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	<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>&#171; Avez-vous lu Pierre Bourdieu ? &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Pierre Bourdieu</dc:subject>
		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien paru dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du 1er f&#233;vrier 2002, quelques jours apr&#232;s le d&#233;c&#232;s de Pierre Bourdieu le 23 janvier 2002.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Bourdieu-Foucault-et-alii-.html" rel="directory"&gt;Bourdieu, Foucault et alii&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Pierre-Bourdieu-+.html" rel="tag"&gt;Pierre Bourdieu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Entretiens-+.html" rel="tag"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L144xH150/pierre_bourdieu_2-2dca5.jpg?1726251035' class='spip_logo spip_logo_right' width='144' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec paru &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/-/avez-vous-lu-pierre-bourdieu&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du 1er f&#233;vrier 2002&lt;/a&gt;]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et reproduit sur le site d'Acrimed.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pierre Bourdieu est d&#233;c&#233;d&#233; le 22 janvier 2022.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En guise de pr&#233;face, une citation de Jacque Bouveresse&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette citation n'est pas parue dans L'Humanit&#233;, faute de place.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;S'il y a une chose encore plus difficile &#224; supporter que la disparition d'une des figures majeures de la pens&#233;e contemporaine et, pour certains d'entre nous, d'un ami tr&#232;s proche, c'est bien le rituel de c&#233;l&#233;bration auquel les m&#233;dias ont commenc&#233; &#224; se livrer quelques heures seulement apr&#232;s la mort de Pierre Bourdieu. Comme pr&#233;vu, il n'y manquait ni la part d'admiration obligatoire et conventionnelle, ni la fa&#231;on qu'a la presse de faire (un peu plus discr&#232;tement cette fois-ci, &#233;tant donn&#233; les circonstances) la le&#231;on aux intellectuels qu'elle n'aime pas, ni la dose de perfidie et de bassesse qui est jug&#233;e n&#233;cessaire pour donner une impression d'impartialit&#233; et d'objectivit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si Bourdieu pouvait se voir en premi&#232;re page d'un certain nombre de nos journaux, et en particulier du Monde, il ne manquerait pas de se rappeler la fa&#231;on dont il a &#233;t&#233; trait&#233; par eux dans les derni&#232;res ann&#233;es et de trouver dans ce qui se passe depuis quelques jours une confirmation exemplaire de tout ce qu'il a &#233;crit &#224; propos de l'&lt;/i&gt;&#034;amn&#233;sie journalistique&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pierre Bourdieu, celui qui d&#233;rangeait &#187;, par Jacques Bouveresse, Le Monde, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;L'hommage presque unanime rendu par les m&#233;dias &#224; Pierre Bourdieu ne contredit-elle pas son analyse du journalisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;. Dans les premi&#232;res lignes du tr&#232;s beau texte qu'il a consacr&#233; &#224; Pierre Bourdieu, paru dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; dat&#233; du Jeudi 31 janvier, Jacques Bouveresse dit l'essentiel en quelques mots. Le rituel m&#233;diatique cons&#233;cutif &#224; la mort de Pierre Bourdieu offre une v&#233;rification quasi-exp&#233;rimentale de son analyse de l'emprise du journalisme, en particulier sur la vie intellectuelle. Une m&#234;me rh&#233;torique sur le sociologue engag&#233; et - narcissisme m&#233;diatique oblige - particuli&#232;rement engag&#233; dans la &#171; critique de la corruption m&#233;diatique &#187; (pour reprendre une sottise entendue sur LCI&#8230;), a permis &#224; nombre de journalistes, mais pas tous, incapables de prendre la mesure de son &#339;uvre et de son action, de se tailler un Bourdieu &#224; leur mesure, parfois pour l'encenser, plus souvent pour l'esquinter. Quant &#224; nos majest&#233;s &#233;ditoriales - ce club des omnipr&#233;sents que l'on peut lire, entendre et voir partout et sur tout - elles remplissent leur office : Alain-G&#233;rard Slama (du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;) ou Alexandre Adler (du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;), Jacques Julliard ou Fran&#231;oise Giroud (du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;) ont d&#233;j&#224; prononc&#233; leur condamnation d&#233;finitive. D'autres suivront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;On a pourtant reproch&#233; &#224; Pierre Bourdieu - et pas seulement ce que vous venez de citer - sa virulence et son sch&#233;matisme dans sa critique des m&#233;dias&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;. Il s'est m&#234;me trouv&#233; un sociologue comme Cyril Lemieux pour faire de Bourdieu un h&#233;ritier de la critique de la &#171; presse pourrie &#187;, comme on disait dans l'entre-deux guerres ; un &#233;ditorialiste comme Laurent Joffrin pour d&#233;couvrir dans le travail de Pierre Bourdieu une variante du marxisme le plus vulgaire (c'est-&#224;-dire du marxisme tel que Laurent Joffrin le comprend&#8230;) ; et une tripot&#233;e de journalistes en vue pour d&#233;clarer qu'on ne trouve dans l'analyse de Bourdieu que des poncifs. Pourtant, s'ils avaient lu ses interventions avec plus d'attention qu'ils ne lisent une d&#233;p&#234;che d'agence sur le cours du Nasdaq, ils se seraient peut-&#234;tre priv&#233;s de l'audace de les rabattre sur ce qu'ils savent d&#233;j&#224; ou croient savoir. Des banalit&#233;s ? Supposons &#8230; L'analyse du journalisme doit commencer d'abord, pour reprendre hors de son contexte une formule de Michel Foucault, par &#171; rendre visible ce qui est visible &#187;. Et il n'en faut pas plus pour que les notables de la presse d&#233;tournent-ils les yeux quand, &#224; l'instar de Serge Halimi, on met en &#233;vidence l'existence d'un journalisme de connivence (v&#233;ritable soci&#233;t&#233; de renvois d'ascenseurs), d'un journalisme de r&#233;v&#233;rence (&#224; l'&#233;gard de tous les pouvoirs), d'un journalisme &#224; voix multiples mais qui parle (presque) toujours dans le m&#234;me sens : un journalisme h&#233;g&#233;monis&#233; par quelques dizaines de pr&#233;sentateurs et d'&#233;ditorialistes attitr&#233;s, flanqu&#233;s de commentateurs et d'&#233;ditorialistes associ&#233;s. On comprend que ces tenanciers de l'espace m&#233;diatique pr&#233;f&#232;rent se r&#233;fugier dans &#171; l'ignorance volontaire &#187; de ce qu'ils sont et de ce qu'ils font, quitte &#224; d&#233;noncer dans l'analyse de Pierre Bourdieu une agression intol&#233;rable contre la totalit&#233; des journalistes &#8230; et dans la critique de l'entr&#233;e du &lt;i&gt;Monde &lt;/i&gt;en Bourse une atteinte insupportable &#224; l'ind&#233;pendance de la presse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Cet examen &#171; par le haut &#187; des sommets de la profession ne peut pas se pr&#233;senter comme un sociologie du journalisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;. Et c'est bien pourquoi la sociologie de Pierre Bourdieu invite surtout &#224; &#171; rendre visible ce qui est cach&#233; &#187;, en proposant une analyse complexe du champ journalistique - un champ de forces et de conflits - au sein duquel se distribuent et agissent des professionnels tr&#232;s divers : du soutier de l'information de la presse quotidienne r&#233;gionale aux grands reporters. Un champ domin&#233; par l'emprise de la t&#233;l&#233;vision et qui exerce &#224; son tour une emprise sur d'autres champs, en particulier ceux de la production culturelle. Il faut tout l'anti-intellectualisme latent de certains journalistes pour croire qu'il ne s'agit-l&#224; que de compliquer &#224; loisir le vocabulaire, alors qu'il s'agit de rendre compte d'un microcosme tr&#232;s diff&#233;renci&#233;, dont le fonctionnement rend parfois peu visibles les effets quotidiens des logiques commerciales et financi&#232;res auxquelles le journalisme est assujetti. Ainsi, il y a infiniment plus de sociologie du journalisme dans les quelques dizaines de pages de &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt; que dans d'&#233;pais volumes qui se contentent d'ent&#233;riner la connaissance spontan&#233;e que la profession a d'elle-m&#234;me. D'autant que l'apport que la sociologie de Bourdieu peut apporter &#224; la compr&#233;hension du journalisme ne se limite pas aux quelques textes qu'il a &#233;crits sur le sujet ; eux-m&#234;mes ne s'&#233;clairent que par la totalit&#233; de son &#339;uvre. Ce n'est pas tout : press&#233;s d'en d&#233;coudre sans comprendre, nos ma&#238;tres-tanceurs pr&#233;f&#232;rent ignorer que la totalit&#233; de cette &#339;uvre a plus ou moins directement inspir&#233; de nombreux travaux sociologiques. Pour n'en citer que quelques-uns : les enqu&#234;tes d'Alain Accardo, Gilles Balbastre et quelques autres sur &lt;i&gt;Le journalisme au quotidien&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le journalisme pr&#233;caire &lt;/i&gt; ; les articles des &lt;i&gt;Actes de la Recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, ou la synth&#232;se orient&#233;e, mais ouverte aux apports les plus divers, d'Erik Neveu parue sous le titre &lt;i&gt;Sociologie du journalisme&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Voulez-vous dire qu'il y aurait en quelque sorte une volont&#233; de &#171; ne pas savoir &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;. Sans aucun doute. Alors que le journalisme d'investigation pr&#233;tend nous faire conna&#238;tre le dessous des cartes dans tous les milieux sociaux, les journalistes sont rarement invit&#233;s par leurs patrons &#224; enqu&#234;ter sur eux-m&#234;mes. Raison de plus pour ne pas abandonner l'analyse critique du journalisme et des m&#233;dias aux seuls journalistes. Pierre Bourdieu avait soutenu, d&#232;s 1996, la constitution de notre association et approuvait, sans y participer, son activit&#233;. De son c&#244;t&#233;, Acrimed a trouv&#233; dans l'&#339;uvre de Pierre Bourdieu une de ses sources d'inspiration. Une &#339;uvre qui m&#233;rite un d&#233;bat &#224; sa mesure : un d&#233;bat sans d&#233;f&#233;rence - ainsi qu'il le souhaitait lui-m&#234;me. Sans d&#233;f&#233;rence, mais non sans admiration, n'en d&#233;plaise &#224; nos majest&#233;s &#233;ditoriales. Foucault se r&#233;jouissait - je cite de m&#233;moire - d'avoir &#171; fait trembler sur leurs tiges quelques n&#233;nuphars qui flottent &#224; la surface de la pens&#233;e &#187;. Pierre Bourdieu, &#224; n'en pas douter, en a fait trembler quelques autres. Des n&#233;nuphars qui entretiennent souvent des rapports tr&#232;s intimes avec la vase&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Sur la couverture m&#233;diatique de la mort de Pierre Bourdieu, voir ici m&#234;me &#171; La mort de Pierre Bourdieu et l'emprise du journalisme &#187; &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/La-mort-de-Pierre-Bourdieu-et-l-emprise-du-journalisme-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;(1&lt;/a&gt;), suivi de &#171; La mort de Pierre Bourdieu et l'emprise du journalisme &#187; &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/La-mort-de-Pierre-Bourdieu-et-l-emprise-du-journalisme-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;(2)&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et reproduit &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/-/avez-vous-lu-pierre-bourdieu&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site d'Acrimed&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette citation n'est pas parue dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, faute de place.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Pierre Bourdieu, celui qui d&#233;rangeait &#187;, par Jacques Bouveresse, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 31 janvier 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>La mort de Pierre Bourdieu et l'emprise du journalisme (1)</title>
		<link>https://henri-maler.fr/La-mort-de-Pierre-Bourdieu-et-l-emprise-du-journalisme-1.html</link>
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		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Pierre Bourdieu</dc:subject>
		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce que peut le journalisme quand il s'empare d'une &#339;uvre majeure&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Pierre-Bourdieu-+.html" rel="tag"&gt;Pierre Bourdieu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Critiquer-les-medias-+.html" rel="tag"&gt;Critiquer les m&#233;dias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L106xH150/bourdieu-6153e.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;J'avais r&#233;uni en f&#233;vrier 2002, sur le site de l'association Acrimed (Action-Critique-M&#233;dias), &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/-Les-medias-et-la-mort-de-Pierre-Bourdieu-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une premi&#232;re compilation&lt;/a&gt; r&#233;partie en plusieurs articles que j'avais r&#233;unis en une seule contribution dans &#171; Sciences et engagement &#187;, Variations n&#176;4, &#233;ditions Syllepse, septembre 2003, p.97-110. Elle est publi&#233;e ici en deux articles en raison de la longueur et de la pr&#233;cision des observations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consacr&#233; &#224; la couverture m&#233;diatique de la mort de Pierre Bourdieu le 23 janvier 2002, cette contribution analyse une n&#233;crologie dont le rituel peut valoir pour les hommages d&#233;f&#233;rents ou hagiographiques : tel est, me semble-t-il, son int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#171; S'il y a une chose encore plus difficile &#224; supporter que la disparition d'une des figures majeures de la pens&#233;e contemporaine et, pour certains d'entre nous, d'un ami tr&#232;s proche, c'est bien le rituel de c&#233;l&#233;bration auquel les m&#233;dias ont commenc&#233; &#224; se livrer quelques heures seulement apr&#232;s la mort de Pierre Bourdieu. Comme pr&#233;vu, il n'y manquait ni la part d'admiration obligatoire et conventionnelle, ni la fa&#231;on qu'a la presse de faire (un peu plus discr&#232;tement cette fois-ci, &#233;tant donn&#233; les circonstances) la le&#231;on aux intellectuels qu'elle n'aime pas, ni la dose de perfidie et de bassesse qui est jug&#233;e n&#233;cessaire pour donner une impression d'impartialit&#233; et d'objectivit&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pierre Bourdieu, celui qui d&#233;rangeait &#187;, par Jacques Bouveresse,&lt;i&gt; Le Monde&lt;/i&gt;, 31 janvier 2001.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; rituel de c&#233;l&#233;bration &#187; auquel se sont livr&#233;s les m&#233;dias apr&#232;s l'annonce de la mort de Pierre Bourdieu permet de v&#233;rifier ce que fait et ce que peut le journalisme quand il s'empare d'une &#339;uvre majeure. Il ne s'agit donc pas ici de d&#233;fendre la m&#233;moire de Pierre Bourdieu et, encore moins sa contribution &#224; la sociologie, mais seulement &#8211; si l'on peut dire - de mettre en &#233;vidence comment s'exerce l'emprise du journalisme sur la vie culturelle et intellectuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, &#171; L'emprise du journalisme &#187;, Actes de la Recherche en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette fin, il suffit &#8211; pour reprendre, en dehors de son contexte, une expression de Michel Foucault - de &#171; rendre visible ce qui est visible &#187;. Les citations, pour peu qu'elles ne soient pas trop s&#233;lectives, valent largement d&#233;monstration. &#192; certains &#233;gards, elles n'apprennent rien que l'on ne sache d&#233;j&#224;. Mais, pour peu qu'ils soient ordonn&#233;s, les documents que nous avons r&#233;unis permettent de saisir selon quelles modalit&#233;s pratiques des journalismes, divers par les m&#233;dias dans lesquels ils s'expriment et par leurs positions dans ces m&#233;dias, exercent leur pouvoir de nuisance : quels sont les effets cumul&#233;s des pr&#233;tentions des tenanciers de l'espace m&#233;diatique et des vulgarisations journalistiques assujetties &#224; l'urgence sur la teneur du d&#233;bat d&#233;mocratique, th&#233;orique et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le constat est accablant. Pour dissimuler l'indigence ou la bassesse de la plupart de leurs commentaires, certains journalistes ou responsables des m&#233;dias n'ont pas manqu&#233; de souligner l'importance des rediffusions &#224; la radio et &#224; la t&#233;l&#233;vision et la publication d'extraits de son &#339;uvre dans certains organes de la presse &#233;crite ou d'invoquer la multiplicit&#233; des &#171; points de vue &#187; et des &#171; tribunes &#187; consentis &#224; des producteurs culturels, notamment parmi ceux qui doivent &#224; l'&#339;uvre de Pierre Bourdieu une part d&#233;cisive de leur inspiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est oublier opportun&#233;ment que la parole de Pierre Bourdieu a circul&#233; en des points tr&#232;s limit&#233;s de l'espace m&#233;diatique, confirmant ainsi la mis&#232;re culturelle des grands m&#233;dias de masse. Les prises de potion imm&#233;diates ne peuvent pas passer pour des expressions d'un effectif travail des journalistes. Pas plus que l'attention port&#233;e aux hommages unanimes et convenus de la plupart des responsables et des formations politiques et la simple reprise de leurs communiqu&#233;s ne peuvent constituer des preuves de l'ind&#233;pendance du journalisme. Quant aux journalistes eux-m&#234;mes - &#233;ditorialistes et chroniqueurs en l'occurrence - loin de s'attacher &#224; rendre compte de l'&#339;uvre de Pierre Bourdieu, ils l'ont, &#224; quelques exceptions pr&#232;s que nous avons essay&#233; de relever, taill&#233;e &#224; leur mesure. D'autres avant Bourdieu avaient d&#233;j&#224; fait les frais de ces d&#233;plorables sollicitudes. Faut-il s'y r&#233;signer ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des urgences m&#233;diatiques au consensus politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rendue publique le 24 janvier 2002 dans la matin&#233;e, la mort de Pierre Bourdieu a fait presque imm&#233;diatement l'objet de rapides &#233;vocations &#224; la radio et &#224; la t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Urgences m&#233;diatiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le simple recensement des informations diffus&#233;es dans l'urgence par quelques cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les citations qui suivent, relev&#233;es au fur et &#224; mesure sans avoir &#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, met en &#233;vidence les distorsions quasi-spontan&#233;es que produit le m&#233;lange de la r&#233;v&#233;rence oblig&#233;e (qui se r&#233;f&#232;re &#224; l' &#171; influence &#187; de Pierre Bourdieu), de la rumeur publique (qui rabat l'&#339;uvre de Bourdieu sur ses engagements, r&#233;duits &#224; des slogans) et du narcissisme m&#233;diatique (qui met en avant l'analyse critique des m&#233;dias restitu&#233;e en formules imaginaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Sur LCI,&lt;/strong&gt; &#224; 12 heures, une br&#232;ve annonce de la mort de Pierre Bourdieu nous apprend qu'il &#233;tait un sociologue &lt;i&gt;&#171; influent &#187;&lt;/i&gt;, qui a &lt;i&gt;&#171; d&#233;nonc&#233; la souffrance sociale, le lib&#233;ralisme, et la mondialisation &#187; &lt;/i&gt;, ainsi que les&lt;i&gt; &#171; rapports entre le pouvoir et la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt; &lt;i&gt; &#187; &lt;/i&gt;(que Pierre Bourdieu n'a jamais analys&#233; comme tels. LCI renvoie &#224; ses &lt;i&gt;&#171; prochaines &#233;ditions &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Sur i-TV&lt;/strong&gt;, &#224; 12 heures 15, on apprend, apr&#232;s les informations sportives, que &#171; (&#8230;) Celui que l'on surnommait &#034; le sociologue &#233;nervant &#034; (&#8230;) s'&#233;tait &lt;strong&gt;surtout&lt;/strong&gt; attach&#233; &#224; d&#233;peindre le monde des m&#233;dias, celui de la t&#233;l&#233;vision en particulier &#187;.[soulign&#233; par moi] Quel est ce &#171; on &#187; anonyme auquel i-t&#233;l&#233;vision attribue un surnom qui serait r&#233;pandu ? La source est tr&#232;s certainement une consultation rapide du titre donn&#233; par l'auteur des pages consacr&#233;es &#224; Pierre Bourdieu sur le site du Magazine de l'Homme moderne : &#171; Bourdieu sociologue &#233;nervant &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#171; pages Bourdieu sur le site du Magazine de l'Homme moderne On peut y (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un titre &#233;logieux sur un site sp&#233;cialis&#233; devient ainsi un surnom dont on laisse entendre qu'il est commun&#233;ment r&#233;pandu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Sur France 2,&lt;/strong&gt; &#224; 13h37, pr&#232;s de quarante minutes apr&#232;s le d&#233;but du journal, Daniel Bilalian trouve le temps d'annoncer le d&#233;c&#232;s de Pierre Bourdieu : &lt;i&gt;&#171; Consid&#233;r&#233; comme un intellectuel influent notamment dans le domaine de l'Education Nationale &#187;,&lt;/i&gt; connu pour son &lt;i&gt;&#171; engagement contre la mondialisation &#187;&lt;/i&gt;, il &#233;tait &lt;i&gt;&#171; s&#233;v&#232;re &#224; l'&#233;gard des m&#233;dias et de leur r&#244;le dans la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&#192; TF1,&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;au Journal de 13h&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; rien. Zappant d'une cha&#238;ne &#224; l'autre, on a peut-&#234;tre manqu&#233; l'information : en tout cas, elle devait &#234;tre plus courte que les reportages consacr&#233;s &#224; la &#171; France profonde &#187;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Sur LCI,&lt;/strong&gt; &#224; 14h03, le pr&#233;sentateur diffuse l'information dans des termes identiques &#224; ceux qui avaient &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s deux heures plus t&#244;t. &#192; une r&#233;serve pr&#232;s : la critique du &lt;i&gt;&#171; monde des m&#233;dias &#187;&lt;/i&gt; devient la critique de &lt;i&gt;&#171; la corruption m&#233;diatique &#187;&lt;/i&gt;. Cette innovation ne devant rien aux &#233;crits de Pierre Bourdieu, on est en droit de se demander ce qui a pouss&#233; le pr&#233;sentateur &#224; l'adopter. On la retrouve dans un papier de Claude Casteran pour (mentionn&#233; plus loin) qui parle, entre guillemets comme s'il s'agissait d'une citation de &#171; la corruption de la soci&#233;t&#233; m&#233;diatique &#187;. Une heure plus tard&lt;i&gt; &lt;/i&gt;(LCI, 15h06) la critique de &#171; la corruption m&#233;diatique &#187; a disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Sur&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;France infos&lt;/strong&gt;, &#224; 15h15, on apprend que Pierre Bourdieu &lt;i&gt;&#171; &#233;tait consid&#233;r&#233; comme un des intellectuels les plus influents de notre &#233;poque &#187;&lt;/i&gt; et sur &lt;strong&gt;RMC-infos&lt;/strong&gt; &#224; 15h30, exactement la m&#234;me chose, exactement dans les m&#234;mes termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; noter cependant, quelques heures plus tard, la prestation de Patrick Poivre d'Arvor, sur &lt;strong&gt;TF1&lt;/strong&gt;, 20 heures. La mort de Bourdieu figure dans l'annonce des titres du journal. On apprend alors incidemment que Pierre Bourdieu &#233;tait &lt;i&gt;&#171; titulaire d'une chaire &#224; la Sorbonne &#187;&lt;/i&gt; [confondue avec le Coll&#232;ge de France]. Et &#224; 20 h 34, au terme d'une pr&#233;sentation conventionnelle, PPDA d&#233;clare (&#224; peu pr&#232;s&#8230;) que &lt;i&gt;&#171; Pierre Bourdieu n'&#233;tait pas seulement un critique des m&#233;dias &#187;&lt;/i&gt;. Pas seulement, en effet !