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	<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>&#201;mancipation III. D&#233;mocratie et appropriation sociale (1)</title>
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		<dc:date>2022-06-09T05:38:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'appropriation sociale</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-l-appropriation-sociale-+.html" rel="tag"&gt;Marx et l'appropriation sociale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-la-democratie-25-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L108xH150/arton69-4c83b.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='108' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; dans un cahier intitul&#233; &lt;i&gt;&#201;mancipation &lt;/i&gt;et sous-titr&#233;&lt;i&gt; Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suppl&#233;ment &#224; Critique communiste, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voir enfin d'article les circonstances et le sommaire de de sa publication.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contribution comporte de s&#233;v&#232;res amputations qui seraient inexcusables si elle pr&#233;tendait proposer un expos&#233; complet : &lt;br class='manualbr' /&gt;- Elle se tient dans les limites du commentaire des textes de Marx et d'Engels, avec tous les risques d'une ex&#233;g&#232;se repli&#233;e sur elle-m&#234;me et (provisoirement &#8230;) indiff&#233;rente aux &#233;laborations th&#233;oriques ult&#233;rieures ainsi qu'aux le&#231;ons th&#233;oriques que l'on pourrait extraire de l'histoire ou plut&#244;t d'une r&#233;flexion sur l'histoire. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Elle n'aborde la question de la socialisation de la production que dans la mesure o&#249; cette socialisation est indissociable de ses formes, sans remettre en discussion &#8211; du moins directement &#8211; ni la dynamique du capitalisme qui la rend possible et ni la perspective elle-m&#234;me. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Elle n'aborde, la question des formes de la socialisation que dans la mesure o&#249; elle est indissociable de la forme de la domination politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NB : je n'ai pas respect&#233; cette limite.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif est de trouver une &#233;bauche de r&#233;ponse &#224; cette double question : Quelle forme de domination politique peut &#234;tre une forme d'&#233;mancipation sociale ? Quelles formes d'&#233;mancipation sociale peuvent &#234;tre mises en &#339;uvre sous la domination du prol&#233;tariat ? Autrement dit, j'essaie de traiter des rapports (&#233;nigmatiques) entre une forme de domination (politique) et les formes (sociales) d'&#233;mancipation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut poser cette question, comme le fait Jacques Texier comme celle des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissant provisoirement de c&#244;t&#233; l'interpr&#233;tation controvers&#233;e de la Commune de Paris comme forme politique de la dictature du prol&#233;tariat et/ou de l'&#233;mancipation du travail, je ne retiendrai - pour que la discussion puisse se poursuivre, bien que des d&#233;saccords ou des incompr&#233;hensions subsistent sur les points jusqu'ici abord&#233;s - que le minimum consensuel sur la forme de domination politique elle-m&#234;me. J'ai pris le risque de ressasser des questions rebattues pour proc&#233;der &#224; une mise au point&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres de Marx et Engels se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;I. Trois questions pr&#233;alables&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La question de l'&#233;mancipation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de Marx vise, dans le monde capitaliste qu'il voit se renforcer sous ses yeux, une double s&#233;paration o&#249; s'inscrivent la domination et l'exploitation :&lt;br class='manualbr' /&gt;- la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat est en m&#234;me temps la s&#233;paration entre l'individu concr&#232;tement socialis&#233; et le citoyen abstrait. Dans cette s&#233;paration sont inscrits les m&#233;rites et les limites de l'&#233;mancipation politique. Les m&#233;rites, car cette s&#233;paration met un terme &#224; l'unit&#233; de la domination politique et de l'oppression sociale, caract&#233;ristique de la relation f&#233;odale. Les limites, car l '&#233;mancipation politique, y compris dans ses formes les plus d&#233;mocratiques, s&#233;pare l'homme de lui-m&#234;me. Elle confie au citoyen abstrait &#224; une communaut&#233; r&#233;elle mais illusoire qui garantit des droits effectifs mais priv&#233;s de contenu. Et elle abandonne l'individu r&#233;el &#224; une soci&#233;t&#233; d&#233;chir&#233;e, o&#249; il ne peut r&#233;aliser ses potentialit&#233;s. Autant dire sa libert&#233;. L'&#233;mancipation politique n'est donc pas le dernier mot de l'&#233;mancipation humaine. La &#171; vraie d&#233;mocratie &#187; suppose de surmonter la s&#233;paration : telle est la premi&#232;re conclusion de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons un peu. La s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat s'enracine dans le d&#233;chirement de la soci&#233;t&#233; civile. Marx pense d'abord se d&#233;chirement comme le r&#232;gne de l'homme &#233;go&#239;ste : la guerre de chacun contre tous. On sait que ce d&#233;chirement est pour lui, en v&#233;rit&#233;, domin&#233; par l'existence de classes non seulement distinctes ou in&#233;gales, mais antagonistes. Autant dire que cette premi&#232;re s&#233;paration s'enracine dans la seconde : la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production est synonyme d'appropriation priv&#233;e des moyens de production : priv&#233;e, c'est-&#224;-dire non pas (ou, pas seulement) individuelle, mais privative. Elle est priv&#233;e, parce les autres en sont exclus. Priv&#233;e, c'est-&#224;-dire exclusive : non seulement juridiquement mais effectivement exclusive. La propri&#233;t&#233; ou l'appropriation priv&#233;e, ce n'est pas une propri&#233;t&#233; ou une appropriation individuelle, purement juridique ou marchande, mais une propri&#233;t&#233; ou une appropriation dont les producteurs sont exclus : parce qu'ils n'exercent aucun pouvoir sur la finalit&#233; de la production, la r&#233;partition des produits, l'organisation de la production. Voil&#224; pourquoi appropriation exclusive et exploitation sont synonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la double s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat et entre les travailleurs et les moyens de production sont inscrits la domination et l'exploitation que Marx, dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; pr&#233;sente comme un double esclavage. Surmonter ces s&#233;parations - les d&#233;passer comme on le dit souvent, les abolir comme on le dit parfois - implique de les r&#233;sorber, faute de pouvoir totalement les supprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; quelques h&#233;sitations et ambigu&#239;t&#233;s, Marx ne propose pas de r&#233;aliser la libert&#233; de tous par la pure et simple absorption du politique par le social. Il pense l'existence d'un pouvoir public, d&#233;barrass&#233; de toutes les fonctions oppressives et r&#233;pressives qui r&#233;sultent in&#233;vitablement de la division de la soci&#233;t&#233; en classes. Voil&#224; ce que signifie tr&#232;s exactement le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; quelques h&#233;sitations et ambigu&#239;t&#233;s, Marx ne propose pas de r&#233;aliser la libert&#233; de tous par la pure et simple r&#233;unification entre le travailleur et ses propres moyens de production. Il pense l'existence d'une appropriation collective et non exclusive des moyens de production, plac&#233;s directement sous le contr&#244;le des producteurs. Voil&#224; ce que signifie tr&#232;s exactement l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les conditions et les formes de cette double &#233;mancipation. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La question des formes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en admettant qu'un programme ne saurait &#234;tre qu'une esquisse, une esquisse des formes politiques et des formes sociales de la transition au communisme - strat&#233;giquement n&#233;cessaires &#224; la transition au communisme - est indispensable. Il faut rompre radicalement avec la sous-estimation marxienne de cette question (quels que soient les rectificatifs apport&#233;s par Marx et Engels dans le cours de leur cheminement) et avec les pr&#233;suppos&#233;s th&#233;oriques de cette sous-estimation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'en remettre au mariage al&#233;atoire entre une tendance immanente &#224; l'histoire et des circonstances historiques particuli&#232;res est th&#233;oriquement douteux et peut devenir politiquement d&#233;sastreux. En l'absence d'un projet fond&#233; sur l'esquisse des formes, il devient difficile de d&#233;m&#234;ler en th&#233;orie et en pratique ce que sont les formes impos&#233;es par les circonstances et les formes ad&#233;quates &#224; l'histoire : et notamment entre les reculs tactiques et les retraites strat&#233;giques, voire les reniements catastrophiques. Dans le cours de la r&#233;volution russe, L&#233;nine est sans doute celui qui, plus que tout autre, s'est efforc&#233; de faire la part entre les choix impos&#233;s par les circonstances particuli&#232;res et les options fond&#233;es sur le projet g&#233;n&#233;ral, mais au risque de voir les reculs impos&#233;s ou ent&#233;rin&#233;s miner le projet lui-m&#234;me : non seulement sa r&#233;alisation, mais m&#234;me sa conception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les &#171; lacunes &#187; ou les &#171; erreurs &#187; ne sont pas totalement ind&#233;pendantes de l'h&#233;ritage : Marx et Engels &#233;prouvent des difficult&#233;s &#224; penser ensemble les formes de l'appropriation publique et les formes de l'appropriation coop&#233;rative et &#224; penser ensemble les formes de la domination politique et les formes de l'&#233;mancipation sociale. C'est ce que je voudrais mettre en &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. La question de la transition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transition au communisme se pr&#233;sente d'abord comme transition d'une soci&#233;t&#233; domin&#233;e par une organisation sociale &#233;chappant &#224; la volont&#233; des hommes &#224; une soci&#233;t&#233; o&#249; les hommes en ma&#238;trisant les conditions de la production, ma&#238;trisent leur propre socialisation. Ce passage peut &#234;tre pr&#233;sent&#233; en des termes variables : d'une version faible qui &#233;voque un contr&#244;le conscient &#224; une version forte qui culmine dans une ma&#238;trise int&#233;grale. Dans tous les cas, le ressort de ce contr&#244;le et de cette ma&#238;trise est constitu&#233; par la planification. &#192; supposer qu'une telle planification ne comporte pas des traits intrins&#232;quement illusoires ou d&#233;sastreux, son contenu est indissociable de ses formes. Cette planification repose sur des conditions juridiques et politiques : l'instauration d'une propri&#233;t&#233; et d'une d&#233;lib&#233;ration publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transition au communisme se pr&#233;sente ensuite comme transition d'une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la s&#233;paration entre les producteurs et les moyens de production &#224; une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la r&#233;sorption aussi compl&#232;te que possible de cette s&#233;paration. Ce passage peut &#234;tre pr&#233;sent&#233;, en termes faibles, comme contr&#244;le du travailleur collectif sur le proc&#232;s de travail et l'organisation de la production ou, en termes forts, comme r&#233;appropriation individuelle des moyens de production. Dans tous les cas, le ressort de ce contr&#244;le collectif et de cette r&#233;appropriation individuelle est constitu&#233; par une forme de coop&#233;ration. &#192; supposer que cette coop&#233;ration ne comporte pas des traits intrins&#232;quement illusoires ou d&#233;sastreux, son contenu est indissociable de ses formes. Cette coop&#233;ration repose sur des conditions juridiques et politiques : l'attribution d'une pouvoir de d&#233;cision et de gestion fond&#233;e sur la d&#233;mocratie directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, &#224; supposer qu'au terme de la transition le pouvoir public puisse n'&#234;tre qu'un moment particulier de l'association des producteurs, il ne peut exister imm&#233;diatement de fusion entre les formes politiques et les formes sociales. Quoi qu'il en soit &#233;galement, il n'existe pas de convergence spontan&#233;e entre la coordination de la production dans son ensemble et la coop&#233;ration productive dans l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite de ce texte n'a d'autre ambition que de parcourir les d&#233;tours et d'examiner les recoins de l'argumentation de Marx et d'Engels sur ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;center&gt;II. Figures de l'appropriation sociale&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me semble que l'on peut soutenir qu'il existe chez Marx et Engels deux pr&#233;sentations diff&#233;rentes des formes de l'appropriation sociale, en partie successives, en partie contemporaines. Ces formes, g&#233;n&#233;ralement distinctes, sont parfois donn&#233;e comme convergentes ; mais elles ne sont pas v&#233;ritablement pens&#233;es jusqu'au bout&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je m'inspire (tr&#232;s) librement de l'analyse de Jean Robelin. (Jean Robelin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La figure &#233;tatique de l'appropriation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re figure de l'appropriation sociale - la forme sous laquelle peut et doit s'effectuer le processus de l'appropriation sociale &#8211; est &lt;i&gt;la figure &#233;tatique de l'appropriation&lt;/i&gt;. Elle appara&#238;t dans toute sa nettet&#233; dans &lt;i&gt;Le Manifeste&lt;/i&gt; qui pr&#233;conise, parmi les mesures imm&#233;diates prises par le prol&#233;tariat au pouvoir, la centralisation et l'appropriation &#233;tatiques : l'appropriation proprement dite se traduisant &#224; la fois par l'intervention despotique dans le droit de propri&#233;t&#233; et les rapports de production et par la planification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;sentation est contemporaine - il faut le souligner - d'une critique des coop&#233;ratives (du moins dans la version propos&#233;e par Proudhon et exp&#233;riment&#233;e par les proudhoniens) qui ne retient rien de la contribution &#233;ventuelle des coop&#233;ratives &#224; la socialisation de la production. Et cette figure d'une socialisation par &#233;tatisation domin&#233;e par le prol&#233;tariat persistera bien au-del&#224;, notamment dans &lt;i&gt;l'Anti-D&#252;ring&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la forme &#233;tatique de la socialisation est indissociable de la forme de l'&#201;tat lui-m&#234;me. Marx et Engels, dans le &lt;i&gt;Manifest&lt;/i&gt;e, ne soul&#232;vent pas cette question, pour une raison tr&#232;s simple : ils ne lient pas la conqu&#234;te de la domination politique du prol&#233;tariat &#224; la destruction de la machine d'&#201;tat l&#233;gu&#233;e par l'&#201;tat de classe. La centralisation des moyens de production, la propri&#233;t&#233; &#233;tatique de ces moyens, la planification de leur usage, l'intervention &#233;tatique dans le droit de propri&#233;t&#233; et les rapports de production suffisent alors, &#224; leur yeux, &#224; ouvrir la transition au communisme. Un pas d&#233;cisif est donc franchi par Marx quand la forme politique de l'appropriation sociale est pr&#233;sent&#233;e comme une forme d&#233;mocratique d&#233;barrass&#233;e de la bureaucratie et de la repr&#233;sentation proprement politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on est claire, m&#234;me si elle n'est pas explicitement formul&#233;e : la forme &#233;tatique de la socialisation est indissociable de la forme d&#233;mocratique sp&#233;cifique de cette &#201;tat. Telle est la premi&#232;re le&#231;on de la Commune. Mais ce n'est peut-&#234;tre pas la principale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme r&#233;publicaine-communale de la domination politique est aussi une forme d'appropriation publique. Mais, &#224; suivre cette pente, tout semble indiquer que la forme politique et la forme sociale de l'appropriation se confondent, au risque de laisser persister le despotisme d'usine. La forme d&#233;mocratique - r&#233;publicaine et communale - de la socialisation para&#238;t insuffisante. Il ne suffit pas que l'&#201;tat de transition r&#233;sorbe la bureaucratie et transgresse les modalit&#233;s de repr&#233;sentation inscrites dans la s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat pour que cet &#201;tat ne reconduise pas la s&#233;paration entre les producteurs et les moyens de production et, ce faisant, l'ensemble des rapports de production capitalistes qui s'inscrivent dans cette s&#233;paration. Sans doute est-ce la raison pour laquelle Marx, dans &lt;i&gt;La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; met en avant les coop&#233;ratives et leur coordination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit alors se tourner vers la seconde forme de socialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 2. La figure coop&#233;rative de l'appropriation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde figure de l'appropriation sociale est &lt;i&gt;la figure coop&#233;rative de l'appropriation&lt;/i&gt;. La perspective de la socialisation coop&#233;rative est renvoy&#233;e &#224; la transition ouverte par la conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat : la critique de la forme coop&#233;rative comme forme directe de l'appropriation qui s'effectuerait sans changements des conditions g&#233;n&#233;rales (qu'il s'agisse du maintien de domination politique de la bourgeoisie et/ou des rapports marchands) est &#233;videmment maintenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme coop&#233;rative de socialisation est indissociable de la conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat qui seule peut cr&#233;er les conditions d'une socialisation effective. Telle est le fondement de la pol&#233;mique conduite par Marx et Engels dans plusieurs directions : contre Proudhon et contre Ferdinand Lassalle notamment. Mais ce qui est d'abord pr&#233;sent&#233; comme la r&#233;alisation d'exp&#233;riences doctrinaires vou&#233;es &#224; l'&#233;chec (&lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;) qui d&#233;tournent le prol&#233;tariat de la lutte pour le pouvoir (&lt;i&gt;Le 18 Brumaire&lt;/i&gt;) et/ou de la lutte pour l'abolition du capitalisme est pr&#233;sent&#233; peu &#224; peu dans sa dimension essentielle : &#224; l'&#233;conomie politique du capital, les coop&#233;ratives opposent l'&#233;conomie politique de la classe ouvri&#232;re - dont la port&#233;e &#233;mancipatrice d&#233;pend de la prise du pouvoir et du d&#233;passement du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la g&#233;n&#233;ralisation des coop&#233;ratives, la transformation de l'association des producteurs en une mosa&#239;que d'entreprises autog&#233;r&#233;es est une g&#233;n&#233;ralisation d'une forme exclusive de propri&#233;t&#233; ne connaissant entre elles d'autres m&#233;diations que celles de l'&#233;change, de la concurrence, bref du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on est claire m&#234;me si elle n'est pas explicitement formul&#233;e : il ne suffit pas de cr&#233;er des coop&#233;ratives, voire m&#234;me de demander &#224; l'&#201;tat de les soutenir pour franchir les limites de l'ordre social existant. Livr&#233;es &#224; elles-m&#234;mes, les coop&#233;ratives sont vou&#233;es &#224; l'&#233;chec. Aid&#233;es par l'&#201;tat, elles ne peuvent pas attendre de cet accouplement que celui-ci jette les bases d'un d&#233;passement du capitalisme. En revanche, sous la domination du prol&#233;tariat et sous r&#233;serve de prendre place dans un processus plus large incluant l'appropriation publique, elles sont indispensables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi un nouveau pas est franchi par Marx et Engels, quand ils exposent la n&#233;cessaire liaison entre d'une part les formes politiques et les formes de la socialisation et entre deux formes de socialisation. Mais quels sont les rapports entre forme politique et formes sociales et quel est le rapport entre les deux formes sociales ? La r&#233;ponse est &#224; peine esquiss&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait s'attendre alors &#224; ce que Marx et Engels proposent de distinguer deux niveaux de socialisation, rev&#234;tant des formes sp&#233;cifiques, mais rigoureusement articul&#233;s entre eux. La r&#233;alit&#233; (th&#233;orique) est beaucoup plus ambigu&#235;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; s'efforce de penser ensemble les formes de la domination politique et les formes de l'&#233;mancipation sociale et, particuli&#232;rement les formes de la socialisation. Mais force est de constater que le r&#233;sultat est inachev&#233;. La transition au communisme co&#239;ncide donc avec le processus d'abolition du capitalisme et d'appropriation commune des moyens de production. En quoi consiste cette appropriation commune ? Marx propose deux formulations successives. Selon la premi&#232;re (premier essai de r&#233;daction), Marx invite le prol&#233;tariat &#224; r&#233;aliser la &#171; la lib&#233;ration des formes sociales de production telles qu'elles existent dans l'organisation actuelle du travail (engendr&#233;es par l'industrie moderne) &#187; et &#224; &#171; r&#233;aliser la coordination harmonieuse de ces formes sur le plan national et international &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La guerre civile en France, p.216&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais quelles sont ces formes sociales qu'il s'agit de lib&#233;rer et de coordonner ? Marx n'en dit rien, mais on peut l&#233;gitimement penser qu'il s'agit des formes des production qui ont pour base la coop&#233;ration et qui se d&#233;ploient avec le machinisme et la grande industrie. S'agit-il des formes de la grande industrie priv&#233;e transform&#233;e en soci&#233;t&#233;s par action ou les formes coop&#233;ratives ? S'agit-il de lib&#233;rer les formes capitalistes de leur d&#233;termination sociale capitalistes et/ou de donner &#224; la coop&#233;ration et &#224; l'appropriation une nouvelle forme sociale ? Celle des coop&#233;ratives pr&#233;cis&#233;ment. Selon la seconde formulation (r&#233;daction d&#233;finitive), il s'agit de parvenir &#224; la r&#233;gulation planifi&#233;e de la production nationale par l'ensemble des coop&#233;ratives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 46. Le deuxi&#232;me essai de r&#233;daction ne dit rien &#224; ce propos.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on laisse (provisoirement&#8230;) de c&#244;t&#233; la question du contenu de la planification (son objet, sa mesure), deux questions restent en suspens :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Quelle forme rev&#234;t cet &#171; ensemble des associations coop&#233;ratives &#187; ? Quelle est la forme de coordination de cette ensemble ? Une f&#233;d&#233;ration ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Quelle est la forme que rev&#234;t la r&#233;gulation planifi&#233;e ? D&#233;pend-elle directement de l'ensemble des coop&#233;ratives (leur f&#233;d&#233;ration) ou de l'ensemble des Communes (leur f&#233;d&#233;ration), c'est-&#224;-dire l'&#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, une fois encore, quels ont les rapports entre les deux formes de la socialisation (l'appropriation publique et l'appropriation coop&#233;rative) et quels sont les rapports entre ces formes de l'appropriation sociale et la forme &#233;tatique de la domination politique du prol&#233;tariat ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;III. Apories de l'appropriation sociale&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt; &lt;center&gt;Du rapport entre les formes de socialisation&lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re question : quelle est le rapport entre les deux formes de l'appropriation sociale ? Ces deux formes ou ces deux moment de l'association ne sont, ni th&#233;oriquement ni surtout pratiquement, logiquement et spontan&#233;ment imbriqu&#233;s, voire fusionn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elles ne sont pas dissoci&#233;es (ou quand la coop&#233;rative n'est pas purement et simplement &#171; oubli&#233;e &#187;), la tendance des textes de Marx consiste &#224; r&#233;partir entre elles deux fonctions diff&#233;rentes : la planification centralis&#233;e et la gestion coop&#233;rative. Les conditions et les formes de la n&#233;cessaire combinaison de l'appropriation publique (ou indirecte) et de l'appropriation sociale (et directe) ne sont pas clairement expos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux figures de la socialisation, tant qu'elles sont dissoci&#233;es ou quand elles sont dissoci&#233;es, soul&#232;vent des probl&#232;mes ou se traduisent par des tendances divergentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Quelle(s) n&#233;gation (s) de l' appropriation priv&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Deux n&#233;gations ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La socialisation de la production est d'abord socialisation des forces productives (forces de travail et moyens de production) : elle consiste, dans un m&#234;me mouvement, dans l'abolition de l'appropriation priv&#233;e des moyens de production (c'est-&#224;-dire dans la pleine reconnaissance de leur caract&#232;re social) et dans l'abolition de l'appropriation priv&#233;e des forces de travail et de leur coop&#233;ration (c'est &#224;-dire dans la pleine reconnaissance &#224; du caract&#232;re social du proc&#232;s de production). Autrement dit, la socialisation des forces productives implique, dans un m&#234;me mouvement, la socialisation des moyens de production et la socialisation de la force de travail : l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et l'abolition du salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dissociation des deux figures de la socialisation est tendanciellement une dissociation de cette double socialisation. La socialisation par l'&#233;tatisation tend &#224; privil&#233;gier la socialisation des moyens de production : leur appropriation &#233;tatique ou publique. La socialisation par la coop&#233;rative tend &#224; privil&#233;gier la socialisation de la force de travail : l'appropriation collective et autog&#233;r&#233;e des moyens et du proc&#232;s de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, l'&#233;tatisation est une forme de socialisation des moyens de production qui a comme corr&#233;lat la militarisation des forces de travail : ainsi, la m&#233;taphore de l'arm&#233;e du travail n'est pas seulement une m&#233;taphore. La coop&#233;ration sous la forme des coop&#233;ratives met en jeu la socialisation des moyens de production (qui d&#233;fait leur appropriation priv&#233;e) et celle de la force de travail (qui d&#233;fait le despotisme d'entreprise) : mais elle a pour corr&#233;lat le maintien d'entreprises ind&#233;pendantes (et, &#224; ce titre, priv&#233;es) soumises &#224; la loi du march&#233; ou, plus exactement, &#224; la valorisation de la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution de Marx qui, dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, pr&#233;conise l'&#233;tatisation des moyens de production et n&#233;glige les solutions coop&#233;ratives, et finit, dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, par pr&#233;senter les soci&#233;t&#233;s par action comme une transition n&#233;gative du capitalisme au communisme, dont le revers positif est constitu&#233; par les coop&#233;ratives, laisse penser que l'&#233;tatisation ne se voit plus reconna&#238;tre ses vertus primitives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx distingue, dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, deux formes de n&#233;gation de l'appropriation priv&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de l'appropriation priv&#233;e : les coop&#233;ratives et les soci&#233;t&#233;s par action. Les soci&#233;t&#233;s par action et les usines coop&#233;ratives apparaissent ainsi comme des formes de transition vers un nouveau mode de production. Mieux : Marx souligne que ces deux formes sont essentiellement diff&#233;rentes, voire contradictoires, puisque les soci&#233;t&#233;s par action r&#233;solvent n&#233;gativement la contradiction entre l'ancien et le nouveau que les coop&#233;ratives r&#233;solvent positivement. Les premi&#232;res font encore signe vers l'appropriation capitaliste, les secondes font signe vers l'appropriation socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Marx ne trie pas toutes les cons&#233;quences de son diagnostic. C'est ainsi qu'il n'h&#233;site pas &#224; &#233;crire que &#171; Il faut consid&#233;rer les entreprises capitalistes par actions, et, &lt;i&gt;au m&#234;me titre&lt;/i&gt; les usines coop&#233;ratives comme des formes de transition du mode capitaliste de production au mode collectiviste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, Livre Troisi&#232;me, t.1, p.106 .C'est moi qui souligne.