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	<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>&#201;mancipation I. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (1) </title>
		<link>https://henri-maler.fr/Emancipation-I-Democratie-revolution-emancipation-1.html</link>
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		<dc:date>2022-06-09T05:46:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la domination politique - la dictature - du prol&#233;tariat</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-la-domination-politique-la-dictature-du-proletariat-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la domination politique - la dictature - du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L87xH150/arton70-10d51.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='87' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette contribution a &#233;t&#233; publi&#233;e dans un cahier intitul&#233; &lt;i&gt;&#201;mancipation &lt;/i&gt;et sous-titr&#233;&lt;i&gt; Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suppl&#233;ment &#224; Critique communiste, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voir enfin d'article les circonstances et le sommaire de sa publication.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Actuel Marx Confrontation, PUF, 1998 (existe d&#233;sormais au format Kindlel). (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Cher Jacques,&lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;Je me suis propos&#233; dans les pages que j'ai r&#233;dig&#233;es en compagnie de ton livre (dont je mentionne les pages entre parenth&#232;ses) d'engager une discussion : certainement pas de dresser un inventaire des divergences qui, si elles existent, ne peuvent appara&#238;tre qu'au terme (toujours provisoire) d'un &#233;change. Il m'est d'autant plus facile de ne pas pr&#233;juger d'&#233;ventuelles divergences que non seulement j'ai beaucoup appris en te lisant (ce qui n'est d&#233;j&#224; pas mal&#8230;), mais je suis assez convaincu des quatre id&#233;es-forces de ton livre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le rapport probl&#233;matique entre d&#233;mocratie et r&#233;volution, particuli&#232;rement quand la r&#233;volution sociale est inscrite dans le processus de r&#233;volution permanente&lt;br class='manualbr' /&gt;- L'importance de la distinction (du &#171; clivage &#187;) entre le continent et le monde anglo-saxon ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- L'importance des &#171; innovations &#187; d'Engels ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- L'ampleur des modifications introduites par l'interpr&#233;tation de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, il me semble que Marx et Engels ne sont pas parvenus &#224; penser de fa&#231;on satisfaisante les formes de la domination politique du prol&#233;tariat et les formes de l'&#233;mancipation sociale. Ce ne sont &#233;videmment pas les d&#233;faillances des &#171; solutions &#187; propos&#233;es que je mets en question (et encore moins leur inactualit&#233; &#233;ventuelle), mais la fa&#231;on m&#234;me de poser les questions qui, si nous devions la reconduire, risquerait de nous abandonner &#224; nos impasses. Bref, la question que je te soumets est la suivante : avec quel Marx nous est-il encore possible de penser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand je dis Marx, j'entends bien, comme toi, Marx-Engels. Les ambigu&#239;t&#233;s ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce qui suit, il m'arrive souvent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- de reprendre (&#224; ma fa&#231;on et sans toujours le signaler) ce que tu dis toi-m&#234;me : c'est &#233;videmment le moyen de m'approprier ton commentaire et non de te l'opposer selon une technique fort en usage qui consiste &#224; r&#233;p&#233;ter ce que dit un auteur, comme si on l'avait d&#233;couvert sans lui, et de faire valoir cette r&#233;p&#233;tition comme une objection. &lt;br class='manualbr' /&gt;- de remettre en chantier mes propres tentatives d'&#233;claircissement ant&#233;rieures : c'est bien s&#251;r un effort de les poursuivre et de les rectifier et non de t'opposer une v&#233;rit&#233; qui serait d&#233;pos&#233;e dans mes &#339;uvres incompl&#232;tes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Auxquelles je me permets de te renvoyer - m&#234;me si je ne suis plus tout &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;center&gt;I. La question initiale : D&#233;mocratie et R&#233;volution&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/ br&gt;&lt;strong&gt;&#171; Une pens&#233;e fonci&#232;rement d&#233;mocratique &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue avoir &#233;t&#233; initialement d&#233;rout&#233; par ton interrogation sur le caract&#232;re d&#233;mocratique ou pas de la pens&#233;e de Marx : l'alternative que tu exposes entre des interpr&#233;tations dont les pr&#233;suppos&#233;s m&#233;thodologiques eux-m&#234;mes me semblent inconciliables me semble peu pertinente. Non que cette confrontation soit sans int&#233;r&#234;t, bien &#233;videmment. Mais toute tentative d'arbitrage suppose une clarification conceptuelle et une clarification historique que je ne trouve pas toujours nettement indiqu&#233;es dans ton livre. On peut en effet soulever deux questions ou cette m&#234;me question sous deux angles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &#192; quel concept de la d&#233;mocratie mesurer la pens&#233;e de Marx ? S'agit-il du concept marxien de d&#233;mocratie ? Il faudrait alors qu'il soit relativement stabilis&#233; : ce qui est loin d'&#234;tre s&#251;r. Ou s'agit-il d'un concept import&#233; de l'ext&#233;rieur ? Il faudrait alors qu'il soit identifiable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, me semble-t-il, fait travailler deux concepts distincts de la d&#233;mocratie : un concept philosophique et un concept politique qui reposent tous deux sur le principe de la souverainet&#233; du peuple. Selon le premier concept, la d&#233;mocratie, comprise comme autod&#233;termination du peuple, se confond avec l'essence communautaire de l'homme qui s'accomplit avec la vraie d&#233;mocratie : c'est lui qui est &#224; l'&#339;uvre dans le manuscrit de 1843 (&lt;i&gt;Critique du droit politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions sociales, 1980.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ainsi que dans la lettre &#224; Ruge de mai 1843&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx-Engels, Correspondance, t. 1, &#201;ditions sociales,1978, p. 290-296.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon le second concept, la d&#233;mocratie d&#233;signe une forme d'&#201;tat qui, dans le cas de l'&#201;tat repr&#233;sentatif moderne, conjugue le suffrage universel et la supr&#233;matie du pouvoir l&#233;gislatif qui en est issu. C'est cette d&#233;mocratie que vise Marx, je crois, quand, dans le manuscrit de 1843, il parle de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &#192; quelle perspective historique mesurer cette &#233;valuation ? Aux formes de l'&#201;tat repr&#233;sentatif que Marx rencontre en 1842-1848 ou &#224; celles auxquelles son exp&#233;rience th&#233;orico-politique le confronte apr&#232;s 1848 ? Le contexte historique est en effet - comme tu le soulignes &#224; plusieurs reprises - d&#233;cisif. Et il n'est pas toujours possible d'&#233;tablir avec toute la clart&#233; souhaitable &#224; quelle d&#233;mocratie historiquement situ&#233;e il fait r&#233;f&#233;rence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut cependant retenir les caract&#232;res sont ceux que tu recenses p. 37.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, je crois que pour mesurer Marx &#224; lui-m&#234;me, en une sorte de lecture interne, il faut parcourir syst&#233;matiquement son travail &#171; dans le sens de la marche &#187; (comme tu le fais pp. 301-304). Je partirai cependant, pour suivre ton texte, des th&#232;ses de 1847-1848 (quitte &#224; remonter la chronologie pour tenter de les &#233;clairer)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. D&#233;mocratie et domination politique du prol&#233;tariat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels soutiennent, dans les &#233;crit de 1847-1848, que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie est appel&#233;e &#224; co&#239;ncider, directement ou indirectement, avec la domination politique du prol&#233;tariat. Ils ne se bornent pas, du moins dans un premier temps, &#224; affirmer que la premi&#232;re est favorable &#224; la seconde, mais que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie rend la domination du prol&#233;tariat &lt;i&gt;in&#233;luctable.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Del&#224;, au moins, deux questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Premi&#232;re question : Qu'est-ce qui permet d'affirmer que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie peut co&#239;ncider avec la conqu&#234;te de la domination politique du prol&#233;tariat ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Deuxi&#232;me question, donc : Qu'est-ce qui permet d'affirmer que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie &lt;i&gt;doit&lt;/i&gt; co&#239;ncider avec la conqu&#234;te de la domination politique du prol&#233;tariat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. Une cons&#233;quence possible de la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; la premi&#232;re question est comprise dans deux affirmations li&#233;es, que l'on peut cependant distinguer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La conqu&#234;te de la d&#233;mocratie consiste d'abord (et m&#234;me essentiellement) dans la conqu&#234;te du suffrage universel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette conqu&#234;te est tr&#232;s t&#244;t comprise par Marx comme essentiellement r&#233;volutionnaire. Dans la &lt;i&gt;Critique du droit politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt; (que tu cites p. 15, note 4), l'exigence du suffrage universel co&#239;ncide avec l'exigence de dissolution conjointe de l'&#201;tat politique et de la soci&#233;t&#233; civile : une dissolution qui ferait place &#224; la &#171; vraie d&#233;mocratie &#187;. Dans la lettre &#224; Ruge de septembre 1843, la g&#233;n&#233;ralisation du syst&#232;me repr&#233;sentatif (je comprends : par l'extension du droit de suffrage) &#233;quivaut &#224; son d&#233;passement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx Engels, Correspondance, t.1 &#233;ditions sociales, , 1978, p. 299.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bref, la transformation de la soci&#233;t&#233; en une v&#233;ritable &#171; communaut&#233; &#187; : celle de l'&#201;tat d&#233;mocratique (par opposition &#224; l'&#201;tat politique), comme on peut le lire dans la lettre &#224; Ruge de mai 1843&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Correspondance t.1, op.cit., p. 291.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette d&#233;mocratie-l&#224; ne tardera pas, au prix de modifications notables, &#224; prendre le nom de communisme. Dans cette perspective en effet l'&#233;mancipation politique n'est qu'une forme partielle de l'&#233;mancipation, mais que sa g&#233;n&#233;ralisation co&#239;ncide avec l'exigence de cette &#233;mancipation humaine (&lt;i&gt;Sur la Question juive&lt;/i&gt;), avant m&#234;me qu'il soit question de la domination du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La conqu&#234;te du suffrage universel - et plus g&#233;n&#233;ralement de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative - est favorable &#224; la domination du prol&#233;tariat (d&#232;s qu'il est question de celle-ci). Cette th&#232;se reste relativement constante, m&#234;me si Marx et Engels seront amen&#233;s &#224; pr&#233;ciser que le suffrage universel doit &#234;tre assorti des conditions sans lesquelles ce suffrage serait illusoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question des conditions du suffrage universel, je me r&#233;f&#232;re ici aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce sens conqu&#234;te de la d&#233;mocratie et domination politique du prol&#233;tariat sont li&#233;es, voire &#233;quivalentes. Tel est le sens, comme tu le rel&#232;ves, des positions de Marx et d'Engels de 1845 &#224; 1848 (p. 32-36, 302-304) et cela reste, pour l'essentiel inchang&#233; de 1848 &#224;1852 au moins (p. 309-316). : Marx et Engels ne cesseront de soutenir que la d&#233;mocratie (ou la R&#233;publique d&#233;mocratique) est la forme la plus favorable &#224; la conqu&#234;te du pouvoir par le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que la d&#233;mocratie soit favorable n'implique pas que la domination du prol&#233;tariat soit, avec sa conqu&#234;te, in&#233;luctable. C'est pourtant une th&#232;se qu'il arrive &#224; Marx et Engels de soutenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. Une cons&#233;quence n&#233;cessaire de la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conqu&#234;te de la d&#233;mocratie, quels que soient les moyens auxquels elle doive recourir, ne vise pas seulement &#224; conqu&#233;rir les conditions les plus favorables &#224; la domination du prol&#233;tariat, elle rend cette domination in&#233;luctable. C'est la th&#232;se que Marx et Engels soutiennent avant les r&#233;volutions de 1848 : &#171; Dans tous les pays civilis&#233;s la d&#233;mocratie a pour cons&#233;quence n&#233;cessaire la domination du prol&#233;tariat et cette domination est la premi&#232;re condition de toutes les mesures communistes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Engels, &#171; Les communistes et K. Heinzen &#187;, 3 et 4 octobre 1847 (que Texier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution &#171; commencera par &#233;tablir une Constitution d&#233;mocratique, c'est-&#224;-dire directement ou indirectement, la domination politique du prol&#233;tariat &#187;. &#171; C'est-&#224;-dire &#187; doit se comprendre non seulement comme une &#233;quivalence, mais comme une n&#233;cessit&#233; in&#233;luctable. C'est ce que confirme l'hypoth&#232;se la moins favorable : quand la domination r&#233;sultera &#171; indirectement &#187; de la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie : &#171; Ce qui n&#233;cessitera peut-&#234;tre une seconde lutte, mais ne peut se terminer que par la victoire du prol&#233;tariat &#187; (Engels, &lt;i&gt;Les Principes du communisme&lt;/i&gt;, 1847&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que Texier cite p. 44-45 et p.304.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette m&#234;me th&#232;se que l'on retrouve plus tardivement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi la question des formes de domination politique du prol&#233;tariat ne peut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce qui concerne le monde anglo-saxon, certains textes sugg&#232;rent que la conqu&#234;te du suffrage universel mettrait la classe ouvri&#232;re en position favorable (p. 314-315). D'autres sont plus affirmatifs : &#171; (&#8230;) suffrage universel est &lt;i&gt;synonyme&lt;/i&gt; de pouvoir politique pour la classe ouvri&#232;re d'Angleterre (&#8230;) Son r&#233;sultat &lt;i&gt;in&#233;vitable&lt;/i&gt; y est la supr&#233;matie politique de la classe ouvri&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les chartistes &#187;, New York Daily Tribune,, 25 ao&#251;t 1852. Cit&#233; par Texier p.22.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce qui concerne le continent, ou du moins la France, les articles r&#233;unis sous le titre &lt;i&gt;Ls luttes de classe en France&lt;/i&gt;, ne laissent aucun doute sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;nonc&#233;s sont, me semble-t-il, sous-tendus par deux autres th&#232;ses (qui courent dans les textes de 1843 &#224; 1852, au moins) :&lt;br class='manualbr' /&gt;- selon la premi&#232;re, la monarchie constitutionnelle et/ou la r&#233;publique censitaire est la forme ad&#233;quate et ultime de la domination bourgeoise, notamment parce que cette forme d'&#201;tat r&#233;serve le pouvoir &#224; la bourgeoisie (et r&#233;alise ainsi une ad&#233;quation entre l'&#201;tat et la classe dominante) &lt;br class='manualbr' /&gt;- selon la seconde, la d&#233;mocratie est incompatible avec la domination bourgeoise, parce qu'elles sont intrins&#232;quement contradictoires, ainsi que Marx tente de le montrer dans &lt;i&gt;Les luttes de classe en France&lt;/i&gt; (p.311).