&gt;Lumi&#232;res de l'Utopie&lt;/i&gt;, Critique de la Politique/Payot, 1978, p. 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; op.cit.,&lt;/i&gt; p. 22-27. Analyse Reprise dans : &lt;i&gt;Les imaginaires sociaux. M&#233;moires et espoirs collectifs&lt;/i&gt; Critique de la Politique/Payot, 1984, p. 87-91.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bronislaw Backco &lt;i&gt;Lumi&#232;res de l'Utopie&lt;/i&gt;, op.cit., p. 48-49 et &lt;i&gt; Les imaginaires sociaux. op.cit. ,&lt;/i&gt;p. 97-108.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bronislaw Backco, &lt;i&gt;Les imaginaires sociaux, op.cit., &lt;/i&gt;p. 127-148.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; &#201;d&#233;nisme pp.63-64 et 125-132, mill&#233;narisme (p. 132-140,147-148, 262-266.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et parmi elles, celles d' Aristophane (&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p.20-27), de Rabelais (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 164-166), de Cyrano de Bergerac (&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 187-192) et de Swift (&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 204-213).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Servier, &lt;i&gt;Histoire de l'Utopie&lt;/i&gt;, Id&#233;es/Gallimard, 1967,p.22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p.23, et, en g&#233;n&#233;ral pp.18-27, 311-377.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; op.cit&lt;/i&gt;., p.154sq, 174sq, 202-203sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bronislaw Baczco,&lt;i&gt; Lumi&#232;res de l'Utopie&lt;/i&gt;, Critique de la Politique/Payot, 1978, p. 31. Repris dans : &lt;i&gt;Les imaginaires sociaux. M&#233;moires et espoirs collectifs&lt;/i&gt; Critique de la Politique/Payot, 1984, p. 83.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Sorel, &#171; Y-a-t-il de l'utopie dans le marxisme ? &#187;, dans &lt;i&gt;La d&#233;composition du marxisme &lt;/i&gt;(1908), p. 117.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et dont nous avons propos&#233; ici m&#234;me un floril&#232;ge : &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Notes-Marxisme-messianisme-et-millenarisme-florilege-d-analogies.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Marxisme, messianisme et mill&#233;narisme : floril&#232;ge d'analogies &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Approches de l'utopie : I. Un genre ?</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Approches-de-l-utopie-I-Un-genre.html</link>
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		<dc:date>2019-10-18T10:52:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Utopie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Du vocable au concept. Un genre litt&#233;raire, un genre philosophique.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Utopies-.html" rel="directory"&gt;Utopies&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Utopie-+.html" rel="tag"&gt;Utopie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH112/arton47-23e05.jpg?1726251038' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Du vocable au concept. Un genre litt&#233;raire, un genre philosophique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les notes rassembl&#233;es ici et distribu&#233;es en plusieurs articles ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es il y a pr&#232;s de trente ans et sont reproduites sans grandes modifications, comme autant de documents de travail que je n'ai, h&#233;las, pas compl&#233;t&#233; par les ouvrages parus depuis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elles avaient pour objet de tenter de cerner les particularit&#233;s de la critique marxienne de l'utopie et de pr&#233;parer une critique de l'utopie marxienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un double examen qui fait l'objet d'une th&#232;se de Doctorat soutenue en 1992 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Autant dire qu'elles n'ont pas pour objectif de proposer une nouvelle analyse des utopies, mais de baliser le territoire des &#233;tudes qui leur sont consacr&#233;es. et de distinguer &#224; grands traits les approches de l'utopie (bien que souvent elles se recouvrent), selon qu'elle est abord&#233;e comme genre, comme type et/ou comme m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du vocable au concept&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un rapide relev&#233; des significations attach&#233;es au vocable d'utopie (comme celui qui est &lt;a href=&#034;http://athena.henri-maler.fr/Utopie-Itineraires-d-un-vocable.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;propos&#233; ici-m&#234;me&lt;/a&gt; suffit &#224; le montrer : le vocable d'utopie est, d'entr&#233;e de jeu, d&#233;stabilis&#233; par son ambigu&#239;t&#233; puisque, simultan&#233;ment, il exhibe un genre de discours et en &#233;value la d&#233;marche et les conclusions : d&#233;signations th&#233;oriques et assignations pol&#233;miques &#233;changent en permanence leurs effets de sens&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;L'ambigu&#239;t&#233; du vocable se double de l'ambivalence des &#233;valuations qui tant&#244;t d&#233;noncent des propositions illusoires et tant&#244;t, mais plus rarement, consacrent des id&#233;es r&#233;gulatrices. La cons&#233;quence est imm&#233;diate : la notion d'utopie franchit les limites du genre utopique proprement dit pour qualifier, selon son ambivalence native, tout id&#233;al non r&#233;alisable ou tout id&#233;al non r&#233;alis&#233; ; et pour d&#233;signer alternativement, tant&#244;t la part d'irr&#233;alit&#233; ou d'impossibilit&#233; que comporte ce que les hommes d&#233;signent comme possible et id&#233;al, tant&#244;t la part de r&#233;el ou de possible que comprend ce que les hommes d&#233;clarent impossible. L'utopie peut donc se dire en un double sens : le concept d'utopie, d'embl&#233;e, se d&#233;double et ce d&#233;doublement peut affecter une m&#234;me utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept d'utopie est donc imm&#233;diatement scind&#233; : entre le concept d'une impossibilit&#233; absolue et des perfections imaginaires et celui des impossibilit&#233;s relatives et des &#233;mancipations n&#233;cessaires ; entre l'utopie qui se d&#233;tourne de toute politique et l'utopie qui prend la politique &#224; rebours ; entre le concept antonyme de toute strat&#233;gie et le concept synonyme d'une autre strat&#233;gie. Sous ces clivages, on peut entrevoir une m&#234;me tentative d'&#233;tablir une distinction entre l'utopie chim&#233;rique et l'utopie strat&#233;gique. Utopie strat&#233;gique ? L'un des objectifs du pr&#233;sent essai est de donner quelque consistance &#224; ce &#171; logarithme jaune &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'utopie est-elle un concept ? On peut, &#224; bon droit, en douter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;rard Raulet, &#171; L'utopie est-elle un concept ? &#187;, Lignes No17, Octobre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le concept d'utopie menace d'&#234;tre pulv&#233;ris&#233;, aussit&#244;t construit, par les pol&#233;miques qui se nouent autour de lui et par les combats dont il est l'enjeu. Et cette instabilit&#233; &#233;valuative renvoie &#224; une apesanteur explicative : du moins, tant que l'on tente de constituer sous un concept englobant un genre litt&#233;raire et/ou philosophique, un type de mentalit&#233; ou de rationalit&#233; - une structure invariante &#224; partir de laquelle se distribueraient les vari&#233;t&#233;s et les variations d'une &#233;ternelle utopie.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Un genre ?&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le 17e si&#232;cle, le mod&#232;le propos&#233; par Thomas More - ainsi que le souligne Bronislaw Baczko - invitait &#224; d&#233;signer comme &#171; utopie &#187; aussi bien le mod&#232;le narratif (&#171; tout texte qui suit le mod&#232;le narratif propos&#233; par More &#187;) que le mod&#232;le l&#233;gislatif (&#171; un projet de l&#233;gislation id&#233;ale &#187;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bronislaw Baczko, Lumi&#232;res de l'Utopie, Critique de la Politique/Payot, 1978 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De l&#224; &#171; deux paradigmes classiques &#187; : &#171; l'utopie de voyage imaginaires &#187; et l'utopie-projet de l&#233;gislation id&#233;ale &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bronislaw Baczko, op. cit., p.33.&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux voies s'ouvrent alors (qui ne sont pas totalement exclusives l'une de l'autre). La premi&#232;re invite &#224; &#233;largir la d&#233;limitation du genre utopique lui-m&#234;me et &#224; l'aborder dans son ensemble comme un genre philosophique, qui englobe notamment deux formes d'expression : le mod&#232;le narratif et le mod&#232;le l&#233;gislatif. La seconde invite &#224; s'en tenir au genre litt&#233;raire et aux pr&#233;suppos&#233;s des formes litt&#233;raires de l'utopie : &#224; traiter le genre litt&#233;raire lui-m&#234;me comme un genre philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re approche invite donc &#224; &#233;largir le genre utopique du genre litt&#233;raire au genre l&#233;gislatif ou sp&#233;culatif. Dans cette optique, si le mod&#232;le narratif ne peut pas &#234;tre totalement dissoci&#233; du mod&#232;le l&#233;gislatif qui pourtant s'en distingue, c'est que le premier est g&#233;n&#233;ralement sous-tendu par le second et, plus g&#233;n&#233;ralement, par des pr&#233;suppos&#233;s philosophiques qui leur seraient, plus ou moins, communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel &#233;largissement permet non seulement d'inclure le mod&#232;le l&#233;gislatif, de Platon ou de Morelly&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Etienne-Gabriel Morelly, Code de la nature, Introduction de V.P.Volguine, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui devient alors un paradigme de l'utopie, mais encore d'op&#233;rer, non sans artifices, le classement des formes initiales du socialisme et du communisme du XIX&#232;me si&#232;cle dans le genre utopique et de d&#233;lier l'utopie du genre litt&#233;raire qui l'enfermait dans des fronti&#232;res approximativement trac&#233;es : pour la simple raison que, &#224; l'exception du &lt;i&gt;Voyage en Icarie&lt;/i&gt; de Cabet, ces utopies ne rev&#234;tent pas une forme romanesque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde approche de l'utopie comme genre s'efforce au contraire de maintenir ce genre &#224; l'int&#233;rieur de ses fronti&#232;res litt&#233;raires et de d&#233;tecter les pr&#233;suppos&#233;s philosophiques sous-jacents au genre litt&#233;raire lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du genre litt&#233;raire&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;r&#233;e comme modalit&#233; du discours, l'utopie, en effet, se pr&#233;sente tout d'abord comme un genre litt&#233;raire dont l'analyse ne retient que le mod&#232;le narratif et figuratif, &#224; l'exclusion des mod&#232;les qui ne proc&#232;dent pas d'un r&#233;cit et n'entrent pas dans le d&#233;tail des descriptions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, par exemple, Bertrand de Jouvenel, &#171; L'Utopie dans ses buts pratiques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, consid&#233;rant que tout autre usage du terme rel&#232;ve de distorsions peu acceptables, Raymond Trousson ne consid&#232;re comme utopies que les discours qui rel&#232;vent du genre litt&#233;raire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raymond Trousson, Voyages aux pays de nulle part - Histoire de la pens&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette optique sont d'embl&#233;e exclus les trait&#233;s politiques ou philosophiques : si l'on doit remonter jusqu'&#224; Platon, on ne retiendra de ce dernier ni&lt;i&gt; La R&#233;publique&lt;/i&gt;, ni &lt;i&gt;Les Lois&lt;/i&gt;, mais le &lt;i&gt;Tim&#233;e&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Critias&lt;/i&gt;. Dans cette optique, sont &#233;galement exclus les textes religieux ou th&#233;ologiques et, partant, toutes les formes de mill&#233;narisme. Des analyses particuli&#232;res permettent de distinguer l'utopie des diverses vari&#233;t&#233;s de voyages imaginaires, de comparer le genre utopique et le genre satirique, ou encore, de confronter l'utopie &#224; d'autres &#171; paysages du souhait &#187; (pour reprendre une expression d'Ernst Bloch) comme l'Age d'or, le Pays de Cocagne, les Iles bienheureuses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernst Bloch, Alexandre Cioranescu, Pierre-Fran&#231;ois Moreau, que nous citons (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut, partant, d'un tel d&#233;coupage, proposer comme le fait Raymond Trousson, une &#171; histoire continue &#187; du genre qui l'inscrit dans son contexte historique et en rel&#232;ve les variations, mais sans analyser vraiment les effets des contraintes proprement litt&#233;raires qui permettent d''appr&#233;hender le genre lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi l'utopie est-elle litt&#233;raire ? En quoi l'utopie est-elle litt&#233;raire ? La r&#233;ponse de Trousson tient en quelques mots : parce que l'utopie suppose une repr&#233;sentation. Cette &#171; volont&#233; de repr&#233;senter &#187; explique le choix du roman &#171; comme la forme la plus apte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raymond Trousson, op. cit., p. 19&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et Un genre qui ne devrait pas &#234;tre confondu avec &#171; Les genres apparent&#233;s &#187; qui se distingueraient par &#171; leur finalit&#233; propre &#187; . Et Trousson passe en revue : le th&#232;me de l'&#226;ge d'or, les iles bienheureuses, les Champs Elys&#233;es, le Pays de Cocagne, l'Arcadie. Les r&#233;cits de voyage : les voyage imaginaire, le voyage extraordinaire, la robinsonnade&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 25-28.&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et l'auteur de tenter de d&#233;finir ainsi la &#339;uvre qu'il retient :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&#8230;) nous proposerons de parler d'utopie, lorsque, dans le cadre r&#233;cit (ce qui exclut les trait&#233;s politiques), se trouve d&#233;crite une communaut&#233; (ce qui exclut la robinsonnade), organis&#233;e selon certains principes, politiques, &#233;conomiques, moraux, restituant la complexit&#233; de l'existence sociale (ce qui exclut l'&#226;ge d'or et l'arcadie), qu'elle soit pr&#233;sent&#233;e comme id&#233;al &#224; r&#233;aliser (utopie constructive)ou comme pr&#233;vision d'un enfer &#8216;l'anti-utopie moderne), qu'elle soit pr&#233;sent&#233;e dans un espace r&#233;el, imaginaire ou encore dans le temps, qu'elle soit enfin d&#233;crite au terme d'un voyage imaginaire vraisemblable ou non&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p.28&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces pr&#233;cautions et pr&#233;cisions permettent de tracer les fronti&#232;res du genre litt&#233;raire et de lui consacrer des &#233;tudes sp&#233;cifiques. Or non seulement ces fronti&#232;res restent instables, mais il est difficile d'isoler le genre litt&#233;raire des pr&#233;suppos&#233;s th&#233;oriques qui le fondent (ou qui fonde chaque utopie particuli&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; au genre philosophique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re approche s'efforce de maintenir l'utopie &#224; l'int&#233;rieur de ses fronti&#232;res litt&#233;raires et d&#233;tecter le genre philosophique sous-jacent au genre litt&#233;raire lui-m&#234;me ou, plus exactement, de prospecter les dimensions philosophiques du genre litt&#233;raire ou de chaque utopie particuli&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parmi les travaux r&#233;cents [du moins quand ces notes ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es] (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment d&#233;finir alors ce genre philosophique ? Pierre-Fran&#231;ois Moreau &#8211; qui con&#231;oit express&#233;ment le r&#233;cit utopique lui-m&#234;me comme un &#171; &lt;i&gt;genre philosophique&lt;/i&gt; &#187; - propose, &#224; partir du mod&#232;le propos&#233; par Thomas More, de caract&#233;riser ce genre par l'entrelacement de trois discours : un discours critique, un discours descriptif, un discours justificatif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre-Fran&#231;ois Moreau, Le R&#233;cit utopique - Droit naturel et roman de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En resserrant l'analyse autour des formes de l'utopie &#224; l'apog&#233;e de l'&#226;ge classique, cet auteur s'efforce de rendre compte de l'articulation du genre philosophique &#224; son expression litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur d&#233;gage progressivement cette articulation. Son analyse permet &#224; l'auteur de &#171; tracer les fronti&#232;res du r&#233;cit utopique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., chapitre II : &#171; H&#233;ritages et d&#233;marcations &#187;. Pierre-Fran&#231;ois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de rep&#233;rer quatre s&#233;rie de th&#232;mes et leur disposition sp&#233;cifique : les th&#232;mes de la fermeture, de la diff&#233;rence, de la gestion sociale, de la Raison. Ces th&#232;mes font l'objet d'une disposition sp&#233;cifiques par l'utopie, aux voisinages d'autres r&#233;cits : &#171; Voyage imaginaire ; r&#233;cit utopique ; cit&#233; id&#233;ale restauratrice ; insertion utopique dans une trame romanesque : autant de vari&#233;t&#233;s aux traits distincts, et qui pourtant s'offrent &#224; la confusion avec le r&#233;cit utopique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p.128&#034; id=&#034;nh5-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; La construction des r&#233;cits utopique une fois d&#233;limit&#233;e, Pierre-Fran&#231;ois Moreau propose de remonter aux &#171; &lt;i&gt;raisons qui permettent cette construction&lt;/i&gt; &#187; : une anthropologie juridique. L'utopie classique se distingue par-l&#224;, non seulement de types de discours qui lui sont contemporains, mais surtout des socialismes que l'on donne g&#233;n&#233;ralement pour ses successeurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans une perspective diff&#233;rente, Jean-Yves Lacroix se propose d' &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une telle analyse, qu'elle se limite aux mod&#232;les narratifs ou s'&#233;largisse aux mod&#232;les l&#233;gislatifs, soul&#232;ve imm&#233;diatement le probl&#232;me de l'unit&#233; du genre philosophique lui-m&#234;me : la diversit&#233; de ces mod&#232;les invite &#224; ne pas n&#233;gliger la diversit&#233; des pr&#233;suppos&#233;s philosophiques qui sous-tendent les vari&#233;t&#233;s du genre (et la diversit&#233; des conditions historiques qui gouvernent ses variations). D&#232;s lors un concept g&#233;n&#233;ral ou g&#233;n&#233;rique de l'utopie risque d'&#234;tre inutilisable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car s'il existe une histoire de l'utopie, elle ne se confond pas avec l'histoire autonome du genre. C'est ce qu'invitent &#224; penser des &#233;tudes pourtant tr&#232;s diverses des formes narratives du genre utopique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est, notamment le cas de celle que propose Alexandre Cioranecu, dont le m&#233;rite est d'avoir tent&#233; de d&#233;crire l'&#233;volution de l'utopie en fonction d'un processus sous-jacent qui la d&#233;borde. En effet, les contextes th&#233;oriques et culturels, voire les paradigmes th&#233;oriques, qui se succ&#232;dent historiquement qui sous-tendent les variations de l'utopie - et dont elles ne sont, pour une part, que l'expression - permettent seuls de les comprendre. Selon Alexandre Cioranescu, ce sont, successivement les rapports entre le Droit divin et le Droit naturel, puis entre les enseignements de la Nature et ceux de la Raison et enfin entre les le&#231;ons de la Raison et les promesses du Progr&#232;s qui, au fil des si&#232;cles, ont constitu&#233; les socles de l'&#233;laboration des utopies ou, plus exactement, des principales d'entre elles.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alexandre Cioranescu, L'avenir du pass&#233;. Utopie et litt&#233;rature, Paris, 1972.&#034; id=&#034;nh5-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et Marx ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut, plus g&#233;n&#233;ralement se demander, si la th&#233;orie critique de Marx peut &#234;tre, sans distorsions abusives, lue ou relue, &#224; la lumi&#232;re de l'utopie consid&#233;r&#233;e comme genre litt&#233;raire ou philosophique. Cela d'autant plus, que l'on doit mettre en question l'unit&#233; des fondements qui permettraient de gager l'unit&#233; du genre philosophique. &lt;br class='autobr' /&gt;