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette mise en &#233;quivalence ouvre la voie au retour de la figure de la socialisation sous la forme exclusive de l'&#233;tatisation. Comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le comprendre, il faut s'arr&#234;ter un instant sur le r&#244;le reconnu aux soci&#233;t&#233;s par actions. &#171; R&#233;sultat du d&#233;veloppement supr&#234;me de la production capitaliste &#187;, elles constituent un point de transition n&#233;cessaire pour deux rasions convergentes mais diff&#233;rentes puisqu'elles forment selon Marx, &#171; &lt;i&gt;le point par o&#249; passe n&#233;cessairement la reconversion du capital en propri&#233;t&#233; des producteurs&lt;/i&gt; non plus comme propri&#233;t&#233; priv&#233;e des producteurs particuliers, mais en tant que propri&#233;t&#233; des producteurs associ&#233;s &#187; ainsi que &#171; &lt;i&gt;le point par o&#249; passe la transformation de toutes les fonctions du proc&#232;s de reproduction encore attach&#233;s &#224; la propri&#233;t&#233; du capital en simples fonctions des producteurs associ&#233;s&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, Livre Troisi&#232;me, t.1, p.102-103. C'est moi qui souligne.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cons&#233;quence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Une seule n&#233;gation ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces deux n&#233;gations de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, Engels souvent ne retiendra que la dynamique d'&#233;tatisation, au point de n&#233;gliger le r&#244;le des coop&#233;ratives (&#224; l'exception notable de sa &lt;i&gt;Pr&#233;face&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;La Guerre Civile en France&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Le retour de l'&#233;tatisation coup&#233;e de la coop&#233;ration appara&#238;t quand pr&#233;vaut la perspective d'une transformation des soci&#233;t&#233;s par action en propri&#233;t&#233; d'&#201;tat, notamment dans l' &lt;i&gt;Anti-Duhring&lt;/i&gt; qu'Engels ach&#232;ve de r&#233;diger en 1878&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anti-Duhring, p. 316-317, 319.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est confirm&#233;e dans &lt;i&gt;Socialisme utopique et socialisme &lt;/i&gt;scientifique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions sociales, &#233;ditions bilingues, p. 167-175.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; On notera qu'Engels n'&#233;voque les coop&#233;ratives que dans le contexte d'une critique des utopistes et pr&#233;sente la coop&#233;ration comme une stade et non comme une forme fondamentale que l'on retrouve dans les formes suivantes. L'&#233;tatisation capitaliste pr&#233;pare la socialisation, comprise comme prise en charge directe et sans d&#233;tour des forces productives par la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la &lt;i&gt;Critique du Programme d'Erhrfurt&lt;/i&gt;, Engels r&#233;it&#232;re et surench&#233;rit au point de voir dans les trusts un point de passage vers la planification : &#171; La production capitaliste des soci&#233;t&#233;s par actions n'est d&#233;j&#224; plus une production priv&#233;e, mais une production pour le compte d'un grand nombre d'associ&#233;s. Et si nous passons des soci&#233;t&#233;s par actions aux trusts qui se soumettent et monopolisent des branches enti&#232;res de l'industrie, alors&lt;i&gt; ce n'est pas seulement la fin de la production priv&#233;e, mais encore la cessation de l'absence de plan&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique des programmes de Gotha et d'Erfurt, p.96.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; suivre cette pente, l'&#233;tatisation menace d'absorber la socialisation ou la socialisation de se r&#233;duire au couplage entre l'&#233;tatisation (certes prol&#233;tarienne&#8230;) et la planification (sans doute d&#233;mocratique&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La n&#233;gligence, voire l'omission, de l'importance des coop&#233;ratives (de l'autogestion) menace gravement l'ensemble du projet d'&#233;mancipation, notamment parce qu'elle laisse au second plan (voire fait dispara&#238;tre) la question du despotisme d'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ouvre ici une parenth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Parenth&#232;se sur la coop&#233;ration et le despotisme d'entreprise&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#233;galement, sur cette question, Antoine Artous, Marx, l'&#201;tat et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref rappel. Marx pr&#233;sente la coop&#233;ration simple comme la forme simple de la soumission formelle du travail au capital qui &#8211; c'est d&#233;cisif &#8211; demeure sous-jacente aux formes de la soumission r&#233;elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cap I, 2 p. 20, 27, Kap, p, 377, M61 p. 264, 377. J'abr&#232;ge ainsi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus exactement, c'est avec la coop&#233;ration que s'effectue le passage la subsomption simplement formelle &#224; la subsomption r&#233;elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M61, p. 272, 273.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La direction de la coop&#233;ration capitaliste rev&#234;t une forme sp&#233;cifique : au lieu d'&#234;tre une &#171; fonction particuli&#232;re du travail &#224; c&#244;t&#233; d'autres fonctions particuli&#232;res &#187;, elle est la puissance qui r&#233;alise l'unit&#233; de travailleurs &#171; comme une unit&#233; qui leur est &#233;trang&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M61, p. 273.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plac&#233;e &#171; sous le commandement du m&#234;me capitaliste &#171; , la coop&#233;ration prend la forme d'un travail planifi&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap. 362, 366, 371,Cap I, 2, p. 16, &#171; planifi&#233; &#187; dispara&#238;t p. 18, mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'abord &#171; cons&#233;quence formelle &#187; du travail aux ordres du capitaliste, ce commandement devient une exigence fonctionnelle de l'ex&#233;cution du proc&#232;s de travail proprement dit. Mieux : &#171; en tant que fonction sp&#233;cifique du capital, la fonction de direction acquiert des caract&#232;res sp&#233;cifiques &#187; et rev&#234;t une forme despotique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap, p. 372, Cap I, 2, p. 23-25.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ou, comparaison d&#233;cisive : la coop&#233;ration rev&#234;t la forme d'une arm&#233;e qui repose sur une hi&#233;rarchie militaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap, p. 374, Cap. I, 2, p. 24. L'organisation militaire du travail sera plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, la direction du proc&#232;s de travail, au lieu d'&#234;tre une simple fonction particuli&#232;re au sein de ce proc&#232;s, devient fonction exclusive et despotique du capital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap, p. 374, Cap I, p. 24.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus exactement, ce sont &#224; la fois l'association des producteurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M61, p. 271, Manuscrits de 1857-1858 (&#171; Grudrisse &#187;), t.2,, p. 75-77.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et la direction du proc&#232;s de travail qui deviennent - ali&#233;nation - des fonctions du capital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De ces deux aspects, le premier &#8211; sur lequel insistent les Grundrisse &#8211; est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage de la d&#233;possession impliqu&#233;e dans le proc&#232;s de travail capitaliste &#224; la r&#233;appropriation collective de ce proc&#232;s - la restitution au travailleur collectif des conditions de sa coop&#233;ration - suppose &#171; la propri&#233;t&#233; commune des moyens de production &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap. p. 376.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (). Cette propri&#233;t&#233; commune ne peut pas &#234;tre exclusivement publique, elle doit &#234;tre &#233;galement coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. D&#233;rives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est surtout dans les textes d'Engels (sauf erreur ou omission de ma part) que l'on peut relever une pr&#233;sentation de plus en plus p&#233;rilleuse. Marx souligne fortement le contraste entre le despotisme de organisation du travail et l'anarchie de la production. Que l'on puisse pr&#233;senter ce contraste comme une contradiction fait probl&#232;me (en quoi consiste pr&#233;cis&#233;ment la &#171; contradiction &#187; ?), surtout si cette contradiction, syst&#233;matiquement soulign&#233;e par Engels, doit &#234;tre r&#233;solue par la suppression d'un seul de ses termes : l'anarchie de la production. &#192; suivre cette pente, on mesure o&#249; elle risque de conduire : le transfert de l'arm&#233;e industrielle plac&#233;e sous le commandement du capital dans l'entreprise &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Un premier glissement engage sur cette pente : la pr&#233;sentation du despotisme comme une forme de direction ind&#233;pendante de tout &#233;tat social (Engels, &#171; De l'autorit&#233; &#187;).&lt;br class='manualbr' /&gt;- Un second glissement &#8211; que l'on ne trouve pas directement chez Engels, me semble-t-il &#8211; menace de s'ensuivre aussit&#244;t : la pr&#233;sentation de la planification comme transfert de l'organisation du travail dans l'entreprise &#224; l'organisation d'ensemble de la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robelin (que je suis tr&#232;s librement ici, une fois encore) ajoute au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;taphore militaire (du commandement des hommes) cesse alors d'&#234;tre une simple m&#233;taphore et la m&#233;taphore administrative (de l'administration des choses) devient l'enveloppe d'une militarisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e des forces de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'absence de toute reprise sous le contr&#244;le des producteurs de leur propre association dans la coop&#233;ration et de la direction du proc&#232;s de travail, la socialisation se transforme en g&#233;n&#233;ralisation de l'entreprise capitaliste ; l'association des producteurs se r&#233;sume dans la formation d'une seule entreprise d'&#201;tat ; la socialisation se confond avec la g&#233;n&#233;ralisation du despotisme d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe aucune raison s&#233;rieuse d'imputer &#224; Marx et Engels une telle d&#233;rive. Mais, dans la mesure o&#249; ils sugg&#232;rent que deux formes de socialisation oppos&#233;es (soci&#233;t&#233;s par action et coop&#233;ratives) indiquent la m&#234;me tendance, l'on a pu conclure qu'elles pr&#233;paraient au m&#234;me titre l'appropriation individuelle. Or leur nature et leur destin divergent. Les coop&#233;ratives tendent &#224; r&#233;duire la disjonction entre le travail et le capital que les soci&#233;t&#233;s par action tendent &#224; amplifier. De l&#224; deux d&#233;passements possibles de l'appropriation priv&#233;e : par g&#233;n&#233;ralisation des coop&#233;ratives et par acc&#233;l&#233;ration des monopoles. Il appara&#238;t donc que la contradiction entre socialisation des forces productives et appropriation priv&#233;e peut se r&#233;soudre de deux fa&#231;ons distinctes voire oppos&#233;es : par la socialisation du travail ou la socialisation du capital ; en d'autres termes, gr&#226;ce &#224; l'appropriation des forces productives (moyens de production) par l'&#233;tatisation ou gr&#226;ce appropriation du proc&#232;s de production par la coop&#233;rative. Or non seulement ces deux modalit&#233;s de reconnaissance de la socialisation des forces productives ne s'additionnent pas, mais elles s'opposent, comme les capitaux associ&#233;s par &#233;tatisation et les producteurs associ&#233;s par coop&#233;ration. Deux n&#233;gations de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ne font pas une solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, de l'aveu m&#234;me de Marx, la contradiction entre socialisation des forces productives et appropriation priv&#233;e se double d'une contradiction entre socialisation du travail et socialisation du capital. Tant que la seconde domine, il appara&#238;t que la bourgeoisie n'a pas &#233;puis&#233; son r&#244;le r&#233;volutionnaire. Mais, plus encore, le dilemme entre extrapolation utopique et anticipation utopique est ici &#224; son comble. Si rel&#232;ve de l'extrapolation utopique la volont&#233; de supprimer les effets en gardant la cause (supprimer la monnaie en gardant la valeur, le capitalisme en gardant la production marchande), alors supprimer la s&#233;paration des moyens de production en gardant la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; et de l'&#201;tat rel&#232;ve de l'utopie : le prol&#233;tariat ne peut s'approprier les moyens de production (appropriation sociale) qu'en surmontant la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; et de l'&#201;tat. Or, tant que se probl&#232;me n'est pas r&#233;solu, la socialisation, m&#234;me par l'improbable g&#233;n&#233;ralisation des coop&#233;ratives, rel&#232;ve de l'anticipation utopique. C'est pourquoi les contradictions latentes, mais dans l'histoire des marxismes appel&#233;es &#224; devenir explosives, entre les formes de la socialisation, correspondant &#224; la diff&#233;rence de leur objet, se r&#233;fractent dans les contradictions relatives &#224; leurs modalit&#233;s, c'est-&#224;-dire aux formes politiques de l'&#233;mancipation, auxquelles nous sommes, une fois encore, renvoy&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;IV. Apories de l'&#233;mancipation&lt;/strong&gt; &lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Du rapport entre domination politique et l'appropriation sociale&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me question : quel est le rapport entre la forme du pouvoir politique et les formes de l'appropriation sociale. Quand elles ne sont pas juxtapos&#233;es (ou la socialisation rabattue sur la planification centralis&#233;e), la tendance de Marx et d'Engels est de dissimuler le probl&#232;me derri&#232;re l'invocation d'une fantomatique &#171; soci&#233;t&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La forme enfin trouv&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;publique-communale est la forme enfin trouv&#233;e de l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat, c'est que la forme communale-r&#233;publicaine de la domination politique du prol&#233;tariat n'est pas une fin, mais un moyen. Elle doit en effet remplir deux fonctions, en principe, indissociables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- En tant que forme de domination politique &#8211; en tant qu'&#201;tat politique ajust&#233; &#224; la domination du prol&#233;tariat &#8211; elle doit permettre de poursuivre la lutte des classes jusqu'&#224; leur abolition. Et cela sur deux fronts : la lutte contre les tentatives violentes de contre-r&#233;volution et la lutte pour l'accomplissement de la r&#233;volution sociale, qui suppose une intervention proprement politique dans les rapports de propri&#233;t&#233; et les rapports de production capitalistes. C'est ce que souligne fortement le premier essai de r&#233;daction &lt;i&gt;de La Guerre Civile en France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 215-216.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Mais en m&#234;me temps cette forme de domination politique doit &#234;tre une forme politique de l'&#233;mancipation sociale, non seulement par ce qu'elle intervient dans l'expropriation des expropriateurs, mais parce qu'elle doit favoriser l'appropriation sociale des moyens de production et d'&#233;change et la ma&#238;trise du processus de production et de distribution. C'est encore ce que souligne fortement le premier essai de r&#233;daction &lt;i&gt;de La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; (p. 216 notamment).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la domination du prol&#233;tariat comporte n&#233;cessairement deux faces : une face destructive et r&#233;pressive et une face constructive et expansive. La lutte des classes et ses conditions d&#233;cident des rythmes et des modalit&#233;s particuli&#232;res, des avanc&#233;es et des reculs : c'est ce dont Marx est parfaitement conscient. C'est encore ce que souligne fortement le premier essai de r&#233;daction &lt;i&gt;de La Guerre Civile en France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 216 notamment.).&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Les circonstances historiques, en contraignant &#224; privil&#233;gier la premi&#232;re fonction, peuvent conduire &#224; reculer, voire &#224; abandonner l'accomplissement de la seconde. Dans ce dernier cas, la d&#233;faite serait d&#233;j&#224; consomm&#233;e. Telle est la le&#231;on th&#233;orique et strat&#233;gique que l'on peut tirer de l'exp&#233;rience historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune en fournissant &#171; &#224; la R&#233;publique la base d'institutions d&#233;mocratiques &#187; n'atteint pas ainsi &#171; son but dernier &#187;. C'est en poursuivant son but qu'elle assure vraiment la domination politique du prol&#233;tariat. Elle &#233;tait la &#171; forme politique enfin trouv&#233;e qui permettait de r&#233;aliser l'&#233;mancipation &#233;conomique du travail &#187;. En effet : &#171; Sans cette derni&#232;re condition, la Constitution communale e&#251;t &#233;t&#233; une impossibilit&#233; et un leurre. La domination politique du prol&#233;tariat ne peut coexister avec l'&#233;ternisation de son esclavage social &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 45.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette domination politique doit &#234;tre imm&#233;diatement li&#233;e &#224; l'&#233;mancipation sociale. La forme de la domination (politique) doit &#234;tre la forme politique de l'&#233;mancipation (sociale)... la forme politique n&#233;cessaire &#224; l'expropriation des expropriateurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 46.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les probl&#232;mes n'en sont pas r&#233;solus pour autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Les probl&#232;mes en suspens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sorption de la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production passe par l'abolition de l'appropriation priv&#233;e et exclusive. Mais l'appropriation collective et commune rev&#234;t n&#233;cessairement deux formes distinctes, du moins initialement : l'appropriation publique par l'&#201;tat et l'appropriation collective par les travailleurs. Telle est du moins la le&#231;on la plus s&#251;re que l'on peut retenir, malgr&#233; tout, des arguments successifs et parfois dissoci&#233;s de Marx et Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport entre la forme politique de la domination et la forme sociale de son &#233;mancipation soul&#232;ve alors deux probl&#232;mes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Le probl&#232;me du rapport entre la forme de domination politique et la forme de l'appropriation par l'&#201;tat : entre la forme sp&#233;cifique de l'&#201;tat de transition et la forme de contr&#244;le sur les moyens de production. On peut consid&#233;rer que seul un &#201;tat qui tend &#224; r&#233;sorber la scission qu'ent&#233;rinent et reconduisent la repr&#233;sentation proprement politique et l'administration bureaucratique permet d'opposer effectivement l'appropriation publique &#224; l'appropriation priv&#233;e et/ou bureaucratique ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Le probl&#232;me du rapport entre la forme de domination politique et la forme de l'appropriation coop&#233;rative. La solution de ce probl&#232;me est loin d'&#234;tre claire &#224; mes yeux (brouill&#233;s - c'est mon excuse - par la bu&#233;e qui s'&#233;chappe des textes de Marx et Engels&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accoupler d&#233;mocratie et autogestion promet de beaux rejetons, pour peu que l'on r&#233;ponde &#224; deux questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Quel type d'ing&#233;rence du pouvoir politique (au niveau communal comme au niveau global) dans la sph&#232;re de la production coop&#233;rative ? La planification de transition ne peut prendre la forme de la planification communiste. Sinon elle risque de reconduire ou de laisser rena&#238;tre les formes bureaucratiques d'exercice du pouvoir d'&#201;tat et les formes despotiques de direction du travail coop&#233;ratif. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Quelle distinction et quels rapports entre les formes socialis&#233;s de coop&#233;ration et les formes d&#233;mocratis&#233;es de l'&#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* Apr&#232;s Marx&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Marx et Engels, les r&#233;gressions et les apories se sont multipli&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique de l'&#233;tatisation, non seulement menace de se replier vers des formes de propri&#233;t&#233; et d'appropriation proprement capitalistes (capitalisme d'&#201;tat, nationalisations), mais livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me elle menace de laisser subsister les effets de la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production dans l'entreprise. Soit tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment le despotisme d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re r&#233;gression commence quand l'appropriation publique est effectu&#233;e par un &#201;tat politique s&#233;par&#233; qui confie &#224; des gouvernants dominant les gouvern&#233;s les fonctions de direction et de gestion des entreprises &#8220; socialis&#233;es &#8221; : on aura reconnu l&#224; le destin de l'URSS sous Staline, quand la d&#233;formation bureaucratique devient la structure bureaucratique d'une dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde r&#233;gression &#8211; il n'est pas besoin d'argumenter longuement &#8211; commence quand, sous la domination politique de la bourgeoisie, les nationalisations (le cas &#233;ch&#233;ant assortie d'une gestion d&#233;mocratique) sont pr&#233;sent&#233;es comme une forme de socialisation : on aura reconnu les avatars de la d&#233;mocratie avanc&#233;e et autre bimbeloteries du PCF sous Georges Marchais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux impasses de l'autogestion, souvent tributaires des impasses de l'&#233;tatisation, elles ont trop souvent invit&#233; &#224; renoncer &#224; sa perspective. Mais &#224; quel prix ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Source&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler,&lt;i&gt; &#201;mancipation - Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus, &lt;/i&gt;suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques textes r&#233;unis sous ce titre n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s, initialement, en vue d'une publication, mais en vue d'une discussion, au sein d'un groupe de travail - &#171; D&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale &#187; - dont l'activit&#233; a permis de pr&#233;parer une journ&#233;e d'&#233;tude en juin 2001 : les contributions parues dans la revue &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt; rendent compte de cette journ&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis&#232;re la marxologie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
I. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-I-Democratie-revolution-emancipation-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'&#201;tat et la politique&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-II-Democratie-revolution-emancipation-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. D&#233;mocratie et appropriation sociale (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation chez Marx et Engels. Ci-dessus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. D&#233;mocratie et appropriation sociale (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution&lt;/i&gt; : &lt;i&gt; Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;http://athena.henri-maler.fr/Emancipation-IV-Democratie-et-appropriation-sociale-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NB : je n'ai pas respect&#233; cette limite.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut poser cette question, comme le fait Jacques Texier comme celle des rapports entre d&#233;mocratie et autogestion : &#8220; &#233;tant accord&#233; que la soci&#233;t&#233; alternative au capitalisme s'appelle socialisme ou communisme, quel r&#244;le doivent y jouer la d&#233;mocratie d'une part et l'autogestion d'autre part ? Ou pour radicaliser notre interrogation : le socialisme ou le communisme sont-ils concevables sans d&#233;mocratie et sans autogestion ? Jacques. Texier, &#171; Socialisme, d&#233;mocratie, autogestion &lt;i&gt; &#187;. La Pens&#233;e&lt;/i&gt;, n&#176; 321, janvier-mars 2000. Mais Jacques en conviendrait sans doute : ce n'est qu'un &#8211; bon &#8211; point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres de Marx et Engels se r&#233;f&#232;rent &#224; la derni&#232;re &#233;dition parue aux &#201;ditions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je m'inspire (tr&#232;s) librement de l'analyse de Jean Robelin. (Jean Robelin, &lt;i&gt;Marxisme et socialisation&lt;/i&gt;, Philosophie/M&#233;ridiens Klincksieck, 1989, Premi&#232;re partie : Figures de la socialisation.) Et je reprends, pour le pr&#233;ciser, l'expos&#233; esquiss&#233; dans &lt;i&gt;Convoiter l'impossible&lt;/i&gt; : un expos&#233; passablement &#8230; confus (cet adjectif &#233;tant choisi uniquement pour me m&#233;nager&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La guerre civile en France&lt;/i&gt;, p.216&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 46. Le deuxi&#232;me essai de r&#233;daction ne dit rien &#224; ce propos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre Troisi&#232;me, t.1, p.106 .C'est moi qui souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre Troisi&#232;me, t.1, p.102-103. C'est moi qui souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Anti-Duhring&lt;/i&gt;, p. 316-317, 319.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions sociales, &#233;ditions bilingues, p. 167-175.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique des programmes de Gotha et d'Erfurt&lt;/i&gt;, p.96.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#233;galement, sur cette question, Antoine Artous,&lt;i&gt; Marx, l'&#201;tat et la politique&lt;/i&gt;, &#233;ditions Syllepses, p. 124-127.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cap I, 2 p. 20, 27, Kap, p, 377, M61 p. 264, 377. J'abr&#232;ge ainsi respectivement &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;dition fran&#231;aise (Cap), &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, 4&#232;me &#233;dition (Kap), &lt;i&gt;Manuscrits de 1861-1863&lt;/i&gt; (M61), le tout aux &#201;ditions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M61, p. 272, 273.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M61, p. 273.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kap. 362, 366, 371,Cap I, 2, p. 16, &#171; planifi&#233; &#187; dispara&#238;t p. 18, mais appara&#238;t p. 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kap, p. 372, Cap I, 2, p. 23-25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kap, p. 374, Cap. I, 2, p. 24. L'organisation militaire du travail sera plus nettement analys&#233;e comme effet de la soumission r&#233;elle du travail au capital dans le &lt;i&gt;Chapitre in&#233;dit&lt;/i&gt; et dans les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, puis comme despotisme d'usine dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kap, p. 374, Cap I, p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M61, p. 271, Manuscrits de 1857-1858 (&#171; Grudrisse &#187;), t.2,, p. 75-77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De ces deux aspects, le premier &#8211; sur lequel insistent les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; &#8211; est effac&#233; dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kap. p. 376.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robelin (que je suis tr&#232;s librement ici, une fois encore) ajoute au transfert de l'organisation du travail &#224; l'organisation de la soci&#233;t&#233;, le transfert de l'organisation du travail &#224; l'organisation de prol&#233;tariat en classe dominante et le transfert de la discipline capitaliste &#224; la discipline prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 215-216.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p. 216 notamment.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;mancipation - IV. D&#233;mocratie et appropriation sociale (2)</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Emancipation-IV-Democratie-et-appropriation-sociale-2.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://henri-maler.fr/Emancipation-IV-Democratie-et-appropriation-sociale-2.html</guid>
