<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Convoiter l'impossible</title>
	<link>http://athena.henri-maler.fr/</link>
	
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://henri-maler.fr/spip.php?id_mot=19&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Convoiter l'impossible</title>
		<url>https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L144xH190/siteon0-0bf5e.jpg?1726251026</url>
		<link>http://athena.henri-maler.fr/</link>
		<height>190</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>M&#233;dias en guerre : des attentats &#224; la prise de Kaboul (2001)</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Medias-en-guerre-des-attentats-a-la-prise-de-Kaboul-2001.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://henri-maler.fr/Medias-en-guerre-des-attentats-a-la-prise-de-Kaboul-2001.html</guid>
		<dc:date>2024-06-10T10:10:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Guerres</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;dias en guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Des attentats du 11 septembre 2001 &#224; New-York et Washington &#224; la prise de Kaboul, le 13 novembre 2001. Premi&#232;res semaines d'une guerre qui a dur&#233; jusqu'en 2021.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Guerres-+.html" rel="tag"&gt;Guerres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Medias-en-guerre-+.html" rel="tag"&gt;M&#233;dias en guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Critiquer-les-medias-+.html" rel="tag"&gt;Critiquer les m&#233;dias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L110xH150/medias_en_guerre-d1a89.jpg?1726251026' class='spip_logo spip_logo_right' width='110' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des attentats du 11 septembre 2001 &#224; New-York et Washington &#224; la prise de Kaboul par les forces de l'Alliance du Nord, alli&#233;es des &#201;tats-Unis le 13 novembre 2001. Premi&#232;res semaines d'une guerre qui a dur&#233; jusqu'en 2021.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Des attentats du 11 septembre 2001 &#224; New-York et Washington &#224; la prise de Kaboul par les forces de l'Alliance du Nord, alli&#233;es des Etats-Unis,&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;le 13 novembre 200. Premi&#232;res semaines d'une guerre qui a dur&#233; jusqu'en 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les attentats du 11 septembre, des tendances lourdes sont &#224; l'&#339;uvre dans les m&#233;dias fran&#231;ais. Ce sont elles que l'on peut d&#233;gager, du moins jusqu'&#224; la prise de Kaboul. Sans entrer dans les d&#233;tails et sans multiplier les exemples ; sans c&#233;der au petit chantage qui veut que l'on ne critique pas trop les m&#233;dias, pour ne pas indisposer les journalistes, dans l'espoir de gagner leurs faveurs - comme s'il fallait s'interdire de critiquer l'&#233;cole ou l'enseignement pour &#233;pargner les enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai, nombre de journalistes font leur m&#233;tier aussi bien qu'ils le peuvent, souvent avec courage, et certains l'ont pay&#233; de leur vie. Mais ceux-l&#224; n'exercent pas le m&#234;me m&#233;tier que les r&#233;dacteurs en chef, les &#233;ditorialistes et les pr&#233;sentateurs, pilotes des machines m&#233;diatiques qui ont essay&#233; de faire passer cette guerre pour l&#233;gitime et efficace.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Comment la guerre devint &#171; l&#233;gitime &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un moment d'&#233;garement - dont il se remettra tr&#232;s vite -, Serge July, dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 13 septembre, proclame : &lt;i&gt;&#171; La meilleure d&#233;fense contre le terrorisme, ce n'est pas la guerre, c'est la justice. &#187;&lt;/i&gt; Pourtant, entre la justice et la guerre, les m&#233;dias dominants ont choisi la guerre. Reste &#224; observer comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. &#201;v&#233;nement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout commence &#233;videmment avec les attentats du 11 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les t&#233;l&#233;visions se chargent alors de transformer l'&#233;v&#233;nement, spectaculaire et in&#233;dit, en spectacle de l'&#233;v&#233;nement. Et la presse &#233;crite se charge de transformer cet &#233;v&#233;nement in&#233;dit en &#233;v&#233;nement sans ant&#233;c&#233;dents, comme s'il s'agissait d'un tournant absolu de l'histoire du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&#233;v&#233;nement est tragique. Les massacres suscitent une solidarit&#233; l&#233;gitime avec les victimes. Les t&#233;l&#233;visions se chargent alors de transformer la compassion en spectacle de la compassion.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 14 septembre 2001, 12 heures. TF1 se recueille. Une fois encore, les images de l'attentat mont&#233;es comme un vid&#233;o-clip, mais soutenues cette fois par La Marche fun&#232;bre de Chopin. Mettre en sc&#232;ne le comble de l'&#233;motion et mettre l'&#233;motion &#224; son comble : tout le savoir-faire des fabricants d'images de TF1. Peut-&#234;tre bient&#244;t en vid&#233;ocassette. Et Jean-Pierre Pernaut, dans un r&#244;le enfin &#224; sa mesure : &lt;i&gt;&#171; Et nous, &#224; TF1, comme des millions d'entre vous, nous allons respecter ces minutes de silence en soutien au peuple am&#233;ricain &#187;. &lt;/i&gt;Mais le silence et l'&#233;cran noir &#224; la t&#233;l&#233; signaleraient l'incident technique. Pour soutenir notre recueillement, des images de la d&#233;vastation et de l'inqui&#233;tude des familles &#224; la recherche de leurs disparus. Et toutes les images de la tristesse et de la d&#233;solation : vid&#233;o-clip de &lt;i&gt;La Marche Fun&#232;bre &lt;/i&gt;et de la solidarit&#233;, version TF1. Au terme des trois minutes r&#233;glementaires (ou m&#234;me avant qu'elles ne s'ach&#232;vent : 3 mn, c'est long !), brutalement, un &#233;cran publicitaire de TF1 pour une &#233;mission de TF1. La messe cathodique &#233;tait finie...&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et la presse &#233;crite se charge - elle ne fut pas la seule - &#224; transformer le devoir de solidarit&#233; avec les victimes en devoir de communion avec le peuple am&#233;ricain et avec ses dirigeants. D&#232;s le 13 septembre, Jean-Marie Colombani proclame : &lt;i&gt;&#171; Nous sommes tous am&#233;ricains. &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; remplit ainsi sa fonction de quotidien de r&#233;f&#233;rence, puisque tous les m&#233;dias ne cesseront de r&#233;p&#233;ter ce slogan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous vaut, lors de la revue de presse du 13 septembre sur France Info, cette exhortation et cet aveu :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si les unes de tous ces journaux n'arrivent pas &#224; vous convaincre de la gravit&#233; des &#233;v&#233;nements que nous vivons, lisez ce qu'ils &#233;crivent. Lisez Jean-Marie Colombani &#224; la une du &lt;/i&gt;Monde&lt;i&gt;. Lisez Serge July de &lt;/i&gt;Lib&#233;ration&lt;i&gt;, Michel Schiffre dans &lt;/i&gt;Le Figaro&lt;i&gt;. Lisez la chronique de Jacques Julliard, l'&#233;ditorial de Jean Daniel dans &lt;/i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;i&gt;. Celui de Claude Imbert dans &lt;/i&gt;Le Point&lt;i&gt; ou de Denis Jeambar dans &lt;/i&gt;L'Express&lt;i&gt;. Lisez ces dizaines de pages, ces centaines d'articles qui expliquent finalement tous la m&#234;me chose.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&#233;v&#233;nement est donc spectaculaire et tragique. Mais de m&#234;me que n'importe quel fait divers peut &#234;tre pr&#233;sent&#233; comme un &#233;v&#233;nement, n'importe quel &#233;v&#233;nement peut se transformer en fait divers. C'est donc comme un fait divers, mais gigantesque, que la t&#233;l&#233;vision met en sc&#232;ne (en exp&#233;diant &#224; New-York, ses pr&#233;sentateurs vedettes) r&#233;cits, images et t&#233;moignages sur l'&#233;v&#233;nement et ses cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bient&#244;t, une catastrophe chasse l'autre &#224; la &#171; Une &#187; des journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Toulouse : catastrophe aux portes de la ville &#187;, &lt;/i&gt;titre &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 23-24 septembre&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;La veille le journal de TF1 de 20 heures a consacr&#233; plus d'une demi-heure &#224; l'explosion meurtri&#232;re et ravageuse : une catastrophe chasse l'autre. Mais le sc&#233;nario du JT reste le m&#234;me : l'information est d&#233;vor&#233;e par sa mise en images, les t&#233;moignages prennent les pas sur les faits, ce que l'on a cru ou ce que l'on a craint prend autant d'importance que les cons&#233;quences. Primat de l'&#233;motion et logique de la narration, simulacre de l'exhaustivit&#233; et r&#232;gne de la redondance. Chaque fragment de r&#233;cit reproduit la totalit&#233; du r&#233;cit ; chaque t&#233;moignage en appelle un autre qui r&#233;p&#232;te le pr&#233;c&#233;dent. Le &#171; traitement &#187; de l'explosion de Toulouse &#233;claire celui des attentats de New York : ou comment transformer, quels qu'en soient l'&#233;chelle, le sens et la port&#233;e, tout &#233;v&#233;nement en fait divers.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, un certain d&#233;lai d'&#233;motion &#233;tant pass&#233;, les m&#233;dias dominants nous ont propos&#233; de &#171; comprendre &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Causes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;v&#233;nement peut para&#238;tre sans ant&#233;c&#233;dent : il n'est pourtant pas sans causes. Il faut donc expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La cause du terrorisme ne pouvant &#234;tre que l'existence des terroristes, l'affaire est promptement boucl&#233;e. Encore faut-il expliquer le terrorisme : &#233;ditorialistes des m&#233;dias et experts aupr&#232;s des m&#233;dias nous ass&#232;nent qu'il faut se garder de confondre islam et islamisme, bien que, pour certains &#233;ditorialistes, tout incite &#224; les amalgamer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Max Clos, dans &lt;i&gt;Le Figaro &lt;/i&gt;du 14-09, s'interroge&lt;i&gt; &#171; Faut-il condamner l'Islam ? &lt;/i&gt; &#187;. Et r&#233;pond :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des voix s'&#233;l&#232;vent un peu partout, y compris en France, pour condamner par avance une &#034;attitude manich&#233;enne&#034; qui condamnerait en bloc l'Islam. Le terrorisme islamiste ne serait, selon ces voix, qu'une d&#233;viation ne concernant qu'une petite minorit&#233; de musulmans, ne justifiant en rien une r&#233;action militaire brutale. On r&#233;pondra que le manich&#233;isme peut certes conduire &#224; des exc&#232;s et des injustices. Mais comment ignorer que les criminels qui ont frapp&#233; le c&#339;ur des &#201;tats-Unis, ceux qui &#233;gorgent en Alg&#233;rie ou qui oppriment les femmes en Afghanistan, le font au nom d'Allah ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les causes &#233;tant identifi&#233;es, la traque peut commencer : l'investigation pr&#233;pare l'intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cette investigation est d&#233;lib&#233;r&#233;ment tronqu&#233;e. Car il est express&#233;ment interdit de passer des causes imm&#233;diates des actes de terreur et de l'extension du fondamentalisme, aux conditions qui les ont favoris&#233;es. Les ma&#238;tres-tanceurs, &#233;ditorialistes professionnels ou occasionnels, se coalisent pour enseigner gravement que comprendre revient &#224; justifier et que pour conjurer les tentatives perverses de culpabilisation de l'Occident, voire des victimes, il ne faut retenir que les causes qui ont d&#233;clench&#233; les attentats et oublier les conditions qui, en favorisant la radicalisation du fondamentalisme religieux, les ont rendus possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un prodigieux ethnocentrisme s'empare alors des m&#233;dias : celui-l&#224; m&#234;me qui proclame que &#171; nous sommes tous am&#233;ricains &#187;, parce que, comme l'affirme sans fard Jean-Marie Colombani, &#171; nous &#187; devons aux Etats-Unis notre libert&#233;. Ceux qui leur doivent des agressions militaires, le soutien &#224; des r&#233;gimes d'oppression et une large part de leur mis&#232;re sont hors-jeu, irrationnels. On peut, certes, comme Laurent Joffrin nous y invite, s'exercer &#224; faire preuve d'un peu d' &#171; empathie provisoire &#187; (&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; du 20-26 septembre), mais avec toute la condescendance qui convient aux d&#233;positaires de la libert&#233; et de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La communion obligatoire avec &#171; les &#187; Am&#233;ricains suffit alors &#224; identifier l'adversaire : l' &#171; anti-am&#233;ricanisme &#187;. Une bien jolie notion qui amalgame tout et n'importe quoi et permet de d&#233;couvrir ensuite que cet adversaire est composite, &#233;tant la somme de tout et de n'importe quoi, &#171; antimondialistes &#187; en t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;videmment au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; que l'on devra les d&#233;clarations les plus tonitruantes. Comme celle-ci :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En France Jos&#233; Bov&#233; fait arracher les &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;cultures cens&#233;es &#234;tre OGM&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; (sic) par ses partisans, &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;sous l'&#339;il bienveillant des gendarmes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; (re-sic), il &#034;d&#233;monte&#034; les Mc Do, sous pr&#233;texte de combattre la mondialisation. &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ce n'est pas la m&#234;me &#233;chelle que les attentats de New York, certes, mais cela proc&#232;de du m&#234;me esprit&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &#187; (&lt;/i&gt;Max Clos, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; du 14-09, page 20, soulign&#233; par moi)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La guerre m&#233;diatique est alors d&#233;clar&#233;e. Une guerre dans laquelle les &#233;ditorialistes font office de g&#233;n&#233;raux : les &#233;ditorialistes officiels, attitr&#233;s comme Jacques Julliard et Claude Imbert ou moins titr&#233;s comme Bernard Guetta et Delfeil de Ton ; les &#233;ditorialistes officieux, associ&#233;s comme BHL et Alain Minc ou auxiliaires comme Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut. De leurs plumes g&#233;n&#233;reuses ne jaillit qu'un seul cri d'encre : haro sur l'&#171; anti-am&#233;ricanisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois l'explication expurg&#233;e les camps m&#233;diatiquement constitu&#233;s, l'entreprise de l&#233;gitimation de la guerre est achev&#233;e. Et &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; publie d&#232;s le 28 septembre un d&#233;pliant en papier glac&#233; qui nous propose &#171; La carte des op&#233;rations &#187; : pour que nous puissions les suivre agr&#233;ablement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 octobre la guerre est d&#233;clench&#233;e. Comment la rendre efficace ? Les m&#233;dias dominants tentent alors d'apporter leur modeste contribution...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Comment la guerre devint &#171; efficace &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une guerre sans images et sans t&#233;moins &#187;, proclament les m&#233;dias, qui contribuent pourtant &#224; l'effort de guerre en mobilisant un lexique, une d&#233;ontologie, une posture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Lexique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques exemples du lexique de guerre les r&#233;sument tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Terrorisme&lt;/strong&gt; : peut se dire de n'importe quel acte de violence aveugle, de pr&#233;f&#233;rence quand il touche des victimes occidentales. Son usage peut &#234;tre prudemment distinctif : on parlera donc, dans tel &#233;ditorial du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; (20 octobre, p. 19), du &#171; terrorisme d'Etat &#187;, mais pour ne l'appliquer, au sein de &#171; l'Alliance &#187;, qu'&#224; la Russie et &#224; la Chine. Son usage peut &#234;tre g&#233;n&#233;reusement extensif : ainsi, dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, il s'&#233;tend au &#171; terrorisme quotidien &#187; (des jeunes d&#233;linquants) et au &lt;i&gt;&#171; terrorisme syndical &#187; &lt;/i&gt; (des ouvriers de Moulinex), qui tous deux nourrissent celui des &lt;i&gt;&#171; islamistes &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, 2 et 16 novembre 2001).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Victimes civiles&lt;/strong&gt; : sont - indubitablement - &#171; innocentes &#187; quand elles sont am&#233;ricaines, et perdent cet adjectif pour devenir &#171; accidentelles &#187; quand elles sont afghanes. N'&#233;tant que ces &#339;ufs qu'il faut casser pour faire de bonnes omelettes militaires, comme nous l'explique, dans &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, Bernard-Henri L&#233;vy, par ailleurs grand reporter associ&#233; au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; et &#224; ses dignitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Frappes&lt;/strong&gt; : remplace avec bonheur le terme de &#171; bombardements &#187;, dont les cons&#233;quences apparemment involontaires seront pr&#233;sent&#233;es comme des cons&#233;quences impr&#233;visibles, puisqu'elles ne sont, avec ou sans guillemets, que des dommages collat&#233;raux, des bavures (Jacques Amalric &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 31/10, p. 5) ou des incidents (Fran&#231;oise Chipaux, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 19 octobre, p.3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. D&#233;ontologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle tient en quelques r&#232;gles qui permettent d'afficher l'ind&#233;pendance du journalisme. En voici trois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#232;gle n&#176; 1&lt;/strong&gt; : Ne tenir pour vraies que les informations qui viennent de sources ind&#233;pendantes. Pour les autres, user du conditionnel. Mais le conditionnel conditionne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pendant la guerre du Kosovo, le conditionnel permet de mobiliser en majorant. Ce qui nous valut cette envol&#233;e de Jean-Pierre Pernaut : &lt;i&gt;&#171; Il y aurait 100 000 ou 200 000 victimes, tout &#231;a au conditionnel, bien s&#251;r &#187;&lt;/i&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pendant la guerre d'Afghanistan, le conditionnel permet de relativiser en minorant. Il y a aurait, selon les talibans, 1500 victimes civiles : &#224; mettre donc au conditionnel, &#171; bien s&#251;r &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; tenter d'&#233;valuer r&#233;ellement le nombre des victimes, ce sera pour plus tard ou jamais...