A l'&#233;vidence, les approches de l'utopie comme genre, aussi l&#233;gitimes soient-elles, ne peuvent &#234;tre d'aucun secours quand on entreprend d'&#233;valuer le critique marxienne de l'utopie ou les dimensions utopiques de la pens&#233;e marxienne, ne serait-ce que parce que la pens&#233;e de Marx n'appartient pas au genre litt&#233;raire et n'affronte pas la critique de l'utopie prioritairement sur ce terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, quand la confrontation entre le marxisme et l'utopie classique cherche dans cette derni&#232;re un ant&#233;c&#233;dent de la pens&#233;e de Marx, elle repose sur une distorsion, voire un contresens. Ce contresens, commis par la critique du XIXe si&#232;cle, l'est encore par les successeurs de Marx, quand, retournant l'invalidation classique, ils tentent de retrouver dans l'&#233;ternelle utopie, l'&#233;ternel socialisme : Robert von Mohl en 1845, Brash en 1895 s'interrogent sur le programme socialiste de Thomas More, et Karl Kautsky, en 1898, le consacre &#171; &lt;i&gt;premier socialiste moderne&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Kautsky, Thomas Morus und seine Utopie, Stuttgart, 1887. Robert von (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, ce faisant, ils avalisent la critique lib&#233;rale en l'inversant parce qu'ils en maintiennent intacts tous les pr&#233;suppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; la critique de Marx ne se lie pas au genre litt&#233;raire proprement dit, dont elle ignore la diversit&#233; d'intentions et de contenus, elle peut contribuer &#224; discr&#233;diter l'&#233;tude de ce genre proprement dit. Mais quand Cioranescu et Trousson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raymond Trousson, Voyages... op.cit.p.14&#034; id=&#034;nh5-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; soulignent que la critique marxiste (ou pr&#233;tendue telle) a d&#233;tourn&#233;, souvent abusivement, de l'&#233;tude du genre utopique, notamment comme genre litt&#233;raire, ils omettent de relever que ce sont souvent des successeurs de Marx et la critique lib&#233;rale qui, plus que tout autres, d&#233;tournent de cette analyse en proc&#233;dant &#224; l'amalgame de tous les discours r&#233;put&#233;s utopiques. Marx, &#224; tort ou &#224; raison, s&#8216;est born&#233; &#224; relever l'existence d'un type de socialisme (et &#224; analyser certaines de ses formes). Sa critique ne s'attache pas &#224; un genre particulier, mais &#224; un type de discours, &#224; confronter avec d'autres approches de l'utopie comme type&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du genre utopique au type utopique : Gilles Lapouge, Utopie et Civilisations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; suivre donc : &lt;a href=&#034;http://athena.henri-maler.fr/Approches-de-l-utopie-II-Un-type.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Approches de l'utopie : II. Un type ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un double examen qui fait l'objet d'une th&#232;se de Doctorat soutenue en 1992 et de deux publications : &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx&lt;/i&gt;, L'Harmattan,1994, et &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie, avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt;. &#233;ditions Albin Michel, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G&#233;rard Raulet, &#171; L'utopie est-elle un concept ? &#187;, &lt;i&gt;Lignes&lt;/i&gt; No17, Octobre 1992, pp.102-117.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bronislaw Baczko,&lt;i&gt; Lumi&#232;res de l'Utopie&lt;/i&gt;, Critique de la Politique/Payot, 1978 p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bronislaw Baczko,&lt;i&gt; op. cit&lt;/i&gt;., p.33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Etienne-Gabriel Morelly, &lt;i&gt;Code de la nature&lt;/i&gt;, Introduction de V.P.Volguine, Les classiques du peuple/Editions sociales, 1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, par exemple, Bertrand de Jouvenel, &#171; L'Utopie dans ses buts pratiques &#187;, dans &lt;i&gt;Du Principat&lt;/i&gt;, S.E.D.E.I.S. &#233;dit., Paris, 1972, p.235.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raymond Trousson, &lt;i&gt;Voyages aux pays de nulle part - Histoire de la pens&#233;e utopique&lt;/i&gt;, Ed. de l'Universit&#233; de Bruxelles, 1975, p. 9-11 et p. 13-16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernst Bloch, Alexandre Cioranescu, Pierre-Fran&#231;ois Moreau, que nous citons plus loin, ont apport&#233; de notables contributions en ce sens. Parmi les travaux r&#233;cents [du moins au moment o&#249; ces notes ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es&#8230;] consacr&#233;s au genre litt&#233;raire, on peut retenir encore H. Schulte-Herzbr&#252;gen, &lt;i&gt;Utopie und Anti-utopie, von der Strukturanalyse zur Struktypologie&lt;/i&gt;, Bochum, 1960. R. Bertrand de Jouvenel, &#034;L'Utopie dans ses buts pratiques&#034;, dans &lt;i&gt;Du Principat&lt;/i&gt;, S.E.D.E.I.S. &#233;dit., Paris, 1972. Louis Marin, &lt;i&gt;Utopiques : Jeux d'espaces&lt;/i&gt;, collection &#034;Critique&#034;, Editions de Minuit, 1973 ; Raymond Trousson, &lt;i&gt;Voyages aux pays de nulle part - Histoire de la pens&#233;e utopique&lt;/i&gt;, Ed. de l'Universit&#233; de Bruxelles, 1975 ; Georges Benrekassa, &lt;i&gt;Le concentrique et l'excentrique : marges des Lumi&#232;res&lt;/i&gt; Paris, Payot, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raymond Trousson, &lt;i&gt;op. cit.,&lt;/i&gt; p. 19&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 25-28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p.28&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parmi les travaux r&#233;cents [du moins quand ces notes ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es] consacr&#233;s &#224; l'utopie comme genre philosophique, on peut citer, Alexandre Cioranescu, &lt;i&gt;L'avenir du pass&#233;. Utopie et litt&#233;rature&lt;/i&gt;, Paris, 1972 ; Pierre-Fran&#231;ois Moreau, &lt;i&gt;Le R&#233;cit utopique - Droit naturel et roman de l'Etat&lt;/i&gt;, Pratiques th&#233;oriques/P.U.F., 1982. Frank E.. Manuel and Fritzie P. Manuell, &lt;i&gt;Utopian Thought in the Western World&lt;/i&gt;, Cambridge, Mass, 1979. Nell Eurich&lt;i&gt;, Science in Utopia&lt;/i&gt;. A Mighty Design, Cambridge, 1961. Jerzy Szacki, &lt;i&gt;Utopie&lt;/i&gt;, Warsawa, 1968.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre-Fran&#231;ois Moreau, &lt;i&gt;Le R&#233;cit utopique - Droit naturel et roman de l'Etat&lt;/i&gt;, Pratiques th&#233;oriques/P.U.F., 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op.cit., chapitre II : &#171; H&#233;ritages et d&#233;marcations &#187;. Pierre-Fran&#231;ois Moreau, comme d'autres mais &#224; sa fa&#231;on, distingue le genre utopique de la&lt;i&gt; R&#233;publique&lt;/i&gt; de Platon, du mythe de l'Age d'or, du mill&#233;narisme, de l'Autre monde celtique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p.128&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans une perspective diff&#233;rente, Jean-Yves Lacroix se propose d' &#171; examiner ce que l'on peut appeler les utopismes philosophiques &#224; partir d'une analyse prioritaire de &lt;i&gt;L'Utopie&lt;/i&gt; (1516) de Thomas More (1478-1535) &#187; Jean-Yves Lacroix , &lt;i&gt;L'utopie&lt;/i&gt;, Bordas, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alexandre Cioranescu, &lt;i&gt;L'avenir du pass&#233;. Utopie et litt&#233;rature&lt;/i&gt;, Paris, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Kautsky, &lt;i&gt;Thomas Morus und seine Utopie&lt;/i&gt;, Stuttgart, 1887. Robert von Mohl, &lt;i&gt;Geschischte und Literatur der Staatwissenschaften&lt;/i&gt;, Leipzig, 1885.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raymond Trousson, &lt;i&gt;Voyages&lt;/i&gt;... op.cit.p.14&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Du genre utopique au type utopique : Gilles Lapouge, &lt;i&gt;Utopie et Civilisations&lt;/i&gt; Champs/Flammarion, 1972 ; Fran&#231;ois Laplantine, &lt;i&gt;Les trois voix de l'imaginaire. Le messianisme, la possession, l'utopie.&lt;/i&gt; Editions universitaires, 1974 ; Raymond Ruyer, &lt;i&gt;L'utopie et les utopies&lt;/i&gt;, Rivi&#232;re, Paris, 1950. Georges Duveau, &lt;i&gt;Sociologie de l'utopie et autres essais&lt;/i&gt;, P.U.F., 1961 ; Jean Servier, &lt;i&gt;Histoire de l'Utopie&lt;/i&gt;, Id&#233;es/Gallimard, 1967 ; Joseph Gabel, &lt;i&gt;La fausse conscience&lt;/i&gt;, &#233;d. de Minuit, 1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Utopie : Itin&#233;raires d'un vocable</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Utopie-Itineraires-d-un-vocable.html</link>
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		<dc:date>2019-03-18T11:57:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Utopie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un rapide relev&#233; des significations attach&#233;es au vocable pour tenter d'&#233;tablir le contexte dans lequel intervient la critique du socialisme et du communisme utopiques par Marx et Engels.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Utopies-.html" rel="directory"&gt;Utopies&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Utopie-+.html" rel="tag"&gt;Utopie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH112/arton43-8d8da.jpg?1726251038' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Peu de termes sont aussi surcharg&#233;s, par des interpr&#233;tations divergentes et des &#233;valuations contradictoires, que le vocable d'utopie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les notes qui suivent sont une version &#224; peine modifi&#233;e de quelques pages de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'effet de saturation qui en r&#233;sulte d&#233;fie, semble-t-il, tout effort de clarification. Il est pourtant possible de d&#233;gager les lignes de force autour desquelles s'organise l'&#233;volution du terme et se distribuent ses emplois, alors que, simultan&#233;ment, se multiplient et se diversifient les approches de l'utopie elles-m&#234;mes. Encore que parler d'approches en la mati&#232;re rel&#232;ve d'une tentative rituelle d'euph&#233;misation des conflits th&#233;oriques : derri&#232;re les d&#233;bats acad&#233;miques sur les crit&#232;res et les fronti&#232;res de l'utopie se profilent des combats id&#233;ologiques et politiques d&#233;termin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans qu'il soit n&#233;cessaire de revenir sur la signification d'Utopie dans l'ouvrage de Thomas More, un rapide relev&#233; des significations attach&#233;es au vocable peut permettre d'&#233;tablir le contexte dans lequel intervient la critique du socialisme et du communisme utopiques par Marx et Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premiers contours&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la notion d'utopie est marqu&#233;e, d'embl&#233;e, par une&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;ambigu&#239;t&#233; fonda-mentale, puisque, simultan&#233;ment, cette notion d&#233;signe un genre de discours et &#233;value la d&#233;marche et les propositions qui lui appartiennent. D&#233;signations th&#233;oriques et assignations pol&#233;miques &#233;changent en permanence leurs effets de sens. Comme le note Bronislaw .Baczko, &lt;i&gt;&#171; ...l'utopie n'est nullement un concept neutre mais au contraire fortement valoris&#233; et valorisant &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bronislaw Bacsko, Lumi&#232;res de l'utopie, Critique de la Politique/Payot, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'en demeure pas moins que l'on peut tenter de distinguer des usages descriptifs (voire th&#233;oriques) et des usages normatifs (voire pol&#233;miques)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son usage descriptif, la notion d'utopie d&#233;signe un genre de discours b&#226;ti sur le mod&#232;le de l'Utopie de Thomas More. Or ce mod&#232;le est double puisqu'il se propose &#224; la fois comme un mod&#232;le narratif que comme un mod&#232;le normatif : comme une fiction index&#233;e sur l'imaginaire et comme une figuration index&#233; sur l'id&#233;al. Aussi la notion d'utopie d&#233;signe conjointement ou alternativement un &lt;i&gt;genre litt&#233;raire&lt;/i&gt; (que la critique contribue &#224; constituer comme genre, autant qu'&#224; le d&#233;crire, en suivant ses transformations &#224; partir du r&#233;cit de Thomas More et des r&#233;cits des voyages imaginaires) et un &lt;i&gt;genre philosophique&lt;/i&gt; (dont la critique reconstitue les origines et fixe les fronti&#232;res, en remontant &#224; &lt;i&gt;La R&#233;publique&lt;/i&gt; de Platon et en parcourant tous les mod&#232;les de soci&#233;t&#233;s id&#233;ales). Les figurations index&#233;es sur l'id&#233;al se partagent &#224; leur tour entre celles qui recourent &#224; un mod&#232;le l&#233;gislatif (Platon) et celles qui empruntent un proc&#233;d&#233; descriptif : celui du genre litt&#233;raire proprement dit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette dualit&#233; des mod&#232;les de discours utopique, voir &#233;galement Bronislaw (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dualit&#233; d'usages se refl&#232;te, d&#232;s le XVII&#232;me si&#232;cle, dans les d&#233;finitions et les classements. Des dictionnaires enregistrent le caract&#232;re imaginaire voire romanesque des utopies en soulignant qu'elles d&#233;crivent des pays qui n'existent nulle part. Mais en m&#234;me temps ils tendent &#224; retenir le caract&#232;re id&#233;al voire philosophique de l'utopie, en la d&#233;fi-nissant comme &#171; &lt;i&gt;plan d'un gouvernement imaginaire, &#224; l'exemple de la R&#233;publique de Platon&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dictionnaire de Tr&#233;voux, 6e &#233;dition, 1771.&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Genre philosophique ou genre litt&#233;raire ? Alors que les Encyclop&#233;dies abordent les utopies comme genre th&#233;orique et philosophique, la collection &#233;dit&#233;e par Charles-Georges-Thomas Garnier (1787-89) traite les utopies comme vari&#233;t&#233;s d'un genre litt&#233;raire et romanesque, ainsi qu'en t&#233;moigne son titre : &#171; &lt;i&gt;Voyages imaginaires, romanesques, merveilleux, all&#233;goriques, amusants, comiques et critiques ; suivis des songes, des visions et des romans cabalistiques&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;36 vol., in-8, conserv&#233;s &#224; Lyon, BM de la Part Dieu, 300810 et SJ G 221/01 &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Ainsi, d&#232;s le 18e si&#232;cle, l'histoire de la notion d'utopie permet d'observer comment le genre tend &#224; se constituer, non tant sous l'effet d'une g&#233;n&#233;ration spontan&#233;e d'&#339;uvres qui reconna&#238;traient leur intention et leur destination communes, que sous l'effet des commentaires qui fa&#231;onnent le genre autant qu'ils le d&#233;couvrent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les fronti&#232;res de l'utopie (et tout ce qui pr&#233;c&#232;de) : Bronislaw Bacsko, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses usages normatifs (voire pol&#233;miques), la notion d'utopie qualifie, pour les juger, les propositions socio-politiques (et, plus largement, des projets de toute nature ) : usages ambivalents, m&#234;me si les valorisations n&#233;gatives, qui d&#233;noncent les propositions chim&#233;riques, l'emportent g&#233;n&#233;ralement sur les valorisations positives, qui consacrent les id&#233;es r&#233;gulatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cr&#233;dit port&#233; aux utopies tend &#224; se fonder sur leur valeur philosophique. &#192; l'inverse, le dis-cr&#233;dit jet&#233; sur elles tire argument de leur teneur litt&#233;raire. Toutefois, la distribution des &#233;valuations de l'utopie n'&#233;pouse pas strictement le partage entre les romans et les mod&#232;les. Ainsi, consid&#233;r&#233;e comme genre litt&#233;raire, l'utopie tombe sous le coup des critiques des romans eux-m&#234;mes : utilit&#233; ou futilit&#233;, &#233;ducation ou &#233;vasion ? De m&#234;me, reconnue comme genre philosophique, l'utopie tombe sous le coup de la critique des constructions de la Raison : possibilit&#233; ou impossibilit&#233;, &#233;veil ou r&#234;ve, id&#233;al ou chim&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion d'utopie d&#233;borde alors les limites du genre utopique proprement dit pour qualifier, selon son ambivalence native, tout id&#233;al non r&#233;alis&#233; ou tout id&#233;al non r&#233;alisable. O&#249; l'on voit que sous le terme d'utopie se joue en g&#233;n&#233;ral le partage du possible et de l'impossible qui n'est pas tant l'objet d'un d&#233;bat que d'un combat qui d&#233;place en permanence les limites du genre et modifie sans cesse la liste des &#339;uvres qui, pour la honte ou pour la gloire de leurs auteurs, y prennent place : pour qualifier, alternativement, ou bien la part d'irr&#233;alit&#233; ou d'impossibilit&#233; que comporte ce que les hommes d&#233;signent comme possible et id&#233;al, ou bien la part de r&#233;el ou de possible que comprend ce que les hommes d&#233;clarent impossible, pour reprendre une formule de Victor Hugo : &#171; La grandeur de la Convention fut de chercher la quantit&#233; de r&#233;el qui est dans ce que les hommes appellent l'impossible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Victor Hugo, Quatre-vingt-treize, &#233;dition de poche Folio, Gallimard, 1977, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces jugements crois&#233;s ou contradictoires peuvent &#234;tre illustr&#233;s par l'exemple des commentaires de l'&#339;uvre de Rousseau&lt;i&gt; &lt;/i&gt; : ils permettent de parcourir les principales couleurs du prisme. Rousseau, selon lui, n'a pas &#233;crit une utopie car l'utopie n'est que chim&#232;re. Selon Jacques Pierre Brissot, Rousseau a &#233;crit une utopie qui n'est plus chim&#232;re. Selon Kant, Rousseau a &#233;crit une utopie, mais l'utopie n'est pas chim&#232;re. L'&#339;uvre de Rousseau illustre donc le paradoxe des classements impossibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut &#234;tre utile de pr&#233;ciser. Rousseau, en effet, r&#233;cuse l'utopie ; il s'emploie &#224; distinguer son propre mod&#232;le th&#233;orique des mod&#232;les utopiques qu'il qualifie de chim&#233;riques. Ainsi, il &#233;crit &#224; Mirabeau p&#232;re : &#171; Votre syst&#232;me est tr&#232;s bon pour les gens de l'utopie, il ne vaut rien pour les enfants d'Adam&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Jacques Rousseau, Lettre du 26 Juillet 1767, in Lettres Philosophiques, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Et il se d&#233;fend d'avoir, avec &lt;i&gt;Le Contrat social&lt;/i&gt;, con&#231;u une utopie digne d'&#234;tre rel&#233;gu&#233;e &#171; avec la r&#233;publique de Platon, les S&#233;varambes et l'Utopie, dans le pays des chim&#232;res &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Jacques Rousseau, Lettres de la Montagne, Pl&#233;iade, t.3.p.810.