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Influent &#187;, &#171; engag&#233; &#187;, &#171; critique des m&#233;dias &#187; : une partie de ces lumineuses informations, ajust&#233;es &#224; une vision journalistique ordinaire, est emprunt&#233;e aux informations d'Agence. En voici un exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;AFP&lt;/strong&gt;, 24 janvier. Pour Claude Casteran, Pierre Bourdieu &#171; &#233;tait devenu l'une des t&#234;tes pensantes contre la mondialisation lib&#233;rale &#187;. Comment ? &#171; En 1993, il publie un pav&#233; de pr&#232;s de 1.000 pages &#034;La mis&#232;re du monde&#034;. Cette analyse de la &#034;fracture sociale&#034; devient un best-seller et propulse l'intellectuel vers l'engagement militant. Pour la premi&#232;re fois, un grand chercheur tente de &#034;th&#233;oriser l'exclusion&#034;. &#187;. Le choix des mots - &#171; t&#234;tes pensantes &#187;, &#171; pav&#233; &#187;, &#171; best-seller &#187; - offre un aper&#231;u d'une tentative de traduire en langue journalistique ce que l'on ne comprend pas ou ce que l'on n'a pas lu, en r&#233;p&#233;tant ce que l'on croit d&#233;j&#224; savoir (et qui n'a rien &#224; voir avec le contenu du &#171; pav&#233; &#187; : &#171; fracture sociale &#171; , &#171; th&#233;orie de l'exclusion &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La &#171; circulation circulaire de l'information &#187;, &#233;tant ce qu'elle est, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude Casteran poursuit en une phrase o&#249; l'art mineur des approximations (qui pr&#234;te &#224; Pierre Bourdieu un r&#244;le de &#171; th&#233;oricien-fondateur &#187; d'Attac) se conjugue avec l'art majeur de la fausse citation (qui attribue &#224; Pierre Bourdieu une d&#233;nonciation de &#171; la corruption de la soci&#233;t&#233; m&#233;diatique &#187;). Vient alors cette trouvaille : &lt;i&gt;&#171; En 1998, une vague de &#034;Bourdieumania&#034; d&#233;ferle dans les m&#233;dias. &#187;&lt;/i&gt; Le r&#233;dacteur de l'AFP &#171; oublie &#187; que le pr&#233;tendu ph&#233;nom&#232;ne qu'il pr&#233;tend enregistrer ainsi n'est autre que la campagne de presse contre Pierre Bourdieu. De cette campagne, souvent haineuse, il ne reste plus qu'un mot - &#171; Bourdieumania &#187; - et quelques h&#233;ros, comme Alain Finkielkraut et Jeanine Verd&#232;s-Leroux, dont Claude Casteran rapporte les prouesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu &#224; peu - les d&#233;lais jouent un r&#244;le d&#233;cisif dans la pratique du journalisme -, dans le cours de l'apr&#232;s-midi du 24 janvier 2002, les journalistes, faute de pouvoir &#233;toffer leur information sur l'&#339;uvre et l'activit&#233; de Pierre Bourdieu, se r&#233;fugient, en toute ind&#233;pendance, derri&#232;re les d&#233;clarations des responsables politiques et de quelques experts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Consensus politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'information sur la mort de Pierre Bourdieu change alors de sens : elle devient une information sur les &#171; r&#233;actions &#187; des responsables politiques. Et les journalistes s'abritent derri&#232;re la lecture d'extraits de leurs communiqu&#233;s&#8230; C'est une raison suffisante de mentionner bri&#232;vement certains d'entre eux, qui marient la neutralisation emphatique des d&#233;saccords, le d&#233;tournement des mots et l'invention des concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ainsi, selon le &lt;strong&gt;RPR&lt;/strong&gt;, Pierre Bourdieu &#171; &#233;tait un spectateur engag&#233; de notre soci&#233;t&#233; qui inscrivait ses r&#233;flexions et ses travaux au c&#339;ur des grands d&#233;bats publics &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et pour &lt;strong&gt;Lionel Jospin&lt;/strong&gt;, Pierre Bourdieu &#233;tait &#171; un ma&#238;tre de la sociologie contemporaine et une grande figure de la vie intellectuelle de notre pays &#187; qui &#171; laisse une &#339;uvre forte et f&#233;conde &#187;. De tels jugements, on le voit ne sont gu&#232;re compromettants. D'autres sont plus audacieux, dans leurs tentatives d'annexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour &lt;strong&gt;le PS&lt;/strong&gt; - qui oublie opportun&#233;ment que la politique du Parti socialiste &#233;tait l'une des cibles de cet engagement salu&#233; solennellement - Pierre Bourdieu &lt;i&gt;&#171; s'est voulu, &#224; l'image de Jean-Paul Sartre, la voix des sans voix et le porte-parole des laiss&#233;s-pour-compte, contre les puissants, dans la tradition des grands intellectuels fran&#231;ais &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour &lt;strong&gt;Jacques Chirac&lt;/strong&gt;, Pierre Bourdieu &#171; restera comme un penseur militant et un militant de la pens&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L&lt;strong&gt;'AFP&lt;/strong&gt;, comme si le chef de l'Etat &#233;tait le v&#233;ritable auteur de ce communiqu&#233; en forme de notice plut&#244;t bien inform&#233;e, le r&#233;sume ainsi : &lt;i&gt;&#171; &#034;Son combat au service de ceux que frappe la mis&#232;re du monde en restera comme le t&#233;moignage le plus frappant&#034;, a poursuivi le chef de l'Etat qui rel&#232;ve aussi son &#034;combat pour la diversit&#233; culturelle&#034;. &#187;&lt;/i&gt; &#8230; dont Jacques Chirac - convergence bienvenue &#8211; est le d&#233;fenseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt; Catherine Tasca&lt;/strong&gt;, Ministre de la Culture et de la Communication se risque &#224; un hommage th&#233;orique : Pierre Bourdieu a &lt;i&gt;&#171; invent&#233; des concepts qui sont rest&#233;s des r&#233;f&#233;rences, tel l'arbitraire symbolique &#187;&lt;/i&gt;. Voil&#224; au moins une r&#233;f&#233;rence introuvable qui ne nous manquera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Weber&lt;/strong&gt;, s&#233;nateur du PS, nous a offert une t&#233;moignage &#233;loquent sur modalit&#233;s de constitution provisoire d'un consensus n&#233;crologique,. Cet exemple m&#233;rite qu'on s'y arr&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, quelques mois avant le d&#233;c&#232;s de Pierre Bourdieu, Carl Meeus recueillait les propos du s&#233;nateur&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je n'ai pas retrouv&#233; la date exacte de cet entretien dont l'authenticit&#233; ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Dans cet entretien se trouvaient d&#233;nonc&#233;s une &lt;i&gt;&#171; posture d'impr&#233;cateur &#187;&lt;/i&gt; et un apport quasi-inexistant &#224; la compr&#233;hension de la soci&#233;t&#233; et du monde &#8211; un populisme insignifiant. Ainsi, au journaliste qui lui demande s'il rejoint &lt;i&gt;&#171; les intellectuels qui d&#233;noncent le populisme &#034; bourdivin &#034; ? &#187;,&lt;/i&gt; Henri Weber r&#233;pond : &lt;i&gt;&#171; Oui, tout &#224; fait, il s'agit bien de populisme. Ce qui le caract&#233;rise, &lt;/i&gt;c'est&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;l'insignifiance totale&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; de ses propositions et de ses analyses sur la situation. Et ce qui est compl&#232;tement &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;nuisible&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, c'est cette obsession de placer sur un m&#234;me pied la gauche et la droite. &#187; &lt;/i&gt;[soulign&#233; par moi]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;France Info&lt;/strong&gt;, le lendemain de la mort de Pierre Bourdieu, diffuse, entre autres t&#233;moignages, l'avis tr&#232;s autoris&#233; d'Henri Weber - soudainement frapp&#233; d'amn&#233;sie : il avait oubli&#233; l'entretien accord&#233; &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;. Sur France Info, notre s&#233;nateur commence par saluer &lt;i&gt;&#171; un tr&#232;s grand intellectuel fran&#231;ais &#187;&lt;/i&gt;, qui avait fait entendre &lt;i&gt;&#171; la voix des sans voix &#187;.&lt;/i&gt; Puis il r&#233;sume - correctement, en souvenir de ses &#233;tudes de sociologie - quelques aspects de l'&#339;uvre de Bourdieu, &lt;i&gt;&#171; penseur de l'in&#233;galit&#233; &lt;/i&gt; &#187;. Interrog&#233; sur les rapports entre Bourdieu et le Parti Socialiste, notre S&#233;nateur, apr&#232;s quelques propos convenus sur &lt;i&gt;&#171; les perspectives &#224; long terme &#187;&lt;/i&gt; et sur &lt;i&gt;&#171; la politique qui doit tenir compte des contraintes &#187;,&lt;/i&gt; conclut triomphalement : &lt;i&gt;&#171; Nous &#233;tions donc &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;quelquefois en d&#233;saccord&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; sur les moyens de r&#233;aliser le possible, mais &lt;/i&gt;totalement d'accord&lt;i&gt; sur ce qui est souhaitable &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Transcription approximative, mais fid&#232;le au sens.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. [soulign&#233; par moi]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#171; &lt;i&gt;insignifiance totale de ses propositions et de ses analyses sur la situation &#187; &lt;/i&gt;a fait place &#224; un accord total sur le souhaitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question soulev&#233;e par ce floril&#232;ge de d&#233;clarations : pourquoi les journalistes participent, m&#234;me involontairement, &#224; la strat&#233;gie de communication de responsables et d'organisations politiques qui sont pr&#234;ts &#224; dire (presque) n'importe quoi, pour peu qu'ils puissent obtenir la cons&#233;cration, m&#234;me posthume de cr&#233;ateurs ou de chercheurs qu'ils consacrent ... surtout &#224; titre posthume ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces tentatives d'appropriation symbolique de la notori&#233;t&#233; de Pierre Bourdieu que les m&#233;dias, dans un premier temps, ont relay&#233;es au d&#233;triment de leur propre information sur Pierre Bourdieu et son &#339;uvre, s'effac&#232;rent bient&#244;t : quand sonna l'heure des &#233;ditorialistes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les petits matins matin de la Presse quotidienne r&#233;gionale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peu c&#244;t&#233;s par les grands m&#233;dias nationaux, alors que son audience est loin d'&#234;tre n&#233;gligeable, La Presse quotidienne r&#233;gionale a mobilis&#233; ses &#233;ditorialistes le 25 janvier 2001 On veut ici contribuer &#224; leur r&#233;putation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans &lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'Alsace&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, Olivier Br&#233;geard : &lt;i&gt;&#171; Peu enclin &#224; la nuance (ses propres positions font, heureusement, l'objet de d&#233;bats fondamentaux), Pierre Bourdieu &#233;tait un intellectuel radical (&#8230;) &#187;&lt;/i&gt;. Si les positions de Pierre Bourdieu font &lt;i&gt;&#171; heureusement &#187;&lt;/i&gt; l'objet de d&#233;bats &lt;i&gt;&#171; fondamentaux &#187;&lt;/i&gt;, c'est parce qu'il &#233;tait &lt;i&gt;&#171; peu enclin &#224; la nuance &#187;&lt;/i&gt;. Et s'il &#233;tait &#171; peu enclin &#224; la nuance &#187;, c'est, &#233;videmment, parce qu'il &#233;tait &#171; radical &#187;. Mais pourquoi &#171; radical &#187; ? C'est ce que nous apprend la suite : &lt;i&gt;&#171; Pierre Bourdieu &#233;tait un intellectuel radical : &#224; ses yeux, la soci&#233;t&#233; impose et reproduit les in&#233;galit&#233;s, &#224; travers le syst&#232;me scolaire, la culture, les m&#233;dias, le langage, le sexe, qui contribuent chacun &#224; l'int&#233;riorisation et &#224; l'acceptation de l'ordre des choses. &#187; &lt;/i&gt;De cette phrase confuse, mais presque exacte, il r&#233;sulte que la radicalit&#233; consiste &#224; penser que &#171; la soci&#233;t&#233; impose et reproduit les in&#233;galit&#233;s &#187;. Voici maintenant la cons&#233;quence : &lt;i&gt;&#171; Bourdieu &#233;tait donc tout entier du c&#244;t&#233; des perdants (&#8230;) &#187;&lt;/i&gt;. Par opposition aux &#171; gagnants &#187; ? Le vocabulaire d'&#233;poque fait des ravages. Et un peu plus loin : &lt;i&gt;&#171; Pour reprendre une des notions qu'il avait forg&#233;es, le professeur au Coll&#232;ge de France restait dans le &#171; champ &#187; des laiss&#233;s-pour-compte. &#187; &lt;/i&gt;Enfin, apr&#232;s cette prouesse, une conclusion ironique sur l'ironie du sort :&lt;i&gt; &#171; L'ironie du sort aura voulu qu'il devienne un ma&#238;tre &#224; son tour, mais un &#034;ma&#238;tre &#224; penser&#034;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bourdieu, ma&#238;tre &#224; penser et mandarin &#187; : pour illustrer ce th&#232;me obligatoire, une seule citation suffira.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans &lt;strong&gt; &lt;i&gt;La Libre Belgique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, dat&#233;e du 24 janvier 2002, un certain E. de B. r&#233;dige sous un titre flamboyant &#8211; &#171; L'homme qui portait `la mis&#232;re du monde&#180;... &#187; - une notice qu'il conclut en ces termes : &#171; Ce n'est pourtant qu'en 1998 qu'&#233;clata un virulent conflit, jusqu'au sein de la gauche m&#234;me, o&#249; l'on se plaignait de la place que prenait d&#233;cid&#233;ment l'intellectuel. S'&#233;tait-il sacr&#233; nouveau roi des mandarins ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Sud-Ouest&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, Frank De Bondt : &lt;i&gt;&#171; Bourdieu, n&#233; b&#233;arnais, l'un des rares intellectuels fran&#231;ais contemporains reconnus, invit&#233;s et &#233;tudi&#233;s aux Etats-Unis (&#8230;) &#187;.&lt;/i&gt; Un b&#233;arnais qui a &#233;tudi&#233; aux Etats-Unis : une gloire du Sud-Ouest, en quelque sorte&#8230;, mais typiquement fran&#231;aise : &lt;i&gt;&#171; Bourdieu (&#8230;) &#233;tait un chercheur converti en agitateur d'utopie. Il appartenait fonci&#232;rement au paysage fran&#231;ais en tant qu'h&#233;ritier d'une R&#233;volution jamais termin&#233;e. &#187;.&lt;/i&gt; Cette affirmation p&#233;remptoire et discr&#232;tement dissuasive est suivie de cette r&#233;serve : &lt;i&gt;&#171; Mais, averti par ses recherches des contradictions des d&#233;mocraties modernes, le sociologue &#233;tait probablement sans illusion. Il y a longtemps d&#233;j&#224; que la soci&#233;t&#233; de consommation a d&#233;log&#233; la r&#233;volte de l'esprit des peuples pour lui substituer le d&#233;sir, cette machine &#224; entretenir la croissance. &#187;&lt;/i&gt; Ayant ainsi log&#233; ses poncifs &#224; l'ombre de Bourdieu, Frank De Bondt lui inflige cette dure le&#231;on : &#171; &lt;i&gt;&#192; l'heure o&#249; la col&#232;re populaire n'est plus index&#233;e que sur le prix des carburants, Bourdieu fait figure d'anc&#234;tre. Sa voix s'est bris&#233;e sur le mur de l'argent qui s'est spontan&#233;ment offert &#224; l'affichage de la com&#233;die m&#233;diatique d&#233;sign&#233;e par le professeur. Celui-ci a men&#233; l'un de ses derniers combats dans un d&#233;p&#244;t de la gare de Lyon o&#249; il avait apport&#233; la caution de quelques intellectuels au mouvement social de d&#233;cembre 1995. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Dauphin&#233; Lib&#233;r&#233;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, Gilles Debernardi : &lt;i&gt;&#171; Justement, en ce mois glacial de d&#233;cembre 95, le pays est paralys&#233; par les gr&#232;ves. Bourdieu s'affiche au coude &#224; coude avec les manifestants. Il ne signe plus des livres difficiles mais une p&#233;tition r&#233;glementaire. &#187; &lt;/i&gt;Une trouvaille, la &#171; p&#233;tition r&#233;glementaire &#187; ! Il vaut la peine de citer quelques lignes suppl&#233;mentaires pour saisir ce que l'on peut &#233;crire, &#224; grand renfort de poncifs, sur les mandarins et leur tour d'ivoire, les galons des intellectuels engag&#233;s dont on a l'habitude, les sujets de th&#232;se et les cils qui bougent : &lt;i&gt;&#171; Deux ans plus t&#244;t, en publiant &#034;La Mis&#232;re du monde&#034;, passionnante enqu&#234;te sur la souffrance sociale ordinaire, le mandarin &#233;tait sorti timidement de sa tour d'ivoire. Cette fois, plong&#233; dans l'ar&#232;ne publique, il gagne ses galons &#034;d'intellectuel engag&#233;&#034;. Depuis Sartre et Foucault, on avait perdu l'habitude. Lui qui, en mai 68, n'avait pas boug&#233; d'un cil, devient le h&#233;raut du combat &#034;contre le fl&#233;au n&#233;olib&#233;ral&#034;. On le voit partout, aux c&#244;t&#233;s des ch&#244;meurs, de l'abb&#233; Pierre, des mal-log&#233;s, des sans-papiers... Les &#034;domin&#233;s&#034; ne sont donc pas qu'un sujet de th&#232;se. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Journal du Centre&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, Fran&#231;ois Gilardi : &lt;i&gt;&#171; C'&#233;tait un nom, le sien, port&#233; par le succ&#232;s d'un livre : La mis&#232;re du monde, impressionnante plong&#233;e dans les nouvelles douleurs de la vie moderne. Tout d'un coup les travaux du sociologue et de son &#233;quipe quittaient le domaine &#233;troit de l'&#233;dition universitaire pour atteindre le grand public. Beaucoup de lecteurs se sont reconnus dans les libres propos des personnes de toutes conditions dont les chercheurs avaient recueilli le t&#233;moignage. &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;La Mis&#232;re du Monde&lt;/i&gt; ? Un recueil de libres propos&#8230; &lt;i&gt;&#171; Dans le prolongement de ce livre d&#233;rangeant, Bourdieu a cautionn&#233; les grands mouvements de protestation des ann&#233;es 90. Ce critique impitoyable du syst&#232;me des m&#233;dias est paru &#224; la t&#233;l&#233;vision en compagnie de l'abb&#233; Pierre. &#187;.&lt;/i&gt; Soutenir, c'est cautionner. Et, semble-t-il, on ne peut &#224; la fois critiquer les m&#233;dias et para&#238;tre &#224; la t&#233;l&#233;vision avec l'abb&#233; Pierre. &#192; moins que le sens de cette phrase nous ait &#233;chapp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans&lt;strong&gt; &lt;i&gt; Le Temps&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; (Suisse),un article publi&#233; le vendredi 25 janvier, porte &#224; incandescence la vulgate dominante. Sous le titre &#171; Bourdieu, le sociologue qui n'aimait pas la t&#233;l&#233; &#187; Jean-Marc B&#233;guin &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pierre Bourdieu n'aimait pas la t&#233;l&#233;vision. Pas rancuniers, le journal France 2 lui a consacr&#233; son ouverture et TF1 un gros sujet. La TSR, curieusement, rien qu'une petite minute en fin d'&#233;dition. Bien s&#251;r, certains ne manqueront pas de dire que la t&#233;l&#233;vision a r&#233;cup&#233;r&#233; Bourdieu. Ce n'est pas faux, le syst&#232;me &#8211; tout syst&#232;me &#8211; a par nature tendance &#224; r&#233;cup&#233;rer ou exclure. La t&#233;l&#233;vision a aim&#233; Marchais quand il amusait les foules, elle a dop&#233; Le Pen quand il grimpait dans les sondages, elle a aussi adopt&#233; Jos&#233; Bov&#233; et Bourdieu car ils &#233;taient devenus des stars d'un mouvement social. C'est la loi de la notori&#233;t&#233;. Bourdieu a-t-il pour autant &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233; par un syst&#232;me qu'il rejetait ? Par conviction, ou par cabotinage, le sociologue s'est identifi&#233; complaisamment avec le mouvement de rejet de la mondialisation. Se pliant aux simplifications qu'il ne cessait de d&#233;noncer, il laissait ses affid&#233;s r&#233;duire son discours &#224; quelques slogans de cantine pour les agit&#233;s des diff&#233;rentes sectes de la &#171; gauche de la gauche &#187;. Ses salves contre les m&#233;dias avaient plus &#224; voir avec l'agit-prop qu'avec la sociologie. Bourdieu, ces derni&#232;res ann&#233;es, s'est fourvoy&#233; dans le sch&#233;matisme r&#233;ducteur de ces engagements, devenant par l&#224; m&#234;me une star m&#233;diatique complice du jeu qu'il pourfendait. Jamais la t&#233;l&#233;vision n'aurait consacr&#233; autant de minutes &#224; sa disparition s'il &#233;tait d&#233;c&#233;d&#233; dix ans plus t&#244;t. C'est le gourou de l'antimondialisation qui a &#233;t&#233; enterr&#233; m&#233;diatiquement hier soir, pas le sociologue remarquable de la soci&#233;t&#233; contemporaine, dont la glose restera &#224; tout jamais herm&#233;tique &#224; l'&#233;crasante majorit&#233; des t&#233;l&#233;spectateurs. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que l'on n'aille pas croire que cet &#233;chantillon de commentaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deux articles, parmi ceux que nous avons consult&#233;s, font exception, &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; signe une quelconque inf&#233;riorit&#233; intellectuelle des journalistes de nos Provinces et des pays voisins. Ils valent bien les &#233;ditorialistes et chroniqueurs parisiens dont ils reproduisent les commentaires r&#233;pandus depuis longtemps et renouvel&#233;s, &#224; quelques exception pr&#232;s, &#224; l'occasion de la mort de Pierre Bourdieu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite : &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/La-mort-de-Pierre-Bourdieu-et-l-emprise-du-journalisme-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Les m&#233;dias et la mort de Pierre Bourdieu (2) &#187;&lt;/a&gt; : quelques interventions du &#171; haut clerg&#233; m&#233;diatique &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, &#171; L'emprise du journalisme &#187;, &lt;i&gt;Actes de la Recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, 101-102, mars 1994, p. 3-9 ; Repris dans &lt;i&gt;Sur la T&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, Liber/Raisons d'agir, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les citations qui suivent, relev&#233;es au fur et &#224; mesure sans avoir &#233;t&#233; enregistr&#233;es, peuvent souffrir de quelques approximations : encore l'urgence&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &lt;a href=&#034;http://www.pages-bourdieu.fr.st/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; pages Bourdieu&lt;/a&gt; sur le site du &lt;i&gt;Magazine de l'Homme moderne&lt;/i&gt; On peut y trouver un grand nombre des documents que nous citons ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La &#171; circulation circulaire de l'information &#187;, &#233;tant ce qu'elle est, Martine Veron (AFP, 24 janvier), dans un &#171; papier &#187; qui r&#233;sume convenablement l'ouvrage que vise son titre - &#171; Pierre Bourdieu, th&#233;oricien de la &#034;mis&#232;re du monde &#187; - ne peut s'emp&#234;cher de reprendre les propos de son confr&#232;re : &lt;i&gt;&#171; Ce pav&#233; aust&#232;re de pr&#232;s de 1.000 pages, premi&#232;re analyse de la &#034;fracture sociale&#034;, remporte un succ&#232;s inattendu, devient un best-seller et propulse le professeur au Coll&#232;ge de France sur le terrain de l'engagement militant.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je n'ai pas retrouv&#233; la date exacte de cet entretien dont l'authenticit&#233; ne pouvait pas &#234;tre mise en cause puisqu'il figurait sur le site dudit S&#233;nateur, fier de son &#339;uvre : &lt;a href=&#034;http://www.senat.fr/senateurs/weber_henri/articles/hw0106.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.senat.fr/senateurs/weber_henri/articles/hw0106.html&lt;/a&gt;. Malheureusement, ce lien est d&#233;sormais p&#233;rim&#233; [note de 2023] .&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Transcription approximative, mais fid&#232;le au sens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Deux articles, parmi ceux que nous avons consult&#233;s, font exception, &#224; quelques r&#233;serves pr&#232;s : le premier est d&#251; &#224; Bernard St&#233;phan dans &lt;i&gt;Le Berry R&#233;publicain &lt;/i&gt;et le second&lt;i&gt; &#224; &lt;/i&gt;Christian Digne, dans &lt;i&gt;La Marseillaise. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La mort de Pierre Bourdieu et l'emprise du journalisme (2)</title>
		<link>https://henri-maler.fr/La-mort-de-Pierre-Bourdieu-et-l-emprise-du-journalisme-2.html</link>
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		<dc:date>2023-11-30T12:43:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Pierre Bourdieu</dc:subject>