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#232;gle n&#176; 2&lt;/strong&gt; : Pratiquer en permanence une autocritique de pr&#233;f&#233;rence autosatisfaite. Lors de la guerre du Kosovo, les m&#233;dias, par la bouche de Laurent Joffrin, furent d&#233;clar&#233;s &#171; exemplaires &#187;. On se doute que cette fois, ils se jugent &#171; exceptionnels &#187; et que lors de la prochaine guerre, ils seront, comme le pronostique Serge Halimi, proprement &#171; &#233;poustouflants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#232;gle n&#176; 3&lt;/strong&gt; : Multiplier les &#171; tribunes &#187; et les &#171; d&#233;bats &#187; qui permettent de fusionner l'expression d&#233;mocratique et son simulacre et de conforter une ligne &#233;ditoriale favorable &#224; la guerre en m&#233;nageant un espace &#224; sa contestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Posture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Install&#233;s dans l'&#233;vidence de la guerre l&#233;gitime, les m&#233;dias sont pris de court tant qu'elle para&#238;t militairement &#171; inefficace &#187; - du moins jusqu'&#224; &#171; la prise de Kaboul &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La presse &#233;crite doit faire face &#224; quelques questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humanitaire est-il confondu avec le militaire ? On donne assez largement la parole &#224; ceux qui contestent cette confusion, quitte &#224; affirmer, comme Claire Tr&#233;an dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, que les humanitaires ont - je cite - des &lt;i&gt;&#171; &#233;tats d'&#226;me &#187;&lt;/i&gt; et que leurs arguments rel&#232;vent - je cite encore - de &lt;i&gt;&#171; subtilit&#233;s th&#233;ologiques &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit international est-il bafou&#233; ? On fera un dossier complet - mais le plus tard possible - pour nous expliquer que tout est d&#233;sormais l&#233;gal et que ce qui est l&#233;gal est l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre d&#233;&#231;oit-elle les attentes des m&#233;dias bellig&#233;rants ? La presse dominante doit alors faire &#233;tat de ses malaises. L'&#233;ditorialiste anonyme du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, multiplie les admonestations et les conseils vertueux &#224; l'intention des &#171; d&#233;cideurs &#187;. &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; ira m&#234;me jusqu'&#224; recommander &#224; Bush de changer de strat&#233;gie, mais sans renoncer &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, la presse &#233;crite ne se d&#233;partit pas du r&#244;le de conseiller politique et militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quant aux t&#233;l&#233;visions, comme TF1 ou France 2, elles doivent faire face &#224; l'audimat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors elles font leur possible pour agr&#233;menter les rares informations qu'elles obtiennent de quelques reportages &#224; la fronti&#232;re ou aupr&#232;s des forces de l'Alliance du Nord. Mais comme la guerre dure, le filon s'&#233;puise et l'audience menace de baisser... Heureusement, d'autres faits divers viennent &#224; la rescousse : une fusillade &#224; Tours, la mort accidentelle d'une championne de ski, une catastrophe dans un tunnel... Install&#233;s dans l'&#233;vidence d'une juste guerre et afflig&#233;s par la banalit&#233; des bombardements, le journalisme audimateux est oblig&#233; de distraire les t&#233;l&#233;spectateurs par des faits divers spectaculaires, au risque, parfaitement assum&#233;, de transformer la guerre elle-m&#234;me en un concentr&#233; de faits divers.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Un exemple parmi d'autres. Lundi 29 octobre, journal de 20 h sur TF1. Pr&#233;sentation Jean-Claude Narcy. Pour ouvrir le journal, deux faits divers. La fusillade de Tours nous vaut 6 mn 20 d'informations sur&lt;i&gt; &#171; un sc&#233;nario aussi dramatique qu'inhabituel &#187;, &lt;/i&gt;comme le dit une journaliste. R&#233;cits des faits, t&#233;moignages, sujet sur la d&#233;tention des armes &#224; feu, reportage sur l'auteur de la fusillade. Le simulacre de l'exhaustivit&#233; au service d'un fait divers. L'accident du tunnel du Gothard nous vaut 6 mn d'informations qui en encha&#238;nent un &#171; sujet &#187; sur l'accident, un &#171; sujet &#187; sur l'ouverture du tunnel du Mont-Blanc, un &#171; sujet &#187; sur un autre tunnel. D'o&#249; il ressort, une deuxi&#232;me fois, que la s&#233;curit&#233; des personnes, d&#233;cid&#233;ment, n'est pas assur&#233;e. Enfin, vient la guerre. Ce qui nous vaut le bric-&#224;-brac suivant : la mobilisation des &#171; islamistes &#187; au Pakistan (2mn40), les fun&#233;railles des chr&#233;tiens massacr&#233;s la veille, un reportage sur la communaut&#233; chr&#233;tienne de Josesabad (2mn 20), un tr&#232;s joli document de la Marine Nationale (1mn) et, &#171; pour en revenir &#224; la strat&#233;gie am&#233;ricaine &#187; comme dit Jean-Claude Narcy, un &#171; sujet &#187; sur les erreurs de tirs et les risques d'enlisement. Et, pour en finir avec la guerre, des images, dat&#233;es du 18 octobre, dont l'origine est incertaine, mais qui nous assure-t-on, nous montrent o&#249; pourraient se cacher les taliban. Qu'est-ce qui ressort de ce patchwork ? Presque rien qui puisse s'&#233;noncer pr&#233;cis&#233;ment. Quant au conflit isra&#233;lo-palestinien, il est exp&#233;di&#233; en une phrase, avant que commence le r&#233;cit sur l'accident de R&#233;gine Cavagnoud, dont la mort nous vaudra, les 30 et 31 octobre, plus de 10 minutes d' &#171; informations &#187; au d&#233;but des JT de TF1 : un d&#233;luge d'&#233;motion qui rend futiles les informations sur la guerre ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Telle est la loi du petit &#233;cran : le comble de la d&#233;sinformation, ce sont - mensonges et trucages mis &#224; part - les informations lacunaires agr&#233;ment&#233;es d'explications fragmentaires, qui &#233;pousent l'&#233;vidence de la &#171; juste guerre &#187; et... le &#171; rythme de l'actualit&#233; &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, la t&#233;l&#233;vision ne se d&#233;partit pas du r&#244;le de narrateur et d'illustrateur complaisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Et comme &#171; seule la victoire et belle &#187;, depuis la chute de Kaboul, toutes les informations qui contrarient l'enthousiasme de rigueur seront mentionn&#233;es (quand elles le seront...), sans faire l'objet de commentaires trop d&#233;sobligeants : le soutien apport&#233; par le gouvernement am&#233;ricain &#224; la politique d'Ariel Sharon sera class&#233; sous une autre rubrique, les menaces d'interventions dans tous les pays dont ce m&#234;me gouvernement dresse et modifie la liste &#224; son gr&#233; n'impliquera aucun r&#233;examen de la notion de &#034; l&#233;gitime d&#233;fense &#034;, les victimes civiles seront &#224; peine mentionn&#233;es et les massacres de prisonniers de guerre ne feront l'objet que de quelques questions ...etc. etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons d'&#234;tre juste. Il serait faux d'affirmer que les m&#233;dias dominants ont &#233;pous&#233; la propagande de guerre de la &#171; Sainte Alliance &#187; : ils se sont content&#233;s d'apporter &#224; cette guerre le renfort de leur propre propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une propagande qui appelle une critique intransigeante et vigilante. Intransigeante, dans la mesure o&#249; les machines m&#233;diatiques font office d'auxiliaires de la guerre sans fin des grandes puissances, m&#234;me si nombre de journalistes tentent de se soustraire &#224; cette fonction. Vigilante, dans la mesure o&#249; les d&#233;bats dans lesquels les tenanciers des m&#233;dias nous conc&#232;dent parfois d'intervenir sont m&#233;diatiquement orchestr&#233;s pour l&#233;gitimer - d&#233;mocratiquement - leurs options guerri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;, 2 d&#233;cembre 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans la &lt;a href=&#034;http://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-Revue_d_%C3%A9tudes_palestiniennes_n%C2%B0_82-2460-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Revue d'&#201;tudes Palestiniennes&lt;/i&gt;, n&#176; 82, nouvelle s&#233;rie, hiver 2002&lt;/a&gt;, pp. 28-33. Et &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Medias-en-guerre-des-attentats-a-la-prise-de&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site d'Acrimed&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir aussi : &lt;a href='https://henri-maler.fr/https/www.henri-maler.fr/La-guerre-d-Afghanistan-de-2001-Semantique-et-rhetorique-de-la-guerre-imperiale.html'&gt;&#171; La guerre d'Afghanistan de 2001 : S&#233;mantique et rh&#233;torique de la guerre imp&#233;riale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La guerre d'Afghanistan de 2001 : S&#233;mantique et rh&#233;torique de la guerre imp&#233;riale</title>
		<link>https://henri-maler.fr/La-guerre-d-Afghanistan-de-2001-Semantique-et-rhetorique-de-la-guerre-imperiale.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://henri-maler.fr/La-guerre-d-Afghanistan-de-2001-Semantique-et-rhetorique-de-la-guerre-imperiale.html</guid>
		<dc:date>2023-11-21T17:29:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Guerres</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;dias en guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;S&#233;mantique de la guerre : Guerre des mots, mots de la guerre - Rh&#233;torique de la guerre : discours moral et discours imp&#233;rial&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Guerres-+.html" rel="tag"&gt;Guerres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Medias-en-guerre-+.html" rel="tag"&gt;M&#233;dias en guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Critiquer-les-medias-+.html" rel="tag"&gt;Critiquer les m&#233;dias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L136xH150/afghanistan-86a6f.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='136' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'article ci-dessous, reprend une conf&#233;rence prononc&#233;e &#224; l'Universit&#233; de Rome le 1er mai 2002, dont le texte, consid&#233;rablement d&#233;velopp&#233;, a &#233;t&#233; publi&#233; en Italie sous le titre : &#171; S&#233;mantique et rh&#233;torique de la guerre imp&#233;riale dans les m&#233;dias fran&#231;ais. L'exemple de la guerre d'Afghanistan en 2001 &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Semantica et retorica della guerra imperiale nei media francesi. L'esempio (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; partir de l'exemple fran&#231;ais (mais sans doute transposable) et de celui de la guerre d'Afghanistan (mais partiellement g&#233;n&#233;ralisable), on se propose d'examiner quelques fragments du discours de la guerre imp&#233;riale dans les versions qu'en offrent les m&#233;dias dominants. Le pr&#233;suppos&#233; de ce travail de d&#233;cryptage est le suivant : en d&#233;pit de la diversit&#233; des guerres successives (diversit&#233; de leurs motifs et de leurs enjeux imm&#233;diats), une m&#234;me guerre multiplie ses th&#233;&#226;tres d'intervention au moins depuis la chute du mur de Berlin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette contribution s'appuie sur la documentation que j'ai r&#233;unie en 2001 sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On est en droit de penser que des arguments rationnellement consistants pouvaient permettre de soutenir chacune de ces guerres comme juste et n&#233;cessaire. Mais cela ne changerait rien &#224; ce qui nous importe : mettre en &#233;vidence la teneur id&#233;ologique et les effets d'imposition symbolique de la version imp&#233;riale de ces conflits telle que les m&#233;dias fran&#231;ais l'ont &#233;pous&#233;e. Ainsi de la guerre d'Afghanistan. Cette guerre a mobilis&#233;, dans ces m&#233;dias, des ressources s&#233;mantiques et rh&#233;toriques qui m&#233;ritent un examen.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie :&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;S&#233;mantique de la guerre : Guerre des mots, mots de la guerre&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;De la guerre des mots aux mots de la guerre, de la d&#233;limitation lexicale et grammaticale des camps en pr&#233;sence au vocabulaire des champs de bataille, les m&#233;dias de masse exercent leur office de domination symbolique, indistinctement involontaire et d&#233;lib&#233;r&#233;. Ils prennent position dans un champ de bataille s&#233;mantique, avant de se ranger au c&#244;t&#233; des puissants, dans un champ de bataille ethnocentrique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Le champ de bataille s&#233;mantique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me que la guerre d'Afghanistan ne commence, les m&#233;dias dominants livrent une bataille s&#233;mantique qui distribue les camps en pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La constitution des camps en pr&#233;sence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le partage entre &#171; amis &#187; et &#171; ennemis &#187; suppose tout d'abord que leurs soient attribu&#233;s les vocables qui leurs reviennent : les &#171; anti-terroristes &#187; alli&#233;s des &#171; am&#233;ricains &#187; se dressent contre les &#171; terroristes &#187;, flanqu&#233;s des &#171; anti-am&#233;ricains &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Terrorisme&lt;/strong&gt; : L'usage &#224; la fois s&#233;lectif (puisqu'il ne concerne que les actes de violence atteignant des civils innocents de &#171; nos &#187; seules d&#233;mocraties) et ind&#233;termin&#233; (puisqu'il englobe souvent des actes de guerre visant des responsables politiques et militaires) du terme de &#171; terrorisme &#187; permet toutes les manipulations. C'est un vocable dont l'&#233;lasticit&#233; est - comme la &#171; justice &#187; qui combat l'ennemi qu'il d&#233;signe - &#171; sans limites &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa plus grande extension (du moins jusqu'&#224; ce jour...), le &#171; terrorisme &#187; peut d&#233;signer n'importe quel acte de d&#233;linquance. Alors, &#171; Le terrorisme est quotidien &#187; (&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, 2 novembre 2001, p. 13) : &#171; Osons l'&#233;crire : aujourd'hui, on risque une agression &#224; chaque coin de rue, &#224; son propre domicile, pour un oui ou pour un non &#187;. Et cela porte un nom : &#171; S'il ne faut pas n&#233;gliger la menace que font peser les artificiers de Ben Laden, il faut d'abord s'attaquer &#224; la r&#233;alit&#233;. En France, le terrorisme est quotidien. &#187; On peut s'&#233;pargner la suite, mais pas la derni&#232;re phrase : &lt;i&gt;&#171; Entre celui qui fait r&#233;gner la terreur - qu'il ait le visage de Ben Laden ou d'un &#034;sauvageon&#034; - et celui qui cherche &#224; s'en prot&#233;ger quel est le plus fasciste ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut &#234;tre syndical : il prend le nom de &#171; terrosyndicalisme &#187; pour d&#233;signer les formes d'actions violentes des salari&#233;s de Celaltex, de la brasserie Adelshofen et, plus r&#233;cemment de Moulinex (&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; du 16 novembre 2001, p. 2001) : &lt;i&gt;&#171; Dans la majorit&#233; de ces cas, ce sont bien des sommations terroristes qui ont &#233;t&#233; prof&#233;r&#233;es, c'est-&#224;-dire des recours syst&#233;matiques &#224; des intimidations destin&#233;es &#224; imposer une cause par la violence (...) &#187;&lt;/i&gt;. Suit alors cette &#233;quation : terrorisme syndical = terrorisme corse. &lt;i&gt;&#171; Difficile de ne pas faire le rapprochement entre ce nouveau terrorisme syndical et le terrorisme corse. En effet, ils sont tous deux construits sur la culpabilisation pr&#233;alable d'un adversaire &#224; impressionner. &#187;&lt;/i&gt; Et pour finir : Terrorisme syndical et corse = menaces des banlieues + &#171; terrorisme islamique international &#187; : &#171; &lt;i&gt;Alors que la situation dans les banlieues est de plus en plus violente, il est &#224; craindre que les exemples de terrorisme syndical, ajout&#233; au terrorisme corse, ne donnent de semblables id&#233;es radicales aux fauteurs de trouble, dont une partie d'entre eux semble d&#233;j&#224; solidaire du terrorisme islamique international. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Terrorisme d'Etat&lt;/strong&gt;, en revanche, est une expression peu recommand&#233;e qui peut cependant &#234;tre utilis&#233;e - &#224; bon escient - pour d&#233;signer l'intervention russe contre la Tch&#233;tch&#233;nie ou l'intervention chinoise au Tibet (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 20 octobre 2001, p. 19). A condition de ne jamais l'utiliser pour d&#233;signer certaines interventions de la C.I.A et de l'arm&#233;e am&#233;ricaine contre certains pays, m&#234;me dans un pas si lointain pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Anti-am&#233;ricanisme&lt;/strong&gt; : L'usage englobant du terme d' &#171; anti-am&#233;ricanisme &#187; pour d&#233;signer des formes d'hostilit&#233; &#224; la politique am&#233;ricaine tr&#232;s diff&#233;rentes et parfois oppos&#233;es permet d'&#234;tre dans le camps des &#171; pour &#187;, ce qui est toujours plus reluisant. Cet unique vocable est charg&#233; de d&#233;signer les sentiments et les ressentiments de ceux qui, envahis par des passions obscures ou n'ayant pas toute leur raison, les dissimulent derri&#232;re des arguments si divers et, parfois, si inconciliables, qu'il faut un terme unique pour les d&#233;signer. L'&#171; antiam&#233;ricanisme &#187; est un &#171; fond &#187;, une &#171; latence &#187;, un &#171; r&#233;flexe &#187;, un &#171; d&#233;nominateur commun &#187;. &#171; Antiam&#233;ricanisme &#187; n'a pas de contraire, car le &#171; philo-am&#233;ricanisme &#187; &#233;tant strictement rationnel, il est impossible de l'affubler d'un tel nom ! D'ailleurs, toute critique qui fait valoir un conseil ou une r&#233;serve dans le cadre d'un soutien &#224; la politique am&#233;ricaine doit &#234;tre pr&#233;c&#233;d&#233; d'une mise en garde dont le prototype est le suivant : &#171; ce n'est pas c&#233;der &#224; l'antiam&#233;ricanisme que de dire... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distribution des camps en pr&#233;sence n'impose pas seulement des vocables appropri&#233;s ; elle suppose, pour les partager clairement, un usage g&#233;n&#233;ralis&#233; des d&#233;terminants pluriels, qui permettent d'enr&#244;ler dans chaque camp, sans distinction, &#171; les &#187; uns et &#171; les &#187; autres : &#171; nous &#187; et &#171; eux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le politique de cet usage belliqueux de la grammaire est d&#233;sormais c&#233;l&#232;bre. On le doit &#224; un &#233;ditorial de Jean-Marie Colombani, paru dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; dat&#233; du 13 septembre 2001.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans ce moment tragique o&#249; les mots paraissent si pauvres pour dire le choc que l'on ressent, la premi&#232;re chose qui vient &#224; l'esprit est celle-ci : nous sommes tous Am&#233;ricains ! Nous sommes tous New-Yorkais, aussi s&#251;rement que John Kennedy se d&#233;clarait, en 1962 &#224; Berlin, Berlinois. Comment ne pas se sentir en effet, comme dans les moments les plus graves de notre histoire, profond&#233;ment solidaires de ce peuple et de ce pays, les &#201;tats-Unis, dont nous sommes si proches et &#224; qui nous devons la libert&#233;, et donc notre solidarit&#233;. [ ...] Cette situation commande &#224; nos dirigeants de se hisser &#224; la hauteur des circonstances. Pour &#233;viter aux peuples que ces fauteurs de guerre convoitent et sur lesquels ils comptent d'entrer &#224; leur tour dans cette logique suicidaire. Car on peut le dire avec effroi : la technologie moderne leur permet d'aller encore plus loin. La folie, m&#234;me au pr&#233;texte du d&#233;sespoir, n'est jamais une force qui peut r&#233;g&#233;n&#233;rer le monde. Voil&#224; pourquoi, aujourd'hui, nous sommes am&#233;ricains. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Que Jean-Marie Colombani se sente am&#233;ricain est un sentiment priv&#233; qui ne regarde que lui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que Jean-Marie Colombani, p&#226;le imitation de John Kennedy, transpose &#171; Ich (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; Mais Jean-Marie Colombani parle pour &#171; nous &#187;. Un &#171; nous &#187; de majest&#233; friserait la m&#233;galomanie, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. C'est un &#171; nous &#187; de solidarit&#233; qui englobe non seulement tout un peuple, mais tout un pays, gouvernement inclus, voire gouvernement d'abord. Et ce &#171; nous &#187; ne d&#233;signe pas collectivement la r&#233;daction du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, mais le monde entier, c'est-&#224;-dire, selon une optique tout &#224; fait singuli&#232;re, cette partie du monde qui, doit aux Etats-Unis, sa libert&#233;. Et ceux qui doivent aux gouvernements et &#224; l'arm&#233;e des Etats-Unis, l'oppression, la servitude ou la guerre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, ce &#171; nous &#187; triomphal, devenu &#171; am&#233;ricain &#187;, a fait d'innombrables adeptes. Et la fin de la guerre confirmera la grammaire de ses pr&#233;paratifs. Ainsi, puisque &#171; Nous sommes tous am&#233;ricains &#187;, depuis que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; l'a d&#233;cr&#233;t&#233;, c'est au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; que Bernard-Henri L&#233;vy, le 21 d&#233;cembre 2001, a confi&#233; ce que ce &#171; nous &#187; exhaustivement am&#233;ricain pense. Cela s'intitule, modestement : &#171; Ce que nous avons appris depuis le 11 septembre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois les camps d&#233;finis, la contribution s&#233;mantique des m&#233;dias s'&#233;tend &#224; la guerre elle-m&#234;me : question de vocabulaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Le vocabulaire du champ de bataille &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le vocabulaire du champ de bataille, le d&#233;cha&#238;nement de la violence oppose aux &#171; attentats &#187; (aveugles) des &#171; d&#233;g&#226;ts &#187; (collat&#233;raux) et par cons&#233;quent, parmi les civils, des &#171; victimes &#187; (innocentes) et &#171; victimes &#187; (accidentelles). Un glossaire plus d&#233;taill&#233; permet d'y voir plus clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Frappes&lt;/strong&gt; : Le recours au vocable de &#171; frappes &#187;, directement emprunt&#233; aux militaires, permet d'esquiver ce qu'il d&#233;signe : des bombardements (par exemple, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 10 octobre 2001 : &#171; Le monde musulman apr&#232;s les frappes &#187;). Il pr&#233;sente en outre l'avantage de pr&#233;senter les cons&#233;quences apparemment involontaires (les &#171; dommages collat&#233;raux &#187;) comme des cons&#233;quences impr&#233;visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Dommages collat&#233;raux&lt;/strong&gt; : expression peu appr&#233;ci&#233;e par de nombreux journalistes, alors que certains continuent &#224; l'utiliser sans guillemets d&#233;pr&#233;ciateurs. Ainsi Jacques Amalric (&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 31/10, p. 5) qui invite les &#201;tats-Unis &#224; recourir &#224; une intervention au sol pour &lt;i&gt;&#171; r&#233;duire les dommages collat&#233;raux des bombardements &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Incidents&lt;/strong&gt; : Vocable qui remplace avantageusement &#171; d&#233;g&#226;ts collat&#233;raux &#187; (trop militaire). Peut &#234;tre associ&#233; &#224; &#171; d&#233;rapage &#187;, pour d&#233;signer des &#171; erreurs &#187; (&#224; condition de mettre ces derni&#232;res entre guillemets). Comme on peut le lire dans un article de Fran&#231;oise Chipaux (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 19 octobre 2001, p.3)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Bavure&lt;/strong&gt; : synonyme d'erreur ou de dommage collat&#233;ral, comme on peut le lire sous la plume de Jacques Amalric (&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 31 octobre 2001, p. 5), qui d&#233;plore &lt;i&gt;&#171; trop de bavures qui co&#251;tent la vie &#224; trop de civils &#187;&lt;/i&gt;. Le terme peut &#234;tre mis entre guillemets, pour prendre quelques distances, sans pr&#233;ciser lesquelles, comme dans l'&#233;ditorial du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; du 28-29 octobre 2001 (p. 21).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Victimes civiles&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;&#171; innocentes &#187;&lt;/i&gt; - c'est indiscutable - quand elles sont dues &#224; la terreur talibane, elles sont en g&#233;n&#233;ral priv&#233;es de ce qualificatif quand elles sont dues &#224; la guerre imp&#233;riale, n'&#233;tant alors, dans la plupart des cas, qu' &lt;i&gt;&#171; accidentelles &#187;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#171; in&#233;vitables &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Humanitaire&lt;/strong&gt; : qualifie les op&#233;rations de largage de vivres par l'arm&#233;e am&#233;ricaine, alors m&#234;me que nombre d'ONG d&#233;noncent la confusion entre le &#171; militaire &#187; et &#171; l'humanitaire &#187; et que les m&#233;dias font &#233;tat de cette d&#233;nonciation, bien que le distinguo soit &lt;i&gt;&#171; th&#233;ologique &#187;,&lt;/i&gt; comme on peut le lire dans Le Monde (11 octobre 2001, p. 2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Un champ de bataille ethnocentrique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le champ de bataille s&#233;mantique est solidaire d'un champ de bataille ethnocentrique qui le reproduit et le renforce. La grammaire, les chiffres et les images sont ainsi mis au service de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. &#171; Nous &#187; et &#171; les autres &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ethnocentrisme quasi-spontan&#233; et totalement irresponsable s'empare alors des m&#233;dias. Les sentiments collectifs des peuples - de tous les peuples - sont les produits des exp&#233;riences historiques qu'ils ont v&#233;cues. L'&#233;motion, quand elle gagne de larges secteurs de la population europ&#233;enne, n'est pas &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; marqu&#233;e du sceau d'une rationalit&#233; dont l'Occident aurait le monopole face &#224; la d&#233;raison, que l'on qualifiera, indiff&#233;remment, d'arabe ou de musulmane. Comment s'&#233;tonner que la sympathie spontan&#233;e avec les victimes am&#233;ricaines puisse faire d&#233;faut ou manquer de chaleur, quand on conna&#238;t les exp&#233;riences que certains peuples ont faites de la puissance am&#233;ricaine ? A-t-on le droit de montrer, voire de stigmatiser, des r&#233;actions - de l'indiff&#233;rence &#224; la haine - sans rien dire de leurs mobiles ? Pourquoi le devoir d'information tourne-t-il court quand il s'agit, non de justifier, mais de comprendre ? Quels sentiments entretient-on - &#224; moins que l'on ne vise &#224; les susciter - quand on diffuse des propos ou que l'on exhibe des images qui t&#233;moigneraient des r&#233;actions des foules du Moyen-Orient et d'Am&#233;rique Latine, sans dire un mot des violences ouvertes ou cach&#233;es qu'elles ont eu &#224; subir, venant d'une superpuissance, dont le moins que l'on puisse dire est que sa politique &#233;trang&#232;re n'est pas guid&#233;e par la compassion ? Pourquoi toutes ces questions - que certains journalistes se posent - sont-elles &#233;lud&#233;es ? De quelle ind&#233;pendance le journalisme dominant peut-il encore se pr&#233;valoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux exemples de cet ethnocentrisme m&#233;diatique qui enveloppe les mots et les d&#233;borde suffiront ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Lib&#233;ration &lt;/i&gt;du 15-16 septembre 2001. Le monde entier en une double page, mais d&#233;vor&#233;e aux deux tiers par des photos et des titres. Un premier titre dit, &#224; peu pr&#232;s, le contenu de l'article : &lt;i&gt;&#171; L'hommage rendu d'un bout &#224; l'autre de la plan&#232;te a mis au jour les nouveaux clivages politico-culturels &#187;&lt;/i&gt;. Un second titre pr&#233;tend nous &#233;clairer sur le sens du pr&#233;c&#233;dent : &lt;i&gt;&#171; Solidarit&#233; occidentale, schizophr&#233;nie musulmane, indiff&#233;rence latino-am&#233;ricaine &#187;&lt;/i&gt;. Vous avez bien lu : &#171; schizophr&#233;nie musulmane &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; du 20-26 septembre 2001 (page 89). &lt;i&gt;&#171; Le regard d'en face &#187;&lt;/i&gt; : sous ce titre qui oppose une fois encore &#171; nous &#187; et les &#171; autres &#187;, Laurent Joffrin, nous propose de partager son grand effort de compr&#233;hension : &lt;i&gt;&#171; Et si l'on essayait - un instant - de d&#233;centrer nos consciences occidentales ? Et si l'on s'effor&#231;ait, m&#234;me maladroitement de comprendre un tant soit peu l'&#233;tat d'esprit d'un habitant du Caire, d'Alger ou d'Islamabad ? &#187;.&lt;/i&gt; La bonne id&#233;e ! Mais pourquoi faut-il en limiter l'usage &#224; &#171; un instant &#187; ? Pourquoi nous inviter &#224; une &lt;i&gt;&#171; empathie provisoire &#187;&lt;/i&gt;, et seulement provisoire ? Et d'ailleurs pourquoi cette invitation ? Joffrin r&#233;pond : &lt;i&gt;&#171; Pour juger des repr&#233;sailles n&#233;cessaires &#187;&lt;/i&gt;... O&#249; l'on voit que l'objectif imm&#233;diatement militaire risque fort de censurer la noble intention &#171; provisoire &#187;... C'est qu'il s'agit, pour Laurent Joffrin, de nous expliquer d'abord pourquoi le terme de &lt;i&gt;&#171; croisade &#187;&lt;/i&gt; &#233;tait mal choisi, &lt;i&gt;&#171; non que le pr&#233;sident ait m&#233;taphoriquement tort &#187;.&lt;/i&gt; Mais voil&#224; : &lt;i&gt;&#171; L'ennui, c'est que le mot a un autre sens : la mobilisation de tous les chr&#233;tiens contre l'islam impie&#034;. &#187;&lt;/i&gt; Il y a donc eu erreur sur la m&#233;taphore... Suivent alors les r&#233;sultats de l' &#171; empathie provisoire &#187; : fort peu de choses en v&#233;rit&#233;. Reste la conclusion : &lt;i&gt;&#171; Quand il s'agira de mettre en marche les forces arm&#233;e de la d&#233;mocratie, anim&#233;es d'un juste courroux, on devra, malgr&#233; tout, se livrer &#224; une introspection. Un examen de bonne conscience... &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#171; empathie provisoire &#187; se confond donc avec l'introspection n&#233;cessaire &#224; la bonne marche des &#171; arm&#233;es de la d&#233;mocratie &#187; occidentale. On ne saurait mieux dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la guerre elle-m&#234;me confirmera le regard que les m&#233;dias dominants portent sur la &#171; bonne marche &#187; de &#171; nos &#187; arm&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Un &#171; double standard &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un seul exemple suffira qui permet de comprendre ce qui se joue derri&#232;re l'innocence apparente des mots et des images. On ne peut que souscrire &#224; l'analyse de Christine Delphy et Annie Mordrel, quand elles rel&#232;vent ceci :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les journalistes ergotent sur le nombre de morts dues aux bombardements am&#233;ricains :&#034; je suis sceptique &#034; dit un journaliste de BBC World (25 octobre 2001) parlant de 15 morts civils afghans, &#034; les Taliban ont tendance &#224; embellir (sic) la r&#233;alit&#233; et on ne nous a pas montr&#233; les corps &#034;. La m&#234;me m&#233;fiance pr&#233;vaut &#224; TFI (infos de 20 heures du 6 novembre 2001), mais pour une raison diam&#233;tralement oppos&#233;e : les Taliban &#034; exhibent complaisamment &#034; des cadavres d'enfants. Par contraste, on n'a pas contest&#233; les chiffres des victimes des &#034; Twin Towers &#034; : on nous dit 5000, on r&#233;p&#232;te 5000 ; on nous dit 6000, va pour 6000 ; on recompte, il y en a moins, qu'importe ; et personne ne crie &#224; l'intoxication ou &#224; la d&#233;sinformation. On n'a pas demand&#233; &#224; voir les corps. On n'a reproch&#233; aux Am&#233;ricains ni de les montrer, ni de ne pas les montrer. La diff&#233;rence tient en cette phrase r&#233;p&#233;t&#233;e : &#034; On ne peut pas faire confiance aux Taliban &#034;, qui implique qu'on peut faire confiance aux Am&#233;ricains. Ce &#034; double standard &#034; dans le reportage, s'ajoutant au &#034; double standard &#034; dans la conduite de cette guerre, passe peut-&#234;tre inaper&#231;u ici, mais pas hors d'Europe et des USA, l&#224; o&#249; habitent la majorit&#233; des habitants de la plan&#232;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Des morts, des r&#233;fugi&#233;s ... et pourquoi ? &#187; par Christine Delphy (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'usage des modes grammaticaux, des chiffres et des images vient confirmer l'existence de ce &#171; double standard &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'absence d'informations &#171; de source ind&#233;pendante &#187;, comme les pr&#233;sentateurs ne cessent de le r&#233;p&#233;ter, les informations sur le nombre des victimes donn&#233;es par les talibans et les images qu'ils consentent &#224; laisser filmer, sont pr&#233;sent&#233;es avec toutes les r&#233;serves qui s'imposent, c'est-&#224;-dire au conditionnel. Mais &#171; le conditionnel conditionne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Halimi et Dominique Vidal, &#171; L'opinion, &#231;a se travaille... &#187;, p. 36-37.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, pendant la guerre du Kosovo, Jean-Pierre Pernaut, au journal de TF1 de 13 heures du 20 avril 1999 parle de &#171; 100.000 &#224; 500.000 personnes qui auraient &#233;t&#233; tu&#233;es, mais tout &#231;a est au conditionnel &#187;. Le journal de 20h du lendemain, sur la m&#234;me cha&#238;ne, r&#233;cidive : &lt;i&gt;&#171; Selon l'Otan, entre 100 000 et 500 000 hommes ont &#233;t&#233; port&#233;s disparus. On craint bien s&#251;r qu'ils n'aient &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s par les Serbes (...) Bien &#233;videmment, la preuve de l'accusation reste &#224; faire. &#187;&lt;/i&gt; Mais le m&#234;me conditionnel, qui invite &#224; se m&#233;fier sans m&#233;fiance du chiffre des victimes civiles parmi les albanophones du Kosovo en 1999, permet en 2001 de se m&#233;fier du chiffre de 1500 quand il vient des autorit&#233;s de Kaboul. Dans le premier cas, on maximise &#224; outrance des chiffres qui, m&#234;me assortis du conditionnel, confortent la douteuse l&#233;gitimit&#233; de la guerre. Dans le second cas, on minimise des chiffres qui, gr&#226;ce au conditionnel, t&#233;moignent de l'improbable innocuit&#233; des bombardements am&#233;ricains. Et le passage &#224; l'indicatif sera presque totalement silencieux quand il s'agira d'&#233;valuer le nombre de victimes civiles de la Guerre d'Afghanistan : pendant, les m&#233;dias ne pouvaient pas savoir ; apr&#232;s ils ne veulent pas savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que les chiffres sont min&#233;s par la propagande, surtout quand elle vient de l'ennemi et que leur simple &#233;nonc&#233; la sert. D'autant que les victimes civiles ne peuvent &#234;tre dues qu'&#224; des &#171; erreurs &#187;. Que r&#233;pond Serge July, directeur de &lt;i&gt;Lib&#233;ration &lt;/i&gt;&#224; un internaute qui l'interroge, le lundi 29 octobre 2001, sur le site de ce journal au sujet du nombre de victimes civiles ? Ceci : &lt;i&gt;&#171; On conna&#238;t le chiffre taliban : 2.000. C'est un nombre consid&#233;rable, mais dont on peut penser qu'il n'est pas exempt de propagande, de volont&#233; de victimiser les talibans. Ceci &#233;tant, les &#201;tats-Unis ont reconnu avoir fait un certain nombre d'erreurs dans les tirs et on peut penser que le nombre de victimes civiles est de toute fa&#231;on important. &#187;&lt;/i&gt; &#171; Propagande &#187; d'un c&#244;t&#233;, &#171; erreurs &#187; de l'autre : et des victimes pass&#233;es par pertes et profits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux images, chacun sait que, selon les cas, elles parlent et ne parlent pas par elles-m&#234;mes. En l'absence d'images &#171; de source ind&#233;pendante &#187;, comment savoir ? En revanche, les images des vainqueurs coulent &#224; flot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que ces figures du discours m&#233;diatique (qui d&#233;bordent d&#233;j&#224; du strict champ s&#233;mantique) s'inscrivent dans une rh&#233;torique de guerre qui, en dernier ressort, travestit le discours imp&#233;rial en discours moral.