		<dc:date>2022-06-09T05:35:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'appropriation sociale</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Lectures-+.html" rel="tag"&gt;Lectures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-l-appropriation-sociale-+.html" rel="tag"&gt;Marx et l'appropriation sociale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-la-democratie-25-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L90xH150/arton72-c5827.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='90' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette contribution a &#233;t&#233; publi&#233;e dans un cahier intitul&#233; &lt;i&gt;&#201;mancipation &lt;/i&gt;et sous-titr&#233;&lt;i&gt; Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suppl&#233;ment &#224; Critique communiste, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voir enfin d'article les circonstances et le sommaire de de sa publication.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agone, 2001. Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres de Marx et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Cher Yves,&lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;J'aborde ici ton livre (dont les num&#233;ros de page sont mentionn&#233;s entre parenth&#232;ses) sans rien changer aux &#171; d&#233;clarations d'intention &#187;, auxquelles j'ai tent&#233; de me conformer dans mes tentatives de discussion des livres de Jacques Texier et d' Antoine Artous : avancer patiemment et prudemment des arguments (parfois ressass&#233;s), prendre le temps de clarifier (ne serait-ce que pour moi-m&#234;me ) les termes de la discussion, ne pas pr&#233;juger des divergences avant qu'elles soient, quand elles existent, effectivement v&#233;rifi&#233;es. C'est pourquoi je te propose, pour commencer, de dissiper quelques malentendus auxquels tu prends le risque de t'exposer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Au risque des malentendus ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Un nouveau projet ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Un projet post-communiste ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu te donnes pour objectif de &#171; redonner corps &#224; la perspective de la transformation sociale et rapprocher ceux qui n'ont pas renonc&#233; &#187; (p. 8). C'est sans doute parce que tu vises ce rapprochement, sans poser de pr&#233;alables th&#233;oriques et politiques, que tu pr&#233;sentes des analyses et des propositions qui ne font r&#233;f&#233;rence ni &#224; la soci&#233;t&#233; vis&#233;e par la transformation sociale (et que nous avions pris l'habitude de qualifier de &#171; communiste &#187;) ni &#224; l'h&#233;ritage th&#233;orique de Marx et des interpr&#233;tations diversement marxistes de l'histoire post&#233;rieure &#224; la fin de la Premi&#232;re Internationale (pour prendre un rep&#232;re historique assez simple). Je vois dans ce silence, non pas le sympt&#244;me d'un reniement, mais l'effet d'une option politique somme toute l&#233;gitime : ne pas pr&#233;juger, &#224; l'aube d'un nouveau d&#233;bat qui int&#233;resse des acteurs sociaux qui n'ont pas forc&#233;ment &#171; baign&#233; dans ce jus-l&#224; &#187;, des r&#233;f&#233;rences et des titres de l&#233;gitimit&#233; qui seraient les plus f&#233;conds. Mais ce souci d'efficacit&#233; d&#233;mocratique de la discussion ne doit pas &#233;luder les probl&#232;mes. C'est ce que j'essaierai de v&#233;rifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Un projet post-strat&#233;gique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu revendiques une d&#233;marche programmatique o&#249;, comme nous le savons gr&#226;ce &#224; des &#233;changes personnels et comme tu le rel&#232;ves publiquement, nos points de vue convergent : en finir avec la sous-estimation chronique des questions th&#233;oriques et politiques des formes sociales, politiques et juridiques - pensables et possibles - de l'&#233;mancipation. En un mot : &lt;i&gt;pas de strat&#233;gie sans projet&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en mettant l'accent sur le projet (et les propositions qu'il appelle), tu relativises la question de l'agencement des forces et des moyens qui permettraient de l'accomplir. Tu en conviendrais sans doute : &lt;i&gt;pas de projet sans strat&#233;gie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois encore dans ta discr&#233;tion sur ce point l'effet d'une option politique compr&#233;hensible : subordonner la question des moyens &#224; celle des fins et donc de ne pas poser comme pr&#233;alable au d&#233;bat sa formulation traditionnelle : &#171; r&#233;forme ou r&#233;volution &#187;. C'est ce que tu soulignes toi-m&#234;me quand, apr&#232;s avoir soulign&#233; que les voies d'une rupture avec le capitalisme peuvent prendre des formes diverses, tu ajoutes : &#171; dans tous les cas demeure la question de la crise r&#233;volutionnaire et de l'affrontement. (&#8230;.) Ces questions ne peuvent pas &#234;tre &#233;vacu&#233;es. Elles ne sont pas toutefois imm&#233;diatement &#224; l'ordre du jour. C'est pourquoi il serait erron&#233; de faire de la question du sch&#233;ma strat&#233;gique de la transformation sociale un discriminant du regroupement de tous ceux qui n'ont pas renonc&#233; &#187; (p. 194, 196). Mais, une fois encore, ce souci d&#233;mocratique ne doit pas &#233;luder les probl&#232;mes. C'est aussi ce que j'essaierai de v&#233;rifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Une nouvelle d&#233;marche ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sentation que tu adoptes ne r&#233;pond pas seulement &#224; des pr&#233;occupations politiques imm&#233;diates, li&#233;es notamment aux conditions requises pour engager une regroupement des forces disponibles &#224; une v&#233;ritable alternative : ton livre est fond&#233; sur un bilan des &#233;checs ou trag&#233;dies du si&#232;cle pass&#233; qui t'incite &#224; repenser la d&#233;marche n&#233;cessaire &#224; la construction de cette alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Bilan&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ton bilan de la social-d&#233;mocratie-europ&#233;enne (p. 8 et 11-14) ne me pose pas de probl&#232;mes particuliers, celui que tu tires des partis communistes me semble excessivement bienveillant, surtout si on le confronte &#224; celui que tu proposes &#8211; sans am&#233;nit&#233; &#8211; de l'extr&#234;me-gauche. Je veux bien, avec quelques autres (dont toi-m&#234;me sans doute&#8230;) me pr&#233;senter, sur la future Place de la R&#233;volution, la corde au cou, pour que nous soyons punis de nos aberrations et de nos aveuglements, &#8230; si l'histoire (m&#234;me la petite&#8230;), pourtant avare de sentences d&#233;finitives, ne nous avaient pas d&#233;j&#224; jug&#233;s. Mais que ce soit au moins pour des aberrations et des aveuglements effectifs : ils ne manquent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, je ne crois pas que ce soit parce que nous avons gard&#233; les yeux riv&#233;s sur la R&#233;volution (la contestation &#171; revendicationiste &#187; et les conditions de la prises du pouvoir) au lieu de penser en termes de projet, que nous sommes rest&#233;s en panne. C'est aussi parce que, quel qu'ait &#233;t&#233; l'&#233;tat dans lequel nous avons laiss&#233; le projet, la strat&#233;gie elle-m&#234;me &#233;tait min&#233;e par ses (Allez ! Ne poussons pas trop loin le repentir !)&#8230;insuffisances&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce titre, la pol&#233;mique que tu engages contre Daniel Bensa&#239;d me semble (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, quelles que soient les carences ind&#233;niables de tous les projets, esquiss&#233;s ou pratiqu&#233;s au nom de la transformation sociale, ce n'est seulement (ni m&#234;me peut-&#234;tre principalement) sur le &lt;i&gt;contenu&lt;/i&gt; des propositions de transformation que l'on ne peut plus se satisfaire de g&#233;n&#233;ralit&#233;s, mais sur sur les &lt;i&gt;formes&lt;/i&gt; de mise en &#339;uvre de ce contenu, qui seules permettent d'en v&#233;rifier la validit&#233; et la port&#233;e &#233;mancipatrice. C'est sur point, solidaire d'un refus d'envisager les formes de l'avenir sous couvert de refuser de les prescrire (un refus qui trouve ses racines du c&#244;t&#233; de Marx), que les carences ont &#233;t&#233; les plus tragiques et deviennent les plus perceptibles. Ton bouquin &#8211; l&#224; est l'essentiel &#224; mes yeux &#8211; contribue &#224; les surmonter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes r&#233;serves tiennent d&#232;s lors en une formule : pour recentrer la d&#233;marche, il n'est pas souhaitable de l'inverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Perspectives&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut au contraire, encore et toujours, mais mieux que jamais, penser ensemble la strat&#233;gie et le projet. Le projet lui-m&#234;me (une &#171; utopie projective &#187;, puisque tu m'honores d'une citation&#8230;) est une pi&#232;ce ma&#238;tresse. Mais je me m&#233;fie de la tentation qui consiste &#224; &#171; commencer par les fins &#187; (pour reprendre hors de son contexte l'expression de Lucien S&#232;ve) pour cultiver un silence abyssal (ou une prudence gouvernementale &#8230;) sur les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons que tu r&#233;ouvres le chantier. Et commen&#231;ons par les r&#233;formes n&#233;cessaires : &#171; Des r&#233;formes possibles, ici et maintenant &#187;, r&#233;p&#232;tes-tu avec insistance (p. 19). Je laisse de c&#244;t&#233;, dans l'imm&#233;diat, les contenus et les formes des r&#233;formes propos&#233;es. C'est du possible dont il est question, et c'est le &#171; ici et maintenant &#187; qui fait probl&#232;me. &#171; Les r&#233;formes n&#233;cessaires, objectivement possibles, - &#233;cris-tu - ne le sont pas toujours dans le syst&#232;me actuel &#187; (p. 19). C'est plut&#244;t l'inverse qui est vrai : la plupart sont incompatibles avec ledit syst&#232;me. S'il s'agit des &#171; mesures &#224; port&#233;e de main &#187;, c'est uniquement parce qu'elles sont objectivement possibles, mais tout aussi bien rendues impossibles tant elles &#171; heurtent des aspects essentiels du syst&#232;me &#187; (p. 20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute ne faut-il pas pr&#233;juger, pour les proposer, de la profondeur des ruptures qu'elles supposent ou qu'elles engagent. La lutte pour certaines d'entre elles peut d&#233;boucher sur des r&#233;formes partielles qui sont loin d'&#234;tre m&#233;prisables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je pense notamment &#224; ce que tu proposes pour &#171; changer la vie &#187; et qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, &#224; moins de nous d&#233;guiser en niais, nous devons admettre que ce programme de lutte pour des r&#233;formes est un programme r&#233;volutionnaire : un programme pour une p&#233;riode de transition &#8211; un &#171; programme de transition &#187;. Et cette p&#233;riode de transition est conjointement une p&#233;riode de lutte pour la socialisation d&#233;mocratique de la production et des &#233;changes et pour la socialisation d&#233;mocratique des processus d'&#233;laboration et d'ex&#233;cution des choix politiques, particuli&#232;rement en mati&#232;re d'appropriation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;coupage de ton livre , si je laisse de c&#244;t&#233; le chapitre 1, distribue dans trois chapitres distincts (2, 3, 4 ) des questions, &#233;videmment indissociables, qui re&#231;oivent une r&#233;ponse qui tient deux formules : &lt;i&gt;Pas de d&#233;mocratie sans appropriation sociale&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Pas d'appropriation sociale sans d&#233;mocratie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Pas de d&#233;mocratie sans appropriation sociale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je m'en tiendrai - sous ce sous-titre, comme sous le suivant &#8211; &#224; des remarques g&#233;n&#233;rales qui invitent &#224; pr&#233;ciser la d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Le versant social de la d&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de d&#233;mocratie sans appropriation sociale, donc&#8230; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela deux raisons intimement li&#233;es que tu exposes successivement : la d&#233;mocratie est mutil&#233;e tant que l'appareil &#233;conomique est soustrait &#224; l'emprise de la soci&#233;t&#233; (&#171; La propri&#233;t&#233; priv&#233;e du capital contre la souverainet&#233; populaire &#187;, p. 30-31) ; la d&#233;mocratie est mutil&#233;e tant que l'&#233;galit&#233; des citoyens est min&#233;e par l'in&#233;galit&#233; sociale (&#171; L'&#233;galit&#233; des citoyens est illusoire &#187; p. 31-33).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; cette conclusion : l'in&#233;galit&#233; sociale et politique est &#171; consubstantielle &#187; au syst&#232;me : &#171; Elle ne diff&#233;rencie pas des individus, mais s&#233;pare des groupes. C'est l'in&#233;galit&#233; des classes sociales. On ne peut donner son plein effet &#224; la d&#233;mocratie sans rompre cette in&#233;galit&#233; sociale devant l'exercice de la citoyennet&#233;. L'appropriation sociale d'une partie de l'appareil &#233;conomique n'a pas seulement une fonction &#233;conomique. Ni seulement une fonction d&#233;mocratique en ce qu'elle restitue des capacit&#233;s de choix fondamentaux &#224; la soci&#233;t&#233; enti&#232;re. Elle a aussi une fonction d&#233;mocratique en combattant le poids politique et social des d&#233;tenteurs du capital disproportionn&#233; avec leur poids num&#233;rique &#187; (p. 33). Mais, tout aussi &#171; consubstantiels &#187; au r&#232;gne sans partage du capital &#8211; tu en conviendras ais&#233;ment &#8211; sont les deux ph&#233;nom&#232;nes que tu rel&#232;ves, parce qu'ils expliquent &#171; la faible emprise du citoyen sur la vie politique &#187; (p. 34-36) : &#171; l'isolement de l'individu et le probl&#232;me de la repr&#233;sentation &#187; : impuissance sociale et impuissance politique conjuguent leurs effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, une fois encore, c'est la socialisation d&#233;mocratique - sur les deux versants de la transformation sociale et de la transformation politique - qui est en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8230; Mais quelle appropriation sociale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la place tendanciellement dominante de l'appropriation publique, sur le r&#244;le tendanciellement dominant de la planification, sur le d&#233;p&#233;rissement des formes marchandes, s'agissant de moyens de production et des forces de travail, tes propositions contrastent suffisamment avec les illusions les plus r&#233;pandues (sur l'&#233;conomie de march&#233; qui ne serait pas solidaire d'une soci&#233;t&#233; de march&#233;, sur une &#233;conomie mixte qui ne serait pas une &#233;conomie capitaliste, sur une socialisation de la production par la g&#233;n&#233;ralisation d'un actionnariat salari&#233;), pour que je n'insiste pas outre mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mots cependant, sans entrer ici dans les d&#233;tails :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Les conditions de l'appropriation sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif majeur de toute transformation sociale est de permettre aux producteurs de ressaisir, autant que faire se peut et &#224; tous les niveaux, la d&#233;termination des finalit&#233;s de la production, de l'organisation du travail et de la r&#233;partition de son produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, se pose la question de l'autogestion (pour reprend un terme qui, comme tout le reste du vocabulaire dont nous h&#233;ritons, est pollu&#233;, mais quasi-in&#233;vitable).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. Pas d'appropriation sociale sans autogestion d&#233;mocratique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette question, voir notamment : Jacques Texier, &#171; Socialisme D&#233;mocratie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour y voir plus clair (ou moins sombre&#8230;), il faut distinguer la coop&#233;rative comme forme de propri&#233;t&#233; (distribu&#233;e entre producteurs d'une entreprise) et la coop&#233;rative comme forme de coop&#233;ration : la propri&#233;t&#233; coop&#233;rative et la gestion (ou l'autogestion) coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; coop&#233;rative est, qu'on le veuille ou non, une forme de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, dans la mesure o&#249; il s'agit d'une propri&#233;t&#233; exclusive, m&#234;me si elle repose sur une gestion ou mieux une autogestion coop&#233;rative par les producteurs-propri&#233;taires eux-m&#234;mes. Cette forme de propri&#233;t&#233; n'est peut-&#234;tre pas incompatible avec l'appropriation sociale, mais elle ne peut pas &#234;tre confondue avec elle (p. 73-74, 82-83).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, l'autogestion coop&#233;rative, non seulement peut &#234;tre compatible avec des entreprises en copropri&#233;t&#233;, mais elle doit &#234;tre tendanciellement dominante dans les entreprises publiques. Comprise ainsi (comme Marx la comprenait), la coop&#233;rative est la forme autog&#233;r&#233;e de l'appropriation publique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, voir - outre le texte de Texier pr&#233;c&#233;demment cit&#233; - ma (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes : le passage de la d&#233;possession impliqu&#233;e dans le proc&#232;s de travail capitaliste &#224; la r&#233;appropriation collective de ce proc&#232;s - la restitution au travailleur collectif des conditions de sa coop&#233;ration - suppose &#171; la propri&#233;t&#233; commune des moyens de production &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, Livre 1, traduction de la 4e &#233;dition allemande, Editions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais cette propri&#233;t&#233; commune ne peut pas &#234;tre exclusivement publique, elle suppose une appropriation coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'appropriation sociale sans comit&#233;s d'entreprise d&#233;cidant souverainement des modalit&#233;s de leur coop&#233;ration productive et de la direction de leur proc&#232;s de coop&#233;ration. C'est &lt;i&gt;le moment d&#233;mocratique essentiel de l'appropriation sociale : celui qui met un terme au despotisme d'entreprise&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est celui o&#249; la d&#233;mocratie directe et la fusion entre les fonctions d&#233;lib&#233;ratives et les fonctions ex&#233;cutives (ces derni&#232;res &#233;tant coordonn&#233;es par des responsables &#233;lus et r&#233;vocables) peuvent prendre corps. Mais - avec le soutien de Marx sur ce point aussi - on peut penser et r&#234;ver plus loin : c'est la libre f&#233;d&#233;ration des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus et r&#233;vocables de ces comit&#233;s d'entreprise qui, au sein d'une m&#234;me branche, devrait disposer d'un pouvoir de contr&#244;le et de d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur tout cela, tu avances un certain nombre de propositions qui vont dans le m&#234;me sens (p. 83-90), mais tu ne sembles pas leur accorder la place d&#233;cisive qui leur revient dans la mise en &#339;uvre effective d'une appropriation sociale qui puisse subvertir les rapports de pouvoir imbriqu&#233;s dans les rapports d'exploitation et pr&#233;venir les m&#233;canismes de d&#233;possession hi&#233;rarchique et bureaucratiques qui menacent de transformer toute propri&#233;t&#233; publique en possession exclusive et, en ce sens au moins, privative et donc priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, pr&#233;occup&#233; par les risques de repli corporatif des &#171; salari&#233;s &#187;, tu proposes d'attribuer aux utilisateurs un r&#244;le d&#233;cisif dans une gestion con&#231;ue comme tripartite. Non seulement une telle formule - &#171; le tr&#233;pied dirigeant des entreprises publiques &#187; - ent&#233;rine une fracture entre dirigeants et dirig&#233;s, mais le r&#244;le attribu&#233; aux utilisateurs m&#233;riterait d'&#234;tre pr&#233;cis&#233;. Par principe, tous les citoyens sont potentiellement des usagers, r&#233;guliers ou occasionnels, des services publics et de tous les services publics. Mais aucun citoyen n'est usager exclusif d'un seul d'entre eux et aucun groupe de citoyens ne peut pr&#233;tendre repr&#233;senter la totalit&#233; des usagers. Quant &#224; imaginer que chaque citoyen serait amen&#233; &#224; prendre part &#224; tous les d&#233;bats, c'est r&#234;ver d'un temps et d'une disponibilit&#233; quasi-infinie. Personne ne contestera que des associations particuli&#232;res, volontairement constitu&#233;es par des citoyens qui privil&#233;gient leur intervention dans tel ou tel domaine des services publics, puissent jouer un r&#244;le utile. Mais, sans parler du morcellement de l'intervention citoyenne qui r&#233;sulterait d'une telle forme de repr&#233;sentation, il me semble n&#233;cessaire de maintenir qu' aucune association ne peut pr&#233;tendre repr&#233;senter l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Les associations de consommateurs et d'usagers peuvent disposer d'un pouvoir de contr&#244;le et d'expertise : on voit mal quel pouvoir de d&#233;cision pourrait leur &#234;tre conf&#233;r&#233;, alors que les choix fondamentaux devraient relever des formes de repr&#233;sentations publiques. Ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2. Pas d'appropriation sociale sans planification d&#233;mocratique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; contre-courant des autocritiques, tardivement vertueuses, qui attribuent &#224; la planification la naissance de la bureaucratie d'entreprise et d'&#201;tat stalinienne - qu'on la saisisse comme classe ou comme caste - , il est salubre d'affirmer, comme tu le fais en d'autres termes, que c'est l'existence de la bureaucratie qui a perverti la planification. Alors que celle-ci est indispensable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les objectifs et les limites de la planification, je m'en remets, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la m&#234;me question revient toujours : &#224; qui, &#224; quelle instance d&#233;mocratique revient cette planification ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement tu exclus l'abandon de la planification au b&#233;n&#233;fice de la &#171; coordination directe entre producteurs &#187;, mais &#224; la diff&#233;rence de Marx (le reproche de r&#233;visionnisme pointe son nez&#8230;), tu minores le r&#244;le qui pourrait revenir &#224; une libre f&#233;d&#233;ration par branche et par niveau (jusqu'au niveau pertinent) des entreprises coop&#233;ratives ou autog&#233;r&#233;es (au sens que j'ai retenu plus haut). &#192; te lire (p. 90-95), seul le pouvoir public d&#233;mocratique (parlementaire, comme on le verra plus loin) serait habilit&#233; &#224; &#233;laborer le plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est pas mince et, depuis Marx (c'est mon r&#233;visionnisme qui pointe le nez&#8230;), il n'a &#233;t&#233; r&#233;solu, ni en th&#233;orie ni en pratique. Le d&#233;passement de &lt;i&gt;l'opposition&lt;/i&gt; entre la figure sociale des producteurs et la figure politique des citoyens n'implique pas - au moins dans la premi&#232;re phase du communisme, ce qui nous laisse un peu de temps pour r&#233;fl&#233;chir&#8230; - que les producteurs soient associ&#233;s sous une seule forme. C'est peut-&#234;tre une raison suffisante de distinguer deux &#171; chambres &#187; : une Assembl&#233;e l&#233;gislative (&#233;lue au suffrage universel) et un Conseil de la production et des &#233;changes (issu de la f&#233;d&#233;ration des comit&#233;s d'entreprise)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Bensa&#239;d, au cours des discussions de notre &#171; petit groupe &#171; , m'a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je ne prendrai pas le risque d'en dire plus, m&#234;me si le ridicule des utopies abstraites n'a jamais tu&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Pas d'appropriation sociale sans d&#233;mocratie &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. D&#233;mocratiser l'&#201;tat et/ou engager son d&#233;p&#233;rissement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on laisse de c&#244;t&#233;, la question massive des conditions strat&#233;giques et tactiques de la &#171; conqu&#234;te du pouvoir &#187; ou de la conqu&#234;te de la domination politique par la majorit&#233; des domin&#233;s (pour mettre en vacances provisoires la notion de &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187;, pour cause de perplexit&#233;, peut-&#234;tre provisoire elle aussi, sur &#171; la dictature &#187; et sur le &#171; prol&#233;tariat &#187;), il reste &#224; opposer ceci &#224; quelques r&#234;veurs &#171; pluriels &#187; : &lt;i&gt;il n'y a pas de pouvoir &#224; prendre (ou &#224; partager) , s'il n'y a pas d'avenir &#224; conqu&#233;rir&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel avenir ? C'est ce que tu exposes, s'agissant de la transformation sociale, en deux moments distincts (pp. 21-28 et pp. 57-97) dont le rapport manque, me semble-t-il, de clart&#233;. C'est ce qu'il convient de pr&#233;ciser plus que tu ne le fais, sans qu'il soit ais&#233; de faire la part entre ton souci de rassembler et ton d&#233;sir de r&#233;viser ce qui doit l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel avenir, donc ? Le pouvoir &#224; prendre doit permettre d'ouvrir une phase de transformations sociales et politiques - une phase de transition - d&#233;bouchant, si possible, sur une r&#233;appropriation pas les hommes des forces sociales qui se sont s&#233;par&#233;es d'eux sous la formes d'une &#171; &#233;conomie &#187; &#233;chappant &#224; leur contr&#244;le et d'une &#171; politique &#187; qui les domine. Par cette formulation, d&#233;lib&#233;r&#233;ment affaiblie, j'entends le communisme dans sa premi&#232;re phase, tel que Marx tentait de le d&#233;finir. Si le mot fait peur ou tant que l'on doit encore laisser la peur du rouge &#224; quelques b&#234;tes &#224; cornes post-modernes, appelons cette phase de transition, la p&#233;riode n&#233;cessaire &#224; l'instauration d'une &#171; R&#233;publique sociale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question : quel pouvoir ? Question qui imm&#233;diatement se d&#233;double : quelle forme de domination politique pendant une p&#233;riode de transition (de transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233;) ? Quelle forme de pouvoir public au terme de cette transition ? &#192; cette double question, ta r&#233;ponse, &#224; laquelle je souscris bien que tu ne la poses pas exactement en ces termes, est simple : une pouvoir d&#233;mocratique de bout en bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'efface pas la n&#233;cessit&#233; de distinguer (en attendant la dialectique &#8230;), les deux aspects du probl&#232;me pos&#233; : Quelle d&#233;mocratie &#224; l'horizon d'une soci&#233;t&#233; transform&#233;e ? Quelle d&#233;mocratie au c&#339;ur du processus de transformation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. &#192; l'horizon : Une d&#233;mocratie sans domination&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Question cruciale n&#176; 1&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat des marxistes reste tr&#232;s abstrait &#187; (p. 131). Sans doute. Au moins doit-on, &#224; condition de la pr&#233;ciser, en maintenir la perspective. Que signifie-t-elle au fond ? Le d&#233;p&#233;rissement des institutions et des fonctions de l'&#201;tat attach&#233;es au maintien d'un ordre social fond&#233; sur la division de la soci&#233;t&#233; en classes : le d&#233;p&#233;rissement des institutions et des fonctions de l'&#201;tat comme verrou des rapports de pouvoir et des rapport de domination. Mais en m&#234;me temps le maintien d'un &#171; pouvoir public &#187; d&#233;mocratiquement constitu&#233; et contr&#244;l&#233;. C'est encore &#171; abstrait &#187;, &#233;videmment. Mais cette perspective est d&#233;terminante d&#232;s lors que l'on veut penser les formes et les fonctions de ce &#171; pouvoir public &#187;, c'est &#224; dire une d&#233;mocratie sans domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes d&#233;mocratiques d'une soci&#233;t&#233; transform&#233;e - les formes d&#233;mocratiques du communisme dans sa premi&#232;re phase - constitue la vis&#233;e du processus. La fin ici justifie les moyens, car seuls sont justifi&#233;s (comme le disait le camarade L&#233;on, qui n'a pas toujours su en tirer &#224; temps les cons&#233;quences&#8230;) les moyens qui ne s'opposent pas &#224; la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vis&#233;e est celle d'une d&#233;mocratie de citoyens-producteurs, librement associ&#233;s pour tenter de maitriser en commun (collectivement) leur propre vie sociale. Dans une telle soci&#233;t&#233;, les &#234;tres humains sont &#233;gaux en tant que citoyens et &#233;gaux en tant que producteurs : &#233;gaux en tant que citoyens parce qu'ils sont &#233;gaux en tant que producteurs : l'&#233;galit&#233; citoyenne, n'est pas cette communaut&#233;, r&#233;elle, mais imaginaire dans la mesure