		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#201;chantillon de quelques interventions du &#171; haut clerg&#233; m&#233;diatique &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Pierre-Bourdieu-+.html" rel="tag"&gt;Pierre Bourdieu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Critiquer-les-medias-+.html" rel="tag"&gt;Critiquer les m&#233;dias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L106xH150/bourdieu-2-8f549.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Peu de temps apr&#232;s la mort de Pierre Bourdieu, &lt;strong&gt;Patrick Champagne&lt;/strong&gt;, analysant &#171; les discours sur l'&#339;uvre qui font &#233;cran &#224; l'&#339;uvre elle-m&#234;me &#187;, notait ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Du fait de la grande notori&#233;t&#233; qu'il avait acquise, il &#233;tait devenu, apr&#232;s d'autres, une sorte de porte-parole du champ intellectuel. C'est, en fait, surtout &#224; ce titre qu'il s'est heurt&#233; au pouvoir du haut clerg&#233; m&#233;diatique &#8211; commentateurs, &#233;ditorialistes, responsables de publication et intellectuels m&#233;diatiques &#8211;, tous ceux qu'il appelait les fast thinkers, notamment les intellectuels pour m&#233;dias qui tiennent les m&#233;dias et se servent de ceux-ci pour mener campagne lorsque leur h&#233;g&#233;monie est menac&#233;e. C'est ainsi que Bourdieu a &#233;t&#233; l'objet &#224; plusieurs reprises de v&#233;ritables lynchages m&#233;diatiques de la part de journalistes qui n'avaient le plus souvent m&#234;me pas lu tout ou partie de son &#339;uvre comme on peut le voir aux innombrables sottises qu'ils ont pu &#233;crire &#224; propos de ce qu'ils croyaient &#234;tre &#034; sa th&#233;orie &#034; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La sociologie r&#233;flexive de Pierre Bourdieu &#187;, paru dans le num&#233;ro sp&#233;cial (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; . &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un &#233;chantillon des interventions de ce &#171; haut clerg&#233; m&#233;diatique &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; nous cultivent sur France Culture&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;France Culture&lt;/strong&gt;, en hommage &#224; Pierre Bourdieu, a diffus&#233; et rediffus&#233; de nombreuses &#233;missions qui lui &#233;taient consacr&#233;es. Certaines d'entre elles &#233;taient de grande qualit&#233;. Mais cette cha&#238;ne de radio, sous la responsabilit&#233; de Laure Adler, a sous-trait&#233; de nombreuses tranches horaires, parmi les meilleures, &#224; des organes de presse ou &#224; des &#233;ditorialistes, soudain transform&#233;s en m&#233;diateurs culturels. Des m&#233;diateurs charg&#233;s, on s'en doute, de concevoir et de pr&#233;parer des &#233;missions de qualit&#233; permettant de faire conna&#238;tre et discuter s&#233;rieusement les &#339;uvres de la culture. Qu'on en juge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces m&#233;diateurs, &lt;strong&gt;Alain-G&#233;rard Slama&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Premi&#232;re &#233;dition. Le billet d'humeur d'Alain-G&#233;rard Slama, vendredi 25 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La premi&#232;re phrase de son &#171; billet &#187; donne le ton : &lt;i&gt;&#171; A soixante-et-onze ans, Pierre Bourdieu est mort, dans un lit d'h&#244;pital, comme il a v&#233;cu : en serrant les dents et en observant jusqu'au bout le silence devant les critiques d'une violence inou&#239;e suscit&#233;es par sa pens&#233;e. Il est permis d'imaginer qu'au soir d'une existence qu'il savait condamn&#233;e, cet ancien assistant de Raymond Aron, parti fonder sa propre &#233;cole avec une volont&#233; de puissance redout&#233;e, s'est demand&#233; ce qu'il resterait d'une &#339;uvre de combat tourn&#233;e vers la destruction de l'ordre existant plut&#244;t que vers la repr&#233;sentation pr&#233;cise d'un ordre &#224; construire. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La fin toutefois m&#233;rite une mention sp&#233;ciale : &#171; Enfin, depuis 1995, et son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Apr&#232;s cette transpiration de haine mal contenue, d'Alain-G&#233;rard Slama &#233;gr&#232;ne un chapelet de perfidies qui ne m&#233;ritent pas le moindre commentaire. Sinon celui-ci : on a entendu &#231;&#224; sur &lt;i&gt;France Culture.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces concessionnaires auxquels Laure Adler a sous-trait&#233; la production d'&#233;missions, les repr&#233;sentants du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; qui se chargent d'inviter r&#233;guli&#232;rement &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; lui-m&#234;me&lt;i&gt; &lt;/i&gt;- c'est-&#224;-dire les journalistes attitr&#233;s du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; ou associ&#233;s au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;. Voici donc quelques fragments du passionnant &#233;change du samedi 26 janvier 2002 entre Jean-Marie Colombani du &lt;i&gt;Monde,&lt;/i&gt; Roger-Paul Droit du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, Alexandre Aldler (d'un peu partout, mais aussi du &lt;i&gt;Monde, &lt;/i&gt;du moins &#224; cette date).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Transcription effectu&#233;e par Pour Lire Pas Lu.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Marie Colombani&lt;/strong&gt; &lt;i&gt; : &#171; Pierre Bourdieu qui ensuite a gliss&#233; vers la politique, in fine, puisqu'il est l'une des principales figures de ce qu'on appelle l'antimondialisation, qui a ancr&#233; une r&#233;flexion tr&#232;s &#224; gauche, tr&#232;s critique au nom d'une conception de l'intellectuel engag&#233; [&#8230;] &#187;.&lt;/i&gt; Ainsi Pierre Bourdieu a &#171; gliss&#233; &#187;, surtout &#171; &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; &#187; vers ce que &#171; on &#187; - c'est-&#224;-dire&lt;i&gt; Le Monde&lt;/i&gt; &#8211; &#171; appelle l'antimondialisation &#187;. Mais Jean-Marie Colombani veut essayer, dit-il&lt;i&gt;, &#171; de faire la part des choses, de voir quelle a &#233;t&#233; l'importance de son &#339;uvre &#187;.&lt;/i&gt; Avec le r&#233;sultat suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; [&#8230;] On a tendance &#224; surinterpr&#233;ter son importance au-del&#224; des fronti&#232;res puisque, au-del&#224; des fronti&#232;res, quand on voit la vie des campus am&#233;ricains on s'aper&#231;oit que l'homme le plus &#233;tudi&#233; aujourd'hui, qui a le plus d'influence, venant de nous, c'est Derrida, beaucoup plus que Pierre Bourdieu. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire la part des choses, c'est d'abord faire fonctionner l'audimat dans les universit&#233;s am&#233;ricaines, pour relativiser l'importance de ce qui &#171; vient de nous &#187;&#8230; Avant de la diminuer un peu plus, en soulignant de trois traits une &#171; sp&#233;cificit&#233; fran&#231;aise &#187; : &lt;i&gt;&#171; [&#8230;] la derni&#232;re butte t&#233;moin de ce qui nous reste du marxisme, de ce qui nous reste d'une vision syst&#233;matique, d'une grille de lecture syst&#233;matique de l'univers, ce pourquoi d'ailleurs il n'est pas autant enseign&#233; aux Etats-Unis qu'on l'imagine ici. &#187;&lt;/i&gt; Bref, Pierre Bourdieu compromet moins la France aux Etats-Unis qu'on ne pourrait le craindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, rench&#233;rit &lt;strong&gt;Alexandre Adler&lt;/strong&gt; (quelques instants plus tard), en sociologie, il compte beaucoup, moins qu'on ne le croit &lt;i&gt; : &#171; Pierre Bourdieu est moins sociologue qu'il n'&#233;tait philosophe ou &#233;crivain. &#187;&lt;/i&gt; Et Alexandre Adler, toujours dispos&#233; &#224; pr&#234;ter sa propre vanit&#233; &#224; tous ceux qui lui d&#233;plaisent, nous informe d'une autre particularit&#233; de Pierre Bourdieu : &lt;i&gt;&#171; Il a essay&#233; de briller (sic) pendant tout son service militaire en trouvant une solution pacifique en Alg&#233;rie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roger-Paul Droit ayant expliqu&#233; que selon Pierre Bourdieu, les go&#251;ts seraient socialement typ&#233;s, Jean-Marie Colombani ne manque pas d'opposer &#224; cette analyse un r&#233;sultat confondant du journalisme d'investigation : &lt;i&gt;&#171; C'est &#224; la fois &#233;vident et d&#233;pass&#233;. Johnny, toutes les classes sociales &#233;coutent Johnny, toutes les classes d'&#226;ge &#233;coutent Johnny. Ce sont des cat&#233;gorisations quand m&#234;me assez.... Moi, ce qui me fascine, c'est &#224; quel point une pens&#233;e, quand elle est syst&#233;matique, prend racine en France alors que dans d'autres pays, qui ne sont pas moins d&#233;mocratiques, qui ne sont pas moins critiques que nous, ces pens&#233;es-l&#224; sont quand m&#234;me suspectes parce que syst&#233;matiques. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alexandre Adler&lt;/strong&gt;, sur le m&#234;me sujet, propose une explication : &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;La distinction&lt;i&gt; est un livre qui vient en son temps : la fin du marxisme, le d&#233;but du populisme. Mais il est &#233;tincelant de go&#251;ts aristocratiques [...] C'est pour &#231;a qu'il &lt;/i&gt;[Bourdieu]&lt;i&gt; n'a jamais &#233;t&#233; membre d'un parti politique et qu'il n'a jamais fait un pas en direction d'Attac. Il a un m&#233;pris profond pour l'action politique. Il a toujours cru que la r&#233;volte &#233;tait une &lt;/i&gt;[mot difficile &#224; comprendre]&lt;i&gt; individuelle du sens critique. C'est un individualiste [&#8230;] il peut difficilement rejoindre une action collective qu'il juge toujours d&#233;risoire en fin de compte. &#187;.&lt;/i&gt; Ainsi, Pierre Bourdieu jugeait d&#233;risoire l'action collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Marie Colombani&lt;/strong&gt; tient alors la transition qui permet de passer &#224; l'essentiel : &lt;i&gt;&#171; Moi, ce qui me frappe, c'est de voir &#224; quel point une pens&#233;e qui d&#233;nonce les &#233;lites est profond&#233;ment &#233;litaire, rejoint profond&#233;ment l'attitude des &#233;lites ; vis &#224; vis de la corporation des journalistes, le discours de Bourdieu rejoint par exemple en tous points le discours des &#233;lites du business [ &#8230;] S'il y a une profession qui a &#233;t&#233; rabaiss&#233;e, c'est bien le journalisme, Roger-Paul Droit ? &#187;&lt;/i&gt; Nous y sommes. Que va r&#233;pondre Roger-Paul Droit ? Voici l'&#233;change :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Roger-Paul Droit : &#171; Oui, il me semble que c'est sur ce point qu'il a dit les choses les moins intelligentes de toute son &#339;uvre. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;- Jean-Marie Colombani : &#171; On va nous taxer de corporatisme. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;- Roger-Paul Droit : &#171; Tant pis. Autant la connaissance, le d&#233;montage, l'analyse des milieux universitaires sont tout &#224; fait impressionnants [&#8230;] ce qu'il dit de la t&#233;l&#233;vision c'est une s&#233;rie de poncifs et ce n'est pas du tout &#8211; c'est &#231;a qui est frappant &#8211; &#231;a n'est pas du tout fond&#233; sur une connaissance fine et pr&#233;cise des milieux de la t&#233;l&#233;vision. De la m&#234;me mani&#232;re sur les journaux ce sont des g&#233;n&#233;ralit&#233;s. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roger-Paul Droit ayant ainsi r&#233;sum&#233; le poncif de la critique de Pierre Bourdieu par les journalistes, il ne restait alors &#224; Alexandre Adler qu'&#224; trancher &lt;i&gt; : &#171; Et puis l'id&#233;e de l'autonomie des journaux par rapport aux forces politiques qui est une id&#233;e que le communisme dogmatique n'a jamais accept&#233;e car il n'a jamais voulu &#233;manciper sa presse [&#8230;] Il voulait que ce soit le CNU qui agr&#233;e ceux qui passent &#224; la t&#233;l&#233;. &#187;&lt;/i&gt; Pourquoi ce trait venimeux ? Parce que, voyez-vous, Alexandre Adler a &#233;t&#233; bless&#233; : &lt;i&gt;&#171; Et &#233;videmment, vous avez la forme vulgaris&#233;e, ce sont ceux qui m'attribuent une laisse d'or, je crois, de valet du capital. &#187;&lt;/i&gt; Mais Jean-Marie Colombani tient l'argument qui permet de consoler son confr&#232;re meurtri, aveugl&#233; par son narcissisme : &lt;i&gt;&#171; Ce sont des disciples de deuxi&#232;me ou de troisi&#232;me rang. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Allusion, sans doute parfaitement incompr&#233;hensible par tous les auditeurs de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que ces morceaux choisis sont extraits d'une &#233;mission de &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt; Le Figaro&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; nous alertent dans leurs colonnes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;ructations d'Alain-G&#233;rard Slama sur &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt; donnaient d&#233;j&#224; le ton. Mais on s'en voudrait d'oublier que &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, le lendemain de la mort de Pierre Bourdieu, a consacr&#233; plus d'une page &#224; rendre l'hommage qui convient au sociologue ... en le pr&#233;sentant &#224; la &#171; une &#187; comme un philosophe : &#171; Pierre Bourdieu - Ce que laisse le philosophe disparu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Figaro du 25 janvier 2002, p. 12 et p.13.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. R&#233;sumons &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; : Bourdieu ne laisse rien ou presque. Un bilan qui mobilise n&#233;anmoins deux articles (pour penser) et trois entretiens (pour d&#233;battre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Premier article : &#171; Bourdieu : radicalit&#233; de la mis&#232;re, mis&#232;re de la radicalit&#233; &#187;. Sous ce titre prometteur, &lt;strong&gt;Joseph Mac&#233;-Scarron&lt;/strong&gt; ne rate pas une occasion d'&#233;taler son ignorance vindicative. Extraits :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le point nodal de la d&#233;marche bourdivine tourne autour de l'id&#233;e qu'il existe un lien &#233;troit entre les positions sociales et les dispositions individuelles. Un pr&#233;jug&#233; (sic) qui assigne l'individu &#224; r&#233;sidence et appr&#233;hende, en fait, nos soci&#233;t&#233;s d'une mani&#232;re fort peu sociologique : celles-ci ne sont-elles pas repr&#233;sent&#233;es dans l'&#339;uvre de Bourdieu comme aussi d&#233;terministes et invariantes que les soci&#233;t&#233;s traditionnelles ? &#187;. Apr&#232;s le poncif sur le d&#233;terminisme, ces &#233;clairs de g&#233;nie : &#171; On ne notera que l&#224; o&#249; la sociologie d&#233;couvre des probl&#232;mes, Bourdieu r&#233;v&#232;le une machination &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et encore : &#171; Bourdieu n'interpr&#232;te m&#234;me pas : il glose &#187;. Apr&#232;s 1995, c'est encore pire : &#171; Depuis cette &#233;poque, tout antibourdivin est un chien. Il faut choisir : on est dominant ou domin&#233; (&#8230;) &#187;. Sans doute un choix d&#233;terministe, dict&#233; par un &#171; na&#239;f &#187; : &#171; Son principal apport reste &#224; chercher du c&#244;t&#233; du premier Bourdieu, dans ce d&#233;terminisme na&#239;f qui permet encore &#224; la sociologie de r&#233;gner en ma&#238;tre sur les sciences sociales et d'accueillir en son sein les travaux d'Elisabeth Tessier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Deuxi&#232;me article : &#171; Un itin&#233;raire intellectuel et militant &#187;. Sous ce titre d'une sobri&#233;t&#233; all&#233;chante, &lt;strong&gt;S&#233;bastien Lapaque&lt;/strong&gt; r&#233;capitule ce que fut Pierre Bourdieu : le chef d'une secte solidement structur&#233;e et parfaitement disciplin&#233;e (&lt;i&gt;&#171; Autour de lui, intellectuels, journalistes et professeurs vivaient en r&#233;seau solidement structur&#233;, diffusant la parole du ma&#238;tre avec une parfaite discipline. &#187;&lt;/i&gt;) ; le cr&#233;ateur d'un ramassis de concepts teint&#233;s de marxisme &lt;i&gt;(&#171; Des premiers livres de Pierre Bourdieu, &#233;taient sortis des concepts teint&#233;s de marxisme bient&#244;t ordonn&#233;s en syst&#232;me : l'objectivation, la reproduction, la violence symbolique, la domination masculine, la communication p&#233;dagogique, le capital culturel . &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On s'&#233;tonne que S&#233;bastien Lapaque ait oubli&#233; que Bourdieu est aussi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) ; un intellectuel engag&#233; par lassitude (&lt;i&gt;&#171; Las des ors universitaires, il avait depuis quelques ann&#233;es investi le terrain militant &#187;&lt;/i&gt;)&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Et, pour finir cette p&#233;pite : &lt;i&gt;&#171; Ce n'est pas un hasard si c'est Patrick Champagne (...) l'&#233;l&#232;ve le plus dou&#233; du sociologue, qui a rendu publique l'annonce de son d&#233;c&#232;s &#187;. &lt;/i&gt; La raison ? La voici : &lt;i&gt;&#171; Les adversaires de l'&#233;cole bourdivine ayant souvent r&#233;p&#233;t&#233; qu'elle ne survivait pas &#224; son fondateur, son disciple pr&#233;f&#233;r&#233; s'est manifestement (sic !) jur&#233; de prouver le contraire. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; est aussi un quotidien o&#249; l'on &#171; d&#233;bat &#187;. Ce qui nous vaut trois entretiens avec des intellectuels class&#233;s &#224; gauche. &lt;strong&gt;Jo&#235;l Roman &lt;/strong&gt;qui selon &lt;i&gt;Le Figaro, &#171; pointe les contradictions de la d&#233;marche sociologique de Bourdieu &#187;&lt;/i&gt;, peu attentive &#224; l' &lt;i&gt;&#171; ambivalence du r&#233;el&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. Gilles Lipovetski&lt;/strong&gt; qui affirme, en toute simplicit&#233;, que &lt;i&gt;&#171; Bourdieu (...) a hyperth&#233;oris&#233; sur le d&#233;j&#224; connu &#187; et qu'il &#171; ne donne pas &#224; penser parce qu'il n'a pas ouvert un champ de questionnement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifestement, l'auteur de L'Ere du vide, s'est laiss&#233; happer par l'objet de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/i&gt; &lt;strong&gt;Daniel Bensa&#239;d&lt;/strong&gt; qui, embarqu&#233; dans cette gal&#232;re figaresque&#8230;, voit son propos r&#233;sum&#233; dans un titre intentionnellement d&#233;pr&#233;ciatif : &#171; la tentation mandarinale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au moins, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 janvier 2002, le jour m&#234;me de l'annonce du d&#233;c&#232;s de Pierre Bourdieu, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (dat&#233; du 25 janvier) consacre sa &#171; Une &#187; &#224; ce d&#233;c&#232;s. Deux pages (p. 29 et 30) de &#171; r&#233;actions &#187; (qui n'engagent que leurs auteurs) et d'extraits de textes de Pierre Bourdieu s'ouvrent sur un article de Thomas Ferenczi &#8211; &#171; Pierre Bourdieu, le sociologue de tous les combats &#187; - qui restitue fid&#232;lement le sens des travaux et des engagements politiques du sociologue. Le lendemain, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (dat&#233; du 26 janvier 2002) propose un dossier de 6 pages : un &#233;clairage de divers aspects de l'&#339;uvre qui m&#233;rite d'&#234;tre discut&#233;. Mais le m&#234;me num&#233;ro comporte l'in&#233;vitable &#233;ditorial du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le titre &#171; Le Pouvoir des mots &#187;, apr&#232;s un rappel des fondements et des conditions de l'engagement politique de Pierre Bourdieu, on peut lire ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [Comme Michel Foucault et au nom d'une conception similaire du r&#244;le de l'intellectuel sp&#233;cifique], &lt;i&gt;&#171; De la m&#234;me mani&#232;re, Pierre Bourdieu voulait mettre sa panoplie de savant au service des luttes sociales. (&#8230;) Il y avait sans doute un risque d'abus dans cette fa&#231;on d'enr&#244;ler la science dans la bataille. En se r&#233;clamant de la &#034;v&#233;rit&#233; scientifique&#034; pour d&#233;fendre des opinions politiques qui relevaient d'un autre registre, celui des choix personnels d'un &#034;intellectuel de gauche&#034; soucieux de se faire entendre dans le d&#233;bat public, Pierre Bourdieu pouvait &#234;tre accus&#233; de recourir &#224; l'argument d'autorit&#233; afin d'intimider ses contradicteurs. Cette accusation, reconnaissons-le, n'&#233;tait pas toujours injustifi&#233;e, en particulier lorsque le sociologue avait pris fait et cause pour les militants antimondialisation, qu'il soutenait de tout son prestige de savant. &#192; sa fa&#231;on, Pierre Bourdieu n'en exer&#231;ait pas moins le r&#244;le n&#233;cessaire de contre-pouvoir critique, sans lequel, disait-il, &#034;il n'y a pas de d&#233;mocratie effective&#034;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'&#233;ditorialiste anonyme du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; indique ou prescrit aux lecteurs ce qu'ils doivent penser s'ils veulent bien penser, il ne le fait pas - on s'en doute - au nom de ses &#171; opinions personnelles &#187;. Non seulement il engage la totalit&#233; de la r&#233;daction du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, mais il met au service de cet engagement le savoir et la comp&#233;tence qu'il pr&#233;tend d&#233;tenir en raison de l'investigation des journalistes du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; et de la r&#233;putation de s&#233;rieux de ce quotidien. Il met ainsi sa panoplie d'&#233;ditorialiste au service du r&#244;le qu'il croit bon de s'attribuer : celui de conseiller politique, voire militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite est un fragment d'un &#233;ditorial du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; auquel nous avons &#233;chapp&#233; : &#171; Il y a sans doute un risque d'abus dans cette fa&#231;on d'enr&#244;ler le journalisme dans la bataille. En se r&#233;clamant de &#034;l'excellence journalistique&#034; pour d&#233;fendre des opinions qui rel&#232;vent d'un autre registre - celui des choix partisans d'un quotidien de centre gauche soucieux de faire entendre sa voix dans le d&#233;bat public, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; peut &#234;tre accus&#233; de recourir &#224; l'argument d'autorit&#233; afin d'intimider ses contradicteurs. Cette accusation, reconnaissons-le, n'est pas toujours injustifi&#233;e, en particulier lorsque &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; se pr&#233;vaut de sa qualit&#233; de &#171; quotidien de r&#233;f&#233;rence &#187;, pour nous enr&#244;ler aux c&#244;t&#233;s de l'OTAN au Kosovo, aux c&#244;t&#233;s de l'arm&#233;e am&#233;ricaine en Afghanistan, aux c&#244;t&#233;s de la mondialisation lib&#233;rale-mais&#8212;r&#233;gul&#233;e. Mais qui oserait croire que, ce faisant, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; abuse de sa position de pouvoir dans le champ m&#233;diatique ? Il se borne au contraire &#224; jouer son r&#244;le de &#171; contre-pouvoir critique &#187;. Mieux : quand &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; met les &#233;tudes &#171; scientifiques &#187; de quelques experts - notamment en sondages - au service des combats qu'il m&#232;ne, il n'existe aucun risque de scientisme doctrinaire. Mais quand Pierre Bourdieu tente de mettre ses connaissances au service des luttes sociales, il &#171; enr&#244;le &#187; la science. Curieusement le p&#233;ril est d'autant plus grand quand il sert des objectifs &#8230; que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; r&#233;prouve : &#171; Cette accusation, reconnaissons-le, n'&#233;tait pas toujours injustifi&#233;e, en particulier lorsque le sociologue avait pris fait et cause pour les militants antimondialisation, qu'il soutenait de tout son prestige de savant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ne nous a offert qu'un seul &#233;ditorial : un genre dont le &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; a fait sa sp&#233;cialit&#233;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; au centre du microcosme m&#233;diatique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur le Site du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, le jour m&#234;me de la mort de Pierre Bourdieu, on peut lire un article &#8211; respectable &#8211; de Jean-Claude Guillebaud, dont le titre r&#233;sume simplement le contenu : &#171; L'emp&#234;cheur de penser en rond &#187;. Un second article &#8211; dont le principal m&#233;rite est d'&#234;tre court - est d&#251; &#224; la plume d'Aude Lancelin. Son titre donne le ton : &#171; Le hussard noir de la sociologie &#187;. On peut y lire ce r&#233;sum&#233; qui t&#233;moigne d'une grande p&#233;n&#233;tration &lt;i&gt; : &#171; Le monde vu par l'ancien boursier du B&#233;arn devenu l'Homo academicus le plus