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me partie&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rh&#233;torique de la guerre : discours moral et discours imp&#233;rial&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;La rh&#233;torique de la guerre rel&#232;ve, &#233;videmment, d'une logique du tiers exclu : &#171; qui n'est pas avec moi est contre moi &#187;. Mais une telle logique ne peut s'imposer sans explication ni justification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Mis&#232;res de l'histoire et de la causalit&#233; : la rh&#233;torique explicative&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'examen des pr&#233;tendues explications permet de saisir comment l'histoire devient belliqueuse : une histoire taill&#233;e sur mesure, dont rend compte une causalit&#233; r&#233;duite aux acqu&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Une histoire taill&#233;e sur mesure &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique imp&#233;riale enr&#244;le, dans le discours des m&#233;dias dominants, une histoire &#233;difiante dont la guerre elle-m&#234;me constitue le d&#233;nouement. C'est une histoire r&#233;duite &#224; un r&#233;cit, mais un r&#233;cit quasi-mythique o&#249;, sous le masque des personnages et sous la surface de l'intrique, travaille une machinerie narrative, dont il est possible d'exhiber les principaux rouages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tout r&#233;cit, son commencement : ainsi en va-t-il des attentats du 11 septembre 2001. &#171; Apocalypse &#187;, titre la plupart des quotidiens r&#233;gionaux en France, qui veulent ainsi donner la mesure d'un &#233;v&#233;nement litt&#233;ralement extraordinaire. Partant de cette apocalypse originelle, les &#233;v&#233;nements s'encha&#238;nent r&#233;duits &#224; leur pure factualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tout r&#233;cit, ses personnages : ainsi en va-t-il des figures oppos&#233;es de George W. Bush et de Ben Laden. Le comble de l'ennemi, quand il ne s'agit pas du &#171; Grand Satan &#187; am&#233;ricain porte quelques noms propres ou communs devenus les patrons de toute comparaison : Hitler, Staline, fascisme, stalinisme. L'explication tient alors presque exclusivement dans la comparaison, bient&#244;t r&#233;duite &#224; une simple analogie. : &#171; X n'est pas Hitler, mais... &#187; ; les talibans ne sont pas des fascistes, mais...ce sont des fascistes islamistes. &#187;. Disant cela, nous n'entendons pas exon&#233;rer des criminels de leurs crimes, mais souligner simplement que la rh&#233;torique de la guerre dispense de les identifier pr&#233;cis&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tout r&#233;cit, son intrigue qui rabat l'histoire sur une succession chronologique soigneusement am&#233;nag&#233;e, dont le principe est simple : si &#171; tout commence avec le 11 septembre &#187;, il va de soi qu'&#224; partir du 11 septembre &#171; tout s'encha&#238;ne &#187;, in&#233;luctablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discours emphatique de l'origine, grandiloquence maigre des analogies, mis&#232;re factuelle de la chronologie : l'histoire est promue au rang de Grand R&#233;cit. R&#233;cit mythique des Origines, qui se d&#233;ploie &#224; partir de l'Origine qui d&#233;cide, une fois pour toutes, de la place des m&#233;dias au sein de l'un des camps que leur R&#233;cit contribue &#224; fa&#231;onner ... et de leur participation &#224; &#171; l'effort de guerre &#187;. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire &lt;i&gt;Le Monde T&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, 4 et 5 novembre 2001. Daniel Schneidermann &#233;ditorialise sous le titre &#171; Effort de guerre &#187;. Cela se pr&#233;sente comme une le&#231;on de lucidit&#233;, inaugur&#233;e par une question qui en borde l'exercice : &#171; &lt;i&gt;Que signifie, pour les m&#233;dias, participer &#224; l'effort de guerre ? Non point fermer les yeux sur les erreurs, les t&#226;tonnements, les bavures de la riposte am&#233;ricaine. Les ouvrir, au contraire. Mais les ouvrir jour apr&#232;s jour, avec endurance, sans oublier l'image originelle de l'agression du 11 septembre.&lt;/i&gt; &#187;. Aucun &#201;tat-major ne saurait se plaindre d'une telle ind&#233;pendance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons en arri&#232;re : que l'histoire fasse tenir toute explication dans la narration n'est pas sans cons&#233;quences, on s'en doute, sur l'explication elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Une causalit&#233; r&#233;duite aux acqu&#234;ts &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour contenir la causalit&#233; - qu'il s'agisse des causes qui d&#233;terminent ou des conditions qui favorisent - dans les limites d'un r&#233;cit &#233;difiant, il suffit de juger l'&#233;v&#233;nement au lieu de le jauger, d'identifier des auteurs et d'opposer entre elles des substances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour au commencement : les attentats du 11 septembre 2001. D'embl&#233;e, l'&#233;v&#233;nement comme crime - ce qu'il fut indubitablement -, par son ampleur m&#234;me dispense de prendre en compte l'&#233;v&#233;nement comme effet. L'&#233;v&#233;nement comme crime ne peut &#234;tre que l'effet de criminels. Et la folie meurtri&#232;re ne pouvant avoir pour cause que la folie des assassins, le discours journalistique d&#233;cr&#232;te inexplicable ce qui, par d&#233;finition, ne peut &#234;tre expliqu&#233;. La causalit&#233; &#233;tant ainsi rabattue sur la responsabilit&#233;, il ne reste plus qu'&#224; &#233;tendre la liste des responsables : on n'en finirait pas de citer les articles de nos majest&#233;s &#233;ditoriales qui, des &#171; antiam&#233;ricains &#187; aux &#171; antimondialistes &#187;, de Ben Laden &#224; Jos&#233; Bov&#233;, des &#171; islamistes &#187; aux &#171; laxistes &#187;, ont permis d'&#233;largir la liste des ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la responsabilit&#233; des auteurs tient lieu d'explication par les causes, leur appartenance &#224; une communaut&#233; ou &#224; une mouvance &#171; islamiste &#187;, &#224; une organisation ou &#224; un r&#233;seau (Al-Qaida) compl&#232;te leur identit&#233;. Que la mont&#233;e en puissance de vari&#233;t&#233;s pr&#233;cises de l'islamisme politique puisse &#234;tre un effet, m&#234;me indirect, de la politique imp&#233;riale elle-m&#234;me, ne satisferait pas les exigences du r&#233;cit belliqueux : les relations et interactions qui ont contribu&#233; &#224; fa&#231;onner des appartenances qui ne sont pas isolables de ces relations s'effacent devant les appartenances elles-m&#234;mes, compl&#232;tement r&#233;ifi&#233;es. Ainsi, de m&#234;me que les auteurs (et leurs &#171; alli&#233;s &#187; pr&#233;sum&#233;s) absorbent les causes, les substances se substituent aux relations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier acte de la rh&#233;torique explicative : toute tentative d'expliquer est d&#233;nonc&#233;e comme tentation de justifier. Ainsi la plupart des journalistes peuvent-ils, aux c&#244;t&#233;s des gouvernements belliqueux, proc&#233;der en quelques phrases &#224; la transmutation alchimique des probl&#232;mes &#224; r&#233;soudre en ennemi &#224; combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et avec cet &#233;quipement explicatif r&#233;duit au minimum, l'histoire met aux prises, dans le r&#233;cit horrifi&#233; d'une indiscutable horreur, des enfants innocents et des ogres monstrueux. La guerre se transforme en r&#233;cit d'&#233;pouvante. Mais encore faut-il la justifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Mis&#232;res de la morale et de la politique : la rh&#233;torique justificative&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rh&#233;torique justificative compl&#232;te le pr&#234;t-&#224;-porter explicatif et permet de saisir comment, dans le discours des m&#233;dias dominants, la guerre devient morale. A cet effet, il suffit de rendre la politique translucide et la morale ang&#233;lique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Une politique translucide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se soustraire aux &#233;tats d'&#226;me que provoqueraient des analyses qui rendraient &#224; l'histoire son opacit&#233; et r&#233;v&#232;leraient des choix trop explicitement politiques, mieux vaut proc&#233;der &#224; une substitution des raisons &#233;thiques aux calculs strat&#233;giques et aux int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Premier glissement de la strat&#233;gie vers la morale : la rh&#233;torique de la guerre d&#233;fensive. L'effacement des causes rend l'&#233;v&#233;nement - les attentats du 11 septembre - &#224; sa pure factualit&#233;, fut-elle extraordinaire. Mais le travail de moralisation ne serait pas achev&#233; si ce m&#234;me &#233;v&#233;nement n'&#233;tait pas rabattu sur une seule de ses dimensions : on retiendra qu'il fut une agression - ce qu'il fut indubitablement - appelant la l&#233;gitime d&#233;fense, pour dissimuler qu'il fut aussi une occasion - ce qu'il fut certainement quand on lui restitue son arri&#232;re-plan historique et strat&#233;gique - appelant une belliqueuse offensive. Une occasion de conqu&#233;rir une nouvelle &#171; zone d'influence &#187; : ce motif strat&#233;gique est dissimul&#233; derri&#232;re le mobile vaguement &#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Deuxi&#232;me glissement de la strat&#233;gie vers la morale : la rh&#233;torique de la guerre humanitaire. Envahissante au moment de la guerre du Kosovo, cette rh&#233;torique se d&#233;ploie &#233;galement au cours de la guerre d'Afghanistan. Au Kosovo, les experts am&#233;ricains d&#233;claraient avant le conflit que les op&#233;rations militaires rendaient vraisemblable un exode massif provoqu&#233; par les forces serbes. On l'oublia, pr&#233;f&#233;rant d&#233;clarer que cet exode &#233;tait le principal motif de la &#171; guerre humanitaire &#187; alors que, comme le dit fort bien Daniel Bensa&#239;d, &#171; (...) &lt;i&gt;On a cyniquement facilit&#233; le crime pour en l&#233;gitimer la punition&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Bensa&#239;d, Contes et l&#233;gendes de la guerre &#233;thique, p. 28.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De m&#234;me dans la guerre d'Afghanistan, la &#171; guerre d&#233;fensive &#187; changea en cours d'op&#233;ration pour se transformer en guerre de lib&#233;ration des femmes Afghanes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique et la guerre deviennent ainsi imp&#233;rialement transparents : il suffit de tenir les objectifs d&#233;clar&#233;s pour les objectifs poursuivis (la guerre &#171; d&#233;fensive &#187; sans autre motif en Afghanistan, comme elle fut &#171; humanitaire &#187; au Kosovo &#187; sans autre raison), puis les effets obtenus pour les cibles vis&#233;es (le retour des r&#233;fugi&#233;s au Kosovo, la r&#233;tablissement de la &#171; d&#233;mocratie &#187; en Afghanistan), pour que la politique devienne aussi morale qu'un conte pour enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au risque de voir la politique se venger de tant d'innocence et imposer &#224; la morale proclam&#233;e une flexibilit&#233; impr&#233;vue, mais non impr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Une morale r&#233;versible &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La substitution des raisons &#233;thiques aux calculs strat&#233;giques et aux int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques a pour compl&#233;ment, dans le discours des m&#233;dias dominants, la substitution de l'&#233;thique illimit&#233;e &#224; la politique profane. Alors la morale des intentions et de l'&#233;thique pure, comme l'appelait Max Weber, balaie tout sur son passage : elle absorbe le droit, d&#233;fie les rapports de force, se joue des relations tortueuses entre les Etats. Mieux : elle sanctifie la guerre. Il suffit de se souvenir de l'emphase de la rh&#233;torique humanitaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Noam Chomsky, Le Nouvel Humanisme militaire. Le&#231;ons de la guerre du Kosovo, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de la ferveur des d&#233;clarations en faveur du &#171; droit d'ing&#233;rence &#187; pendant la guerre du Kosovo. La plupart des journalistes fran&#231;ais les ont sous-trait&#233;s. L'indignation promise s'est &#233;trangl&#233;e progressivement face &#224; la guerre de Tch&#233;tch&#233;nie et est ext&#233;nu&#233;e face au conflit isra&#233;lo-palestinien. Pendant la guerre d'Afghanistan, elle s'est mu&#233;e en haine de la barbarie, aveugle &#224; la sienne propre, en d&#233;pit de toutes les tentatives de prendre des distances avec les discours de Georges W. Bush sur la &#171; croisade &#187; des d&#233;mocraties contre &#171; l'axe du Mal &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, la rh&#233;torique humanitaire permet de convertir le cynisme politique en ang&#233;lisme moral. Mais cette absorption de la politique par la morale - cette conversion du cynisme en ang&#233;lisme - a pour compl&#233;ment une tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e de conversion de la morale en politique : o&#249; l'ang&#233;lisme devient la caution de toutes les formes de cynisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il arrive pourtant que l'&#233;thique illimit&#233;e ne parvienne pas &#224; colorer de ses nobles intentions la politique profane. Le cynisme alors reprend ses droits pour d&#233;noncer l'ang&#233;lisme suppos&#233; des adversaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, sous le titre neutre et avenant &#171; Les ONG contestent le couplage avec l'action militaire &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 11 octobre 2001, p. 2), Claire Tr&#233;an fait &#233;tat des critiques de &#171; l'humanitaire militaire &#187;, mais pour en d&#233;samorcer, autant qu'elle le peut, la port&#233;e. Le r&#233;alisme militaire grince ainsi sous sa plume : &lt;i&gt;&#171; Le couplage entre action militaire et action humanitaire n'est pas non plus sans provoquer quelques &#233;tats d'&#226;mes chez les travailleurs de terrain&lt;/i&gt; &#187;. De simples &#171; &#233;tats d'&#226;me &#187;, dans un milieu qui, pr&#233;cise Claire Tr&#233;an, &#171; &lt;i&gt;se torture mentalement - au moins dans sa branche la plus intellectuelle, la fran&#231;aise - pour tenter de s'inventer une doctrine salvatrice dans ses relations compliqu&#233;es avec les Etats&lt;/i&gt; &#187;. Ce commentaire m&#233;prisant destin&#233; &#224; discr&#233;diter les arguments que l'on expose est un mod&#232;le de journalisme d'&#233;tat-major...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, soutient Claire Tr&#233;an, &#224; la diff&#233;rence de la confusion (enfin reconnue !) qui aurait pr&#233;valu lors d'actions de guerre pr&#233;c&#233;dentes : &#171; &lt;i&gt;La crainte de certaines ONG que l'humanitaire serve d'alibi, voire de d&#233;clencheur, &#224; une intervention guerri&#232;re est ici sans fondement&lt;/i&gt; &#187;. Comme si ce n'&#233;tait que comme alibi ou d&#233;clencheur que l'humanitaire pouvait &#234;tre mis au service de la guerre... Heureusement, Claire Tr&#233;an a trouv&#233; des ONG qui auraient pour particularit&#233;... de reconna&#238;tre la difficult&#233; des op&#233;rations humanitaires : &#171; &lt;i&gt;Ceux-l&#224; refusent aujourd'hui de verser dans d'inutiles d&#233;bats th&#233;ologiques, m&#234;me si le z&#232;le humanitaire affich&#233; par les Am&#233;ricains les irrite quelque peu&lt;/i&gt; &#187;. &#171; D'inutiles d&#233;bats th&#233;ologiques &#187; : quand le moralisme plie, le cynisme reprend ses droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me Claire Tr&#233;an - mais on peut trouver pire - dans un dossier sp&#233;cial du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; dat&#233; des 18-19 novembre 2001 (&#171; &lt;i&gt;Terrorisme, guerre les armes du droit international&lt;/i&gt; &#187;) revient &#224; deux reprises sur la guerre actuelle et le droit international, pour r&#233;duire &#224; n&#233;ant les scrupules juridiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier article, qui sert d'introduction au dossier, on peut lire notamment, en guise de pr&#233;sentation des positions qui critiquent la l&#233;galit&#233; de l'intervention, cette pr&#233;sentation &#171; objective &#187; : &#171; (...) &lt;i&gt;les organisations de d&#233;fense des droits de l'homme, pour la plupart pacifistes d'instinct, invoquaient le droit international pour sauver le monde, mais n'y puisaient comme seule proposition organisationnelle que celle de juger Ben Laden pour crime contre l'humanit&#233;...&lt;/i&gt; &#187; Le journalisme d'investigation a ainsi permis de d&#233;couvrir des instinctifs qui veulent sauver le monde par le droit ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un second article du m&#234;me dossier,- &#171; La question de la l&#233;gitimit&#233; des ripostes aux attentats du 11 septembre &#187; -, Claire Tr&#233;an apr&#232;s avoir rapidement expos&#233; quelques critiques sur la l&#233;galit&#233; de la riposte am&#233;ricaine, tranche le d&#233;bat avec autorit&#233; : la l&#233;galit&#233; est hors de cause. Et entre autres consid&#233;rations, on peut lire celle-ci : &#171; &lt;i&gt;A partir du 7 octobre, les Etats-Unis entraient en guerre contre le r&#233;gime d'Afghanistan. Ils &#233;taient tenus de respecter les r&#232;gles des conventions de Gen&#232;ve, de m&#234;me en principe que les autres bellig&#233;rants, talibans ou moudjahidins. &#187; Pour autant que l'on sache, les Am&#233;ricains ne semblent pas les avoir viol&#233;es d&#233;lib&#233;r&#233;ment massivement. Cette probl&#233;matique humanitaire allait cependant d&#232;s lors prendre le pas, dans le d&#233;bat, sur celle de la l&#233;galit&#233; onusienne.