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Premi&#232;re conclusion provisoire&lt;/i&gt;. Ce que je veux sugg&#233;rer est relativement simple. Marx est pour son temps un grand penseur de la d&#233;mocratie. Mais s'il ne pose pas initialement la question des formes d&#233;mocratiques sp&#233;cifiquement ajust&#233;es &#224; la domination politique du prol&#233;tariat, ce n'est pas seulement par ce qu'il n'a pas encore pris la mesure de l'obstacle constitu&#233; par la machine bureaucratique (rectification de 1872), c'est parce qu'une m&#234;me conception de l'histoire le conduit &#224; penser &#224; la fois qu'une seule forme d'&#201;tat est pleinement ad&#233;quate &#224; la domination bourgeoise et qu'il n'y a pas lieu de r&#233;fl&#233;chir particuli&#232;rement &#224; la forme politique de l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat. J'y reviendrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, il me semble ind&#233;niable que la pens&#233;e de Marx est prisonni&#232;re des illusions de la R&#233;volution permanente, telle qu'il la pense apr&#232;s 1848 et des impr&#233;cisions du concept de dictature du prol&#233;tariat. C'est sur cette double but&#233;e que selon toi (si je t'ai bien compris) viendrait &#233;chouer provisoirement la pens&#233;e d&#233;mocratique de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. D&#233;mocratie et R&#233;volution permanente &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la r&#233;volution permanente, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de ton (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme cela arrive souvent dans l'&#339;uvre de Marx et Engels, l'id&#233;e de r&#233;volution permanente appliqu&#233;e au passage de la domination de la bourgeoisie &#224; la domination du prol&#233;tariat appara&#238;t avant que la notion ne prenne cette signification. C'est ce que tu sugg&#232;res, si j'ai bien compris, quand tu cites (p. 321), le texte d'Engels qui envisage, en Allemagne et en France, la succession de deux luttes. Mais, outre les probl&#232;mes que tu analyses, deux autres que tu ne mentionnes pas (sauf distraction de ma part) m&#233;ritent qu'on si arr&#234;te : &lt;br class='manualbr' /&gt;- Quelle est la modalit&#233; de l'encha&#238;nement entre les deux &#233;tapes de la r&#233;volution ou de la transcroissance de la r&#233;volution ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Quel est le statut du concept de r&#233;volution permanente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. Une encha&#238;nement in&#233;vitable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que sous le concept de R&#233;volution permanente l'on d&#233;signe l'encha&#238;nement de deux &#233;tapes relativement distinctes ou la transcroissance de la premi&#232;re dans la seconde, cet encha&#238;nement et cette transcroissance sont compris comme in&#233;vitables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me que le concept de r&#233;volution permanente ne soit transpos&#233; de son &#171; usage historiographique &#187; &#224; son &#171; usage politique &#187;, la cause est entendue, du moins en ce qui concerne l'Allemagne. D&#232;s 1844, dans &lt;i&gt;l'Introduction &#224; la critique du droit politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt;, la th&#232;se de l'impossibilit&#233; d'une r&#233;volution purement politique en Allemagne, en raison de l'impuissance de la bourgeoisie, permet de postuler que le prol&#233;tariat prendra directement en charge l'&#233;mancipation humaine. La signification attribu&#233;e au soul&#232;vement des tisserands sil&#233;siens conforte cette affirmation. Et quand en 1847, Engels pr&#233;sente la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie comme une n&#233;cessit&#233; qui m&#232;ne, dans ce m&#234;me pays, indirectement &#224; la domination du prol&#233;tariat, il ne fait, me semble-t-il, que prolonger la th&#232;se ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeux sont faits : la r&#233;volution permanente traduit l'incapacit&#233; de la bourgeoisie soit de conqu&#233;rir la d&#233;mocratie soit d'asseoir sa domination sous cette forme d'&#233;tat. Et cette &#233;quivoque est confort&#233;e par la suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2. Strat&#233;gie politique ou processus historique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui pr&#233;c&#232;de permet de l'entrevoir : la r&#233;volution permanente n'est pas le concept d'une strat&#233;gie politique, mais le concept d'un processus historique. La r&#233;volution permanente n'est pas une strat&#233;gie : non seulement le terme de &#171; strat&#233;gie &#187; est absent du vocabulaire de Marx (comme il l'est &#224; son &#233;poque du vocabulaire politique), mais la perspective correspondante est comme neutralis&#233;e. La notion de r&#233;volution permanente n'est pas celui d'une strat&#233;gie requise, mais d'une histoire promise. L'imp&#233;ratif strat&#233;gique est d&#233;vor&#233; par la n&#233;cessit&#233; historique. La r&#233;volution permanente est l'objet d'une &#171; d&#233;claration &#187; (p. 322) et non d'une prescription.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Deuxi&#232;me conclusion provisoire&lt;/i&gt; : Si le probl&#232;me sur lequel tu fais porter tout le poids de ton argumentation - le devenir des institutions d&#233;mocratiques conquises lors du premier moment - reste irr&#233;solu, c'est, me semble-t-il, parce que la n&#233;cessit&#233; historique qui se porte garant de l'unit&#233; du processus dispense de le poser. Expression de la n&#233;cessit&#233; historique et d&#233;claration de son processus, la r&#233;volution permanente est porteuse d'un contenu qui trouvera sa forme, et non d'un objectif qui exige de la penser : la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. D&#233;mocratie et dictature du prol&#233;tariat &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la dictature du prol&#233;tariat, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de dictature du prol&#233;tariat, aussi rare que soit son emploi, fonctionne dans une si grande vari&#233;t&#233; de registres qu'il y tout lieu de douter qu'il soit un v&#233;ritable concept. C'est une formule alg&#233;brique redoutable susceptible de recevoir (chez Marx d&#233;j&#224;, pour ne rien dire de la post&#233;rit&#233;) les significations les plus diverses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le flou qui r&#232;gne ici dans l'&#339;uvre de Marx et Engels n'a rien d'artistique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques remarques, sous forme - une fois encore - de deux questions : &lt;br class='manualbr' /&gt;- Quel est le statut du concept de dictature du prol&#233;tariat ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Quelle est la signification du concept de dictature du prol&#233;tariat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.1. Concept strat&#233;gique ou concept t&#233;l&#233;ologique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force est d'admettre que le statut de la perspective de la dictature du prol&#233;tariat est loin d'&#234;tre limpide puisque ce concept se pr&#233;sente &#224; la fois comme un concept strat&#233;gique (qui renvoie &#224; un objectif indispensable) et comme un concept t&#233;l&#233;ologique (qui renvoie &#224; un avenir in&#233;luctable)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut lire dans ton livre des exemples de cette dualit&#233; des &#233;nonc&#233;s entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il indique une cible et certifie qu'elle sera atteinte. Comment et sous quelle forme ? Cela devient &#233;videmment secondaire, surtout, quand on se demande, comme tu le fais, quelle est la compr&#233;hension exacte de ce concept ambigu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.2. Concept &#171; substantiel &#187; ou concept &#171; nu &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la fois un concept distinctif (qui oppose &#224; la signification ultime de la domination politique de la bourgeoisie la signification transitoire de la domination politique du prol&#233;tariat) et un concept normatif (qui renvoie aux conditions d'exercice de la domination politique du prol&#233;tariat). Du moins est-ce ainsi que je comprends la distinction que tu proposes (p. 22, 143, 327-328) entre le concept substantiel (qui renvoie au contenu socio-politique de cette domination) et le concept nu (qui renvoie &#224; sa modalit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier concept - le concept &#171; substantiel &#187; - se laisse potentiellement rabattre sur celui de supr&#233;matie ou de domination politique que l'on trouve dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; et dans d'autres textes (p. 22). Mais il laisse ouverte au moins une alternative : domination exclusive ou pas ? Le second concept &#8211; le concept &#171; nu &#187; - referme cette alternative (note 19 p. 40) : Que serait une &lt;i&gt;dictature&lt;/i&gt; exerc&#233;e conjointement par plusieurs classes ? Mais il en ouvre au moins deux autres : dictature centralis&#233;e ou pas ? Dictature violente ou non ? Entre ces deux &#171; p&#244;les &#187;, un usage pol&#233;mique. Ainsi dans &lt;i&gt;Les luttes de classe en France&lt;/i&gt;, le concept de dictature du prol&#233;tariat est &#224; plusieurs reprises associ&#233;/oppos&#233; &#224; celui de dictature de la bourgeoisie. Le terme de dictature semble alors d&#233;signer une domination exclusive et la notion de &#171; dictature de classe &#187; appel&#233; &#224; rendre compte de la domination exclusive d'une classe contre toutes les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Troisi&#232;me conclusion provisoire&lt;/i&gt; : Le &#171; concept &#187; de dictature du prol&#233;tariat ne propage que de maigres lueurs. Mais cela ne tient pas seulement, me semble-t-il, &#224; sa propre obscurit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si la n&#233;cessit&#233; historique qui se porte garant de l'&#233;tablissement de la dictature du prol&#233;tariat laisse ouvertes toutes les possibilit&#233;s s'agissant de son contenu pr&#233;cis, il n'y pas lieu de s'&#233;tonner qu'elle dispense de s'interroger pr&#233;cis&#233;ment et pr&#233;alablement sur la forme que pourrait prendre cette dictature. De l&#224; des impr&#233;cisions qui ne seront jamais totalement dissip&#233;es, non seulement sur les modalit&#233;s d'exercice, mais surtout sur la forme et le contenu de cette dictature :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- sur la forme : apr&#232;s les textes ant&#233;rieurs aux r&#233;volutions de 1848 qui pr&#233;cisent que la forme de la domination politique (et non de la dictature) sont des formes d&#233;mocratiques, il faut attendre &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; (qui pourtant ne parle pas de dictature) pour que la forme soit enfin &#233;voqu&#233;e et l' &#171; Introduction &#187; d'Engels de 1891 pour qu'une forme soit attribu&#233;e explicitement &#224; la dictature du prol&#233;tariat ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- sur le contenu : dans tous les cas, il semble bien que le contenu de cette forme d&#233;signe la classe politiquement dominante et non son &#339;uvre d'&#233;mancipation sociale, &#224; l'exception notable cette fois de &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; (o&#249; le concept lui-m&#234;me est absent) ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- sur la forme d'un contenu : dans tous les cas le &#171; concept &#187; n'est jamais connect&#233; directement au contenu social de la transformation r&#233;volutionnaire et tr&#232;s tardivement &#224; son contenu politique (ou institutionnel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons-nous bien, une fois encore : ce qui est en question, ce ne sont pas des approximations ou des erreurs d'appr&#233;ciation, mais la structure d'une argumentation qui rend difficilement pensable ce qu'elle s'efforce de penser.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;center&gt;II. La question d&#233;cisive : La forme de la domination politique&lt;/center&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Ta question initiale - que deviennent les conqu&#234;tes de l'&#233;tape d&#233;mocratique lors de la phase ult&#233;rieure ? - gagne &#233;videmment en consistance (du moins, &#224; mes yeux) quand, apr&#232;s l'avoir rappel&#233;e, tu pr&#233;cises : &#171; La question, c'est que, avec ou sans violence, il importe qu'on sache quelle est la forme politique du bouleversement socialiste &#187; (p. 164). D&#232;s lors que le probl&#232;me est formul&#233; en ces termes, je peux mettre mon travail &#224; l'&#233;preuve du tien (et r&#233;ciproquement) et relancer ma propre r&#233;flexion. Sans annexions forc&#233;es : du moins je le crois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit donc le point de d&#233;part suivant : la question de la d&#233;mocratie chez Marx d&#233;pend moins de la question des modalit&#233;s de la r&#233;volution (ou de la prise du pouvoir) - violente ou pacifique - que de la question des formes d'exercice de la domination politique (ou de la dictature) du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se posent alors les questions suivantes : Les r&#233;ponses de Marx-Engels sont-elles satisfaisantes ? Sinon, pourquoi ? Et plus pr&#233;cis&#233;ment : quelles sont les apories ou les but&#233;es de leur mode de raisonnement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu soutiens qu'il existe chez Marx une v&#233;ritable pens&#233;e des institutions. Mais force est de constater, me semble-t-il, que si l'on trouve chez Marx une analyse critique des institutions de l'&#201;tat moderne (et des outils qui permettraient d'approfondir et de pr&#233;ciser cette analyse), il n'en va pas de m&#234;me en ce qui concerne les formes d'exercice de la domination politique du prol&#233;tariat et des formes politiques de l'&#233;mancipation sociale. &#192; deux r&#233;serves pr&#232;s (si l'on excepte les quelques indications que l'on peut trouver dans les textes contemporains du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;), deux tentatives d&#233;cisives, il est vrai : l'analyse de la Commune de Paris ; les propositions d'Engels sur la R&#233;publique d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or non seulement ces analyses sont tardives, mais elles demeurent fort probl&#233;matiques. Elles sont tardives : tu en conviens toi-m&#234;me quand tu &#233;cris que &#171; le vide formel catastrophique qu'on reproche au marxisme en mati&#232;re d'institutions politiques a disparu &#187; (p. 162) &#8230; en 1891. Elles sont probl&#233;matiques : et cela tient moins &#224; leur impr&#233;cision ou &#224; leur inach&#232;vement (p. 162), qu'&#224; la place qui leur est accord&#233;e et &#224; la structure de l'argumentation qui les sous-tend. Tu mentionnes toi-m&#234;me les probl&#232;mes (il est difficile de te prendre en flagrant d&#233;lit de n&#233;gligence&#8230;), mais il me semble que tu ne leur accordes pas toute l'importance qu'ils m&#233;ritent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux questions se posent alors :&lt;br class='manualbr' /&gt;- Pourquoi la question des formes politiques de la dictature du prol&#233;tariat sont-elles si longtemps n&#233;glig&#233;es ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Dans quelle mesure cette question, quand elle est trait&#233;e, l'est-elle de fa&#231;on ad&#233;quate ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Quand le contenu l'emporte sur la forme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. La forme longtemps n&#233;glig&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Les embard&#233;es de la critique de l'utopie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d&#233;tecter dans la critique des utopies par Marx, deux critiques des anticipations de l'avenir, souvent enchev&#234;tr&#233;es, mais potentiellement distinctes : une critique de l'anticipation imaginaire du contenu (en l'absence des conditions historiques qui le rendent r&#233;alisable) et une critique de l'anticipation doctrinaire des formes (quand ces formes sont prescrites en dehors du mouvement historique qui pourrait les faire na&#238;tre). Tout le poids de la critique de Marx porte pr&#233;cis&#233;ment sur ces prescriptions doctrinaires, qu'il s'agisse des formes sociales de l'&#233;mancipation ou sur des formes politiques de l'&#233;mancipation sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les anticipations utopiques, Cong&#233;dier, op.cit. ,pp. 145-167.