&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or Jacques Pierre Brissot, en admirateur de Rousseau, s'emploie &#224; dissoudre l'identification entre utopie et chim&#232;re dans une formule remarquable. Il &#233;crit, en effet, parlant de Bernardin de Saint Pierre qu'il compare &#224; Rousseau : &#171; &lt;i&gt;Il n'appartient pas &#224; ce monde, il est de celui de Rousseau. Vous avez &#224; peine lu quelques pages, que vous croyez transport&#233;s dans un pays o&#249; l'utopie n'est plus&lt;/i&gt; &lt;i&gt;chim&#232;re&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Pierre Brissot, M&#233;moires (1754-1793) Paris, 1912, t.2 p.275.&#034; id=&#034;nh6-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187; Au-del&#224; de ce point de passage, le sens de la notion bascule. C'est avec Kant que l'on peut achever, provisoirement, ce parcours symbolique. Kant, prenant pour r&#233;f&#233;rence &lt;i&gt;La R&#233;publique&lt;/i&gt; de Platon, d&#233;fend l'utopie, sans mentionner le terme, contre ceux qui la condamnent comme irr&#233;alisable : &#171; Une constitution ayant pour but la plus grande libert&#233; humaine fond&#233;e sur des lois qui permettraient &#224; la libert&#233; de chacun de subsister en m&#234;me temps que la libert&#233; des autres (...) c'est l&#224; au moins une id&#233;e n&#233;cessaire qui doit servir de base non seulement aux grandes lignes d'une constitution civile, mais encore &#224; toutes les lois (...) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuel Kant, Critique de la Raison pure, Biblioth&#232;que de Philosophie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi Kant pr&#234;te &#224; Platon un id&#233;al inspir&#233; des Lumi&#232;res... et de Rousseau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la R&#233;volution de 1789, l'usage pol&#233;mique prend le pas sur l'usage th&#233;orique. Inflation et prolif&#233;ration : ce sont les versions les plus g&#233;n&#233;rales qui se r&#233;pandent et l'emploi d&#233;pr&#233;ciatif qui domine : l'utopie devient le label de l'irr&#233;alisme et de l'irr&#233;alisable, qui permet de disqualifier tout projet de r&#233;forme politique et sociale auquel on s'oppose. Au point d'absorber les usages analytiques dont la vocation &#233;tait de d&#233;limiter un genre litt&#233;raire et/ou philosophique d&#233;termin&#233; : l'obstruction pol&#233;mique supplante la construction th&#233;orique. Chaque camp l'utilise contre un camp plus radical : Royalistes contre R&#233;publicains, conservateurs contre lib&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, tous ensembles, contre les socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Critiques des socialismes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours du 19&#232;me si&#232;cle, en effet, &lt;i&gt;l'usage g&#233;n&#233;ral de la notion d'utopie se double rapidement d'un usage sp&#233;cial &lt;/i&gt;qui la focalise sur les socialismes pour les discr&#233;diter. Cet usage n'est, dans un premier temps, que &lt;i&gt;l'application&lt;/i&gt; de son usage g&#233;n&#233;ral, pris dans sa version pol&#233;mique la plus n&#233;gative : &#171; &lt;i&gt;Les socialismes sont des utopies&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette focalisation joue sur toutes les nuances de la d&#233;pr&#233;ciation, de la commis&#233;ration pour un id&#233;al st&#233;rile &#224; la condamnation de ses effets n&#233;fastes. En Allemagne, cette critique de l'utopie des socialismes n'appartient pas seulement aux forces les plus r&#233;actionnaires : elle est partag&#233;e par des forces conservatrices, mais aussi par des forces lib&#233;rales. Au mieux, on reconna&#238;tra aux socialistes d'avoir soulev&#233; des questions sociales qu'ils auraient mal r&#233;solues. Le cas &#233;ch&#233;ant, une telle critique se pr&#233;vaut de la critique h&#233;g&#233;lienne du &#171; devoir-&#234;tre &#187; qui lui conf&#232;re ses lettres de noblesse. En France, la critique de l'utopie des socialismes devient le lieu commun des divers courants lib&#233;raux qui r&#233;pliquent &#224; l'opposition du socialisme &#224; l'individualisme par l'opposition de la libert&#233; &#224; la dictature. Benjamin Constant et Alexis de Tocqueville d&#233;posent en ce sens et tracent l'emplacement o&#249; la notion d'utopie vient se loger&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin Constant, &#171; De M.Dunoyer et de quelques-uns de ses ouvrages &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour que l'&#233;quivalence soit compl&#232;te, la focalisation sur les socialismes d'une condamnation g&#233;n&#233;rale de l'utopie ne suffit pas. Il faut encore montrer que l'utopie est l'essence m&#234;me du socialisme parce que le socialisme est l'essence m&#234;me de l'utopie :&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;&#171; L'utopie, c'est le socialisme &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconstruit sous l'emprise de la pol&#233;mique, l'usage analytique permet de cerner de nouveau le genre utopique lui-m&#234;me, en proc&#233;dant &#224; l'int&#233;gration des formes modernes du socialisme et du communisme au genre utopique ainsi red&#233;fini : les socialismes modernes ne sont que des vari&#233;t&#233;s d'un genre utopique et la v&#233;rit&#233; m&#234;me de ce genre. Il n'est pas superflu de le souligner : ce sont les commentateurs qui proc&#232;dent &#224; cette red&#233;finition et non les auteurs et les &#339;uvres concern&#233;s. Contrairement &#224; ce qu'une pesante tradition laisse entendre, le classement de Saint-Simon, Owen et Fourier n'est pas une production naturelle : comme si les &#233;crits utopiques avaient rejoint spontan&#233;ment le genre utopique, &#224; la fa&#231;on dont les corps chez Aristote se destinent &#224; leur lieu naturel. Il s'agissait, au contraire, du r&#233;-ultat d'op&#233;rations th&#233;oriques et politiques pr&#233;cises : le classement des socialismes et communismes comme vari&#233;t&#233;s derni&#232;res et v&#233;rit&#233;s ultimes du genre utopique est un produit de la critique lib&#233;rale et appartient &#224; son horizon th&#233;orique et politique. L'&#339;uvre de Louis Reybaud est l&#224; pour en t&#233;moigner. C'est elle en effet qui, d&#232;s 1840 entreprend d'&#233;tablir les &#171; origines et filiations des utopies sociales &#187; avant d'examiner les &#171; th&#233;ories contemporaines &#187; dont la critique s'amplifie et se radicalise au fil des r&#233;&#233;ditions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Reybaud, Etudes sur les R&#233;formateurs ou socialistes modernes, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette critique, &#224; la fois englobante et d&#233;taill&#233;e est relanc&#233;e par la r&#233;volution de 1948 qui trouve un &#233;cho dans un ouvrage d'Alfred Sudre qui ach&#232;ve de classer le socialisme et le communisme dans une &#233;ternelle utopie : &lt;i&gt;Histoire du communisme, ou R&#233;futation ses utopies socialistes&lt;/i&gt;. Du &#171; communisme de Lac&#233;d&#233;mone et de la Cr&#232;te &#187;(Chapitre II) &#224; celui de &#171; M. Proudhon &#187; (chapitre XVIII), un m&#234;me communisme et une m&#234;me utopie, en d&#233;pit de leur variantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alfred Sudre, Histoire du communisme, ou R&#233;futation ses utopies socialistes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette charge, les repr&#233;sentants du socialisme et du communisme r&#233;pliquent par une d&#233;fense en ordre dispers&#233; mais qui se r&#233;sume en &lt;i&gt;une double op&#233;ration de disculpation et de duplication&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre les usages pol&#233;miques lib&#233;raux et conservateurs, les tentatives de disculper le socialisme et le communisme de l'accusation d'&#234;tre utopiques, retiennent les qualificatifs d&#233;valorisants associ&#233;s &#224; l'utopie pour r&#233;v&#233;ler et disqualifier, comme d&#233;fense de l'ordre social existant, le point de vue de la critique adverse. Cette critique est celle du &#171; parti des routiniers &#187; que d&#233;nonce Babeuf, avant m&#234;me que ce &#171; parti &#187; ne s'approprie le vocable d'utopie : &#171; Le parti des routiniers, qui croit que ce qui est a toujours &#233;t&#233; et doit toujours &#234;tre, traitent de chim&#233;rique et d'extravagant, tout ce qui sort de la ligne de ses habitudes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gracchus Babeuf, Le Tribun du Peuple, (1794-1796), 10/18, pp.234-235.&#034; id=&#034;nh6-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; La critique qui disqualifie l'utopie est celle des rois et des aristocrates, adversaires de toute nouveaut&#233;, que d&#233;nonce Cabet : &#171; (...)&lt;i&gt; &lt;/i&gt;on dit sans cesse une Utopie pour dire une perfection nouvelle et imaginaire ; car les rois et les aristocrates reconnaissent bien que l'innovation de l'Utopie serait une perfection, mais ils soutiennent et r&#233;p&#232;tent qu'elle est impraticable comme celle de Platon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;tienne Cabet, Voyage en Icarie (1840), &#233;ditions Anthropos, 1970, pp.480-481.&#034; id=&#034;nh6-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; C'est la critique des esprits pr&#233;venus d'avance contre toute nouveaut&#233; que d&#233;nonce l'h&#233;ritier pr&#233;somptif de Fourier, Victor Consid&#233;rant : ces esprits qui &#171; (...)&lt;i&gt; &lt;/i&gt;disent que vous &#234;tes des insens&#233;s, des utopistes, des &#034;t&#234;tes sans cervelle&#034;, c'est leur mot.&#034; ; (...) croient avoir &#233;cras&#233; une id&#233;e par les mots &#034;utopie&#034;, &#034;impossible&#034;, &#034;r&#234;ve&#034; ou chim&#232;re&#034; &#187;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Ceux qui apr&#232;s avoir &#171; fait grimacer votre conception &#187; et l'avoir &#171; d&#233;figur&#233;e et faite &#224; leur image, (...) vous disent avec un air de satisfaction : &#034;Votre th&#233;orie est une utopie bizarre et vuln&#233;rable !&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Victor Consid&#233;rant, Destin&#233;es sociales, Paris, au bureau de la Phalange, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, cette tentative de retourner la charge de la preuve, en sommant les conservateurs de se disculper &#224; leur tour et de rendre des comptes, ne dispense pas les socialistes et les communistes de r&#233;pondre de leurs &#233;ventuelles chim&#232;res. Appara&#238;t alors une seconde ligne de d&#233;fense, qui consiste &#224; d&#233;tourner l'accusation g&#233;n&#233;rale sur des formes particuli&#232;res du socialisme et du communisme. D&#232;s lors, deux approches tendent &#224; se distinguer. Dans l'optique de la critique conservatrice, il s'agit de diagnostiquer pour les combattre les formes socialistes de l'utopie : l'&#233;ternelle utopie. Dans l'optique de la critique socialiste, il s'agit de distinguer pour en d&#233;battre, les formes utopiques du socialisme : l'indispensable socialisme. Mais les critiques socialistes de l'utopie se bornent en g&#233;n&#233;ral &#224; reproduire les d&#233;terminations de la critique conservatrice en limitant son &#233;tendue. Il s'agit alors d'une simple duplication de la critique adverse, qui en accepte la m&#233;thode et les pr&#233;suppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, une fois l'adversaire disqualifi&#233;, on reproduit sa critique. En Allemagne, les courants attir&#233;s par le socialisme reproduisent la critique lib&#233;rale inspir&#233;e de Hegel, puis de Lorenz von Stein&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lorenz von Stein, Der Socialismus und Communismus des heutigen Franchreich. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour instaurer une ligne de partage entre la philosophie allemande et le socialisme fran&#231;ais ou anglais, puis entre les &#171; Socialistes vrais &#187; et les autres. C'est dans ce cadre que les critiques fran&#231;aises de l'utopie sont mises &#224; contribution et traduites en Allemand. En France, la pol&#233;mique autour du concept d'utopie est investie d'abord par les courants humanitaires et chr&#233;tiens (Pierre Leroux, Philippe Buchez), puis par Pierre-Joseph Proudhon. &#192; l'exception notable de Blanqui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Auguste Blanqui, Le communisme, avenir de la soci&#233;t&#233; (1870) Le Passager (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est au concept lib&#233;ral de l'utopie qu'ils sont redevables de l'usage distinctif qu'il s'efforce d'en faire. La duplication de la critique lib&#233;rale commence par la duplication de son contenu avant de s'achever dans la duplication de son concept. &lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait suivre ainsi l'itin&#233;raire de Pierre Leroux&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;qui a consacr&#233; le terme de socialisme, en opposant l'individualisme et le socialisme pour rechercher une synth&#232;se qui lui permet de r&#233;cuser l'utopie comme telle. &#171; La famille, la patrie, la propri&#233;t&#233;, sont les trois modes n&#233;cessaires de la communion de l'homme avec ses semblables et avec la nature &#187;, &#233;crit-il, avant de trancher : &#171; &lt;i&gt;...&lt;/i&gt;sauf les solitaires de la Th&#233;ba&#239;de, jamais utopiste, jamais r&#234;veur n'a pouss&#233; l'absurdit&#233; jusqu'&#224; vouloir abolir &#224; la fois ces trois modes de communion de l'homme avec ses semblables et avec la nature.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Les sectaires et les utopistes se sont retranch&#233;s &#224; essayer de d&#233;truire un ou deux de ces trois modes n&#233;cessaires au profit du troisi&#232;me &#187;. Alors que Leroux, au contraire, propose de mieux les organiser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Leroux, De l'Humanit&#233; (1840), Fayard, 1985, p.138.&#034; id=&#034;nh6-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait de m&#234;me l'itin&#233;raire de Pierre-Joseph Proudhon qui dans &lt;i&gt;Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233;&lt;/i&gt; commence par renvoyer dos &#224; dos fouri&#233;ristes et saint-simoniens d'une part et babouvistes et n&#233;o babouvistes d'autre part et critiquer les partisans de la communaut&#233; au nom de l'&#233;galit&#233; certes mais surtout de la libert&#233;, avant de les d&#233;noncer comme utopistes dans &lt;i&gt;Philosophie de la Mis&#232;re&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre-Joseph Proudhon, Qu'est-ce que la Propri&#233;t&#233; ?, Garnier-Flammarion, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, et de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, l'usage socialiste du vocable d'utopie proc&#232;de essentiellement d'un d&#233;tournement de l'usage lib&#233;ral, sans engager la construction d'une probl&#233;matique nouvelle. L'usage sp&#233;cial (et sp&#233;cifique) vient doubler l'usage g&#233;n&#233;ral (et g&#233;n&#233;rique) sans en changer le sens : &#233;ternelle utopie, dont chaque version r&#233;p&#232;te une histoire identique et qui reste vou&#233;e &#224; une histoire immobile, faute d'avoir une histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en fonction de cet ensemble complexe et diversifi&#233;, o&#249; les significations flottantes d'un terme omnipr&#233;sent servent des positions th&#233;oriques et politiques divergentes, que l'on peut situer l'intervention de Marx donne &#224; la critique des socialismes et des communisme utopiques une signification particuli&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont l'expos&#233; et l'examen critique sont l'objet de la premi&#232;re partie de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les notes qui suivent sont une version &#224; peine modifi&#233;e de quelques pages de&lt;i&gt; Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx&lt;/i&gt;, L'Harmatan, 286 pages, 1994, pp.23-32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bronislaw Bacsko, &lt;i&gt;Lumi&#232;res de l'utopie&lt;/i&gt;, Critique de la Politique/Payot, 1978, p.19.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette dualit&#233; des mod&#232;les de discours utopique, voir &#233;galement Bronislaw Bacsko, op.cit., p.20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dictionnaire de Tr&#233;voux&lt;/i&gt;, 6e &#233;dition, 1771.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;36 vol., in-8, conserv&#233;s &#224; Lyon, BM de la Part Dieu, 300810 et SJ G 221/01 &#224; 39. Cette collection a fait l'objet en 2015 d'un m&#233;moire de Master de Sarah N&#232;gre, disponible &lt;a href=&#034;https://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/65991-la-collection-des-voyages-imaginaires-songes-visions-et-romans-cabalistiques-1787-1789-par-charles-georges-thomas-garnier.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en .pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les fronti&#232;res de l'utopie (et tout ce qui pr&#233;c&#232;de) : Bronislaw Bacsko, op.cit., pp. 13-64 et Georges Benrekassa, &lt;i&gt;Le concentrique et l'excentrique : Marges des Lumi&#232;res&lt;/i&gt;, Payot, 1980, notamment les &#233;tudes suivantes : Utopies des Lumi&#232;res (pp. 91-123) et Le savoir de la fable et l'utopie du savoir : textes utopiques et recueil politiques -1764-1788 - (pp. 125-153).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Victor Hugo, &lt;i&gt;Quatre-vingt-treize, &lt;/i&gt;&#233;dition de poche Folio, Gallimard, 1977, p. 209.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Jacques Rousseau, Lettre du 26 Juillet 1767, in &lt;i&gt;Lettres Philosophiques&lt;/i&gt;, Jean-Jacques &lt;i&gt;Rousseau&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Lettres philosophiques&lt;/i&gt;. Pr&#233;sent&#233;es par Henri Gouhier, Paris, Vrin, 1974, 232 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Jacques Rousseau, &lt;i&gt;Lettres de la Montagne&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, t.3.p.810.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Pierre Brissot&lt;i&gt;, M&#233;moires&lt;/i&gt; (1754-1793) Paris, 1912, t.2 p.275.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emmanuel Kant, &lt;i&gt;Critique de la Raison pure&lt;/i&gt;, Biblioth&#232;que de Philosophie contemporaine, P.U.F., 3&#232;me &#233;d. p. 264.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin Constant, &#171; De M.Dunoyer et de quelques-uns de ses ouvrages &#187;, article paru dans la &lt;i&gt;Revue encyclop&#233;dique&lt;/i&gt;, en f&#233;vrier 1826 (t.29), reproduit dans les textes choisis, pr&#233;sent&#233;s et annot&#233;s par Marcel Gauchet, publi&#233;s sous le titre : &lt;i&gt;De la libert&#233; chez les modernes&lt;/i&gt;, Collection Pluriel/Le livre de poche, 1980. D&#232;s 1826, en prenant les conceptions de Rousseau et de Mably pour objets, Benjamin Constant jette les bases de la critique du despotisme, qui sera ult&#233;rieurement &#233;tendue &#224; ses contemporains. Parall&#232;lement, c'est contre le dogmatisme sous toutes ses formes que la revue &lt;i&gt;Le Globe&lt;/i&gt; m&#232;ne le combat. Certains lib&#233;raux, pourtant c&#233;d&#232;rent quelques temps &#224; la tentation dogmatique, comme le montre l'exemple de la &lt;i&gt;Revue encyclop&#233;dique&lt;/i&gt;. C'est dans cette revue pourtant que Benjamin Constant sonne la charge, en prenant pour cible les saint-simoniens, bient&#244;t suivi par Dunoyer, et les r&#233;publicains. Voir, notamment, Paul B&#233;nichou, &lt;i&gt;Le Temps des Proph&#232;tes&lt;/i&gt;, Gallimard, 1977, p. 34 et pp. 43-52.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Reybaud, &lt;i&gt;Etudes sur les R&#233;formateurs ou socialistes modernes&lt;/i&gt;, Paris, Guillaumin, 1&#232;re &#233;d.:1840, 2&#232;me &#233;d.:1841, 3&#232;me &#233;d.(2 vol.):1842-1843.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alfred Sudre, &lt;i&gt;Histoire du communisme, ou R&#233;futation ses utopies socialistes&lt;/i&gt; Paris, Victor Lecou &#233;diteur, 1848. R&#233;impression Hachette livre et BNF.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gracchus Babeuf, &lt;i&gt;Le Tribun du Peuple&lt;/i&gt;, (1794-1796), 10/18, pp.234-235.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;tienne Cabet, &lt;i&gt;Voyage en Icarie &lt;/i&gt;(1840), &#233;ditions Anthropos, 1970, pp.480-481.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Victor Consid&#233;rant, &lt;i&gt;Destin&#233;es sociales&lt;/i&gt;, Paris, au bureau de la Phalange, 1834-1844, 3 vol. Extraits in Gian Mario Bravo, &lt;i&gt;Les socialistes avant Marx&lt;/i&gt;, t.1 pp.204-226. Nos citations sont tir&#233;es des pp.206-209.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lorenz von Stein, &lt;i&gt;Der Socialismus und Communismus des heutigen Franchreich.&lt;/i&gt; Ein Beitrag zur Zeitgeschschte, Leipzig, 1842.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Auguste Blanqui, &lt;i&gt;Le communisme, avenir de la soci&#233;t&#233; (&lt;/i&gt;1870) Le Passager Clandestin, mars 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Leroux, &lt;i&gt;De l'Humanit&#233;&lt;/i&gt; (1840), Fayard, 1985, p.138.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre-Joseph Proudhon, &lt;i&gt;Qu'est-ce que la Propri&#233;t&#233; ?&lt;/i&gt;, Garnier-Flammarion, respectivement p.159, 165, et p.279 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dont l'expos&#233; et l'examen critique sont l'objet de la premi&#232;re partie de la th&#232;se que j'ai soutenue en 1992 et qui a fait l'objet d'une publication s&#233;par&#233;e sous le titre &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 286 pages, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Socialisme utopique (Dictionnaire des utopies, 2002)</title>