&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour autant que l'on sache &#187;, m&#234;me un viol pas massif et pas totalement d&#233;lib&#233;r&#233; reste un viol. Pour Claire Tr&#233;an, cela revient &#224; c&#233;der &#224; une &#171; probl&#233;matique humanitaire &#187;, celle-l&#224; m&#234;me que l'on invoque pour faire la guerre quand le droit est muet et la politique insuffisamment morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;L'universel imp&#233;rial&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut le redire : il existait peut-&#234;tre des arguments rationnels en faveur de la guerre d'Afghanistan. Mais pourquoi sont-ils absents du discours dominants des m&#233;dias dominants ? Ou submerg&#233;s par un autre discours, dont Jean-Marie Colombani - une fois de plus - avait offert le prototype ? Le directeur du &#171; journal de r&#233;f&#233;rence &#187; de la presse fran&#231;aise, &#233;crivait dans le contexte de la guerre du Kosovo : &#171; &lt;i&gt;Notre chance est bien de vivre aujourd'hui dans cette Europe qui n'est plus ni imp&#233;riale ni imp&#233;rialiste et qui peut donc &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#224; jamais&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;se pr&#233;valoir de valeurs universelles&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 7 mai 1999)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, en 1999, avait propos&#233; un argumentaire &#171; de r&#233;f&#233;rence &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; [&lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/La-guerre-en-Afghanistan-de-2001-2-Discours-moral&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]. L'Europe ? Ni imp&#233;riale, ni imp&#233;rialiste, universelle par principe et pour l'&#233;ternit&#233;. Et ce qui est vrai de l'Europe l'est aussi, on s'en doute, des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les options s&#233;mantiques, les routines ethnocentriques, les contorsions rh&#233;toriques des m&#233;dias dominants avant et pendant la guerre d'Afghanistan sont de puissants r&#233;v&#233;lateurs. Ils montrent comment, sans injonctions particuli&#232;res, ces m&#233;dias n'ont pas besoin de servir directement la propagande des &#233;tats-majors pour la renforcer de leur propre propagande. Mais surtout, ils mettent en &#233;vidence, comment parle par leur bouche, l'universel qui les hante et qui les guide : l'universel imp&#233;rial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rep&#232;res bibliographiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Daniel Bensa&#239;d, &lt;i&gt;Contes et l&#233;gendes de la guerre &#233;thique&lt;/i&gt;, Textuel, Paris 1999. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Noam Chomsky, Le &lt;i&gt;Nouvel Humanisme militaire. Le&#231;ons de la guerre du Kosovo&lt;/i&gt;, Lausanne, Page deux, 2000.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Serge Halimi et Dominique Vidal, &lt;i&gt;&#171; L'opinion, &#231;a se travaille... &#187;. Les m&#233;dias et les &#171; guerres justes &#187;. Du Kosovo &#224; l'Afghanistan&lt;/i&gt;, quatri&#232;me &#233;dition revue et augment&#233;e, Marseille, Agone Editeur, 2002.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Henri Maler, &#171; Kosovo 1999 : &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et la guerre &#187;, dans &lt;i&gt;Variations&lt;/i&gt; n&#176;1, Paris Syllepse, 2001.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Semantica et retorica della guerra imperiale nei media francesi. L'esempio della guerra in Afghanistan nel 2001 &#187;, in &lt;i&gt;Cultura per la pace&lt;/i&gt; (a cura di G.I. Giannoli, S Morante, R. Mordenti, P.Quintili), Roma, manifestolibri, mars 2003, p. 135-151.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette contribution s'appuie sur la documentation que j'ai r&#233;unie en 2001 sur le site de l'association Acrimed (Action-CRItique-MEDias) : dossiers &#171; Attentats aux USA &#187; et &#171; Guerre en Afghanistan &#187;.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que Jean-Marie Colombani, p&#226;le imitation de John Kennedy, transpose &#171; Ich bin ein Berliner &#187; en d&#233;clarant &#171; je suis un am&#233;ricain &#187; serait un acc&#232;s d'identification int&#233;ressant, mais, somme toute, b&#233;nin. Qu'il confonde les dates - le discours de Kennedy date du 26 juin 1963, et non de 1962 - est sans doute d&#251; &#224; un exc&#232;s de pr&#233;cipitation. Que la correction apparaisse sur le site du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, le jour de la parution (avant de dispara&#238;tre et de repara&#238;tre &#224; nouveau), sans que, ce jour (sauf erreur...), aucun rectificatif ne soit publi&#233; dans la version papier n'est peut-&#234;tre qu'une d&#233;faillance technique (et d&#233;ontologique) mineure.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Des morts, des r&#233;fugi&#233;s ... et pourquoi ? &#187; par Christine Delphy (Co-pr&#233;sidente de la Fondation Copernic, Directrice de Nouvelles questions f&#233;ministes) et Annie Mordrel (Philosophe), tribune libre ... jamais publi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Halimi et Dominique Vidal, &lt;i&gt;&#171; L'opinion, &#231;a se travaille... &lt;/i&gt; &#187;, p. 36-37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Bensa&#239;d, &lt;i&gt;Contes et l&#233;gendes de la guerre &#233;thique&lt;/i&gt;, p. 28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Noam Chomsky, &lt;i&gt;Le Nouvel Humanisme militaire. Le&#231;ons de la guerre du Kosovo&lt;/i&gt;, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, en 1999, avait propos&#233; un argumentaire &#171; de r&#233;f&#233;rence &#187; parfaitement &#233;loquent ? Voir Henri Maler, &#171; Kosovo 1999 : &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et la guerre &#187;, dans &lt;i&gt;Variations&lt;/i&gt; n&#176;1, Paris Syllepse, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Kosovo 1999 : Le Monde en guerre</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Kosovo-1999-Le-Monde-en-guerre.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://henri-maler.fr/Kosovo-1999-Le-Monde-en-guerre.html</guid>
		<dc:date>2023-11-05T16:26:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Guerres</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;dias en guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Analyse d'informations et d'explications biais&#233;es par la propagande.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Guerres-+.html" rel="tag"&gt;Guerres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Medias-en-guerre-+.html" rel="tag"&gt;M&#233;dias en guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Critiquer-les-medias-+.html" rel="tag"&gt;Critiquer les m&#233;dias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH149/arton79-2d388.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='149' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Analyse d'informations et d'explications biais&#233;es par la propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article reproduit ci-apr&#232;s est paru dans la revue &lt;i&gt;Variations&lt;/i&gt;, n&#176; 1, premier trimestre 2001, &#233;ditions Syllepses, et reprend, pour l'essentiel, les articles parus sur le site d'Acrimed en juin 2000.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; revendique hautement un statut de &#171; quotidien de r&#233;f&#233;rence &#187;. Pourtant, le pouvoir de l&#233;gitimation qu'il s'arroge souvent et qu'on lui reconna&#238;t parfois exc&#232;de manifestement le pouvoir d'information et d'explication dont il dispose. Cette revendication et cet &#233;cart suffisent &#224; justifier notre curiosit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est assez dire les limites de cet article qui ne pr&#233;tend pas analyser (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la &#171; guerre du Kosovo &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; s'est laiss&#233; emporter par son &#233;lan de solidarit&#233; avec l'OTAN au point d'accr&#233;diter, comme la plupart des autres m&#233;dias, des informations totalement fausses, comme l'existence du plan &#171; fer &#224; cheval &#187;et l'exag&#233;ration d&#233;mesur&#233;e du nombre des victimes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Halimi et Dominique Vidal, L'opinion, &#231;a se travaille ...Les m&#233;dias, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais si &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; - comme on pourra le v&#233;rifier - a c&#233;d&#233; aux vertiges de la propagande, la diffusion de ces informations fausses ne fut jamais que l'exception qui confirme cette r&#232;gle : la publication d'informations et d'explications biais&#233;es. Ce sont elles que l'on s'efforcera de mettre en &#233;vidence, en prenant pour fil conducteur les &#233;ditoriaux du temps de guerre : ils &#233;clairent les pages d'information et s'&#233;clairent par elles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je remercie Gilbert Achcar, Serge Halimi, Pierre Rimbert et Catherine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(1) Une information solidement explicative ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confondant g&#233;n&#233;ralement les raisons de leur soutien &#224; l'intervention de l'OTAN avec les raisons m&#234;me de cette intervention, la plupart des commentaires du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; se sont satisfaits des explications les plus courtes : des explications - qu'il s'agisse d'histoire ou de strat&#233;gie - profond&#233;ment mutil&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'histoire est convoqu&#233;e, c'est une histoire taill&#233;e sur mesure. Les &#233;ditoriaux du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, pendant toute la dur&#233;e de la guerre, comportent une r&#233;f&#233;rence constante &#224; une double histoire : l'histoire de dix ann&#233;es d'oppression par le pouvoir de Milosevic, l'histoire de deux ann&#233;es d'exactions serbes sur le territoire du Kosovo. Ainsi rabattue sur l'histoire des relations entre le r&#233;gime de Belgrade et les aspirations de la majorit&#233; albanophone&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les tensions intercommunautaires de la p&#233;riode 1974-1989, le plus souvent au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la question du Kosovo est isol&#233;e de l'histoire de l'ensemble des conflits cons&#233;cutifs &#224; l'effondrement de l'ancien r&#233;gime Yougoslave et de l'inscription des puissances occidentales dans ces conflits. Du m&#234;me coup, on peut se borner &#224; pr&#233;senter les formes les plus r&#233;centes de l'intervention de ces grandes puissances comme une simple rupture dans une politique r&#233;put&#233;e attentiste. Parfois, il est vrai, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; tente de prendre du recul. Ainsi, la &#171; une&#034; du mercredi 31 mars nous annonce une explication prometteuse : &#171; Kosovo les racines de la guerre &#187;. Pourtant, le &#171; dossier &#187; correspondant juxtapose un article sur le Kosovo dans les Balkans depuis 1815 et un entretien avec Ibrahim Rugova&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fondateur de Ligue d&#233;mocratique du Kosovo, devenu Pr&#233;sident de la Premi&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;], datant de 1990 : rien par cons&#233;quent sur l'insertion de la crise dans le contexte g&#233;opolitique qui a favoris&#233;, puis aliment&#233;, le d&#233;membrement de l'ex-Yougoslavie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;lest&#233;e de toute &#233;paisseur historique, l'explication l'est aussi de toute dimension strat&#233;gique - qu'elle soit g&#233;opolitique ou strictement militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, les &#233;ditoriaux du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; passent prudemment sous silence les objectifs g&#233;opolitiques de la guerre, effac&#233;s - semble-t-il - par les urgences humanitaires. Ainsi se trouve &#233;vacu&#233;e jusqu'&#224; l'hypoth&#232;se de l'encha&#238;nement suivant : l'intervention de l'OTAN sous h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine n'ob&#233;issait pas seulement aux nobles motifs invoqu&#233;s ; elle avait pour objectifs g&#233;ostrat&#233;giques de maintenir l'OTAN en refondant sa d&#233;finition et sa l&#233;gitimit&#233;, de gagner toujours plus &#224; l'Est l'&#233;tendue de son th&#233;&#226;tre d'intervention, et en remodelant ainsi la zone d'influence am&#233;ricaine, de favoriser l'extension de l'ordre n&#233;o-lib&#233;ral. Imposer l'OTAN comme bras arm&#233; du FMI et de l'OMC ? La question ne sera pas pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, avec une t&#233;nacit&#233; remarquable, les &#233;ditoriaux du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; taisent la coh&#233;rence de la strat&#233;gie militaire de l'OTAN. Quand, apr&#232;s quelques jours de bombardements, la plupart des &#233;ditorialistes s'inqui&#232;tent des cons&#233;quences de cette strat&#233;gie, ils s'interrogent sur d'&#233;ventuelles &#034; erreurs &#187; qu'ils donnent pour circonstancielles : un choix de moyens mal ajust&#233;s au conflit en cours. Pourtant, du strict point de vue militaire, la strat&#233;gie adopt&#233;e n'est que l'application d'une strat&#233;gie globale &#233;labor&#233;e depuis plusieurs ann&#233;es par les strat&#232;ges am&#233;ricains : tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment la strat&#233;gie g&#233;n&#233;rale de l'OTAN pour la gestion des conflits modernes. Mais &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; est loin d'en avoir tir&#233; toutes les cons&#233;quences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, il est vrai, consacre quelques articles &#224; cette strat&#233;gie, sous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces s&#233;v&#232;res amputations sont &#224; la fois la raison et la cons&#233;quence d'un engagement qui &#233;pouse la version officielle des gouvernements et des diplomates occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; (2) Une diplomatie purement dissuasive ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la guerre commenc&#233;e, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; affirme p&#233;remptoirement que le projet de Rambouillet proposait une solution acceptable et constituait une ultime tentative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ditorial du 25 mars - sous le titre &#171; Un tournant historique &#187; -, n'h&#233;site pas &#224; affirmer que &#171; Le pr&#233;sident de la RFY, Slobodan Milosevic, refuse l'honn&#234;te solution qui lui a &#233;t&#233; propos&#233;e &#224; Rambouillet &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La conf&#233;rence de Rambouillet, du nom &#171; attribu&#233; au cycle de n&#233;gociations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;]. En quoi s'agissait-il d'une honn&#234;te solution ? &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ne le dit pas. De quelles informations disposons nous pour en juger ? &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ne les fournit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, sur son site internet, puis &lt;i&gt;L'Humanit&#233; hebdo&lt;/i&gt; du 30 avril ont publi&#233; les annexes du projet d'accord, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (qui pourtant a publi&#233; sans d&#233;lais l'int&#233;grale du rapport du procureur Starr dans &#171; l'affaire Monica Lewinski &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du nom des relations sexuelles qu'elle avait entretenues avec le pr&#233;sident (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) n'a pas jug&#233; bon de faire conna&#238;tre le texte &#224; ses lecteurs. Mais le quotidien ne s'est pas priv&#233; pour autant d'engager, sous la plume de Henri de Bresson, la pol&#233;mique sur son interpr&#233;tation. La totalit&#233; du projet r&#233;v&#232;le que les dispositions militaires revenaient &#224; ceci : l'intervention d'une force d'interposition de l'Otan, autoris&#233;e &#224; circuler librement sur la totalit&#233; du territoire Yougoslave. Mais le journaliste du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; ergote. Sous pr&#233;texte que ces annexes n'ont pas &#233;t&#233; d&#233;battues - &#171; la discussion n'est pas arriv&#233;e jusque-l&#224; &#187; -, il serait inutile de les discuter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri de Bresson, &#171; Pol&#233;mique sur les clauses non publi&#233;es de l'accord de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois &#233;lud&#233;es les conditions impos&#233;es au gouvernement de Milosevic, la solution propos&#233;e pouvait passer pour honn&#234;te et, en ce sens, pour ultime. Deux arguments fusionn&#233;s en un seul permettent d'expliquer que l'on a atteint l'extr&#234;me limite et que la guerre est devenue in&#233;vitable : &#224; la fois parce qu'elle a &#233;t&#233; trop longtemps diff&#233;r&#233;e et qu'elle est dict&#233;e par l'urgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une intervention trop longtemps diff&#233;r&#233;e : &#171; apr&#232;s des mois de n&#233;gociations aboutissant &#224; l'accord de Rambouillet, refus&#233; par le seul Milosevic ; apr&#232;s tant de temps perdu, il n'y avait plus d'autre solution que le recours &#224; la force &#187; (&#233;ditorial du 22 avril, &#171; Le but de guerre &#187;). Comme si ce recours &#224; la force n'&#233;tait pas aussi la cons&#233;quence d'une politique catastrophique des puissances occidentales depuis une dizaine d'ann&#233;es. Comme si &#171; l'honn&#234;te solution &#187; diplomatique ne faisait pas corps avec la seule &#171; solution &#187; du recours &#224; la force (qui supposait notamment la mise l'&#233;cart de la diplomatie russe). Comme si les pr&#233;tendus accords de Rambouillet avaient &#233;t&#233; autre chose qu'un ultimatum, comme Kissinger lui-m&#234;me l'a reconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une intervention dict&#233;e par l'urgence : &#171; plus l'OTAN attendra, plus le conflit au Kosovo sera lourd de massacres et plus la d&#233;stabilisation r&#233;gionale sera exacerb&#233;e &#187; (&#233;ditorial du 25 mars, &#171; Un tournant historique &#187;). Comme si la guerre n'avait pas contribu&#233; &#224; pr&#233;cipiter ce qu'elle pr&#233;tendait emp&#234;cher. Nous y reviendrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; en guerre avalise la pr&#233;sentation des efforts diplomatiques fournis par les diplomates eux-m&#234;mes. Rien d'&#233;tonnant &#224; cela : pendant toute la p&#233;riode des &#171; n&#233;gociations &#187;, les articles de Claire Tr&#233;an - qui &#171; suit &#187; les n&#233;gociations - &#233;pousent, sans la moindre distance critique, la version des diplomates occidentaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claire Tr&#233;an, souvent cit&#233; dans cet article, &#233;tait journaliste au Monde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les pr&#233;tendus accords de Rambouillet ne relevaient ni d'une diplomatie pr&#233;ventive, ni d'une diplomatie dissuasive, mais d'une diplomatie exp&#233;ditive et imm&#233;diatement belliqueuse. La perspective d'une intervention de l'OTAN est officialis&#233;e d&#232;s octobre 1998, quelques jours apr&#232;s le vote des r&#233;solutions de l'ONU et avant toute ouverture de n&#233;gociations. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, d&#232;s le jeudi 8 octobre annon&#231;ait en premi&#232;re page : &#171; Kosovo l'OTAN pr&#234;te &#224; frapper les Serbes &#187;. Et Javier Solana, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'OTAN, d&#233;clarait, dans un entretien publi&#233; le m&#234;me jour que &#171; Le compte &#224; rebours pour une intervention de l'OTAN a commenc&#233; &#187;, dans le but d'&#233;viter &#171; le risque d'une catastrophe humanitaire &#187; (en pr&#233;cisant cependant que la pr&#233;sence de l'OTAN sur le territoire du Kosovo restait une question ouverte). Mais rapidement, sur une question &#233;minemment conflictuelle - et alors que les grandes puissances ont pris tout leur temps pour diff&#233;rer, voire pour emp&#234;cher la solution de conflits similaires -, c'est l'OTAN que l'on cherche &#224; imposer dans une diplomatie qui ne laisse pratiquement aucune marge de n&#233;gociation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La menace du recours &#224; cette intervention &#233;tait pr&#233;sent&#233;e comme une condition de l'efficacit&#233; des efforts diplomatiques en direction du gouvernement de Milosevic. A moins que la diplomatie exp&#233;ditive n'ait eu essentiellement pour fonction de pr&#233;parer et de l&#233;gitimer le recours &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 6 f&#233;vrier - sous le titre &#171; Quinze jours pour parvenir &#224; la paix &#187; -, Claire Tr&#233;an d&#233;crit, sans le moindre &#233;tat d'&#226;me, cette diplomatie exp&#233;ditive : &#171; L'id&#233;e [sic !] est de fixer un cadre rigide aux n&#233;gociations, les parties en conflit n'ayant &#224; s'entendre que sur les d&#233;tails de cette &#233;pure [re-sic], qui doit dessiner pour trois ans un statut &#171; d'autonomie substantielle &#187; du Kosovo. 85% du projet qu'on mettra sur la table &#171; ne sont pas n&#233;gociables &#187; a d&#233;clar&#233; jeudi un responsable am&#233;ricain, ajoutant qu'on ne laisserait aux int&#233;ress&#233;s &#171; aucune marge de man&#339;uvre pour d&#233;cider des aspects fondamentaux &#187; de ce plan [sic]. &#187;. Et Claire Tr&#233;an de conclure, sans le moindre tremblement de plume : &#171; Quant aux int&#233;ress&#233;s eux-m&#234;mes, ils partent de positions diam&#233;tralement oppos&#233;es sur tout (...) le plus difficile restera &#224; venir obtenir un accord en moins de quinze jours. &#187; Autant dire que l' &#171; &#233;chec &#187; de la diplomatie et la guerre d&#233;clench&#233;e par l'OTAN &#233;taient programm&#233;s d'avance et depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle guerre ? Les &#233;ditoriaux du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; r&#233;pondent : une guerre l&#233;gale, europ&#233;enne et humanitaire ; une guerre cibl&#233;e et pr&#233;ventive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(3) Une guerre juridiquement fond&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la guerre commenc&#233;e, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; &#233;vacue le probl&#232;me de la l&#233;galit&#233; juridique de l'intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ditorial du 25 mars - Un tournant historique - se borne &#224; constater ceci : &#171; Pour la premi&#232;re fois en cinquante ans d'existence - anniversaire qui sera c&#233;l&#233;br&#233; le 4 avril -, l'OTAN entre en guerre contre un pays souverain. Elle le fait &lt;i&gt;sans autorisation explicite de l'ONU&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; &#187; (Soulign&#233; par moi. &lt;i&gt;H.M.&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Existe-t-il au moins - ce qui serait juridiquement &#233;trange - une autorisation implicite ? C'est ce que Claire Tr&#233;an ne craint pas d'affirmer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde du 28-29 mars 1999, p. 6.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Apr&#232;s avoir rappel&#233; que la r&#233;solution 1199 du 23 septembre 1998 a &#233;t&#233; vot&#233;e &#224; l'initiative des diplomates fran&#231;ais, notre journaliste-diplomate &#233;crit : &#171; La r&#233;solution &#233;nonce les obligations impos&#233;es &#224; Belgrade (cessez-le-feu, fin des agressions contre les civils, retrait des unit&#233;s sp&#233;ciales, ouverture d'un dialogue politique avec la communaut&#233; albanaise) et, dans son article 16, stipule que le Conseil de s&#233;curit&#233; &#171; d&#233;cide, au cas o&#249; les mesures concr&#232;tes exig&#233;es ne seraient pas prises, d'examiner une action ult&#233;rieure et des mesures additionnelles pour maintenir ou r&#233;tablir la paix &#187;. La r&#233;solution 1203 du 24 octobre ent&#233;rine l'accord conclu par Richard Holbrook avec M. Milosevic et fait ainsi des engagements qu'il contient (retrait d'une large partie des forces serbes du Kosovo, ouverture de n&#233;gociations, etc.) des obligations internationales. (...) Ces deux r&#233;solutions ont en outre &#233;t&#233; adopt&#233;es dans le cadre du chapitre VII de la charte des Nations unies, c'est-&#224;-dire celui qu'autorise le recours &#224; la force. Certes, en toute rigueur, le passage &#224; l'acte (&#224; ces &#171; mesures additionnelles &#187; dont parle la r&#233;solution 1199) aurait suppos&#233; une nouvelle r&#233;union du Conseil de s&#233;curit&#233; pour mandater formellement l'OTAN d'une mission coercitive. Mais chacun savait bien qu'on ne pouvait pas emmener les Russes aussi loin. &#187;. &#171; En toute rigueur &#187;, il n'existe donc pas de bases juridiques aux bombardements de l'OTAN. Pourtant, le titre de l'article (que l'on doit peut-&#234;tre &#224; un secr&#233;taire de r&#233;daction...) affirme, sans vergogne, que &#171; Les r&#233;solutions de l'ONU donnent une base l&#233;gale &#224; l'intervention &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette interpr&#233;tation d&#233;sinvolte de la politique du fait accompli permet &#224; la fois de relativiser le recours &#224; l'OTAN comme structure sp&#233;cifique et le recours &#224; la guerre comme moyen politique. Elle permet de passer sous silence le m&#233;pris affich&#233; par les &#201;tats-Unis pour le droit international depuis de longues ann&#233;es et au moment m&#234;me o&#249; de nouveaux bombardements sont d&#233;cid&#233;s contre l'Irak. Et ce silence permet, &#224; son tour, de pr&#233;senter la guerre comme la cons&#233;quence d'une politique essentiellement europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; (4) Une guerre essentiellement europ&#233;enne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la guerre commenc&#233;e, la th&#232;se du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; est des plus simples : les USA ont pr&#234;t&#233; leur appui aux Europ&#233;ens dans une guerre humanitaire. De simples auxiliaires en quelque sorte, essentiellement d&#233;sint&#233;ress&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le 27 mars, l'&#233;ditorial - &#171; Le d&#233;bat et les faits &#187; - affirme : &#171; Dans l'affaire du Kosovo (...) l'initiative politique est largement revenue aux Europ&#233;ens, notamment &#224; la France et &#224; la Grande-Bretagne. &#187; L'&#233;ditorial du 24 avril - &#171; OTAN : l'enjeu de Washington &#187; - ressasse et pr&#233;cise la m&#234;me id&#233;e : &#171; R&#233;p&#233;tons-le en Bosnie comme au Kosovo, les &#201;tats-Unis n'&#233;taient pas demandeurs. Ce sont les Europ&#233;ens qui ont sollicit&#233; l'assistance am&#233;ricaine, parce qu'ils n'avaient pas les moyens militaires de leur diplomatie. &#187; L'&#233;ditorial du 10 mai - &#171; La guerre de la France &#187; -, inlassablement, conforte cette l&#233;gende : &#171; La France participe &#224; une guerre europ&#233;enne, d&#233;cid&#233;e sous l'impulsion politique de Paris et de Londres, et non sous la pression des &#201;tats-Unis, comme veut le faire croire une faribole trop souvent entendue sous nos cieux. &#187; Les &#201;tats-Unis se seraient born&#233;s &#224; mettre leurs armes au service d'une diplomatie qui n'&#233;tait pas la leur. La guerre &#171; n'est majoritairement conduite par les &#201;tats-Unis que du fait des faiblesses d'une Europe de la d&#233;fense (...) &#187;. Comme si les &#201;tats-Unis ne tiraient pas parti des faiblesses des Europ&#233;ens, pour imposer - avec le consentement de la plupart d'entre eux - la r&#233;alisation d'objectifs g&#233;opolitiques d&#233;termin&#233;s qui sont indissociables de leurs int&#233;r&#234;ts particuliers. Comme si la strat&#233;gie des Europ&#233;ens &#233;tait parfaitement dissociable de la strat&#233;gie de l'OTAN sous h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De simples auxiliaires vraiment ? Sans doute est-il exact d'affirmer que les gouvernements de l'Union europ&#233;enne ont tent&#233; de garder l'initiative dans la &#171; gestion &#187; de cette &#171; crise &#187; (et de la retrouver apr&#232;s la fin des bombardements). &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, pourtant, &#224; relire les articles de Claire Tr&#233;an, savait que les am&#233;ricains cherchaient &#224; tout prix l'&#233;preuve de force et intervenaient directement sur le cours des &#171; n&#233;gociations &#187;. Ainsi, d&#232;s le 27 janvier, sous le titre &#171; Divergences occidentales sur la crise du Kosovo &#187;, Claire Tr&#233;an indiquait que les am&#233;ricains &#233;taient partisans d'un accord pr&#233;alable avec l'UCK&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;'Arm&#233;e de lib&#233;ration du Kosovo ou U&#199;K (en albanais : Ushtria &#199;lirimtare e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ouvrant la voie &#224; un ultimatum face au gouvernement serbe &#171; un ultimatum de quatre jours &#187;. Comme on peut le voir, affirmer qu'il existait une pression des &#201;tats-Unis n'est rien d'autre qu'une &#171; faribole &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des suppl&#233;tifs d&#233;sint&#233;ress&#233;s ? Un am&#233;ricanisme primaire ne suffirait pas &#224; expliquer une telle absence de lucidit&#233;. Un europ&#233;anisme fonci&#232;rement lib&#233;ral : tel est l'id&#233;al qui aveugle &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; au point qu'il ne craint pas de pr&#233;senter la guerre comme une &#171; guerre europ&#233;enne &#187;. Cette croyance - r&#233;elle ou affect&#233;e - ne laisse ouverte qu'un seule question : comment faire en sorte que les europ&#233;ens disposent de forces arm&#233;es &#224; la hauteur de leur diplomatie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; l'&#233;ditorial du 27 mars : &#171; l'initiative politique est largement revenue aux Europ&#233;ens (...) Aussi, ceux qui, l&#233;gitimement, de part et d'autre du spectre politique, &#224; droite comme &#224; gauche, soulignent que l'Europe, dans la crise du Kosovo, est &#224; la tra&#238;ne ou sous la tutelle de Washington, devraient-ils reconna&#238;tre qu'il n'est, &#224; l'avenir, qu'une solution pour l'&#233;viter la poursuite de la laborieuse - lente, trop lente - constitution d'une Europe de la d&#233;fense. Mais le paradoxe c'est que ce sont souvent les m&#234;mes qui contestent la pr&#233;pond&#233;rance am&#233;ricaine et l'int&#233;gration europ&#233;enne ! L'affaire du Kosovo plaide de mani&#232;re criante pour une identit&#233; europ&#233;enne en mati&#232;re de d&#233;fense. &#187; Comme si la construction militariste de l'Europe - le projet d' une arm&#233;e europ&#233;enne rivalisant de technologie avec les &#201;tats-Unis et destin&#233;e &#224; mener le m&#234;me type de guerre - ne faisait pas probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que pour &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; la &#171; guerre europ&#233;enne &#187;, comme le pr&#233;cise l'&#233;ditorial cit&#233;, &#171; est men&#233;e au nom des int&#233;r&#234;ts politiques - et non pas &#233;conomiques - de l'Europe de demain, des valeurs morales qui doivent la fonder &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(5) Une guerre essentiellement humanitaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Une fois la guerre commenc&#233;e, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 25 mars - &#171; Un tournant historique &#187; - se prononce sans &#233;quivoque sur ses enjeux : &#171; &#233;viter le retour de la barbarie en Europe &#187;. Mais, du m&#234;me coup, l'enjeu de la guerre selon &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; devient &#224; ses yeux, l'objectif de la guerre selon l'OTAN : un objectif sublim&#233; par les motivations humanitaires que le quotidien assigne &#224; la guerre et qui occupent exclusivement le devant de la sc&#232;ne politique et journalistique. Les autres motifs - l'importance de l'intervention dans la perspective d'une refondation du r&#244;le de l'OTAN, l'importance g&#233;ostrat&#233;gique des Balkans, les enjeux directement &#233;conomiques - sont en g&#233;n&#233;ral pass&#233;s sous silence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On ne reviendra pas ici en d&#233;tail sur ces motifs. Voir notamment Gilbert (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, d&#233;connect&#233;es de l'analyse d'ensemble, quelques informations que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; distille parfois mettent en &#233;vidence l'existence de ces motifs, dissimul&#233;s par le vacarme humanitaire. Ainsi, dans un article du 21 f&#233;vrier, Jacques Isnard fait le point sur la strat&#233;gie am&#233;ricaine et, en particulier, sur le r&#244;le qu'elle assigne &#224; l'OTAN&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Isnard, &#171; Les &#201;tats-Unis en guerre contre les &#034;Etats-voyous &#034; &#187;, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais la guerre, pendant plusieurs semaines, ne permet plus de tenir compte de ces analyses : il faudra attendre l'anniversaire de l'OTAN pour que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; se demande en quoi la guerre du Kosovo s'int&#232;gre au d&#233;ploiement de cette strat&#233;gie dont l'objectif g&#233;opolitique, d'inspiration am&#233;ricaine, suppose le contournement de l'ONU et de l'OSCE par l'OTAN, avec toute les cons&#233;quences qui en ont d&#233;coul&#233; pour le Kosovo : le report pendant plusieurs mois de toute tentative d'arr&#234;ter le d&#233;sastre, le retrait des observateurs de l'OSCE, etc...C'est que l'enjeu essentiel d&#233;passe d'embl&#233;e la question du Kosovo, ainsi que le d&#233;clare Zbigniew Brzezinski dans un &#171; point de vue &#187; publi&#233; en premi&#232;re page du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, le 17 avril : &#171; le fait est que l'enjeu d&#233;passe infiniment, d&#233;sormais, le simple sort du Kosovo (...). Il n'est pas excessif d'affirmer que l'&#233;chec de l'OTAN signifierait tout &#224; la fois la fin de la cr&#233;dibilit&#233; de l'Alliance et l'amoindrissement du leadership mondial am&#233;ricain. Les cons&#233;quences en seraient d&#233;sastreuses pour la stabilit&#233; de la plan&#232;te &#187;. Apr&#232;s avoir mis l'OTAN en avant pour favoriser la refondation de son r&#244;le, il s'agirait d&#233;sormais, avant tout autre objectif, de sauver l'OTAN. L'engrenage mal ma&#238;tris&#233; de la guerre r&#233;v&#232;le l'un des moteurs qui le font tourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la strat&#233;gie proprement militaire n'est pas ind&#233;pendante de cette red&#233;finition de l'OTAN. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a publi&#233; une page au titre &#233;loquent le 15 juin : &#171; Le Kosovo a &#233;t&#233; le banc d'essai des mat&#233;riels pr&#233;sent&#233;s au salon du Bourget &#187;. Dans le sous-titre : &#171; (...) les &#201;tats-Unis ont fait la d&#233;monstration que, sans leur technologie, l'Europe de la d&#233;fense n'a pas de consistance &#187;. L'auteur de l'article, Jacques Isnard, enfonce quant &#224; lui un autre clou : &#171; L'OTAN, Am&#233;rique et Europ&#233;ens confondus, a conceptualis&#233; et choisi d'adapter sa forme de guerre - la d&#233;faite de l'adversaire sous l'effet des seules frappes a&#233;riennes - &#224; sa panoplie d'armement &#187;. On imagine &#224; quelles contorsions doivent se livrer des &#233;ditorialistes qui pensent possible de soutenir la guerre de l'OTAN, sans soutenir le volet militaire de la strat&#233;gie de l'OTAN : des &#171; frappes &#187; a&#233;riennes, qui s'av&#232;reront plus efficaces contre les objectifs civils que contre les cibles militaires. Il faudra attendre... le 14 septembre 1999, pour que l'on apprenne, au d&#233;tour d'un article d'Alain Frachon consacr&#233; &#224; une comparaison entre le Kosovo et Timor, que l' &#187; humanitaire &#187; ne fut qu'un &#171; facteur &#187; parmi d'autres de la guerre conduite par l'OTAN dans les Balkans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, 14 septembre 1999, p. 3&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois le recours &#224; la guerre l&#233;gitim&#233;, il reste &#224; justifier la strat&#233;gie d&#233;ploy&#233;e. Celle-ci de pr&#233;sente deux dimensions indissociables - une dimension politique et une dimension militaire - que l'on peut cependant distinguer provisoirement, pour la clart&#233; de l'expos&#233;. Que valaient les objectifs politiques ? Que valaient les moyens militaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; (6) Une guerre politiquement cibl&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la guerre commenc&#233;e, il ne fait aucun doute, pour &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, que l'objectif de l'OTAN est d'emp&#234;cher le &#171; nettoyage ethnique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, au moment de Rambouillet, non seulement il n'&#233;tait question ni d'un nouvel Hitler, ni d'une menace de g&#233;nocide, mais il n'&#233;tait m&#234;me pas question d'un projet ou d'un plan, d'une esquisse ou d'une mise en &#339;uvre syst&#233;matique d'un plan de nettoyage ethnique au Kosovo. Les diplomates et les militaires occidentaux invoquent le risque d'une catastrophe humanitaire, un risque de d&#233;flagration g&#233;n&#233;ralis&#233;e dans les Balkans, les risques d'une offensive serbe g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; la guerre commence, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, dans son &#233;ditorial du 25 mars - &#171; Un tournant historique &#187; - d&#233;crit en ces termes l'ampleur d'un &#171; drame humanitaire &#187; : &#171; En dix mois de r&#233;pression de la gu&#233;rilla ind&#233;pendantiste, les forces serbes ont tu&#233; quelque 2 000 personnes, captur&#233; des centaines d'hommes dont on est toujours sans nouvelles, br&#251;l&#233; et pill&#233; des dizaines de villages, enfin chass&#233; plus de 200 000 Kosovars dans les pays alentour. &#187;. Bien que la &#171; gu&#233;rilla ind&#233;pendantiste &#187; ne soit pas omise - il n'en sera plus question dans les &#233;ditoriaux suivants -, cette pr&#233;sentation sugg&#232;re