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; l'invention doctrinaire individuelle, Marx oppose imm&#233;diatement la production historique immanente : du m&#234;me coup la d&#233;tection th&#233;orique des formes possibles devient une exigence subalterne et l'invention collective de ces formes un processus impensable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le &#171; court-circuit &#187; op&#233;r&#233; par Marx dans sa critique de l'invention et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout ce passe comme si Marx se laissait emporter par sa critique (l&#233;gitime) de formes utopiques du socialisme et du communisme au-del&#224; de ce qu'exige cette critique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tu mentionnes toi-m&#234;me deux des textes o&#249; le refus de l'anticipation semble (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette remarque serait insuffisante, si on ne la rapportait pas &#224; une seconde &#233;quivoque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;La tentation de la promesse&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx tente de d&#233;montrer la n&#233;cessaire possibilit&#233; du communisme (la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution, de la dictature du prol&#233;tariat, de la transition et du communisme), en c&#233;dant &#224; la tentation d'en promettre la n&#233;cessaire effectivit&#233; : il s'agit d'une &#233;quivoque majeure, lourde de cons&#233;quences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; J'ai beaucoup donn&#233; &#171; , comme dirait notre ami Artous, pour relever et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier de celle-ci : si l'histoire se porte garant de ce que l'action des hommes (et non l'histoire elle-m&#234;me) &#8230; ne manquera pas d'accomplir, il devient secondaire de r&#233;fl&#233;chir aux formes de cet avenir promis et inutile, voire n&#233;faste d'en attribuer la pr&#233;paration et l'accomplissement &#224; une invention collective des acteurs de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire tut&#233;laire, port&#233;e par une dialectique de la r&#233;alisation de l'essence, travaille d'abord dans le sens de la domination bourgeoise, dont Marx et Engels ne cessent de scruter la forme ad&#233;quate et ultime. Il est vrai qu'ils ne cessent de s'interroger sur la trajectoire, diff&#233;renci&#233;e selon les pays, des formes de domination politique de la bourgeoisie : les formes d'&#201;tat propres &#224; cette domination. Mais quelle que soit la pertinence - et elle est grand e- de leurs analyses concr&#232;tes de ces formes de domination, elle est souvent prisonni&#232;re d'une conception de l'histoire qui en mine la f&#233;condit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut se borner, me semble-t-il, &#224; relever comme l'effet de simples &#171; flirts &#187; avec la dialectique h&#233;g&#233;lienne, l'insistance d'une th&#233;matique de la forme ad&#233;quate et ultime de la domination politique de la bourgeoisie o&#249; celle-ci, parvenue &#224; son terme et &#224; son comble, pr&#233;parerait d'elle-m&#234;me son renversement. Or tout se passe comme si Marx et Engels ne cessaient de tenter de rep&#233;rer cette forme ultime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- D&#232;s le manuscrit de 1843 (&lt;i&gt;la Critique du droit politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt;) , Marx con&#231;oit l'&#201;tat repr&#233;sentatif moderne comme la forme ultime de l'ali&#233;nation politique et la R&#233;publique comme la n&#233;gation de l'ali&#233;nation dans le cadre de l'ali&#233;nation. En cons&#233;quence, la monarchie constitutionnelle et/ou la R&#233;publique censitaire est bien le comble de l'ali&#233;nation et de l'ad&#233;quation de l'&#201;tat &#224; la domination bourgeoisie : au point que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie politique ou de la R&#233;publique d&#233;mocratique, en niant cette ali&#233;nation et cette ad&#233;quation, sera ult&#233;rieurement pr&#233;sent&#233;e comme forme le cadre de la domination du prol&#233;tariat ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Puis, comme le montrent certaines formulations que tu rel&#232;ves, Marx et Engels pensent la R&#233;publique d&#233;mocratique comme la forme ad&#233;quate et ultime de la domination bourgeoise et, donc parce qu'elle est ultime, la forme ad&#233;quate &#224; la bataille ultime entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie (p. 101, 105-108) ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Enfin, l'Empire appara&#238;t comme la forme ultime de la domination bourgeoisie qui voit se dresser face &#224; elle son antith&#232;se : la Commune de Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait penser que cette figure du raisonnement - l'anticipation du contenu de l'&#233;mancipation qui dispense d'anticiper sur les formes qui permettraient de l'accomplir - ne correspond qu'&#224; une provisoire de la pens&#233;e de Marx-Engels, comme le sugg&#232;re Engels (p. 161). Mais on en trouve l'expression tr&#232;s tardivement, bien au-del&#224; des rectifications d'Engels, ainsi que tu le rel&#232;ves toi-m&#234;me (p. 154-155) quand Engels reprend &#224; son compte l'affirmation de Bovio selon laquelle &#171; la nuova sotanza, la nuova idea si creera da stessa la forma et la produrra dal proprio fondo &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Engels, &#171; Le socialisme en Allemagne &#187;, 1892, article que Texier analyse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. La forme enfin trouv&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;De la forme enfin trouv&#233;e &#8230; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mes yeux, le point le plus discutable de ton livre, du point de vue m&#234;me des questions que tu soul&#232;ves, tient, me semble-t-il, dans le d&#233;faut de prise en compte d&#233;taill&#233;e de l'analyse de Marx dans &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt;. J'y reviendrai plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte g&#233;nial - adjectif r&#233;serv&#233; &#224; un usage tr&#232;s s&#233;lectif - est en m&#234;me temps, &#224; mes yeux, un texte paradoxal : Marx pense enfin la forme politique de l'&#233;mancipation du travail, mais sur fond d'une argumentation qui la rend impensable, puisque cette forme surgit comme une antith&#232;se de la forme r&#233;put&#233;e ultime de la domination bourgeoise (et de la mont&#233;e en puissance de la bureaucratie) : l'Empire. L&#224; encore, je ne crois pas qu'il s'agisse d'un simple &#171; flirt &#187; avec la dialectique &#8230; ou alors c'est un flirt tr&#232;s pouss&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Convoiter, op.cit., p. 249-252.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;&#8230; &#192; la forme introuvable&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force est de constater que Marx, apr&#232;s 1872, n'a pas poursuivi le travail entrepris avec l'analyse de la Commune de Paris. 1872-1885 : 13 ans de silence sur la forme de la domination politique du prol&#233;tariat, c'est long !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu rel&#232;ves toi-m&#234;me que dans la &lt;i&gt;Critique du programme de Gotha&lt;/i&gt; la forme enfin trouv&#233;e &#171; n'est pas rappel&#233;e &#187; (p. 143). En revanche, si tu soulignes la port&#233;e de la question soulev&#233;e par Marx sur les fonctions de l'&#201;tat qui se maintiendront dans une soci&#233;t&#233; communiste, tu omets de signaler que Marx, dans ce m&#234;me texte, se refuse &lt;i&gt;explicitement&lt;/i&gt; &#224; se prononcer sur ces fonctions, comme il se refuse &lt;i&gt;explicitement&lt;/i&gt; &#224; se prononcer sur les formes de la dictature du prol&#233;tariat (p. 144)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Convoiter, op.cit. ,p. 252-254&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces refus me semblent fond&#233;s sur une conception de l'histoire qui, sous couvert d'asc&#232;se anti-utopique, laisse sans doute &#171; ouvert le champ des possibles &#187;, mais un &#171; champ des possibles &#187; trop ouvert, y compris aux pires d'entre eux (note 8, p. 172).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Quand la forme est enfin red&#233;couverte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si toutes les remarques qui pr&#233;c&#232;dent ne sont pas totalement d&#233;nu&#233;es de fondement, elles incitent &#224; infl&#233;chir quelque peu les interrogations sur les &#171; innovations &#187; d'Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'&#233;crirais plus aujourd'hui exactement ce que j'&#233;crivais en 1992 avant de t'avoir lu. Aux &#171; d&#233;robades de Marx &#187; ne succ&#232;dent pas, &#224; proprement parler, les &#171; reculades d'Engels &#187; sur lesquelles je m'interrogeais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Convoiter, op.cit., p. 254-256.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : plut&#244;t &#171; deux pas en avant, un pas en arri&#232;re &#187;. En effet, ce que ton commentaire invite &#224; comprendre, ce sont plut&#244;t des tentatives d'Engels de penser une tactique politique qui ne soit pas imm&#233;diatement index&#233;e sur une n&#233;cessit&#233; historique in&#233;luctable et de r&#233;fl&#233;chir &#224; des formes politiques ad&#233;quates sans se d&#233;fausser sur une promesse de mariage al&#233;atoire entre la perspective g&#233;n&#233;rale de l'&#233;mancipation et les circonstances historiques particuli&#232;res. Force est de constater qu'Engels pose - enfin ! - les probl&#232;mes d'une strat&#233;gie et d'une tactique ajust&#233;es &#224; des circonstances historiques saisies &#224; un niveau suffisant de g&#233;n&#233;ralit&#233;, et non &#224; une histoire g&#233;n&#233;reuse qui, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre automate, remplirait des fonctions tut&#233;laires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce passe comme si Engels tentait de relever le d&#233;fi suivant : comment repenser la forme de la domination politique du prol&#233;tariat dans un cadre th&#233;orique et historique diff&#233;rent de celui que Marx mettait en &#339;uvre dans &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. D'une R&#233;publique d&#233;centralis&#233;e &#224; l'autre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs rectifications jalonnent la red&#233;couverte de la forme de la dictature du prol&#233;tariat. Je commence par une rectification que je crois d&#233;cisive et que tu ne mentionnes pas comme telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;La rectification de 1884 (pp. 246-248) &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte Marx &lt;/i&gt;affirmait d&#233;j&#224; que &#171; le renversement de la R&#233;publique parlementaire contient en germe le triomphe de la r&#233;volution prol&#233;tarienne qui &#171; perfectionne d'abord le pouvoir parlementaire, pour pouvoir le renverser ensuite &#187; et qui &#171; ce but une fois atteint, (&#8230;) perfectionne le pouvoir ex&#233;cutif &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, &#201;ditions sociales, p. 124.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, dans &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; poursuit dans le droit fil de ce raisonnement en affirmant que le r&#233;gime imp&#233;rial est &#171; la seule forme de gouvernement possible &#224; une &#233;poque o&#249; la bourgeoisie avait d&#233;j&#224; perdu - et la classe ouvri&#232;re n'avait pas encore conquis - la capacit&#233; de gouverner la nation &#187;. Ainsi, &#171; le r&#233;gime imp&#233;rial est (&#8230;) la forme ultime de ce pouvoir d'&#201;tat &#187; que la soci&#233;t&#233; bourgeoise a fait na&#238;tre et qui a permis &#224; la bourgeoisie d'asservi le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant l'instauration de la IIIe R&#233;publique et sa stabilisation mettent en &#233;vidence des ressources insoup&#231;onn&#233;es. La bourgeoisie semble avoir plus d'un tr&#233;sor politique dans son sac. La R&#233;publique parlementaire n'appara&#238;t plus comme une forme d'&#201;tat transitoire. Engels pr&#233;sente alors l'Empire comme une exception &#224; la r&#232;gle : ce raisonnement n'est gu&#232;re convaincant, mais il a au moins l'avantage de replacer la IIIe R&#233;publique dans une histoire moins &#171; dialectique &#187; et plus ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;La rectification de 1885 ?&lt;/i&gt; (p. 111-113)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rectification de 1885 invite &#224; r&#233;&#233;valuer la th&#232;se de la poursuite par la R&#233;volution fran&#231;aise de &#171; l'&#339;uvre commenc&#233;e par la monarchie absolue &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 18 Brumaire, op.cit., p. 125.&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est en effet d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, quitte &#224; me montrer plus tatillon que n&#233;cessaire, je crois utile de signaler qu'il n'est pas tout &#224; fait exact qu'Engels &#171; r&#233;vise compl&#232;tement &#187; la th&#232;se ant&#233;rieure &#187;. (p. 110). En effet, c'est dans le cours m&#234;me de la r&#233;daction de &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; que l'on peut suivre une s&#233;rieuse &#233;volution, en deux essais de r&#233;daction avant la r&#233;daction finale.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Guerre civile en France 1871, Editions sociales, 1972. Cette &#233;dition est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je r&#233;sume, au lieu de citer int&#233;gralement comme il faudrait le faire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Le premier essai de r&#233;daction pr&#233;sente la constitution d'un appareil d'&#201;tat centralis&#233; comme l'&#339;uvre de la monarchie absolue et affirme que la premi&#232;re r&#233;volution fran&#231;aise a poursuivi l'&#339;uvre entreprise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 209-210.&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Le second essai de r&#233;daction souligne au contraire que la R&#233;volution fran&#231;aise, en balayant les places fortes locales du f&#233;odalisme, &#171; &lt;i&gt;pr&#233;para socialement&lt;/i&gt; le terrain pour la superstructure d'un pouvoir d'&#201;tat centralis&#233; (&#8230;) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 257, C'est moi qui souligne.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;- La r&#233;daction finale reprend &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me id&#233;e mais, au lieu d'effacer le r&#244;le du premier Empire (comme dans les versions pr&#233;c&#233;dentes), elle souligne que &#171; l'&#233;difice de l'&#201;tat moderne fut &lt;i&gt;&#233;difi&#233;&lt;/i&gt; sous le premier Empire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 39. C'est moi qui souligne..