o&#249; elle s'oppose &#224; une in&#233;galit&#233; sociale, dont elle est l'abstraction. En revanche :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La s&#233;paration entre les producteurs et les citoyens ne prend plus la forme d'une &lt;i&gt;opposition&lt;/i&gt; entre une communaut&#233; imaginaire, mais r&#233;elle et l'absence r&#233;elle de communaut&#233; effective. En revanche, la distinction entre les hommes en qualit&#233;s de producteurs et les hommes en qualit&#233; de citoyens demeure, ne serait-ce que parce que le domaine d'intervention du citoyen est plus &#233;tendu que le domaine d'intervention du producteur ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat ne prend plus la forme d'une opposition entre l'&#201;tat et la soci&#233;t&#233; civile. En revanche, la distinction entre la sph&#232;re de l'activit&#233; productive et la sph&#232;re du pouvoir public demeure ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La s&#233;paration entre les producteurs ne prend plus la forme d'une division de la soci&#233;t&#233; en classes et en partis qui expriment, plus ou moins directement cette division. En revanche, la division des producteurs-citoyens entre eux demeure : le pluralisme et la conflictualit&#233; d&#233;mocratique, rendus plus fluides et moins dessaisis demeurent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques cons&#233;quences g&#233;n&#233;rales d&#233;coulent de ce qui pr&#233;c&#232;de :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Des r&#233;ponses g&#233;n&#233;rales&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;appropriation des fonctions de l'&#201;tat n&#233;cessaires &#224; l'exercice d'un pouvoir public suppose :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La mise en forme d'une repr&#233;sentation non plus abstraite, mais concr&#232;te (puisqu'elle repose sur l'abolition des in&#233;galit&#233; de classes ) des producteurs-citoyens : dans ces conditions, l'&#233;lection des repr&#233;sentants au suffrage universel et proportionnel direct sans restriction ne consacre plus la s&#233;lection des dominants et la d&#233;possession des domin&#233;s ; &lt;br class='manualbr' /&gt;- La mise en forme d'une double autod&#233;termination du peuple, o&#249; toutes et tous interviennent en tant que producteurs et en tant que citoyens ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La mise en forme, dans la production et dans la cit&#233;, de l'exercice le plus direct possible des fonctions d&#233;lib&#233;rative et ex&#233;cutives par l'application du f&#233;d&#233;ralisme fond&#233; sur deux principes : la libre f&#233;d&#233;ration des organes du pouvoir des producteurs et du pouvoir des citoyens, la libre d&#233;termination du principe de subsidiarit&#233; ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La mise en forme de la stricte subordination des fonctions ex&#233;cutives aux fonctions d&#233;lib&#233;ratives, par la mise en &#339;uvre du double principe d'&#233;ligibilit&#233; et de r&#233;vocabilit&#233; des dirigeants ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La mise en forme du pluralisme et la conflictualit&#233; d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore vague, &#233;videmment, mais cela suffit &#224; d&#233;finir &#224; grands traits la d&#233;mocratie des citoyens-producteurs : la d&#233;mocratie communiste. Et les formes d&#233;mocratiques d'une soci&#233;t&#233; transform&#233;e, pour autant que l'on puisse les esquisser devraient permettre de pr&#233;ciser les contours des formes d&#233;mocratiques n&#233;cessaires &#224; la transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. En transition : Une domination sans d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes d&#233;mocratiques de transition - les formes d&#233;mocratiques de la transformation sociale - sont ou doivent &#234;tre des formes de &lt;i&gt;domination&lt;/i&gt; (politique) et d'&lt;i&gt;&#233;mancipation&lt;/i&gt; (sociale). Toutes les contradictions d'une p&#233;riode de transition se concentrent dans l'opposition entre ces deux termes. Comment une forme de domination peut-elle-&#234;tre une forme d'&#233;mancipation ? Comment une forme de domination peut-elle &#339;uvrer &#224; son d&#233;passement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Question cruciale n&#176; 2&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'objectif est bien d'ajuster des formes de d&#233;mocratie n&#233;cessaires &#224; l'&#233;mancipation (et donc &#224; l'appropriation) sociale, force est de poser la question d&#233;cisive : s'agit-il de parachever la r&#233;volution d&#233;mocratique par de simples r&#233;formes ou de &#171; transformer l'&#201;tat &#187; (la formule est de Marx&#8230;) par une r&#233;volution d&#233;mocratique ? Pour ne pas laisser &#224; cette question la forme d'une alternative si tranch&#233;e qu'elle est vraisemblablement sans issue, on peut essayer d'en pr&#233;ciser un peu les termes : s'agit-il de compl&#233;ter la d&#233;mocratie repr&#233;sentative par un suppl&#233;ment de d&#233;mocratie participative (certaines de tes formulations vont dans ce sens&#8230;) ou de transformer radicalement les formes existantes de la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, la d&#233;mocratie n'est-elle pas bourgeoise par essence ou destination (de m&#234;me que la bourgeoise n'est pas d&#233;mocratique par essence et destination) : sous sa forme moderne la d&#233;mocratie est, dans certaines de ses formes et de ses proc&#233;dures, porteuse d'un exc&#233;dent utopique dont nous devons h&#233;riter. Mais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- D'abord, m&#234;me sans dire un mot sur la discordance des espaces politiques et sur ses cons&#233;quences (et donc sur les probl&#232;mes nouveaux qu'elle soul&#232;ve), l'&#233;puisement du mod&#232;le parlementaire/national est tel qu'il est lourd de catastrophes si rien n'assure sa rel&#232;ve utopique. Mais la relance d&#233;mocratique suppose une r&#233;volution d&#233;mocratique ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Ensuite, et plus visiblement encore, si certaines mesures positives peuvent encore &#234;tre prises dans le cadre des &#201;tats parlementaires/nationaux, aucune transformation sociale significative (fond&#233;e sur l'appropriation sociale) n'est possible dans le cadre les institutions des gouvernements repr&#233;sentatifs des principaux &#201;tats d&#233;mocratiques. C'est pourquoi je suis assez surpris que tu ne tires pas imm&#233;diatement les cons&#233;quence de ta br&#232;ve analyse de ces institutions et particuli&#232;rement des institutions de la Ve R&#233;publique (p. 35-36) : une &#171; R&#233;publique sociale &#187; appelle une &#171; R&#233;publique d&#233;mocratique &#187; qui suppose la fin de la Ve R&#233;publique et l'irruption d'un pouvoir constituant : autant dire une r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le terme de r&#233;volution, je ne vise pas ici les modalit&#233;s de la &#171; conqu&#234;te du pouvoir &#187;, mais l'ensemble des transformations n&#233;cessaires &#224; l'&#233;mancipation sociale. Je ne vise pas seulement l'&#339;uvre institutionnelle d'un pouvoir constituant (une nouvelle Constitution), mais &lt;i&gt;la subversion pratique de l'ensemble des rapports de pouvoir qui reconduisent les rapports de domination.&lt;/i&gt; Pour provoquer un peu, je dirais - quitte &#224; inventer une impossible orthodoxie foucaldienne - qu'il faut inventer un nouvel art de gouverner qui soit aussi un art de ne pas &#234;tre gouvern&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, cette question centrale m'&#233;carte de ton livre et donc de mon propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas : pas d'appropriation sociale sans r&#233;volution d&#233;mocratique ; mais pas d'&#233;mancipation sociale sans domination politique : tel est le Rh&#244;ne (on peut m&#234;me choisir plus large &#8230;) qu'il faut franchir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Des r&#233;ponses de principe ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;finir les contour d'une d&#233;mocratie plac&#233;e &#171; au centre du projet &#187;, tu commences par &#233;noncer des &#171; r&#233;ponses de principes &#187; (p.36) qui m&#233;ritent qu'on s'y arr&#234;te. Elles portent essentiellement sur trois probl&#232;mes et proposent trois &#171; rectifications &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Majorit&#233; ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle d&#233;mocratie au c&#339;ur du projet ? &#192; cette question tu commences par r&#233;pondre : une d&#233;mocratie reposant sur la souverainet&#233; populaire (ce qui est sa d&#233;finition m&#234;me). Et tu apportes deux pr&#233;cisions : une d&#233;mocratie non plus strictement repr&#233;sentative, mais participative (p. 36-37) ; une d&#233;mocratie non pas restrictive, mais majoritaire et donc r&#233;versible (p. 37-38).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'arr&#234;te, comme tu le fais toi-m&#234;me, sur le second point. La rupture franche que tu proposes ici avec certaines th&#233;orisations du &#171; bolch&#233;visme &#187;, toujours promptes &#224; transformer l'exception en r&#232;gle universelle me convient parfaitement. &#192; une r&#233;serve pr&#232;s qui peut s'av&#233;rer d&#233;cisive : tout d&#233;pend de la profondeur &#224; la transformation d&#233;mocratique et sociale soumise au test majoritaire. On peut pr&#233;senter cela sous la forme simplifi&#233;e de trois hypoth&#232;ses. Ou bien il est question d'une alternance majoritaire dans le cadre des institutions existantes : auquel cas, ce &#171; retour &#187; sanctionne l'absence de toute r&#233;volution d&#233;mocratique. Ou bien, une alternance majoritaire s'effectue dans le cadre de nouvelles institutions : auquel cas, tout n'est pas r&#233;versible. Ou bien enfin une alternance majoritaire s'effectue par le retour aux anciennes institutions : il s'agit alors d'une contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Parlement ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seconde rupture que tu pr&#233;conises : la rupture avec ce qu'on pourrait appeler, pour faire court, l'illusion conseilliste. En r&#233;alit&#233;, ton argumentation suit plusieurs fils qu'il me semble n&#233;cessaire de d&#233;m&#234;ler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul ne peut pr&#233;voir exactement quelles sont les formes d'organisation que prendront les formes de la d&#233;mocratie &#233;ruptive qui p&#233;riodiquement viennent troubler ou subvertir la d&#233;mocratie repr&#233;sentative. Ou combattre frontalement les r&#233;gimes autoritaires de toutes natures. Mais il est indubitable, comme tu le soulignes, que de telles formes r&#233;appara&#238;tront et qu'elles joueront &#224; un r&#244;le d&#233;cisif (p. 38-39). Que peut-on entrevoir &#224; leur propos ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, il est n&#233;cessaire de soutenir une distinction de principe entre les formes coop&#233;ratives et les formes territoriales de la d&#233;mocratie &#233;ruptive : entre les formes sous lesquels les producteurs s'emparent du contr&#244;le de la production et les formes sous lesquels les domin&#233;s exercent leur pouvoir constituant. Autrement dit, entre des comit&#233;s d'usine et des conseils ou communes (quels que soient les noms que pourraient emprunter des telles formes d'auto-organisation). Les th&#233;orisations et les exp&#233;riences que tu mentionnes (notamment p. 44 et 47) maintiennent la fusion/confusion. Le probl&#232;me que tu soul&#232;ves (en termes d'institutionnalisation ou non) doit donc distinguer &#171; l'institutionnalisation &#187; n&#233;cessaire des formes coop&#233;ratives et &#171; l'institutionnalisation &#187; &#233;ventuelle des conseils et communes territoriaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, on ne saurait fixer &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; &#224; ces derniers le r&#244;le d'un contre-pouvoir qui, sous couvert de compl&#233;ter les limites du pouvoir &#233;tabli ou de contrebalancer ses abus, consacrerait comme l&#233;gitime n'importe quel pouvoir existant et cela quel qu'en soit le type. Toutes les &#233;quivoques de la notion de d&#233;mocratie participative se concentrent sur ce point : participation qui laisse intactes les formes parlementaires de la domination politique ou non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et par cons&#233;quent, l'avenir des formes d'auto-organisation ne d&#233;pend pas ou pas seulement de la p&#233;rennit&#233; de la mobilisation qui les porte et/ou de leur capacit&#233; &#224; r&#233;soudre les contradictions qu'elles doivent affronter (p. 39-40 et 41-42), mais de l'ampleur et de la profondeur du pouvoir constituant qu'elles sont en mesure d'exercer. Il faut, me semble-t-il, marquer nettement la diff&#233;rence entre le simple retour &#224; une forme parlementaire issue du suffrage universel (p.42) et l'instauration d'une &#171; forme parlementaire transform&#233;e &#187; (p. 46) qui ne serait plus, &#224; strictement parler une forme strictement parlementaire, solidaire du gouvernement repr&#233;sentatif : s&#233;lectif, centralis&#233;, bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;S&#233;paration ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;vidence il faut revenir sur l'id&#233;e d'une fusion entre le l&#233;gislatif et l' ex&#233;cutif qui court dans quelques textes canoniques et au nom de laquelle on a produit quelques monstruosit&#233;s politiques. Mais on ne peut pas se contenter de reprendre le discours lib&#233;ral-constitutionnel sur la &lt;i&gt;s&#233;paration des pouvoirs&lt;/i&gt;. Paradoxalement, tu viens loger dans le vocabulaire h&#233;rit&#233; une conception tr&#232;s diff&#233;rente qui &#233;largit et radicalise le probl&#232;me, en liant deux questions formellement diff&#233;rentes : la question de la nature des pouvoirs &#233;tatiques&#8211;institutionnels et de leur s&#233;paration ; la question des pouvoirs sociaux (li&#233;s ou non &#224; ces pouvoirs &#233;tatiques) et de leur autonomie. Autant dire que tu opposes &#224; la conception lib&#233;rale, une conception communiste (je ne me lasse pas de l'adjectif &#8230;) de la&lt;i&gt; r&#233;partition des pouvoirs&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la s&#233;paration des pouvoirs &#233;tatiques&#8211;institutionnels, tant qu'on la traite isol&#233;ment, ne pose pas de probl&#232;mes particuliers. La s&#233;paration entre le pouvoir l&#233;gislatif et le pouvoir ex&#233;cutif devrait n'&#234;tre qu' une s&#233;paration fonctionnelle reposant sur une subordination effective du second au premier (dont il reste n&#233;cessaire de pr&#233;ciser la nature). Il en va de m&#234;me de la s&#233;paration entre le pouvoir l&#233;gislatif et le pouvoir judiciaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En revanche, la nature de ce dernier pouvoir et ses rapports avec l'ex&#233;cutif (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut &#233;tendre, comme tu le fais, cette option &#224; d'autres institutions : les partis et les syndicats, ainsi que l'administration (&#224; condition de pr&#233;ciser d'embl&#233;e que sa transformation suppose la distinction institutionnelle-fonctionnelle de plusieurs types d' administrations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des pouvoirs sociaux, indissociables des pr&#233;c&#233;dents (mais plus larges qu'eux) est d'une autre nature. Elle concerne l'autonomie des diff&#233;rentes sph&#232;res de l'activit&#233; sociale et les rapports de pouvoir qui s'exercent en leur sein. Dans une perspective de transformation radicale et de combat contre la bureaucratie, elle est d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, la confusion des sph&#232;res de l'activit&#233; sociale et la monopolisation de fonctions transversales par des &#171; responsables &#187; et des &#171; &#233;lites &#187; multicartes, qu'ils exercent ou non des fonctions directement li&#233;es &#224; l'&#201;tat constitue un p&#233;ril majeur et grandissant (sur lequel la sociologie de Bourdieu attire tr&#232;s justement l'attention). &#171; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les rapports de domination qui marquent tous les rapports de pouvoir et qui les stabilisent ne peuvent &#234;tre abolis sans une transformation radicale qui rende les rapports de pouvoirs mobiles et provisoires, &#224; d&#233;faut de parvenir &#224; les supprimer totalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pr&#233;cisions conduisent (presque &#8230;) logiquement &#224; la question suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Changer l'appareil d'&#201;tat et/ou d&#233;manteler la bureaucratie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation radicale des institutions de l'&#201;tat contemporain (ce que nous appelions jadis l'&#201;tat fort &#187;), non seulement suppose une r&#233;volution d&#233;mocratique qui ne se r&#233;sume pas &#224; une simple relance d&#233;mocratique, mais surtout elle concerne au premier chef &lt;i&gt;l'appareil&lt;/i&gt; d'&#201;tat, et plus particuli&#232;rement - je m &#8216;en tiendrai surtout &#224; cet aspect - l'administration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre l'image (ou l'illusion) d'un &#171; pouvoir public &#187; sans administration, il est salubre de souligner que nul pouvoir public ne peut se passer d'administration. Pas de transformation sociale sans administration. Mais pas de transformation sociale avec &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; administration. La question devient alors : &lt;i&gt;comment substituer une administration d&#233;mocratique &#224; l'administration bureaucratique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu proposes de nombreuses mesures qui vont dans ce sens, mais au prix de plusieurs ambigu&#239;t&#233;s qui reviennent &#224; ceci : en pr&#233;sentant tes propositions comme de paisibles r&#233;formes, tu prends le risque d'en &#233;mousser le tranchant et surtout, d'entretenir l'illusion qu'il s'agit seulement d'adapter l'appareil d'&#201;tat - et en particulier l'administration - &#224; de nouvelles fonctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. D&#233;manteler l'administration bureaucratique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;N&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne reviens pas sur les analyses canoniques (Marx quand tu nous tiens&#8230;) de la bureaucratie : son existence est enracin&#233;e dans la s&#233;paration/opposition entre une soci&#233;t&#233; antagonique et l'&#201;tat qui la plombe et la surplombe, mais aussi - comme tu le signales - dans la division sociale du travail (entre dirigeants et ex&#233;cutants) et dans les processus de renforcement contemporains de l'appareil d'&#201;tat et de la &#171; technostructure &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne reprends pas ton analyse de &#171; l'appareil d'&#201;tat aujourd'hui &#187; (p. 132-152) et des fonctions de l'&#201;tat, ainsi que de la composition et du fonctionnement de l'appareil d'&#201;tat. On pourrait la pr&#233;ciser et l'enrichir : cela ne changerait pas la ligne g&#233;n&#233;rale de ton argumentation qui me semble exacte. En revanche, il me semble que tu minores les risques et les dangers quand tu parles, par exemple, de &#171; l'inad&#233;quation &lt;i&gt;au moins partielle&lt;/i&gt; de l'appareil d'&#201;tat aux t&#226;ches de la transformation sociale &#187; (p. 152).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il est n&#233;cessaire de poser le probl&#232;me, comme tu le fais pour l'essentiel, dans toute son acuit&#233;, s'agissant de l'administration : Comment faire en sorte que les t&#226;ches administratives ne soient pas d&#233;volues &#224; une bureaucratie qui s'approprie l'exercice absolu du pouvoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat de classe oppose une double barrage &#224; la refonte des fonctions administratives : un barrage institutionnel et un barrage social. L'obstacle institutionnel r&#233;side dans la mutilation de la d&#233;mocratie et particuli&#232;rement dans l'absorption de la souverainet&#233; constituante par les fonctions ex&#233;cutives de maintien de l'ordre (la politique est d&#233;vor&#233;e par la police au sens de Foucault et Ranci&#232;re). L'obstacle social r&#233;side dans l'in&#233;galit&#233; des capacit&#233;s et des chances d'exercer des fonctions administratives, en raison des effets de la division de la soci&#233;t&#233; en classes et en particulier de la division sociale du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment franchir ces obstacles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Modalit&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux s&#233;ries de mesures indissociables - nombre d'entre elles figurent dans ton livre, mais la discussion doit permettre de v&#233;rifier que nous leur donnons le m&#234;me sens - sont indispensables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) La r&#233;sorption d&#233;mocratique de la toute-puissance administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune transformation sociale significative ne peut &#234;tre obtenue sans r&#233;sorption d&#233;mocratique de la toute-puissance administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration bureaucratique de l'&#201;tat de classe est intimement li&#233;e &#224; la nature des institutions politiques elles-m&#234;mes et aux fonctions d&#233;volues &#224; l'administration dans une soci&#233;t&#233; qui repose sur la s&#233;paration-opposition entre la soci&#233;t&#233; et l'&#201;tat (la domination politique) et sur la s&#233;paration-opposition entre les classes (l'exploitation capitaliste). Le d&#233;passement de l'administration bureaucratique de l'&#201;tat passe donc par une double refonte : la refonte des institutions d&#233;mocratiques et la refonte des fonctions administratives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La refonte des institutions d&#233;mocratiques est la condition fondamentale du d&#233;p&#233;rissement de toute forme de bureaucratie : la subordination des fonctions ex&#233;cutives aux fonctions l&#233;gislatives, la d&#233;centralisation et le principe de subsidiarit&#233; rendent possibles une simplification et une fragmentation des fonctions administratives ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La refonte des fonctions administratives elles-m&#234;mes est indispensable. Elle passe par : la distinction entre les fonctions administratives d&#233;lib&#233;ratives et les fonctions administratives ex&#233;cutives, la distinction entre les fonctions administratives centrales et les fonctions administratives d&#233;centralis&#233;es, la distinction entre les comp&#233;tences administratives et la responsabilit&#233; administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, les mesures indispensables peuvent &#234;tre ordonn&#233;es en fonction de trois traits majeurs de la bureaucratisation : la centralisation, l'autonomisation et la prolif&#233;ration, auxquelles on doit opposer respectivement la f&#233;d&#233;ralisation, la subordination et la diminution des fonctions administratives. Sous ces trois aspects, la r&#233;sorption de la bureaucratie passe par la reprise par la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, des fonctions administratives s&#233;par&#233;es (Marx encore&#8230;), autant que faire se peut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) La r&#233;sorption sociale de la bureaucratie administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration bureaucratique de l'&#201;tat de classe, exerc&#233;e par une &#171; Noblesse d'&#201;tat &#187;, se caract&#233;rise par :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- l'existence de privil&#232;ges mat&#233;riels exorbitants et cumulatifs qui consacrent et alimentent l'existence d'un pouvoir social autonome, que tout distingue voire oppose aux mode d'existence du &#171; peuple &#187; ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la cons&#233;cration d'une comp&#233;tence scolaire exclusive qui reproduit et accentue la distance sociale, l'&#233;litisme administratif et l'irresponsabilit&#233; politique ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- l'existence d'une hi&#233;rarchie interne, fond&#233;e sur la division administrative (bureaucratique) du travail et le despotisme d'administration&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en d&#233;coule trois s&#233;ries de mesures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La suppression des privil&#232;ges de l'administration : limiter les salaires et le train de vie des fonctionnaires ; interdire les cumuls d'emplois et de fonctions ; aligner les salaires et conditions de vie sur celle des ex&#233;cutifs des entreprises publiques et r&#233;ciproquement ; interdire toute forme de participation &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production et d'&#233;change.&lt;br class='manualbr' /&gt;- La suppression de l'irresponsabilit&#233; statutaire de l'administration : distinguer les fonctions consultatives d'expertise, reposant sur des comp&#233;tences scolaires reconnues, et les fonctions administratives d'ex&#233;cution, soumise au choix &#233;lectif.&lt;br class='manualbr' /&gt;- La suppression du despotisme d'administration : soumettre les fonctions administratives aux r&#232;gles d'autogestion des entreprises (&#233;lection, r&#233;vocabilit&#233;, coop&#233;ration).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre des mesures &#233;voqu&#233;es ici &#8211; peut-&#234;tre la plupart, je n'ai pas compt&#233; &#8230; &#8211; figurent dans ton livre ou s'en inspire. Pourquoi alors proposer une pr&#233;sentation diff&#233;rente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2. Changer l'appareil d'&#201;tat ou changer d'appareil d'&#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raison des ambigu&#239;t&#233;s de ta propre pr&#233;sentation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Une adaptation improbable&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais pas t'infliger le dictionnaire des &#171; c&#233;l&#232;bres citations &#187; (de Marx, &#233;videmment &#8230;) sur la destruction de l'appareil d'&#201;tat que tu connais si bien que je ne parviens pas &#224; me convaincre que ton choix du vocabulaire soit d&#233;nu&#233; d'intentions critiques : &#171; Changer l'appareil d'&#201;tat &#187; (titre du chapitre), &#171; Ouvrir l'&#201;tat &#224; la soci&#233;t&#233; &#187; (p.153), &#171; adapter &#187; l'appareil d'&#201;tat &#224; ses nouvelles missions. Reste &#224; v&#233;rifier, non pas que tu es &#171; orthodoxe &#187;, mais que tu as raison, non sur les mots, mais sur le fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question de d&#233;marche, tout d'abord : tu commences - si j'ose dire - par &#171; Ouvrir l'&#201;tat &#224; la soci&#233;t&#233; &#187; (p. 153-158) pour transformer cet &#201;tat, avant de transformer cet &#201;tat pour qu'il s' &#171; ouvre &#187; &#224; la soci&#233;t&#233;. D'accord, c'est li&#233; (dialectiquement, bien s&#251;r&#8230;) ; mais il me semblerait plus juste de partir du second point - &#171; Red&#233;finir les missions et y adapter l'appareil d'&#201;tat &#187; (p. 159-165) - et particuli&#232;rement des mesures que tu pr&#233;conises pour ce que tu appelles un &#171; appareil d'&#201;tat adapt&#233; &#187; (p. 160-165).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question de contraste, ensuite : entre la radicalit&#233; de certaines mesures (limiter les salaires et le train de vie des fonctionnaires) et la timidit&#233; de certaines autres (encourager les fonctionnaires &#224; travailler autrement, tendre vers une administration de projets et d'objectifs). Plus exactement, contraste entre des mesures dont tu dis toi-m&#234;me qu'elles risquent de provoquer des &#171; d&#233;parts &#187; au sein de l'administration &#171; qui ne sont pas n&#233;cessairement n&#233;gatifs &#187; (p. 161) (autrement dit : qui sont &#233;minemment souhaitables&#8230;) et des mesures qui affectent de partir de l'administration telle qu'elle est socialement et institutionnellement constitu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question de strat&#233;gie, enfin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Une transformation n&#233;cessaire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant le dire, l'ensemble des mesures destin&#233;es &#224; transformer l'administration bureaucratique doivent avoir pour objectif de supprimer l'appareil d'&#201;tat ou l'&#201;tat en tant qu'appareil pour lui substituer une administration publique, plac&#233;e sous le contr&#244;le de la d&#233;mocratie communiste : voil&#224; pour l'objectif poursuivi. Autant le dire, les mesures de transformation radicale de l'appareil d'&#201;tat ne laisseront aux hauts fonctionnaires qu'un seul choix : se soumettre ou se d&#233;mettre. Et ce choix sera d'autant plus clair qu'il sera effectu&#233; non seulement &#224; partir d'une transformation par le haut, mais par une transformation &#171; par le bas &#187; : auto-&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce point que je voudrais ne pas conclure (puisque l'objectif de ce texte est d'engager une discussion et d'obtenir - autant que possible - des pr&#233;cisions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auto-&#233;mancipation des travailleurs (et plus g&#233;n&#233;ralement des domin&#233;s) a pour moi &#8211; pour nous &#8211; toute la force d'une &#233;vidence et tout le poids d'une &#233;nigme. Pour &#233;viter de la r&#233;soudre par la simple r&#233;p&#233;tition qui tourne au slogan ( c'est sous cette forme que trop souvent l'auto&#233;mancipation revient &#224; la mode parmi ceux qui n'ont pas renonc&#233; &#8230;), je me suis fabriqu&#233; une petit formule que je suis pr&#234;t &#224; partager : &#171; pas d'invention d'un avenir d&#233;mocratique sans invention d&#233;mocratique de cet avenir &#8221;. Mais c'est seulement pour renouveler l'&#233;nigme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Source&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler,&lt;i&gt; &#201;mancipation - Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus, &lt;/i&gt;suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques textes r&#233;unis sous ce titre n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s, initialement, en vue d'une publication, mais en vue d'une discussion, au sein d'un groupe de travail - &#171; D&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale &#187; - dont l'activit&#233; a permis de pr&#233;parer une journ&#233;e d'&#233;tude en juin 2001 : les contributions parues dans la revue &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt; rendent compte de cette journ&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis&#232;re la marxologie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
I. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels. &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-I-Democratie-revolution-emancipation-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'Etat et la politique.&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-II-Democratie-revolution-emancipation-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. D&#233;mocratie et appropriation sociale (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation chez Marx et Engels&lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-III-Democratie-et-appropriation-sociale-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. D&#233;mocratie et appropriation sociale (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution&lt;/i&gt; : &lt;i&gt; Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt;. Ci-dessus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Agone, 2001. Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres de Marx et Engels se r&#233;f&#232;rent &#224; la derni&#232;re &#233;dition parue aux Editions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; ce titre, la pol&#233;mique que tu engages contre Daniel Bensa&#239;d me semble singuli&#232;rement (Allez ! N'abusons pas trop des adjectifs..) &#8230;unilat&#233;rale. M&#234;me si sa r&#233;flexion r&#233;cente l'am&#232;ne &#224; repenser surtout les conditions d'une r&#233;volution ( et, &#224; ce titre, &#224; contribuer au renouvellement d'une pens&#233;e politique et strat&#233;gique), tu sais fort bien que ni lui ni la LCR, m&#234;me s'ils partagent un h&#233;ritage dont nous ne sommes pas encore sortis, n'ont cess&#233; et depuis fort longtemps de pr&#233;senter des propositions alternatives ou, si tu veux, &#171; positives &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je pense notamment &#224; ce que tu proposes pour &#171; changer la vie &#187; et qui constitue, somme toute, un programme de propositions impliqu&#233;es dans les exigences les plus radicales des mouvement sociaux actuels (p. 21-27) ;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette question, voir notamment : Jacques Texier, &#171; Socialisme D&#233;mocratie Autogestion &#187;, &lt;i&gt;La Pens&#233;e&lt;/i&gt; n&#176; 321, Janvier/mars 2000 ;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, voir - outre le texte de Texier pr&#233;c&#233;demment cit&#233; - ma contribution &#224; la complication des probl&#232;mes dans le petit essai qui pr&#233;c&#232;de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre 1, traduction de la 4e &#233;dition allemande, Editions sociales, 1983,p.376.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les objectifs et les limites de la planification, je m'en remets, provisoirement, &#224; celles et ceux qui, comme toi, ont r&#233;fl&#233;chi &#224; la question. Voir notamment les contributions de Catherine Samary.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Bensa&#239;d, au cours des discussions de notre &#171; petit groupe &#171; , m'a signal&#233; que j'&#233;tais en retard d'une bonne d&#233;cennie et qu'une proposition semblable figurait dans des textes de la LCR : je m'en r&#233;jouis et regrette de ne pas avoir encore r&#233;ussi &#224; me les procurer. C'est un appel au archivistes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En revanche, la nature de ce dernier pouvoir et ses rapports avec l'ex&#233;cutif devraient &#234;tre enti&#232;rement red&#233;finis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marx et l'appropriation sociale (2) : Ambigu&#239;t&#233;s, d&#233;rives et esquisses</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Marx-et-l-appropriation-sociale-2-Ambiguites-derives-et-esquisses.html</link>
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		<dc:date>2016-09-07T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'appropriation sociale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Marx et Engels proposent de distinguer deux niveaux de socialisation, rev&#234;tant des formes sp&#233;cifiques, mais rigoureusement articul&#233;s entre eux : appropriation &#233;tatique et l'appropriation coop&#233;rative. Mais ce serait ce serait ne tenir aucun compte des ambigu&#239;t&#233;s persistantes, des d&#233;rives qu'elles favorisent et des probl&#232;mes qui demeurent.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-l-appropriation-sociale-+.html" rel="tag"&gt;Marx et l'appropriation sociale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L96xH150/arton39-26faa.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='96' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comme on a tent&#233; de l'&#233;tablir dans &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Marx-et-l-appropriation-sociale-1-Enjeux-et-modalites.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la premi&#232;re partie de cette contribution&lt;/a&gt;, tout semble indiquer que Marx et Engels proposent de distinguer deux niveaux de socialisation, rev&#234;tant des formes sp&#233;cifiques, mais rigoureusement articul&#233;s entre eux : appropriation &#233;tatique et l'appropriation coop&#233;rative. Rigoureusement articul&#233;s ? Ce serait ne tenir aucun compte des ambigu&#239;t&#233;s qui persistent, des d&#233;rives qu'elles favorisent et des probl&#232;mes qui demeurent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;III. Ambigu&#239;t&#233;s et d&#233;rives&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;strong&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Pour saisir ces ambigu&#239;t&#233;s, c'est vers les &#233;crits proprement th&#233;oriques contemporains de la r&#233;daction du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; qu'il convient de se tourner. Comme on l'a vu, Marx proc&#232;de, dans ses &#233;crits politiques, &#224; une r&#233;&#233;valuation progressive du mouvement coop&#233;ratif apr&#232;s l'avoir frontalement critiqu&#233;. D&#233;sormais, cette r&#233;&#233;valuation se fonde partiellement sur les progr&#232;s de la critique de l'&#233;conomie politique. Quelle la place cette critique accorde-t-elle respectivement &#224; l'&#233;tatisation et au mouvement coop&#233;ratif dans le processus d'&#233;mancipation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Des ambigu&#239;t&#233;s persistantes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Deux ambigu&#239;t&#233;s persistantes laissent penser que l'appropriation sociale passe prioritairement par l'&#233;tatisation et que celle-ci ouvre la voie &#224; une planification autoritaire, voire despotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.1. Retour unilat&#233;ral de l'&#233;tatisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx distingue, dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, deux formes de n&#233;gation de l'appropriation priv&#233;e : les soci&#233;t&#233;s par actions et les coop&#233;ratives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. Marx, Le Capital, Livre III, t.2, Chapitre XXVII, &#171; Le r&#244;le du cr&#233;dit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les soci&#233;t&#233;s par actions et les usines coop&#233;ratives apparaissent ainsi comme des formes de transition vers un nouveau mode de production. Mais Marx souligne que ces deux formes sont essentiellement diff&#233;rentes, voire contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soci&#233;t&#233;s par actions s'opposent au mode de production capitaliste dans les limites du mode de production capitaliste : elles s'opposent &#224; lui, mais la transformation en soci&#233;t&#233;s par actions reste &lt;i&gt;&#171; prisonni&#232;re des lisi&#232;res capitalistes &#187; &lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est l&#224; la suppression [Aufhebung] du capital en tant que propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste lui-m&#234;me ( &#8230;) Ce r&#233;sultat du d&#233;veloppement supr&#234;me de la production capitaliste est le point o&#249; passe n&#233;cessairement la reconversion du capital en propri&#233;t&#233; des producteurs, non plus comme propri&#233;t&#233; priv&#233;e des producteurs particuliers, mais en tant que propri&#233;t&#233; des producteurs associ&#233;s, propri&#233;t&#233; directement sociale. Par ailleurs, c'est le point par o&#249; passe la transformation du proc&#232;s de reproduction encore rattach&#233;es &#224; la propri&#233;t&#233; du capital en simple fonctions des producteurs associ&#233;s (&#8230;) C'est la suppression [Aufhebung] du mode de production capitaliste &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste lui-m&#234;me, donc une contradiction qui se d&#233;truit elle-m&#234;me et qui, de tout &#233;vidence, se pr&#233;sente comme simple phase transitoire vers une forme nouvelle de production. (&#8230;) Dans le syst&#232;me des actions existent d&#233;j&#224; l'opposition &#224; l'ancienne forme, dans laquelle le moyen social de production appara&#238;t comme propri&#233;t&#233; priv&#233;e ; mais la transformation en actions reste elle-m&#234;me prisonni&#232;re des lisi&#232;res capitalistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., &#201;ditions sociales, p. 102.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En revanche, les usines coop&#233;ratives, certes encore prisonni&#232;res du mode de production capitaliste, en pr&#233;figure le d&#233;passement :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'int&#233;rieur de la vieille forme, les usines coop&#233;ratives des ouvriers elles-m&#234;mes repr&#233;sentent la premi&#232;re &lt;i&gt;rupture&lt;/i&gt; de cette forme (&#8230;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., &#201;ditions sociales, p. 105.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution de Marx qui, dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, pr&#233;conise l'&#233;tatisation des moyens de production et n&#233;glige les solutions coop&#233;ratives, et finit, dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, par pr&#233;senter comme une forme positive de d&#233;passement de l'appropriation priv&#233;e laisse penser que l'&#233;tatisation des moyens de production, si elle doit &#234;tre un moment transitoire, ne peut &#234;tre dissoci&#233;e de l'appropriation coop&#233;rative. Mais Marx ne tire pas toutes les cons&#233;quences de son diagnostic. C'est ainsi qu'il n'h&#233;site pas &#224; &#233;crire ceci :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut consid&#233;rer les entreprises capitalistes par actions, et, &lt;i&gt;au m&#234;me titre&lt;/i&gt; les usines coop&#233;ratives comme des formes de transition du mode capitaliste de production au mode collectiviste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., &#201;ditions sociales, p.106, c'est moi qui souligne.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette mise en &#233;quivalence ouvre la voie au retour de la figure de l'appropriation sociale sous la forme exclusive de l'&#233;tatisation. Comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le comprendre, il faut s'arr&#234;ter un instant sur le r&#244;le reconnu aux soci&#233;t&#233;s par actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; R&#233;sultat du d&#233;veloppement supr&#234;me de la production capitaliste &#187;, elles constituent un point de transition n&#233;cessaire pour deux raisons convergentes mais diff&#233;rentes : parce qu'elle forment, selon Marx, &#171; &lt;i&gt;le point par o&#249; passe n&#233;cessairement la reconversion du capital en propri&#233;t&#233; des producteurs non plus comme propri&#233;t&#233; priv&#233;e des producteurs particuliers, mais en tant que propri&#233;t&#233; des producteurs associ&#233;s &#187;&lt;/i&gt;, ainsi que &#171; &lt;i&gt;le point par o&#249; passe la transformation de toutes les fonctions du proc&#232;s de reproduction encore attach&#233;s &#224; la propri&#233;t&#233; du capital en simples fonctions des producteurs associ&#233;s&lt;/i&gt;, propri&#233;t&#233; directement sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., &#201;ditions sociales, p.102-103.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quence : de ces deux n&#233;gations de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, Engels ne retiendra parfois que la dynamique d'&#233;tatisation, au point de n&#233;gliger le r&#244;le des coop&#233;ratives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(1)&lt;/strong&gt; Pr&#233;cis&#233;ment, le retour de l'&#233;tatisation coup&#233;e de la coop&#233;ration appara&#238;t quand pr&#233;vaut la perspective d'une transformation des soci&#233;t&#233;s par actions en propri&#233;t&#233; d'&#201;tat, notamment dans l'A&lt;i&gt;nti-D&#252;hring&lt;/i&gt; qu'Engels ach&#232;ve de r&#233;diger en 1878 (et dont&lt;i&gt; Socialisme utopique et socialisme scientifique&lt;/i&gt;, en 1880, reprend les principaux passages)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Friedrich Engels, Anti-D&#252;hring (M. E. bouleverse la science), (1877-1878), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, Engels, dans son &#233;loge de l'activit&#233; de Robert Owen ne manque pas de souligner la port&#233;e des soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est ainsi qu'il [Owen] introduisit comme mesure de transition menant &#224; une organisation enti&#232;rement communiste de la soci&#233;t&#233;, d'une part, les soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives (coop&#233;ratives de consommation et de production) qui, depuis, ont au moins fournit la preuve pratique que le marchand ainsi que le fabricant sont des personnages dont on peut tr&#232;s bien se passer (&#8230;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 300-301.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsqu'il en vient &#224; l'examen des conditions du passage au communisme, c'est la perspective de l'&#233;tatisation qui occupe tout le devant de la sc&#232;ne, rendue possible et n&#233;cessaire, notamment, par l'existence m&#234;me des trusts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 314-316, pour toutes les citations suivantes.&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quoi qu'il en soit, avec trusts ou sans trusts, il faut finalement que le repr&#233;sentant officiel de la soci&#233;t&#233; capitaliste, l'&#201;tat, en prenne la direction &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nulle illusion cependant sur un quelconque capitalisme d'&#201;tat :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&#8230;) ni la transformation en soci&#233;t&#233;s par action, ni la transformation en propri&#233;t&#233; d'&#201;tat ne supprime la qualit&#233; de capital des forces productives. (&#8230;). Le rapport capitaliste n'est pas supprim&#233;, il est au contraire pouss&#233; &#224; son comble. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Que va-t-il alors se passer ? C'est ce qu'annonce ce fragment de dialectique : &#171; Mais arriv&#233; &#224; ce comble, il se renverse. &#187; Que ce renversement puisse ne pas s'effectuer n'est pas encore enseign&#233; par la th&#233;orie et par l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels glisse alors insensiblement d'une formule qui sugg&#232;re un renversement in&#233;vitable &#224; des formulations qui indiquent qu'il est possible, simplement possible :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; La propri&#233;t&#233; d'&#201;tat sur les forces productives n'est pas la solution du conflit mais elle renferme le moyen formel, la fa&#231;on d'approcher la solution. Cette solution peut consister seulement dans le fait que la nature sociale des forces productives modernes est effectivement reconnue, que le mode de production d'appropriation et d'&#233;change est mis en harmonie avec le caract&#232;re social des moyens de production. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ? La r&#233;ponse suit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Et cela ne peut se produire que si la soci&#233;t&#233; prend possession ouvertement et sans d&#233;tours des forces productives qui sont devenue trop grandes pour toute autre direction que la sienne. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comment s'op&#232;re cette &#171; prise de possession des moyens de production par la soci&#233;t&#233; &#187; (p. 319) ? Rien ne le dit. Quant &#224; l'absence de d&#233;tours, elle signifie que l'&#201;tat s'est &#233;teint : au point d'&#234;tre absorb&#233; par la soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, les coop&#233;ratives, dans ce texte, ne semblent plus occuper aucune place dans le processus d'appropriation sociale. L'&#233;tatisation pr&#233;pare la socialisation, comprise comme prise en charge directe et sans d&#233;tour des forces productives par la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(2)&lt;/strong&gt; Dans la &lt;i&gt;Critique du Programme d'Erhfurt &lt;/i&gt;(1891), Engels r&#233;it&#232;re et surench&#233;rit au point de voir dans les trusts un point de passage vers la planification :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; La production capitaliste des soci&#233;t&#233;s par actions n'est d&#233;j&#224; plus une production priv&#233;e, mais une production pour le compte d'un grand nombre d'associ&#233;s. Et si nous passons des soci&#233;t&#233;s par actions aux trusts qui se soumettent et monopolisent des branches enti&#232;res de l'industrie, alors&lt;i&gt; ce n'est pas seulement la fin de la production priv&#233;e, mais encore la cessation de l'absence de plan&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in Gotha p. 96&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; suivre cette pente, l'&#233;tatisation menace d'absorber la socialisation ou la socialisation se r&#233;duire au couplage entre l'&#233;tatisation (certes prol&#233;tarienne&#8230;) et la planification (sans doute d&#233;mocratique&#8230;). On sait quelles politiques tenteront de se doter de titres de noblesse th&#233;orique en se fondant sur cette pr&#233;sentation unilat&#233;rale que tant d'autres (d'Engels lui-m&#234;me) contredisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce n'est pas la seule ambigu&#239;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;1.2. Maintien du despotisme ?&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Les coop&#233;ratives sont &#224; la fois une forme de propri&#233;t&#233; et une forme d'appropriation : ces deux dimensions (que l'inflation des discours sur l'autogestion incite souvent &#224; confondre) doivent &#234;tre nettement distingu&#233;es. Les coop&#233;ratives, r&#233;p&#233;tons-le, rel&#232;vent d'une forme de propri&#233;t&#233;, non pas commune mais exclusive, dans la mesure o&#249; elles sont con&#231;ues ou pratiqu&#233;es comme des entreprises qui appartiennent exclusivement aux travailleurs associ&#233;s en coop&#233;rative. Mais les coop&#233;ratives mettent en &#339;uvre en m&#234;me temps une forme d'appropriation sociale dans la mesure o&#249; elles placent la coop&#233;ration des travailleurs dans le travail sous leur propre contr&#244;le. Dans cette perspective, les coop&#233;ratives de production sont avant tout une r&#233;ponse au despotisme d'entreprise. Il convient donc de revenir sur les analyses de Marx sur le sujet, dans les &#233;crits de critiques de l'&#233;conomie politique qui s'&#233;tendent de 1957 &#224; 1865&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Manuscrits de 1857-1858 (&#171; Grundrisse &#187;), &#201;ditions sociales, 2 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part de l'analyse de Marx est constitu&#233; par l'analyse de la coop&#233;ration dans le travail, et d'abord de la coop&#233;ration simple. Marx pr&#233;sente la coop&#233;ration simple comme la forme simple de la soumission formelle du travail au capital qui &#8211; c'est d&#233;cisif &#8211; demeure sous-jacente aux formes de la soumission r&#233;elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cap I, 2 p. 20, 27, Kap, p, 377, M61 p. 264, 377.&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par soumission formelle, Marx entend le simple passage du travail sous les ordres du capital, sans transformation du proc&#232;s de travail. Par soumission r&#233;elle, Marx entend la soumission qui engendre une transformation du proc&#232;s de travail lui-m&#234;me. Plus exactement, c'est avec la coop&#233;ration que s'effectue le passage la subsomption simplement formelle &#224; la subsomption r&#233;elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M61, p. 272, 273.&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction de la coop&#233;ration capitaliste rev&#234;t une forme sp&#233;cifique : au lieu d'&#234;tre une &#171; fonction particuli&#232;re du travail &#224; c&#244;t&#233; d'autres fonctions particuli&#232;res &#187; elle est la puissance qui r&#233;alise l'unit&#233; de travailleurs &#171; comme une unit&#233; qui leur est &#233;trang&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M61, p. 273.&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plac&#233;e &#171; sous le commandement du m&#234;me capitaliste &#187;, la coop&#233;ration prend la forme d'un travail planifi&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap. p. 362, 366, 371, Cap I, 2, p. 16, &#8220; planifi&#233; &#8221; dispara&#238;t p. 18, mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'abord &#171; cons&#233;quence formelle &#187; du travail aux ordres du capitaliste, ce commandement devient une exigence fonctionnelle de l'ex&#233;cution du proc&#232;s de travail proprement dit. Mieux : &#171; en tant que fonction sp&#233;cifique du capital, la fonction de direction acquiert des caract&#232;res sp&#233;cifiques &#187; et rev&#234;t une forme despotique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap. p. 372, Cap I, 2, p. 23-25.&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ou, comparaison d&#233;cisive : la coop&#233;ration rev&#234;t la forme d'une arm&#233;e qui repose sur une hi&#233;rarchie militaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap. p. 374 ; Cap. I, 2, p. 24 L'organisation militaire du travail sera plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la direction du proc&#232;s de travail, au lieu d'&#234;tre une simple fonction particuli&#232;re au sein de ce proc&#232;s, devient fonction exclusive et despotique du capital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap. p. 374, Cap I, p. 24.&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus exactement, ce sont &#224; la fois l'association des producteurs et la direction du proc&#232;s de travail qui deviennent &#8211; ali&#233;nation &#8211; des fonctions du capital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Grund, t.2, p. 75-77, M61, p. 27. De ces deux aspects, le premier &#8211; sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage de la d&#233;possession impliqu&#233;e dans le proc&#232;s de travail capitaliste &#224; la r&#233;appropriation collective de ce proc&#232;s - la restitution au travailleur collectif des conditions de sa coop&#233;ration - suppose &#171; la propri&#233;t&#233; commune des moyens de production &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap, p 376.&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout semble indiquer alors que cette propri&#233;t&#233; commune ne peut pas &#234;tre exclusivement publique. Plus exactement la propri&#233;t&#233; commune doit reposer sur l'articulation entre l'appropriation publique et l'appropriation coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;cessit&#233; renforc&#233;e par cette autre difficult&#233; - qui m&#233;riterait qu'on lui consacre un d&#233;veloppement plus ample : les rapports entre la planification et la division du travail. Une soci&#233;t&#233; &#233;mancip&#233;e &#8211; le communisme &#8211; serait &#171; une association d'hommes libres, travaillant avec des moyens de production collectif et d&#233;pensant &lt;i&gt;consciemment&lt;/i&gt; leurs nombreuses forces de travail individuelles comme une seule force de travail sociale &#187;. Or, cette conscience, pr&#233;cise le m&#234;me passage du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, s'incarne dans la planification. Celle-ci consiste en une double r&#233;partition, r&#233;gl&#233;e par le temps : r&#233;partition du travail et r&#233;partition des produits du travail. La &#034;r&#233;partition socialement planifi&#233;e&#034; du travail consiste en une r&#233;partition planifi&#233;e des facteurs de la production - la force de travail et les moyens de production &#8211; et donc &#224; une r&#233;partition planifi&#233;e des t&#226;ches productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, la &#171; suppression de la division du travail &#187; (IA p. 445), &#171; l'abolition de l'ancienne division du travail &#187; (Kap p. 549) ou la fin de &#171; l'asservissante subordination des individus &#224; la division du travail &#187; (Gotha p. 32) implique l'instauration d'une division volontaire du travail qui n'est plus d&#232;s lors division du travail &#224; proprement parler, mais r&#233;partition des t&#226;ches. Or cette division volontaire n'est autre que la r&#233;partition planifi&#233;e. Mais, qu'il s'agisse de la r&#233;partition des facteurs de production entre les diverses branches de la production et de leur ajustement aux besoins (et par cons&#233;quent de la d&#233;termination de la diversit&#233; des produits), ou de la r&#233;partition des produits entre ceux qui sont destin&#233;s &#224; la consommation individuelle et ceux qui sont destin&#233;s aux divers fonds sociaux, la ma&#238;trise de la r&#233;partition suppose la ma&#238;trise de la socialisation. Or, celle-ci d&#233;pend, pour une large part, des modalit&#233;s de la planification : qui d&#233;cide et selon quelles proc&#233;dures, selon quels crit&#232;res et avec quels moyens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'objet de la planification ne peut &#234;tre dissoci&#233; de ses modalit&#233;s, le contenu ne peut &#234;tre dissoci&#233; de la forme&lt;/i&gt; : la planification autoritaire s'oppose &#224; la planification d&#233;mocratique. Mieux : une planification &#233;tatique menace de soustraire le proc&#232;s social de production au &#171; contr&#244;le conscient &#187; des individus associ&#233;s ; elle r&#233;introduit la scission que la planification pr&#233;tend combattre, elle la porte &#224; son comble, et les le&#231;ons de la dialectique n'y peuvent rien : ce comble ne se renverse pas. Le contr&#244;le de la soci&#233;t&#233; sur elle-m&#234;me renvoie n&#233;cessairement aux formes de l'appropriation sociale (et aux formes politiques qui la sanctionnent et la favorisent.). On mesure, une fois de plus, les enjeux d'une articulation entre l'appropriation publique et l'appropriation coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; la relative &#171; instabilit&#233; &#187; des formulations de Marx et surtout d'Engels &#224; ce propos. Il faut encore souligner que m&#234;me dans les &#233;loges des coop&#233;ratives les plus appuy&#233;s, la question du despotisme d'entreprise est &#224; peine &#233;voqu&#233;e. La question est pourtant cruciale : la n&#233;gligence, voire l'omission, de l'importance des coop&#233;ratives (de l'autogestion) menace gravement l'ensemble du projet d'&#233;mancipation, notamment parce qu'en laissant au second plan (voire en faisant dispara&#238;tre) la question du despotisme d'entreprise, c'est l'ensemble des rapports de pouvoir qui soutiennent les rapports d'exploitation et de domination qui est sont soustraits &#224; la transformation sociale. Toutes les d&#233;rives sont alors possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Des d&#233;rives insistantes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est surtout dans les textes d'Engels (sauf erreur ou omission de ma part) que l'on peut relever une pr&#233;sentation de plus en plus p&#233;rilleuse. Marx souligne fortement le contraste entre le despotisme de l'organisation du travail et l'anarchie de la production. Que l'on puisse pr&#233;senter ce contraste comme une contradiction fait probl&#232;me (en quoi consiste pr&#233;cis&#233;ment la &#171; contradiction &#187; ?), surtout si cette contradiction, syst&#233;matiquement soulign&#233;e par Engels, doit &#234;tre r&#233;solue par la suppression d'un seul de ses termes : l'anarchie de la production. &#192; suivre cette pente, on mesure o&#249; elle risque de conduire : le transfert de l'arm&#233;e industrielle plac&#233;e sous le commandement du capital dans l'entreprise &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un premier glissement engage sur cette pente : la pr&#233;sentation du despotisme comme une forme de direction ind&#233;pendante de tout &#233;tat social (Engels, &#171; De l'autorit&#233; &#187;) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un second glissement &#8211; que l'on ne trouve pas directement chez Engels, me semble-t-il &#8211; menace de s'ensuivre aussit&#244;t : la pr&#233;sentation de la planification comme transfert de l'organisation du travail dans l'entreprise &#224; l'organisation d'ensemble de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;taphore militaire (du commandement des hommes) cesse alors d'&#234;tre une simple m&#233;taphore et la m&#233;taphore administrative (de l'administration des choses) devient l'enveloppe d'une militarisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e des forces de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'absence de toute reprise sous le contr&#244;le des producteurs de leur propre association dans la coop&#233;ration et de la direction du proc&#232;s de travail, la socialisation se transforme en g&#233;n&#233;ralisation de l'entreprise capitaliste ; l'association des producteurs se r&#233;sume dans la formation d'une seule entreprise d'&#201;tat ; la socialisation se confond avec la g&#233;n&#233;ralisation du despotisme d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe aucune raison s&#233;rieuse d'imputer &#224; Marx et Engels une telle d&#233;rive. Mais, dans la mesure o&#249; ils sugg&#232;rent que deux formes de d'appropriation oppos&#233;es (soci&#233;t&#233;s par actions et coop&#233;ratives) indiquent la m&#234;me tendance, l'on a pu conclure qu'elles pr&#233;paraient au m&#234;me titre l'appropriation sociale. Or leur nature et leur destin divergent. Dans les limites m&#234;mes du mode de production capitaliste, les coop&#233;ratives tendent &#224; r&#233;duire la disjonction entre le travail et le capital que les soci&#233;t&#233;s par actions tendent &#224; amplifier. De l&#224; deux d&#233;passements possibles de l'appropriation priv&#233;e : par acc&#233;l&#233;ration des monopoles transf&#233;r&#233;s &#224; l'&#201;tat et/ou par g&#233;n&#233;ralisation des coop&#233;ratives confi&#233;es aux producteurs eux-m&#234;mes. Autrement dit, la contradiction entre socialisation des forces productives et appropriation priv&#233;e peut se r&#233;soudre de deux fa&#231;ons distinctes voire oppos&#233;es. Or non seulement ces deux modalit&#233;s de reconnaissance de la socialisation des forces productives ne s'additionnent pas, mais elles s'opposent, comme les capitaux associ&#233;s par &#233;tatisation et les producteurs associ&#233;s par coop&#233;ration. Tant que leurs rapports ne sont pas pens&#233;s et &#233;tablis, ces deux n&#233;gations de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ne font pas une solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Marx et Engels, s'autorisant des textes, mais ne s'expliquant nullement par eux seuls, les r&#233;gressions se sont multipli&#233;es. En effet, la logique de l'&#233;tatisation, non seulement menace de se replier vers des formes de propri&#233;t&#233; et d'appropriation proprement capitalistes (capitalisme d'&#201;tat, nationalisations), mais livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me elle menace de laisser subsister les effets de la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production dans l'entreprise. Soit tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment le despotisme d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La premi&#232;re r&#233;gression commence quand l'appropriation publique est effectu&#233;e par un &#201;tat politique s&#233;par&#233; qui confie &#224; des gouvernants dominant les gouvern&#233;s les fonctions de direction et de gestion des entreprises &#171; socialis&#233;es &#187; : on aura reconnu l&#224; le destin de l'URSS sous Staline, quand la d&#233;formation bureaucratique devient la structure bureaucratique d'une dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La seconde r&#233;gression &#8211; il n'est pas besoin d'argumenter longuement &#8211; commence quand, sous la domination politique de la bourgeoisie, les nationalisations (le cas &#233;ch&#233;ant assortie d'une gestion d&#233;mocratique) sont pr&#233;sent&#233;es comme une forme de socialisation : on aura reconnu les avatars de la d&#233;mocratie avanc&#233;e et autre bimbeloteries du PCF sous Georges Marchais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux impasses de l'autogestion, souvent tributaires des impasses de l'&#233;tatisation, elles ont trop souvent invit&#233; &#224; renoncer &#224; sa perspective. Mais &#224; quel prix ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en admettant qu'un programme ne saurait &#234;tre qu'une esquisse, une esquisse des formes politiques et des formes sociales de la transition au communisme &#8211; strat&#233;giquement n&#233;cessaires &#224; la transition au communisme &#8211; est indispensable. Il faut rompre radicalement avec la sous-estimation marxienne de cette question (quels que soient les rectificatifs apport&#233;s par Marx et Engels dans le cours de leur cheminement) et avec les pr&#233;suppos&#233;s th&#233;oriques de cette sous-estimation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'en remettre au mariage al&#233;atoire entre une tendance immanente &#224; l'histoire et des circonstances historiques particuli&#232;res est th&#233;oriquement douteux et peut devenir politiquement d&#233;sastreux. En l'absence d'un projet fond&#233; sur l'esquisse des formes, il devient difficile de d&#233;m&#234;ler en th&#233;orie et en pratique ce que sont les formes impos&#233;es par les circonstances et les formes ad&#233;quates &#224; l'histoire : et notamment entre les reculs tactiques et les retraites strat&#233;giques, voire les reniements catastrophiques. Mais les &#171; lacunes &#187; ou les &#171; erreurs &#187; ne sont pas totalement ind&#233;pendantes de l'h&#233;ritage : Marx et Engels &#233;prouvent des difficult&#233;s &#224; penser ensemble les formes de l'appropriation publique et les formes de l'appropriation coop&#233;rative et &#224; penser ensemble les formes de la domination politique et les formes de l'&#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif est de trouver une &#233;bauche de r&#233;ponse &#224; cette double question : Comment penser les rapports (&#233;nigmatiques) entre une forme de domination (politique) et les formes (sociales) d'&#233;mancipation ? Quelle forme de domination politique peut &#234;tre une forme d'&#233;mancipation sociale ? Quelles formes d'&#233;mancipation sociale peuvent &#234;tre mises en &#339;uvre sous la domination du prol&#233;tariat ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt; IV. Esquisses et probl&#232;mes&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'appropriation sociale des forces productives - forces de travail et moyens de production - consiste, dans un m&#234;me mouvement, dans l'abolition de l'appropriation priv&#233;e des moyens de production (c'est-&#224;-dire dans la pleine reconnaissance de leur caract&#232;re social) et dans l'abolition de l'appropriation priv&#233;e des forces de travail et de leur coop&#233;ration (c'est-&#224;-dire dans la pleine reconnaissance &#224; du caract&#232;re social du proc&#232;s de production). Autrement dit, la socialisation des forces productives implique, dans un m&#234;me mouvement, la socialisation des moyens de production et la socialisation de la force de travail : l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et l'abolition du salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Vers une double appropriation sociale &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dissociation des deux figures de la socialisation est tendanciellement une dissociation de cette double socialisation. L'appropriation par l'&#233;tatisation tend &#224; privil&#233;gier la socialisation des moyens de production : leur appropriation &#233;tatique ou publique. L'appropriation par la coop&#233;rative tend &#224; privil&#233;gier la socialisation de la force de travail : l'appropriation collective et autog&#233;r&#233;e des moyens et du proc&#232;s de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, l'&#233;tatisation est une forme de socialisation des moyens de production qui a comme corr&#233;lat la militarisation des forces de travail : ainsi, la m&#233;taphore de l'arm&#233;e du travail n'est pas seulement une m&#233;taphore. La coop&#233;ration sous la forme des coop&#233;ratives, au contraire, met en jeu la socialisation des moyens de production (qui d&#233;fait leur appropriation priv&#233;e) et celle de la force de travail (qui d&#233;fait le despotisme d'entreprise). Mais elle a pour corr&#233;lat le maintien d'entreprises ind&#233;pendantes (et &#224; ce titre priv&#233;es) soumise &#224; la loi du march&#233; ou, plus exactement, &#224; la valorisation de la valeur, du moins tant qu'il s'agit de coop&#233;rative ouvri&#232;res institutionnelles, constitu&#233;es sous la tutelle de l'&#201;tat, voire avec son aide, dans les limites de l'ordre capitaliste existant. Toute autre serait, m&#234;me si les premi&#232;res peuvent partiellement leur ouvrir la voie, une organisation coop&#233;rative de la production plac&#233;e sous le contr&#244;le d'une d&#233;mocratie de citoyens-producteurs. C'est pourquoi l'appropriation sociale devrait rev&#234;tir une double forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sorption de la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production passe par l'abolition de l'appropriation priv&#233;e et exclusive. Mais l'appropriation collective et commune rev&#234;t n&#233;cessairement deux formes distinctes, du moins initialement : l'appropriation publique par l'&#201;tat et l'appropriation collective par les travailleurs. Telle est du moins la le&#231;on la plus s&#251;re que l'on peut retenir, malgr&#233; tout, des arguments successifs et parfois dissoci&#233;s de Marx et Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notamment le cas de &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; o&#249; Marx s'efforce de penser ensemble les formes de la domination politique et les formes de l'&#233;mancipation sociale et, particuli&#232;rement les formes de la socialisation. Mais force est de constater que le r&#233;sultat est inachev&#233;. La transition au communisme co&#239;ncide donc avec le processus d'abolition du capitalisme et d'appropriation commune des moyens de production. En quoi consiste cette appropriation commune ? Marx propose deux formulations successives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la premi&#232;re (premier essai de r&#233;daction), Marx invite le prol&#233;tariat &#224; r&#233;aliser &#171; la lib&#233;ration des formes sociales de production telles qu'elles existent dans l'organisation actuelle du travail (engendr&#233;es par l'industrie moderne) &#187; et &#224; &#171; r&#233;aliser la coordination harmonieuse de ces formes sur le plan national et international &#187; (p. 216). Mais quelles sont ces formes sociales qu'il s'agit de lib&#233;rer et de coordonner ? Marx n'en dit rien, mais on peut l&#233;gitimement penser qu'il s'agit des formes de production qui ont pour base la coop&#233;ration et qui se d&#233;ploient avec le machinisme et la grande industrie. S'agit-il des formes de la grande industrie priv&#233;e transform&#233;e en soci&#233;t&#233;s par actions ou les formes coop&#233;ratives ? S'agit-il de lib&#233;rer les formes capitalistes de leur d&#233;termination sociale capitalistes et/ou de donner &#224; la coop&#233;ration et &#224; l'appropriation une nouvelle forme sociale - celle des coop&#233;ratives pr&#233;cis&#233;ment ? Ces questions restent ouvertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la seconde formulation (r&#233;daction d&#233;finitive, que nous avons d&#233;j&#224; cit&#233;e), il s'agit de parvenir &#224; la r&#233;gulation planifi&#233;e de la production nationale par l'ensemble des coop&#233;ratives :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais si la production coop&#233;rative ne doit pas rester un leurre et un pi&#232;ge ; si elle doit &#233;vincer le syst&#232;me capitaliste ; &lt;i&gt;si l'ensemble des associations coop&#233;ratives doit r&#233;gler la production nationale selon un plan commun&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;la prenant ainsi sous sa propre direction&lt;/i&gt; et mettant fin &#224; l'anarchie constante et aux convulsions p&#233;riodiques qui sont le destin in&#233;luctable de la production capitaliste, que serait-ce, messieurs, sinon du communisme du tr&#232;s &#8220;possible&#8221; communisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;p. 46, soulign&#233; par moi. Le deuxi&#232;me essai de r&#233;daction ne dit rien &#224; ce propos.&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se trouve esquiss&#233;e une solution coh&#233;rente. Jusqu'alors, la tendance des textes de Marx consiste, quand ces deux formes de l'appropriation sociale ne sont pas dissoci&#233;es (ou la coop&#233;rative purement et simplement &#171; oubli&#233;e &#187;), &#224; r&#233;partir entre elles deux fonctions diff&#233;rentes : la planification centralis&#233;e et la gestion coop&#233;rative. Mais les conditions et les formes de la combinaison de l'appropriation publique (ou indirecte) et de l'appropriation coop&#233;rative (et directe) ne sont pas clairement expos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est donc le rapport entre les deux formes de l'appropriation sociale ? Les probl&#232;mes soulev&#233;s peuvent &#234;tre pr&#233;sent&#233;s sous forme de questions distinctes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Premi&#232;re s&#233;rie de questions : Quelle forme rev&#234;t cet &#171; ensemble des associations coop&#233;ratives &#187;, &#233;voqu&#233; par Marx dans &lt;i&gt;La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; ? Quelle est la forme de coordination de cet ensemble ? Une f&#233;d&#233;ration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces questions, Engels (qui, comme on l'a vu, est souvent tent&#233; par la perspective unilat&#233;rale de l'&#233;tatisation) r&#233;pond tr&#232;s clairement en 1891. Pr&#233;sentant Proudhon comme &#171; le socialiste de la petite paysannerie et de l'artisanat &#187;, qui &#171; ha&#239;ssait positivement l'association &#187;, Engels soutient que les proudhoniens (comme les blanquistes) furent amen&#233;s &#224; faire, pendant la Commune, &#171; le contraire de ce que leur prescrivait leur doctrine d'&#233;cole &#187;. Et Engels d'&#233;crire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; En 1871, m&#234;me &#224; Paris, ce centre de l'artisanat d'art, la grande industrie avait tellement cess&#233; d'&#234;tre une exception que le d&#233;cret de loin le plus important de la Commune instituait &lt;i&gt;une organisation de la grande industrie et m&#234;me de la manufacture qui devait, non seulement reposer sur l'association des travailleurs dans chaque fabrique, mais aussi r&#233;unir toutes ses associations dans une grande f&#233;d&#233;ration&lt;/i&gt; ; bref, une organisation, qui, comme le dit Marx tr&#232;s justement dans &lt;i&gt;La Guerre civile&lt;/i&gt;, devait aboutir finalement au communisme, c'est-&#224;-dire &#224; l'exact oppos&#233; de la doctrine de Proudhon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Engels, Introduction &#224; l'&#233;dition allemande de 1891 de La Guerre civile en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Deuxi&#232;me s&#233;rie de questions : Quelle est la forme que rev&#234;t la r&#233;gulation planifi&#233;e qui permettrait &#224; &#171; l'ensemble des associations coop&#233;ratives &#187; de &#171; r&#233;gler la production nationale selon un plan commun, et de la prendre &#171; ainsi &#187;, comme le dit Marx, &#171; sous sa propre direction&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187; ? D&#233;pend-elle directement de l'ensemble des coop&#233;ratives (leur f&#233;d&#233;ration) ou de l'ensemble des Communes (leur f&#233;d&#233;ration), c'est-&#224;-dire de l'&#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces questions, on peut, il est vrai, tenter de r&#233;pondre que, plac&#233;e sous la domination politique du prol&#233;tariat, c'est l'&#201;tat, puis le &#171; pouvoir public &#187; qui succ&#232;de &#224; l'&#201;tat de classes qui prend en charge la planification, dont il confie l'ex&#233;cution &#224; l'ensemble des coop&#233;ratives, et non &#224; une fantomatique &#171; soci&#233;t&#233; &#187;. C'est donc &#224; la perspective du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat que nous sommes renvoy&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Vers une d&#233;mocratie sans domination&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les formes d&#233;mocratiques de transition &#8211; les formes d&#233;mocratiques de la transformation sociale &#8211; sont ou doivent &#234;tre des formes de &lt;i&gt;domination&lt;/i&gt; (politique) et d'&lt;i&gt;&#233;mancipation&lt;/i&gt; (sociale). Toutes les contradictions d'une p&#233;riode de transition se concentrent dans l'opposition entre ces deux termes. Comment une forme de domination peut-elle &#234;tre une forme d'&#233;mancipation ? Comment une forme de domination peut-elle &#339;uvrer &#224; son d&#233;passement ? On conna&#238;t l'embarras &#8211; le terme est faible &#8211; o&#249; nous laisse l'h&#233;ritage. Tout semble tenir, entre d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat et dictature du prol&#233;tariat, dans ce d&#233;doublement insurmontable : &#224; l'horizon, une d&#233;mocratie sans domination ; en transition, une domination sans d&#233;mocratie. Trou noir qui menace d'engloutir toute tentative d&#8216;&#233;mancipation. &lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la Commune est &#171; la forme enfin trouv&#233;e &#187; de l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat, c'est que cette forme de la domination politique du prol&#233;tariat n'est pas une fin, mais un moyen. Elle doit en effet remplir deux fonctions, en principe, indissociables, dont Marx souligne fortement la n&#233;cessit&#233; et l'articulation dans le premier essai de r&#233;daction &lt;i&gt;de La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; (p. 215- 216 notamment)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En tant que forme de domination politique &#8211; en tant qu'&#201;tat politique ajust&#233; &#224; la domination du prol&#233;tariat &#8211; elle doit permettre de poursuivre la lutte des classes jusqu'&#224; leur abolition. Et cela sur deux fronts : la lutte contre les tentatives violentes de contre-r&#233;volution et la lutte pour l'accomplissement de la r&#233;volution sociale, qui suppose une intervention proprement politique dans les rapports de propri&#233;t&#233; et les rapports de production capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais en m&#234;me temps cette forme de domination politique doit &#234;tre une forme politique de l'&#233;mancipation sociale, non seulement par ce qu'elle intervient dans l'expropriation des expropriateurs, mais par ce qu'elle doit favoriser l'appropriation sociale des moyens de production et d'&#233;change et la ma&#238;trise du processus de production et de distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la domination du prol&#233;tariat comporte n&#233;cessairement deux faces : une face destructive et r&#233;pressive et une face constructive et expansive. La lutte des classes et ses conditions d&#233;cident des rythmes et des modalit&#233;s particuli&#232;res, des avanc&#233;es et des reculs : c'est ce dont Marx est parfaitement conscient. C'est encore ce que souligne fortement le premier essai de r&#233;daction &lt;i&gt;de La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; (p. 216 notamment). Les circonstances historiques en contraignant &#224; privil&#233;gier la premi&#232;re fonction peuvent conduire &#224; reculer, voire &#224; abandonner l'accomplissement de la seconde. Dans ce dernier cas, la d&#233;faite serait d&#233;j&#224; consomm&#233;e. Telle est la le&#231;on th&#233;orique et strat&#233;gique que l'on peut tirer de l'exp&#233;rience historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, la Commune en fournissant &#171; &#224; la R&#233;publique la base d'institutions d&#233;mocratiques &#187; n'atteint pas ainsi &#171; son but dernier &#187;. C'est en poursuivant son but qu'elle assure vraiment la domination politique du prol&#233;tariat. En effet, si la Commune la &#171; forme politique enfin trouv&#233;e qui permettait de r&#233;aliser l'&#233;mancipation &#233;conomique du travail &#187;, c'est &#224; condition de poursuivre cet objectif :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sans cette derni&#232;re condition, la Constitution communale e&#251;t &#233;t&#233; une impossibilit&#233; et un leurre. La domination politique du prol&#233;tariat ne peut coexister avec l'&#233;ternisation de son esclavage social&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La guerre civile en France, op.cit., p. 45.&#034; id=&#034;nh3-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais l'appropriation sociale, condition du &#171; libre d&#233;veloppement de chacun comme condition du libre d&#233;veloppement de tous &#187; est incompatible avec le maintien d'une forme quelconque de &lt;i&gt;domination&lt;/i&gt; politique. L'expansion de la d&#233;mocratie des citoyens producteurs est la condition de leur &#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H.M.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Source &lt;/strong&gt; : &#171; Les figures de l'appropriation sociale chez Marx &#187; in &lt;i&gt;Marx et l'appropriation sociale&lt;/i&gt;, collection &#171; Les cahiers de critique communiste &#187;, &#201;ditions Syllepse, d&#233;cembre 2003, pp. 11-54 &#8211; Cet ouvrage comprend &#233;galement des contributions d'Antoine Artous et Jacques Texier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;K. Marx, &lt;i&gt;Le Capital, &lt;/i&gt;Livre III, t.2, Chapitre XXVII, &#171; Le r&#244;le du cr&#233;dit dans la production capitaliste &#187; (1863-1865), &#201;ditions sociales, pp. 101-107 ; Karl Marx, &lt;i&gt;&#338;uvres, Economie II&lt;/i&gt;, La Pl&#233;iade, p.1173-1180.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., &#201;ditions sociales, p. 102.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, p. 105.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, p.106, c'est moi qui souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., &#201;ditions sociales, p.102-103.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Friedrich Engels, &lt;i&gt;Anti-D&#252;hring (M. E. bouleverse la science)&lt;/i&gt;, (1877-1878), &#201;ditions sociales, 1973, p. 316-317, 319 ; repris dans &lt;i&gt;Socialisme utopique et socialisme scientifique&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, bilingue, 1977, p. 167-175.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 300-301.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 314-316, pour toutes les citations suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;in &lt;i&gt;Gotha&lt;/i&gt; p. 96&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Manuscrits de 1857-1858&lt;/i&gt; (&#171; Grundrisse &#187;), &#201;ditions sociales, 2 volumes, 1980, notamment t.2, p. 75-76 ; Karl Marx, &lt;i&gt;Manuscrits de 1861-1863 (Cahiers I &#224; V), &lt;/i&gt;&#201;ditions sociales, 1980, notamment pp. 264-274 ; Karl Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre I, &#233;dition fran&#231;aise, t.2, &#201;ditions Sociales, notamment pp. 16-27 - Karl Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre 1, 4&#232;me &#233;dition allemande (1890), traduction sous la responsabilit&#233; de Jean-Pierre Lefebvre, &#201;ditions sociales, 1983, notamment pp. 362-377 - K. Marx, &lt;i&gt;Le Capital, &lt;/i&gt;Livre III, t.2, Chapitre XXVII, &#171; Le r&#244;le du cr&#233;dit dans la production capitaliste &#187; (r&#233;dig&#233; en 1863-1865), &#201;ditions sociales, pp. 101-107 - Karl Marx, &lt;i&gt;&#338;uvres, Economie II&lt;/i&gt;, La Pl&#233;iade, pp.1173-1180. &#8211; Abr&#233;viations : &lt;i&gt;Grund &lt;/i&gt;(pour &#171; Grundrisse &#187;) ; &lt;i&gt;M61&lt;/i&gt; (pour &#171; Manuscrits de 1861-1863 &#187;), &lt;i&gt;Cap &lt;/i&gt;I, 2 (pour l'&#233;dition fran&#231;aise) ; &lt;i&gt;Kap &lt;/i&gt;(pour la 4&#232;me &#233;dition allemande), &lt;i&gt;Cap 3&lt;/i&gt; (pour le Livre III). Voir &#233;galement, sur cette question, Antoine Artous,&lt;i&gt; Marx, l'Etat et la politique&lt;/i&gt; (Syllepse, 1999) p. 124-127&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cap &lt;/i&gt;I, 2 p. 20, 27, &lt;i&gt;Kap&lt;/i&gt;, p, 377, &lt;i&gt;M61&lt;/i&gt; p. 264, 377.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;M61&lt;/i&gt;, p. 272, 273.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;M61&lt;/i&gt;, p. 273.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Kap&lt;/i&gt;. p. 362, 366, 371, &lt;i&gt;Cap&lt;/i&gt; I, 2, p. 16, &#8220; planifi&#233; &#8221; dispara&#238;t p. 18, mais appara&#238;t p. 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Kap&lt;/i&gt;. p. 372, &lt;i&gt;Cap&lt;/i&gt; I, 2, p. 23-25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Kap.&lt;/i&gt; p. 374 ; &lt;i&gt;Cap.&lt;/i&gt; I, 2, p. 24 L'organisation militaire du travail sera plus nettement analys&#233;e comme effet de la soumission r&#233;elle du travail au capital dans le &lt;i&gt;Chapitre in&#233;dit&lt;/i&gt; et dans les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, puis comme despotisme d'usine dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Kap.&lt;/i&gt; p. 374, &lt;i&gt;Cap&lt;/i&gt; I, p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Grund&lt;/i&gt;, t.2, p. 75-77, &lt;i&gt;M61&lt;/i&gt;, p. 27. De ces deux aspects, le premier &#8211; sur lequel insistent les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; &#8211; est effac&#233; dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Kap&lt;/i&gt;, p 376.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p. 46, soulign&#233; par moi. Le deuxi&#232;me essai de r&#233;daction ne dit rien &#224; ce propos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Engels, &lt;i&gt;Introduction&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;dition allemande de 1891 de &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 299 (soulign&#233; par moi). Sauf erreur, le d&#233;cret auquel fait allusion Engels ne dit rien de la f&#233;d&#233;ration des coop&#233;ratives. Il est mentionn&#233; par Marx dans ses &#171; Extraits de presse &#187; (p. 129-130) et dans son &#171; Premier essai de r&#233;daction &#187; (p. 199).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La guerre civile en France&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marx et l'appropriation sociale (1) : Enjeux et modalit&#233;s</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Marx-et-l-appropriation-sociale-1-Enjeux-et-modalites.html</link>