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		<dc:date>2016-03-21T12:15:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Utopie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Sous l'appellation de &#034;socialisme utopique&#034;, on a pris l'habitude de ranger, pour nous en tenir au XIXe si&#232;cle, des auteurs et des doctrines si divers, que leur r&#233;duction au singulier doit susciter d'abord notre perplexit&#233;. Que r&#233;v&#232;le et dissimule cette appellation ? C'est une question d'histoire ; ce n'est pas seulement une question d'histoire.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L107xH150/arton17-fe089.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sous l'appellation de &#034;socialisme utopique&#034;, on a pris l'habitude de ranger, pour nous en tenir au XIXe si&#232;cle, des auteurs et des doctrines si divers, que leur r&#233;duction au singulier doit susciter d'abord notre perplexit&#233;. Que r&#233;v&#232;le et dissimule cette appellation ? C'est une question d'histoire ; ce n'est pas seulement une question d'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et une sorte d'introduction &#224; l'article publi&#233; ici m&#234;me sous le titre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le socialisme utopique a-t-il jamais exist&#233; autrement que comme le reliquat de sa r&#233;futation ou de son invalidation ? En quoi sont-elles socialistes ces conceptions qui revendiquent rarement ce titre ? En quoi sont-elles utopiques ces doctrines qui r&#233;cusent ce qualificatif ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rep&#232;res&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelques rep&#232;res, limit&#233;s pour l'essentiel &#224; l'exemple fran&#231;ais jusqu'en 1848, peuvent &#234;tre utiles pour parcourir la cartographie, m&#234;me sommaire, et la chronologie, m&#234;me simplifi&#233;e, des doctrines sociales paresseusement rang&#233;es sous une m&#234;me rubrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Socialisme &#187; : ce n&#233;ologisme peut pr&#233;tendre &#224; plusieurs lieux et plusieurs actes de naissance : en Italie, en Angleterre, en France o&#249; il appara&#238;t d'abord dans la correspondance saint-simonienne vers 1832, avant de se diffuser pour d&#233;signer vaguement des conceptions qui fermentent entre 1820 et 1830. Pierre Leroux pr&#233;tendra l'avoir invent&#233; et Louis Reybaud l'avoir propag&#233;. Tous deux, mais &#224; partir de perspectives divergentes, recourent au terme pour d&#233;signer la mise en p&#233;ril des libert&#233;s individuelles. Mais peu &#224; peu le terme est repris, dans les sens les plus divers, pour d&#233;signer, parfois apr&#232;s coup, les conceptions les plus vari&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois noms dominent la sc&#232;ne th&#233;orique et politique et cette domination leur vaudra d'&#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des fondateurs : Saint-Simon (1760-1825), Charles Fourier (1772-1837), Robert Owen (1771-1858). Mais pour les deux premiers nomm&#233;s, l'&#339;uvre est tr&#232;s t&#244;t prolong&#233;e et r&#233;interpr&#233;t&#233;e par des successeurs qui fondent les &#201;coles. Ainsi de l'&#201;cole saint-simonienne, constitu&#233;e en &#201;glise d&#232;s 1829, et bient&#244;t plac&#233;e sous l'autorit&#233; de Barth&#233;l&#233;my-Prosper Enfantin (1796-1864), devenu son unique P&#232;re supr&#234;me. D&#232;s 1831, alors que les dissidences se multiplient, les fid&#232;les se retirent dans une maison de M&#233;nilmontant, avant que de nouvelles aventures ne provoquent la dispersion des ap&#244;tres. Au moment o&#249; le saint-simonisme d&#233;cline, le fouri&#233;risme commence &#224; se r&#233;pandre, sous l'impulsion, de Victor Consid&#233;rant (1808-1893), en multipliant les publications, puis les exp&#233;rimentations, avant de se disperser &#224; son tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En marge de ces &#233;coles ou parmi leurs dissidents, d'autres auteurs et d'autres courant contribuent &#224; former la n&#233;buleuse &#171; socialiste &#187; : chr&#233;tienne avec F&#233;licit&#233; Robert de Lamennais (1872-1854) ou Philippe Buchez (1796- 1865), humanitaire avec Pierre Leroux (1797-1871), gouvernementale avec Louis Blanc (1811-1882), f&#233;ministe avec Flora Tristan (1803-1844), et enfin mutuelliste avec Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), dont l'influence ira grandissant apr&#232;s la publication de &lt;i&gt;Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233;&lt;/i&gt; (1840).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, avec la parution, en 1840, du &lt;i&gt;Voyage en Icarie&lt;/i&gt; d'Etienne Cabet (1788-1856), appara&#238;t dans sa signification politique le terme qui finit par d&#233;signer la communaut&#233; des biens : &#171; communisme &#187;. Mais si le communisme de Cabet et des icariens est pacifique, la plupart, h&#233;ritiers pour une part de Gracchus Babeuf (1770-1797) et de la conjuration des Egaux ouvrent la voie &#224; un communisme r&#233;volutionnaire dont le principal repr&#233;sentant sera bient&#244;t Auguste Blanqui (1805-1881).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut attendre les r&#233;volutions de 1848 pour que s'impose la distinction entre &#171; socialisme &#187; et &#171; communisme &#187; qui reste provisoire, souvent r&#233;trospective et toujours r&#233;ductrice, car des partages toujours mouvants n'ont cess&#233; et ne cessent de distribuer les partisans dans des camps s&#233;par&#233;s mais poreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t pourtant, leurs opposants d&#233;c&#232;leront derri&#232;re les &#171; milles syst&#232;mes &#233;tranges &#187; pourfendus par Alexis de Tocqueville (&lt;i&gt;Souvenirs&lt;/i&gt;, 1850), une intention commune. Mais laquelle ? &#192; quel d&#233;nominateur commun peut ont r&#233;duire l'alliance des savants et des industriels, plac&#233;e sous l'autorit&#233; d'un nouveau christianisme (Saint-Simon), la th&#233;orie de l'attraction passionn&#233;e, guide vers un nouveau monde soci&#233;taire adoss&#233; aux Phalanst&#232;res (Fourier), les coop&#233;ratives de production et de consommation exp&#233;riment&#233;e &#224; New Lanark puis New Harmony (Owen) ? Ou encore les Ateliers sociaux aid&#233;s par l'Etat pr&#233;conis&#233;s par Louis Blanc, L'Union ouvri&#232;re revendiqu&#233;e par Flora Tristan, le mutuellisme de Proudhon ? Et enfin la communaut&#233; des biens vis&#233;e aussi bien par Cabet et les Icariens que par les n&#233;o-babouvistes et Auguste Blanqui ? Ce sont, dira-t-on, des &#171; utopies &#187;. Des &#171; utopies &#187;, dont la critique proc&#232;de de points de vue divergents, voire oppos&#233;s et dont l'&#233;valuation change de sens selon qu'elle s'attache &#224; leurs pr&#233;tentions th&#233;oriques ou &#224; leurs inscriptions historiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;tentions th&#233;oriques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;tentions th&#233;oriques de la plupart des doctrines permettent de les pr&#233;senter comme autant de tentatives de fonder une nouvelle science sociale qui, d'un m&#234;me mouvement, vise &#224; trouver une r&#233;ponse aux probl&#232;mes laiss&#233;s en suspens et en d&#233;sh&#233;rence par la R&#233;volution fran&#231;aise, de proposer des rem&#232;des aux convulsions qui l'ont suivie, de s'opposer au r&#232;gne de l'individualisme et de r&#233;soudre la &#171; question sociale &#187; qui est constitu&#233;e comme telle au cours de leur d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; peine les premi&#232;res th&#233;ories des &#171; r&#233;formateurs sociaux &#187; viennent-elle de para&#238;tre qu'elles font l'objet d'une critique frontale de la part des doctrinaires lib&#233;raux, dont l'&#201;cole prend forme sous la Restauration. Ainsi, Benjamin Constant (1767-1830) jette d&#232;s 1814 les bases de la critique du despotisme qu'il &#233;tendra ult&#233;rieurement &#224; ses contemporains, en d&#233;non&#231;ant &#171; le papisme industriel &#187; que voudraient fonder les saint-simoniens (&#171; De M. Dunoyer et de quelques-uns de ses ouvrages &#187;, 1826). Mais c'est avec les &#233;crits de Louis Reybaud que cette critique prend une forme syst&#233;matique. En 1836 et 1838, ce dernier fait para&#238;tre en, une s&#233;rie d'articles intitul&#233;s &#171; Les socialistes modernes : &#171; Les Saint-Simoniens &#8211; Fourier et Owen &#187;, bient&#244;t r&#233;unis, en 1840, dans un ouvrage : &#171; &#201;tudes sur les r&#233;formateurs ou socialistes modernes &#187;, compl&#233;t&#233; par un second tome paru en 1843. Dans ces &#233;crits, Louis Reybaud inscrit d'embl&#233;e les socialismes dans le genre des &#171; utopies sociales &#187; qu'il d&#233;finit comme &#171; syst&#232;mes de d&#233;nigrement absolu et de r&#233;g&#233;n&#233;ration chim&#233;rique &#187;. Mais il ne se borne pas &#224; focaliser sur les socialismes un usage g&#233;n&#233;ral et vague du terme d'utopie, pris dans sa version pol&#233;mique la plus n&#233;gative ; il ne lui suffit pas de faire porter sur les socialismes la condamnation de solutions imaginaires et chim&#233;riques. &#192; ses yeux, si les socialismes sont des utopies, c'est parce que le socialisme est l'essence m&#234;me de l'utopie : l'&#233;ternelle utopie. Dans cette optique, les socialismes modernes ne sont que des vari&#233;t&#233;s derni&#232;res du genre utopique et la v&#233;rit&#233; ultime de ce genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, contrairement &#224; ce qu'une pesante tradition laisse entendre, ces socialismes n'ont pas rejoint spontan&#233;ment un genre pr&#233;d&#233;termin&#233;. Leur inscription dans le genre utopique et la red&#233;finition du genre &#224; partir de cette inscription sont, au contraire, le produit d'une construction historiquement d&#233;termin&#233;e : solidaire de la critique lib&#233;rale, cette construction appartient &#224; son horizon th&#233;orique et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette offensive, chaque auteur se d&#233;fend d'&#234;tre utopiste et tente de d&#233;tourner l'accusation g&#233;n&#233;rale sur des conceptions particuli&#232;res. Ainsi Pierre Leroux, consid&#233;rant que &#171; la famille, la patrie, la propri&#233;t&#233;, sont les trois modes n&#233;cessaires de la communion de l'homme avec ses semblables et avec la nature &#187;, d&#233;nonce comme utopique toute tentative de les abolir : &#171; (...) sauf les solitaires de la Th&#233;ba&#239;de, jamais utopiste, jamais r&#234;veur n'a pouss&#233; l'absurdit&#233; jusqu'&#224; vouloir abolir &#224; la fois ces trois modes de communion de l'homme avec ses semblables et avec la nature.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Les sectaires et les utopistes se sont retranch&#233;s &#224; essayer de d&#233;truire un ou deux de ces trois modes n&#233;cessaires au profit du troisi&#232;me &#187; (P. Leroux, &lt;i&gt;De l'Humanit&#233;&lt;/i&gt; (1840). De m&#234;me, la critique de Proudhon qui, dans &lt;i&gt;Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233;&lt;/i&gt; ? (1840) renvoie dos &#224; dos fouri&#233;ristes et saint-simoniens, babouvistes et n&#233;obabouvistes, culmine dans la d&#233;nonciation des &#171; utopies socialistes &#187;, explicitement et syst&#233;matiquement formul&#233;e dans &lt;i&gt;Philosophie de la Mis&#232;re&lt;/i&gt; (1846). C'est &#224; cet ouvrage qu'il juge superficiel et anhistorique que Marx oppose, la m&#234;me ann&#233;e, sa propre critique de l'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette lutte des classements, la disqualification des &#171; utopies socialistes &#187; ne rev&#234;t pas le m&#234;me sens, selon qu'elle proc&#232;de d'une perspective conservatrice ou d'une perspective r&#233;formatrice. Elle prend m&#234;me des significations oppos&#233;s, selon qu'elles sont d&#233;clar&#233;es &#171; utopiques &#187;, au titre des pr&#233;d&#233;cesseurs qu'on leur attribue pour les disqualifier, en remontant jusqu'&#224; Platon, ou en vertu des successeurs qu'on leur revendique pour les d&#233;passer, en descendant jusqu'&#224; Marx. Mais cette lutte brouille la cartographie qu'elle pr&#233;tend &#233;clairer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pis : en s'attachant trop exclusivement aux doctrines, elle dissimule souvent leurs enjeux. Sans doute peut-on contester comme le firent Marx et Engels, la qu&#234;te d'une science r&#233;g&#233;n&#233;ratrice et doctrinaire ou, comme Paul B&#233;nichou, plus r&#233;cemment et d'un tout autre point de vue, l' &#171; utopie scientiste &#187; et, en v&#233;rit&#233; &#171; pseudo-scientifique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul B&#233;nichou, Le temps des proph&#232;tes. Doctrines de l'&#226;ge romantique, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On le peut d'autant mieux que le dogmatisme th&#233;orique fait souvent bon m&#233;nage avec un retour de la religion, comme si le nouveau dogme scientifique &#233;tait condamn&#233; &#224; se transformer en dogme religieux ; comme si seule la Religion, nouvelle ou renouvel&#233;e, pouvait remplacer la R&#233;volution, apr&#232;s que l'on ait cru bon de diagnostiquer son &#233;chec. Mais &#224; enfermer les doctrines dans la coh&#233;rence &#224; laquelle elles pr&#233;tendent, &#224; ne retenir de leur diffusion que la constitution des &#233;coles ou des Eglise form&#233;es en leur nom, on risque de manquer ce qui exc&#232;de les fronti&#232;res qu'elles se donnent ou ce qui &#233;chappe &#224; leur emprise : l'exc&#233;dent proprement utopique, mais dans le bon sens du terme, qu'elles comportent ou qu'elles inspirent. Voil&#224; pourquoi, avant d'&#234;tre &#224; son tour emprisonn&#233;e dans des formules, la critique de Marx et d'Engels &#233;tait, malgr&#233; tout, mieux ajust&#233;e : parce qu'en faisant droit &#224; l'historicit&#233; profonde des doctrines, elle prenait la mesure de leur puissance d'interpellation critique et politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Inscriptions historiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ception historique des doctrines (et surtout les effets politiques de cette r&#233;ception) laisse entrevoir un tout autre paysage. Initialement fort tranch&#233;es, les fronti&#232;res entre les doctrines s'estompent avec les dissidences et surtout avec leur diffusion dans les milieux populaires. Stigmatis&#233;es comme des doctrinaires par les lib&#233;raux, les &#339;uvres des fondateurs et des successeurs sont discut&#233;es comme des r&#233;formateurs. Elles se pr&#233;sentent alors comme autant de critiques de la soci&#233;t&#233; existante et de redoutables auxiliaires de sa transformation, parce qu'elles expriment les aspirations de &#171; la classe la plus nombreuse et la plus pauvre &#187;. C'est cette fonction critique et proprement politique (mais dans un sens qui ne peut &#234;tre reconnu par les repr&#233;sentations dominantes de la politique) qui leur vaut d'&#234;tre &#226;prement combattues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;ception n'est en rien une digestion passive : elle repose au contraire sur une participation active &#224; la transformation critique des doctrines, &#224; l'&#233;laboration d'un savoir populaire de l'&#233;mancipation, &#224; l'implication des pr&#233;tendues utopies dans le vif des conflits sociaux et politiques. Replac&#233;es dans l'histoire, les &#171; archives du r&#234;ve ouvrier &#187; (Jacques Ranci&#232;re), r&#233;v&#232;lent alors &#171; le r&#233;el de l'utopie &#187; (Mich&#232;le Riot-Sarcey)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Ranci&#232;re, La Nuit des prol&#233;taires, Archives du r&#234;ve ouvrier, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;br class='manualbr' /&gt;- les effets subversifs des &#233;v&#233;nements qui, de la r&#233;volte des canuts &#224; la r&#233;volution de 1948, inscrivent les doctrines dans une histoire dont il s'agit de modifier le cours, au risque de lui tourner le dos ; &lt;br class='manualbr' /&gt;- la puissance &#233;ruptive d'une parole, qui dans la relative discr&#233;tion des correspondances et dans les manifestations des &#233;crits des ouvriers, des femmes et d'un large public, fait entendre &#8211; entre r&#233;voltes bien fond&#233;e et souhaits inassouvis &#8211; la tentative insatiable de d&#233;couvrir d'autres possibles, au risque de purement les inventer ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la fonction transgressive d'une critique si fermement enracin&#233;e dans les mis&#232;res du temps qu'elle cherche les moyens de s'en affranchir, au risque de s'en &#233;vader.