&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;cision n'annule en rien la valeur de la &#171; rectification &#187; d'Engels : elle permet au contraire de cerner ce qui fait son originalit&#233; : une &#233;bauche d'analyse des formes d'auto-administration pendant la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c)&lt;i&gt; La rectification de 1891&lt;/i&gt; (p. 127-136)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que pour prendre la mesure de cette &#171; rectification &#187;, il faut commencer par indiquer l'importance qu'il faut accorder &#224; l' &#187; Introduction &#187; &#224; &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt;, r&#233;dig&#233;e la m&#234;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;L' &#171; Introduction &#187; &lt;/i&gt;&#224; &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sur la question qui nous occupe, trois points doivent &#234;tre signal&#233;s (que tu ne mets pas assez en valeur, me semble-t-il, dans ton propre commentaire, pp. 142). D'abord, l'effacement de la dialectique des formes d'&#201;tat propos&#233;e par Marx est &#8211; implicitement &#8211; confirm&#233;. Ensuite, l'insistance sur la destruction de l'ancien appareil d'&#201;tat et les mesures antibureaucratiques reprend, ne serait-ce que partiellement l'analyse de Marx. Enfin, la mise en parall&#232;le de la f&#233;d&#233;ration des communes et de la f&#233;d&#233;ration des coop&#233;ratives esquiss&#233;e par Marx est sugg&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel semble donc sauvegard&#233;. Mieux : la d&#233;marche d'Engels, s'agissant des &#201;tats-Unis, me para&#238;t beaucoup plus tranch&#233;e que tu ne l'indiques. Je la lis ainsi : m&#234;me dans la R&#233;publique d&#233;mocratique la plus d&#233;centralis&#233;e et la moins militaris&#233;e, la bureaucratie politique est tellement envahissante qu'elle doit &#234;tre neutralis&#233;e/abolie par l'adoption de deux mesures essentielles retenues par la Commune de Paris : le suffrage universel appliqu&#233; &#224; toutes les responsabilit&#233;s, la r&#233;tribution limit&#233;e des &#233;lus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;La critique du programme d'Erfurt&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compar&#233;e &#224; l' &#171; Introduction &#187;, la &lt;i&gt;critique du programme d'Erfurt&lt;/i&gt; appara&#238;t comme notablement en retrait. Aucune des innovations de la Commune, &#224; commencer par celles qu'Engels met en valeur la m&#234;me ann&#233;e, ne figure dans cette critique : ni les mesures antibureaucratiques sp&#233;cifiques de la Commune, ni la mise en parall&#232;le de la f&#233;d&#233;ration des communes et de la f&#233;d&#233;ration des coop&#233;ratives. Que signifie alors la r&#233;f&#233;rence exclusive &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise ? Elle prolonge et conforte sans doute la rectification de 1885 qui lui a ouvert la voie, mais relativise du m&#234;me coup la nouveaut&#233; et la port&#233;e de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre ce retrait ? Deux explications sont concevables :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- une explication tactique : le retrait se justifierait par les particularit&#233;s de la situation allemande et les t&#226;ches sp&#233;cifiques des communistes allemands. En Allemagne et pour les communistes de ce pays, l'&#233;tablissement d'une R&#233;publique d&#233;mocratique constituerait un progr&#232;s d&#233;cisif, du moins si cette R&#233;publique r&#233;pondait aux deux conditions pos&#233;es par Engels : &#171; la revendication de la concentration de tout le pouvoir politique dans les mains de la repr&#233;sentation du peuple &#8221;, la d&#233;centralisation sur le mod&#232;le de la R&#233;volution fran&#231;aise. Mais l'absence de toute r&#233;f&#233;rence &#224; la Commune de Paris ne peut pas s'expliquer uniquement par le sens des opportunit&#233;s et de la tactique, la prudence ou le r&#233;alisme. Reste alors une seconde explication&lt;br class='manualbr' /&gt;- une explication th&#233;orique : la sous-estimation de la port&#233;e strat&#233;gique du &#171; mod&#232;le &#187; de la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conclusion provisoire&lt;/i&gt; : Tout se passe comme si, paradoxalement, la rectification de 1872 &#233;tait &#224; la fois renforc&#233;e et affaiblie par les rectifications d'Engels. Elle est renforc&#233;e dans la mesure o&#249; la n&#233;cessit&#233; de briser la machine bureaucratique de l'&#201;tat est confirm&#233;e, sans qu'il soit n&#233;cessaire de faire r&#233;f&#233;rence &#224; l'Empire (et &#224; son antith&#232;se ultime) ; elle est affaiblie dans la mesure o&#249; la R&#233;publique de 1792 et la Commune de Paris sont donn&#233;es comme essentiellement identiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu de la rectification est &#224; la fois historique et th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Sur le plan historique, tout se passe comme si Engels inscrivait la Commune de Paris comme terme d'une p&#233;riode historique ouverte par la R&#233;volution fran&#231;aise, alors que Marx dans &lt;i&gt;La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; la pr&#233;sente comme ouverture d'une nouvelle p&#233;riode historique. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Sur le plan th&#233;orique, tout se passe comme si Engels inscrivait la Commune de Paris dans une logique d'ach&#232;vement de la R&#233;volution fran&#231;aise, alors que Marx l'inscrit dans une logique de mont&#233;e en puissance de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Cette rectification th&#233;orique &#233;quivaut &#224; une op&#233;ration &#224; somme nulle (ou &#224; un jeu de qui perd gagne) : ce qui est gagn&#233; en rupture avec la dialectique tut&#233;laire d'une R&#233;volution poussant &#224; son comble une ali&#233;nation politique avant de se poser en antith&#232;se de sa propre n&#233;gation est partiellement perdu au &#171; b&#233;n&#233;fice &#187; d'une histoire lin&#233;aire qui efface la sp&#233;cificit&#233; des insurrections prol&#233;tariennes du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confrontation entre les deux textes de 1891 laisse penser que la 1&#232;re R&#233;publique et la Commune sont &#233;quivalentes par leur forme comme par leur contenu : toutes deux sont des formes de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. 2. Des formes &#233;quivalentes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;publique communale et la R&#233;publique d&#233;mocratique &#171; d&#233;bureaucratis&#233;e &#187; apparaissent d&#232;s lors comme deux formes &#233;quivalentes, mais tr&#232;s exactement dans la mesure o&#249; la Commune est pens&#233;e comme une variante de la R&#233;publique d&#233;mocratique inaugur&#233;e sous la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse des formes d'auto-administration pendant la R&#233;volution est confirm&#233;e, semble-t-il, par l'historiographie contemporaine. Et, bien qu'Engels ne recoure pas &#224; cette hypoth&#232;se, il est vraisemblable qu'une certaine continuit&#233; dans la composition de classe de la Commune et dans l'esprit des Communards permette de pr&#233;senter la Commune elle-m&#234;me comme une reprise de la R&#233;volution fondatrice. La r&#233;interpr&#233;tation de la Commune de Paris comme confirmation/ach&#232;vement de l'&#339;uvre de la R&#233;volution est sans doute partiellement ad&#233;quate historiquement, mais laisse perdre la nouveaut&#233; de l'exp&#233;rience de la Commune. L&#224; o&#249; Marx tente de penser une forme nouvelle du pouvoir public, Engels parle de donner une forme nouvelle au vieux pouvoir d'&#201;tat (p. 125)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, rien ne justifie qu'Engels puisse &#233;crire, sans autre pr&#233;cision significative, que la R&#233;publique d&#233;mocratique est &#171; la forme sp&#233;cifique de la dictature du prol&#233;tariat, comme l'a montr&#233; la grande R&#233;volution fran&#231;aise &#187;, surtout si l'on ne retient du &#171; mod&#232;le &#187; de la 1&#232;re R&#233;publique que la d&#233;centralisation administrative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour faire bonne mesure, la confrontation avec le texte de 1847 montre que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quelle est, en effet, cette R&#233;publique d&#233;bureaucratis&#233;e &#224; laquelle songe Engels ? Force est de constater, si l'on s'en tient aux extraits que tu cites, qu'Engels met en avant l'autonomie administrative qui r&#233;sulte d'une d&#233;centralisation de l'appareil d'&#201;tat. (p. 124-125). Il en va de m&#234;me des textes suivants (p.134-135). C'est encore le rapport centralisation/d&#233;centralisation qui vient au premier plan dans la pr&#233;face de &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; (p. 140)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx, si la Commune est &#171; la forme enfin trouv&#233;e &#187; - une formule qui pr&#234;te &#224; discussion - c'est pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle ne se borne pas &#224; r&#233;activer des formes anciennes. C'est pour cette raison qu'il renouvelle une critique d&#233;j&#224; &#233;nonc&#233;e dans &lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt; et reprise, sous une autre forme, dans &lt;i&gt;Le 18 Brumaire&lt;/i&gt; : &#171; C'est en g&#233;n&#233;ral le sort des formations historiques enti&#232;rement nouvelles d'&#234;tre prises &#224; tort pour la r&#233;plique des formes anciennes (&#8230;) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exemples qui suivent cette citation sont multiples et Marx ne se r&#233;f&#232;re que partiellement &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise ; mais c'est pour sugg&#233;rer pr&#233;cis&#233;ment que la Commune est irr&#233;ductible &#224; la d&#233;centralisation girondine. Au regard des connaissances historiques dont fait &#233;tat Engels (et du savoir historique acquis depuis), c'est peu. D'autres aspects de la R&#233;volution fran&#231;aise pourraient plaider en faveur de la th&#232;se d'une reprise par la Commune d'une exp&#233;rience ant&#233;rieure. Marx p&#234;cherait-il par ignorance ? C'est possible, mais je crois plut&#244;t que s'il ne r&#233;f&#232;re pas le sens de la Commune &#224; la p&#233;riode de la R&#233;volution fran&#231;aise, c'est notamment parce qu'il essaie de cerner la nouveaut&#233; de la Commune ou, plus exactement, ce qui fait sa nouveaut&#233; : elle n'est pas seulement une forme d&#233;centralis&#233;e de la R&#233;publique d&#233;mocratique, mais la forme d&#233;mocratique de la R&#233;publique sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la &#171; rectification &#187; d'Engels menace d'engloutir quelques particularit&#233;s de la Commune que Marx essaie de mettre en &#233;vidence. Parmi les principales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- D'abord la Commune est &#224; la fois la forme de la prise du pouvoir et la forme de son exercice : elle est la &#171; forme positive de la R&#233;volution contre l'Empire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Guerre civile en France, op.cit., premier essai de r&#233;daction, p. 208.&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; la forme sous laquelle la classe ouvri&#232;re prend le pouvoir politique (&#8230;) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., deuxi&#232;me essai de r&#233;daction, p. 256.&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Ensuite, la Commune n'est pas une simple forme d'administration : elle n'est pas n'importe quel &#171; gouvernement du peuple par lui-m&#234;me &#187;, mais souligne Marx &#171; le peuple agissant pour lui-m&#234;me et par lui-m&#234;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., premier essai de r&#233;daction, p. 192.&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Enfin, elle est la forme politique de l'&#233;mancipation du travail : une forme politique ajust&#233;e &#224; son contenu social, au moins potentiel. Cette &#233;mancipation dont Marx d&#233;crit les premi&#232;res mesures ; ce contenu social dont il pr&#233;sente la forme comme une libre f&#233;d&#233;ration des coop&#233;ratives. Ce dernier point me semble le plus important : ce qui fait la force de l'analyse de Marx, c'est qu'il essaie dans ce texte (et pour la premi&#232;re fois) de penser &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt; la forme ad&#233;quate de la domination politique de la classe ouvri&#232;re et la forme ad&#233;quate de son &#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on tenir pour &#233;quivalentes l'exp&#233;rience de la 1&#232;re R&#233;publique et l'exp&#233;rience de la Commune ? Il existe de s&#233;rieuses raisons d'en douter. Mais ce qui est certain (&#224; mes yeux...), c'est que le soubassement th&#233;orique de la r&#233;flexion d'Engels est en retrait par rapport aux aspects les plus f&#233;conds du texte de Marx, en d&#233;pit de la dialectique illusoire qui le menace de caducit&#233;. En tout cas la r&#233;flexion d'Engels sur les formes de la dictature du prol&#233;tariat ne repose pas sur des fondements assur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.3. Une &#233;nigme r&#233;solue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut s'en convaincre ais&#233;ment quand on constate que, non seulement l' &#171; innovation audacieuse &#187; de 1891 ne r&#232;gle pas compl&#232;tement la question, mais surtout qu'elle n'exclut pas les r&#233;gressions ult&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Elle ne r&#232;gle pas compl&#232;tement la question&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la pr&#233;tendue forme sp&#233;cifique de la dictature de prol&#233;tariat comme le contenu social auquel elle se rapporte sont fort peu sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Une forme sp&#233;cifique qui l'est fort peu : Engels, dans la &lt;i&gt;Critique du programme d'Erfurt&lt;/i&gt;, ne se borne pas &#224; prendre pour r&#233;f&#233;rence la forme de la 1&#232;re R&#233;publique : il tente de d&#233;couvrir la g&#233;n&#233;ralit&#233; de cette forme sp&#233;cifique. Non seulement il se r&#233;f&#232;re &#224; la 1&#232;re R&#233;publique fran&#231;aise et &#224; l'Am&#233;rique qui, selon lui, ont d&#233;montr&#233; &#171; comment on peut se passer de la bureaucratie &#187;, mais confirme cette d&#233;monstration par son extension, comme le &#171; montrent encore aujourd'hui le Canada, l'Australie et les autres colonies anglaises &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du programme d'Erfurt, &#201;ditions sociales, p. 105.&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De proche en proche, c'est une version faible de la bureaucratie (limit&#233;e aux autorit&#233;s qui &#233;manent du gouvernement central) et donc de la d&#233;bureaucratisation qu'Engels est amen&#233; &#224; pr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si Engels prend soin de distinguer la R&#233;publique d&#233;mocratique contemporaine de la &#171; grande R&#233;volution fran&#231;aise &#187; et la &#171; R&#233;publique fran&#231;aise d'aujourd'hui &#187; - &#171; l'Empire sans empereur &#187; -, il pr&#233;sente cependant cette derni&#232;re comme la forme la plus favorable &#224; une transition pacifique et graduelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du programme d'Erfurt, op.cit., p. 105 et 101.&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : ce n'est plus le contenu de la d&#233;bureaucratisation, mais son processus qui tend &#224; perdre toute sp&#233;cificit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Un contenu sp&#233;cifique qui l'est fort peu : Engels n'h&#233;site pas &#224; pr&#233;senter la 1&#232;re R&#233;publique (au m&#234;me titre que la Commune) comme la forme sp&#233;cifique de la dictature du prol&#233;tariat. Sans doute, cette id&#233;e n'est-elle pas totalement nouvelle, ainsi que tu le rappelles, sous la plume d'Engels. Mais elle est historiquement et th&#233;oriquement fort douteuse et, en tout cas, fort co&#251;teuse. La domination &#233;ph&#233;m&#232;re de la Montagne et l'incursion, plus fragile encore, des &#171; sans-culottes &#187; ne livrent quand m&#234;me pas le contenu socio-politique d'une forme qui a pr&#233;valu plus longtemps. En tout cas, &#224; la diff&#233;rence notable de la Commune de Paris, ce n'est pas cette forme m&#234;me qui se pr&#233;sentait comme la forme de l'&#233;mancipation du travail ! Que dire alors de cette forme qui transcende &#224; ce point tout contenu socio-politique sp&#233;cifique que l'on peut la rep&#233;rer, en dehors de tout processus r&#233;volutionnaire, dans les R&#233;publiques constitu&#233;es du monde anglo-saxon o&#249; elles sont les formes de l'exploitation du travail et de l'oppression des peuples ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Elle n'exclut pas les r&#233;gressions&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive ainsi qu'Engels laisse entendre que le prol&#233;tariat peut exercer sa domination sans briser si peu que ce soit l'ancien appareil d'&#201;tat et/ou que la domination politique du prol&#233;tariat trouvera n&#233;cessairement sa forme : Ou il s'emparera d'une forme toute faite, ou il d&#233;couvrira une forme promise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- la forme toute faite : &#171; La r&#233;publique, vis-&#224;-vis du prol&#233;tariat, ne diff&#232;re de la monarchie qu'en ceci qu'elle est la forme politique &lt;i&gt;toute faite&lt;/i&gt; pour la faite pour la domination du prol&#233;tariat &#187; (p. 147). Tu n'esquives pas la difficult&#233;. Mais cet &#233;loge de la IIIe R&#233;publique est pour le moins &#233;tonnant. Tu opposes, &#224; juste titre, ce texte &#224; la formulation de &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt;, mais ton commentaire me semble &#224; peine moins &#171; laxiste &#187; que le texte de la lettre (p. 148-149) !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- la forme promise : &#171; la nuova sotanza, la nuova idea si creera da stessa la forma et la produrra dal proprio fondo &#187;. (p. 156 et 388), selon l'affirmation de Bovio qu'Engels reprend &#224; son compte. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la r&#233;ponse d'Engels &#224; Giovanni Bovio (un texte que tu m'as fait d&#233;couvrir&#8230;) est un mod&#232;le de r&#233;ponse &#8230; &#224; c&#244;t&#233; de la question&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette fa&#231;on d'&#233;luder la question pos&#233;e ressemble d'ailleurs beaucoup &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je crois qu'il faut &#234;tre plus s&#233;v&#232;re (th&#233;oriquement, s'entend) que tu ne l'es (p. 155-157) quand tu fais &#233;tat d' &#171; une certaine insatisfaction &#187; : les motifs que tu invoques (et que je partage) nous renvoient, une fois encore aux embard&#233;es d'une critique de l'utopie qui se pr&#233;vaut d'une conception de l'histoire irrecevable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conclusion provisoire&lt;/i&gt; - Il n'est que partiellement vrai que &#171; dans les derni&#232;res ann&#233;es du si&#232;cle, Engels red&#233;couvre l'importance de la forme, en politique tout particuli&#232;rement &#187; (p. 344).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, parce qu'il n'est pas s&#251;r que cette d&#233;couverte soit vraiment une red&#233;couverte : cela supposerait que dans une p&#233;riode ant&#233;rieure cette r&#233;flexion sur les formes (&#224; l'exception remarquable de la Commune de Paris) ait &#233;t&#233; amorc&#233;e. C'est encore ce que tu laisses entendre quand tu dis qu'ils transforment profond&#233;ment leur th&#233;orie de la forme &#233;tatique n&#233;cessaire &#224; l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat (p. 126) : ce n'est, &#224; la rigueur admissible, que si l'on consid&#232;re que le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; et les textes qui l'entourent proposaient avec la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie une v&#233;ritable th&#233;orie de la forme &#233;tatique n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, parce qu'il n'est pas s&#251;r qu'elle se fonde sur un bilan compl&#232;tement satisfaisant des racines th&#233;oriques des n&#233;gligences ant&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* La question cruciale &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui en derni&#232;re analyse - et par-del&#224; les motifs d&#233;j&#224; invoqu&#233;s - fait probl&#232;me ? C'est, me semble-t-il, que la forme politique de la domination du prol&#233;tariat est ou devrait &#234;tre en m&#234;me temps la forme politique de son &#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle forme de &lt;i&gt;domination&lt;/i&gt; (politique) peut &#234;tre une forme d'&lt;i&gt;&#233;mancipation &lt;/i&gt;(sociale) ? &#192; cette question l'histoire ne r&#233;pond pas, car l'histoire est muette. Et elle restera en d&#233;pit de toutes nos tentatives de la faire bavarder sans recours &#224; la th&#233;orie. En revanche, les voies d&#233;sastreuses emprunt&#233;es par l'histoire relancent, comme le montre ton bouquin, nos interrogations. Voici celles par lesquelles je termine ici : Pourquoi Marx et Engels ne parviennent-ils pas &#224; poser dans leur juste rapport la question du contenu et des formes de la R&#233;volution sociale et la question (seconde) de ses moyens ? Pourquoi Marx et Engels ne sont-ils pas parvenus &#224; penser &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt; les formes politiques et les formes sociales de l'&#233;mancipation ? N'est-ce pas parce qu'il y a quelque chose qui cloche dans leur fa&#231;on m&#234;me de poser et d'aborder ces questions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PS&lt;/strong&gt; (2022&lt;/strong&gt; : Jacques Texier est d&#233;c&#233;d&#233; le 13 janvier 2011. Je veux dire ici, par-del&#224; la qualit&#233; de son activit&#233; th&#233;orique, quel amical interlocuteur il fut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;source&gt;&lt;strong&gt;Source &lt;/strong&gt; &lt;/source&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler,&lt;i&gt; &#201;mancipation - Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus&lt;/i&gt;, suppl&#233;ment &#224;&lt;i&gt; Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques textes r&#233;unis sous ce titre n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s, initialement, en vue d'une publication, mais en vue d'une discussion, au sein d'un groupe de travail - &#171; D&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale &#187; - dont l'activit&#233; a permis de pr&#233;parer une journ&#233;e d'&#233;tude en juin 2001 : les contributions parues dans la revue &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt; rendent compte de cette journ&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis&#232;re la marxologie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
I. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels.&lt;/i&gt; Ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'&#201;tat et la politique&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-II-Democratie-revolution-emancipation-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. D&#233;mocratie et appropriation sociale (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation chez Marx et Engels. &lt;a href=&#034;http://athena.henri-maler.fr/Emancipation-III-Democratie-et-appropriation-sociale-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. D&#233;mocratie et appropriation sociale (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution : Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-IV-Democratie-et-appropriation-sociale-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Actuel Marx Confrontation, PUF, 1998 (existe d&#233;sormais au format Kindlel). Je renvoie en g&#233;n&#233;ral aux pages correspondantes, m&#234;me quand il s'agit de textes de Marx et Engels. &#192; quelques exceptions pr&#232;s qui, sauf indication contraire, se r&#233;f&#232;rent &#224; la derni&#232;re &#233;dition parues aux &#201;ditions sociales..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quand je dis Marx, j'entends bien, comme toi, Marx-Engels. Les ambigu&#239;t&#233;s ou les contradictions qui percent ou s'affichent dans leurs propos ne peuvent pas &#234;tre mis au compte d'une divergence majeure entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Auxquelles je me permets de te renvoyer - m&#234;me si je ne suis plus tout &#224; fait d'accord avec moi-m&#234;me - , ne serait-ce que pour all&#233;ger ce texte d&#233;j&#224; fort long&lt;i&gt; &lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 1994 ; &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx malgr&#233; Marx&lt;/i&gt;, Albin Michel, 1995. Abr&#233;viations : respectivement, &lt;i&gt;Cong&#233;dier&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Convoiter&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions sociales, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx-Engels, Correspondance, t. 1, &#201;ditions sociales,1978, p. 290-296.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut cependant retenir les caract&#232;res sont ceux que tu recenses p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de ton livre : p. 24, 32-46, 54-57. Sur le r&#244;le du suffrage universel dans la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants : note 4, p. 15, 22, 25, 309-316.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx Engels, Correspondance, t.1 &#233;ditions sociales, , 1978, p. 299.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Correspondance t.1, op.cit., p. 291.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;Sur la question des conditions du suffrage universel, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de ton livre : p. 22, 67-73 + notes&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Engels, &#171; Les communistes et K. Heinzen &#187;, 3 et 4 octobre 1847 (que Texier traduit et cite partiellement p. 38-39).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que Texier cite p. 44-45 et p.304.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi la question des formes de domination politique du prol&#233;tariat ne peut pas &#234;tre correctement pos&#233;e si on ne l&#232;ve pas l'&#233;quivoque qui p&#232;se sur la n&#233;cessit&#233; des institutions d&#233;mocratiques : s'agit-il des conditions les plus favorables &#224; la domination politique du prol&#233;tariat &#8230;(p.69) ou des conditions qui la rendent in&#233;luctable (sans m&#234;me qu'il soit souhaitable d'en penser et d'en transformer les formes) ? Telle est l'ambigu&#239;t&#233; majeure du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; (et des textes qui l'entourent).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les chartistes &#187;, &lt;i&gt;New York Daily Tribune&lt;/i&gt;,, 25 ao&#251;t 1852. Cit&#233; par Texier p.22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la r&#233;volution permanente, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de ton livre : p. 16, 17, 46-48, 319-323.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la dictature du prol&#233;tariat, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de ton livre : p.16, 17-18, 85, 325-326&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le flou qui r&#232;gne ici dans l'&#339;uvre de Marx et Engels n'a rien d'artistique, d'autant qu'il s'accro&#238;t quand on tente de le dissiper en s'appuyant sur la distinction entre le continent et le monde anglo-saxon (comme tu le signales, notamment p. 22).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut lire dans ton livre des exemples de cette dualit&#233; des &#233;nonc&#233;s entre l'indispensable et l'in&#233;luctable, voir respectivement p. 23 d'une part et p. 22, 39, 45. Voir &lt;i&gt;Convoiter&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; pp. 231-232 (et Antoine Artous , &lt;i&gt;Marx, l'&#201;tat et la politique, &lt;/i&gt;&#233;ditions Syllepse, p. 277-278).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les anticipations utopiques, &lt;i&gt;Cong&#233;dier&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit. ,&lt;/i&gt;pp. 145-167.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le &#171; court-circuit &#187; op&#233;r&#233; par Marx dans sa critique de l'invention et sur ses cons&#233;quences : &lt;i&gt;Cong&#233;dier, op.cit.,&lt;/i&gt; p.196 et &lt;i&gt;Convoiter, op.cit.,&lt;/i&gt; p. 339-341. Curieusement, la notion m&#234;me d'invention revient avec insistance sous ta plume, alors que Marx la r&#233;cuse. D'abord, quand tu &#233;voques, &#224; propos des innovations politiques d'Engels, l'invention d'une nouvelle tactique (p. 102, 103, 104) ; ensuite quand tu &#233;voques l'invention des formes politiques (p. 124, 163, 164). Je crois que, malgr&#233; Marx, Texier a raison&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tu mentionnes toi-m&#234;me deux des textes o&#249; le refus de l'anticipation semble porter trop loin (p. 19-20), mais je ne comprends pas quelles cons&#233;quences tu en tires exactement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; J'ai beaucoup donn&#233; &#171; , comme dirait notre ami Artous, pour relever et analyser cette &#233;quivoque et ses cons&#233;quences. Sur l'&#233;quivoque elle-m&#234;me voir par ex. &lt;i&gt;Convoiter,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 151-182. Tu rel&#232;ves toi-m&#234;me (ce n'est qu'un exemple parmi de nombreux autres du r&#244;le attribu&#233; &#224; la n&#233;cessit&#233; historique), que le finalisme historique que pr&#233;suppose l'id&#233;e d'une classe in&#233;luctablement conduite &#224; remplir une mission conforme &#224; son essence mine le discours de Marx et Engels. (p. 70-71, p. 86-87). Comme preuve &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt;, d'une &#233;quivoque (qui existe chez Marx lui-m&#234;me), le texte remarquable d'Engels (que tu m'as fait conna&#238;tre) o&#249; il tente de la lever &#8211; parce qu'il en mesure les effets politiquement d&#233;sastreux - &#224; propos des tendances n&#233;cessaires de l'histoire (p. 75-82)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Engels, &#171; Le socialisme en Allemagne &#187;, 1892, article que Texier analyse pages 153-163. La citation de Bovio figure p. 156 et p. 388.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Convoiter&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 249-252.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Convoiter, &lt;/i&gt; &lt;i&gt;op.cit. ,&lt;/i&gt;p. 252-254&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Convoiter,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 254-256.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, p. 124.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le 18 Brumaire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 125.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Guerre civile en France 1871&lt;/i&gt;, Editions sociales, 1972. Cette &#233;dition est &#171; accompagn&#233;e des travaux pr&#233;paratoires de Marx &#187; et donc des deux essais de r&#233;daction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 209-210.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 257, C'est moi qui souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 39. C'est moi qui souligne..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour faire bonne mesure, la confrontation avec le texte de 1847 montre que l'on peut justifier l'existence d'une dictature du prol&#233;tariat sous la 1&#232;re R&#233;publique, tant&#244;t par la centralisation &#224; laquelle elle aurait eu recours (1847), tant&#244;t par la d&#233;centralisation (1891). Tu rel&#232;ves les textes correspondants, sans relever l'&#233;tonnante plasticit&#233; de l'interpr&#233;tation qui reste la m&#234;me sous des signes totalement oppos&#233;s. Comment d&#232;s lors affirmer qu'Engels &#171; ne fait que reprendre une vieille id&#233;e &#187; ? (p. 133).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Guerre civile en France, op.cit.,&lt;/i&gt; premier essai de r&#233;daction, p. 208.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; deuxi&#232;me essai de r&#233;daction, p. 256.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., premier essai de r&#233;daction&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; p. 192.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique du programme d'Erfurt&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, p. 105.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique du programme d'Erfurt, op.cit.,&lt;/i&gt; p. 105 et 101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette fa&#231;on d'&#233;luder la question pos&#233;e ressemble d'ailleurs beaucoup &#224; la r&#233;ponse du m&#234;me Engels sur le sens de la dialectique de la n&#233;gation de la n&#233;gation expos&#233;e dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; : dans &lt;i&gt;l'Anti-D&#252;ring,&lt;/i&gt; il multiplie les tentatives d'explications qui finissent par s'annuler&#8230;C'est du moins ce que je crois : &lt;i&gt;Convoiter&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 176-180.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;mancipation II. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (2)</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Emancipation-II-Democratie-revolution-emancipation-2.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://henri-maler.fr/Emancipation-II-Democratie-revolution-emancipation-2.html</guid>