respect&#233; en m&#234;me temps que le plus controvers&#233; de France ? Un monde d'airain, un monde de luttes inexpiables, implacables, permanentes, sans issue. Un monde pascalien sous ses faux airs n&#233;o-marxistes, vie &#233;ternelle except&#233;e. &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'article de fond, d&#232;s le premier jour sur le web, est d&#251; &#224; un certain &#171; N.O &#187;. Sous le titre &#171; Bourdieu et les m&#233;dias : la m&#233;sentente &#187;, N.O rappelle, non ce que disait et pensait Pierre Bourdieu, mais &#8230; ce qu'il faut selon N.O en penser. C'est pourquoi ce dernier mobilise Alain Finkielkraut, Laurent Joffrin et Daniel Schneidermann pour nous gaver de leurs propos d&#233;finitifs et r&#233;chauffer le pr&#233;tendu d&#233;bat dont ces derniers se sont d&#233;clar&#233;s les protagonistes essentiels et &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; le support fondamental. On le pressent : comme le monde social tourne autour des m&#233;dias et les m&#233;dias autour du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, comme &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; tourne sur lui-m&#234;me et autour de ses chroniqueurs, le pire &#233;tait encore &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, version papier, titre &#224; la &#171; Une &#187; sur la mort de Pierre Bourdieu. Ses principaux chroniqueurs et &#233;ditorialistes jugent et tranchent. Un in&#233;dit de Pierre Bourdieu est publi&#233; (et comment&#233;) dans des conditions d&#233;testables&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean Daniel&lt;/strong&gt; ouvre le num&#233;ro du &lt;i&gt;Nouvel Observateu&lt;/i&gt;r par un long &#233;ditorial o&#249;, comme &#224; l'accoutum&#233;e, il parle d'abord de soi quand il parle des autres, mais avec la componction qui lui permet de dire beno&#238;tement quelques absurdit&#233;s bien senties. Du genre &lt;i&gt; : &#171; Le sacre de Bourdieu r&#233;v&#232;le enfin et surtout, tant par sa nature que par son importance, le besoin o&#249; se trouvent nos soci&#233;t&#233;s de revenir &#224; une pens&#233;e binaire, c'est-&#224;-dire &#224; la conception manich&#233;enne d'un monde o&#249; il n'y aurait que des dominants et des domin&#233;s, des occupants et des occup&#233;s, des ma&#238;tres et des serviteurs, des coupables et des innocents. Un monde o&#249; le r&#233;el perdrait sa complexit&#233; et la morale son ambigu&#239;t&#233;. &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, nous ayant inflig&#233; l'in&#233;vitable &#171; Lui et nous &#187;, Jean Daniel se penche sur &#171; le proc&#232;s des m&#233;dias &#187;, dont il a &#233;videmment entendu parler. &#192; ce pr&#233;tendu proc&#232;s, notre &#233;ditorialiste oppose la seule preuve qui vaille : la &#034; preuve par Jean Daniel &#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En fait, le proc&#232;s le plus mal instruit de Bourdieu est celui qu'il a intent&#233; aux m&#233;dias en essayant de d&#233;monter le m&#233;canisme de leurs d&#233;rives effectives. Ce proc&#232;s - alors que je me trouve &#234;tre bien plus pessimiste que lui - ne m'a rien apport&#233; qui enrichisse ma r&#233;flexion autocritique sur ma carri&#232;re. &#187;. Jean Daniel vous le dit, et vous devez le croire sur parole &#8211; papale et infaillible : &#171; (...) il est pass&#233; &#224; c&#244;t&#233; de toutes les transformations que les m&#233;dias ont subies depuis que l'information est devenue une marchandise comme les autres, et l'information t&#233;l&#233;visuelle une marchandise plus convoit&#233;e que les autres. Il est pass&#233; &#224; c&#244;t&#233; du ph&#233;nom&#232;ne prodigieux qui fait de la t&#233;l&#233;vision une effrayante machine &#224; int&#233;grer, broyer et instrumentaliser tous les proc&#232;s qu'on peut lui faire, au point qu'on ne saurait critiquer avec efficacit&#233; la t&#233;l&#233;vision&#8230; que dans une &#233;mission de t&#233;l&#233;vision. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avouons que la pirouette finale d&#233;passe notre entendement.&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jacques Julliard&lt;/strong&gt;, sous un titre qui ne laisse aucun doute sur la prestation de son auteur &#8211; &#171; Mis&#232;re de la sociologie &#187; - se charge de r&#233;duire &#224; n&#233;ant la totalit&#233; de l'&#339;uvre de Pierre Bourdieu. Tout est dit d&#232;s le premier argument : l'unanimit&#233; de l'hommage posthume traduit l'&#233;chec &#233;clatant de Pierre Bourdieu. Que tous les responsables politiques aient cherch&#233; un surcro&#238;t de l&#233;gitimation en multipliant les communiqu&#233;s d'hommage de Pierre Bourdieu ne t&#233;moigne pas, pour Jacques Julliard, contre les responsables politiques. Que nenni ! Notre tr&#232;s puissant penseur du &lt;i&gt;Nouvel Observateur &lt;/i&gt;&#171; prouve &#187; l'inanit&#233; de l'&#339;uvre &#8230; par le respect tr&#232;s officiel qui l'entoure ! Jusque dans les colonnes du&lt;i&gt; Nouvel observateur&lt;/i&gt;, para&#238;t-il : &lt;i&gt;&#171; Le Nouvel Obs lui-m&#234;me, sa (sic !) b&#234;te noire, le symbole ex&#233;cr&#233; de la bourgeoisie moderniste, n'a cess&#233; de lui rendre hommage (sic !). En fait de recul sociologique et d'objectivit&#233;, nous avons &#233;t&#233; meilleurs que lui, voil&#224; tout. &lt;/i&gt; &#187;.Mais heureusement Julliard veille : &lt;i&gt;&#171; Pour Bourdieu, cette unanimit&#233; est un &#233;chec &#233;clatant (&#8230;). La preuve est ainsi faite que la d&#233;mocratie consensuelle est un enzyme capable de dig&#233;rer la critique la plus radicale. Ou alors, hypoth&#232;se, c'est que cette critique &#233;tait mal ajust&#233;e. Voyons cela &#187;.&lt;/i&gt; On se doute que l'examen va &#234;tre marqu&#233; par le &#171; recul sociologique et l'objectivit&#233; &#187;. Cela donne : &lt;i&gt;&#171; Le g&#233;nie propre de Bourdieu sociologue &#233;tait, sans contredit, le ragr&#233;age &#224; frais nouveaux de concepts emprunt&#233;s aux meilleurs auteurs : la lutte des classes &#224; Marx, la domination &#224; Max Weber, l'imitation &#224; Tarde, l'h&#233;g&#233;monie &#224; Gramsci, l'id&#233;ologie &#224; Mannheim, la fonction latente &#224; Merton. Tout cela a &#233;t&#233; repris, concass&#233;, recycl&#233; en un &#233;difice id&#233;ologique original et majestueux &#187;.&lt;/i&gt; Bref : le &#171; g&#233;nie propre de Bourdieu sociologue &#187; fut de n'en avoir aucun, n'ayant propos&#233; qu'un &#171; ragr&#233;age &#187; et un &#171; &#233;difice id&#233;ologique &#187;. Et Jacques Julliard de r&#233;sumer en dix lignes, avant de trancher : &lt;i&gt;&#171; Une telle op&#233;ration de d&#233;voilement op&#233;r&#233;e par la sociologie laisse le public pantois et admiratif. D&#233;cid&#233;ment, cela &#034;fonctionne&#034; ! Oui, mais &#224; vide. &#187;.&lt;/i&gt; Tout le reste est du m&#234;me tonneau : absolument vide, celui-l&#224;&#8230; Vide et ind&#233;cent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#171; Le sociologue s'est fait id&#233;ologue &#224; l'&#233;tat pur (1993 : &#034;la Mis&#232;re du monde&#034; ; 1995 : la gr&#232;ve. Ici commencent la gloire et le d&#233;clin de Pierre Bourdieu. Plus il s'impose dans les m&#233;dias (il a compris qu'il fallait les insulter), plus son discours populiste devient simpliste, na&#239;f, moralisateur comme celui d'un catho d&#233;lur&#233;. Dans son m&#233;chant pamphlet sur la t&#233;l&#233;vision, il r&#234;ve d'un pouvoir des savants &#224; la Auguste Comte, qui r&#232;gnerait souverainement sur le petit &#233;cran et sur le droit d'y acc&#233;der. &#201;gale &#224; elle-m&#234;me, la France ne c&#233;l&#232;bre dans ses grands hommes que leur d&#233;ch&#233;ance. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le titre &#171; L'ami du peuple &#187;, &lt;strong&gt;Fran&#231;oise Giroud&lt;/strong&gt; vient au secours de Jacques Julliard dont l'exquise objectivit&#233; n'a pas suffi &#224; accumuler les crachats :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pierre Bourdieu m&#233;prisait les journalistes, les insultait, a lanc&#233; contre eux ses chiens. L'entente &#233;tait impossible : il voyait la presse truff&#233;e de valets du capital, la t&#233;l&#233;vision ligot&#233;e par l'Audimat, le mur du silence dress&#233; devant lui pour &#233;touffer sa voix. Parano&#239;a : s'il avait eu la moiti&#233; du talent de communicateur de Jos&#233; Bov&#233;, il n'aurait pas eu &#224; souffrir si cruellement d'&#234;tre en manque de publicit&#233;. &#192; voir comment la presse le traite, d&#233;c&#233;d&#233;, elle n'est pas rancuni&#232;re et c'est bien ainsi. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un tel flot de sottises haineuses &#8211; qui s'abritent derri&#232;re le pr&#233;tendu m&#233;pris que Pierre Bourdieu vouait aux journalistes et les insultes dont il est de notori&#233;t&#233; publique que le parano&#239;aque les abreuvait, Fran&#231;oise Giroud se souvient qu'elle est critique de t&#233;l&#233;vision : &lt;i&gt;&#171; Quant &#224; la t&#233;l&#233;vision, elle l'a bien servi en diffusant, sur Arte, un long entretien avec Gunther Grass r&#233;alis&#233; il y a peu chez le prix Nobel allemand. &#187;.&lt;/i&gt; De ce &#171; long entretien &#187;, Fran&#231;oise Giroud ne retient qu'un bref &#233;change qui lui permet de conclure : &lt;i&gt;&#171; En face de Grass, massif, Bourdieu qui avait fugitivement quelque chose de charmant sur le visage lorsque naissait un sourire, faisait un peu petit gar&#231;on. Mais enfin, L&#233;nine c'&#233;tait lui dans le duo. &#187;&lt;/i&gt; L&#233;nine ? Quelle horreur ! Sous la plume de Fran&#231;oise Giroud, on se doute qu'il ne s'agit pas d'une injure. Et comme cela n'&#233;tait pas assez, Fran&#231;oise Giroud recopie le t&#233;moignage de Raymond Aron &#8211; cent fois reproduit comme &#171; la &#187; preuve d&#233;finitive &#8211; sur Pierre Bourdieu, &#171; chef de secte &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent Joffrin, sous le titre &#171; Celui qui dit non &#187;, nous livre un commentaire du &#171; texte in&#233;dit dont nous donnons ici des extraits, gr&#226;ce &#224; l'obligeance de Didier Eribon &#187;. Sur les conditions de publication de ce texte, on reviendra plus loin. Mais Laurent Joffrin qui, ne pouvant supporter que le texte de Pierre Bourdieu soit priv&#233; d'une ex&#233;g&#232;se s'est permis de r&#233;unir en un seul commentaire la paraphrase (&#224; demi habile), l'admiration (feinte), la commis&#233;ration (appuy&#233;e) et la condamnation (fielleuse). Cela donne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Fils de paysan, enferm&#233; dans ce b&#226;timent aux couloirs d&#233;serts et aux &#233;chos lugubres, il se battait, &#224; coups de premiers prix comme &#224; coups de poing, pour s'arracher &#224; la fatalit&#233; des origines. Entre ces murs trop hauts, il y a le jardin secret d'un mandarin rouge ; dans l'&#233;toffe r&#234;che de l'uniforme des pauvres, l'obsession d'un penseur r&#233;volt&#233;. Cette obsession porte un nom qui fait de l'universitaire p&#233;remptoire, du chef de clan calculateur, du philosophe si port&#233; au dogmatisme, du pol&#233;miste raide, un homme &#233;mouvant, un combattant humain. Ce nom, c'est l'humiliation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi sert le &#171; scoop &#187; du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; ? A r&#233;affirmer tout ce qui permet de disqualifier Pierre Bourdieu, mais en &#171; l'humanisant &#187;. Au point que m&#234;me la &#171; m&#233;thode &#187; du sociologue s'explique par la r&#233;volte d'un enfant teigneux : &#171; On trouve en tout cas la cl&#233; d'une m&#233;thode dans ces souvenirs d'un Petit Chose teigneux cherchant dans les livres la revanche de ceux que l'on d&#233;daigne. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sensationnel et charognard, &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; publie donc dans ce m&#234;me num&#233;ro et dans ce contexte un texte in&#233;dit de Pierre Bourdieu. Non seulement ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; sans autorisation expresse de Pierre Bourdieu et de sa famille, mais surtout il a &#233;t&#233; &#171; mis en sc&#232;ne &#187; dans un contexte o&#249; la recherche du sensationnalisme se marie avec des r&#232;glements de compte parfaitement contraires aux intentions de Didier Eribon lorsqu'il a transmis le texte de Pierre Bourdieu. On comprend alors la r&#233;action de la famille de Pierre Bourdieu, dans un communiqu&#233; de presse envoy&#233; &#224; l'AFP le 31 janvier 2002, s'indigne de cette publication sans autorisation et s'insurge contre des &#171; pratiques de charognards, en tous points contraires au droit et &#224; la morale &#187;. Elles ont &#233;t&#233; depuis condamn&#233;es par la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lo&#239;c Wacquant&lt;/strong&gt; - dans un bel article publi&#233; dans le m&#234;me num&#233;ro : &#171; Avant d'&#234;tre cet &#034;intellectuel engag&#233;&#034; aux c&#244;t&#233;s du mouvement social que les m&#233;dias ont tour &#224; tour honni (longuement, de son vivant) et c&#233;l&#233;br&#233; (bri&#232;vement, apr&#232;s l'annonce de son d&#233;c&#232;s subit) sans jamais prendre la peine de le lire, Pierre Bourdieu est d'abord un savant d'exception, sociologue et non philosophe de profession. (...) Les rh&#233;teurs de magazine ont d&#233;j&#224;, avec l'assurance que donne l'ignorance, dress&#233; le bilan de &#034;ce qui restera de Bourdieu&#034; &#187;. Remarques pr&#233;monitoires, mais en de&#231;&#224; de la v&#233;rit&#233;, &#224; en juger par ce qu'&#233;crivent les &#171; rh&#233;teurs de magazine &#187; du Nouvel Observateur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Enfin BHL partit pour Kaboul&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avant de partir pour Kaboul &#8211; &#171; Avant de partir pour Kaboul &#187;, c'est le titre &#8230; -, Bernard-Henri L&#233;vy, dans &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; dat&#233; du 25 f&#233;vrier, s'&#233;panche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le bloc-notes de Bernard-Henri L&#233;vy &#187;, Le Point 15/02/02 - N&#176;1535 - Page 114.&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voici ce qu'il regrette : &lt;i&gt;&#171; Chirac en campagne. L'affrontement, dit-on, sera dur. Je crois surtout qu'il sera physique. Presque athl&#233;tique. Corps contre corps. Deux corps, autant que deux discours, l&#226;ch&#233;s l'un contre l'autre. Mission afghane oblige, je ne serai pas l&#224; pour le voir, c'est dommage. &#187;&lt;/i&gt; Et voici ce qu'il ne regrette pas : &lt;i&gt;&#171; Bourdieu ? Non, je n'ai pas r&#233;agi &#224; la mort de Bourdieu. Superstition. Respect des morts, m&#234;me adversaires. Et puis la cause me semblait entendue depuis longtemps. Sur ce mandarin parlant au nom de la &#034; basse intelligentsia &#034;, sur ce pur produit de l'&#233;lite d&#233;non&#231;ant la &#034; distinction &#034;, sur cette star des m&#233;dias th&#233;orisant inlassablement son allergie &#224; la &#034; t&#233;l&#233;vision &#034;, je ne me posais qu'une vraie question : &#233;tait-il Alceste ou Tartuffe ? Mais, en m&#234;me temps, &#224; quoi bon&#8230; Qui a dit : &#034; l'&#339;uvre d'un &#233;crivain, c'est un placard o&#249; se trouve un cadavre &#034; ? Peut-&#234;tre C&#233;line. &#187;.&lt;/i&gt; Pas une affirmation qui ne soit une contre-v&#233;rit&#233; doubl&#233;e d'une insanit&#233;. Et plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Bourdieu toujours. Ces bataillons de disciples partant d&#233;j&#224; en guerre pour les reliques de la vraie croix. Je pense &#224; Deleuze, que je n'aimais pas non plus, mais que je tenais pour un grand. Je pense &#224; ce m&#233;taphysicien qui mourut, lui, sans disciples et qui professait que l'apparition d'une &#233;cole est toujours mauvais signe pour une pens&#233;e. Que faut-il souhaiter ? L'importance d'une philosophie se mesure-t-elle au nombre de ceux qui s'en r&#233;clament ? Ou les philosophies majeures sont-elles des philosophies moins visibles, clandestines, furtives, emp&#234;ch&#233;es par leur radicalit&#233; m&#234;me de s'agr&#233;ger aux blocs d'opinion constitu&#233;s et qui, si elles agissent sur leur temps, le font sans vraiment s'y m&#234;ler ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vibrant &#233;loge de la philosophie furtive : celle de BHL, sans doute&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, BHL est revenu. Et le temps a pass&#233;. Mais une m&#234;me conclusion, tr&#232;s simple mais trop peu admise, s'impose au-del&#224; du triste exemple analys&#233; ici : aussi h&#233;t&#233;rog&#232;ne soit-il, l'espace m&#233;diatique ne peut pas, ne doit pas &#234;tre confondu avec les espaces publics indispensables aux d&#233;bats th&#233;oriques et politiques. Et une question, au moins, m&#233;rite d'&#234;tre pos&#233;e explicitement : de quelle &#233;thique de la connaissance et de l'engagement pourrait se pr&#233;valoir ceux qui se r&#233;clament des exigences d'un savoir critique, du d&#233;bat d&#233;mocratique et d'une politique d'&#233;mancipation, s'ils aident les tenanciers des m&#233;dias dominants &#224; polluer impun&#233;ment l'autonomie de la recherche, la d&#233;mocratie de la discussion, la radicalit&#233; de la contestation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Annexe :&lt;br class='autobr' /&gt;
Une intervention et une controverse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 mars 2003, &#233;taient organis&#233;e, dans les cadre des &#171; rencontres Ina/sorbonne &#187; une session consacr&#233;e &#224; &#171; Pierre Bourdieu et les m&#233;dias &#187;. Invit&#233; &#224; y participer, je suis intervenu, en r&#233;sumant les observations qui font l'objet des pr&#233;c&#233;dents articles. Alors que j'achevais mon intervention, j'ai &#233;t&#233;, assez brutalement, interrompu par Roger Chartier en qualit&#233;, a-t-il dit &lt;i&gt;&#171; non pas tellement comme un co-organisateur de cette journ&#233;e, mais comme un des producteurs de France Culture, d'une &#233;mission que vous connaissez peut-&#234;tre, qui &lt;/i&gt;s'appelle Les Lundis de l'histoire&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois dire que j'ai &#233;t&#233; stup&#233;fait par cette interpellation, malgr&#233; tout le respect et toutes l'admiration que j'ai pour l'&#339;uvre de Roger Chartier. Celui-ci, en substance, m'a oppos&#233; la qualit&#233; de quelques &#233;missions et contributions &#233;crites : &#224; France Cuture, dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;Le Monde. &lt;/i&gt;J'avais pourtant pr&#233;cis&#233; :&lt;i&gt; &#171; J'ai choisi d'intervenir plut&#244;t sur la fa&#231;on dont les journalistes, ou du moins la plupart d'entre eux (parce qu'il faut dire qu'il y a des exceptions, peu nombreuses, mais elles ont exist&#233;), ont rendu compte de l'&#339;uvre de Pierre Bourdieu au moment de sa mort. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas mon propos, mais j'aurais pu mentionner, entre autres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- France Culture, dont Le Monde mentionnait les &#233;missions.. des 6 et 7 mars &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/2002/02/23/hommage-a-pierre-bourdieu_4206412_1819218.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Hommage &#224; Pierre Bournieu &#187;&lt;/a&gt;l &lt;br class='manualbr' /&gt;- Robert Maggiori, dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; : &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/evenement/2002/01/25/pierre-bourdieu-mort-d-un-sociologue-de-combat_391526/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Pierre Bourdieu : mort d'un sociologue de combat &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Thomas Ferenczi, dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; : &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/2002/01/26/un-homme-de-combat_4214564_1819218.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Un homme de combat &#187;&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Roger-Pol Droit, dans Le Monde : &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/2002/01/26/bourdieu-raisons-et-passions_4214536_1819218.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Bourdieu, raisons et passions &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Jacques Bouveresse : &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/2002/01/31/pierre-bourdieu-celui-qui-derangeait_4207957_1819218.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Pierre Bourdieu, celui qui d&#233;rangeait &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier, &#233;voquant le &lt;i&gt;&#171; rituel de c&#233;l&#233;bration&lt;/i&gt; &#187; qui a suivi l'annonce du d&#233;c&#232;s de Pierre Bourdieu, relevait le m&#233;lange entre &#171; &lt;i&gt;l' admiration obligatoire et conventionnelle &#187; et &#171; la dose de perfidie et de bassesse qui est jug&#233;e n&#233;cessaire pour donner une impression d'impartialit&#233; et d'objectivit&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce m&#233;lange que je mettais en &#233;vidence, &#224; ma fa&#231;on, dans ma contribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il se satisfaire, comme semble le faire Roger Chartier, au nom d'une analyse qui se veut objective de la diversit&#233;, des exceptions qui, dans des espaces retreints du champ m&#233;diatiques, atteignent des publics limit&#233;s, tandis que des vulgarisations &#233;minemment vulgaires capturent l'attentions des publics beaucoup plus larges ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les m&#233;dias et Pierre Bourdieu : intervention d'Henri Maler et controverse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Extraits de l'ouvrage de de compte rendu de la rencontre.&lt;strong&gt; Les m&#233;dias et Pierre Bourdieu, &lt;/strong&gt;Paris, &#201;d. L'Harmattan/INA, coll. Les m&#233;dias en actes, 2004, 161&#8194;p&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_98 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://henri-maler.fr/IMG/pdf/pierre_bourdieu_et_les_medias-2.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 272.8 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1775060327' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La sociologie r&#233;flexive de Pierre Bourdieu &#187;, paru dans le num&#233;ro sp&#233;cial de la revue &lt;i&gt;Sciences Humaines&lt;/i&gt; intitul&#233; &#171; L'&#339;uvre de Pierre Bourdieu. Sociologie. Bilan critique. Quel H&#233;ritage ? &#187;, 2002, pp. 96-100&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Premi&#232;re &#233;dition. Le billet d'humeur d'Alain-G&#233;rard Slama&lt;/i&gt;, vendredi 25 janvier : &#034; Le monde d&#233;sesp&#233;r&#233; de Pierre Bourdieu &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La fin toutefois m&#233;rite une mention sp&#233;ciale : &lt;i&gt;&#171; Enfin, depuis 1995, et son gros livre sur La mis&#232;re du monde, Pierre Bourdieu a eu le g&#233;nie de se faire le proph&#232;te des nouveaux mouvements sociaux suscit&#233;s par le d&#233;sordre mondial. Avec les syndicats Sud, Droit au logement, les mouvements de ch&#244;meurs, etc., il a identifi&#233; et f&#233;d&#233;r&#233; derri&#232;re lui les nouvelles forces de contestation des soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques, et lanc&#233; leur nouveau manifeste : &#034; exclus de tous les pays, unissez-vous ! &#034; Bourdieu disparu, d'autres &#224; coups s&#251;r reprendront le flambeau - plus proches, on veut l'esp&#233;rer, de l'abb&#233; Pierre que de Ben Laden.. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, Lundi 28 janvier 2002, Alain-G&#233;rard Slama r&#233;cidive sous le titre : &#171; Bourdieu, la gauche et l'id&#233;ologie de l'exclusion. La R&#233;volution des rentiers &#187;, De cet article, il suffit de citer quelques extraits : &lt;i&gt;&#171; La France traverse une situation que l'on peut qualifier de r&#233;volutionnaire. Pierre Bourdieu, qui vient de mourir, a eu au moins le m&#233;rite et de lui donner, sur le mod&#232;le marxiste-l&#233;niniste, une doctrine d'action lors des grands mouvements sociaux de 1995 (&#8230;) Amalgam&#233;es dans La mis&#232;re du monde, publi&#233; par Bourdieu en 1993, les diff&#233;rentes formes d'exclusion cr&#233;ent, en termes marxistes, les conditions d'une alliance objective contre l'ordre &#233;tabli. (&#8230;). De l&#224; la strat&#233;gie que le sociologue et ses disciples ont r&#233;pandu dans l'Universit&#233;, les m&#233;dias, les mouvements &#233;cologistes, l'extr&#234;me-gauche et m&#234;me dans l'appareil du PS, voire dans des formations situ&#233;es plus &#224; droite : utiliser le pouvoir d'incantation et d'intimidation contenu dans l'id&#233;ologie de l'exclusion pour retourner le syst&#232;me contre lui-m&#234;me (&#8230;). &#187;&lt;/i&gt;. Tout le reste de la m&#234;me encre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Transcription effectu&#233;e par &lt;i&gt;Pour Lire Pas Lu&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Allusion, sans doute parfaitement incompr&#233;hensible par tous les auditeurs de &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt; qui ignorent que &lt;i&gt;Pour Lire Pas Lu&lt;/i&gt; d&#233;cerne p&#233;riodiquement une laisse d'or aux journalistes les plus serviles. Mais Alexandre Adler s'attribue une d&#233;coration qu'il n'avait pas encore obtenue&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; du 25 janvier 2002, p. 12 et p.13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On s'&#233;tonne que S&#233;bastien Lapaque ait oubli&#233; que Bourdieu est aussi l'inventeur du concept (&#034;teint&#233; &#034;) de raton-laveur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manifestement, l'auteur de &lt;i&gt;L'Ere du vide&lt;/i&gt;, s'est laiss&#233; happer par l'objet de ses propres &#233;tudes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le bloc-notes de Bernard-Henri L&#233;vy &#187;, &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; 15/02/02 - N&#176;1535 - Page 114.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; propos de La Mis&#232;re du Monde : Politique de la sociologie (1)</title>