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette inscription historique des &#233;crits des &#171; r&#233;formateurs sociaux &#187; permet de comprendre ce qui se joue derri&#232;re les appellations et les classements. Pour les tenants de l'ordre et de son maintien, la d&#233;nonciation des embard&#233;es dogmatiques et chim&#233;riques vise &#224; assigner l'utopie &#224; r&#233;sidence, en pr&#233;tendant pr&#233;cis&#233;ment qu'elle est sans lieu. L'&#233;tiquetage &#233;crasant qui unifie sous le vocable d' &#171; utopie &#171; la diversit&#233; ou le disparate des doctrines est une arme. L'invalidation tient lieu de r&#233;futation. La bataille s&#233;mantique n'est que la forme litt&#233;raire d'un combat politique qui cherche &#224; extirper de la r&#233;alit&#233; la menace que repr&#233;sentent des besoins, des aspirations et des luttes irrecevables ; ou, &#224; tout le moins, &#224; r&#233;duire au silence la &#171; parole ouvri&#232;re &#187; (Jacques Ranci&#232;re)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La parole ouvri&#232;re (1830-1851), textes rassembl&#233;s par Alain Faure et Jacques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et plus g&#233;n&#233;ralement les voix indociles et dissidentes qui s'&#233;l&#232;vent dans toutes les couches de la soci&#233;t&#233; : une pens&#233;e populaire, qui s'&#233;labore au contact des doctrines sociales qu'elle met &#224; l'&#233;preuve, mais qui leur demeure irr&#233;ductible ; une pens&#233;e et une action qui, si elle n'est pas &#233;trang&#232;re au &#171; socialisme utopique &#187;, ne se laisse pas enfermer dans un genre construit pour en conjurer le potentiel d'altercation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vues d'en bas, dans le temps de leur diffusion, les &#171; utopies &#187; n'appartiennent pas &#224; une banale histoire des id&#233;es qui permet, sans grand effort, de faire le tri entre les v&#233;rit&#233;s av&#233;r&#233;es et les chim&#232;res inconsistantes : elles apparaissent au contraire comme des tentatives de d&#233;placer sans cesse le partage entre le possible et l'impossible. Vues de loin, dans le temps d'une r&#233;trospection qui adopte le point de vue des vaincus, les &#171; utopies &#187; sont irr&#233;ductibles au plus petit commun d&#233;nominateur des illusions doctrinales et doctrinaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; suivre la diversit&#233; des conceptions &#224; travers les vari&#233;t&#233;s de leurs usages, le paysage qui se dessine est un champ de batailles th&#233;oriques et d'exp&#233;rimentations pratiques, o&#249; les &#171; utopies &#187; en ne cessant de se critiquer entre elles apparaissent comme profond&#233;ment autocritiques. De l'unit&#233; pr&#233;sum&#233;e du &#171; socialisme utopique &#187; ou des &#171; utopies socialistes &#187;, il ne reste alors que l'invariance d'une intention et d'une fonction. Une intention qui se laisse r&#233;sumer ainsi : d&#233;tecter, convoiter, poursuivre la part de r&#233;el ou de possible inscrit dans un ordre social qui le rend impossible. Quand cette d&#233;tection et cette convoitise visent la refondation d'un pouvoir public &#224; partir du &#171; renouvellement tissulaire de la soci&#233;t&#233; &#187; (Martin Buber)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin Buber, Utopie et socialisme (1946), Paris, Aubier Montaigne, 1977.&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, elles m&#233;ritent, mais dans le bon sens des termes, d'&#234;tre d&#233;sign&#233;es comme socialistes et utopiques. Mais cette intention est indissociable d'une fonction : c'est parce l'utopie est inscrite dans histoire (et dans l'action de celles et ceux qui essaient de l'infl&#233;chir) que la d&#233;tection d'autres possibles peut se reconna&#238;tre et parfois s'exprimer dans des constructions utopiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que sont, &#224; en juger par leurs &#233;crits, ces th&#233;oriciens patent&#233;s et ces r&#234;veurs anonymes, sommairement disqualifi&#233;s comme des &#171; utopistes &#187; ? D&#233;livr&#233;s des noms de leurs signatures et des limites de leur doctrines, ce sont - au sens, partiellement d&#233;tourn&#233; ici, o&#249; Michel Foucault entend cette notion ( &#171; Qu'est-ce qu'un auteur ? &#187;, 1969) , des &#171; fondateurs de discursivit&#233; &#187; : ils ne sont pas seulement des auteurs de textes clos, mais les producteurs d' &#171; une possibilit&#233; ind&#233;finie de discours &#187; ; des discours qui se r&#233;f&#232;rent &#224; leurs &#233;crits non comme aux textes fondateurs d'une science, mais comme &#224; des ressources ind&#233;finiment offertes &#224; un travail de dissociation et de r&#233;implantation : le travail de l&#8216;utopie socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Source &lt;/strong&gt; : Article du &lt;i&gt;Dictionnaire des utopies &lt;/i&gt;(sous la direction de Mich&#232;le Riot-Sarcey), Flammarion, 2002.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et une sorte d'introduction &#224; l'article publi&#233; ici m&#234;me sous le titre &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Engels-et-l-utopie-Un-testament-apocryphe-Socialisme-utopique-et-socialisme.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;Engels et l'utopie. Un testament apocryphe : &lt;i&gt;Socialisme utopique et socialisme scientifique&lt;/i&gt;&#034;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul B&#233;nichou, &lt;i&gt;Le temps des proph&#232;tes. Doctrines de l'&#226;ge romantique&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Ranci&#232;re, &lt;i&gt;La Nuit des prol&#233;taires, Archives du r&#234;ve ouvrier,&lt;/i&gt; Paris, Fayard, 1981. Mich&#232;le Riot-Sarcey, &lt;i&gt;Le r&#233;el de l'utopie. Essai sur le politique au XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, Paris, Albin Michel, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La parole ouvri&#232;re (1830-1851)&lt;/i&gt;, textes rassembl&#233;s par Alain Faure et Jacques Ranci&#232;re, Paris, Union G&#233;n&#233;rale d'Editions, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin Buber, &lt;i&gt;Utopie et socialisme&lt;/i&gt; (1946), Paris, Aubier Montaigne, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'utopie, entre chim&#232;re et strat&#233;gie</title>
		<link>https://henri-maler.fr/L-utopie-entre-chimere-et-strategie.html</link>
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		<dc:date>1998-05-04T05:55:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Utopie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'utopie ne serait, dit-on, qu'une &#233;ternelle chim&#232;re et chaque chim&#232;re une incarnation de l'&#233;ternelle utopie. De l&#224; cette sentence, inlassablement r&#233;p&#233;t&#233;e : &#171; Toutes les chim&#232;res se ressemblent et le m&#234;me sort les attend. &#187; &#192; ces condamnations sans appel, l'utopie r&#233;pond par l'insistance de ses questions...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Utopies-.html" rel="directory"&gt;Utopies&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Utopie-+.html" rel="tag"&gt;Utopie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L94xH150/corps_art_et_societe-90372.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='94' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'utopie ne serait, dit-on, qu'une &#233;ternelle chim&#232;re et chaque chim&#232;re une incarnation de l'&#233;ternelle utopie. De l&#224; cette sentence, inlassablement r&#233;p&#233;t&#233;e : &#171; Toutes les chim&#232;res se ressemblent et le m&#234;me sort les attend&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Reybaud, Etudes sur les r&#233;formateurs ou socialistes modernes, septi&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; &#192; ces condamnations sans appel, l'utopie r&#233;pond par l'insistance de ses questions : Comment penser l'utopie ? Peut-on penser sa r&#233;alisation ? &#192; questions trop vastes, r&#233;ponses &#224; peine esquiss&#233;es : en observant comment l'utopie se tient entre chim&#232;re et strat&#233;gie et en indiquant comment peut s'effectuer le passage - toujours recommenc&#233; - entre utopie chim&#233;rique et utopie strat&#233;gique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette contribution reprend, pour les pr&#233;ciser et les prolonger, des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Utopie contre Chim&#232;re&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Il faut attendre le XVIIIe si&#232;cle, en France, pour que les itin&#233;raires s&#233;mantiques de deux vocables - Chim&#232;re et Utopie - en viennent &#224; se croiser. Mais l'Utopie est-elle une Chim&#232;re et toutes les utopies ne sont-elles que des chim&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Mod&#232;les : l'Utopie est-elle une Chim&#232;re ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La confrontation autour des noms propres - la Chim&#232;re et l'Utopie - interdit de tout confondre : l'Utopie n'est pas la Chim&#232;re ; il n'y a pas de Chim&#232;re en Utopie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, les indications des auteurs mentionn&#233;s au fur et &#224; mesure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; L'Utopie n'est pas la Chim&#232;re &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le r&#233;cit utopique n'est pas un r&#233;cit mythologique&lt;/i&gt; -. &#192; la diff&#233;rence de &#171; l'invincible Chim&#232;re &#187; qui, comme le dit Hom&#232;re, &#171; n'&#233;tait pas de race humaine, mais divine &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hom&#232;re, L'Illiade, Pl&#233;iade p. 193.&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'Utopie est une cr&#233;ation exclusivement humaine : &#171; L'utopie v&#233;ritable est r&#233;solument terrestre, elle ne peut appara&#238;tre que l&#224; o&#249; la divinit&#233; s'abstient d'intervenir dans l'ordre humain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raymond Trousson, Voyages aux pays de nulle part, &#233;d. de l'Universit&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; &#192; la diff&#233;rence de la Chim&#232;re, l'Utopie ne se pr&#233;sente pas comme une all&#233;gorie &#224; d&#233;chiffrer. Platon, qui n'h&#233;site pas pourtant &#224; recourir au mythe pour d&#233;crire, dans le &lt;i&gt;Critias &lt;/i&gt;ou le &lt;i&gt;Tim&#233;e&lt;/i&gt;, une cit&#233; id&#233;ale, refusait d&#233;j&#224; de perdre son temps, comme on peut le lire dans le &lt;i&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt;, dans des tentatives d'expliquer &#171; la forme des Hippocentaures, et puis celle de la Chim&#232;re ; et puis c'est une avalanche d'&#234;tre du m&#234;me genre, Gorgones et P&#233;gases, et des multitudes &#233;tranges de cr&#233;atures inconcevables et monstrueuses &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Platon, Ph&#232;dre, 229 b-230 a, Pl&#233;iade t. 2 p. 12. Platon, par la bouche de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'Utopie est terrestre et s'explique d'elle-m&#234;me : au risque de para&#238;tre &#233;vanescente, elle opte pour la transparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le r&#233;cit utopique n'est pas un r&#233;cit fantastique&lt;/i&gt; -. D&#233;log&#233;e des r&#233;cits mythologiques, la Chim&#232;re, parce qu'elle est elle-m&#234;me un &#234;tre fantastique, r&#233;appara&#238;t, sous des formes diverses, dans des descriptions de cit&#233;s imaginaires peupl&#233;s d'&#234;tre fantastiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme ceux de Th&#233;opompe de Chio (n&#233; vers 380 av. J.C), Lucien de Samostate (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais l'Utopie elle-m&#234;me n'est pas un &#234;tre fantastique ; elle se d&#233;fend d'&#234;tre fantastique, et en ce sens, chim&#233;rique. Car si rien n'est plus ais&#233; que d'abandonner &#224; une imagination d&#233;brid&#233;e le soin de construire des &#234;tres fantastiques et monstrueux ; plus difficile est de concevoir sous l'autorit&#233; d'une imagination contr&#244;l&#233;e une cit&#233; sagement organis&#233;e. Thomas More s'en porte garant : c'est sur les &#171; sages institutions qu'il a observ&#233;es chez des peuples vivant en soci&#233;t&#233; civilis&#233;es &#187; que Rapha&#235;l &#171; nous r&#233;pondait le plus volontiers, sans s'attarder &#224; nous d&#233;crire des monstres, qui sont tout ce qu'il y a de plus d&#233;mod&#233; &#187;. Et de poursuivre : &#171; Des Scyllas et des C&#233;l&#232;nes et de Harpyes voraces, et des Lestrygons cannibales et autres prodiges affreux du m&#234;me genre, o&#249; n'en trouve-t-on pas ? Mais des hommes vivant en soci&#233;t&#233;s sagement r&#233;gl&#233;es, voil&#224; ce que l'on ne rencontre pas n'importe o&#249;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thomas More, L'utopie, G.F- Flammarion, p. 88-89.&#034; id=&#034;nh8-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; C'est pourquoi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'y a pas de Chim&#232;re en Utopie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'extraordinaire utopique revendique la vraisemblance&lt;/i&gt; -. Sans doute, le r&#233;cit utopique nous invite-t-il souvent &#224; partager un voyage imaginaire. Mais tous les voyages imaginaires ne sont pas &#233;quivalents&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les diverses vari&#233;t&#233;s du voyage imaginaire, voir notamment : P.F. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si Thomas More, lecteur du &lt;i&gt;Discours v&#233;ritable&lt;/i&gt; de Lucien, revendique la filiation de Platon, c'est pour une raison d&#233;cisive : le voyage fantastique est onirique ou satirique ; il n'est pas, &#224; proprement parler, utopique. Car le r&#233;cit utopique s'emploie &#224; opposer l'incroyable &#224; l'incr&#233;dulit&#233; : au risque de r&#233;v&#233;ler son inconsistance, l'Utopie opte pour la vraisemblance. Et cette &#171; mise en vraisemblance &#187; fait toute la diff&#233;rence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. &#187; C'est cette mise en vraisemblance qui distingue les utopies des r&#233;cits (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'utopie se pr&#233;sente &#171; comme une virtualit&#233;, comme une solution viable quoique non exploit&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trousson, op. cit., p. 26.&#034; id=&#034;nh8-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mieux : chaque d&#233;tail qui pourrait sembler chim&#233;rique s'efforce de t&#233;moigner de la cr&#233;dibilit&#233; de l'ensemble. Le lecteur peut &#234;tre afflig&#233; par ces invraisemblables vraisemblances : est-ce qu'il vaut la peine de distinguer l'invraisemblance assum&#233;e par un r&#233;cit chim&#233;rique et l'invraisemblance r&#233;v&#233;l&#233;e par la lecture du r&#233;cit utopique ? Mais, pr&#233;cis&#233;ment, de l'une &#224; l'autre, l'Utopie s'est interpos&#233;e et a rempli son office : mettre en discussion le partage entre le possible et l'impossible, gr&#226;ce &#224; la simulation de virtualit&#233;s in&#233;dites ou r&#233;prim&#233;es. Irrempla&#231;able Utopie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'extraordinaire utopique se joue de l'extravagance&lt;/i&gt; -. Les utopies ne sont pas avares en inventions extraordinaires, qui peuvent passer pour extravagantes. Mais, en Utopie, les cr&#233;atures et les cr&#233;ations extraordinaires, les &#234;tres prodigieux et les changements miraculeux qui jalonnent les r&#233;cits utopiques sont donn&#233;s comme des effets de l'organisation sociale : &#171; Le prodige se r&#233;sout en fait toujours dans une activit&#233; humaine ; les merveilles seront sociales ou ne seront pas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.F. Moreau, op. cit., p 112. Moreau rel&#232;ve, par exemple, que si les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; De m&#234;me, quand Fourier laisse libre cours &#224; ce qu'il est convenu d'appeler ses extravagances, c'est &#224; la fois pour souligner les effets inou&#239;s que l'on est en droit d'attendre de l'Harmonie et pour discr&#233;diter les fausses sciences de la raison civilis&#233;e. Le centre de gravit&#233; reste terrestre et social. C'est ce que Benjamin a fortement soulign&#233; : &#171; Compar&#233;s &#224; cette conception positiviste, les fantastiques imaginations de Fourier, qui ont fourni mati&#232;re &#224; tant de railleries, r&#233;v&#232;lent un surprenant bon sens. Pour lui l'effet du travail bien ordonn&#233; devrait &#234;tre que quatre Lunes &#233;clairent la nuit de la Terre, que la glace se retire des p&#244;les, que l'eau de mer cesse d'&#234;tre sal&#233;e. Tout cela illustre un travail qui, bien loin d'exploiter la nature, est en mesure de faire na&#238;tre d'elle les cr&#233;ations virtuelles qui sommeillent en son sein. &#192; l'id&#233;e corrompue du travail correspond l'id&#233;e compl&#233;mentaire d'une nature qui, selon la formule de Dietzgen, est l&#224; gratis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, &#171; Th&#232;ses sur la philosophie de l'histoire &#187;, Essais, t. 2 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Autant dire que les extravagances de Fourier ne le sont pas vraiment. Il n'y a donc pas de Chim&#232;re en Utopie. Du moins, pas aussi souvent qu'on veut bien le dire. Reste cependant une seconde question :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Vari&#233;t&#233;s : toutes les utopies ne sont-elles que des chim&#232;res ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chim&#232;re &#187; et &#171; utopie &#187; deviennent des noms communs au terme de trajets parall&#232;les&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est au XVIIe si&#232;cle que l'emploi de &#171; chim&#232;re &#187; comme nom commun se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils ne sont synonymes que pour d&#233;signer une perfection imaginaire (qui ne serait donc une monstruosit&#233; que par ricochet) : si l'utopie est chim&#233;rique, c'est moins parce qu'elle est imaginaire, que parce qu'elle attribue une perfection (ou une sup&#233;riorit&#233;) &#224; l'imaginaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Leibniz, sans parler de chim&#232;re, approche ce sens : &#171; Il est vrai qu'on peut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On ne peut pour autant affirmer que toutes les chim&#232;res se ressemblent et que toutes les utopies se valent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toutes les utopies ne sont pas uniform&#233;ment chim&#233;riques &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; Les utopies ont leur itin&#233;raire. Seule l'intention est invariante&lt;/i&gt; -. Qu'est-ce que l'utopie ? L'utopie n'est-elle pas chim&#232;re ? Ces questions admettent au moins deux r&#233;ponses, qui partagent les pourfendeurs et les d&#233;fenseurs de l'utopie. Pour les premiers, l'utopie n'est qu'un genre litt&#233;raire et/ou philosophique dont les invariants r&#233;v&#232;lent le projet et les tentatives de r&#233;alisation r&#233;v&#232;lent le sens : des perfections imaginaires vou&#233;es &#224; un destin autoritaire ou totalitaire. Pour les amis de l'utopie, quand ils suivent la le&#231;on d'Ernst Bloch notamment, la structure invariante et immobile des utopies appara&#238;t comme un artefact produit par la critique : les utopies ont leurs itin&#233;raires. Seule l'intention utopique est invariante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernst Bloch, Le Principe Esp&#233;rance, Gallimard, 1982, t. 2, p. 45-46.