d&#233;j&#224; la mise en &#339;uvre d'un plan syst&#233;matique, mais se garde bien de l'affirmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq jours plus tard, l'&#233;ditorial du 30 mars - &#171; L'arme de Milosevic &#187; - explique que le &#171; drame humanitaire &#187;, ant&#233;rieur &#224; la guerre, &#233;tait d&#233;j&#224; l'accomplissement d'un projet d'&#233;puration ethnique. Par cons&#233;quent, les atrocit&#233;s et les expulsions massives post&#233;rieures au d&#233;but des bombardements seront pr&#233;sent&#233;s, tout uniment, dans l'&#233;ditorial du 3 avril 1999, comme &#171; la mise en &#339;uvre de la derni&#232;re phase d'une &#233;puration ethnique, commenc&#233;e durant l'&#233;t&#233; 1998 et ayant alors d&#233;j&#224; conduit sur les routes de l'exode - sans bombardements de l'OTAN ! - 200 000 Kosovars &#187;. Ce qui s'est produit apr&#232;s le d&#233;but des bombardements sert, r&#233;trospectivement, de grille de compr&#233;hension de ce qui s'est pass&#233; avant. Et les objectifs proclam&#233;s au cours m&#234;me de la guerre seront pr&#233;sent&#233;s comme les objectifs qui ont justifi&#233; son d&#233;clenchement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les objectifs officiels n'ont cess&#233; de varier. Dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 6 f&#233;vrier - o&#249; Claire Tr&#233;an avalisait le d&#233;lai de quinze jours &#171; pour parvenir &#224; la paix &#187;, on pouvait lire que selon Bill Clinton, il ne s'agissait que d' &#187; arr&#234;ter le conflit &#187;. On avait d&#233;j&#224; oubli&#233; que, quelques mois plus t&#244;t, pour &#171; arr&#234;ter le conflit &#187;, les otaniens privil&#233;giaient une n&#233;gociation directe entre Milosevic et Rugova et laissaient libre cours &#224; la r&#233;pression de la &#171; gu&#233;rilla ind&#233;pendantiste &#187; de l'UCK que les diplomaties occidentales ne craignaient pas, &#224; l'instar du pouvoir serbe, de pr&#233;senter comme une formation &#171; terroriste &#187;. Ainsi, pour &#171; arr&#234;ter le conflit &#187;, les grandes puissances, hostiles &#224; l'ind&#233;pendance du Kosovo, avaient d&#233;j&#224; commenc&#233; par contribuer &#224; son intensification. Avant de s'aviser qu'il fallait changer d'orientation et, toujours pour &#171; arr&#234;ter le conflit &#187;, faire monter les ench&#232;res diplomatiques et militaires. Et ce n'est qu'apr&#232;s le d&#233;but des bombardements que les otaniens (et &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;) ont modifi&#233;, a posteriori la pr&#233;sentation des enjeux : il ne s'agit plus d' &#171; arr&#234;ter le conflit &#187; mais d'emp&#234;cher la mise en &#339;uvre d'un plan d'expulsion de la majorit&#233; des albanophones - un plan qui avait commenc&#233; &#224; s'appliquer et se serait r&#233;alis&#233; implacablement, en l'absence de toute intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, avant m&#234;me que la guerre l'OTAN ne s'en m&#234;le, les effets du conflit avaient fait oublier sa nature : un conflit devenu politiquement irr&#233;ductible entre un projet de subordination des Albanophones au joug de Belgrade (y compris dans le cadre d'une autonomie reconnue de la province) et un projet ind&#233;pendantiste, radicalis&#233; par la r&#233;pression serbe. Que ce conflit ne l&#233;gitime ni les massacres ni les crimes contre l'humanit&#233; est une &#233;vidence. Mais c'est de la nature du conflit que devrait d&#233;pendre la nature de toute intervention ext&#233;rieure. Or il est non moins &#233;vident que ce conflit n'a rien &#224; voir avec la derni&#232;re guerre mondiale : Milosevic n'est pas Hitler, les crimes serbes ne sont pas un holocauste et donc la guerre de l'OTAN n'a rien &#224; voir avec le d&#233;barquement alli&#233; dans la Deuxi&#232;me guerre mondiale. En revanche, les conflits de Chypre, d'Irlande ou du Pays basque, mais surtout les conflits entre Isra&#233;liens et Palestiniens, Turcs et Kurdes, Indon&#233;siens et Timorais peuvent servir de point de comparaison : aucun de ces conflits ne peut se r&#233;soudre par une guerre men&#233;e par les grandes puissances contre le pays oppresseur, &#224; l'exclusion de toute autre forme d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, &#224; la diff&#233;rence de nombreux m&#233;dias, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ne parlera jamais de l'accomplissement d'un &#171; g&#233;nocide &#187;. Mais, &#224; aucun moment, on ne lira dans notre quotidien une critique ouverte des responsables politiques et des journalistes qui brandissaient la menace, voire l'existence d'un tel g&#233;nocide. Mieux : sous la plume de Claire Tr&#233;an, la d&#233;nonciation d'un &#171; g&#233;nocide &#187; ne rel&#232;verait que d'une &#171; inflation verbale &#187; qui aurait fait place &#224; un &#171; langage plus mod&#233;r&#233; &#187;, &#224; mettre au compte de &#187; subtilit&#233;s rh&#233;toriques &#187;, destin&#233;es faciliter une n&#233;gociation &#233;ventuelle : &#171; C'est comme si un mot d'ordre avait &#233;t&#233; pass&#233; chez les Occidentaux. En substance (&#8230;) si nous parlons de &#171; g&#233;nocide &#187;, nous ne pourrons pas traiter avec Milosevic ; car on ne traite pas avec Hitler. (&#8230;) Il y a toutefois des limites aux subtilit&#233;s rh&#233;toriques. M&#234;me si &lt;i&gt;l'on peut discuter &#224; ce jour du recours au terme de &#034; g&#233;nocide &#034;&lt;/i&gt; [soulign&#233; par moi] , les dirigeants occidentaux auraient du mal &#224; expliquer que ce qui s'est pass&#233; pendant dix jours n'est pas une d&#233;portation massive de populations civiles, c'est-&#224;-dire, au regard de la loi internationale, un &#171; crime contre l'humanit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, 10 avril 1999, p. 3. Claire Tr&#233;an, &#171; Les limites de la rh&#233;torique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inflation verbale, que mentionne Claire Tr&#233;an, n'est pourtant que le revers de la d&#233;flation de l'analyse. En s'effor&#231;ant de pr&#233;senter, a posteriori, l'intervention de l'OTAN comme une tentative de s'opposer &#224; une politique d'&#233;puration ethnique, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, emport&#233; par son propre &#233;lan, accr&#233;ditera l'existence du plan &#171; Fer-&#224;-cheval &#187;. D&#232;s lors la guerre de l'OTAN pouvait passer pour une guerre strictement pr&#233;ventive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; (7) Une guerre strictement pr&#233;ventive ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand commence la guerre, il n'est pas encore question d'un projet d'expulsion massive et de destruction syst&#233;matique. Mais l'&#233;ditorial du 25 mars note - &#224; juste titre - que &#171; les raids peuvent servir de pr&#233;texte &#224; M. Milosevic pour accro&#238;tre son offensive &#034;. La question devrait surgir d'elle-m&#234;me : les bombardements n'ont-ils pas favoris&#233; ce qu'ils pr&#233;tendaient emp&#234;cher ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que l'exode des Albanophones du Kosovo n'a pas encore pris l'ampleur qu'on lui a connu, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; reconna&#238;t tr&#232;s indirectement l'existence du probl&#232;me. La r&#233;ponse du quotidien &#224; la question qu'il se refuse &#224; poser ouvertement tient, le 30 mars, en deux phrases d&#233;saccord&#233;es du m&#234;me &#233;ditorial, &#171; L'arme de Milosevic &#187;. Premi&#232;re phrase : l'&#233;puration ethnique &#171; serait dans une phase exacerb&#233;e, d&#233;clench&#233;e par les forces serbes en repr&#233;sailles aux bombardements de l'OTAN &#187;. Deuxi&#232;me phrase : &#171; L'intervention de l'OTAN a donc acc&#233;l&#233;r&#233; une &#233;puration ethnique qui est cependant &#224; l'&#339;uvre au Kosovo depuis au moins un an. &#187; Pourquoi ne pas dire clairement que la guerre de l'OTAN a favoris&#233; la guerre de Milosevic ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, dans l'&#233;ditorial du 31 mars - &#171; Le pari Primakov &#187; - se borne &#224; enregistrer les cons&#233;quences des bombardements : &#171; les frappes de l'OTAN sur le Kosovo n'ont pour l'instant conduit qu'&#224; aggraver un drame humanitaire au centre de l'Europe . &#187; Pourquoi ne pas dire clairement que la guerre de l'OTAN a &#171; aggrav&#233; &#187; la situation qui avait servi au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; &#224; justifier son d&#233;clenchement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, puisque l'&#233;puration ethnique, selon &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, avait d'embl&#233;e, avant m&#234;me l'intervention de l'OTAN, pour objectif de chasser les Albanophones du Kosovo, le r&#244;le des bombardements est une question subalterne, surtout quand on peut pr&#233;senter l'exode des Kosovars comme une &#171; derni&#232;re phase &#187;. On pourrait se demander au moins comment il se fait que la mise en &#339;uvre syst&#233;matique de cette &#171; derni&#232;re phase &#187; ait attendu les bombardements ? La question ne sera pas pos&#233;e. Ainsi l'&#233;ditorial du 7 avril - &#171; R&#233;fugi&#233;s le non-dit fran&#231;ais &#187; - s'en tient avec une r&#233;serve prudente, en retrait sur le constat d'une aggravation favoris&#233;e par les bombardements, &#224; un constat n&#233;gatif : &#171; Au treizi&#232;me jour de la campagne de bombardements de l'OTAN (&#8230;), il y a au moins un r&#233;sultat que personne ne conteste l'incapacit&#233; av&#233;r&#233;e, path&#233;tique, de ces raids &#224; emp&#234;cher le &#171; nettoyage ethnique &#187; du Kosovo ordonn&#233; par M. Milosevic. &#187; Bref, les bombardements n'ont &#233;t&#233; qu'inefficaces : aucun r&#244;le causal, m&#234;me att&#233;nu&#233;, ne leur revient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant le diagnostic d'inefficacit&#233; conduit &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; &#224; proposer une &#233;bauche de r&#233;ponse &#224; la question qu'il ne cesse d'&#233;luder. L'&#233;ditorial du 17 avril - &#171; Le risque de la d&#233;faite &#187; - explique ainsi le rapport entre les bombardements et l'exode : &#171; Non seulement les bombardements n'ont pas atteint, de l'aveu m&#234;me de certains strat&#232;ges am&#233;ricains, l' &#171; objectif militaire minimum &#187; attendu. Mais ils ont eu pour principal effet de donner &#224; Milosevic l'alibi qu'il attendait pour donner libre cours &#224; son cynisme brutal. &#187; Un simple alibi. Mais dont l'existence conduit &#224; soulever un probl&#232;me qui devait l'&#234;tre depuis le d&#233;but : est-ce la guerre engag&#233;e par l'OTAN qui est condamnable ou seulement la strat&#233;gie militaire adopt&#233;e ? &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; - comme on va le voir - se bornera &#224; critiquer seulement la strat&#233;gie, en pr&#233;conisant une intervention au sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour pouvoir &#233;luder le rapport entre les bombardements et l'exode des albanophones organis&#233; par les forces serbes, il suffit d'indiquer que cet exode avait commenc&#233; avant les bombardements, qu'il &#233;tait planifi&#233;, que les bombardements lui ont fourni un alibi. Ainsi se trouve &#233;vacu&#233;e l'hypoth&#232;se d'un effet direct des bombardements sur le d&#233;clenchement d'une violence qui, aussi planifi&#233;e qu'elle ait &#233;t&#233;, n'a pris une forme syst&#233;matique qu'avec les premi&#232;res frappes a&#233;riennes. L'&#233;puration ethnique devient, &#224; croire les silences du quotidien, la fin m&#234;me de la politique de Milosevic. Les objectifs politiques de Belgrade - aussi condamnables soient-ils - sont pass&#233;s sous silence. Tout laisse penser cependant que deux projets existaient &#224; Belgrade : soit une autonomie partageant les pouvoirs sur un territoire unifi&#233;, mais subordonn&#233; &#224; Belgrade ; soit un partage ethnique du Kosovo (Belgrade se r&#233;servant le nord incluant les mines). Compte tenu de la radicalisation des positions ind&#233;pendantistes, le risque d'une offensive de nettoyage ethnique pour imposer un partage du territoire &#233;tait ind&#233;niable. &#201;tait-ce ce risque et ce projet que les bombes devaient &#171; emp&#234;cher &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, l'inexistence du plan &#171; fer &#224; cheval &#187; ne rend pas inconcevable l'existence d'un plan &#233;quivalent. Mais si un tel plan &#233;tait pr&#233;vu, pourquoi rien n'a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; pour accueillir et prot&#233;ger les populations concern&#233;es ? A supposer qu'un tel plan ait exist&#233;, force est de constater que loin de l'emp&#234;cher, les bombardements en ont favoris&#233; l'ex&#233;cution. Non seulement parce qu'ils laissaient les populations civiles totalement d&#233;munies face &#224; la violence extr&#234;me des forces serbes, mais aussi parce qu'ils permettaient &#224; Milosevic de pr&#233;senter comme un effet de la fuite devant les bombardements, une expulsion massive des Albanophones qu'il aurait &#233;t&#233; plus que difficile d 'assumer en Serbie m&#234;me : sans la guerre contre l'OTAN, il est peu vraisemblable que la soci&#233;t&#233; serbe et yougoslave aurait &#233;t&#233; pr&#234;te &#224; accepter un nettoyage ethnique des voisins albanais. Comment expliquer sinon que, avant la guerre, Milosevic ait eu besoin de couvrir sa politique des imp&#233;ratifs de lutte contre le &#171; terrorisme &#187; ? Et que, pendant la guerre, il ait d&#251; pr&#233;tendre, images de sa t&#233;l&#233;vision &#224; l'appui, que les Albanophones du Kosovo fuyaient les bombardements ? Cette propagande n'&#233;tait pas seulement tourn&#233;e vers l'ext&#233;rieur : elle &#233;tait indispensable face &#224; une population pour qui la d&#233;fense du Kosovo comme province serbe n'implique pas l'acceptation de crimes contre l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement les bombardements n'ont pas pu emp&#234;cher le nettoyage ethnique, mais ils ont favoris&#233; son intensification. Sauf &#224; d&#233;montrer qu'il fut moindre sous les bombes qu'il ne l'aurait &#233;t&#233; sans elles : ce qui est manifestement faux. Pierre Georges, sous le titre &#171; Le r&#233;el &#187; - dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du samedi 19 juin - soulignera l'horreur qui se d&#233;couvre au Kosovo apr&#232;s la fin des bombardements, mais c'est pour s'insurger contre &#171; le pauvre argument d'une incitation indirecte &#224; la barbarie &#187;. Mais d&#232;s lors que les cons&#233;quences des bombardements &#233;taient pr&#233;visibles, Pierre Georges n'oppose &#224; un terrible argument qu'une pitoyable d&#233;n&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Wesley Clark, commandant am&#233;ricain des forces de l'OTAN, d&#232;s le 27 mars, d&#233;clarait qu'il &#233;tait &#171; enti&#232;rement pr&#233;visible &#187; que la violence serbe s'intensifie avec les bombardements. Le m&#234;me g&#233;n&#233;ral pr&#233;cisait le 12 avril &#171; les autorit&#233;s militaires avaient tout &#224; fait pr&#233;vu la conduite vicieuse que Milosevic adopterait, de m&#234;me que l'efficacit&#233; terrible avec laquelle celle-ci serait appliqu&#233;e. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cit&#233; par Noam Chomsky, op.cit., p. 46.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;difice chancelant de l'argumentation du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; ne r&#233;siste pas &#224; cet aveu : si les atrocit&#233;s serbes et l'expulsion massive des Albanophones &#233;taient, en cas de bombardements, pr&#233;visibles et pr&#233;vues, comment peut-on soutenir que ces bombardements avaient pour but de les emp&#234;cher ? Indubitablement, &#171; on a cyniquement facilit&#233; le crime pour en l&#233;gitimer la punition &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D. Bensa&#239;d, op.cit., p. 28.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, &#224; mesure que le temps passe et que les bombardements s'intensifient, les cibles politiques de l'OTAN se brouillent aux yeux de ceux qui soutiennent cette intervention, d'autant que les cibles des bombardements et les moyens de la guerre semblent de plus en plus mal ajust&#233;s aux fins humanitaires que l'on affiche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; (8) Une guerre militairement cibl&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait croire que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a mis en doute tr&#232;s t&#244;t le caract&#232;re strictement militaire des cibles de l'OTAN. Une mise en question appara&#238;t dans l'&#233;ditorial du 26 avril - &#171; Bombes contre images &#187; - : &#171; Quand on s'attaque &#224; un service public tel que la t&#233;l&#233;vision, aussi collectif et intimement li&#233; &#224; la vie priv&#233;e, on ne peut pas continuer &#224; dire qu'on fait la guerre &#224; un r&#233;gime, et pas &#224; un peuple &#187; Mais c'est aussit&#244;t pour confier &#224; l'opinion le soin d'avoir des impressions : &#171; L'effet sur les opinions occidentales risque d'&#234;tre d&#233;vastateur. Tr&#232;s vite peut s'imposer l'impression qu'on frappe les immeubles de Belgrade par incapacit&#233; &#224; s'en prendre aux unit&#233;s serbes au Kosovo. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne peut pas continuer &#224; dire &#187;&#8230; Mais &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; continue pourtant &#224; l'affirmer. L'&#233;ditorial du 29 avril - &#171; La Guerre de la France &#187; - d&#233;clare ceci : &#171; La guerre est une affaire trop grave pour ne pas devoir rappeler quelques v&#233;rit&#233;s sur celle du Kosovo. D'abord, justement, qu'il s'agit bien d'une guerre, m&#234;me si (sic) elle n'a, jusqu'&#224; pr&#233;sent, fait que des victimes civiles, serbes ou kosovares. C'est une guerre men&#233;e contre le r&#233;gime d'un homme, Slobodan Milosevic, responsable ces dix derni&#232;res ann&#233;es des pires atrocit&#233;s que l'Europe ait connues depuis 1945. &#171; Une guerre men&#233;e contre un r&#233;gime ? Il faudra attendre le 2 juin pour que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; admette enfin que cette guerre-l&#224; prend surtout pour cibles des objectifs civils. Pour &#171; faire plier Milosevic &#187; et &#171; imposer le retour des r&#233;fugi&#233;s &#187; dont on a favoris&#233; l'expulsion, il a fallu d&#233;truire les infrastructures &#233;conomiques de tout un pays, prendre des risques &#233;cologiques majeurs, contribuer &#224; la mis&#232;re de sa population. S'agit-il encore de ces &#339;ufs que l'on doit casser pour faire des omelettes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s coup, les objectifs militaires semblent avoir &#233;t&#233; moins atteints que les populations et les infrastructures civiles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un reportage de Dian Petrovic, le samedi 11 septembre 1999, tente (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais quand &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; revient sur cette question, en juin 2000, c'est pour s'interroger surtout, avec une froideur objective enfin retrouv&#233;e, sur l'efficacit&#233; des bombardements et souligner que l'imperturbable quotidien avait eu raison de s'interroger sur l'efficacit&#233; de ces moyens. Interrogation sur l'efficacit&#233; des moyens et fort peu sur leur nature, et encore moins sur la politique qui sous-tend leur emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des &#233;ditoriaux, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; entrevoit le risque de la d&#233;faite, voire du d&#233;sastre. La guerre ayant &#233;t&#233; jug&#233;e in&#233;vitable et indispensable, il est trop tard pour revenir en arri&#232;re. Aussi le titre de la &#171; une &#187; du jeudi 15 avril r&#233;sume-t-il la seule interrogation que journal puisse se permettre : &#171; L'OTAN s'est-elle tromp&#233;e de strat&#233;gie ? &#187; Comme s'il ne pouvait s'agir que d'une erreur&#8230;Et de surcro&#238;t d'une erreur strictement militaire. L'article qui, en page int&#233;rieure, r&#233;pond &#224; l'&#233;pineuse question soulev&#233;e &#224; la &#171; une &#187; ne recense, &#224; une exception pr&#232;s, que des critiques sur les moyens employ&#233;s, comme si ces critiques ne rejaillissaient pas sur l'ensemble de la politique conduite par les otaniens. Ce serait donc une erreur de strat&#233;gie militaire qui justifierait ce diagnostic du 20 avril, sous le titre &#171; Langue de bois &#187; : &#034; A l'aune de leurs d&#233;clarations au d&#233;but de l'op&#233;ration, &#171; Force alli&#233;e &#187; est un &#233;chec. &#034; Et c'est cette &#171; erreur &#187; qui permet dans l'&#233;ditorial du 22 avril - &#171; Le but de guerre &#187; - de justifier ainsi la n&#233;cessit&#233; d' une intervention au sol : &#171; La critique sur l'inad&#233;quation des moyens choisis par rapport aux buts assign&#233;s est largement fond&#233;e. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ne soul&#232;vera la question suivante : une telle contradiction entre les fins proclam&#233;es et les moyens employ&#233;s ne jette-t-elle pas pour le moins un doute sur la nature des objectifs poursuivis ? Ainsi le quotidien de r&#233;f&#233;rence aura r&#233;ussi un double tour de force s'interroger sur la dimension militaire de la strat&#233;gie de l'OTAN comme s'il ne s'agissait pas d'un concept strat&#233;gique global, politique et militaire, &#233;labor&#233; de longue date ; s'interroger sur la dimension militaire de la strat&#233;gie de l'OTAN sans s'interroger sur sa dimension politique : une refondation g&#233;n&#233;rale de ses missions dont le Kosovo fut le premier terrain d'exp&#233;rimentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand la &#171; victoire &#187; de l'OTAN aura permis le retour des Albanophones violemment et massivement exil&#233;s, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; feindra de croire que leur retour &#233;tait l'objectif principal des bombardements qui ont pr&#233;cipit&#233; leur expulsion. Serge July, pour &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, parlera au moins d'une &#171; Am&#232;re victoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; (9) Qu'est-ce qu'un journal de r&#233;f&#233;rence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En choisissant d'&#233;tudier &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, on ne s'est pas simplifi&#233; la t&#226;che : des journaux favorables &#224; la guerre men&#233;e par l'OTAN, il est loin d'avoir &#233;t&#233; le plus outrancier et le plus scandaleux. Mais justement, c'est peut-&#234;tre de l'outrance des autres journaux que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; tient sa r&#233;putation de &#171; quotidien de r&#233;f&#233;rence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ditorial du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; condense l'exercice de ce magist&#232;re m&#233;diatique auquel il pr&#233;tend : d'abord, parce que, comme le rappelle le &#171; m&#233;diateur &#187; Robert Sol&#233;, l'&#233;ditorial engage - &#224; la fa&#231;on des prises de position publiques d'une formation politique - l'ensemble des journalistes du quotidien : &#171; Non sign&#233;, l'&#233;ditorial est une &#339;uvre collective qui engage l'ensemble du journal &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, 11-12 juillet 1999, p. 11.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;[&lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Le-Monde-en-guerre-9-Qu-est-ce-qu-un-journal-de-reference&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]. Et sur la &#171; question du Kosovo &#187;, cet engagement collectif fut, si l'on en croit Pierre Georges, directeur adjoint de la r&#233;daction, unanime. Il reste que l'&#233;ditorial du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; ne se borne pas &#224; faire conna&#238;tre une prise de position&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Georges, Marianne, 12-18 avril 1999, p. 16. Pour r&#233;sumer unanimit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La position prise est solidaire de la posture adopt&#233;e : ensemble, elles conditionnent l'information diffus&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ditorial du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, naviguant entre un r&#233;alisme de bon ton (gliss&#233; dans des versets de morale politique) et un id&#233;alisme de bon aloi (ench&#226;ss&#233; dans des principes de politique morale) a pour charge de prodiguer conseils et admonestations. On ne sera donc pas &#233;tonn&#233; si la position de soutien &#224; la guerre am&#232;ne l'&#233;ditorialiste anonyme du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; &#224; adopter une posture de conseiller en strat&#233;gie militaire et de conseiller en communication politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conseiller en strat&#233;gie militaire, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; - comme &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; - croit ou affecte de croire que l'on peut infl&#233;chir la strat&#233;gie militaire de l'OTAN : qu'il est possible de mener, avec l'OTAN, une guerre qui ne soit pas cette guerre. Un quotidien de r&#233;f&#233;rence ne devait pas d&#233;sesp&#233;rer d'&#234;tre entendu, comme le montre le &#171; d&#233;bat &#187; - d&#233;sormais oubli&#233; &#8230;- sur l'&#233;ventualit&#233; d'une intervention au sol. D'abord, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; commence par s'interroger : &#171; Fallait-il exclure d'embl&#233;e le recours &#224; une intervention terrestre ? &#187; (&#233;ditorial du 2 avril, &#171; Questions au 7&#232;me jour &#187;). Puis, le temps passant, l'interrogation fait place &#224; l'affirmation &#171; Peut-&#234;tre serait-il temps de dire la v&#233;rit&#233; la d&#233;fense du droit au retour des r&#233;fugi&#233;s est un slogan vide de sens si l'on continue &#224; cat&#233;goriquement exclure l'envoi de troupes au sol &#187; (&#233;ditorial du 7 avril, &#171; R&#233;fugi&#233;s le non-dit fran&#231;ais &#187;). Quinze jour plus tard, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; revient &#224; la charge et revendique enfin le r&#244;le qu'il s'attribue : &#171; Les strat&#232;ges de l'OTAN ont d'ores et d&#233;j&#224; suffisamment sous-estim&#233; le pouvoir de Belgrade pour qu'on se permette de leur donner un conseil : M. Milosevic pliera d'autant plus rapidement qu'il saura que les alli&#233;s pr&#233;parent aussi une intervention au sol. &#187; (&#233;ditorial du 22 avril, &#171; &lt;strong&gt;Le but de guerre&lt;/strong&gt; &#187; - soulign&#233; par moi. &lt;i&gt;H.M.&lt;/i&gt;). Un conseil &#224; la fois irr&#233;aliste et irresponsable. Irr&#233;aliste : la dissociation entre la guerre men&#233;e par l'OTAN de la strat&#233;gie militaire de la puissance qui domine cette organisation &#233;tait invraisemblable. Irresponsable : une intervention au sol, &#224; ce moment-l&#224;, aurait favoris&#233; l'intensification des massacres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conseiller en communication politique, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, d&#232;s le 31 mars, d&#233;plore sous la plume de Luc Rosenzweig - alors correspondant &#224; Bruxelles -, les erreurs de la communication otanienne : &#171; L'Otan a perdu la guerre des mots et des images &#187;. Et Alain Rollat, le m&#234;me jour, se f&#233;licite du poids &#233;motionnel des images de r&#233;fugi&#233;s. Fort du r&#244;le qu' 'il s'attribue, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; somme les dirigeants de l'OTAN et les responsables politiques de clarifier leurs objectifs pour ne pas d&#233;sorienter l'opinion publique... qui risquerait de d&#233;savouer une guerre qu'elle semble soutenir. L'&#233;ditorial du 2 avril - &#171; Questions du septi&#232;me jour &#187; - exige que des objectifs apparemment limpides soient enfin clarifi&#233;s : &#171; les dirigeants europ&#233;ens et am&#233;ricains doivent incessamment indiquer quels sont d&#233;sormais les objectifs poursuivis par l'op&#233;ration &#171; Force alli&#233;e &#187; &#187;. L'&#233;ditorial du 5 avril, sous le titre &#171; Silence on bombarde &#187;, d&#233;plore le silence observ&#233; par les responsables fran&#231;ais face &#224; leurs compatriotes, &#224; la diff&#233;rence des responsables britanniques, allemands et am&#233;ricains : &#171; Bill Clinton avait, &#224; l'avance, tent&#233; d'expliquer la d&#233;termination des Occidentaux &#224; poursuivre leur campagne de bombardements sur la R&#233;publique f&#233;d&#233;rale de Yougoslavie. Slobodan Milosevic &#171; veut garder le Kosovo et le vider de sa population (...), nous ne pouvons pas laisser faire cela impun&#233;ment &#187;, a dit le pr&#233;sident am&#233;ricain. L'explication vaut ce qu'elle vaut, mais elle a le m&#233;rite d'exister (sic) &#187;. Qu'importe l'explication, pourvu qu'on en fournisse une&#8230; Et c'est le r&#244;le de l'opinion qui vaut &#224; Jospin et &#224; Chirac d'&#234;tre somm&#233;s de parler, apr&#232;s quelques jours de silence : &#171; On ne fait pas la guerre sans rendre compte &#224; l'opinion. &#187; Et dix jours plus tard : &#171; Une chose est s&#251;re les Occidentaux, face &#224; des opinions - par nature changeantes en d&#233;mocratie -, devront, plus que jamais, expliquer que le combat qu'ils m&#232;nent au Kosovo est juste, car il s'agit d'y d&#233;fendre des valeurs qui sont l'avenir de l'Europe. &#187; (&#233;ditorial du 17 avril, &#171; Le risque de la d&#233;faite &#187;). Pourquoi d&#233;savouer le bombardement de l'immeuble abritant la RTS ? Essentiellement, parce que &#171; l'effet sur les opinions occidentales risque d'&#234;tre d&#233;vastateur &#187; (&#233;ditorial du 23 avril, &#171; Bombes contre images &#187;&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En appeler ainsi au conditionnement de l'opinion, c'est rappeler - le terme n'est pas n&#233;cessairement p&#233;joratif - le r&#244;le de la propagande. Comment d&#232;s lors ne pas &#234;tre frapp&#233; du rapport entre les injonctions formul&#233;es au nom des exigences de cette propagande et les silences observ&#233;s en d&#233;pit des exigences de l'argumentation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aveuglement volontaire ou aveuglement consenti ? Les d&#233;rapages les plus scandaleux - la confirmation de l'existence du plan &#171; fer &#224; cheval &#187;, l'exag&#233;ration d&#233;mesur&#233;e du nombre des victimes, la d&#233;n&#233;gation des crimes de guerre de l'OTAN - montrent qu'&#224; trop vouloir justifier la guerre de l'OTAN &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a pris le risque ou a fait le choix de c&#233;der &#224; la d&#233;sinformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, dans son &#233;ditorial du 20 mars, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; &#233;dictait lui-m&#234;me les r&#232;gles qu'auraient pu se fixer les journalistes : &#171; L'exemple de la guerre du Golfe qui, trop souvent, vit la presse grug&#233;e, impose une r&#233;action de pr&#233;caution. Toute guerre est un moment de d&#233;mesure qui oblige les m&#233;dias &#224; se m&#233;fier, plus que d'ordinaire, des &#233;motions et des passions. Il faut s'efforcer d'informer honn&#234;tement, le plus rigoureusement possible, sans &#233;pouser la propagande des camps en pr&#233;sence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; n'a pas &#233;pous&#233; la propagande d'un des camps en pr&#233;sence : il a apport&#233; &#224; la guerre men&#233;e par l'un d'entre eux le renfort de sa propre propagande&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je remercie Gilbert Achcar, Serge Halimi, Pierre Rimbert et Catherine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est assez dire les limites de cet article qui ne pr&#233;tend pas analyser l'&#233;volution de la situation dans l'ex-Yougoslavie et encore moins les d&#233;veloppements r&#233;cents de cette situation au Kosovo et en Serbie, pr&#233;cipit&#233;s par la guerre, sans qu'ils suffisent ni &#224; la justifier ni &#224; la condamner a posteriori.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Halimi et Dominique Vidal, &lt;i&gt;L'opinion, &#231;a se travaille ...Les m&#233;dias, l'OTAN et la guerre du Kosovo&lt;/i&gt;, Agone, 2&#232;me &#233;dition, juin 2000. Voir &#233;galement le &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/-1999-Guerre-du-Kosovo-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; dossier &#034; r&#233;uni par l'association Action-Critique-M&#233;dias (Acrimed) sur son site&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je remercie Gilbert Achcar, Serge Halimi, Pierre Rimbert et Catherine Samary, pour leurs contributions, volontaires ou involontaires, &#224; la r&#233;daction de cette analyse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les tensions intercommunautaires de la p&#233;riode 1974-1989, le plus souvent au d&#233;triment des Serbes, sont g&#233;n&#233;ralement tues.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fondateur de Ligue d&#233;mocratique du Kosovo, devenu Pr&#233;sident de la Premi&#232;re R&#233;publique du Kosovo en 1992, puis Pr&#233;sident du Kosovo en 2022 [note ajout&#233;e en 2023&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, il est vrai, consacre quelques articles &#224; cette strat&#233;gie, sous mais n'en tirer aucune cons&#233;quence pour sa ligne &#233;ditoriale initiale, du moins tant qu'il ne s'agit pas d'imputer aux am&#233;ricains un &#171; &#233;chec &#187; &#233;ventuel et de d&#233;plorer l'absence d'un arm&#233;e europ&#233;en&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La conf&#233;rence de Rambouillet, du nom &#171; attribu&#233; au cycle de n&#233;gociations men&#233;es entre f&#233;vrier et mars 1999 au ch&#226;teau de Rambouillet entre les ind&#233;pendantistes kosovars et la Serbie, s'est sold&#233;e par un &#233;chec, la Serbie ayant refus&#233; l'envoi de repr&#233;sentants de l'OTAN, [note de 2123&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Du nom des relations sexuelles qu'elle avait entretenues avec le pr&#233;sident Bill Clinton [note 2023&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri de Bresson, &#171; Pol&#233;mique sur les clauses non publi&#233;es de l'accord de Rambouillet sur le Kosovo. Des mesures comparables &#224; celles r&#233;gissant la SFOR en Bosnie &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 2-3 mai 1999, page 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claire Tr&#233;an, souvent cit&#233; dans cet article, &#233;tait journaliste au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; jusqu'en 2005 en qualit&#233; de &#171; Sp&#233;cialiste de la diplomatie, des relations internationales et du monde francophone &#187;. [note de 2023]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 28-29 mars 1999, p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;'Arm&#233;e de lib&#233;ration du Kosovo ou &lt;i&gt;U&#199;K&lt;/i&gt; (en albanais : Ushtria &#199;lirimtare e Kosov&#235;s).[note de 2023]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On ne reviendra pas ici en d&#233;tail sur ces motifs. Voir notamment Gilbert Achcar, La nouvelle Guerre froide, Actuel Marx Confrontations, PUF, 1999, 111 p., 98 FF ; Daniel Bensa&#239;d, Contes et l&#233;gendes de la guerre &#233;thique, Textuel, 1999, 175 p., 110 FF. ; Noam Chomsky, Le Nouvel Humanisme Militaire - Le&#231;ons du Kosovo, Cahiers libres, &#201;ditions Page deux, 2000, 293 p., 129 FF&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Isnard, &#171; Les &#201;tats-Unis en guerre contre les &#034;Etats-voyous &#034; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 21 - 22 f&#233;vrier 1999. Le m&#234;me Jacques Isnard, dans un article du &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, du 31 mars - L'arme secr&#232;te de Clinton - souligne l'objectif de la pr&#233;sence - militairement inutile - de B-2 Spirit sur le th&#233;&#226;tre des op&#233;rations : &#171; Le Spirit va servir de vitrine &#224; la technologie am&#233;ricaine &#187;. A classer, sans doute, parmi les motivations humanitaires...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 14 septembre 1999, p. 3&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 10 avril 1999, p. 3. Claire Tr&#233;an, &#171; Les limites de la rh&#233;torique diplomatique &#224; propos du pr&#233;sident Milosevic &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cit&#233; par Noam Chomsky, op.cit., p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D. Bensa&#239;d, op.cit., p. 28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un reportage de Dian Petrovic, le samedi 11 septembre 1999, tente d'effectuer un premier bilan.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 11-12 juillet 1999, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Georges, Marianne, 12-18 avril 1999, p. 16. Pour r&#233;sumer unanimit&#233; dans le &#171; choix &#187; de la guerre, soutien assorti de &#171; b&#233;mols &#187;, surdit&#233; aux arguments adverses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je remercie Gilbert Achcar, Serge Halimi, Pierre Rimbert et Catherine Samary, pour leurs contributions, volontaires ou involontaires, &#224; la r&#233;daction de cette analyse&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