		<link>https://henri-maler.fr/A-propos-de-La-Misere-du-Monde-Politique-de-la-sociologie-1.html</link>
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		<dc:date>2015-09-14T07:07:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Pierre Bourdieu</dc:subject>
		<dc:subject>Lectures</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Premi&#232;re partie : &#171; Comprendre &#187;. Pour &#171; convertir le malaise social en sympt&#244;mes lisibles, susceptibles d'&#234;tre trait&#233;s politiquement &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Bourdieu-Foucault-et-alii-.html" rel="directory"&gt;Bourdieu, Foucault et alii&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Pierre-Bourdieu-+.html" rel="tag"&gt;Pierre Bourdieu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Lectures-+.html" rel="tag"&gt;Lectures&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L95xH150/arton22-87ad3.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='95' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La sociologie ne vaudrait pas une heure de peine si elle devait &#234;tre un savoir d'expert r&#233;serv&#233; aux experts &#187;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;(P. Bourdieu, &lt;i&gt;Questions de Sociologie&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les R&#232;gles de l'Art&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La Mis&#232;re du Monde&lt;/i&gt; sont l'occasion, dans leur &#171; Post-scriptum &#187; respectif, d'une &#171; prise de position normative &#187;, gouvern&#233;e, en chaque cas, par &#171; l'urgence &#187; : urgence d'interpeller les intellectuels pour que, en &#171; ces temps de restauration &#187;, ils d&#233;fendent l'autonomie de leur pratique ; urgence d'en appeler aux politiques pour que, en ces temps de menace sur &#171; le bon fonctionnement des institutions d&#233;mocratiques &#187;, ils &#233;largissent leur vision&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Post-Scriptum &#187; : Les R&#232;gles de l'Art pp.459-472 et La Mis&#232;re du Monde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a compris&lt;i&gt;, La Mis&#232;re du monde&lt;/i&gt;, par-del&#224; le tableau des formes sociales de la mis&#232;re (dont la richesse et la complexit&#233; invitent &#224; des lectures et &#224; des discussions multiples)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suivant ainsi l'objectif de ce num&#233;ro de Futur Ant&#233;rieur, on s'interrogera (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; constitue avant tout un acte politique, dont le sens et la port&#233;e d&#233;pendent de la d&#233;marche scientifique mise en &#339;uvre : s'expose ainsi une &lt;i&gt;politique de la sociologie&lt;/i&gt;, indissolublement th&#233;orique et pratique, qui vise &#224; &#171; &lt;i&gt;convertir le malaise social en sympt&#244;mes lisibles, susceptibles d'&#234;tre trait&#233;s politiquement&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;ponses p.173.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Comprendre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bourdieu revendique une unit&#233; toujours &#224; refaire de la recherche th&#233;orique et de l'enqu&#234;te empirique : qu'il s'agisse de la sociologie elle-m&#234;me, de l'anthropologie qu'elle vise ou des d&#233;bats philosophiques qu'elle &#233;claire, la &#171; grande th&#233;orie &#187; ne vaut, &#224; ses yeux, que par sa confrontation avec des objets empiriques. Dans cet esprit, Bourdieu se d&#233;fie des g&#233;n&#233;ralit&#233;s m&#233;thodologiques : il invite la sociologie &#224; r&#233;fl&#233;chir sur elle-m&#234;me dans le cours de son exercice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la critique du th&#233;oricisme et du m&#233;thodologisme, cf. notamment la mise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, en prenant pour objet la mis&#232;re du monde, Bourdieu et ses collaborateurs devaient n&#233;cessairement mettre &#224; l'&#233;preuve th&#233;orie et m&#233;thode, infl&#233;chir le cours de la recherche et en modifier de contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, avec les mis&#232;res telles qu'elles sont subjectivement v&#233;cues, c'est-&#224;-dire comme souffrances, les auteurs abordent un objet paradoxal pour la sociologie puisqu'il s'agit de formes individuelles d'objectivit&#233;s sociales. De l&#224; une enqu&#234;te qui &#171; transgresse &#224; peu pr&#232;s tous les pr&#233;ceptes de la routine m&#233;thodologique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;ponses p.174.&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, l'objet empirique de la recherche - la souffrance - suppose qu'on laisse et fasse parler ceux qui la vivent, et que la partie r&#233;put&#233;e la plus individuelle du langage - la parole - puisse faire l'objet d'une sociologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Une sociologie de la parole&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donner la parole au peuple. Le pr&#233;cepte serait bon s'il ne servait g&#233;n&#233;ralement la l&#233;gitimation de ces d&#233;tenteurs de la parole l&#233;gitime qui font parler le peuple dans leur langage en affectant de lui donner la parole, et c&#233;l&#232;brent la prise de parole, pour l&#233;gitimer ses repr&#233;sentants, qui ne manquent jamais de la prendre &#224; leur tour et de la confisquer &#224; leur profit : comme le montre l'autocons&#233;cration des prestataires de discours et des mandataires du peuple&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette confiscation-usurpation par les d&#233;l&#233;gu&#233;s et les porte-paroles qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il ne suffit pas de d&#233;noncer ces captures, et de laisser parler pour faire parler : de brancher le magn&#233;tophone comme on ouvre un robinet. Une parole ne parle qu'&lt;i&gt;&#224; condition de cr&#233;er une situation qui la fasse entendre et de proposer une interpr&#233;tation qui la fasse comprendre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce difficile pari ne pouvait &#234;tre tenu qu'&#224; la condition que les r&#233;sultats des recherches ant&#233;rieures soient r&#233;investis dans la m&#233;thode d'une recherche nouvelle : que les premi&#232;res v&#233;rifient leur f&#233;condit&#233; &#224; l'occasion de la seconde. C'est ainsi que seule une sociologie inform&#233;e de la violence symbolique et de ses effets pouvait tenter de faire vivre une parole qui n'y soit pas directement soumise, du moins dans la situation d'enqu&#234;te, et que seule une information sociologique sur l'espace des positions sociales pouvait faire parler l'espace des prises de position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;tablir la communication, il convenait tout d'abord de&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;r&#233;duire la distance&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;. &lt;/strong&gt;C'est ainsi que Bourdieu tente de pr&#233;ciser&lt;strong&gt;, &lt;/strong&gt;dans le chapitre o&#249; il livre les cl&#233;s de l'enqu&#234;te - &#171; Comprendre &#187; (pp.903 sq.) -, les conditions d'une enqu&#234;te r&#233;fl&#233;chie dont la r&#233;flexivit&#233; s'exerce sur la relation sociale d'enqu&#234;te, et permette d'&#233;tablir les conditions d'une communication non violente, qui neutralise la violence symbolique : de l&#224; l'importance accord&#233;e &#224; la familiarit&#233; entre l'enqu&#234;teur et l'enqu&#234;t&#233;. On peut esp&#233;rer alors que chaque discours &#171; livre les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; sa propre explication &#187; (p.909).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, cette explication n'est pas enti&#232;rement d&#233;livr&#233;e par la parole qui la livre : aussi chaque entretien est-il pr&#233;c&#233;d&#233; d'un expos&#233; qui en pr&#233;cise les conditions d'intelligibilit&#233;. Mais surtout, cette explication, prisonni&#232;re de son propre point de vue, ne prend tout son sens qu'&#224; condition d'&#234;tre r&#233;inscrite dans &#171; L'espace des points de vue &#187; (pp.9-11), que l'on ne peut atteindre que par la &#171; reconstruction du jeu dans son ensemble &#187; ; cette reconstruction permet de rem&#233;dier aux effets pol&#233;miques des objectivations partielles auxquelles se livrent les divers agents sociaux et de restituer la part de v&#233;rit&#233; qu'elles comportent, en &#233;chappant aux pi&#232;ges du relativisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur &#171; la reconstruction du jeu dans son ensemble &#187; et de &#171; l'espace des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aussi la composition de l'ouvrage participe-t-elle de la m&#233;thode : composition d&#233;lib&#233;r&#233;e qui confronte dans l'espace des points de vue, les points de vue qui partagent un m&#234;me espace, et qui met en regard et place en alternance la repr&#233;sentation des agents et les repr&#233;sentations consacr&#233;es (m&#233;diatiques et politique). Ainsi prennent tout leur sens les effets de voisinage dans un m&#234;me quartier (ou la confrontation des points de vue des &#233;l&#232;ves et des enseignants), et n'en deviennent que plus sensibles les contradictions d'agents sociaux &#171; que leur trajectoire, autant que leur position, incline &#224; une vision d&#233;chir&#233;e et divis&#233;e contre elles m&#234;me &#187;, entre compr&#233;hension et condamnation (p.10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se d&#233;ploie une sociologie de la parole : qui laisse parler et fait comprendre. Et ce qui parle alors, c'est la souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Une sociologie de la souffrance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sociologie de la mis&#232;re se d&#233;ploie en surmontant les obstacles qu'elle rencontre dans les discours qui la dissimulent en l'exposant. Aussi, l'ouvrage s'emploie-t-il &#224; &lt;i&gt;d&#233;faire les repr&#233;sentations des &#171; malaises &#187; et &#224; les reconstruire comme mis&#232;res sp&#233;cifiques&lt;/i&gt; : contre la vision m&#233;diatique et contre la vision politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deux interventions de Patrick Champagne contribuent &#224; d&#233;faire les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La premi&#232;re, pr&#233;pos&#233;e &#224; la fabrication des &#233;v&#233;nements et &#224; la stigmatisation de leurs acteurs pr&#233;pare la seconde, prise en otage par les rapports d'experts et les enqu&#234;tes d'opinion qu'elle sollicite. Ce faisant, la vision m&#233;diatique et la vision politique non seulement occultent, mais contribuent &#224; produire la souffrance qu'elles &#233;voquent : paroles sur la souffrance qui privent la souffrance de parole, et la reconduisent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On mesure alors l'enjeu de &#171; l'analyse critique des repr&#233;sentations &#187; : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'enqu&#234;te sociologique, au contraire, reconduit la souffrance &#224; ses v&#233;ritables fondements en reconstruisant ses vari&#233;t&#233;s &#224; travers des discours singuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sociologies plurielles. - &lt;/strong&gt;L'explication des mis&#232;res les ordonne, mais souplement, selon leurs causes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette explication pr&#234;te une attention particuli&#232;re aux &lt;i&gt;effets de position - &lt;/i&gt;aux mis&#232;res de position qui r&#233;sultent moins d'une condition mis&#233;rable prise en elle-m&#234;me que du rapport des agents sociaux entre eux. Pourtant la distinction&lt;i&gt; &lt;/i&gt;entre une mis&#232;re de condition (la grande mis&#232;re) et une mis&#232;re de position (la petite mis&#232;re) n'invite pas &#224; relativiser la premi&#232;re au b&#233;n&#233;fice de la seconde : tous souffrants. Elle met au contraire en &#233;vidence comment la seconde s'enracine dans la premi&#232;re, en particulier quand il est question de la mis&#232;re de position de ceux qui ont en charge la mis&#232;re de condition : la mis&#232;re de &#171; ces cat&#233;gories particuli&#232;rement expos&#233;e &#224; la petite mis&#232;re que sont toutes les professions qui ont pour mission de traiter la grande mis&#232;re ou d'en parler, avec toutes les distorsions li&#233;es &#224; la particularit&#233; de leur point de vue &#187; (p.11). Or l'un des principaux fondements des formes de cette petite mis&#232;re r&#233;side, selon Bourdieu, dans &#171; La d&#233;mission de l'Etat &#187; (pp.219-228, particuli&#232;rement p.222 et p.223) qui aggrave les conditions d'activit&#233; de ceux qui ont pour charge, &#224; des niveaux divers, de relayer les fonctions de cet Etat. Ainsi deviennent plus aigu&#235;s toutes les formes de &#171; double contrainte &#187; auxquelles sont soumis les agents plac&#233;s entre les exigences de l'institution qu'ils repr&#233;sentent et les destinataires de leur activit&#233;, comme on peut le percevoir aussi bien du c&#244;t&#233; des agents de l'ordre que du c&#244;t&#233; des travailleurs sociaux ou des agents du syst&#232;me &#233;ducatif. &lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Mais ces formes de mis&#232;re ne prennent tout leur sens qu'&#224; &#234;tre confront&#233;es avec d'autres, en particulier, avec les mis&#232;res qui proc&#232;dent d'&lt;i&gt;effets de lieux&lt;/i&gt; - c'est-&#224;-dire, pour l'essentiel, les effets de l'espace social r&#233;ifi&#233; dans l'espace physique : on a compris que la mis&#232;re des banlieues fait ici l'objet d'une enqu&#234;te, confort&#233;e par celle des ghettos am&#233;ricains, qui en comprend les tensions sous une forme qui n'a plus rien d'anecdotique. Or, englobant et d&#233;bordant les effets d'espace, les mis&#232;res proc&#232;dent &#233;galement des &lt;i&gt;effets de d&#233;clins&lt;/i&gt;, o&#249; se croisent les trajectoires collectives et les trajectoires individuelles : d&#233;clin collectif de la classe ouvri&#232;re traditionnelle et de la paysannerie, et &#171; fin d'un monde &#187; qui provoque le d&#233;sarroi des mandataires (militants syndicalistes et militants politiques) ; multiplication des positions pr&#233;caires dans le travail et d&#233;clins individuels dus au ch&#244;mage : de l'&#233;quilibre &#224; la chute et &#224; la clochardisation des ouvriers, des &#171; carri&#232;res bris&#233;es &#187; de cadres au vies perdues des paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets parcourus jusque-l&#224; sont reconduits et renforc&#233;s par&lt;i&gt; les effets de l'exclusion scolaire&lt;/i&gt; : du c&#244;t&#233; des &#233;l&#232;ves, pris en otage dans une institution qui ne diff&#232;re leur exclusion sociale qu'en enfermant l'exclusion scolaire dans ses murs ; du c&#244;t&#233; des enseignants, bouc-&#233;missaires d'une politique d&#233;magogique qui produit culpabilisation et d&#233;moralisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#233;galement La Distinction. pp.147 sq.&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et les souffrances qui en r&#233;sultent sont relay&#233;es, &#224; la crois&#233;e des verdicts scolaires et des anticipations familiales, par &lt;i&gt;les effets des contradictions de l'h&#233;ritage&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;. &lt;/strong&gt;&#192; c&#244;t&#233; des h&#233;ritiers sans histoire qui perp&#233;tuent l'h&#233;ritage ou l'accomplissent, les souffrances des h&#233;ritiers pris dans le d&#233;sir de parents et/ou sanctionn&#233;s par les verdicts de l'&#233;cole : souffrances de l'&#233;chec, quand les ambitions familiales sont d&#233;&#231;ues ; souffrances de la r&#233;ussite, quand les origines familiales menacent d'&#234;tre trahies ; souffrances du privil&#232;ge, enfin, quand les voies royales se r&#233;v&#232;lent &#234;tre des voies de garage. Enfin, l'&#233;vocation des &lt;i&gt;effets de la maladie et de la vieillesse&lt;/i&gt; ponctue par un point d'orgue, ce parcours complexe que jalonne des voix multiples et, &#224; travers elles, des voix innombrables. Or ce parcours, cependant, peut laisser insatisfait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Occasion de pr&#233;ciser, une bonne fois et pour toute la suite, que les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sociologie mutil&#233;e ? &lt;/strong&gt;-. Pr&#233;cis&#233;ment parce que l'ouvrage propose une &lt;i&gt;connaissance par les effets&lt;/i&gt;, qui remonte des formes de la mis&#232;re &#224; leurs causes, on mesure &lt;i&gt;certains d&#233;ficits, d&#233;j&#224; perceptibles dans les travaux ant&#233;rieurs, dont on peut se demander s'ils sont provisoires ou principiels.&lt;/i&gt; Les limites de la sociologie de la mis&#232;re, du moins telle qu'elle nous est propos&#233;e, ressortent alors des options qui font son m&#233;rite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* C'est parce qu'elle multiplie les perspectives sur les vari&#233;t&#233;s de la mis&#232;re sans tenter de les absorber, voire de les dissoudre, dans une th&#233;orie &lt;i&gt;globale&lt;/i&gt;, que la sociologie de Bourdieu permet de sp&#233;cifier les s&#233;ries causales. Mais est-ce une raison suffisante pour renoncer &#224; les inscrire dans une perspective historique&lt;i&gt; g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; (qui permette de prendre la mesure des orientations et de la port&#233;e d'une mutation historique d'ensemble, dont les soubresauts de la crise &#233;conomique sont l'expression la plus visible) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d&#233;plorer, en particulier que l'enqu&#234;te &lt;i&gt;prenne les s&#233;ries causales en cours de route&lt;/i&gt; : au risque de donner l'impression, parfois, que toutes les causes s'&#233;quivalent, et, partant, toutes les souffrances, du moins quand il s'agit des rem&#232;des qu'elles exigent. C'est ainsi que l'ouvrage, bien qu'il montre que les s&#233;ries causales se croisent et s'enchev&#234;trent, ne propose au fond (et bien qu'il ne lui impute pas tous les effets), qu'un point d'ancrage qui explique comment les mis&#232;res se sont faites et peuvent &#234;tre d&#233;faites : le r&#244;le de l'Etat. Tout se passe alors comme si les racines les plus profondes de la mis&#232;re sociale &#233;taient non pas ignor&#233;es, mais provisoirement dissimul&#233;es. En raison de l'urgence politique qui imposerait de traiter les sympt&#244;mes les plus ostensibles ou en raison d'une prudence th&#233;orique qui imposerait de diff&#233;rer l'analyse maladies les plus enfouies ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, on peut demeurer r&#233;serv&#233; devant une approche des mutations de la sph&#232;re du travail qui reste partielle faute de tenter d'en appr&#233;hender les racines et les effets &#224; longue port&#233;e (bien qu'elle enregistre les effets de d&#233;clin social et d'aggravation de certaines conditions de travail). Comme on peut rester perplexe devant une sociologie de la mis&#232;re qui s'arr&#234;te sur le seuil des rapports d'exploitation, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle les absorbe dans une analyse des rapports de domination. Comme on peut s'interroger sur l'absence d'une analyse &lt;i&gt;sp&#233;cifique&lt;/i&gt; des souffrances des femmes, en d&#233;pit de leur &#233;vocation, mais, en g&#233;n&#233;ral, comme formes f&#233;minines de souffrances plus g&#233;n&#233;rales : mis&#232;res de toutes natures simplement mises au f&#233;minin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec quelques exceptions, cf. notamment La Mis&#232;re du monde p.474-475.&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, s'il convient sans doute de renoncer &#224; une analyse des formes de l'exploitation qui ne les placerait &#224; la racine de toutes les formes de domination que dans la mesure o&#249; les secondes ne seraient que la &lt;i&gt;d&#233;rivation&lt;/i&gt; des premi&#232;res, comment peut-on comprendre les rapports de domination sans analyser leur &lt;i&gt;intrication&lt;/i&gt; avec les rapports d'exploitation et leur &lt;i&gt;sp&#233;cification&lt;/i&gt; par et dans les rapports sociaux de sexes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* C'est parce qu'elle explore les effets des formes de la domination, que la sociologie de la mis&#232;re ne se confond pas avec la sociologie de la pauvret&#233;. Mais peut-on franchir les limites de la sociologie de la pauvret&#233; sans le secours des approches f&#233;ministes et sans le concours de la sociologie du travail (et de toutes les souffrances qu'il d&#233;termine) ? Et peut-on franchir les limites de la sociologie de la mis&#232;re pour une critique de l'exploitation et de la domination sans franchir les fronti&#232;res de la sociologie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que l'on peut se demander si la sociologie de Bourdieu ne reste pas prisonni&#232;re, jusque dans sa critique de l'&#233;conomisme, d'une compr&#233;hension &#233;conomiste de la critique de l'&#233;conomie politique : quand elle conc&#232;de que l'&#233;conomie peut &#233;chapper aux prises de la sociologie ou du moins n'int&#233;resser la sociologie que comme un champ parmi d'autres. Comme on peut se demander, dans le m&#234;me esprit, si cette sociologie ne reste pas prisonni&#232;re d'une conception positiviste de l'histoire, qui place le principe du changement historique dans la rencontre al&#233;atoire de s&#233;ries causales ind&#233;pendantes et de crises sectorielles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. notamment Homo Academicus pp.49, 227-228.&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant - telle est son ambivalence - c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que l'enqu&#234;te se pr&#233;sente comme une connaissance par les effets (qui remonte des formes de la mis&#232;re &#224; leurs causes, et du point de vue des mis&#233;rables aux racines de leur souffrance) qu'elle propose &lt;i&gt;une authentique conversion du regard sociologique&lt;/i&gt;. Celle-ci tire toutes les cons&#233;quences d'une le&#231;on dont l'individu empirique Bourdieu n'avait sans doute pas besoin, mais qui trouve ici une expression th&#233;orique : &lt;i&gt;les mis&#232;res ne peuvent &#234;tre comprises - et transform&#233;es - que si l'on prend ouvertement parti pour elles, c'est-&#224;-dire pour les individus qui les souffrent.