&#034; id=&#034;nh8-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'utopie ne saurait &#234;tre enferm&#233;e dans un genre ; l'utopie est une fonction o&#249; se croisent la pens&#233;e et le r&#233;el. Quelle est cette intention ? Quelle est cette fonction ? L'intention peut sommairement se d&#233;finir ainsi : la d&#233;tection des possibilit&#233;s contrari&#233;es par l'ordre social &#233;tabli. Mais l'intention n'&#233;puise pas la fonction : c'est parce que l'utopie habite le changement social lui-m&#234;me que cette propension utopique de la r&#233;alit&#233; - ce r&#233;el inscrit au revers du r&#233;el - s'offre aux tentatives de la d&#233;tecter et d'en convoiter l'accomplissement. En suivant ce fil, les utopies n'apparaissent que comme des constructions pr&#233;caires et provisoires, divergentes et parfois contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; Les utopies sont divergentes. Ce ne sont pas les filles d'une unique chim&#232;re&lt;/i&gt; -. Car les utopies se divisent sur &lt;i&gt;l'objet&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;de leur convoitise, entre les utopies avides d'ordre (et de restauration) et les utopies anxieuses de libert&#233; (et d'&#233;mancipation) : entre les utopies autoritaires et les utopies libertaires. Les utopies se partagent sur &lt;i&gt;la m&#233;thode&lt;/i&gt;, entre celles qui rompent pr&#233;matur&#233;ment avec la r&#233;alit&#233; donn&#233;e et celle qui se fondent sur une r&#233;alit&#233; latente : entre les utopies abstraites et les utopies concr&#232;tes. Les utopies divergent sur &lt;i&gt;la fonction&lt;/i&gt; qu'elles remplissent et sur le r&#244;le qu'elles s'attribuent : entre les utopies projet&#233;es et les utopies pratiqu&#233;es ; entre les utopies oniriques ou h&#233;ro&#239;ques mais, somme toute, vell&#233;itaires, tant qu'elles restent doctrinaires ; et entre ces utopies doctrinaires et les utopies r&#233;volutionnaires. L'esp&#233;rance utopique, enfin, quand elle est d&#233;sempar&#233;e, se polarise entre des utopies optatives, confi&#233;es &#224; des souhaits, et des utopies pr&#233;dictives, riv&#233;es &#224; des promesses. On pourrait multiplier ces partages, que toute utopie chevauche sans parvenir jamais &#224; les r&#233;sorber compl&#232;tement : ils sont si peu rigides que m&#234;me les amis de l'utopie peuvent &#234;tre tent&#233;s de ne retenir que l'une de ses formes pour r&#233;cuser l'utopie comme telle. Mais ces itin&#233;raires de l'utopie - ses vari&#233;t&#233;s et ses variations - interdisent de traiter les utopies comme de simples variantes d'une m&#234;me chim&#232;re. Quand la critique de l'utopie n'appartient pas &#224; l'utopie elle-m&#234;me ou quand les utopies se rar&#233;fient, ce sont les discours utopiques sur l'utopie qui en comprennent le sens et le prolongent, attentifs &#224; la fonction utopique &#224; l'&#339;uvre dans les constructions utopiques. Car, c'est un second point :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout, dans les utopies, ne m&#233;rite pas le m&#234;me concept&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'utopie de bon aloi -. &lt;/i&gt;L'utopie m&#233;rite d'&#234;tre prise dans le bon sens du terme. Il suffit pour cela de soumettre le vocable d&#233;valorisant &#224; une double op&#233;ration : d&#233;tournement de l'usage optatif - qui d&#233;signe dans l'utopie des souhaits vell&#233;itaires - et retournement de l'usage n&#233;gatif - qui d&#233;signe dans l'utopie des perfections imaginaires. Le d&#233;tournement de l'usage optatif invite &#224; d&#233;gager du genre litt&#233;raire ou philosophique une m&#233;thode d'investigation, guid&#233;e par l'esp&#233;rance : un mode de d&#233;tection des possibilit&#233;s lat&#233;rales &#224; l'histoire. Mais ces possibilit&#233;s lat&#233;rales d&#233;pendent encore trop d'un accomplissement contingent. L'op&#233;ration suivante est d&#233;cisive. Le retournement de l'usage n&#233;gatif invite &#224; distinguer entre le concept absolu et le concept relatif de l'utopie - le concept d'une impossibilit&#233; absolue et le concept d'une impossibilit&#233; relative. N'est utopique alors que ce qui &lt;i&gt;para&#238;t&lt;/i&gt; irr&#233;alisable du point de vue de l'ordre social existant (mais qui &lt;i&gt;pourrait &lt;/i&gt;avoir sa place rationnellement &#233;tablie dans un autre ordre social), mais qui n'est&lt;i&gt; rendu&lt;/i&gt; impossible par un ordre social qui en inter&#172;dit la r&#233;alisation. L'utopie de bon aloi est alors cette fonction de la connaissance et de la r&#233;alit&#233; : la d&#233;tection utopique des virtualit&#233;s r&#233;elles, mais contrari&#233;es et la propension utopique de ces virtualit&#233;s &#224; s'actualiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'utopie du bon combat -.&lt;/i&gt; Le partage entre le possible et l'impossible n'est l'objet d'un d&#233;bat que parce qu'il est l'enjeu d'un combat. Comme le dit Fourier, &#171; L'impossible est le bouclier des philosophes, la citadelle des pauvres d'esprit et des fain&#233;ants. Une fois cuirass&#233; du mot impossibilit&#233; ils jugent, en dernier ressort, de toute id&#233;e neuve &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charles Fourier, La Fausse industrie, t.1, p. 82.&#034; id=&#034;nh8-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Contre ce bouclier, cette citadelle, cette cuirasse, l'utopie peut devenir le concept d'un bon combat. Sans doute le concept d'utopie est-il imm&#233;diatement scind&#233; par les pol&#233;miques qui se nouent autour de lui : entre le concept d'une impossibilit&#233; absolue et des perfections imaginaires et celui des impossibilit&#233;s relatives et des &#233;mancipations n&#233;cessaires ; entre l'utopie qui se d&#233;tourne de toute politique et l'utopie qui prend la politique &#224; rebours ; entre le concept antonyme de toute strat&#233;gie et le concept synonyme d'une autre strat&#233;gie. Mais sous ces clivages, on peut entrevoir une m&#234;me tentative d'&#233;tablir une distinction entre l'utopie chim&#233;rique et l'utopie strat&#233;gique. Utopie strat&#233;gique ? N'est-ce pas le comble de l'incompatible - le mariage de l'eau et du feu ?, le comble de l'impensable - un logarithme jaune ? Bref, le comble de la chim&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;II. Utopie contre strat&#233;gie&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si l'utopie ne se confond pas avec un genre faux, une intention fauss&#233;e, une fonction faussaire, comment distinguer ses versions st&#233;riles et ses versions f&#233;condes ? La pierre de touche se nomme strat&#233;gie : sont utopiques, de prime abord, les projets qui ne veulent pas ou ne peuvent pas se convertir en strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. L'utopie abstraite n'est-elle qu'un v&#339;u pieu ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On aurait tort cependant de ne voir dans l'absence de toute strat&#233;gie v&#233;ritable, que le simple effet de l'absence d'un concept qui ne prend son essor qu'au XIXe si&#232;cle ou la simple cons&#233;quence d'une d&#233;faillance. Si l'utopie n'est gu&#232;re op&#233;rationnelle, c'est, dit-on, parce qu'elle est abstraite. Sans doute, mais il est peut-&#234;tre plus juste de dire que si l'utopie reste abstraite, c'est parce qu'elle redoute d'&#234;tre op&#233;rationnelle. L'utopie se d&#233;fie de la politique et de la strat&#233;gie ; elle d&#233;fie la politique et la strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie d&#233;fie la politique et la strat&#233;gie &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; L'utopie est d&#233;fiance -. &lt;/i&gt;L'utopie est exil : mouvement d'&#233;cart absolu. L'utopie est exode : mouvement de fondation radicale. Car elle en sait long - trop long peut-&#234;tre - sur la politique et sur la strat&#233;gie. La politique est une longue errance. Non seulement elle ne cesse de promettre des fins qu'elle n'atteint jamais, mais elle ne cesse de compromettre les buts qu'elle proclame. Telle est la politique ordinaire ou l'ordinaire de la politique : l'utopie commence par la tenir &#224; l'&#233;cart, voire &#224; se tenir &#224; l'&#233;cart de toute politique, au risque de n'opposer &#224; la politique r&#233;elle que des rem&#232;des imaginaires. L'utopie est cette prise de risque ; les utopies sont les visages multiples de cette d&#233;fiance. L'utopie tente de court-circuiter la politique et de la prendre &#224; revers ; et de prot&#233;ger les fins qu'elle poursuit des moyens qui menacent de la compromettre, en prenant les fins qu'elle poursuit pour mesure et pour norme des moyens qu'elle envisage. C'est pourquoi elle refuse la strat&#233;gie ordinaire : car celle-ci est une technologie amorale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le d&#233;chiffrement strat&#233;gique des relations politiques et sociales ainsi que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parce qu'elle subordonne l'&#233;valuation des probabilit&#233;s les plus faibles au calcul des probabilit&#233;s les plus fortes, parce qu'elle am&#233;nage les conditions de la domination sans en attaquer les racines, la strat&#233;gie n'est jamais pour l'utopiste qu'une rationalisation de cette domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; L'utopie est d&#233;fi &lt;/i&gt;-. L'utopie non seulement s'exile d'une terre inhabitable, mais abandonne les moyens ordinaires de la politique : non par faiblesse mais par choix ; elle est anti-politique et anti-strat&#233;gique, non seulement par d&#233;fiance ; mais surtout par d&#233;fi. Sans doute par d&#233;faut, mais aussi par option : une option critique, qui pourrait pr&#233;parer une autre option strat&#233;gique. Pour ne citer qu'un exemple, Fourier oppose son utopie - une utopie domestique (et industrielle) aux tentatives politiques (et strat&#233;giques) : op&#233;ration domestique contre intervention politique. Il r&#233;pudie, d'un m&#234;me geste d'excommunication, l'intervention politique, l'intervention eccl&#233;siastique et l'intervention scientifique. Aussi se propose-t-il de &#171; d&#233;montrer l'extr&#234;me facilit&#233; de sortir du labyrinthe civilis&#233; sans secousse politique, sans effort scientifique, mais par une op&#233;ration purement domestique &#187; ; et de se donner comme r&#232;gle de &#171; ne chercher le bien que dans des op&#233;rations qui n'eussent aucun rapport avec l'administration ni le sacerdoce, qui ne reposassent que sur des mesures industrielles ou domestiques et qui fussent compatibles avec tous les gouvernements sans avoir besoin de leur intervention &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charles Fourier, &#338;uvres compl&#232;tes, &#233;d. Anthropos, 1967, t. 1, respectivement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais d&#233;fier la strat&#233;gie comme rationalisation de la domination sans lui opposer une autre strat&#233;gie qui donne rationnellement ses chances &#224; l'&#233;mancipation, c'est se condamner d'embl&#233;e &#224; n'&#233;treindre que des chim&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie manque la politique et la strat&#233;gie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; L'utopie abstraite parfois se veut op&#233;ratoire -. &lt;/i&gt;Sans doute peut-on consid&#233;rer comme utopies de pures fantaisies r&#233;cr&#233;atives ou des fictions strictement optatives. Pures imitations de la Cit&#233; id&#233;ale, les utopies avoueraient ainsi leur inconsistance. Pourtant, en &#233;pousant librement les distinctions platoniciennes entre les formes de la &lt;i&gt;mimesis&lt;/i&gt;, on pourrait faire valoir que la figuration utopique peut rev&#234;tir deux formes : le simulacre-phantasme, image d'une image indiff&#233;rente &#224; sa consistance et la copie-ic&#244;ne, image d'une r&#233;alit&#233; qui pr&#233;tend &#224; la vraisemblance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les copies-ic&#244;nes et simulacres-phantasmes : Le Sophiste (235e-236c, 264 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et l'on ne doit pas m&#233;sestimer cette diff&#233;rence : les projets utopiques oscillent entre les simulacres compensatoires et les simulations op&#233;ratoires. Ni mythologique ni fantastique, l'utopie se donne comme un discours ou un r&#233;cit rationnel. Mais ce n'est ni un pur r&#233;cit ni une pure fiction. M&#234;me quand elle est essentiellement narrative et descriptive, l'utopie n'est jamais un pur r&#233;cit : autour du r&#233;cit ou en son c&#339;ur, trois discours s'entrelacent : un discours critique, un discours descriptif, un discours argumentatif. Le discours narratif n'a de sens qu'en fonction de la pr&#233;sence des deux autres. C'est pourquoi l'&#233;criture utopique est une forme d'intervention - une forme d'action. M&#234;me quand elle se donne pour une cr&#233;ation imaginaire et m&#234;me si l'on juge qu'elle n'est vou&#233;e &#224; n'exister qu'&#224; l'&#233;tat de fiction, l'utopie n'est pas une pure fiction, indiff&#233;rente &#224; ses conditions de r&#233;alisation. C'est pourquoi l'&#233;criture utopique est une forme de prax&#233;ologie - une forme de pens&#233;e de l'action&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui est vrai des utopies narratives, l'est aussi des utopies l&#233;gislatives (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, la fondation imaginaire que l'utopie raconte n'est pas exclusive d'une fondation r&#233;elle qu'elle esp&#232;re. L'utopie-rejet qui exerce sa critique sur la soci&#233;t&#233; existante et les moyens de transformation qu'elle offre n'est pas exclusive de l'utopie-projet qui tente de dresser l'inventaire des moyens dont elle dispose pour s'accomplir. Aussi convient-il de distinguer les utopies qui avouent leur propre impuissance et les utopies qui revendiquent leur propre efficience : les r&#234;ves compensateurs et les savoirs transformateurs. Pourtant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; L'utopie abstraite jamais n'est op&#233;rationnelle -&lt;/i&gt;. M&#234;me quand elle se veut op&#233;ratoire, elle n'est jamais strat&#233;gique. &#192; suivre les itin&#233;raires de l'utopie, on pourrait, comme le propose G&#233;rard Raulet, distinguer les &lt;i&gt;textes &lt;/i&gt;utopiques (qui se donnent eux-m&#234;mes comme une forme d'intervention) et les &lt;i&gt;manifestes&lt;/i&gt; utopiques (qui se donnent comme des guides de l'action)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;rard Raulet, &#171; L'utopie est-elle un concept ? &#187;(1992) in Chronique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais les r&#233;cits utopiques sont des r&#233;cits &#233;difiants, et les manifestes utopiques sont des appels impuissants. Les seconds pr&#233;valent sur les premiers quand l'utopie enr&#244;le le temps pour que l'utopie confie &#224; l'histoire, une histoire de sa propre r&#233;alisation - de son propre accomplissement. Ce qu'elle attendait d'une illumination gagnant quelque fondateur, elle peut l'attendre d&#233;sormais d'une transition que l'utopie envisage de m&#233;nager entre le pr&#233;sent qu'elle refuse et l'avenir qu'elle vise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contrairement &#224; la l&#233;gende, ce n'est pas &#224; Marx que l'on doit l'id&#233;e de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une voie est ainsi ouverte, ne serait-ce qu'en pens&#233;e, qui conduit des utopies r&#234;v&#233;es aux utopies pratiqu&#233;es. Mais ces utopies - ces formes utopiques du socialisme et du communisme - se condamnent &#224; l'impuissance parce qu'elles pensent leur action &#224; l'abri du double paradigme de l'&#233;ducation (et de la propagation) et l'application (et de l'exp&#233;rimentation) : ne connaissant que l'action p&#233;dagogique et l'action technique, elles manquent l'action strat&#233;gique ajust&#233;e au meilleur de leurs projets. C'est pourquoi, m&#234;me quand elle para&#238;t volontariste, l'utopie classique demeure vell&#233;itaire. Qu'elle l'avoue ou qu'elle la taise, c'est son aversion pour la strat&#233;gie qui d&#233;finit l'utopie. L'utopie est un refus ou un simulacre de strat&#233;gie. Ce faisant, l'utopie abstraite reste un v&#339;u pieu. Qu'en est-il alors de l'utopie r&#233;put&#233;e concr&#232;te - celle de Marx, nomm&#233;ment ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. L'utopie concr&#232;te n'est-elle qu'une promesse vide ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La critique des utopies par Marx est connue. Trop connue peut-&#234;tre, car elle se laisse pas enfermer dans les quelques pages qui la r&#233;sument&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce propos : H. Maler, Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il faut pourtant se risquer &#224; r&#233;sumer ce r&#233;sum&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une critique strat&#233;gique des utopies&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entre deux mots d'ordre -.&lt;/i&gt; Que les fondateurs du socialisme et du communisme se laissent enferm&#233;s dans l'utopie abstraite m&#233;rite explication. Et d'abord celle-ci : &#171; ...ils ne voient dans la mi&#172;s&#232;re que la mis&#232;re, sans y voir le c&#244;t&#233; r&#233;volutionnaire, subversif, qui renversera la soci&#233;t&#233; ancienne &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Mis&#232;re de la Philosophie, &#201;ditions sociales, p. 133&#034; id=&#034;nh8-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le d&#233;passement de l'utopie abstraite en d&#233;coule aussit&#244;t : si le devenir r&#233;volutionnaire de la science repose sur sa capacit&#233; &#224; devenir l'expression du mouvement r&#233;el, le premier mot de la science r&#233;volutionnaire consiste dans la th&#233;orie de ce mouvement r&#233;el, et son premier mot d'ordre, expression &lt;i&gt;strat&#233;gique&lt;/i&gt; du mouvement historique, proclame que l'&#233;mancipation des travailleurs sera l'&#339;uvre des travailleurs eux-m&#234;mes. Mais comment ? C'est aux utopistes et, par-del&#224; les uto&#172;pistes, &#224; tous les prol&#233;taires que Marx s'adresse lorsqu'il d&#233;clare : &#171; Ne dites pas que le mouvement social exclut le mouvement politique. Il n'y jamais de mouvement politique qui ne soit social en m&#234;me temps. Ce n'est que dans un ordre de choses o&#249; il n'y aura plus de classes que les &#233;volutions sociales ces&#172;seront d'&#234;tre des r&#233;volutions politiques. Jusque-l&#224;, &#224; la veille de chaque re&#172;maniement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;,&lt;i&gt; le dernier mot de la science sociale sera toujours : &#034;Le combat ou la mort : la lutte sanguinaire ou le n&#233;ant. &lt;/i&gt;C'est ainsi que la question est invinciblement pos&#233;e&lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt; (George Sand) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit., p. 179.&#034; id=&#034;nh8-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi le premier mot de la science sociale - l'auto&#233;mancipation prol&#233;tarienne - dessine un trajet. Mais &#171; le dernier mot de la science sociale &#187;, expression &lt;i&gt;strat&#233;gique&lt;/i&gt; de son enseignement, pr&#233;cise la modalit&#233; d'ex&#233;cution : la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Le concept strat&#233;gique de bataille d&#233;cisive s'oppose au concept utopique de fondation r&#233;ussie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entre deux utopies ? -. &lt;/i&gt;C'est l'opposition entre utopie et strat&#233;gie qu'ent&#233;rine la distinction entre le socialisme doctrinaire et du socialisme r&#233;volutionnaire : sont utopiques les projets qui ne peuvent se convertir en strat&#233;gie.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Aux utopies qui confient &#224; des projections et des &#233;vasions imaginaires le soin d'accomplir leurs projets - aux utopies prises en flagrant d&#233;lit de fuite &#233;perdue et d'errance sans fin - Marx aurait oppos&#233;, sans renier tout ou partie de leurs aspirations, le sol historique et strat&#233;gique o&#249; prendre pied sans prendre racines. Le passage du socialisme de l'utopie &#224; la science ou de l'utopie abstraite &#224; l'utopie concr&#232;te aurait accompli, du moins en pens&#233;e, la rupture d&#233;cisive et ouvert un chemin qu'il ne restait plus qu'&#224; emprunter : est-il exact de soutenir qu'avec la pens&#233;e de Marx, une utopie bien fond&#233;e s'offre &#224; une strat&#233;gie bien comprise ? On peut en douter... Marx tente de d&#233;montrer la n&#233;cessaire possibilit&#233; du communisme en c&#233;dant &#224; la tentation de promettre sa n&#233;cessaire effectivit&#233;. Ce faisant, la d&#233;monstration marxienne de la n&#233;cessit&#233; du commu&#172;nisme neu&#172;tralise la strat&#233;gie qui devrait permettre de le r&#233;aliser : uto&#172;pie contre strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Une neutralisation utopique de la strat&#233;gie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La strat&#233;gie absorb&#233;e par l'histoire -.&lt;/i&gt; C'est de la strat&#233;gie dont on se d&#233;tourne, certes, en imaginant des moyens imaginaires en vue d'une fin qui ne l'est pas moins : au risque de s'abandonner ainsi aux formes classiques de l'utopie. Mais on ne se d&#233;tourne pas moins de la strat&#233;gie en enfouissant la strat&#233;gie dans l'histoire. Cet effacement de la strat&#233;gie, s'il est loin d'&#234;tre constant chez Marx, signale l'utopie du genre st&#233;rile.