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		<dc:date>2016-08-30T07:51:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'appropriation sociale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La perspective de l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production et d'&#233;change est la pierre de touche qui permet de distinguer, aujourd'hui plus que jamais, le socialisme et le communisme de tous les avatars qui parfois en gardent encore les noms,&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-l-appropriation-sociale-+.html" rel="tag"&gt;Marx et l'appropriation sociale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L96xH150/arton38-e7f9d.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='96' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La perspective de l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production et d'&#233;change (auxquels il convient d'ajouter les moyens de communication) est la pierre de touche qui permet de distinguer, aujourd'hui plus que jamais, le socialisme et le communisme de tous les avatars qui parfois en gardent encore les noms&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la suite de ce texte, je n'&#233;voquerai, pour l'essentiel, que des moyens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais la perspective de cette abolition qui, dans sa forme positive, implique l'appropriation sociale de ces m&#234;mes moyens par les producteurs-citoyens est aussi le trajet o&#249; se sont &#233;gar&#233;s tous les projets d'&#233;mancipation depuis plus de 150 ans. Jusqu'&#224; leur inversion monstrueuse par la contre-r&#233;volution stalinienne : l'appropriation &#233;tatique des moyens de production et d'&#233;change, au lieu d'ouvrir une voie de passage vers l'appropriation sociale, devient alors l'un des instruments majeurs d'une exploitation sans frein et d'une domination politique sans partage, dont le Goulag est &#224; la fois le symbole et l'accomplissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception de Marx n'est pas sortie indemne de ce retournement d&#233;sastreux. Rendue solidaire des effets qu'on lui impute, elle est devenue la proie de tous les contresens int&#233;ress&#233;s. Pourtant, m&#234;me si l'exp&#233;rience historique ne diffuse pas par elle-m&#234;me une lumi&#232;re suffisante, elle invite &#224; explorer les recoins d'une &#339;uvre ind&#233;finiment ouverte &#224; celles et ceux qui n'ont pas renonc&#233; &#224; la perspective de l'&#233;mancipation sociale. Non pour retrouver la fra&#238;cheur des commencements ou pour se plonger dans une eau lustrale, mais pour l'interpeller &#224; partir de probl&#232;mes qui se posent &#224; nous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette contribution pourtant, parce qu'elle se tient dans les limites des textes de Marx et d'Engels, assume tous les risques d'un commentaire qui ne fait place que par allusion aux &#233;laborations th&#233;oriques ult&#233;rieures ainsi qu'aux le&#231;ons th&#233;oriques que l'on pourrait extraire de l'histoire ou, plut&#244;t, d'une r&#233;flexion sur l'histoire. Mais, pour inscrire la perspective de l'appropriation sociale dans une analyse contemporaine de la dynamique du capitalisme et r&#233;&#233;valuer ce qui la rend souhaitable et r&#233;alisable, il n'est pas inutile de sonder les fondations.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;I. Perspectives et enjeux&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/ br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour doter cette contribution d'un commencement qui permette de prendre d'embl&#233;e la mesure de la place que Marx accorde &#224; la perspective de l'appropriation sociale, c'est au moment o&#249; il se d&#233;clare ouvertement communiste, que l'on peut se r&#233;f&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Des perfections imaginaires ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1846, dans &lt;i&gt;L' Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;, comme dans nombre de textes ant&#233;rieurs, Marx trace la perspective d'une &#233;mancipation totale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx et Friedrich Engels, L' Id&#233;ologie Allemande (1846), &#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans la mesure o&#249; l'ali&#233;nation est compl&#232;te (elle affecte la totalit&#233; des aspects de l'existence humaine), universelle (elle concerne la totalit&#233; des &#234;tres humains), int&#233;grale (elle mutile la totalit&#233; des manifestations de la vie individuelle), elle exige une &#233;mancipation compl&#232;te, universelle et int&#233;grale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(1)&lt;/strong&gt; L'&#233;mancipation, tout d'abord, doit &#234;tre &lt;i&gt;universelle, &lt;/i&gt;puisqu'elle concerne la &lt;i&gt;totalit&#233;&lt;/i&gt; des forces productives et des individus qui se les approprient. Le d&#233;veloppement des forces productives, soutient Marx, a engendr&#233; le comble de l'ali&#233;nation et l'a rendue insupportable, au point que les &#171; individus de l'&#233;poque actuelle sont contraints d'abolir la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 445.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; par une appropriation des forces productives qui ne peut &#234;tre qu'universelle : &#171; les individus sont oblig&#233;s de s'approprier&lt;i&gt; la totalit&#233; &lt;/i&gt;des forces productives existantes non seulement pour parvenir &#224; manifester leur moi mais avant tout pour assurer leur existence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour cette citation et les suivantes, op.cit., p. 71-72.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me texte envisage cette appropriation sous toutes ses faces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Dans la mesure o&#249; cette appropriation est d&#233;termin&#233;e par son objet, c'est &lt;i&gt;une&lt;/i&gt; &lt;i&gt;appropriation de forces productives universelles&lt;/i&gt; : &#171; Cette appropriation est conditionn&#233;e, en premier lieu, par l'objet qu'il s'agit de s'approprier, ici donc les forces productives d&#233;velopp&#233;es jusqu'au stade de la totalit&#233; et existant uniquement dans le cadre d'&#233;changes universels. D&#233;j&#224; sous cet angle&lt;i&gt; &lt;/i&gt;cette appropriation doit n&#233;cessairement pr&#233;senter un caract&#232;re&lt;i&gt; universel &lt;/i&gt;correspondant aux forces productives et aux &#233;changes &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Dans la mesure o&#249; elle est d&#233;termin&#233;e par son sujet, c'est &lt;i&gt;une&lt;/i&gt; &lt;i&gt;appropriation universelle des forces productives&lt;/i&gt;, qui la subordonne &#224; tous les individus : mais &#171; les &#233;changes universels modernes ne peuvent &#234;tre subordonn&#233;s aux individus qu'en &#233;tant&lt;i&gt; subordonn&#233; &#224; tous&lt;/i&gt; &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Cette appropriation, &#171; conditionn&#233;e par la fa&#231;on particuli&#232;re dont elle doit s'accomplir &#187;, suppose, enfin, &lt;i&gt;un processus universel d'appropriation&lt;/i&gt; qui repose n&#233;cessairement sur l'union universelle du prol&#233;tariat : elle suppose &#171; une union obligatoirement&lt;i&gt; universelle &lt;/i&gt;&#224; son tour, de par le caract&#232;re du prol&#233;tariat lui-m&#234;me &#187; et une &#171; r&#233;volution qui (...) d&#233;veloppera le caract&#232;re&lt;i&gt; universel &lt;/i&gt;du prol&#233;tariat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(2)&lt;/strong&gt; Selon Marx, cette appropriation universelle est, en m&#234;me temps et du m&#234;me coup, n&#233;cessairement &lt;i&gt;int&#233;grale, &lt;/i&gt;puisque elle suppose et entra&#238;ne le d&#233;veloppement &lt;i&gt;total &lt;/i&gt;des individus&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; C'est l'objet m&#234;me de l'appropriation qui l'implique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'appropriation de ces forces n'est elle-m&#234;me pas autre chose que le d&#233;veloppement des facult&#233;s individuelles correspondant aux instruments mat&#233;riels de production. Par l&#224; m&#234;me, l'appropriation d'une totalit&#233; d'instruments de production est d&#233;j&#224;&lt;i&gt; le d&#233;veloppement d'une totalit&#233; de facult&#233;s des individus eux-m&#234;mes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appropriation d'une totalit&#233; de forces productives et le d&#233;veloppement d'une totalit&#233; de facult&#233;s individuelles se conditionnent r&#233;ciproquement. Seul le d&#233;veloppement des facult&#233;s rend possible l'appropriation qui rend possible &#224; son tour ce d&#233;veloppement. C'est ce second aspect que Marx d&#233;veloppe, en faisant sans doute r&#233;f&#233;rence au passage pr&#233;c&#233;demment cit&#233;, quand il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons montr&#233; en outre que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ne peut &#234;tre abolie qu'&#224; la condition que soit r&#233;alis&#233;&lt;i&gt; un d&#233;veloppement complet des individus ;&lt;/i&gt; ceux-ci se trouvent en effet en pr&#233;sence de forces productives et de formes d'&#233;change de caract&#232;re multiforme et seuls des individus dont le d&#233;veloppement sera&lt;i&gt; complet &lt;/i&gt;pourront se les assimiler, c'est &#224; dire en faire l'activit&#233;&lt;i&gt; libre &lt;/i&gt;de leur existence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 445.&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(3)&lt;/strong&gt; Enfin, comme toutes les sph&#232;res de l'ali&#233;nation sont interd&#233;pendantes, l'&#233;mancipation ne peut &#234;tre que &lt;i&gt;compl&#232;te &lt;/i&gt;(puisque elle surmonte la &lt;i&gt;totalit&#233;&lt;/i&gt; des ali&#233;nations humaines)&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; De m&#234;me que la division du travail engendre une ali&#233;nation universelle et int&#233;grale qui requiert une appropriation universelle et int&#233;grale, elle engendre toutes les formes de l'ali&#233;nation humaine (de la domination des hommes par les produits de leur propre activit&#233;). D&#232;s lors la suppression de la division du travail doit engendrer une &#233;mancipation globale, qui doit mettre un terme &#224; la subordination des hommes &#224; la division &#224; la division du travail et d&#233;passer l'antith&#232;se entre travail et plaisir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., respectivement p. 31-34 et p. 210-212.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle doit, en particulier, affranchir les hommes de l'existence des institutions politiques. L'existence de l'&#201;tat r&#233;sulte de la division du travail qui engendre &#171; la contradiction entre int&#233;r&#234;ts particuliers et int&#233;r&#234;t collectif qui am&#232;ne l'int&#233;r&#234;t collectif &#224; prendre en qualit&#233; d'&#201;tat, une forme ind&#233;pendante &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 31.&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La suppression de la division du travail doit donc entra&#238;ner celle de l'&#201;tat :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; De ce que nous avons dit plus haut contre Feuerbach, il ressort que les R&#233;volutions qui ont eu lieu jusqu'&#224; pr&#233;sent, dans le cadre de la division du travail, ont n&#233;cessairement conduit &#224; de nouvelles institutions politiques ; il en ressort &#233;galement que&lt;i&gt; la r&#233;volution communiste qui abolit la division du travail aboutit en fin de compte &#224; la disparition des institutions politiques&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 381.&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'appropriation sociale appara&#238;t bien ici comme la condition d'une &#233;mancipation totale dans toutes ses dimensions. Et avec une telle perspective, qui se pr&#233;sente comme historiquement fond&#233;e, le d&#233;passement des formes partielles et dogmatiques du socialisme et du communisme, qui seront en 1847-1848 pr&#233;sent&#233;es comme des formes &lt;i&gt;utopiques&lt;/i&gt; du socialisme et du communisme, est donn&#233; pour accompli. Mais quelle est en effet cette n&#233;cessit&#233; qui &#171; contraint &#187; et &#171; oblige &#187; les individus &#224; s'&#233;manciper ou qui &#171; ne peut que &#187; ou &#171; doit n&#233;cessairement &#187; prendre les formes envisag&#233;es par Marx ? Quelle est cette n&#233;cessit&#233; qui conjugue ce qui est indispensable si&#8230; et ce qui est in&#233;luctable finalement ? Quelle est cette promesse et que promet-elle, si ce n'est le comble de l'utopie ? Celle-l&#224; m&#234;me qui se distingue des prescriptions doctrinaires, mais se confond cependant avec la poursuite de perfections imaginaires ? Ces questions m&#233;ritent d'&#234;tre pos&#233;es, car, pr&#233;sent&#233;s ainsi, le contenu du projet (qui se d&#233;fend d'en &#234;tre un) ainsi que la n&#233;cessit&#233; historique (qui, semble-t-il, en garantit par avance la r&#233;alisation) menacent en permanence de miner la validit&#233; de la perspective communiste. Surtout quand le refus l&#233;gitime de prescrire les formes et le trajet de l'&#233;mancipation sociale neutralise les tentatives d'esquisser ces formes et d'en inscrire la vis&#233;e dans une strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute la dimension critique de cette utopie promise est-elle proprement explosive. Mais Marx, dans la suite de son &#339;uvre ne cessera de se d&#233;battre avec le dispositif initial de ce communisme-l&#224; et de tenter d'en contenir les embard&#233;es, en s'effor&#231;ant de fonder sur une analyse du mode production capitaliste la n&#233;cessaire possibilit&#233; de l'appropriation sociale et d'en mettre &#224; l'&#233;preuve les effets escompt&#233;s, les modalit&#233;s et les formes. Comment ? Quel contenu et quelle forme donner &#224; la perspective de l'appropriation sociale &#8211; aux perspectives n&#233;cessaires &#224; l'&#233;mancipation sociale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Des perspectives n&#233;cessaires &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux questions m&#233;ritent donc une courte clarification pr&#233;alable : quelle &#233;mancipation communiste ? Quelle transition au communisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.1. La question de l'&#233;mancipation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de Marx vise, dans le monde capitaliste qu'il voit se renforcer sous ses yeux, une double s&#233;paration o&#249; s'inscrivent la domination et l'exploitation : la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat ; la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat est en m&#234;me temps la s&#233;paration entre l'individu concr&#232;tement socialis&#233; et le citoyen abstrait. Dans cette s&#233;paration sont inscrits les m&#233;rites et les limites de l'&#233;mancipation politique. Les m&#233;rites, car cette s&#233;paration met un terme &#224; l'unit&#233; de la domination politique et de l'oppression sociale, caract&#233;ristique de la relation f&#233;odale. Les limites, car l'&#233;mancipation politique, y compris dans ses formes les plus d&#233;mocratiques, s&#233;pare l'homme de lui-m&#234;me. Elle confie le citoyen abstrait &#224; une communaut&#233; r&#233;elle mais illusoire qui garantit des droits effectifs mais priv&#233;s de contenu. Et elle abandonne l'individu r&#233;el &#224; une soci&#233;t&#233; d&#233;chir&#233;e, o&#249; il ne peut r&#233;aliser ses potentialit&#233;s. Autant dire sa libert&#233;. L'&#233;mancipation politique n'est donc pas le dernier mot de l'&#233;mancipation humaine. La &#171; vraie d&#233;mocratie &#187; suppose de surmonter la s&#233;paration : telle est la premi&#232;re conclusion de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons un peu. La s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat s'enracine dans le d&#233;chirement de la soci&#233;t&#233; civile. Marx pense d'abord se d&#233;chirement comme le r&#232;gne de l'homme &#233;go&#239;ste &#8211; la guerre de chacun contre tous. On sait que ce d&#233;chirement est pour lui, en v&#233;rit&#233;, domin&#233; par l'existence de classes non seulement distinctes ou in&#233;gales, mais antagonistes. Autant dire que cette premi&#232;re s&#233;paration s'enracine dans la seconde : la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production est synonyme d'appropriation priv&#233;e des moyens de production : priv&#233;e, c'est-&#224;-dire non pas (ou pas seulement) individuelle, mais privative. Elle est priv&#233;e, parce les autres en sont exclus. Priv&#233;e, c'est-&#224;-dire exclusive : non seulement juridiquement mais effectivement exclusive. La propri&#233;t&#233; ou l'appropriation priv&#233;e, ce n'est pas une propri&#233;t&#233; ou une appropriation individuelle, purement juridique ou marchande, mais une propri&#233;t&#233; ou une appropriation dont les producteurs sont exclus : parce qu'ils n'exercent aucun pouvoir sur la finalit&#233; de la production, la r&#233;partition des produits, l'organisation de la production. Voil&#224; pourquoi appropriation exclusive et exploitation sont synonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la double s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat et entre les travailleurs et les moyens de production sont inscrits la domination et l'exploitation que Marx, dans le &lt;i&gt;Manifeste,&lt;/i&gt; pr&#233;sente comme un double esclavage. Surmonter ces s&#233;parations &#8211; les d&#233;passer comme on le dit souvent, les abolir comme on le dit parfois &#8211; implique de les r&#233;sorber autant que possible, faute de pouvoir totalement les supprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; quelques h&#233;sitations et ambigu&#239;t&#233;s, Marx ne propose pas de r&#233;aliser la libert&#233; de tous par la pure et simple absorption du politique par le social. Il pense l'existence d'un pouvoir public, d&#233;barrass&#233; de toutes les fonctions oppressives et r&#233;pressives qui r&#233;sultent in&#233;vitablement de la division de la soci&#233;t&#233; en classes. Voil&#224; ce que signifie tr&#232;s exactement le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; quelques h&#233;sitations et ambigu&#239;t&#233;s, Marx ne propose pas de r&#233;aliser la libert&#233; de tous par la pure et simple r&#233;unification entre le travailleur et ses propres moyens de production. Il pense l'existence d'une appropriation collective et non exclusive des moyens de production, plac&#233;s directement sous le contr&#244;le des producteurs. Voil&#224; ce que signifie tr&#232;s exactement l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont, pour Marx, les conditions de cette double &#233;mancipation. ? La conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat et l'exercice de sa supr&#233;matie politique - de sa dictature - durant toute la p&#233;riode de transition au communisme proprement dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.2. La question de la transition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transition au communisme se pr&#233;sente d'abord comme transition d'une soci&#233;t&#233; domin&#233;e par une organisation sociale &#233;chappant &#224; la volont&#233; des hommes &#224; une soci&#233;t&#233; o&#249; les hommes en ma&#238;trisant les conditions de la production, ma&#238;trise leur propre socialisation. Ce passage peut &#234;tre pr&#233;sent&#233; en des termes variables : d'une version faible qui &#233;voque un contr&#244;le conscient &#224; une version forte qui culmine dans une ma&#238;trise int&#233;grale. Dans tous les cas le ressort de ce contr&#244;le et de cette ma&#238;trise est constitu&#233; par la planification. &#192; supposer qu'une telle planification ne comporte pas des traits intrins&#232;quement illusoires ou d&#233;sastreux, son contenu est indissociable de ses formes. Cette planification repose sur des conditions juridiques et politiques : l'instauration d'une propri&#233;t&#233; et d'une d&#233;lib&#233;ration publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transition au communisme se pr&#233;sente ensuite comme transition d'une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la s&#233;paration entre les producteurs et les moyens de production &#224; une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la r&#233;sorption aussi compl&#232;te que possible de cette s&#233;paration. Ce passage peut &#234;tre pr&#233;sent&#233;, en termes faibles, comme contr&#244;le du travailleur collectif sur le proc&#232;s de travail et l'organisation de la production ou, en termes forts, comme r&#233;appropriation individuelle des moyens de production. Dans tous les cas, le ressort de ce contr&#244;le collectif et de cette r&#233;appropriation individuelle est constitu&#233; par une forme de coop&#233;ration. &#192; supposer que cette coop&#233;ration ne comporte pas des traits intrins&#232;quement illusoires ou d&#233;sastreux, son contenu est indissociable de ses formes. Cette coop&#233;ration repose sur des conditions juridiques et politiques : l'attribution d'un pouvoir de d&#233;cision et de gestion exerc&#233; par les travailleurs eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, m&#234;me s'il est envisageable qu'au terme de la transition le pouvoir public puisse n'&#234;tre qu'un moment particulier de l'association des producteurs, il ne peut exister imm&#233;diatement de fusion entre les formes politiques et les formes sociales. Quoi qu'il en soit &#233;galement, il n'existe pas de convergence spontan&#233;e entre la coordination de la production dans son ensemble et la coop&#233;ration productive dans l'entreprise. La suite de ce texte n'a d'autre ambition que de parcourir les d&#233;tours et d'examiner les recoins de l'argumentation de Marx et d'Engels sur ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;II. Figures de l'appropriation sociale&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/ br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que l'on peut soutenir qu'il existe chez Marx et Engels deux pr&#233;sentations diff&#233;rentes des formes de l'appropriation sociale, en partie successives, en partie contemporaines. Ces formes, g&#233;n&#233;ralement distinctes, sont parfois donn&#233;es comme convergentes ; mais elles ne sont pas v&#233;ritablement pens&#233;es jusqu'au bout&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je m'inspire (tr&#232;s) librement de l'analyse de Jean Robelin dans Marxisme et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La figure &#233;tatique de l'appropriation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re figure de l'appropriation sociale &#8211; la forme sous laquelle peut et doit s'effectuer le processus de l'appropriation sociale &#8211; est &lt;i&gt;la figure &#233;tatique de l'appropriation&lt;/i&gt;. Elle appara&#238;t dans toute sa nettet&#233; dans &lt;i&gt;Le Manifeste&lt;/i&gt; qui pr&#233;conise, parmi les mesures imm&#233;diates prises par le prol&#233;tariat au pouvoir, la centralisation et l'appropriation &#233;tatiques : l'appropriation proprement dite se traduisant &#224; la fois par l'intervention despotique dans le droit de propri&#233;t&#233; et les rapports de production et par la planification. Extrait :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&#8230;) Le premier pas dans la r&#233;volution ouvri&#232;re est la constitution du prol&#233;tariat en classe dominante, la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie. Le prol&#233;tariat se servira de sa supr&#233;matie politique pour arracher peu &#224; peu &#224; la bourgeoisie tout capital, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l'&#201;tat, c'est-&#224;-dire du prol&#233;tariat organis&#233; en classe dominante, et pour augmenter au plus vite la masse des forces productive. Cela ne pourra se faire, naturellement, au d&#233;but, que par une intervention despotique dans le droit de propri&#233;t&#233; et les rapports bourgeois de production, c'est-&#224;-dire par des mesures qui &#233;conomiquement paraissent insuffisantes, mais qui, au cours du d&#233;veloppement, se d&#233;passent elles-m&#234;mes et sont in&#233;vitables, comme moyens de bouleverser le mode de production tout entier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste du Parti Communiste, &#233;ditions bilingue, &#201;ditions Sociales, p. 85-87.&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Parmi les dix mesures que mentionne &lt;i&gt;Le Manifeste&lt;/i&gt;, retenons celles-ci qui concernent plus directement notre propos :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; 5. Centralisation du cr&#233;dit entre les mains de l'&#201;tat, par une banque nationale, dont le capital appartiendra &#224; l'&#201;tat et qui jouira d'un monopole exclusif. 6. Multiplication des usines nationales et des instruments de production (&#8230;). 8. Travail obligatoire pour tous ; organisation d'arm&#233;es industrielles, et particuli&#232;rement pour l'agriculture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem.&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La centralisation des moyens de production, la propri&#233;t&#233; &#233;tatique de ces moyens, la planification de leur usage, l'intervention &#233;tatique dans le droit de propri&#233;t&#233; et les rapports de production suffisent alors, aux yeux de Marx et Engels, &#224; ouvrir la transition au communisme. Et cette figure d'une socialisation par &#233;tatisation domin&#233;e par le prol&#233;tariat persistera bien au-del&#224;, notamment dans &lt;i&gt;l'Anti-D&#252;hring&lt;/i&gt;, r&#233;dig&#233; en 1877-1878. Nous y reviendrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant rien n'autorise &#224; confondre &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; cette &#233;tatisation avec un &#233;tatisme forcen&#233; ou &#224; voir dans cette intervention despotique dans le droit de propri&#233;t&#233;, la marque d'un quelconque despotisme politique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'appropriation &#233;tatique des moyens de production est d'embl&#233;e con&#231;ue comme une appropriation d&#233;mocratique, dans la mesure o&#249; Marx et Engels affirment alors que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie se confond pour le prol&#233;tariat avec la conqu&#234;te de sa propre supr&#233;matie politique : l'&#201;tat d&#233;mocratique (fond&#233; sur le suffrage universel qui, m&#234;me exclusivement masculin, est alors une exception en Europe) est &#224; leurs yeux la forme d'&#201;tat ad&#233;quate &#224; l'exercice de cette supr&#233;matie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'appropriation &#233;tatique des moyens de production est d'embl&#233;e con&#231;ue comme un moment transitoire de l'appropriation publique : elle est pr&#233;cis&#233;ment destin&#233;e &#224; ouvrir une phase de transition au terme de laquelle l'&#201;tat de classe ayant d&#233;p&#233;ri, le pouvoir public cesse d'&#234;tre un instrument de domination politique. C'est ainsi qu'il faut comprendre, me semble-t-il cette phrase apparemment &#233;nigmatique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les diff&#233;rences de classes une fois disparues dans le cours du d&#233;veloppement, toute production &#233;tant concentr&#233;e dans les mains des individus associ&#233;s, le pouvoir public perd alors son caract&#232;re politique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Et Marx de conclure :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; la place de l'ancienne soci&#233;t&#233; bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association dans laquelle le libre d&#233;veloppement de chacun est la condition du libre d&#233;veloppement de tous&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste, op.cit., p. 86-89.&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il n'en demeure pas moins que les conditions du passage de l'appropriation &#233;tatique, f&#251;t-elle &#171; prol&#233;tarienne &#187;, &#224; l'appropriation sociale par les individus associ&#233;s, cens&#233;ment &#171; communiste &#187;, est &#224; peine esquiss&#233;e. &lt;i&gt;Le Manifeste&lt;/i&gt;, en effet, comporte encore de nombreux points aveugles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le premier concerne la forme m&#234;me de l'&#201;tat d&#233;mocratique appel&#233; &#224; &#233;tatiser les moyens de production : quelle est la forme politique ad&#233;quate &#224; l'appropriation sociale, si cet &#201;tat de transition ne doit pas reconduire la domination des gouvern&#233;s par des gouvernants et la s&#233;paration des travailleurs d'avec les moyens de production ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le deuxi&#232;me concerne la formule m&#234;me de l'appropriation sociale : que signifie &#171; la &#171; concentration de la production dans les mains des individus associ&#233;s &#187;, si la &#171; concentration &#187; ne doit pas s'opposer &#224; &#171; l'association &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le troisi&#232;me point aveugle concerne le mouvement m&#234;me de d&#233;passement de l'&#233;tatisation : comment s'effectue le d&#233;passement de la propri&#233;t&#233; &#233;tatique &#224; l'association de producteurs, d&#232;s lors que l'on ne peut se contenter de s'en remettre au secours protecteur de l'histoire et aux bienfaits certifi&#233;s de la dialectique, auxquels Marx semble, quand il &#233;voque par exemple des &#171; mesures (&#8230;) &lt;i&gt;qui, au cours du d&#233;veloppement, se d&#233;passent elles-m&#234;mes&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions, ici adress&#233;es au texte de Marx, sont, bien s&#251;r, les questions centrales qui nous sont pos&#233;es par l'exp&#233;rience historique : est-il possible d'&#233;viter que le moment de la propri&#233;t&#233; &#233;tatique, loin d'ouvrir la voie &#224; une transition au communisme, serve de base &#224; de nouvelles formes de domination et d'exploitation ? Et si oui, comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pas d&#233;cisif sera franchi quand Marx, en liant la conqu&#234;te de la domination politique du prol&#233;tariat &#224; la destruction de la machine d'&#201;tat l&#233;gu&#233;e par l'&#201;tat de classe, soulignera, dans &lt;i&gt;La Guerre Civile en France&lt;/i&gt;, que la forme &#233;tatique de la socialisation est indissociable de la forme d&#233;mocratique &lt;i&gt;sp&#233;cifique&lt;/i&gt; de cette &#201;tat : une forme d&#233;mocratique d&#233;barrass&#233;e de la bureaucratie et de la repr&#233;sentation proprement politiques. Telle est la principale le&#231;on de la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne suffit pas que l'&#201;tat de transition r&#233;sorbe la bureaucratie et transgresse les modalit&#233;s de repr&#233;sentation inscrites dans la s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat pour que cet &#201;tat ne reconduise pas la s&#233;paration entre les producteurs et les moyens de production et, ce faisant, l'ensemble des rapports de production capitalistes qui s'inscrivent dans cette s&#233;paration. Sans doute est-ce la raison pour laquelle Marx, dans &lt;i&gt;La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; met en avant les coop&#233;ratives et leur coordination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit alors se tourner vers la seconde forme de l'appropriation sociale : la figure coop&#233;rative de l'appropriation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La figure coop&#233;rative de l'appropriation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#339;uvre de Marx et Engels, les coop&#233;ratives de production et de consommation ne font qu'assez tardivement l'objet d'un examen critique sp&#233;cifique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'exception des critiques tr&#232;s pr&#233;cises formul&#233;es dans Mis&#232;re de La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour des raisons indissolublement historiques et th&#233;oriques : avant 1850, les exp&#233;riences coop&#233;ratives sont balbutiantes et/ ou prises dans des exp&#233;rimentations plus globales et la critique de Marx se focalise sur les th&#233;ories et les exp&#233;riences doctrinaires en g&#233;n&#233;ral, qu'il disqualifie comme des formes utopiques du socialisme et du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cas dans &lt;i&gt;Le Manifeste &lt;/i&gt;(1848), o&#249; Marx prend pour cible &#171; la r&#233;alisation exp&#233;rimentale &#187; des &#171; utopies sociales &#187;, sans r&#233;f&#233;rence particuli&#232;re &#224; l'organisation de la production proprement dite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste du Parti Communiste, op.cit., p. 113.