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Une sociologie de la singularit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sociologie de Bourdieu, on le sait, se donne pour but de comprendre le social comme un ensemble de relations : c'est une sociologie en rupture avec l'individualisme m&#233;thodologique (qui reconstruit le social &#224; partir d'individus socialis&#233;s) et avec l'ethnom&#233;thodologie ph&#233;nom&#233;nologique (qui prend le risque de n&#233;gliger les effets des structures sociales sur le monde v&#233;cu des agents) ; du m&#234;me coup, c'est une sociologie en rupture avec les approches par l'interaction et l'intercompr&#233;hension&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le relationnisme, cf. R&#233;ponses pp.23-24, 72, Choses dites p.150. Sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces raisons suffisent aux pourfendeurs de moulins &#224; vent : la sociologie, quand, &#224; l'instar de celle de Bourdieu, elle se refuse non seulement &#224; d&#233;socialiser les individus, mais se propose de les inscrire dans des rapports sociaux qui ne r&#233;sultent pas imm&#233;diatement d'interactions individuelles, serait, par nature, incapable de comprendre l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;duire ? &lt;/strong&gt;-. La plupart des critiques se r&#233;sument d'un mot : irr&#233;ductibilit&#233;. Destin&#233; &#224; disqualifier toute recherche sur les d&#233;terminants sociaux de l'individualit&#233; en la privant par avance de toute l&#233;gitimit&#233; &#233;thique, et &#224; servir un rituel de sauvegarde du territoire o&#249; s'exerce la souverainet&#233; du sujet (et de ses sp&#233;cialistes), l'argument se vide lui-m&#234;me de tout contenu en annon&#231;ant qu'il en est, par principe, affranchi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi prolif&#232;rent les essais qui c&#233;l&#232;brent les vertus de l' individualit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le meilleur des cas, on conc&#233;dera &#224; la sociologie le pouvoir d'analyser des conditionnements en ext&#233;riorit&#233;, laissant &#224; la psychologie, et de pr&#233;f&#233;rence &#224; la psychanalyse, le soin d'&#233;tablir les m&#233;diations n&#233;cessaires &#224; l'exploration de la personnalit&#233;, la philosophie se r&#233;servant le domaine de la singularit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces partages que Bourdieu met &#224; rude &#233;preuve : et, ce faisant, il fait &#339;uvre de philosophie. Mais en chassant sur les terres de l'analyse du v&#233;cu, que sous la forme de l'ethnom&#233;thodologie, la sociologie loue parfois - mais au prix fort - &#224; la ph&#233;nom&#233;nologie : et, ce faisant, il fait &#339;uvre de sociologie. Au point que ce n'est qu'en apparence un paradoxe de soutenir que &lt;i&gt;la sociologie de Bourdieu, en raison m&#234;me de sa pol&#233;mique obstin&#233;e contre les sociologies de l'individu et les philosophies du sujet, est une sociologie de la singularit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute n'est-ce pas sans provocation que la sociologie prend pour objet des domaines o&#249; semble s'exercer la souverainet&#233; individuelle : le go&#251;t, surtout quand il est bon, et la cr&#233;ation, surtout quand elle est originale, qui se pr&#233;valent de transcender absolument des causalit&#233;s plus obscures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec le go&#251;t, &#171; la sociologie est l&#224; sur le terrain par excellence de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus g&#233;n&#233;ralement, l'&#233;lite, acad&#233;mique et politique, se reconna&#238;t aux m&#233;rites qu'elle s'attribue, dont le moindre n'est pas, &#224; ses propres yeux, de ne pouvoir &#234;tre comprise qu'&#224; partir des individus qui la composent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. La Noblesse d'Etat pp.451-452 : &#171; Toutes les aristocraties se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et les critiques, ordinairement complaisants quand l'immersion de l'individu dans les rapports sociaux est attribu&#233;e aux classes domin&#233;es, le sont beaucoup moins quand la belle individualit&#233; des producteurs intellectuels, savants et artistes, est renvoy&#233;e aux d&#233;terminations mises &#224; jour par la sociologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sociologie iconoclaste, du moins pour ces intellectuels et ces savants dont la condescendance ne se laisse jamais aussi bien mesurer que lorsqu'elle affiche, pour le d&#233;plorer, que - h&#233;las - pour les classes domin&#233;es, mais pour elles seules, le social est encore ce destin qui dissout toute singularit&#233;. Ce n'est donc pas le moindre m&#233;rite de &lt;i&gt;La Mis&#232;re du monde&lt;/i&gt; de rappeler que les domin&#233;s (et ceux qui le sont moins) sont des &#234;tres singuliers et que leur singularit&#233; peut &#234;tre sociologiquement comprise. Et cela jusque dans les replis les plus intimes, puisqu'il s'agit de leur souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette fin, il ne suffit pas d'exposer, une fois encore, comment le social trace les contours d'existences individuelles ou de r&#233;p&#233;ter que le poids des d&#233;terminations sociales cro&#238;t avec la mis&#232;re mat&#233;rielle de ceux qui la subissent, mais il convient encore de montrer que &lt;i&gt;l'intimit&#233; de la souffrance la plus singuli&#232;re est la singularisation d'objectivit&#233;s sociales&lt;/i&gt;. Ainsi, selon une expression que Bourdieu affectionne, il s'agit de n&#233;cessiter les individus pour les comprendre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Comprendre pleinement la conduite de l'agent agissant dans un champ, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; (...) comment donner les moyens de comprendre les gens comme ils sont, sinon en offrant les instruments n&#233;cessaires pour les appr&#233;hender comme &lt;i&gt;n&#233;cessaires&lt;/i&gt;, pour les n&#233;cessiter, en les rapportant m&#233;thodiquement aux causes et aux raisons qu'ils ont d'&#234;tre ce qu'ils sont ? &#187; (p.7-8)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N&#233;cessiter -. &lt;/strong&gt;La n&#233;cessit&#233; la plus anonyme permet d'approcher les formes les plus personnelles de la souffrance qui cessent d'&#234;tre comprises comme des accidents purement contingents attach&#233;s &#224; des singularit&#233;s ineffables : elles s'inscrivent &lt;i&gt;au c&#339;ur&lt;/i&gt; des d&#233;terminations sociales. Ainsi la rupture brutale des formes d'insertion est d&#233;j&#224; inscrite dans &#171; Un &#233;quilibre si fragile &#187; (pp.477-486) : &#171; Les &#233;v&#233;nements qui peuvent d&#233;terminer cette retomb&#233;e, perte de l'emploi, mort d'un proche, divorce, maladie, sont extr&#234;mement divers et, en apparence, tout &#224; fait contingents : mais avant de conclure &#224; la faillite de l'explication par les causes sociales, il faut observer que ces accidents, outre qu'ils sont plus probables dans certaines conditions d'existence, ne sont que des causes occasionnelles qui, agissant comme un d&#233;clic, d&#233;clenchent des effets eux aussi inscrits, &#224; l'&#233;tat potentiel, dans certaines conditions &#233;conomiques et sociales &#187; (p.477-478).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, ce faisant, on laisse encore &#233;chapper l'intimit&#233; d'une souffrance qu'il ne suffit pas d'arracher &#224; la pure contingence, pour en rendre raison. Or, &#171; Le plus personnel est le plus impersonnel &#187;, ne cesse d'enseigner Bourdieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi au sujet de la Mis&#232;re du Monde : &#171; Cette enqu&#234;te se fonde sur l'id&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au point que, pour cette raison m&#234;me, l'expression du plus personnel peut rev&#234;tir une forme impersonnelle (p.523). En commen&#231;ant par d&#233;pouiller l'individu singulier des signes ext&#233;rieurs de sa singularit&#233;, la sociologie d&#233;fait les mirages d'une individualit&#233; en &#233;tat d'apesanteur sociale et invite &#224; la comprendre comme une personnification de positions et de trajectoires sociales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les personnes dans ce qu'elles ont de plus personnel sont, pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, aux objections que pourrait susciter des formulations aussi abruptes, il ne suffit pas de r&#233;pondre, comme le fait Bourdieu, qu'il ne s'agit pas de saisir pour lui-m&#234;me tel ou tel individu empirique : l'individu &#233;pist&#233;mique qu'il s'agit de reconstruire n'est pas r&#233;ductible au r&#244;le de porteur de sympt&#244;mes dont les racines sont enfouies dans l'&#233;paisseur d'une causalit&#233; anonyme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la distinction entre l'individu empirique et l'individu construit : Homo (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tenue dans ces limites l'explication ne vaut pas encore compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comprendre&lt;/strong&gt;.- C'est &#224; ce point que la sociologie de Bourdieu prend &#224; contre-pied ses d&#233;tracteurs, pr&#233;cis&#233;ment parce que, dans &lt;i&gt;La Mis&#232;re du Monde&lt;/i&gt;, elle prend du recul par rapport &#224; ses r&#233;alisations pr&#233;c&#233;dentes. On ne peut, en effet, mettre seulement sur le compte du mode d'exposition adopt&#233;, les effets d'une m&#233;thode qui ne se borne pas &#224; donner tel entretien comme illustration et tel individu comme exemplification d'une position, d'une disposition et d'une prise de position impersonnelles. Pas plus qu'on ne peut attribuer seulement ces effets &#224; une technique d'entretien fond&#233;e sur une &#171; relation d'&#233;coute active et m&#233;thodique &#187;, qui &#171; associe la disponibilit&#233; totale &#224; l'&#233;gard de la personne interrog&#233;e, la soumission &#224; la singularit&#233; de son histoire particuli&#232;re &#187; et &#171; la construction m&#233;thodique, forte de de la connaissance des conditions objectives, communes &#224; toute une cat&#233;gorie &#187; (p.906). C'est le mode d'explication lui-m&#234;me qui est en question. Peut-&#234;tre Bourdieu r&#233;cuserait-il cette interpr&#233;tation, mais tout se passe ici de sorte que la n&#233;cessit&#233; dont il s'agit de cr&#233;diter les individus est bien &lt;i&gt;leur&lt;/i&gt; n&#233;cessit&#233;. Du m&#234;me coup, on peut esp&#233;rer atteindre une &lt;i&gt;compr&#233;hension explicative&lt;/i&gt; qui d&#233;passe l'alternative classique entre expliquer et comprendre (p.910).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle ambition ne suffirait sans doute pas &#224; &#233;carter le reproche de ceux qui professent &#234;tre experts dans l'analyse des d&#233;terminations individuelles (et psychologiques) de la souffrance, ou de ceux qui, oubliant qu'entre la mis&#232;re n&#233;vrotique et le malheur banal s'interpose la mis&#232;re sociale, s'empressent de d&#233;ployer le divan du psychanalyste devant ceux qui sont aux prises avec des tourments personnels. Or, sans multiplier les m&#233;diations arbitraires, ni conclure pr&#233;matur&#233;ment un mariage forc&#233;, Bourdieu donne &#224; entendre et &#224; comprendre comment l'exploration des d&#233;terminations sociales des souffrances les plus intimes permet de nouer une confrontation avec les le&#231;ons de la psychanalyse. En particulier (faut-il s'en &#233;tonner ?), les formes de souffrance que r&#233;v&#232;lent les contradictions de l'h&#233;ritage, parce qu'en elles se croisent les d&#233;terminations sociales et les d&#233;terminations psychiques de la filiation, soul&#232;vent les probl&#232;mes des relations avec la psychanalyse. Ceux-ci, bien s&#251;r, ne sont ici qu'&#233;voqu&#233;s, mais Bourdieu peut, au moins se d&#233;fendre &#224; juste titre de proposer, selon sa propre expression, un &#171; mode d'exploration de la subjectivit&#233; &#187; alternatif &#224; celui que propose la psychanalyse (p.717)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#233;galement Question de sociologie p.75.&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, pr&#233;cis&#233;ment, arriv&#233;e &#224; ce point, la sociologie de Bourdieu peut-elle &#234;tre autre chose qu'une socio-analyse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Bourdieu, Spinoza devenu sociologue (ce qui n'est pas un mince m&#233;rite) nous propose, non de rire ou de pleurer, mais de comprendre (p.7) et de proc&#233;der avec lui &#224; un &#171; exercice spirituel &#187; (p.909) qui, &#224; l'&#233;gard des victimes de la mis&#232;re nous dispose &#224; &#171; une sorte d'&lt;i&gt;amour intellectuel&lt;/i&gt; : un regard qui consent &#224; la n&#233;cessit&#233; &#187;, comparable &#224; &#171; l'amour intellectuel de Dieu &#187; chez Spinoza (p.914) - il pratique la sociologie comme une &#171; connaissance du troisi&#232;me genre &#187;. Mais une &#171; connaissance du troisi&#232;me genre &#187; peut-elle s'arracher &#224; la contemplation et fonder une politique d'un genre nouveau ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire la suite : &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/A-propos-de-La-Misere-du-Monde-Politique-de-la-sociologie-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;II.Transformer&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;'Source&lt;/strong&gt; : Article paru dans &#171; Sociologies &#187; n&#176;19-20 de la revue &lt;i&gt;Futur ant&#233;rieur&lt;/i&gt;, 1993. Publi&#233; ici en deux parties : I. Comprendre, II. Transformer&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Post-Scriptum &#187; :&lt;i&gt; Les R&#232;gles de l'Art&lt;/i&gt; pp.459-472 et &lt;i&gt;La Mis&#232;re du Monde&lt;/i&gt; pp.941-944. &#171; L'urgence &#187; : respectivement p.464 et p.228. Une &#171; prise de position normative &#187; : &lt;i&gt;Les R&#232;gles de l'Art &lt;/i&gt;p.461&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Ouvrages cit&#233;s dans cet article (dans leur &#233;dition originale) - . &lt;i&gt;La Distinction&lt;/i&gt; (1979), &lt;i&gt;Le Sens pratique&lt;/i&gt; (1980), &lt;i&gt;Questions de Sociologie&lt;/i&gt; (1980), &lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on&lt;/i&gt; (1982), &lt;i&gt;Ce que parler veut dire&lt;/i&gt; (1982), &lt;i&gt;Homo Academicus&lt;/i&gt; (1984), &lt;i&gt;Choses dites&lt;/i&gt; (1987), &lt;i&gt;La Noblesse d'Etat&lt;/i&gt; (1989), &lt;i&gt;R&#233;ponses&lt;/i&gt; (1992), &lt;i&gt;Les R&#232;gles de l'Art&lt;/i&gt; (1992) , &lt;i&gt;La Mis&#232;re de Monde&lt;/i&gt; (1993).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suivant ainsi l'objectif de ce num&#233;ro de &lt;i&gt;Futur Ant&#233;rieur&lt;/i&gt;, on s'interrogera surtout sur la m&#233;thode et la fonction de la sociologie mise en &#339;uvre : au risque de para&#238;tre n&#233;gliger les situations d'urgence qui font de cet ouvrage de science un ouvrage de conjoncture, et de mutiler les analyses concr&#232;tes qui en font la valeur et qu'aucun r&#233;sum&#233; ne parviendrait &#224; restituer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.173.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la critique du th&#233;oricisme et du m&#233;thodologisme, cf. notamment la mise au point de Lo&#239;c J.D. Wacquant dans &lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;pp.30-34. Sur les rapports entre th&#233;orie et empirie, cf. &lt;i&gt;Question de sociologie&lt;/i&gt; pp. 50-52, 53-55 et &lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;pp.88-89, 133-136, 151. Sur la routine et le sectarisme m&#233;thodologique, cf. &lt;i&gt;La Noblesse d'Etat &lt;/i&gt;note 2 p.10, ainsi que &lt;i&gt;La Mis&#232;re du Monde&lt;/i&gt; p. 903 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.174.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette confiscation-usurpation par les d&#233;l&#233;gu&#233;s et les porte-paroles qui parlent &#171; pour le peuple, c'est-&#224;-dire en sa faveur, mais aussi &#224; sa place &#187; (&lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on &lt;/i&gt;p.28), cf., notamment &#171; La d&#233;l&#233;gation et le f&#233;tichisme politique &#187;, dans &lt;i&gt;Choses dites &lt;/i&gt;pp.185-202 (et en particulier sur l'autocons&#233;cration des mandataires p.190) ainsi que &lt;i&gt;Homo Academicus &lt;/i&gt;pp. 247-250.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur &#171; la reconstruction du jeu dans son ensemble &#187; et de &#171; l'espace des points de vue &#187;, destin&#233;e &#224; comprendre et &#224; d&#233;passer les objectivations partielles, cf., notamment, &lt;i&gt;La Distinction.&lt;/i&gt; p.10-11,&lt;i&gt; Le&#231;on sur la le&#231;on &lt;/i&gt;p.22,&lt;i&gt; Homo Academicus &lt;/i&gt;pp.13-14, &lt;i&gt;Les R&#232;gles de l'Art &lt;/i&gt;p.271 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Deux interventions de Patrick Champagne contribuent &#224; d&#233;faire les constructions m&#233;diatiques et politiques des probl&#232;mes sociaux : &#171; La vision m&#233;diatique &#187; (pp.61-69) et &#171; La vision d'Etat &#187; (pp.261-269).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On mesure alors l'enjeu de &#171; l'analyse critique des repr&#233;sentations &#187; : &#171; ces constructions collectives font partie de la r&#233;alit&#233; qu'il s'agit de comprendre et dont elles sont pour une grande part responsables &#187; (p.219).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &#233;galement &lt;i&gt;La Distinction.&lt;/i&gt; pp.147 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Occasion de pr&#233;ciser, une bonne fois et pour toute la suite, que les questions adress&#233;es &#224; Bourdieu et ses collaborateurs, sont les questions que nous nous posons, notamment parce que leur travail permet de mieux les poser. C'est assez dire l'int&#233;r&#234;t qu'il suscite et le respect qu'il inspire, sans qu'il soit n&#233;cessaire, pour conjurer les soup&#231;ons de d&#233;votion, de se donner comme maxime de critiquer sans m&#233;nagement, pour admirer sans flagornerie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avec quelques exceptions, cf. notamment&lt;i&gt; La Mis&#232;re du monde&lt;/i&gt; p.474-475.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. notamment &lt;i&gt;Homo Academicus &lt;/i&gt;pp.49, 227-228.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le relationnisme, cf. &lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;pp.23-24, 72, &lt;i&gt;Choses dites &lt;/i&gt;p.150. Sur l'individualisme m&#233;thodologique, cf. &lt;i&gt;Choses dites &lt;/i&gt;p. 151, &lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.23-24. Sur l'ethnom&#233;thodologie : &lt;i&gt;Choses dites &lt;/i&gt;pp. 154-155. Sur les rapports entre interaction et structure des positions : &lt;i&gt;Les R&#232;gles de l'Art &lt;/i&gt;p.260 note et p.288, &lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on &lt;/i&gt;p.41-42, &lt;i&gt;Choses dites &lt;/i&gt;p.47.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi prolif&#232;rent les essais qui c&#233;l&#232;brent les vertus de l' individualit&#233; empirique, mais &#233;vid&#233;e de toute &#233;paisseur sociale, ou du sujet &#233;thique, mais flottant dans les v&#234;tements trop larges d'un droit taill&#233; ind&#233;pendamment des individus socialis&#233;s et qui les font ressembler, dans certains discours, alternativement ou conjointement, &#224; des clowns ou &#224; des &#233;pouvantails. Bourdieu ironise &#224; juste titre sur &#171; ce culte du moi o&#249; la philosophie, souvent r&#233;duite &#224; une affirmation hautaine de la distinction du penseur, joue aussi sa partie &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;(&lt;i&gt;La Distinction.&lt;/i&gt; p.486) et sur les proph&#232;tes de &#034;la &lt;i&gt;r&#233;surrection&lt;/i&gt; de la personne, sauvagement crucifi&#233;es par les sciences de l'homme &#187; (&lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.154).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avec le go&#251;t, &#171; la sociologie est l&#224; sur le terrain par excellence de la d&#233;n&#233;gation du social &#187;&lt;i&gt; La Distinction.&lt;/i&gt; p.9. idem p.596.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;La Noblesse d'Etat &lt;/i&gt;pp.451-452 : &#171; Toutes les aristocraties se d&#233;finissent elles-m&#234;mes comme au-del&#224; de toute d&#233;finition &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Comprendre pleinement la conduite de l'agent agissant dans un champ, comprendre la n&#233;cessit&#233; sous laquelle il agit, c'est rendre n&#233;cessaire ce qui appara&#238;t d'abord comme contingent &#187;, d&#233;clare Bourdieu dans &lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.171, en citant Francis Ponge et en faisant r&#233;f&#233;rence &#224; l'article qu'il lui a consacr&#233; : &#171; N&#233;cessiter &#187;, in &lt;i&gt;Francis Ponge&lt;/i&gt;, Paris, L'Herne, juin, pp.434-437. Cf. &#233;galement &lt;i&gt;Choses dites &lt;/i&gt;p.25-26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi au sujet de la &lt;i&gt;Mis&#232;re du Monde&lt;/i&gt; : &#171; Cette enqu&#234;te se fonde sur l'id&#233;e que le plus personnel est le plus impersonnel, que nombre des drames les plus intimes, des malaises les plus profonds, des souffrances les plus singuli&#232;res que les hommes et les femmes peuvent &#233;prouver trouvent leur principe dans des contradictions objectives, inscrites dans les structures du march&#233; de l'emploi ou du logement, du syst&#232;me scolaire ou de la tradition successorales, et g&#233;n&#233;ratrice de double binds, de contraintes contradictoires &#187; (&lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;, p.173)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les personnes dans ce qu'elles ont de plus personnel sont, pour l'essentiel, la &lt;i&gt;personnification&lt;/i&gt; des exigences r&#233;ellement ou potentiellement inscrites dans la structure du champ ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, dans la position occup&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de ce champ &#187; (&lt;i&gt;La Noblesse d'Etat,&lt;/i&gt; p.449). Autrement dit, le sociologue fait cf. &#171; la n&#233;cessit&#233; &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; la contingence &#187; (&lt;i&gt;Choses dites &lt;/i&gt;p.25, je souligne).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la distinction entre l'individu empirique et l'individu construit&lt;i&gt; : Homo Academicus &lt;/i&gt;pp.11 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &#233;galement &lt;i&gt;Question de sociologie&lt;/i&gt; p.75.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; propos de La Mis&#232;re du Monde : Politique de la sociologie (2)</title>
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		<dc:date>2015-09-14T07:07:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Pierre Bourdieu</dc:subject>