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&#192; suivre Marx, les objectifs strat&#233;giques sont l'expression d'une n&#233;cessit&#233; historique qui ne se borne pas &#224; les faire surgir, mais les absorbe. La strat&#233;gie requise n'est jamais que l'expression de la n&#233;cessit&#233; comprise. Au point qu'histoire et strat&#233;gie se confondent, et que le discours strat&#233;gique &#233;nonce dans la langue de la pratique ce que le discours historique exprime dans la langue de la th&#233;orie. Le vocabulaire des t&#226;ches politiques est la transposition de la connaissance du mouvement r&#233;el : les mots d'ordre ne sont jamais que des traductions. Et si le mouvement r&#233;el reste en de&#231;&#224; des promesses de son accomplissement, les mots d'ordre ne sont que des rappels &#224; l'ordre. L'histoire est une parturiente ; la r&#233;volution sa sage-femme. L'histoire est en g&#233;sine, et peu importe alors qu'il s'agisse de lib&#233;rer ses flancs des forces productives qui s'y trouvent enferm&#233;es ou des formes sociales qui s'y trouvent pr&#233;form&#233;es ; peu importe que la grossesse aille &#224; son terme ou soit pr&#233;cipit&#233;e : l'avenir est d&#233;j&#224; l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; La strat&#233;gie d&#233;bord&#233;e par la promesse&lt;/i&gt; -. La tentation de confier l'accomplissement in&#233;luctable du communisme &#224; la dialectique de l'histoire est constante : lorsqu'elle ne promet pas que l'essence humaine trouvera les formes ad&#233;quates &#224; son effectivit&#233;, elle promet que le contenu du communisme trouve (d&#233;j&#224; partiellement) ou trouvera (bient&#244;t n&#233;cessairement) les formes qu'appellent in&#233;luctablement sa r&#233;alisation immanente. Ainsi, la critique l&#233;gitime de l'invention des formes de l'avenir en l'absence des conditions qui en rendent possible le contenu a pour revers, dans l'&#339;uvre de Marx,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;une r&#233;v&#233;lation du contenu de l'avenir en l'absence des formes qui y conduisent&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Car, la th&#233;orie, selon Marx, peut et doit se limiter &#224; l'enregistrement de formes qui seraient octroy&#233;es par l'histoire elle-m&#234;me, sans recours &#224; leur invention collective par les hommes : c'est ainsi que Marx interpr&#232;te les coop&#233;ratives, formes enfin trouv&#233;es de la socialisation du travail, et la Commune, forme enfin trouv&#233;e de la dictature du prol&#233;tariat. Du m&#234;me coup, c'est la n&#233;cessaire d&#233;tection de ces formes qui, sans &#234;tre annul&#233;e, menace d'&#234;tre futilis&#233;e. Comme si l'on pouvait s'en remettre &#224; une histoire tut&#233;laire de d&#233;couvrir elle-m&#234;me les formes de l'&#233;mancipation, &#224; charge pour cette histoire de se porter garant de l'innocuit&#233; des recettes qui seront pr&#233;par&#233;es dans les marmites de l'avenir. Qu'il n'en soit rien, c'est un moindre bilan que l'on peut tirer du stalinisme...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;III. Strat&#233;gie pour l'utopie ?&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;De quelle pratique rel&#232;ve l'utopie bien comprise quand elle s'affranchit des mod&#232;les d'action qui la r&#233;duisent &#224; l'impuissance ou qui confirment son impuissance ? &#192; quelle strat&#233;gie peut-on confier l'utopie pour qu'elle ne reste pas enferm&#233;e dans son discours dissident ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Quelle utopie pour quel projet ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelle utopie appelle l'autocritique de l'utopie ? Peut-&#234;tre pourrait-on se risquer &#224; dire ceci : l'utopie n'a de sens que comme pari, comme invention, comme id&#233;al. Ce pari est strat&#233;gique, cette invention est projective, cet id&#233;al est libertaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui suit a fait l'objet de multiples autoplagiats des ma part dans divers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie repose sur un pari&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;L'utopie est un pari -&lt;/i&gt;. C'est un pari, et non un souhait (qui n'engage &#224; rien) ou un destin (qui nous engage malgr&#233; nous). L'utopie, mais concr&#232;te, n'est ni le suppl&#233;ment d'&#226;me qui permettrait d'assaisonner le r&#233;alisme gestionnaire (ou la dotation de sens qui sauverait le monde de l'insignifiance), ni le trajet balis&#233; qui conduirait au but sans qu'il soit n&#233;cessaire de le choisir. L'utopie est un pari, parce qu'aucune histoire tut&#233;laire n'en garantit l'accomplissement. Mais c'est un pari n&#233;cessaire : un pari n&#233;cessaire, et non pas un pari arbitraire. Ce n'est pas un pari arbitraire, livr&#233; &#224; un hasard incalculable ou &#224; une libert&#233; impond&#233;rable. C'est un pari n&#233;cessaire, dans la mesure o&#249; sont r&#233;unies les conditions qui permettent de le tenir, si ce n'est, &#224; coup s&#251;r, de le gagner. C'est un pari n&#233;cessaire, pour peu que l'on admette que les d&#233;sastres historiques subis au nom du communisme le furent d'abord contre lui. Face &#224; un capitalisme devenu plan&#233;taire, parier sur l'impossible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour reprendre l'expression de Ren&#233; Sch&#233;rer : Pari sur l'impossible, Presses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est indispensable et rationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Ce pari est strat&#233;gique&lt;/i&gt; -. &#192; quoi reconna&#238;t-on l'utopie abstraite ou doctrinaire, lorsqu'on ne se borne pas &#224; la d&#233;finir par le genre litt&#233;raire ou philosophique qui la contiendrait toute enti&#232;re ? Simplement &#224; ce qu'elle exclut toute possibilit&#233; d'ajuster au but qu'elle vise les moyens de l'atteindre. Onirique ou h&#233;ro&#239;que, r&#234;veuse ou ardente, repli&#233;e sur elle-m&#234;me ou d&#233;ploy&#233;e dans l'action, l'utopie chim&#233;rique exclut tout projet strat&#233;gique. Parier strat&#233;giquement sur l'utopie, c'est parier sur une action collective qui s'empare des potentialit&#233;s inscrites au c&#339;ur du mouvement r&#233;el des soci&#233;t&#233;s humaines, mais qui, contrari&#233;es, forment l'envers ou le revers de leur morne ou sinistre reproduction. C'est parier sur une action collective qui s'empare des possibilit&#233;s disruptives qui minent sourdement l'ordre &#233;tabli, et dont les charges explosives doivent &#234;tre allum&#233;es. C'est parier sur les r&#233;bellions, parfois infimes, toujours plurielles, jamais ultimes : parce qu'elles ne prennent pas imm&#233;diatement leur sens en fonction d'un assaut massif qui forme pourtant l'horizon de leur efficacit&#233; ; parce qu'elles ne s'ordonnent pas spontan&#233;ment autour d'une contradiction centrale qui fournit parfois le principe de leur intelligibilit&#233; ; parce qu'elles ne prennent pas leur sens en fonction d'une n&#233;gation finale et fatale, bien qu'elles aspirent &#224; &#234;tre fatales &#224; la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; L'utopie suppose une invention &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;L'utopie est une invention -&lt;/i&gt;. C'est une invention, et non pas un but (fix&#233; d'avance) ou un mouvement (livr&#233; &#224; lui-m&#234;me). L'utopie, mais concr&#232;te, ne nous attend pas, pr&#233;form&#233;e, au terme d'un voyage que nous serions contraint d'accomplir ; elle ne se confond pas avec un itin&#233;raire qui nous d&#233;couvrirait, sans que nous ayons &#224; le dessiner, le paysage o&#249; nous devrions s&#233;journer. L'utopie est une invention, parce qu'elle ne figure sur aucune carte. Mais c'est une invention collective : une invention collective, et non pas individuelle. Ce n'est pas une invention doctrinaire (abandonn&#233; au g&#233;nie de quelque penseur ou guide individuel qui &#233;rigent les particularit&#233;s de leur invention en programme d'avenir), mais une invention d&#233;mocratique. Car il n'y a pas d'invention d'un avenir d&#233;mocratique sans invention d&#233;mocratique de cet avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Cette invention est projective -.&lt;/i&gt; La d&#233;tection du contenu potentiel de l'&#233;mancipation, non seulement n'ouvre sur aucune promesse de son accomplissement, mais impose de d&#233;tecter, et le cas &#233;ch&#233;ant d'inventer les &lt;i&gt;formes&lt;/i&gt; de cet accomplissement. Cette invention peut ne pas &#234;tre arbitraire et doctrinaire, pour peu qu'elle reste enracin&#233;e dans le champ des possibilit&#233;s concr&#232;tes, utopiquement ouvert par le changement social : pour peu qu'elle proc&#232;de de virtualit&#233;s dont elle pr&#233;pare et devance l'actualisation. Sans doute les probl&#232;mes que se pose l'humanit&#233; ne sont-ils pas ind&#233;pendants de la possibilit&#233; de les r&#233;soudre. Mais il n'est pas vrai que les solutions soient int&#233;gralement donn&#233;es avec les probl&#232;mes. Sans doute peut-on constater que si la recherche th&#233;orique prend le pas sur toute activit&#233; pratique, c'est que les conditions de la transformation escompt&#233;e ne sont pas r&#233;unies. Mais tant que cette r&#233;flexion fait d&#233;faut, c'est que les forces d'&#233;mancipation demeurent livr&#233;es &#224; un mouvement historique qui reste soustrait &#224; leur emprise. Sans doute est-il p&#233;rilleux de s'abandonner &#224; l'anticipation doctrinaire des formes de l'avenir. Mais abandonner au d&#233;veloppement de l'histoire ou &#224; une phase ult&#233;rieure de la science la d&#233;couverte des formes ad&#233;quates au contenu de l'&#233;mancipation, c'est pratiquement prendre le risque de voir ces formes d&#233;naturer le contenu. C'est encore un moindre bilan que l'on peut tirer du stalinisme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; L'utopie propose un id&#233;al &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;L'utopie est un id&#233;al -&lt;/i&gt;. L'utopie, mais concr&#232;te, n'est pas un r&#234;ve (car le r&#234;ve &#233;veill&#233; n'est, &#224; tout prendre, qu'une fa&#231;on de dormir debout) ou une promesse (car la promesse suppose une histoire tut&#233;laire qui s'en porterait garant). L'utopie est un id&#233;al (car on ne se dirige que vers un id&#233;al), mais un id&#233;al branch&#233; sur le r&#233;el. Plus exactement, l'utopie ne vaut que par l'id&#233;al qui la soutient et qu'elle vise. Cet id&#233;al n'a pas &#224; subir l'&#233;preuve d'une fondation transcendantale qui, ant&#233;rieure &#224; l'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233; o&#249; il tenterait de s'incarner, se pulv&#233;riserait au contact du r&#233;el. Cet id&#233;al n'est pas l'ombre port&#233;e de la r&#233;alit&#233; existante, mais sa n&#233;gation concr&#232;te et potentielle. L'utopie concr&#232;te est donc, &#224; la fois, le mouvement r&#233;el (et actuel) de sa virtualit&#233; et l'id&#233;al de son accomplissement. Elle est cet id&#233;al parce qu'elle est ce mouvement. Cet id&#233;al repose sur une &#233;thique. Cette &#233;thique, il ne suffit pas d'en proclamer l'existence, faute de pouvoir en d&#233;terminer les fondements ; mais il n'est pas souhaitable d'en rechercher les fondements, s'ils ne doivent fonder aucun contenu. &#192; une &#233;thique des fondements formels ne pourrait-on pas opposer une &#233;thique des fondations r&#233;elles ? Les &#233;thiques du fondement - je pense particuli&#232;rement aux fondations contractuelles ou proc&#233;durales que nous proposent Rawls ou Habermas - n'&#233;chappent au relativisme que parce qu'elles se soustraient &#224; l'histoire : au risque de ne jamais la retrouver. Une &#233;thique des fondations historiques peut &#233;chapper aux pi&#232;ges du relativisme, pour peu qu'elle repose sur une valeur qui permette de relativiser le relativisme. Mais laquelle ? &#192; une &#233;thique du bien, ne faut-il pas pr&#233;f&#233;rer une &#233;thique de la libert&#233; ? Les &#233;thiques du bien, qu'elles parlent le langage du bonheur ou de la vertu, du devoir ou de la puissance sont des &#233;thiques qui, priv&#233;es ou publiques, ne peuvent s'ouvrir sur aucune politique morale. Seule le peut une &#233;thique de la libert&#233;, mais pas n'importe qu'elle libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Cet id&#233;al est libertaire&lt;/i&gt; -. Une &#233;thique de la libert&#233; n'a pas besoin d'&#234;tre fond&#233;e, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle s'enracine. Car elle s'enracine : dans l'oppression qu'il s'agit de combattre ou de conjurer. Elle peut &#234;tre historiquement situ&#233;e, et cependant universalisable - relative, et cependant universelle. Mais aussi : formellement d&#233;finie, et cependant socialement identifiable. Kant lorsqu'il s'effor&#231;ait de d&#233;finir le principe de la libert&#233; pour la constitution d'une communaut&#233;, le d&#233;finissait ainsi : la libert&#233; pour chacun de chercher le bonheur dans la voie qui lui semble, &#224; lui, &#234;tre la bonne, pourvu qu'elle puisse coexister avec la libert&#233; d'autrui. Il semble que l'on ne saurait mieux dire. Mais un tel principe reste suspendu en l'air quand il n'est pas inscrit dans le mouvement r&#233;el des soci&#233;t&#233;s et de l'histoire. Pourtant, de cette formule, on peut d&#233;gager ainsi la port&#233;e sociale : &#171; le libre d&#233;veloppement de chacun comme condition du libre d&#233;veloppement de tous &#187;. C'est ainsi que Marx, dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, d&#233;finissait le communisme. N'ayons pas peur du mot si l'on peut garder la chose. Car cette maxime du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; conjugue un id&#233;al moral et une norme sociale. C'est un id&#233;al, parce que port&#233;e par le mouvement historique, cette &#233;mancipation individuelle n'est r&#233;elle que comme une virtualit&#233;. C'est un id&#233;al moral, parce que la libert&#233; ainsi comprise est un id&#233;al universalisable, qui est peut-&#234;tre le seul qui le soit indiscutablement. Mais surtout, cet id&#233;al se conjugue avec une norme sociale : celui d'une soci&#233;t&#233; qui prend la libert&#233; de chacune et de chacun comme mesure de ses progr&#232;s - une soci&#233;t&#233; qui doit &#234;tre collectivement et d&#233;mocratiquement invent&#233;e, car elle peut &#234;tre invent&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Quelle strat&#233;gie pour quels possibles ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;L'utopie en appelle &#224; d'autre possibles, aux formes contrari&#233;es du possible : &#224; des virtualit&#233;s contrari&#233;es et disruptives. Comment les d&#233;chiffrer ? Comment les accomplir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel d&#233;chiffrement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;chiffrement dialectique des virtualit&#233;s &lt;/i&gt;-. La terre natale de tous les possibles se trouve dans les tensions qui animent la r&#233;alit&#233; sociale, et, parmi ces tensions, les contradictions inscrivent dans la r&#233;alit&#233; les possibilit&#233;s les plus &#233;ruptives. &#192; ce titre, le d&#233;chiffrement des virtualit&#233;s utopiques ne peut &#234;tre que dialectique. &#192; ce titre, c'est encore Marx qui apprend comment peut &#234;tre fond&#233;e une utopie disruptive et projective qui donne prise &#224; une strat&#233;gie de l'&#233;mancipation humaine : quand il tente de d&#233;tecter, dans les conditions et les contradictions qui d&#233;terminent des tendances n&#233;cessaires, &lt;i&gt;non la pr&#233;vision d'un avenir in&#233;luctable, mais des allusions &#224; un avenir possible.&lt;/i&gt; Une dialectique utopique ainsi comprise permettrait de faire droit aux possibles r&#233;els qui minent l'ordre social existant et de red&#233;couvrir, sous le temps des n&#233;cessit&#233;s lin&#233;aires, le temps des virtualit&#233;s disruptives, qui appellent leur d&#233;tection et leur actualisation. &#192; condition de renoncer &#224; traiter les contradictions disruptives comme des promesses d'un effondrement final et les conditions disruptives comme des causes d'un accomplissement in&#233;luctable, la dialectique de la possibilit&#233; peut &#234;tre red&#233;ploy&#233;e. &#192; condition que la n&#233;gation d&#233;termin&#233;e ne soit plus consid&#233;r&#233;e comme fatale et univoque, mais comme virtuelle et plurielle, la dialectique de la n&#233;gativit&#233; peut &#234;tre transform&#233;e. &#192; condition de penser le rapport entre les conditions objectives et les conditions subjectives non plus en termes de compl&#233;mentarit&#233; in&#233;vitable, mais d'intrication potentielle, l'utopie laisse ouvert l'espace de la strat&#233;gie. Car les conditions et les contradictions n'abolissent pas pour autant la n&#233;cessit&#233; d'une rupture dont elles ne d&#233;livrent pas la promesse : leurs concepts sont autant de concepts &lt;i&gt;strat&#233;giques&lt;/i&gt; disponibles pour une pratique transformatrice, et non des concepts &lt;i&gt;t&#233;l&#233;ologiques&lt;/i&gt; qui d&#233;livrent de son invention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;chiffrement strat&#233;gique des virtualit&#233;s&lt;/i&gt;-. Les virtualit&#233;s utopiques rel&#232;vent d'une dialectique sans promesse&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Mais peut-&#234;tre la r&#233;f&#233;rence &#224; la dialectique laisse-t-elle se perp&#233;tuer des &#233;quivoques irr&#233;m&#233;diables. La dialectique h&#233;g&#233;lienne n'est pas un omnibus dont on peut descendre &#224; la gare de son choix ou un train que l'on peut arr&#234;ter d&#232;s que l'on a tir&#233; sur le signal d'alarme au premier signe de danger. Surtout quand la logique de la contradiction est ramen&#233;e &#224; ses expressions les plus pauvres : quand elle pr&#233;tend saisir le sens de l'histoire en fonction d'une contradiction finale, dont la suppression garantirait une &#233;mancipation ultime ; quand elle pr&#233;tend saisir la dynamique des luttes en fonction d'un antagonisme frontal, dont chaque conflit partiel donnerait le signal ; quand elle invite &#224; traiter toute r&#233;forme comme une r&#233;cup&#233;ration qui menace d'&#233;mousser la contradiction ou &#224; se m&#233;fier de toute attaque locale quand celle-ci ne permet pas d'agir radicalement sur la totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant au moins du d&#233;chiffrement strat&#233;gique des combats sociaux, la logique de l'antagonisme doit &#234;tre compl&#233;t&#233;e, sinon remplac&#233;e, par une logique de l'agonisme. Celle-l&#224; m&#234;me que Foucault invitait &#224; d&#233;ployer, du moins pour comprendre les particularit&#233;s des r&#233;sistances qui s'inscrivent dans les relations de pouvoir : &#171; Plut&#244;t que d'un &#171; antagonisme &#187; essentiel, il vaudrait mieux parler d'un &#171; agonisme &#187; - d'un rapport qui est &#224; la fois d'incitation r&#233;ciproque et de lutte ; moins une opposition terme &#224; terme qui les bloque l'un en face de l'autre que d'une provocation permanente &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, &#171; Le sujet et le pouvoir &#187;, 1982, dans Dits et Ecrits, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est l'avance du pouvoir qui le fragilise. Mais pas au point d'engendrer sa propre n&#233;gation : &#171; En fait l'impression que le pouvoir vacille est fausse, car il peut op&#233;rer un repli, se d&#233;placer ailleurs, investir ailleurs, ... et la bataille continue &#187;. De l&#224; cette conclusion toute provisoire : &#171; Il faut accepter l'ind&#233;fini de la lutte...Cela ne veut pas dire qu'elle ne finira pas un jour... &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, &#171; Pouvoir et corps &#187;, Quel corps ? n&#176;2, septembre-octobre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel accomplissement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le possible utopique n'est pas un tournesol tourn&#233; vers l'avenir radieux. Ce n'est pas non plus, contrairement &#224; une m&#233;taphore insistante de Marx, un rejeton qui attend, dans les flancs du capitalisme, l'heure de sa d&#233;livrance. L'actualit&#233; insistante d'une bifurcation de l'histoire place p&#233;riodiquement ses acteurs au bord du gouffre : strat&#233;gie est le nom du franchissement - incertain, aventureux et indispensable. Que serait une strat&#233;gie ajust&#233;e &#224; l'utopie ? Michel Foucault, en partie malgr&#233; lui, peut offrir encore quelques indications&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il serait sans doute possible et peut-&#234;tre souhaitable de prendre pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De la strat&#233;gie-effet &#224; la strat&#233;gie-projet ? &lt;/i&gt;-. Le champ du possible - le jeu du possible et de l'impossible - est dessin&#233; tactiquement par le jeu mouvant des rapports de forces et strat&#233;giquement par le sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral des relations d'exploitation et de domination. Aucune strat&#233;gie de l'&#233;mancipation n'est concevable sans une cartographie de ces relations. C'est ce relev&#233; topographique du champ de bataille que propose Foucault, s'agissant au moins des relations de pouvoir, quand il invite &#224; penser les champs de batailles dans le langage des champs de batailles, et donc &#224; penser strat&#233;giquement les relations de pouvoirs et les luttes qui s'inscrivent dans ces relations. Il montre alors comment des strat&#233;gies d'ensemble peuvent na&#238;tre de tactiques et de technologies locales, se constituer &#224; partir de projets multiples et de multiples sujets, sans &#234;tre l'&#339;uvre d'un ma&#238;tre-strat&#232;ge : des &lt;i&gt;strat&#233;gies-effets&lt;/i&gt;, sans sujet et sans projet - mais dont au peut cependant retrouver le diagramme. Mais il souligne &#233;galement que le codage strat&#233;gique des relations de pouvoir peut avoir pour contrepartie un codage strat&#233;gique des points de r&#233;sistance qui rend possible les r&#233;volutions. Ce codage est pour une part non intentionnel ; ses effets peuvent &#234;tre des effets non voulus, et parfois catastrophiques. Est-il possible de penser et, le cas &#233;ch&#233;ant, de forger une &lt;i&gt;strat&#233;gie-projet&lt;/i&gt; qui ne serait pas le r&#233;sultat impr&#233;visible des luttes ? Une telle strat&#233;gie, pour ne pas tourner au cauchemar, suppose un double renoncement : &#224; la science doctrinaire qui propose, en guise de strat&#233;gie, le syst&#232;me de son propre accomplissement ; &#224; l'histoire tut&#233;laire, qui propose, en guise de strat&#233;gie, le sens unique de sa r&#233;alisation. Un projet strat&#233;gique, &#224; la diff&#233;rence d'un projet technique qui se fonderait sur la science ou d'une promesse historique qui se pr&#233;vaudrait de la dialectique ne se laisse pas d&#233;duire du savoir. Si l'effet strat&#233;gique r&#233;sulte de l'int&#233;gration de tactiques et de techniques multiples, diverses par leur consistance et par leur intentionnalit&#233;, un projet strat&#233;gique devrait proc&#233;der &#224; l'int&#233;gration cr&#233;atrice de virtualit&#233;s multiples. Ce qui vaut pour toute strat&#233;gie vaudrait &#233;galement pour une strat&#233;gie utopique : &#171; La strat&#233;gie consiste &#224; faire concourir des moyens h&#233;t&#233;rog&#232;nes et des actions dissemblables &#224; la r&#233;alisation d'objectifs globaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bertrand Saint-Sernin, article &#171; strat&#233;gie &#187;, Encyclopedia Universalis.&#034; id=&#034;nh8-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Un projet strat&#233;gique offrirait alors, non le sch&#233;ma syst&#233;matique des itin&#233;raires forc&#233;s, mais le tableau synoptique des choix possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des tactiques locales &#224; la strat&#233;gie g&#233;n&#233;rale ? &lt;/i&gt;-. Les virtualit&#233;s am&#233;nag&#233;es par les relations de pouvoir dans leur exercice quotidien dessinent les limites de l'accessible, et ces limites tendent &#224; co&#239;ncider avec les fronti&#232;res de l'ordre &#233;tabli ; les virtualit&#233;s contrari&#233;es par les relations d'exploitation, de domination ou de pouvoir - ces virtualit&#233;s que r&#233;v&#232;lent la plupart des formes de r&#233;bellion - tracent en pointill&#233; l'acharnement du possible utopique : un acharnement qui d&#233;place les fronti&#232;res et cherche &#224; les transgresser. &#171; Ind&#233;fini de la lutte &#187;, dit Foucault : ce qui ne signifie pas qu'elle doive uniquement se solder par une paisible &#233;volution ou un rassurant progr&#232;s. L'utopie majuscule, index&#233;e sur la Raison et sur l'Histoire, globalement pensable ou figurable, a &#233;t&#233; ensevelie, semble-t-il, sous les d&#233;combres du si&#232;cle. Ne resteraient que des h&#233;t&#233;rotopies locales et fragmentaires, des tactiques dispers&#233;es ou diss&#233;min&#233;es, des lignes de fuites rebelles &#224; toutes les lignes de front. Ces tactiques locales peuvent-elles encore s'int&#233;grer &#224; une strat&#233;gie g&#233;n&#233;rale ? Est-il encore pensable de nouer la virtuosit&#233; tactique - le sens de l'occasion - au calcul strat&#233;gique ? Foucault, parce qu'il se refusait &#224; toute posture proph&#233;tique, se d&#233;fendait de pr&#233;coniser une quelconque strat&#233;gie. Mais il ne cesse de montrer comment une r&#233;volution qui reste aveugle sur ses propres conditions creuse son propre tombeau. D'o&#249; l'on pourrait conclure, malgr&#233; Foucault (et pour une part contre Marx), que si la domination peut se passer de projet strat&#233;gique, il ne peut exister d'&#233;mancipation sans projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Convoiter l'impossible ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ceux qui objectent d'avance que l'utopie, mais concr&#232;te, n'offre &#224; l'action politique qu'un pari st&#233;rile, un id&#233;al superflu, une invention improbable, il faut r&#233;pondre : ce pari est efficace, cet id&#233;al est indispensable, cette invention est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un pari efficace&lt;/i&gt; ? Le pari sur l'utopie, quand il est rationnel et qu'elle est concr&#232;te, ne nous renvoie pas aux lendemains qui chantent. Il dicte une action concr&#232;te qui n'est ni passivement suspendue &#224; l'attente du grand soir, ni m&#233;caniquement subordonn&#233;e &#224; la perspective de la r&#233;volution. Ce pari conditionne des refus irr&#233;ductibles. Mais ces refus ne sont pas de simples t&#233;moignages : ils inscrivent leurs effets dans la r&#233;alit&#233;. Ils &#233;branlent les formes de pens&#233;e qui, parce qu'elles cimentent la domination, font partie de sa r&#233;alit&#233;. Ils inscrivent la puissance des r&#233;sistances et des luttes dans le corps de la moindre r&#233;forme partielle, quand ils ne pr&#233;parent pas des r&#233;formes radicales. Ils sont r&#233;alistes, parce qu'ils ne laissent aucun r&#233;pit aux gestionnaires du r&#233;el. Ils produisent des effets strat&#233;giques sur lesquels peuvent embrayer des projets strat&#233;giques. L'utopie rebelle, non seulement r&#233;pond aux urgences du pr&#233;sent, mais donne leurs chances &#224; des virtualit&#233;s d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un id&#233;al indispensable ?&lt;/i&gt; De quelque fa&#231;on que l'on tourne et retourne les valeurs en pr&#233;sence et les &#233;thiques qui pr&#233;tendent les refonder, quels que soient les chevauchements, les brouillages ou les emprunts, une fracture morale, sociale, politique court sous la surface des grands d&#233;bats insignifiants et des petits affrontements rituels. Elle dessine encore et pour longtemps, une ligne de partage entre deux conceptions &#233;thiques et politiques de la d&#233;mocratie : celle qui vit repli&#233;e dans son cantonnement lib&#233;ral et celle qui tente de se d&#233;ployer vers un horizon libertaire. Et cette ligne de partage distribue les partisans en deux camps qui admettent bien des transfuges : d'un c&#244;t&#233; ceux qui, par go&#251;t du laisser-faire ou du pr&#234;t-&#224;-penser, s'&#233;merveillent (ou se r&#233;signent) &#224; l'id&#233;e de vivre dans un monde o&#249; l'affairement d&#233;sordonn&#233; de quelques-uns serait, au mieux, la condition du d&#233;veloppement mutil&#233; de tous les autres ; et, d'un autre c&#244;t&#233;, ceux qui traquent la virtualit&#233; utopique d'une libert&#233; de tous qui tendrait &#224; co&#239;ncider avec la libert&#233; de chacun. Convoiter l'impossible, c'est convoiter cette libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une invention possible ? &lt;/i&gt;L'invention d&#233;mocratique d'un avenir utopique est-elle possible, sans retomber dans les orni&#232;res doctrinaires ? Les formes d'un avenir utopiques peuvent-elles &#234;tre esquiss&#233;es et les dispositifs de sa conqu&#234;te peuvent-ils &#234;tre cr&#233;&#233;s ? Peut-on reformuler, en des termes nouveaux, les questions lancinantes du programme et du parti, sans succomber au mirage d'un avenir trac&#233; d'avance et sans tomber dans le pi&#232;ge d'une avant-garde nimb&#233;e par cet avenir ? Car si l'on confie l'utopie &#224; un ma&#238;tre strat&#232;ge, comment pourrait-on &#233;viter la d&#233;gradation de la strat&#233;gie en technologie impuissante et/ou la confiscation de l'utopie par une bureaucratie mena&#231;ante ? Comment concilier d&#233;mocratie et strat&#233;gie ? Questions bonnes &#224; ressasser avant de risquer des r&#233;ponses...&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Source &lt;/strong&gt; : &#171; L'utopie entre chim&#232;re et strat&#233;gie &#187;, dans&lt;i&gt; Corps, art et soci&#233;t&#233;. Chim&#232;res et utopies&lt;/i&gt; (sous la direction de Lydie Pearl, Patrick Baudry et Jean-Marc Lachaud, L'Harmattan, mai 1998, p.269-292.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Reybaud, &lt;i&gt;Etudes sur les r&#233;formateurs ou socialistes modernes&lt;/i&gt;, septi&#232;me &#233;dition, 1864, Art et Culture, 1978, t.2, p. 42.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette contribution reprend, pour les pr&#233;ciser et les prolonger, des fragments d'analyse propos&#233;s dans : H. Maler&lt;i&gt;, Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt;, Albin Michel, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, les indications des auteurs mentionn&#233;s au fur et &#224; mesure nous ont &#233;t&#233; tr&#232;s pr&#233;cieuses, mais plus particuli&#232;rement celles de Jean -Yves Lacroix, &lt;i&gt;L'utopie&lt;/i&gt;, Philosophie pr&#233;sente, Bordas, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hom&#232;re, &lt;i&gt;L'Illiade&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade p. 193.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raymond Trousson, &lt;i&gt;Voyages aux pays de nulle part&lt;/i&gt;, &#233;d. de l'Universit&#233; de Bruxelles, p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Platon, &lt;i&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt;, 229 b-230 a, Pl&#233;iade t. 2 p. 12. Platon, par la bouche de Socrate, refuse de s'attarder &#224; des tentatives d'interpr&#233;tation des r&#233;cits mythologiques, tentatives d'explication qui tentent de proposer des explications physiques de ces r&#233;cits, notamment parce que de telles recherches d&#233;tournent de la connaissance de soi. Quant &#224; moi, pr&#233;cise Socrate, je veux me conna&#238;tre moi-m&#234;me et &#171; savoir si je suis un monstre plus aveugle et plus compliqu&#233; que Typhon ou un &#234;tre plus doux et plus simple et qui tient de la nature une part de lumi&#232;re et de divinit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme ceux de Th&#233;opompe de Chio (n&#233; vers 380 av. J.C), Lucien de Samostate (env. 125-env. 192), ou Pierre d'Ailly (1350-1420) ou encore, post&#233;rieurs &#224; l'&#339;uvre de Thomas More, les r&#233;cits de Cyrano de Bergerac ou de Swift.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Thomas More, &lt;i&gt;L'utopie&lt;/i&gt;, G.F- Flammarion, p. 88-89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les diverses vari&#233;t&#233;s du voyage imaginaire, voir notamment : P.F. Moreau, &lt;i&gt;Le r&#233;cit utopique. Droit naturel et roman de l'Etat&lt;/i&gt;, P.U.F., 1982, pp. 107-120 et pp. 114-120 ; Trousson, op. cit., p. 27-28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. &#187; C'est cette mise en vraisemblance qui distingue les utopies des r&#233;cits de voyage fantastique par exemple &#187;. (Mich&#232;le Le Doeuff et Margaret Llasera, &#171; Pr&#233;face &#187; de &lt;i&gt;La Nouvelle Atlantide&lt;/i&gt;, de Sir Francis Bacon, Payot, 1983, p. 30).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Trousson, op. cit., p. 26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.F. Moreau, op. cit., p 112. Moreau rel&#232;ve, par exemple, que si les Australiens de Gabriel de Foigny sont hermaphrodites, c'est parce que l'hermaphrodisme figure une des conditions de la paix sociale (p. 113).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &#171; Th&#232;ses sur la philosophie de l'histoire &#187;, &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, t. 2 (1935-1940), Denol/Gonthier, 1983, p. 202.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est au XVIIe si&#232;cle que l'emploi de &#171; chim&#232;re &#187; comme nom commun se g&#233;n&#233;ralise. Si l'on en croit &lt;i&gt;le Dictionnaire du fran&#231;ais classique&lt;/i&gt;, il rev&#234;t alors trois significations : id&#233;e extravagante, ambition d&#233;mesur&#233;e - Forme d&#233;pourvue de r&#233;alit&#233; - Cr&#233;ation de l'imagination. Pendant ce temps, utopie a commenc&#233; son itin&#233;raire s&#233;mantique. C'est en Angleterre que, le nom propre devient, d&#232;s le XVIIe si&#232;cle, un nom commun qui d&#233;signe une conception imaginaire d'un gouvernement id&#233;al., Mais il faut, en France, attendre le XVIIIe si&#232;cle, pour que le terme, une nouvelle fois, soit emprunt&#233; &#224; l'anglais. Voir : Bronislaw Baczco, &lt;i&gt;Lumi&#232;res de l'utopie&lt;/i&gt;, Payot, 1978, pp. 20-21, 39.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Leibniz, sans parler de chim&#232;re, approche ce sens : &#171; Il est vrai qu'on peut imaginer des mondes possibles sans p&#233;ch&#233; et sans malheur et on pourrait en faire comme des romans, des utopies, des S&#233;varambes, mais ces m&#234;mes mondes seraient d'ailleurs fort inf&#233;rieurs en bien aux n&#244;tres &#187; (&lt;i&gt;Essais de th&#233;odic&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, 1969, p. 109). Le meilleur des mondes imaginaires est inf&#233;rieur au meilleur des mondes r&#233;els.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernst Bloch, &lt;i&gt;Le Principe Esp&#233;rance&lt;/i&gt;, Gallimard, 1982, t. 2, p. 45-46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charles Fourier, &lt;i&gt;La Fausse industrie&lt;/i&gt;, t.1, p. 82.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le d&#233;chiffrement strat&#233;gique des relations politiques et sociales ainsi que l'enr&#244;lement strat&#233;gique des pratiques et des techniques de contr&#244;le et de gestion - l'art de gouverner comme art de la guerre - sont ant&#233;rieurs au concept modernes de strat&#233;gie, qui ne prend son essor que dans le cours du XIXe si&#232;cle. La chose est ant&#233;rieure &#224; son concept.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charles Fourier, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, &#233;d. Anthropos, 1967, t. 1, respectivement p. 126 et p. 5. (I, 126, I, 5).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les copies-ic&#244;nes et simulacres-phantasmes : &lt;i&gt;Le Sophiste&lt;/i&gt; (235e-236c, 264 c), Pl&#233;iade t. 2 p. 285-287, 331 ; Gilles Deleuze, &#171; Platon et le simulacre &#187;, in &lt;i&gt;Logique du sens&lt;/i&gt;, &#233;d. de Minuit, pp. 292-307&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui est vrai des utopies narratives, l'est aussi des utopies l&#233;gislatives (les projets de l&#233;gislation id&#233;ale, parfois chass&#233;e du territoire de l'utopie par les analystes soucieux de pr&#233;server l'unit&#233; du genre). Ainsi de Platon s'efforce de penser les conditions de r&#233;alisation de son mod&#232;le (&lt;i&gt;La R&#233;publique&lt;/i&gt;, V 471 c et sq VI, 540 c-541 b, Pl&#233;iade t.1 p. 1049 sq. et p. 1138).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G&#233;rard Raulet, &#171; L'utopie est-elle un concept ? &#187;(1992) in &lt;i&gt;Chronique de l'Espace public&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 1994, p. 274.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Contrairement &#224; la l&#233;gende, ce n'est pas &#224; Marx que l'on doit l'id&#233;e de transition. Buonarotti l'&#233;voque dans &lt;i&gt;La conspiration poour l'&#233;galit&#233; dite de Babeuf&lt;/i&gt; (&#201;ditions sociales, p. 156, par ex.). On la trouve clairement chez Owen, Cabet, Fourier. Mais, afin d' &#171; effectuer avec ordre, sagesse et pr&#233;voyance, la transition du syst&#232;me faux au syst&#232;me vrai &#187;, pour reprendre une expression d'Owen (dans &lt;i&gt;Le livre du nouveau monde moral&lt;/i&gt;), la plupart des utopistes ne connaissent que de moyens pacifiques : Owen oppose &#224; la &#171; r&#233;volution par la force &#187; qui serait n&#233;faste pour tous &#187;, une &#171; r&#233;volution par la raison &#187; dont il assure qu'elle serait bienfaisante pour tous &#187; et &#171; irr&#233;sistible &#187; (R. Owen, &lt;i&gt;Textes choisis&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, p. 129, p. 147, 156) et pr&#233;conise la propagande et l'exp&#233;rimentation. Quant &#224; Cabet, il exclut non seulement la conspiration, mais &#233;galement l'exp&#233;rimentation : au b&#233;n&#233;fice de la propagande et de la conversion. (&lt;i&gt;Voyage en Icarie&lt;/i&gt;, &#233;d. Anthropos, pp. 360-361, 519 et 563-565).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce propos : &lt;i&gt;H. Maler, Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, p. 133&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op. cit., p. 179.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui suit a fait l'objet de multiples autoplagiats des ma part dans divers articles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour reprendre l'expression de Ren&#233; Sch&#233;rer : &lt;i&gt;Pari sur l'impossible&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Vincennes, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &#171; Le sujet et le pouvoir &#187;, 1982, dans &lt;i&gt;Dits et Ecrits&lt;/i&gt;, Gallimard, t. 4, p. 238.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &#171; Pouvoir et corps &#187;, &lt;i&gt;Quel corps ? &lt;/i&gt;n&#176;2, septembre-octobre 1975, dans &lt;i&gt;Dits et &#201;crits&lt;/i&gt;, Gallimard, t. 2, p. 754-755&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il serait sans doute possible et peut-&#234;tre souhaitable de prendre pour concept strat&#233;gique de l'action, celui qui pr&#233;vaut dans la th&#233;orie de la d&#233;cision et la th&#233;orie des jeux en &#233;conomie, en sociologie et en psychologie sociale, et de proc&#233;der &#224; un examen critique du sens que lui donne Habermas, et surtout de la place que lui accorde Bourdieu. C'est Michel Foucault qui nous servira ici de passeur...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bertrand Saint-Sernin, article &#171; strat&#233;gie &#187;, &lt;i&gt;Encyclopedia Universalis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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