&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est encore le cas dans &lt;i&gt;Les Luttes de classe en France&lt;/i&gt; (1848-1850), r&#233;dig&#233; en 1850&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Les Luttes de classes en France, 1848-1850 (1850), &#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et surtout, en 1852, dans &lt;i&gt;Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte&lt;/i&gt;. Au moment o&#249; les associations de producteurs commencent &#224; se multiplier, Marx pr&#233;sente ainsi l'une des cons&#233;quences de la d&#233;faite de l'insurrection de juin 1848 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour une part, il se jette dans des exp&#233;riences doctrinaires, &lt;i&gt;banques d'&#233;change et associations ouvri&#232;res&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire dans un mouvement o&#249; il renonce &#224; transformer le vieux monde &#224; l'aide des grands moyens qui lui sont propres, mais cherche, tout au contraire, &#224; r&#233;aliser son affranchissement, pour ainsi dire, dans le dos de la soci&#233;t&#233;, de fa&#231;on priv&#233;e, dans les limites de ses conditions d'existence, et, par cons&#233;quent, &#233;choue n&#233;cessairement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1852), &#201;ditions sociales, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La plupart des critiques formul&#233;es alors seront reprises lorsque Marx abordera de front la question des coop&#233;ratives proprement dites : sans changements des conditions g&#233;n&#233;rales, qu'il s'agisse du maintien de domination politique de la bourgeoisie et/ou des rapports marchands, les formes coop&#233;ratives de production et de consommation sont vou&#233;es &#224; l'&#233;chec et menacent de d&#233;tourner le prol&#233;tariat de la perspective centrale de la prise du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le r&#244;le des coop&#233;ratives ouvri&#232;res dans le mouvement d'&#233;mancipation fait peu &#224; peu l'objet dans l'&#339;uvre de Marx d'une r&#233;&#233;valuation pour deux ordres de raisons. Des raisons th&#233;oriques, sur lesquelles on reviendra plus loin : les progr&#232;s de la critique de l'&#233;conomie politique dans les &#233;crits pr&#233;paratoires &#224; la r&#233;daction du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;. Et des raisons historiques : l'essor du mouvement coop&#233;ratif apr&#232;s 1850 (ainsi l'adh&#233;sion de certaines soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives &#224; l'Association Internationale des Travailleurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il faut attendre 1864 pour que Marx, dans l'&lt;i&gt;Adresse&lt;/i&gt; de l'Association Internationale des travailleurs (A.I.T, Premi&#232;re Internationale), expose de fa&#231;on synth&#233;tique une position pr&#233;cise sur le mouvement coop&#233;ratif que confirme, deux ans plus tard, l'une des r&#233;solutions du Premier Congr&#232;s l'A.I.T, consacr&#233;e au &#171; travail coop&#233;ratif &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Adresse inaugurale de l'Association Internationale des travailleurs, 28 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ces textes politiques et publics confirment, on le verra, les &#233;crits th&#233;oriques alors non encore publi&#233;s. Que faut-il en retenir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans l'&lt;i&gt;Adresse&lt;/i&gt;, Marx pr&#233;sente le &#171; bill des dix heures &#187; (la r&#233;duction de la dur&#233;e quotidienne du travail), comme une d&#233;faite de l'&#233;conomie politique de la bourgeoisie devant l'&#233;conomie de la classe ouvri&#232;re et encha&#238;ne :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais il y avait en r&#233;serve une victoire plus grande encore de l'&#233;conomie politique du travail sur l'&#233;conomie politique de capital. Nous voulons parler du mouvement coop&#233;ratif et surtout des manufactures coop&#233;ratives, mont&#233;es, avec bien des efforts et sans aide aucune, par quelques bras audacieux. La valeur de ces exp&#233;riences sociales ne saurait &#234;tre surfaite. Par des actions et non par des raisonnements, elles ont prouv&#233; que la production sur une grande &#233;chelle, et en accord avec les exigences de la science moderne, peut marcher sans qu'une classe de ma&#238;tres emploie une classe de &#8220;bras&#8221; ; que les moyens de travail pour porter fruit n'ont pas besoin d'&#234;tre monopolis&#233;s pour la domination et l'exploitation du travailleur ; et que le travail salari&#233;, comme l'esclavage, comme le servage, n'est qu'une forme transitoire destin&#233;e &#224; dispara&#238;tre devant les travailleurs associ&#233;s qui, eux, apporteront &#224; leur t&#226;che des bras biens dispos&#233;s, un esprit alerte, un c&#339;ur r&#233;joui. En Angleterre les graines du syst&#232;me coop&#233;ratif ont &#233;t&#233; sem&#233;es par Robert Owen. Les travailleurs du continent ont tent&#233; des exp&#233;riences qui donnaient une conclusion pratique &#224; des th&#233;ories qu'on n'a pas invent&#233;es en 1848, mais qu'on a alors pr&#233;conis&#233;es bien haut&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Adresse, &#201;conomie I, Pl&#233;iade, pp. 466. Voir &#233;galement dans Le Syndicalisme, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;solution sur &#171; le travail coop&#233;ratif &#187;, m&#234;me &#233;valuation :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous reconnaissons le mouvement coop&#233;ratif comme une des forces transformatrices de la soci&#233;t&#233; pr&#233;sente, fond&#233;e sur l'antagonisme de classes. Son grand m&#233;rite est de montrer pratiquement que le syst&#232;me actuel de subordination du travail au capital, despotique et paup&#233;risateur, peut &#234;tre supplant&#233; par le syst&#232;me r&#233;publicain de l'association des producteurs libres et &#233;gaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Travail coop&#233;ratif &#187;, dans &#201;conomie I, Pl&#233;iade, p. 1469. Voir &#233;galement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sent&#233; comme une victoire de l'&#233;conomie politique de la classe ouvri&#232;re contre l'&#233;conomie politique de la bourgeoisie, le mouvement coop&#233;ratif se voit donc reconna&#238;tre une port&#233;e essentiellement &lt;i&gt;d&#233;monstrative&lt;/i&gt; (qui en relativise le r&#244;le avant la prise du pouvoir politique) et, en m&#234;me temps &lt;i&gt;anticipatrice&lt;/i&gt; (puisqu'il annonce le &#171; syst&#232;me r&#233;publicain de l'association des producteurs libres et &#233;gaux &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;valuation ambivalente, dans les textes qu'on vient de citer, est confort&#233;e par les r&#233;serves qui la suivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi dans l' &lt;i&gt;Adresse &lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a une autre chose que ces exp&#233;rience faites entre 1848 et 1864 ont &#233;tablie sans doute possible : pour excellente qu'elle soit dans ses principes, et si utile qu'elle apparaisse dans la pratique, la coop&#233;ration des travailleurs, si elle reste circonscrite dans un cercle &#233;troit, si quelques ouvriers seulement font des efforts au petit bonheur et en leur particulier, alors cette coop&#233;ration ne sera jamais capable d'arr&#234;ter les monopoles qui croissent en progression g&#233;om&#233;trique ; elle ne sera pas capable de lib&#233;rer les masses, ni m&#234;me d'all&#233;ger de fa&#231;on perceptible le fardeau de leur mis&#232;re. (&#8230;). Donc, la grande t&#226;che des classes travailleuses, c'est de conqu&#233;rir le pouvoir politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;conomie I, Pl&#233;iade, pp. 467. Voir &#233;galement dans Le Syndicalisme, t.1, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me critique, m&#234;me conclusion dans la r&#233;solution de 1866 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais le syst&#232;me coop&#233;ratif retreint aux formes minuscules issues des efforts individuels des esclaves salari&#233;s est impuissant &#224; transformer par lui-m&#234;me la soci&#233;t&#233; capitaliste. Pour convertir la production sociale en un large et harmonieux syst&#232;me de travail coop&#233;ratif, des changements g&#233;n&#233;raux sont indispensables. Ces changements ne seront jamais obtenus sans emploi des forces organis&#233;es de la soci&#233;t&#233;. Donc, les pouvoir d'&#201;tat, arrach&#233; des mains des capitalistes et des propri&#233;taires fonciers, doit &#234;tre mani&#233; par les producteurs eux-m&#234;mes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;conomie I, Pl&#233;iade, p. 1469. Voir &#233;galement dans Le Syndicalisme, t.1, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La perspective de la socialisation coop&#233;rative g&#233;n&#233;ralis&#233;e est renvoy&#233;e &#224; la transition ouverte par la conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat : la critique de la forme coop&#233;rative comme forme directe de l'appropriation qui s'effectuerait sans changements des conditions g&#233;n&#233;rales (qu'il s'agisse du maintien de domination politique de la bourgeoisie et/ou des rapports marchands) est donc maintenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux conditions pr&#233;alables &#224; l'appropriation coop&#233;rative, &#233;troitement li&#233;es, sont donc requises : la conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat et l'&#233;tatisation de la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(1)&lt;/strong&gt; Premi&#232;re condition pr&#233;alable : la conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat. Elle seule peut cr&#233;er les conditions d'une appropriation effective. Tel est le fondement de la pol&#233;mique conduite par Marx et Engels dans plusieurs directions : contre Proudhon, contre Buchez (et le journal &lt;i&gt;L' Atelier&lt;/i&gt;) et contre Lassalle notamment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Buchez (1796-1865), saint-simonien dissident, fondateur du journal (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition aux revendications de Lassalle et des lassaliens est constante. D&#232;s 1865, Marx r&#233;plique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&#8230;) l'aide aux soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives de la part du gouvernement royal prussien &#8211; et quiconque est au courant des conditions de la Prusse en sait d'avance l'insignifiance &#8211; est &#233;gale &#224; z&#233;ro en tant que mesure &#233;conomique, cependant qu'elle aggrave le r&#233;gime de tutelle, corrompt une fraction de la classe ouvri&#232;re et &#233;mascule le mouvement ouvrier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; cette le&#231;on :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&#8230;) &lt;i&gt;l'honneur&lt;/i&gt; du parti ouvrier exige qu'il repousse de telles chim&#232;res, avant que l'exp&#233;rience n'en ait d&#233;montr&#233; l'inanit&#233;. La classe ouvri&#232;re est r&#233;volutionnaire ou elle n'est rien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx &#224; J.-B. von Schweitzer, 13 f&#233;vrier 1865, dans Le Syndicalisme, t.1, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Marx s'oppose ainsi &#224; la revendication de &#171; cr&#233;dits d'&#201;tat pour la cr&#233;ation de d'association de producteurs &#187; dans laquelle il voit, &#233;crit-il en 1868, une &#171; copie litt&#233;rale du programme du socialisme &lt;i&gt;catholique&lt;/i&gt; fran&#231;ais, expos&#233; par Buchez dans &lt;i&gt;L' Atelier&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;poque de Louis-Philippe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx &#224; Engels, 19 septembre 1868, dans Le Syndicalisme, t.1, op.cit., p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Ou encore, plus radicalement : une reprise de &#171; la formule que Buchez, chef du socialisme fran&#231;ais &lt;i&gt;catholique&lt;/i&gt;, avait lanc&#233;e d&#232;s 1843 &lt;i&gt;contre le mouvement ouvrier r&#233;el en France&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx &#224; J.-B. von Schweitzer, 13 octobre 1868, dans Le Syndicalisme, t.1, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et pour donner toute la mesure de cette opposition au mouvement r&#233;el, Marx reprend, quant &#224; lui, la critique des recettes doctrinaires qui constitue le fond constant de sa critique des formes utopiques du socialisme et de communisme depuis &lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Manifeste du Parti communiste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1871, Marx revient une fois encore sur les effets corrupteurs de la &#171; solution &#187; lassalienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre de Marx &#224; F. Bolte, 23 novembre 1871, dans Le Syndicalisme, t.1, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et, en 1875, dans la &#171; Critique du programme de Gotha &#187;, il r&#233;capitule l'essentiel de sa critique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est superflu de faire ici la critique de la recette que Buchez prescrivait sous Louis-Philippe par opposition aux socialistes fran&#231;ais et que les ouvriers r&#233;actionnaires de &lt;i&gt;l'Atelier&lt;/i&gt; reprirent &#224; leur compte. Aussi bien, le plus scandaleux n'est-il pas que l'on ait inscrit au programme cette cure miraculeuse et sp&#233;cifique, mais que l'on fasse un recul g&#233;n&#233;ral de la position d'un mouvement de classe &#224; un mouvement de secte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, &#171; Gloses critiques sur le projet de programme du parti ouvrier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et Marx de poursuivre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les ouvriers veulent instaurer les conditions de la production coop&#233;rative &#224; l'&#233;chelle de la soci&#233;t&#233; et tout d'abord &#224; l'&#233;chelle nationale. Ce fait ne signifie qu'une chose : les ouvriers travaillent au bouleversement des conditions de production actuelles. Cela n'a rien &#224; voir avec la cr&#233;ation de soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives avec l'aide de l'&#201;tat. Pour ce qui est des soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives actuelles, elles n'ont de valeur qu'autant qu'elles sont des cr&#233;ations autonomes des travailleurs et ne sont prot&#233;g&#233;es ni par le gouvernement ni par les bourgeois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem. Ce qui n'exclut nullement la revendication de &#171; la cr&#233;ation de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on est claire : il ne suffit pas de cr&#233;er des coop&#233;ratives, voire m&#234;me de demander &#224; l'&#201;tat de les soutenir, pour franchir les limites de l'ordre social existant. Livr&#233;es &#224; elles-m&#234;mes, les coop&#233;ratives sont vou&#233;es &#224; l'&#233;chec. Aid&#233;es par l'&#201;tat, elles ne peuvent pas &#224; attendre de cet accouplement que celui-ci jette les bases d'un d&#233;passement du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(2) &lt;/strong&gt;Deuxi&#232;me condition pr&#233;alable &#224; l'appropriation coop&#233;rative : le passage par l'&#233;tatisation de la propri&#233;t&#233; sous domination du prol&#233;tariat, indispensable au d&#233;passement de la propri&#233;t&#233; et de l'appropriation priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les coop&#233;ratives rel&#232;vent d'une forme de propri&#233;t&#233;, non pas commune mais exclusive, dans la mesure o&#249; elles sont con&#231;ues ou pratiqu&#233;es comme des entreprises qui appartiennent exclusivement aux travailleurs associ&#233;s en coop&#233;rative. Marx et Engels ne cesseront de contester que la propri&#233;t&#233; coop&#233;rative puisse &#234;tre la forme g&#233;n&#233;rale de l'appropriation sociale. En effet, la g&#233;n&#233;ralisation des coop&#233;ratives, la transformation de l'association des producteurs en une mosa&#239;que d'entreprises autog&#233;r&#233;es est une g&#233;n&#233;ralisation d'une forme exclusive de propri&#233;t&#233; ne connaissant entre elles d'autres m&#233;diations que celles de l'&#233;change, de la concurrence, bref du march&#233;. Ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Transf&#233;rer la terre &#224; des travailleurs agricoles associ&#233;s, ce serait livrer toute la soci&#233;t&#233; &#224; une classe particuli&#232;re de producteurs. La nationalisation de la terre (c'est-&#224;-dire la propri&#233;t&#233; du sol et son affermage aux coop&#233;ratives) op&#233;rera une transformation compl&#232;te des rapports entre le travail et le capital, et elle &#233;liminera enfin la production capitaliste dans l'industrie, aussi bien que dans l'agriculture. C'est alors que seulement que les diff&#233;rences entre les privil&#232;ges de classe dispara&#238;tront, en m&#234;me temps que la base &#233;conomique sur laquelle ils reposent, et la soci&#233;t&#233; se transformera alors en une association de &#8220;producteurs&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx, &#171; La nationalisation de la terre &#187; (1872) dans &#338;uvres, &#201;conomie I, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En revanche, sous la domination du prol&#233;tariat et sous r&#233;serve de prendre place dans un processus plus large incluant l'appropriation publique, les coop&#233;ratives (&#171; un large et harmonieux syst&#232;me de travail coop&#233;ratif &#187;) sont indispensables pour instaurer le &#171; syst&#232;me r&#233;publicain de l'association des producteurs libres et &#233;gaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Marx retiendra, dans &lt;i&gt;La guerre civile en France&lt;/i&gt;, comme l'une des le&#231;ons majeures de la Commune :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; [&#8230;] ceux des membres des classes dominantes qui sont assez intelligents pour comprendre l'impossibilit&#233; de perp&#233;tuer le syst&#232;me actuel, - et ils sont nombreux &#8211; sont devenus les ap&#244;tres importuns et bruyants de production coop&#233;rative. Mais si la production coop&#233;rative ne doit pas rester un leurre et un pi&#232;ge ; si elle doit &#233;vincer le syst&#232;me capitaliste ; si l'ensemble des associations coop&#233;ratives doit r&#233;gler la production nationale selon un plan commun, la prenant ainsi sous sa propre direction et mettant fin &#224; l'anarchie constante et aux convulsions p&#233;riodiques qui sont le destin in&#233;luctable de la production capitaliste, que serait-ce, messieurs, sinon du communisme du tr&#232;s &#171; possible &#187; communisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, La guerre civile en France (mai 1871), &#201;ditions sociales, 1972, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'Engels - parfois plus &#171; oublieux &#187;, comme on le verra - soutiendra encore en 1886 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Marx et moi, nous n'avons jamais dout&#233; que, pour passer &#224; l'&#233;conomie pleinement communiste, la gestion coop&#233;rative &#224; une grande &#233;chelle constituait une &#233;tape interm&#233;diaire. Or, il faudra en pr&#233;voir l'organisation de sorte que la soci&#233;t&#233; &#8211; donc tout d'abord l'&#201;tat &#8211; conserve la propri&#233;t&#233; des moyens de production et que les int&#233;r&#234;ts particuliers des coop&#233;ratives ne puissent pas se consolider vis-&#224;-vis de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Engels &#224; Bebel, 20-23 janvier 1886, dans Le Syndicalisme, t.1, op.cit., p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, tout semble indiquer alors que Marx et Engels proposent de distinguer deux niveaux de socialisation, rev&#234;tant des formes sp&#233;cifiques, mais rigoureusement articul&#233;s entre eux. Ce serait ne tenir aucun compte des ambigu&#239;t&#233;s persistantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H.M.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Suite et fin&lt;/strong&gt; : &#171; Marx et l'appropriation sociale (2) : [Ambigu&#239;t&#233;s, d&#233;rives et esquisses &#187;&lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Marx-et-l-appropriation-sociale-2-Ambiguites-derives-et-esquisses.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.henri-maler.fr/Marx-et-l-appropriation-sociale-2-Ambiguites-derives-et-esquisses.html&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Source &lt;/strong&gt; : &#171; Les figures de l'appropriation sociale chez Marx &#187; in &lt;i&gt;Marx et l'appropriation sociale&lt;/i&gt;, collection &#171; Les cahiers de critique communiste &#187;, &#201;ditions Syllepse, d&#233;cembre 2003, pp. 11-54 &#8211; Cet ouvrage comprend &#233;galement des contributions d'Antoine Artous et Jacques Texier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans la suite de ce texte, je n'&#233;voquerai, pour l'essentiel, que des moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx et Friedrich Engels, &lt;i&gt;L' Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt; (1846), &#201;ditions sociales. Je reprends ici, l&#233;g&#232;rement modifi&#233;, un passage de mon livre &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt;, Albin Michel, 1995, p. 98-110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 445.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour cette citation et les suivantes, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 71-72.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 445.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., respectivement p. 31-34 et p. 210-212.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 381.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je m'inspire (tr&#232;s) librement de l'analyse de Jean Robelin dans &lt;i&gt;Marxisme et socialisation&lt;/i&gt;, Philosophie/M&#233;ridiens Klincksieck, 1989, (Premi&#232;re partie : Figures de la socialisation).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manifeste du Parti Communiste&lt;/i&gt;, &#233;ditions bilingue, &#201;ditions Sociales, p. 85-87.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;ibidem&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; Manifeste, op.cit., &lt;/i&gt;p. 86-89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; l'exception des critiques tr&#232;s pr&#233;cises formul&#233;es dans &lt;i&gt;Mis&#232;re de La Philosophie&lt;/i&gt; (1847) contre les fondements th&#233;oriques et les effets pratiques des conceptions de Proudhon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manifeste du Parti Communiste&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 113.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Les Luttes de classes en France&lt;/i&gt;, 1848-1850 (1850), &#201;ditions sociales, 1974, p. 47-48, 107, 146-147.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, Le&lt;i&gt; 18 Brumaire de Louis Bonaparte&lt;/i&gt; (1852), &#201;ditions sociales, 1968, p. 24, (soulign&#233; par moi). Cet extrait fait &#233;cho &#224; un passage des &lt;i&gt;Luttes des classes en France&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 107). Dans le m&#234;me sens, voir la critique de l'Association Fraternelle des ouvriers : Engels, &lt;i&gt;Contribution &#224; l'histoire de la Ligue des communistes&lt;/i&gt;, 1885, dans Karl Marx Friedrich Engels, &lt;i&gt;Le Syndicalisme. I. Th&#233;orie, organisation activit&#233;&lt;/i&gt;, textes traduits et r&#233;unis par Roger Dangeville, Fran&#231;ois Masp&#233;ro/Petite collection, 1972, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Adresse inaugurale&lt;/i&gt; de l'Association Internationale des travailleurs, 28 septembre 1864, dans &lt;i&gt;Le Syndicalisme&lt;/i&gt;, t.1, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p.97- Karl Marx, &lt;i&gt;&#338;uvres. &#201;conomie I,&lt;/i&gt; La Pl&#233;iade, 1965, pp. 453-472. R&#233;solutions du Premier Congr&#232;s l'A.I.T (R&#233;uni &#224; Gen&#232;ve en septembre 1866), dans Karl Marx, &lt;i&gt;&#338;uvres. &#201;conomie I,&lt;/i&gt; La Pl&#233;iade, 1965, p. 1463-1472. Voir la r&#233;solution intitul&#233;e &#171; Travail coop&#233;ratif &#187;, p. 1469-1470.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Adresse&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#201;conomie I&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, pp. 466. Voir &#233;galement dans &lt;i&gt;Le Syndicalisme, &lt;/i&gt;t.1, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., t.1p. 96.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Travail coop&#233;ratif &#187;, dans &#201;conomie&lt;i&gt; I&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, p. 1469. Voir &#233;galement dans &lt;i&gt;Le Syndicalisme, op.cit&lt;/i&gt;., p.98.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;conomie I&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, pp. 467. Voir &#233;galement dans &lt;i&gt;Le Syndicalisme&lt;/i&gt;, t.1, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 96-97.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;conomie I&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, p. 1469. Voir &#233;galement dans &lt;i&gt;Le Syndicalisme&lt;/i&gt;, t.1, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 98.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Buchez (1796-1865), saint-simonien dissident, fondateur du journal en 1825, inspirateur d'une forme de socialisme chr&#233;tien ; Ferdinand Lassalle (1825-1864), pr&#233;sident de l' &#171; Association g&#233;n&#233;rale des travailleurs allemands &#187; fond&#233;e en mai 1863, partisans d'une forme de socialisme d'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx &#224; J.-B. von Schweitzer, 13 f&#233;vrier 1865, dans &lt;i&gt;Le Syndicalisme&lt;/i&gt;, t.1, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 93-94. Marx souligne &#171; l'honneur &#187; ; je souligne le reste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx &#224; Engels, 19 septembre 1868, dans &lt;i&gt;Le Syndicalisme&lt;/i&gt;, t.1, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 87-88. C'est Marx qui souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx &#224; J.-B. von Schweitzer, 13 octobre 1868, dans &lt;i&gt;Le Syndicalisme&lt;/i&gt;, t.1, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 89-93. Marx souligne &#171; catholique &#187; ; je souligne le reste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre de Marx &#224; F. Bolte, 23 novembre 1871, dans &lt;i&gt;Le Syndicalisme&lt;/i&gt;, t.1, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 99-101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &#171; Gloses critiques sur le projet de programme du parti ouvrier allemand &#187; (1875), plus connue sous le titre de &#171; Critique du programme de Gotha &#187;, dans Marx, &lt;i&gt;&#338;uvres, &#201;conomie I, op.cit&lt;/i&gt;., p. 1409-1428, et dans Marx, Engels, &lt;i&gt;Critique des programmes de Gotha et d'Erfurth&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, 1966, p. 15sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;ibidem&lt;/i&gt;. Ce qui n'exclut nullement la revendication de &#171; la cr&#233;ation de coop&#233;ratives de production sur les domaines de l'&#201;tat &#187; qu'Engels pr&#233;conisera en 1884-1886. Engels &#224; Bebel, 30 d&#233;cembre 1884, dans &lt;i&gt;Le Syndicalisme&lt;/i&gt;, t.1, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 101-103 ; Engels &#224; Bebel, 20-23 janvier 1886, dans &lt;i&gt;Le Syndicalisme&lt;/i&gt;, t.1, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 103-105.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx, &#171; La nationalisation de la terre &#187; (1872) dans &lt;i&gt;&#338;uvres, &#201;conomie I, op.cit&lt;/i&gt;., p. 1473-1479 ; voir aussi dans &lt;i&gt;Le Syndicalisme&lt;/i&gt;, t.1, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p.105, note 48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;La guerre civile en France&lt;/i&gt; (mai 1871), &#201;ditions sociales, 1972, p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Engels &#224; Bebel, 20-23 janvier 1886, dans &lt;i&gt;Le Syndicalisme&lt;/i&gt;, t.1, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 103-105.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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