		<dc:subject>Lectures</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Deuxi&#232;me partie : Transformer. Quand Bourdieu nous propose, &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/A-propos-de-La-Misere-du-Monde-Politique-de-la-sociologie-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;comme on l'a vu&lt;/a&gt;, non de rire ou de pleurer, mais de comprendre, la sociologie mise en &#339;uvre permet-elle de s'arracher &#224; la contemplation et de fonder une politique ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Bourdieu-Foucault-et-alii-.html" rel="directory"&gt;Bourdieu, Foucault et alii&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Pierre-Bourdieu-+.html" rel="tag"&gt;Pierre Bourdieu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Lectures-+.html" rel="tag"&gt;Lectures&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L95xH150/arton21-847ce.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='95' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand Bourdieu nous propose, &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/A-propos-de-La-Misere-du-Monde-Politique-de-la-sociologie-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;comme on l'a vu&lt;/a&gt;,, non de rire ou de pleurer, mais de comprendre, la sociologie mise en &#339;uvre permet-elle de s'arracher &#224; la contemplation et de fonder une politique ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ouvrages cit&#233;s dans cet article (dans leur &#233;dition originale) - . La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Transformer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'exercice de la sociologie, quand elle s'int&#233;resse &#224; la mis&#232;re, peut n'&#234;tre qu'une forme savante de la compassion, et, plus souvent qu'on ne le croit, les sociologues jusqu'&#224; ce jour n'ont fait que compatir au monde qu'il s'agit de transformer. Une telle sociologie, absorb&#233;e dans la contemplation de son objet, quand elle n'avoue pas son impuissance, proc&#232;de &#224; un nivellement de toutes les souffrances : position &#233;thique inattaquable, dans la mesure o&#249; c'est des individus qu'il s'agit, et o&#249; une r&#232;gle tacite d'universalit&#233; admet a priori une r&#232;gle explicite d'&#233;quivalence. Sans doute cette morale universelle de la compassion ou de la compassion universelle n'est-elle pas larmoyante. Mais d'o&#249; tient-on que la piti&#233; doit toujours avoir la larme &#224; l'&#339;il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sociologie vraie contre vaine morale : l'ouvrage de Bourdieu ne confond pas compr&#233;hension explicative et compassion r&#233;active, mais sans parvenir, malgr&#233; tout, &#224; dissiper toutes les &#233;quivoques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Retour &#224; la note 12...&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Entre deux m&#233;decines : clinique et politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets de transformation que la sociologie peut esp&#233;rer produire d&#233;pendent de l'objet qu'elle rencontre et construit. Or le monde dont Bourdieu analyse la mis&#232;re est celui d'une &#233;poque de crise et de transition, qui renvoie la majorit&#233; des agents sociaux &#224; une impuissance int&#233;rioris&#233;e et la totalit&#233; des acteurs du champ politique &#224; des gesticulations d&#233;magogiques et technocratiques que Bourdieu diagnostique avec lucidit&#233;. Ainsi, la sociologie rencontre un champ social qui semble vid&#233; de tout potentiel de transformation ; et une sociologie qui ne renonce pas &#224; penser le changement social rencontre une conjoncture o&#249; le changement social est enlis&#233;. La d&#233;mystification, effet pratique attendue de la sociologie, menace de n'&#234;tre qu'un camp retranch&#233;. Le d&#233;senchantement du sociologue qui conna&#238;t le poids des inerties sociales et le d&#233;senchantement d'une soci&#233;t&#233; qui le subit se cumulent : l'impuissance du sociologue rencontre l'impuissance de la soci&#233;t&#233;. Que peut proposer alors le premier &#224; la seconde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un m&#234;me mouvement (qui, comme on dit, fait sens), le sociologue s'adresse aux domin&#233;s pour qu'ils se comprennent par le monde dans lequel ils vivent, et en appelle aux politiques pour qu'ils transforment le monde dans lequel vivent les domin&#233;s : clinique et politique - socio-analyse des victimes et socio-politique de l'assistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socio-analyse des victimes ? - &lt;/strong&gt;Aux victimes de la mis&#232;re, Bourdieu n'a, au fond, &#224; offrir que la connaissance de soi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'effet par soi lib&#233;rateur d'une connaissance qui l&#232;ve les effets de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est ainsi qu'il d&#233;clare de &#171; l'efficacit&#233; du message sociologique &#187; qu' &#171; on ne peut tenir pour nul l'effet qu'il peut exercer en permettant &#224; ceux qui souffrent de d&#233;couvrir la possibilit&#233; d'imputer leur souffrance &#224; des causes sociales et de se sentir ainsi disculp&#233;s &#187; (p.944)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Non pas enfermer les agents sociaux dans une &#171; nature &#187;, mais de &#171; leur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sans doute n'est-il pas totalement vain de se comprendre et de s'assumer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Question de sociologie pp.42-43, R&#233;ponses pp.181-182.&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et plus g&#233;n&#233;ralement de comprendre et d'accepter. Mais cet usage clinique de la sociologie est si limit&#233; qu'on ne peut &#233;viter de se demander si elle n'est pas l'effet d'une sociologie qui ne voit dans la souffrance que la souffrance, et &#171; ne voit dans la mis&#232;re que la mis&#232;re, sans y voir le c&#244;t&#233; r&#233;volutionnaire, subversif, qui renversera la soci&#233;t&#233; ancienne &#187; (Marx). On conc&#233;dera sans peine que ce c&#244;t&#233; n'est pas ais&#233;ment perceptible ; et cela d'autant moins que &#171; Les formes nouvelles que rev&#234;t l'action de l'Etat contribuent (...), avec l'affaiblissement du syndicalisme et des instances mobilisatrices &#224; la transformation du &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; (potentiellement) mobilis&#233; en un agr&#233;gat h&#233;t&#233;rog&#232;ne de &lt;i&gt;pauvres&lt;/i&gt; atomis&#233;s (...) &#187; (p.223) et que le discours proph&#233;tique, en la mati&#232;re, risque de produire plus d'aveuglement qu'il n'apporte de lumi&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Il y a, quoiqu'en dise Marx, une philosophie de la mis&#232;re (...) Surtout (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On admettra volontiers que la d&#233;tection d'un potentiel de subversion n'&#233;tait pas l'objet d&#233;clar&#233; de l'ouvrage ; et cela bien que ce potentiel soit, &#224; l'occasion, explicitement &#233;voqu&#233;, comme on peut le lire &#224; propos des luttes pour l'appropriation de l'espace ou des effets de l'exclusion scolaire sur les &#233;l&#232;ves (respectivement pp.164-167 et pp.598-599). On peut toutefois se demander si le sociologue qui, d&#251;ment averti de l'esprit du temps, nous invite sans cesse &#224; nous en d&#233;fier, ne c&#232;de pas &#224; cet esprit quand il produit un ouvrage qui vient &#224; point nomm&#233; nous instruire de l'ampleur des probl&#232;mes, mais sans pr&#233;ciser comment il serait possible d'y faire face sans d&#233;l&#233;guer leur r&#233;solution. Ainsi, aux possibilit&#233;s restreintes offertes aux victimes de la mis&#232;re font pendant les possibilit&#233;s ouvertes &#224; une action politique. Mais de qui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socio-politique de l'assistance ? &lt;/strong&gt;- &#171; Ce que le monde social a fait, le monde social peut, arm&#233; de ce savoir, le d&#233;faire &#187; (p.944). Aussi, &#224; rebours de ce qu'a produit &#171; la d&#233;mission de l'Etat &#187;, convient-il de &#171; refaire l'histoire &#187; et d' &#171; essayer d'ouvrir des possibilit&#233;s &#224; une action rationnelle visant &#224; d&#233;faire ou &#224; refaire ce que l'histoire a fait &#187; (p.226). Et l'urgence de la situation impose ce jugement : &#171; (...) toute politique qui ne tire pas pleinement parti des possibilit&#233;s, si r&#233;duites soient-elles, qui sont offertes &#224; l'action, et que la science peut aider &#224; d&#233;couvrir, peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme coupable de non-assistance &#224; personne en danger &#187; (p.944).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; qui revient cette action ? Bourdieu souligne que &#171; (...) la d&#233;mission ou le retrait de l'Etat a d&#233;termin&#233; des effets inattendus (...) qui sont de nature &#224; menacer, &#224; terme, le bon fonctionnement des institutions d&#233;mocratiques, &lt;i&gt;si une politique r&#233;solue d'un Etat d&#233;cid&#233; &#224; prendre r&#233;ellement les moyens de ses intentions proclam&#233;es&lt;/i&gt; ne vient pas, de toute urgence, les contrecarrer &#187; (p.228-229, soulign&#233; par moi). Mais peut-on r&#233;ellement esp&#233;rer que l'Etat d&#233;fasse ce qu'il a fait ? Comment pourrait-on s'en remettre &#224; une administration dont la fonction est pr&#233;cis&#233;ment de rationaliser la domination ? Comment serait-il possible, surtout, de s'en remettre aux &#171; responsables politiques &#187; dont la surdit&#233;, sans doute moins r&#233;cente que Bourdieu ne le laisse entendre, a atteint la profondeur que nous lui connaissons en raison, notamment, des mutations du champ du pouvoir que Bourdieu analyse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. La Noblesse d'Etat, Quatri&#232;me partie.&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce sont elles qui ont contribu&#233; &#224; refermer sur elle-m&#234;me la noblesse d'Etat et &#224; produire cette fermeture du monde politique que Bourdieu d&#233;plore&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;ponses p.172 et MM p.941.&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette fermeture est donc l'effet de positions qui gouvernent des prises de position : la conversion au n&#233;o-lib&#233;ralisme achev&#233;e par le ralliement des socialistes s'est traduite par une d&#233;mission de l'Etat et une d&#233;molition de l'id&#233;e de service public au nom d'un &#171; corps de lieux communs &#187; qui &#171; exprime tr&#232;s directement la vision et les int&#233;r&#234;ts de la grande noblesse d'Etat, issue de l'ENA et form&#233;e &#224; l'enseignement de Sciences P&#244; &#187; (p.220-221). Il serait &#233;tonnant que Bourdieu, si prompt &#224; d&#233;noncer les mauvais rem&#232;des pr&#233;conis&#233;s par de faux m&#233;decins, se borne &#224; enseigner que les malades ne peuvent atteindre que la connaissance des origines de leurs troubles, et doivent confier &#224; de tels mandataires politiques la t&#226;che leur prescrire les rem&#232;des.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sociologie menace alors de cultiver paradoxe et inconfort. Paradoxe d'une critique qui ne cesse de dire que l'administration ne peut penser autrement qu'elle ne le fait et en appellerait &#224; l'administration pour qu'elle pense autrement. Inconfort d'une position qui conna&#238;t l'enfermement du monde politique, et s'en remettrait &#224; des pratiques transformatrices qui proc&#232;dent d'un centre ext&#233;rieur aux administr&#233;s. Comment croire, &#224; lire Bourdieu lui-m&#234;me, que les tenailles d&#233;magogiques et technocratiques qui enferment l'action politique puissent &#234;tre ouvertes par les forces qui dans le champ politique entrent en concurrence pour y &#233;tablir leur domination ? S'il est vrai qu'&#171; Une politique r&#233;ellement d&#233;mocratique doit se donner les moyens d'&#233;chapper &#224; l'alternative de l'arrogance technocratique qui pr&#233;tend faire le bonheur des hommes malgr&#233; eux et de la d&#233;mission d&#233;magogique qui appelle telle quelle la sanction de la demande (...) &#187;, elle ne peut y parvenir qu'&#224; condition de se donner les moyens de rompre avec le champ du pouvoir qui gouverne cette alternative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et cette politique-l&#224;, que le mouvement ouvrier a historiquement manqu&#233;e, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, si ce n'est par une neutralit&#233; axiologique hors de propos, pourquoi la sociologie de Bourdieu reste-t-elle si discr&#232;te sur les forces qui sont susceptibles de s'emparer de la science pour la mettre au service d'une assistance &#224; personne en danger ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Entre deux positions : solitude et sollicitude&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce le statut de la sociologie qui l'enferme dans une solitude dont elle ne pourrait sortir que par la sollicitude ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effets de position&lt;/strong&gt;.- Bourdieu excelle dans les exercices de lucidit&#233;. Aussi n'ignore-t-il pas que de la sociologie la mieux intentionn&#233;e et la mieux construite, on peut, en d&#233;pit des pr&#233;cautions qu'elle prend, faire de multiples usages. Les comptes peuvent &#234;tre rapidement r&#233;gl&#233;s (bien que la t&#226;che soit par principe infinie) avec les d&#233;magogues, les journalistes et les essayistes qui ne demandent assistance &#224; la science que dans la mesure o&#249; elle peut conforter des audiences, et pour le reste s'en tiennent &#224; une &#171; demande n&#233;gative &#187; co&#239;ncidant avec le refus de savoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le&#231;on sur la le&#231;on pp.29&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Laissons de c&#244;t&#233; les contresens av&#233;r&#233;s et int&#233;ress&#233;s : nul savoir ne peut s'en pr&#233;munir. Mais Bourdieu ne manque pas de dire que le m&#234;me savoir peut &#234;tre mis &#224; disposition de tentatives d'&#233;mancipation ou de tentatives de rationalisation, qu'il peut en &#234;tre fait un usage clinique ou un usage cynique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce double usage, cf. R&#233;ponses p.171, 182-183&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et le cynisme n'attend de la sociologie que des instruments de l&#233;gitimation ou de manipulation, et ne s'adresse &#224; elle qu'&#224; des fins de rationalisation (au double sens de ce terme) de la domination&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;gitimation, manipulation, rationalisation : cf., Question de sociologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Menac&#233;e par les sollicitations sociales en g&#233;n&#233;ral et par les injonctions politiques en particulier, et prise en tenaille, en ce dernier cas, entre la demande bureaucratique et la demande proph&#233;tique, la sociologie ne pourrait, selon Bourdieu, d&#233;fendre son statut de science qu'&#224; la condition de se soustraire &#224; toutes les demandes partielles : par la d&#233;fense farouche de son autonomie, fond&#233;e sur le constat tout &#224; la fois amer et rassurant de l'absence d'une demande et d'une base sociale qui soit garante et respectueuse de sa scientificit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour conjurer &#171; la menace de politisation &#187; (Le&#231;on sur la le&#231;on pp.26-27), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or non seulement les exigences de scientificit&#233; auxquelles elle se soumet ne permettent que partiellement &#224; la sociologie de se soustraire aux demandes sociales qu'elle r&#233;cuse (quand bien m&#234;me elle retourne sa m&#233;thode contre elle-m&#234;me et ne renonce pas &#224; cette sociologie de la sociologie que Bourdieu pratique abondamment), mais elle paie son autonomie d'une ind&#233;passable solitude. Elle d&#233;livre son message comme on lance une bouteille &#224; la mer, imprudemment destin&#233;e &#224; des responsables politiques qui campent aux abonn&#233;s absents et &#233;vasivement adress&#233;e &#224; des b&#233;n&#233;ficiaires impotents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Solitude du sociologue : ceux qui ont int&#233;r&#234;t &#224; le comprendre ne le peuvent pas, et ceux qui peuvent n'ont pas int&#233;r&#234;t &#224; le comprendre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette solitude : Question de sociologie, pp.41-42&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ni &#171; les plus d&#233;munis scientifiquement &#187; (qui s'en d&#233;tournent pour &#171; trouver dans la d&#233;nonciation politique un substitut facile &#224; la critique scientifique &#187;), ni &#171; les d&#233;tenteurs d'un pouvoir temporel ou spirituel &#187; n'ont &#171; int&#233;r&#234;t &#224; l'existence d'une science autonome du monde social &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le&#231;on sur la le&#231;on p.25-26.&#034; id=&#034;nh5-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Solitude de la sociologie : les domin&#233;s int&#233;ress&#233;s &#224; son discours ne peuvent l'entendre qu'&#224; des fins de compr&#233;hension de soi, et les dominants qui peuvent l'entendre ne peuvent le faire &#224; des fins de transformation de la r&#233;alit&#233;. Mais cette forteresse assi&#233;g&#233;e ne peut, sans complaisance, s'abandonner aux d&#233;lices de sa solitude. &#192; qui s'adressera-t-elle donc, hors du champ scientifique qui lui offre un march&#233; et des pairs - et d'un champ politique referm&#233; sur soi ? Si les r&#233;ponses &#224; cette question restent en suspens, peut-&#234;tre est-ce parce que la position que la sociologie de Bourdieu se d&#233;couvre se confond avec la position qu'elle s'assigne, et que la solitude de la sociologie r&#233;sulte d'effets de th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effets de th&#233;orie&lt;/strong&gt; - Le travail de Bourdieu est souvent pr&#233;c&#233;d&#233; d'une mauvaise r&#233;putation, qui lui attribue une sociologie de la r&#233;signation, &#224; laquelle, il le reconna&#238;t, il s'est expos&#233; par des &#171; formulations malheureuses &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;ponses p.58.&#034; id=&#034;nh5-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ne s'agit-il que de formulations ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; force d'enseigner que les domin&#233;s doivent se m&#233;fier des effets de l'int&#233;riorisation de leur domination, que la r&#233;sistance peut prendre des formes qui reconduisent la domination qu'elle d&#233;nonce, la le&#231;on du sociologue a valeur de dissuasion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que r&#233;sume &#171; l'antinomie de la domination &#187;, qui voue &#171; souvent &#187; les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La rh&#233;torique qui, insidieusement, stigmatise sous les dehors de l'objectivit&#233;, les exc&#232;s de la juv&#233;nilit&#233; et les abus du ressentiment, mobilis&#233;s dans les mouvements de contestation, retourne les discours proph&#233;tiques en le&#231;ons d'inertie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la juv&#233;nilit&#233; : R&#233;ponses p.166. Sur le ressentiment : Le&#231;on sur la le&#231;on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or c'est dans la r&#233;sistance &#224; la domination que les mouvements de contestation &#233;prouvent leurs propres limites et peuvent d&#233;couvrir les moyens de leur d&#233;passement : une sociologie qui se fonderait sur cette possibilit&#233; d&#233;rogerait-elle &#224; son statut de science ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bourdieu, qui aime citer Leibniz, selon lequel &#171; nous sommes automates dans les trois-quarts de nos actions &#187;, conviendrait sans doute que la question des &#171; marges de man&#339;uvre laiss&#233;es &#224; la libert&#233;, c'est-&#224;-dire &#224; l'action politique &#187; (p.944) ne se r&#233;duit pas &#224; celle du pourcentage restant ou des marges statistiques conc&#233;d&#233;es &#224; l'automate social : le probl&#232;me est celui du potentiel d'autochangement (dont parlait Marx), ou de flexibilit&#233; de l'habitus. Que l'histoire incorpor&#233;e r&#233;duise la plasticit&#233; des conduites des acteurs sociaux (et, avec elle, les espoirs parfois d&#233;mesur&#233;s d'autochangement) n'autorise pas &#224; r&#233;duire la dynamique sociale, Bourdieu en conviendrait aussi, aux effets de changements morphologiques affectant les luttes qui se livrent au sein de chaque champ social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient alors de se garder des interpr&#233;tations abusives. Bourdieu esquisse une th&#233;orie du changement social qui ne voue pas le social &#224; une imparable immobilit&#233; : les divers champs qu'il explore et construit sont compris comme des champs de forces et des champs de luttes, et seule une pol&#233;mique simplificatrice peut y voir une n&#233;gation des espaces de possibilit&#233;. Ces champs n'entretiennent avec les champs magn&#233;tiques que des rapports d'analogie : Bourdieu ne songe pas un instant &#224; traiter les individus comme de la limaille imm&#233;diatement aimant&#233;e par les champs de forces dans lesquels ils sont pris. Ce sont des champs ouverts au jeu des acteurs. Aussi ces champs de forces ne sont-ils pas affect&#233;s d'une totale inertie : ce sont des champs de contradictions et de luttes, habit&#233;s par et ouverts sur une dynamique sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Champ, luttes et conflits : R&#233;ponses p.77-78, Le&#231;on sur la le&#231;on p.46-47. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et le jeu des acteurs n'est pas compromis par l'inertie de leur habitus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'habitus est un &#171; syst&#232;me de de dispositions, c'est-&#224;-dire de virtualit&#233;s, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La notion d'habitus permet de penser l'inscription du social dans l'individuel sans prendre l'individu, ni dans un conditionnement en ext&#233;riorit&#233;, ni dans un emprisonnement int&#233;rioris&#233;. C'est au contraire une notion qui permet &#224; la fois de d&#233;passer la cat&#233;gorie du sujet (dot&#233; d'une int&#233;riorit&#233; toute-puissante) et la cat&#233;gorie du comportement (pris dans une ext&#233;riorit&#233; d&#233;terminante). Ainsi, les individus pris dans les diff&#233;rents champs et dot&#233;s d'habitus sp&#233;cifiques, sont trait&#233;s comme des agents, par-del&#224; l'alternative entre sujet-auteur et sujet-porteur : entre individu et structures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'habitus et l'agent, et le d&#233;passement de l'alternative entre sujet et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le r&#244;le attribu&#233; &#224; des agents qui, en s'affrontant dans un champ donn&#233;, en d&#233;terminent la trajectoire permet de d&#233;tr&#244;ner l'auteur omnipotent et le porteur impotent de l'action sociale, reste &#224; pr&#233;ciser &lt;i&gt;quand et dans quelles conditions les agents deviennent acteurs et, en un sens qui ne doit plus rien aux philosophies de la conscience, sujets&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute de fournir ces pr&#233;cisions, on s'expose &#224; laisser se creuser un gouffre, qu'aucune politique de l'&#233;mancipation ne parviendrait &#224; combler, entre les le&#231;ons scientifiques des sociologues et le sens pratique des acteurs sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Entre deux politiques : r&#233;alisme et utopie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bourdieu est tent&#233; en permanence de renvoyer dos &#224; dos le conservatisme r&#233;aliste et le volontarisme utopique : cette (fausse) sym&#233;trie permet de d&#233;noncer dans l'aveuglement du second sa complicit&#233; (objective) avec le premier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entre r&#233;alisme et utopisme : Question de sociologie pp.77-78,95, Ce que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Entre la politique qui se construit en stigmatisant des &#171; d&#233;viations &#187; et une sociologie qui se l&#233;gitime en risquant de semblables op&#233;rations, faut-il choisir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant Bourdieu tente d'&#233;chapper &#224; l'alternative qu'il r&#233;cuse en tra&#231;ant les contours d'une &#171; utopie rationnelle &#187; : &#171; un utopisme sociologique, c'est-&#224;-dire r&#233;aliste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;ponses p.169-170.&#034; id=&#034;nh5-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;alisme ? &lt;/strong&gt;- L'abdication de toute rationalit&#233; n'est sans doute pas le meilleur service que la science puisse rendre &#224; la transformation sociale. Aussi quand, dans l'&#339;uvre de Bourdieu, la critique de l'Ecole d&#233;bouche sur la prescription d'une p&#233;dagogie rationnelle, quand la critique de la soci&#233;t&#233; se conclut par une utopie rationnelle, quand la critique de la politique en appelle &#224; une politique rationnelle, l'adjectif ne sera jamais de trop. Mais &#224; qui s'adresse-t-il, si le sociologue r&#233;cuse par avance ses interlocuteurs ? For&#231;ons le trait : si l'utopisme sociologique est inaudible pour les responsables politiques, &#171; tr&#232;s peu probable parmi les intellectuels &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;ponses p.170.