		<dc:date>2022-06-09T05:40:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la domination politique - la dictature - du prol&#233;tariat</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et le d&#233;p&#233;rissement de l'Etat</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'&#201;tat et la politique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Lectures-+.html" rel="tag"&gt;Lectures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-la-democratie-25-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-le-deperissement-de-l-Etat-+.html" rel="tag"&gt;Marx et le d&#233;p&#233;rissement de l'Etat&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L100xH150/arton71-b2c51.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette contribution a &#233;t&#233; publi&#233;e dans un cahier intitul&#233; &lt;i&gt;Emancipation &lt;/i&gt;et sous-titr&#233;&lt;i&gt; Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suppl&#233;ment &#224; Critique communiste, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voir en fin d'article les circonstances et le sommaire de de sa publication.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'&#201;tat et la politique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Syllepse, 1999. Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;Cher Tony, &lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;J'ai lu ton livre (dont je mentionne les pages entre parenth&#232;ses) en m'imposant les m&#234;mes &#171; r&#232;gles &#187; que celles que j'ai &#233;voqu&#233;es en pr&#233;ambule du texte que j'ai consacr&#233; au livre de Jacques Texier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir ici-m&#234;me&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : engager une discussion sans pr&#233;juger d'&#233;ventuelles divergences politiques ; mettre mes fragments d'analyse &#224; l'&#233;preuve des tiens (et r&#233;ciproquement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il existe des recoupements avec les th&#232;mes abord&#233;s &#224; l'occasion de la discussion du livre de Texier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, je n'y reviens que pour r&#233;sumer mon propos ant&#233;rieur, pr&#233;ciser ou compl&#233;ter. J'ajoute que j'ai choisi de discuter ton bouquin en me limitant &#224; la fin et en ne convoquant ce qui pr&#233;c&#232;de que dans la mesure o&#249; tu le r&#233;investis dans la quatri&#232;me partie : au-del&#224; du capitalisme. J'ai parfois compl&#233;t&#233; par des remarques sur tes autres contributions : &#171; Emancipation sociale et formes politiques. Quelques &#233;l&#233;ments pour poursuivre la discussions &#187; (ESFP) et &#171; Sur la repr&#233;sentation politique &#187; (SRP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* Pr&#233;ambule : histoire et strat&#233;gie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du capitalisme : le communisme. Comment atteindre cet &#171; au-del&#224; &#187; ? Marx - je commence par des banalit&#233;s- tente de fonder l'encha&#238;nement de multiples n&#233;cessit&#233;s : n&#233;cessit&#233; de la lutte politique de classes, n&#233;cessit&#233; de la conqu&#234;te politique du pouvoir, n&#233;cessit&#233; de la dictature du prol&#233;tariat, n&#233;cessit&#233; de la transition au communisme, n&#233;cessit&#233; de deux phases du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de quelles n&#233;cessit&#233;s s'agit-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes apparemment d'accord, pour reprendre tes propres termes, sur l'existence d'une &#171; tendance &#224; dissoudre le moment strat&#233;gique dans le simple d&#233;voilement d'une n&#233;cessit&#233; historique &#187; (ESFP)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est aux &#233;quivoques des &#233;nonc&#233;s de Marx sur la n&#233;cessit&#233; historique que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et cela vaut aussi bien pour la transformation de la lutte &#233;conomique en lutte politique que pour la poursuite de la lutte des classes jusqu'&#224; la dictature du prol&#233;tariat et pour la p&#233;riode de transition que couvre cette dictature. Quelques remarques compl&#233;mentaires cependant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt; N&#233;cessit&#233; de la lutte politique de classes. Tu soutiens qu'il existe chez Marx un &#171; changement de statut de la lutte politique &#187;. J'avoue ne pas percevoir ce changement. Il me semble qu'il faut distinguer deux questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- la question de la lutte pour l'&#233;mancipation politique qui, depuis la lettre &#224; Ruge de septembre 1843 ou &lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt; au moins, est toujours pr&#233;sent&#233;e par Marx comme un moment n&#233;cessaire de la lutte pour l'&#233;mancipation sociale, alors que l'&#233;mancipation politique est comprise comme une forme inachev&#233;e de l'&#233;mancipation humaine ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la question de la lutte politique pour la conqu&#234;te du pouvoir qui, depuis les &lt;i&gt;Gloses marginales critiques sur l'article de Ruge&lt;/i&gt;, est comprise comme un &#171; moment constitutif &#187;, pour reprendre ta propre expression, de la lutte pour l'&#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux aspects sont &#233;troitement li&#233;s, sans qu'il y ait, du moins &#224; mes yeux, le moindre &#171; changement de statut de la lutte politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt; N&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution permanente et de la dictature du prol&#233;tariat. Tu commences par &#233;tablir que le concept de dictature du prol&#233;tariat d&#233;signe un objectif strat&#233;gique et que le concept de r&#233;volution permanente (provisoirement associ&#233; au pr&#233;c&#233;dent) d&#233;signe un processus historique (p. 277-280). On peut douter d'un tel d&#233;doublement. Je crois au contraire que la port&#233;e strat&#233;gique du concept de dictature du prol&#233;tariat est lourdement grev&#233;e par sa pr&#233;sentation comme issue in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.&lt;/strong&gt; N&#233;cessit&#233; de la transition (sous dictature du prol&#233;tariat). Tu ne te prononces pas directement sur cette question, mais je crois n&#233;cessaire de pr&#233;ciser deux points :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Marx n'&#233;voque qu'une seule transition : la transition au communisme pour lequel il distingue deux phases. Mais la premi&#232;re phase est d&#233;j&#224; communiste. Ce n'est pas une simple querelle de mots (transition, phase) mais une question de fond. La th&#233;orie de la double transition, en particulier quand on isole sous le nom de socialisme une &#233;tape interm&#233;diaire dot&#233;e de caract&#232;res stables (et de surcro&#238;t r&#233;alisable dans un seul pays) est une &#171; innovation &#187; th&#233;orique fort dangereuse.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Marx est fort discret sur les t&#226;ches politiques sp&#233;cifiques de cette phase de transition. Sans doute parce que la n&#233;cessit&#233; historique se porte garant de leur accomplissement. Si la transition est une transition vers la premi&#232;re phase du communisme, c'est le communisme de cette premi&#232;re phase qui comme vis&#233;e strat&#233;gique (et non comme fatalit&#233; historique, une fois encore) doit orienter la transition. Acceptons avec Marx et Engels d'&#234;tre prudents sur les recettes destin&#233;es aux marmites de l'avenir : on peut au moins indiquer quels plats on envisage de faire cuire. Acceptons, avec Marx et Engels, de laisser l'histoire ouverte aux al&#233;as et aux circonstances : on peut au moins indiquer &#224; quoi les circonstances peuvent &#234;tre favorables ou d&#233;favorables et, pour faire face aux obstacles, quels projets ces obstacles peuvent compromettre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que la domination politique du prol&#233;tariat doive compter avec ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une transition aveugle sur son but immanent ne rendrait gu&#232;re tr&#232;s lucide : ne resteraient que des tactiques sans strat&#233;gie, au mieux borgnes, au pire aveugles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re remarque pr&#233;alable : L&#233;nine, plus que tout autre, s'est efforc&#233; de donner une consistance strat&#233;gique aux indications de Marx sur le parti communiste, la lutte politique, la dictature du prol&#233;tariat, la socialisation de la production, la transition au communisme. Ce qui ne signifie nullement &#8211; cela devrait aller de soi &#8211; que cette strat&#233;gie ait &#233;t&#233; ad&#233;quate. Mais de quels outils disposons-nous pour en juger ? Evidemment pas d'un code de proc&#233;dure mis &#224; la disposition du tribunal de l'histoire que l'on &#233;rige &#224; la h&#226;te une fois la d&#233;faite av&#233;r&#233;e. Une strat&#233;gie ad&#233;quate n'est pas n&#233;cessairement une strat&#233;gie victorieuse. Encore faut-il, en revanche, tenter d'&#233;valuer en quoi et comment une strat&#233;gie peut concourir &#224; la d&#233;faite de ceux qui la mettent en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste donc &#224; examiner - en reprenant le fil de ton livre - ce qui se passe au-del&#224; de la prise du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Retours sur la dictature de prol&#233;tariat et d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Sur la Commune et la dictature du prol&#233;tariat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir retenu l'interpr&#233;tation strat&#233;gique de la dictature du prol&#233;tariat qui est, en d&#233;pit des ambigu&#239;t&#233;s des textes de Marx, la seule recevable, tu passes directement &#224; l'examen de la port&#233;e de l'analyse marxienne de la Commune comme &#171; nouvelle forme de repr&#233;sentation du corps social &#187; (p. 280-285, r&#233;sum&#233; dans SRP, p. 10-11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. Sur la Commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historicit&#233; de &lt;i&gt;La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; une fois reconnue, tu fais valoir, &#224; son propos, deux n&#233;gligences des commentateurs :&lt;br class='manualbr' /&gt;- la n&#233;gligence de la &#171; nature de la structure territoriale de base &#187; ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la n&#233;gligence du &#171; nouveau mode de repr&#233;sentation politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point s'&#233;claire par le second qui est d'abord mis en discussion. Tu soutiens que la Commune n'est pas seulement une forme d'auto-administration d&#233;centralis&#233;e (comme la R&#233;publique girondine ou le &#171; self-government &#187; anglais), mais une &#171; r&#233;organisation de l'espace socio-politique &#224; travers une nouvelle forme de repr&#233;sentation du corps social &#187; (p. 281-282). Ainsi, la critique de l'ind&#233;pendance de l'&#201;tat n'est pas seulement une critique de l'excroissance bureaucratique, mais aussi une critique de la repr&#233;sentation politique moderne. Mais, sur ce dernier versant, les le&#231;ons de la Commune ont pour effet ou pour r&#233;sultat, non d'esquisser une forme de d&#233;mocratie directe, mais de d&#233;tecter un nouveau mode de repr&#233;sentation (p. 282)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels en sont, de ce point de vue et selon toi, les principaux caract&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- D'abord, ce &#171; gouvernement de la classe ouvri&#232;re &#187; repose sur &#171; une base territoriale unifi&#233;e socialement &#187;. La cons&#233;quence, pour toi, est imm&#233;diate : l'espace d&#233;fini par l'exercice du suffrage universel reposant sur cette homog&#233;n&#233;it&#233; sociale est d'embl&#233;e en rupture avec l'abstraction politique moderne. (p. 282-283) ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Ensuite, ce nouveau mode de repr&#233;sentation prend la forme d'un syst&#232;me pyramidal qui permet, selon des modalit&#233;s sp&#233;cifiques, d' &#171; assurer la pr&#233;sence de l'unit&#233; socio-politique de base en tant que telle dans le mouvement de la repr&#233;sentation, au sein de la pyramide elle-m&#234;me &#187;, notamment par l'exercice du mandat imp&#233;ratif (p. 283).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai, comme tu le soulignes, que la structure pyramidale de la repr&#233;sentation que Marx &#233;voque dans son analyse de la Commune n'a gu&#232;re attir&#233; l'attention des commentateurs. Mais ton interpr&#233;tation ne me para&#238;t pas compl&#232;tement satisfaisante. Pour deux ordres de raison :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier motif d'insatisfaction : tu pr&#234;tes &#224; Marx des arguments et des conceptions qui me semblent &#233;trangers &#224; son texte et &#224; sa d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Il est vrai que la Commune est une forme politique territoriale. Mais Marx ne dit nulle part que si elle constitue une forme ad&#233;quate &#224; l'&#233;mancipation du travail, c'est parce qu'elle repose sur une base sociale homog&#232;ne ou relativement homog&#232;ne. C'est peut &#234;tre un fait. Mais ce fait n'est pas invoqu&#233; comme tel (voir SRP, p. 11).&lt;br class='manualbr' /&gt;- Il est vrai que la Commune est une forme politique qui contribue &#224; r&#233;sorber la s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat. Mais il me semble que l'id&#233;e d'un &#171; encastrement du politique dans le social &#187; est &#233;trang&#232;re &#224; Marx et, en tout cas, fort &#233;quivoque. Ce que tu vises ainsi serait plus rigoureusement exprim&#233;, me semble-t-il, sous la forme suivante : la repr&#233;sentation n'est plus la repr&#233;sentation abstraite (obtenue par abstraction) des individus isol&#233;s (et domin&#233;s) de la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise, mais la repr&#233;sentation concr&#232;te des producteurs associ&#233;s. Ou du moins tend &#224; le devenir, d&#232;s lors que la soci&#233;t&#233; devient une soci&#233;t&#233; o&#249; tous sont producteurs et, &#224; ce titre, &#233;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me motif d'insatisfaction : ta pr&#233;sentation de la rupture introduite/rep&#233;r&#233;e par Marx ne me para&#238;t pas aussi claire que tu le dis. Je crois qu'il faut distinguer deux fils dans ton argumentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &#192; suivre le premier, la rupture se situerait essentiellement au niveau de &lt;i&gt;la forme politique de la repr&#233;sentation&lt;/i&gt; : la structure pyramidale du pouvoir. Tu pr&#233;sentes la forme du f&#233;d&#233;ralisme de la Commune telle que Marx l'analyse comme une &#171; rupture avec la repr&#233;sentation politique moderne &#187;. (Voir &#233;galement SRP, p. 5-7, 10-11). La structure pyramidale du pouvoir, dont seul le premier &#233;chelon repose sur l'&#233;lection au suffrage universel, est en rupture avec les formes historiquement prises avec la repr&#233;sentation politique moderne. Si cette structure pyramidale fait probl&#232;me, ce n'est pas seulement en raison du sort limit&#233; qu'elle r&#233;serve au suffrage direct, mais surtout parce que la rupture fondamentale ne se situe pas &#224; ce seul niveau, mais dans l'articulation les formes de la domination politiques appel&#233;es &#224; devenir le &#171; pouvoir public &#187; des producteurs associ&#233;s et les formes de socialisation, essentiellement coop&#233;ratives, appel&#233;es &#224; r&#233;aliser l'association des producteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;_- &#192; suivre le second fil de ton argumentation, en revanche, la rupture se situerait pr&#233;cis&#233;ment au niveau du &lt;i&gt;contenu social de l'&#233;mancipation&lt;/i&gt; (et donc de la &#171; repr&#233;sentation &#187;) : l'association des producteurs, pr&#233;cis&#233;ment. La rupture consiste alors dans le fait, comme tu l'&#233;cris dans une de tes contributions (SRP p. 5-7), que la &#171; repr&#233;sentation directe &#187; du social &lt;i&gt;se traduit, entre autres&lt;/i&gt;, par la structure pyramidale du pouvoir &#187; (soulign&#233; par moi). Mais, justement, ce que Marx n'&#233;claire pas, c'est le rapport qui existe entre la Commune et les coop&#233;ratives, entre la f&#233;d&#233;ration des communes de bases et la f&#233;d&#233;ration des coop&#233;ratives, entre la forme du pouvoir public et la forme de l'appropriation sociale. S'agit-il d'une seule et m&#234;me forme, comme le pr&#233;conise le mutuellisme proudhonien que tu invoques &#224; ce propos ? Ou s'agit-il de formes distinctes, comme on peut le penser d&#232;s lors que le pouvoir public n'a pas seulement pour fonction de coordonner la production et la r&#233;partition et d'absorber, du niveau local au niveau international, la mise en &#339;uvre de la production socialis&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, il ne me semble pas que l'essentiel de la rupture tienne &#224; la forme de repr&#233;sentation adopt&#233;e ou trouv&#233;e. La rupture avec la repr&#233;sentation politique d&#233;pend de son rapport avec l'association des producteurs. Autrement dit, quand la repr&#233;sentation est reconduite &#224; un pr&#233;suppos&#233; social nouveau, elle change de sens et devient simple proc&#233;dure : la repr&#233;sentation politique fait place &#224; la d&#233;l&#233;gation contr&#244;l&#233;e. Voir plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'analyse de Marx laisse ouvertes plusieurs questions et notamment celles-ci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La domination politique du prol&#233;tariat doit-elle se passer du suffrage universel ? Autrement dit, doit-elle r&#233;server le droit de vote aux seuls producteurs ? La question est d'importance, car il ne revient pas au m&#234;me de pr&#233;senter la limitation du droit de suffrage et d'&#233;ligibilit&#233; comme une mesure d'exception (dict&#233;e par les exigences de la lutte contre les repr&#233;sentants des anciennes classes dominantes) ou d'une mesure de transition (adopt&#233;e pour reconduire d'embl&#233;e l'&#233;lection &#224; un statut de producteur &#224; vocation universelle) : ce qui me para&#238;t pour le moins fort p&#233;rilleux. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Les formes politiques de la domination du prol&#233;tariat doivent-elles &#234;tre identiques aux formes de son &#233;mancipation sociale ? En d'autres termes, les formes communales-r&#233;publicaines sont-elles ou non distinctes des formes coop&#233;ratives ? Le pouvoir public en g&#233;n&#233;ral se confond-il avec l'association de producteurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu poursuis ton travail de d&#233;chiffrement, en soulignant que l'analyse de Marx, en d&#233;pit de la rupture qu'elle introduit avec &#171; la probl&#233;matique moderne de la repr&#233;sentation politique &#187;, va conna&#238;tre un &#171; destin peu compr&#233;hensible &#187;, dont t&#233;moigne l'&#233;volution d'Engels (p. 283-284). Reste alors &#224; examiner les &#171; suites &#187; au sein de la 2e Internationale et dans l'&#339;uvre de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. De Marx &#224; L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu tentes alors d'&#233;clairer par les circonstances historiques le sort que L&#233;nine r&#233;serve au texte de Marx : L&#233;nine &#171; ne rend pas compte de ce qui fait la sp&#233;cificit&#233; du syst&#232;me de repr&#233;sentation d&#233;crit pas Marx &#187;. Sa lecture rel&#232;ve de &#171; ce que l'on pourrait appeler un radicalisme d&#233;mocratique &#187;. (p. 285-287). Mais, second volet de cette lecture, L&#233;nine comprend les fonctions de l'&#201;tat comme des fonctions &#233;conomiques qui ne prennent pas en compte l'existence du despotisme d'usine. (p. 287-288).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis tu examines les particularit&#233;s du pouvoir des soviets&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le syst&#232;me des soviets, voir &#233;galement SRP, p. 7, 11-12.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. (&#8230;) Parenth&#232;ses, pour marquer l'inach&#232;vement, et non la d&#233;robade !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Sur le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, je ne suis pas rigoureusement l'ordre de ton expos&#233;.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;matique du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat - de l'&#201;tat politique ou &#201;tat de classe, de l'&#201;tat politique s&#233;par&#233; ou &#201;tat de la bourgeoisie - est une th&#233;matique constante dans l'&#339;uvre de Marx. Condition et cons&#233;quence de l'&#233;mancipation humaine, ce d&#233;p&#233;rissement d&#233;signe un processus dont l'abolition de l'&#201;tat serait la cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. Un point aveugle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat est &#224; la fois un point focal et un point aveugle. Tu soutiens qu'il s'agit surtout d'un point aveugle. Et tu recours, sauf erreur de ma part, &#224; deux arguments :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Le premier argument repose sur la structure th&#233;orique de l'argumentation : en recourant &#224; une analyse transhistorique de l'&#201;tat, Marx et Engels manqueraient - au moins partiellement - ce qui fait la sp&#233;cificit&#233; de l'&#201;tat moderne et donc, si je t'ai bien compris, ce qui est ind&#233;passable dans cet &#201;tat.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Le second argument repose sur une contradiction majeure de l'argumentation : le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat pr&#233;sent&#233; comme &#233;quivalent au passage du gouvernement des hommes &#224; l'administration des choses serait technocratique et passerait par pertes et profit l'analyse du despotisme d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le premier point, je crois que la perspective transhistorique fait effectivement probl&#232;me : moins peut-&#234;tre parce qu'elle tend &#224; dissoudre l'analyse sp&#233;cifique de l'&#201;tat moderne, mais surtout parce qu'elle pr&#233;sente la n&#233;cessit&#233; du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat comme un r&#233;sultat n&#233;cessaire, dans le cadre d'une analyse qui conjoint une n&#233;cessit&#233; logique (si l'&#201;tat est n&#233; de la division de la soci&#233;t&#233; en classe, la suppression de cette division engendre logiquement la disparition de l'&#201;tat) et une n&#233;cessit&#233; dialectique o&#249; se lit une version affaiblie de la dialectique de la n&#233;gation et de sa n&#233;gation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les effets de la &#171; &#171; th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'&#201;tat &#187;, pour reprendre son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En tout cas, je souscris &#224; la question que tu poses : comment comprendre le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat, non en fonction d'une approche transhistorique (et tautologique) sur l'&#201;tat et l'existence des classes, mais en fonction &#171; des tendances et contradictions pr&#233;sentes au sein m&#234;me du capitalisme &#187; (p. 295). ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le second point, je crois &#233;galement que l'on ne peut que souscrire &#224; ton argumentation s'agissant de la p&#233;nombre technocratique qui enveloppe l'id&#233;e d'une administration des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Quand &#171; le pouvoir public perd son caract&#232;re politique &#187;, cela ne saurait impliquer, en toute rigueur, qu'il &#171; fait place &#224; l'administration des choses &#187; ou &#224; &#171; l'administration de la production &#187; (p. 291-292)&lt;br class='manualbr' /&gt;- Quand la coop&#233;rative assure partiellement la rel&#232;ve de la repr&#233;sentation, il devient indispensable de prendre en compte les effets de la division du travail ? (p. 292-293).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterai simplement qu'il me semble que l'on peut radicaliser ton analyse. Ce qui n'est pas pens&#233; dans le processus de d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat, c'est non seulement son rapport avec le d&#233;p&#233;rissement du despotisme d'usine, mais &#233;galement avec l'ensemble des rapports et des techniques de pouvoir qui sous-tendent l'existence de l'&#201;tat et son r&#244;le (et qui menacent pas cons&#233;quent de reconduire les rapports de domination). L'apport de Foucault sur ce point est d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois encore, c'est au rapport entre la forme de la domination politique appel&#233;e &#224; se transformer en pouvoir public et la forme de l'&#233;mancipation appel&#233;e &#224; se r&#233;aliser en association des producteurs que nous sommes renvoy&#233;s. &#192; ce titre, m&#234;me si je ne suis pas totalement convaincu par ta pr&#233;sentation, il faut reprendre ta comparaison des formulations divergentes de Marx et Engels : entre celles qui reposent sur &#171; l'&#233;quivalence entre &#233;tatisation et disparition de l'&#201;tat &#187; et celles qui distinguent la r&#233;organisation sur une base locale (les coop&#233;ratives) et &#171; la centralisation des moyens de production &#187; (p. 294-295).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est cette reprise que je propose dans l' &#171; essai &#187; qui suit cette lecture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, comme dans le chapitre pr&#233;c&#233;dent, tu examines les &#171; suites &#187; de la question du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat chez L&#233;nine et dans la r&#233;volution russe (p. 297-309). (&#8230;) Parenth&#232;ses, pour marquer l'inach&#232;vement, et non la d&#233;robade !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question d&#233;cisive : faut-il, en raison des obscurit&#233;s de la perspective du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat (et de son renversement d&#233;sastreux dans le cours de la r&#233;volution russe) renoncer &#224; cette perspective ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2. Un point focal &#8211; Clarification pr&#233;alable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx nous a laiss&#233; en h&#233;ritage et surtout en jach&#232;re des analyses et des concepts inachev&#233;es, &#233;quivoques et parfois peu acceptables. &#192; nous de poursuivre, de remettre en culture et de faire le tri. Mais ce travail se heurte d'embl&#233;e &#224; une difficult&#233;, somme toute banale, qui est cependant la source des plus grandes confusions : faire la part entre le vocabulaire et les concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vocabulaire de Marx est parfois devenu pour nous peu utilisable, alors m&#234;me que les conceptions correspondantes peuvent s'av&#233;rer valides et/ou f&#233;condes. Ainsi, quand Marx distingue &#171; l'&#201;tat politique &#187; (ou, plus bri&#232;vement encore, l'&#201;tat) et le &#171; pouvoir public &#187;, nous risquons, &#224; tout moment, de charger ces termes d'un contenu (d'un &#171; d&#233;not&#233; &#187; ou d'un &#171; connot&#233; &#187;, pour faire plus chic) qui alt&#232;re leur concept. Pouvoir &#171; public &#187; laisse penser que son antonyme est un pouvoir ou un espace &#171; priv&#233; &#187;, comme le sont la famille ou la propri&#233;t&#233;, alors que pour Marx ce pouvoir &#171; public &#187; s'oppose d'abord &#224; l'&#201;tat politique et repose sur le d&#233;passement de la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise, domin&#233;e par l'int&#233;r&#234;t &#171; priv&#233; &#187;. Mais avec l' &#171; &#201;tat politique &#187;, l'affaire ne se pr&#233;sente pas mieux. Sans l'adjectif, le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat sugg&#232;re que la soci&#233;t&#233; est imm&#233;diatement rendue &#224; elle-m&#234;me, dans une parfaite immanence : cette tentation existe chez Marx, mais seulement &#224; l'&#233;tat de (coupable&#8230;) tentation. Avec l'adjectif, le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat politique, laisse penser que c'est le politique, comme instance ou pratique de coordination de la vie sociale qui dispara&#238;t : cette tentation qui renvoie cette coordination &#224; une simple administration &#171; des choses &#187; existe chez Marx, mais une fois encore seulement &#224; l'&#233;tat de (coupable&#8230;) tentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant - et c'est le plus important - les conceptions elles-m&#234;mes sont (relativement) claires. L'&#201;tat d&#233;signe l'institution qui exerce des fonctions sociales diverses, mais prises dans le rapport de domination entre les gouvernants et les gouvern&#233;s. &#171; Politique &#187; est l'adjectif qui correspond &#224; ce rapport de domination et le distingue, du moins en droit, des autres relations d'oppression et/ou d'exploitation sociales. Cet &#201;tat ou &#201;tat politique peut cristalliser ou exercer le rapport de domination sous deux formes : sous la forme d'une intrication (voire m&#234;me d'une fusion) entre le rapport de domination politique et les rapports d'oppression sociale, soit sous forme d'une s&#233;paration &#224; la fois entre d'une part les acteurs institutionnels du rapport de domination et le rapport de domination lui-m&#234;me et d'autre part les rapports d'oppression ou d'exploitation proprement sociales : tel est l'&#201;tat politique s&#233;par&#233;, non par parce qu'il existe une institution particuli&#232;re, mais parce que les acteurs du rapport de gouvernement et ce rapport de gouvernement sont s&#233;par&#233;s des acteurs et des rapports d'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment garder, quitte &#224; les mettre en discussion, les conceptions sans entretenir la confusion s&#233;mantique ? On pourrait mettre &#231;a aux voix. Je d&#233;cide de fa&#231;on autocratique de garder provisoirement les termes sans perdre de vue les conceptions correspondantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;strong&gt;Vers une r&#233;vision ?&lt;/strong&gt; &#8211; C'est que l'ensemble de tes remarques convergent en direction d'une critique et d'une r&#233;vision fondamentales : la n&#233;cessit&#233; de faire droit - contre Marx lui-m&#234;me - &#224; une conception de l'&#201;tat moderne qui permette de repenser les rapports entre d&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Retours sur l'&#201;tat moderne et la d&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce qui suit, guid&#233; par le seul souci de relever d'&#233;ventuelles &#233;quivoques et de v&#233;rifier notre compr&#233;hension r&#233;ciproque, je prends le risque d'adopter une pr&#233;sentation un tantinet &#171; scolaire &#187; (et d'enfoncer peut-&#234;tre des portes ouvertes&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Ali&#233;nation et abstraction politiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je partage (&#224; ma fa&#231;on, bien s&#251;r), quelques arguments fondamentaux de ta lecture du manuscrit de 1843 , dit &#171; manuscrit de Kreuznach &#187; : &lt;i&gt;Critique du droits politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt;. Mais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. De l &#8216;ali&#233;nation &#224; l'abstraction politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de l'abstraction politique, dans les premiers textes de Marx, est prise dans une probl&#233;matique de l'ali&#233;nation inspir&#233;e par Feuerbach. Est-ce une raison suffisante pour l'abandonner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Ali&#233;nation et abstraction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait le cas si Marx - comme le laissent penser certains commentateurs - se bornait &#224; reconduire la probl&#233;matique de Feuerbach et pensait l'ali&#233;nation comme un simple produit de l'ali&#233;nation de la conscience et/ou comme un simple ph&#233;nom&#232;ne d&#233;nu&#233; de consistance. Or pour Marx l'ali&#233;nation est comprise d'embl&#233;e comme le processus et le r&#233;sultat du devenir &#233;tranger de l'activit&#233; sociale des sujets r&#233;els, socialement d&#233;finis, et des produits de cette activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ali&#233;nation culmine dans l'abstraction qui caract&#233;rise l'&#201;tat moderne. Mais cette abstraction qui domine les hommes n'est pas une simple fum&#233;e. L'abstraction est pens&#233;e par Marx comme un processus et un r&#233;sultat dot&#233;s d'une efficace qui lui est propre. Du m&#234;me coup, la vie imaginaire du citoyen est une forme de sa vie r&#233;elle. Et cette abstraction r&#233;elle - imaginaire parce qu'elle est r&#233;elle - se v&#233;rifie par les deux traits qui caract&#233;risent l'&#201;tat moderne : la repr&#233;sentation et la bureaucratie. En cons&#233;quence, Marx analyse la repr&#233;sentation politique, non comme une d&#233;l&#233;gation de volont&#233;s individuelles, mais comme une organisation de la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise. Une organisation par et dans la s&#233;paration, constitutive - au sens fort - de l'&#201;tat politique moderne. La forme politique d'un contenu. Jusque-l&#224;, il me semble que je me tiens au plus pr&#232;s de ce que tu &#233;cris dans son bouquin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui se pose alors est la suivante : Cette s&#233;paration/abstraction peut-elle &#234;tre surmont&#233;e, et comment ? Et, dans la foul&#233;e (si j'ose dire&#8230;), la repr&#233;sentation politique moderne peut-elle &#234;tre /doit-elle &#234;tre abolie ? Si j'ai bien compris, ta r&#233;ponse est la suivante : elle doit &#234;tre d&#233;pass&#233;e, mais non supprim&#233;e ; le moment de l'abstraction politique doit &#234;tre maintenu et refondu. Et c'est l&#224;, me semble-t-il, que les choses se compliquent. Pourquoi ? Parce que, pour des raisons politiquement compr&#233;hensibles, tu prends le risque d'oublier en cours de route ce que tu exposes toi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Abstraction et abstraction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute mise en &#233;quivalence - dans un rapport d'&#233;galit&#233; et d'in&#233;galit&#233; - repose sur une abstraction pens&#233;e ou r&#233;elle. En ce premier sens, qui est aussi un sens faible, l'abstraction politique est une mise en &#233;quivalence des &#234;tres humains en qualit&#233; de citoyens, abstraction faite de toutes leurs particularit&#233;s personnelles et sociales. Les droits politiques &#233;gaux et leur exercice sont la r&#233;alisation de cette