&#034; id=&#034;nh5-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et inaccessible aux domin&#233;s, la sociologie se trouve alors dans la situation de la sociologie critique de l'Ecole de Francfort dont elle entendait pourtant se d&#233;marquer : son message s'adresse &#224; des acteurs sociaux qu'elle ne parvient &#224; identifier (quand elle y parvient) que pour mesurer la distance qui les s&#233;pare des exigences de la raison. Or, la voie existe, que la sociologie peut aider &#224; d&#233;couvrir, pour peu qu'elle se le propose, d'&lt;i&gt;une politique qui construise sa rationalit&#233; dans le cours de son d&#233;veloppement, parce qu'elle se fonderait sur la rationalit&#233;, sans doute partielle, toujours fragile, de ses acteurs&lt;/i&gt;. Bourdieu ne dit pas autre chose, mais il ne le dit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, la renonciation &#224; l'universalit&#233;, au nom d'un relativisme g&#233;n&#233;ralis&#233;, ne serait sans doute pas le meilleur service que la science pourrait rendre &#224; sa vocation &#233;mancipatrice. Et Bourdieu de montrer comment l'universel se construit &#224; travers les int&#233;r&#234;ts particuliers. Mais pourquoi cette universalit&#233; est-elle attach&#233;e de fa&#231;on si insistante (ou unilat&#233;rale) &#224; la vocation des intellectuels ? Afin de justifier son appel aux intellectuels pour qu'ils d&#233;fendent l'autonomie de leur champ - au nom d'un &#171; corporatisme de l'universel &#187; - Bourdieu place sur un m&#234;me plan toutes les forces qui compromettent cette autonomie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous nous r&#233;f&#233;rons ici au &#171; Post-scriptum &#187; des R&#232;gles de l'Art, d&#233;j&#224; cit&#233;.&#034; id=&#034;nh5-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nul, ici du moins, ne songera &#224; nier la puissance des forces de restauration qui menacent une autonomie ch&#232;rement conquise. Mais pourquoi s'en tenir aux partages d&#233;j&#224; institu&#233;s et aux luttes qui se livrent -, litt&#233;ralement, en champ clos - du c&#244;t&#233; des dominants ? Peut-on n&#233;gliger le surgissement de nouvelles figures de l'intellectualit&#233; et tenir pour secondaire le &#171; corporatisme de l'universel &#187; &#224; l'&#339;uvre dans certains mouvements sociaux ? Bourdieu ne dit pas autre chose, mais il ne le dit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend alors que la solitude de la sociologie n'est l'effet d'une certaine posture que parce qu'elle proc&#232;de d'un biais th&#233;orique : Bourdieu qui se m&#233;fie du biais intellectualiste quand il affecte la construction des objets de la sociologie est moins vigilant quand ce biais affecte ses le&#231;ons&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le biais intellectualiste, cf., notamment, Choses dites p.113, R&#233;ponses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, si la science elle-m&#234;me &#233;tablit qu'elle ne d&#233;tient pas plus le monopole de l'universalit&#233; qu'elle ne d&#233;tient le monopole de la rationalit&#233;, l'affirmation hautaine de sa sup&#233;riorit&#233; et le culte solitaire de son ind&#233;pendance seraient en contradiction avec ses enseignements. On ne peut conc&#233;der d'une main ce que l'on reprend de l'autre. Si la science n'est pas la seule d&#233;positaire de la rationalit&#233; et de l'universalit&#233;, pourquoi en serait-t-elle l'ultime mesure et la seule garantie ? L'utopie, si elle existe ou peut exister, doit exister dans l'objet de la science qui entend en tracer les contours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Utopie&lt;/strong&gt;.- Bourdieu, pourtant, ne rabat pas totalement les tentatives de l'utopie sur les tentations de la magie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'&#233;quation utopie=magie, cf. notamment Le&#231;on sur la le&#231;on p.33-34.&#034; id=&#034;nh5-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : il reconna&#238;t les effets d'une &#171; certaine dose d'utopisme &#187; qui, pr&#233;sente dans les mouvements d'&#233;mancipation, &#171; peut m&#234;me contribuer &#224; cr&#233;er les conditions politiques d'une n&#233;gation pratique du constat r&#233;aliste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le&#231;on sur la le&#231;on p.20&#034; id=&#034;nh5-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et que &#171; l'utopie (...) trouve sa justification scientifique (et, sans doute, politique) dans la d&#233;molition d'&#233;vidences qu'elle op&#232;re et qui contraint &#224; porter au jour les pr&#233;suppos&#233;s de l'ordre ordinaire (...) Le paradoxe utopique brise la doxa &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Distinction. pp.463-464. Mais le m&#234;me ouvrage stigmatise l'utopisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et c'est, notamment, au nom des &#171; revendications &lt;i&gt;insoup&#231;onn&#233;es&lt;/i&gt; qui ont &#233;t&#233; port&#233;es sur la place publique par les mouvements &#233;cologiques, antiracistes ou f&#233;ministes (entre autres) (...) &#187; qu'il en appelle &#224; un &#233;largissement de la vision politique (p.942, c'est moi qui souligne). Mais du m&#234;me coup, les mouvements sociaux sont cr&#233;dit&#233;s d'un pouvoir de r&#233;v&#233;lation qui loin s'abaisser les ambitions de la science appelle au contraire &#224; en rehausser les exigences. Comment ne pas reconna&#238;tre alors que c'est le changement social lui-m&#234;me qui est habit&#233; d'une utopie rationnelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La t&#226;che politique de la science sociale &#187; serait alors moins de &#034;travailler &#224; d&#233;finir un utopisme rationnel &#187; que d'y &#034;contribuer &#187;, en armant les agents sociaux qui sont directement impliqu&#233;s dans sa mise en mouvement, &#034;de la connaissance du probable pour faire advenir le possible &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La t&#226;che politique de la science sociale est de se dresser &#224; la fois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et Bourdieu est, sans nul doute engag&#233; dans cette t&#226;che quand il r&#233;cuse avec raison les reproches de fatalisme fond&#233; sur la confusion entre le certain et le probable et affirme son &#171; refus du sociologisme qui traite le probable comme un destin &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Question de sociologie p.40 et Le&#231;on sur la le&#231;on p.20.&#034; id=&#034;nh5-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais si le probable n'abolit pas la possibilit&#233; - c'est-&#224;-dire l'utopie de bon aloi - comment Bourdieu pense-t-il le possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement pas selon le mod&#232;le de la cr&#233;ation pure - l'impr&#233;visible nouveaut&#233; d'un Bergson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que Bourdieu lui-m&#234;me mentionne : Homo Academicus p.212.&#034; id=&#034;nh5-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Certainement pas non plus selon le mod&#232;le de la pr&#233;formation germinale, qui r&#233;duit le possible &#224; l'accessible inscrit dans un patrimoine (ici social) de champs de forces h&#233;rit&#233;s et d'habitus contract&#233;s : le possible ne se laisse pas rabattre sur le probable, du moins si l'on entend par l&#224;, la plus forte probabilit&#233;. Le probable, en effet, se situe &#224; l'embranchement de deux vari&#233;t&#233;s du possible : le possible avalis&#233; qui se r&#233;duit &#224; l'accessible et le possible contrari&#233; qui s'ouvre &#224; l'&#233;ventualit&#233; ; le probable ouvre sur deux modalit&#233;s d'action : celle de la rationalisation du probable qui le reconduit et le renforce et celle du refus du probable qui l'infl&#233;chit ou le d&#233;joue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or pour contrecarrer le probable - pour introduire des &#171; &#233;l&#233;ments modificateurs &#187;, selon une expression que Bourdieu emprunte &#224; Auguste Comte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le&#231;on sur la le&#231;on p.20.&#034; id=&#034;nh5-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; - il faut savoir et pouvoir s'appuyer sur les forces qui ne le rendent que probable : chez Bourdieu, les conditions de mise en mouvement de ces forces restent g&#233;n&#233;ralement opaques. Il faut, en outre, d&#233;terminer quelles sont ces possibilit&#233;s qui permettraient de d&#233;jouer le probable, et quels en sont les effets attendus : entre l'inflexion et la subversion du probable, l'&#233;ventail est large. Or chez Bourdieu le contenu, mais aussi le statut de la possibilit&#233; restent, en g&#233;n&#233;ral, ind&#233;termin&#233;s. Tant&#244;t il s'agit, semble-t-il, de la probabilit&#233; la plus faible, dont il s'agirait d'augmenter le chiffre. Tant&#244;t, et plus nettement, il s'agit de &#171; l'&#233;ventualit&#233; refus&#233;e &#187;, qui esquisse une alternative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que parler veut dire p.161.&#034; id=&#034;nh5-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il s'agit rarement d'une possibilit&#233; contrari&#233;e qu'il conviendrait de lib&#233;rer, f&#251;t-ce au prix d'une rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Source&lt;/strong&gt; Article paru dans &#171; Sociologies &#187; n&#176;19-20 de la revue &lt;i&gt;Futur ant&#233;rieur&lt;/i&gt;, 1993.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ouvrages cit&#233;s dans cet article (dans leur &#233;dition originale) - . &lt;i&gt;La Distinction&lt;/i&gt; (1979), &lt;i&gt;Le Sens pratique&lt;/i&gt; (1980), &lt;i&gt;Questions de Sociologie&lt;/i&gt; (1980), &lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on&lt;/i&gt; (1982), &lt;i&gt;Ce que parler veut dire&lt;/i&gt; (1982), &lt;i&gt;Homo Academicus&lt;/i&gt; (1984), &lt;i&gt;Choses dites&lt;/i&gt; (1987), &lt;i&gt;La Noblesse d'Etat&lt;/i&gt; (1989), &lt;i&gt;R&#233;ponses&lt;/i&gt; (1992), &lt;i&gt;Les R&#232;gles de l'Art&lt;/i&gt; (1992) , &lt;i&gt;La Mis&#232;re de Monde&lt;/i&gt; (1993).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Retour &#224; la note 12...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur l'effet par soi lib&#233;rateur d'une connaissance qui l&#232;ve les effets de la m&#233;connaissance, c'est-&#224;-dire de la violence symbolique, cf. par exemple &lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on &lt;/i&gt;p.20-21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Non pas enfermer les agents sociaux dans une &#171; nature &#187;, mais de &#171; leur offrir la &lt;i&gt;possibilit&#233;&lt;/i&gt; d'assumer leur habitus sans culpabilit&#233; ni souffrance &#187; &lt;i&gt;Question de sociologie&lt;/i&gt; p.428.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Question de sociologie&lt;/i&gt; pp.42-43, &lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;pp.181-182.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Il y a, quoiqu'en dise Marx, une philosophie de la mis&#232;re (...) Surtout lorsqu'ils sont les adeptes d'une philosophie eschatologique de l'histoire, les sociologues se sentent socialement mandat&#233;s, et mandat&#233;s pour donner sens et raison, voire pour mettre de l'ordre et assigner des fins. Aussi ne sont-ils pas les mieux plac&#233;s pour comprendre la mis&#232;re des hommes sans qualit&#233;s sociales, qu'il s'agisse de la r&#233;signation tragique des vieillards abandonn&#233;s &#224; la mort sociale des h&#244;pitaux et des hospices, de la soumission silencieuse des ch&#244;meurs ou de la violence d&#233;sesp&#233;r&#233;e de ces adolescents qui cherchent dans l'action r&#233;duite &#224; l'infraction un moyen d'acc&#233;der &#224; une forme reconnue d'existence sociale &#187;&lt;i&gt; (Le&#231;on sur la le&#231;on &lt;/i&gt;pp.51-53).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;La Noblesse d'Etat,&lt;/i&gt; Quatri&#232;me partie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.172 et &lt;i&gt;MM&lt;/i&gt; p.941.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et cette politique-l&#224;, que le mouvement ouvrier a historiquement manqu&#233;e, doit, pierre &#224; pierre, &#234;tre reconstruite.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on &lt;/i&gt;pp.29&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce double usage, cf. &lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.171, 182-183&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L&#233;gitimation, manipulation, rationalisation : cf.,&lt;i&gt; Question de sociologie&lt;/i&gt; pp.26-27, Ce que parler veut dire pp.161, &lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on &lt;/i&gt;pp.27-28, &lt;i&gt;Choses dites &lt;/i&gt;pp.65-66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour conjurer &#171; la menace de politisation &#187; (&lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on &lt;/i&gt;pp.26-27), qu'il attribue aussi bien &#224; la demande proph&#233;tique (&lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;pp.159-161) qu'&#224; la demande bureaucratique (&lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;pp.208 sq.), Bourdieu s'en remet &#224; l'autonomie de la sociologie (&lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;pp.pp.161, 171 et &lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on &lt;/i&gt;p.32) dont la n&#233;cessit&#233;, mais aussi la possibilit&#233; seraient fond&#233;es sur l'absence de &#171; demande pour un discours scientifique en sciences sociales &#187; : la sociologie serait &#034;une science sociale sans base sociale &#187; (&lt;i&gt;Choses dites &lt;/i&gt;p.65-66, mais aussi &lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on &lt;/i&gt;pp.31-32 et &lt;i&gt;Question de sociologie&lt;/i&gt;, pp.47-49).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette solitude : &lt;i&gt;Question de sociologie&lt;/i&gt;, pp.41-42&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on &lt;/i&gt;p.25-26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que r&#233;sume &#171; l'antinomie de la domination &#187;, qui voue &#171; souvent &#187; les domin&#233;s &#224; l'alternative entre la collaboration &#224; leur exclusion et la collaboration avec les dominants : &lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.59-60 (et Wacquant, &lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.28).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la juv&#233;nilit&#233; : &lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.166. Sur le ressentiment : &lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on &lt;/i&gt;p.26, 28-29, &lt;i&gt;Homo Academicus &lt;/i&gt;p.222.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Champ, luttes et conflits : &lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.77-78, &lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on p.46-47&lt;/i&gt;. Champ et agents : &lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.82-84, &lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on &lt;/i&gt;p.46-47,&lt;i&gt; La Noblesse d'Etat &lt;/i&gt;p.195&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'habitus est un &#171; syst&#232;me de de dispositions, c'est-&#224;-dire de virtualit&#233;s, de potentialit&#233;s &#187; (&lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.108-110).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur l'habitus et l'agent, et le d&#233;passement de l'alternative entre sujet et structure : &lt;i&gt;Choses dites &lt;/i&gt;19, 78. &lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.95-97, p.114-115. Sur la r&#233;introduction de l'agent, non comme individu empirique mais comme individu construit : &lt;i&gt;Choses dites &lt;/i&gt;p.61, &lt;i&gt;Homo Academicus &lt;/i&gt;p.36-37&lt;i&gt;, R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.82-83, 102.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entre r&#233;alisme et utopisme :&lt;i&gt; Question de sociologie&lt;/i&gt; pp.77-78,95, &lt;i&gt;Ce que parler veut dire&lt;/i&gt; pp.161, &lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;pp.169-170.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.169-170.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.170.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous nous r&#233;f&#233;rons ici au &#171; Post-scriptum &#187; des &lt;i&gt;R&#232;gles de l'Art&lt;/i&gt;, d&#233;j&#224; cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le biais intellectualiste, cf., notamment, &lt;i&gt;Choses dites &lt;/i&gt;p.113, &lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.49-50, &lt;i&gt;Ce que parler veut dire&lt;/i&gt; p.13, et, plus g&#233;n&#233;ralement &lt;i&gt;Le Sens pratique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur l'&#233;quation utopie=magie, cf. notamment &lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on &lt;/i&gt;p.33-34.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on &lt;/i&gt;p.20&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Distinction.&lt;/i&gt; pp.463-464. Mais le m&#234;me ouvrage stigmatise l'utopisme pratique des intellectuels p.428 et 596.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La t&#226;che politique de la science sociale est de se dresser &#224; la fois contre le volontarisme irresponsable et le scientisme fataliste, de travailler &#224; d&#233;finir un utopisme rationnel en usant de la connaissance du probable pour faire advenir le possible &#187;&lt;i&gt; (R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.169-170). On peut confronter avec ces formulations ant&#233;rieures, apparemment moins pr&#233;cises et plus nuanc&#233;es : &#171; La science sociale &lt;i&gt;n'aurait pas trop mal rempli son contrat&lt;/i&gt; si elle pouvait se dresser &#224; la fois contre le volontarisme irresponsable et contre le scientisme fataliste : &lt;i&gt;si elle pouvait contribuer tant soi peu &#224; d&#233;finir&lt;/i&gt; l'utopisme rationnel capable de jouer de la connaissance du probable pour faire advenir le possible &#187; (&lt;i&gt;Question de sociologie&lt;/i&gt; pp.74-75).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Question de sociologie&lt;/i&gt; p.40&lt;i&gt; &lt;/i&gt;et&lt;i&gt; Le&#231;on sur la le&#231;on &lt;/i&gt;p.20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que Bourdieu lui-m&#234;me mentionne :&lt;i&gt; Homo Academicus &lt;/i&gt;p.212.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on &lt;/i&gt;p.20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ce que parler veut dire&lt;/i&gt; p.161.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La radicalit&#233; de Pierre Bourdieu </title>
		<link>https://henri-maler.fr/La-radicalite-de-Pierre-Bourdieu.html</link>
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		<dc:date>2015-07-23T09:33:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Pierre Bourdieu</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos de &lt;i&gt;Pierre Bourdieu, Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique.&lt;/i&gt; Textes choisis et pr&#233;sent&#233;s par Franck Poupeau et Thierry Diecepolo.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Bourdieu-Foucault-et-alii-.html" rel="directory"&gt;Bourdieu, Foucault et alii&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Pierre-Bourdieu-+.html" rel="tag"&gt;Pierre Bourdieu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L86xH150/arton15-745ae.jpg?1726251035' class='spip_logo spip_logo_right' width='86' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; propos de &lt;i&gt;Pierre Bourdieu, Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique.&lt;/i&gt; Textes choisis et pr&#233;sent&#233;s par Franck Poupeau et Thierry Discepolo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Editions Agone, f&#233;vrier 2002, 487 pages, 32,95 euros.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Article publi&#233; dans &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2002/09/MALER/9376&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; par les &#233;ditions Agone, qui viennent de le r&#233;imprimer apr&#232;s l'incendie qui a d&#233;truit tous leurs stocks, ce livre de Pierre Bourdieu, &#171; oubli&#233; &#187; par les grands m&#233;dias, restitue un parcours de quarante ann&#233;es d'interventions publiques et permet de mesurer la constance, la diversit&#233; et la coh&#233;rence d'un engagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un engagement qui, n'en d&#233;plaise &#224; ceux qui pr&#233;f&#232;rent l'ignorer, n'a pas l'&#226;ge de sa visibilit&#233; m&#233;diatique : contemporain des premiers travaux du sociologue sur l'Alg&#233;rie (et contre le colonialisme), il n'a pas cess&#233; apr&#232;s cette date. Sans doute a-t-il connu des inflexions significatives, mais, m&#234;me dans ses versions officielles et institutionnelles - les propositions pour la r&#233;forme de l'enseignement sup&#233;rieur, par exemple -, il ne s'est jamais confondu avec une vision &#233;tatique de la soci&#233;t&#233; et de la politique. Sa radicalit&#233;, d&#233;mocratique et souvent libertaire, ne date pas de 1995, quand tous les ma&#238;tres tanceurs qui tr&#244;nent dans les m&#233;dias ont commenc&#233; &#224; se coaliser pour d&#233;plorer une radicalisation qu'ils mesuraient &#224; l'aune de leurs abdications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes choisis par Franck Poupeau et Thierry Discepolo mettent en &#233;vidence que, plus diverse qu'on ne le croit commun&#233;ment, la liste des fronts d'intervention de Pierre Bourdieu sociologue correspond &#224; peu pr&#232;s &#224; celle des &#233;crits de sa bibliographie. Ainsi, malgr&#233; la multiplication des cibles, l'engagement public de Pierre Bourdieu est toujours rest&#233;, pour l'essentiel, celui d'un &#171; intellectuel sp&#233;cifique &#187;, au sens o&#249; l'entendait Michel Foucault : hostile aux essayistes sp&#233;cialis&#233;s dans l'occupation des m&#233;dias dominants et aux experts sp&#233;cialis&#233;s dans la rationalisation de la domination ; soucieux de mettre une connaissance rigoureuse au service de transformations sociales effectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut alors v&#233;rifier la coh&#233;rence de cet engagement sp&#233;cifique, non pour lui d&#233;livrer d'embl&#233;e un certificat de validit&#233;, mais pour b&#233;n&#233;ficier de ses apports. Parce que toute sa sociologie d&#233;tourne de cette funeste illusion, le &#171; militantisme sociologique &#187; de Pierre Bourdieu n'a rien &#224; voir avec un quelconque scientisme doctrinaire qui pr&#234;terait &#224; la science le pouvoir exorbitant de transformer la soci&#233;t&#233; en la soumettant &#224; ses d&#233;crets. En revanche, Bourdieu enseigne qu'il faut conna&#238;tre les inerties sociales qui s'opposent &#224; la transformation de la soci&#233;t&#233; (et au r&#244;le que peut pr&#233;tendre y jouer la connaissance scientifique) si l'on veut vraiment la transformer et voir cette connaissance prendre la part modeste, mais parfois d&#233;cisive, qui peut lui revenir dans cette transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi Bourdieu fut &#224; la fois un d&#233;fenseur farouche de l'autonomie du champ intellectuel et, plus tardivement, comme il le reconna&#238;t lui-m&#234;me, un d&#233;fenseur ardent de la transgression des limites de la biens&#233;ance acad&#233;mique qui pr&#233;tend pr&#233;server la puret&#233; de la connaissance en confinant ses acteurs dans l'enceinte du Savoir. C'est pourquoi, au nom de la m&#234;me exigence, Bourdieu, en d&#233;pit ou plut&#244;t &#224; cause de sa notori&#233;t&#233;, en appelait &#224; la constitution d'un intellectuel collectif propre &#224; d&#233;jouer l'individualisme narcissique de ceux qui se consacrent prioritairement aux m&#233;dias qui les consacrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment favoriser la circulation entre les savoirs militants et les contributions savantes, s'il est vrai - comme Pierre Bourdieu le savait fort bien - que les premiers portent, par et dans l'action, des connaissances qui ne sont pas de simples pr&#233;jug&#233;s ? Et quels rapports &#233;tablir entre l'investissement dans la recherche, voire l'engagement militant du chercheur en sa qualit&#233; de chercheur, et l'engagement militant dans les combats quotidiens, s'il est vrai que le militantisme scientifique bien fond&#233; ne se confond pas avec le carri&#233;risme acad&#233;mique bien compris ? Ces questions, parce qu'elles renvoient &#224; des tensions qui ne peuvent pas &#234;tre totalement r&#233;sorb&#233;es, restent ouvertes. Pierre Bourdieu, en s'effor&#231;ant de contribuer &#224; l'existence d'un mouvement social europ&#233;en, avait choisi de les affronter, sans rien renier des exigences que les textes r&#233;unis ici restituent pleinement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Editions Agone, f&#233;vrier 2002, 487 pages, 32,95 euros.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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