abstraction. Leur universalisation, sous la forme notamment du suffrage universel, est l'universalisation de cette abstraction r&#233;elle. En ce sens, il existe un &#171; moment n&#233;cessaire de l'abstraction dans la d&#233;termination de la citoyennet&#233; &#187;. Ou, ce qui revient (presque) au m&#234;me, il est clair que &#171; l'abstraction citoyenne est un moment constitutif de la d&#233;mocratie &#187;. (SRP, p. 8 et p. 9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas cette abstraction-l&#224; ou plut&#244;t l'abstraction sous cette forme g&#233;n&#233;rale que vise Marx quand il critique l'abstraction politique : c'est, plus exactement et plus fortement, l'abstraction sous sa forme sp&#233;cifiquement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abstraction politique n'existe comme telle - comme &#233;galisation r&#233;elle, mais abstraite ou comme communaut&#233; r&#233;elle, mais illusoire - que par et dans son opposition avec le pr&#233;suppos&#233; dont elle est issue &#8211; dont l'&#201;tat politique s'abstrait : la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sauf erreur de ma part, l'abstraction n'est pas seulement telle parce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce deuxi&#232;me sens, qui est le sens fort du concept marxien, l'abstraction politique est une mise en &#233;quivalence qui s'abstrait de son pr&#233;suppos&#233; &lt;i&gt;et s'oppose &#224; lui&lt;/i&gt;. Elle est proprement politique en raison de la s&#233;paration qui la produit et de la contradiction qui en r&#233;sulte. Le propos de Marx est de d&#233;passer cette contradiction. Elle est proprement politique dans l'exacte mesure o&#249; elle s'abstrait de son pr&#233;suppos&#233; sans l'abolir. Le propos de Marx est de viser &#224; l'abolition du pr&#233;suppos&#233; de l'abstraction, et &lt;i&gt;en ce sens&lt;/i&gt; d'en finir avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus exactement, la critique de l'abstraction politique est indissociable de la critique de l'&#233;mancipation politique : ce qui est encore latent dans le manuscrit de 1843 devient explicite dans &lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt;. Les limites de l'&#233;mancipation politique sont inscrites dans son incapacit&#233; d'agir sur son pr&#233;suppos&#233;. Mieux : l'&#233;mancipation politique se confond avec le maintien de son pr&#233;suppos&#233;. &#171; C'est parce que l'individu n'est pas libre que la soci&#233;t&#233; s'&#233;l&#232;ve jusqu'&#224; cette abstraction d'elle-m&#234;me que constitue l'abstraction politique. Avec l'abrogation politique du cens, non seulement la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'est pas abolie, elle est elle-m&#234;me pr&#233;suppos&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question juive, &#233;ditions, Aubier, p. 71-77.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'abstraction politique ainsi comprise n'est pas une simple mise en &#233;quivalence mais l'effet d'une dissociation r&#233;elle, d'une scission (Spaltung) entre l'&#201;tat politique et la soci&#233;t&#233; civile. Et c'est comme expression philosophique de ce processus d'abstraction que Marx cite et critique Rousseau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question juive, op.cit., p. 122-123. De m&#234;me, l'abstraction marchande (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'abstraction politique, l'&#201;tat s'abstrait de son pr&#233;suppos&#233; : la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise. Il pr&#233;sente une communaut&#233; illusoire, mais r&#233;elle de citoyens abstraits qui pr&#233;suppose l'absence de toute communaut&#233; v&#233;ritable ou - ce qui revient au m&#234;me- l'existence de la guerre de tous contre tous. Une communaut&#233; politique qui repose sur le d&#233;chirement civil. Mais il ne faut pas oublier en cours de route que c'est tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment de la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise que l'&#201;tat s'abstrait, comme tu le soulignes fort justement dans ton article de &lt;i&gt;L'Homme et la Soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; : &#171; Ce mouvement d'abstraction qui caract&#233;rise la politique moderne est &#224; prendre aux deux sens du terme : l'&#201;tat se s&#233;pare (s'abstrait) de la soci&#233;t&#233; civile et produit l'abstraction du citoyen &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antoine Artous, &#171; Marx, L'&#201;tat moderne et la sociologie de l'&#201;tat &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce processus d'abstraction est indissociable de son pr&#233;suppos&#233;. Et c'est ce processus (plus que l'&#201;tat moderne) qui &#171; produit &#187; le citoyen abstrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'universalisation de cette abstraction r&#233;elle n'est pas vide de contenu et, en ce sens tr&#232;s &#233;troit, formelle ou purement formelle. Elle est la forme d'un contenu, mais d'un contenu qui r&#233;side en dehors d'elle : la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise. Le d&#233;passement de cette abstraction r&#233;elle ou de cette universalit&#233; abstraite ne peut pas s'effectuer par la r&#233;alisation d'un universel concret &#171; incarn&#233; &#187; (SRP, p. 9, ESFP, p.2), si par l&#224; on entend la figure du prol&#233;tariat ( quand Marx lui fera r&#233;f&#233;rence). En revanche, l'association du prol&#233;tariat, &#224; condition de ne pas la comprendre comme l'universalisation de la condition de prol&#233;taire (reconduisant le salariat et l'exploitation) est bien le fondement d'une r&#233;sorption de l'abstraction/s&#233;paration constitutive de la &#171; modernit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'universalisation de l'abstraction politique sous la forme de l'universalisation du droit de suffrage est-elle, pour Marx en 1843, &#171; synonyme de dissolution de la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise au profit de la &#171; vraie d&#233;mocratie &#187; ? (ESFP). Les formulations de Marx sur ce point sont tr&#232;s ambigu&#235;s ( l'une affirme une dissolution de fait, l'autre l'exigence de cette dissolution), et en tout cas provisoires. L'universalisation du droit de suffrage est &#171; la contradiction non cach&#233;e &#187;, et donc l'exigence de sa dissolution : tr&#232;s exactement, l'exigence d'une r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moment de l'abstraction (au sens faible) ne peut pas &#234;tre supprim&#233;, mais la forme politique de cette abstraction (au sens fort) est bien appel&#233; &#224; dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. De l'abstraction &#224; la repr&#233;sentation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que le processus d'abstraction caract&#233;ristique de l'&#201;tat politique moderne est un processus d'abstraction de la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise : une communaut&#233; imaginaire (mais r&#233;elle) qui r&#233;sulte du d&#233;chirement de la soci&#233;t&#233; civile et donc de l'absence de v&#233;ritable communaut&#233; sociale, celle- l&#224; m&#234;me que Marx dans le manuscrit de 1843 et dans une lettre de la m&#234;me &#233;poque d&#233;signe comme &#171; d&#233;mocratie v&#233;ritable &#187; ou r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;De la contradiction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut y insister : Marx ne se borne pas &#224; enregistrer la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat (comme Hegel), mais il la pr&#233;sente comme une &lt;i&gt;contradiction&lt;/i&gt; (&#224; la fois expos&#233;e et d&#233;ni&#233;e par Hegel). Et la critique de Hegel par Marx peut-&#234;tre pr&#233;sent&#233;e ainsi : Hegel tente de surmonter cette s&#233;paration par des m&#233;diations qui reconduisent la contradiction sans la r&#233;soudre. La repr&#233;sentation politique des corporations est exemplaire de cette tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e. La repr&#233;sentation politique moderne, qui pousse l'abstraction &#224; son comble (et dont le suffrage universel est l'expression) vaut reconnaissance de cette contradiction irr&#233;solue : la revendication du suffrage universel se pr&#233;sente alors comme exigence de d&#233;passement de cette contradiction : d&#233;passement de l'ali&#233;nation dans le cadre de l'ali&#233;nation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuscrit de 1843 et lettre &#224; Ruge de septembre 1843.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce sens, d'ailleurs le combat pour la R&#233;publique d&#233;mocratique comme forme la plus favorable &#224; la lutte du prol&#233;tariat prolonge pour une large part ces premi&#232;res indications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;De la superstition&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la critique de Marx franchit un pas suppl&#233;mentaire (qui tire les cons&#233;quences des critiques ant&#233;rieures) avec la critique de la superstition politique dans &lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mancipation politique - l'abstraction-repr&#233;sentation moderne - est prisonni&#232;re de son pr&#233;suppos&#233; : la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise. La superstition politique consiste pr&#233;cis&#233;ment &#224; croire que la volont&#233; politique arc-bout&#233;e aux formes modernes de l'&#201;tat (et donc aux formes modernes de la repr&#233;sentation) peut soit constituer une forme d'&#233;mancipation ultime doit s'en remettre aux formes d'&#201;tat qui r&#233;sultent de la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise pour transformer, voire r&#233;volutionner celle-ci. Bref, l'&#201;tat moderne qui r&#233;sulte de l'abstraction et constitue cette abstraction m&#234;me ne peut agir r&#233;ellement sur son pr&#233;suppos&#233;. C'est donc d'un m&#234;me mouvement qu'il convient de d&#233;passer la forme moderne de l'abstraction et la soci&#233;t&#233;-civile dont elle r&#233;sulte. De cela, si je t'ai bien compris, tu peux ais&#233;ment convenir : hic Rhodus, hic salta. Je doute fort que Marx et Engels nous proposent les moyens ad&#233;quats &#224; ce franchissement. Mais ils n'&#233;ludent pas le probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question devient alors : quelle est la forme de repr&#233;sentation ad&#233;quate &#224; l'&#233;mancipation sociale qui ne reconduise pas l'abstraction propre &#224; la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise ? Car il y a repr&#233;sentation et repr&#233;sentation&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Repr&#233;sentation et repr&#233;sentation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ind&#233;niable que, pour Marx, une forme quelconque de repr&#233;sentation est n&#233;cessaire en un sens tr&#232;s pr&#233;cis : contrairement &#224; une simplification abusive, Marx n'oppose &lt;i&gt;jamais &lt;/i&gt;&#224; la d&#233;mocratie repr&#233;sentative une hypoth&#233;tique d&#233;mocratie directe, du moins s'agissant de la forme de domination politique du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. Rousseau ou Marx ?- De la repr&#233;sentation abstraitement-universelle &#224; la repr&#233;sentation concr&#232;tement- particularis&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de l'ali&#233;nation politique dans les &#233;crits de 1843-1844 est nettement diff&#233;rente et d&#233;marqu&#233;e de celle de Rousseau. Rousseau critique dans la repr&#233;sentation une ali&#233;nation des volont&#233;s individuelles. Marx critique dans la repr&#233;sentation une ali&#233;nation de l'homme g&#233;n&#233;rique &#8211; de l'essence sociale de l'homme. Quand Rousseau critique la repr&#233;sentation comme impensable s&#233;paration entre l'homme et sa volont&#233;, Marx la critique comme r&#233;elle s&#233;paration entre l'homme social et le citoyen. Ali&#233;nation de la volont&#233; ou ali&#233;nation de la socialit&#233; : la diff&#233;rence est d&#233;cisive. En effet, la critique de Rousseau se r&#233;sout dans le concept de volont&#233; g&#233;n&#233;rale ; la critique de Marx dans la perspective de la r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule d&#233;mocratie directe pensable avec Marx (mais &#224; contresens d'autres mod&#232;les de socialisation de la production pr&#233;sents dans son &#339;uvre) est la d&#233;mocratie de la production &#224; l'&#339;uvre dans les coop&#233;ratives, pour peu qu'elles se g&#233;n&#233;ralisent et se f&#233;d&#232;rent apr&#232;s la prise du pouvoir. &lt;i&gt;Mais cela change tout&lt;/i&gt; : car le maintien d'un &#171; pouvoir public &#187; - f&#251;t-il repr&#233;sentatif - n'est plus fond&#233; alors sur le d&#233;chirement de la soci&#233;t&#233; civile ; il n'est plus &#224; proprement parler une abstraction de ce d&#233;chirement. Il ne se pr&#233;sente pas comme l'universel en acte, mais comme moment particulier, reconnu et reconnaissable comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2.Tocqueville ou Marx ?- De la repr&#233;sentation comme contradiction &#224; la repr&#233;sentation comme proc&#233;dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx critique la repr&#233;sentation politique parce qu'elle reconduit la s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233;-civile et l'&#201;tat et l'organise. Autrement dit, la repr&#233;sentation politique reconduit la domination qui est impliqu&#233;e dans cette s&#233;paration. Mais il ne critique pas toute forme de &#171; repr&#233;sentation &#187;. L&#224; nous rencontrons les obstacles s&#233;mantiques qui obscurcissent la clarification conceptuelle. Le terme de repr&#233;sentation reconduit le sens associ&#233; &#224; la repr&#233;sentation politique. Bien que le terme de d&#233;l&#233;gation soir connot&#233; n&#233;gativement comme d&#233;l&#233;gation/accaparement du pouvoir, c'est peut-&#234;tre celui qui est le moins mauvais pour marquer la rupture entre des d&#233;put&#233;s et des d&#233;l&#233;gu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La repr&#233;sentation politique n'a jamais &#233;t&#233; ni en droit ni en fait un simple &#171; reflet &#187; du peuple et de sa souverainet&#233;. Ni en droit : la plupart des conceptions th&#233;oriques de la repr&#233;sentation en font un m&#233;canisme de s&#233;lection qui, intentionnellement ou pas, se traduisent par l'attribution de fonction de domination. Ni en fait : parce que la repr&#233;sentation remplit largement le r&#244;le que ses th&#233;oriciens lui attribuent : s&#233;lectionner les gouvernants et donc les dominants. Et c'est ce r&#244;le qui d&#233;cide aussi bien de la nature du mode de d&#233;signation (l'&#233;lection plut&#244;t que le tirage au sort), que du mode de fonctionnement. La repr&#233;sentation politique est la forme de cons&#233;cration/dissimulation de la s&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est repr&#233;sent&#233; politiquement &#8211; le citoyen abstrait &#8211; est construit par le m&#233;canisme m&#234;me de la repr&#233;sentation politique. Ce qui est repr&#233;sent&#233; ce n'est jamais, l'individu concr&#232;tement socialis&#233; - les individus socialis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que serait une &#171; repr&#233;sentation &#187; non- politique ? Ce ne serait plus, &#224; proprement parler une &#171; repr&#233;sentation &#187;, dont les r&#232;gles de formation et de fonctionnement (le suffrage et le parlement) requi&#232;rent, voire fa&#231;onnent les &#171; repr&#233;sent&#233;s &#8221;. Ce serait une exposition du peuple : une mise sur sc&#232;ne de sa volont&#233;. Une auto-d&#233;termination ou, plus exactement, un moment particulier de son auto-d&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abstraction de la repr&#233;sentation change de sens avec la r&#233;appropriation. La repr&#233;sentation cesse d'&#234;tre l'expression et la mise en forme d'une contradiction irr&#233;solue, mais une proc&#233;dure de d&#233;signation. Une modalit&#233; particuli&#232;re de l'auto-d&#233;termination du peuple qui a ressaisi ou qui est en train de ressaisir le contr&#244;le de la socialisation, notamment par la r&#233;appropriation des moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La double s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat et entre les travailleurs et les moyens de production ne peut pas &#234;tre totalement supprim&#233;e : la soci&#233;t&#233; reposant enti&#232;rement sur elle-m&#234;me et le travailleur individuel recouvrant imm&#233;diatement la propri&#233;t&#233; de ses moyens de production. En revanche, le moment d&#233;mocratique du pouvoir public peut devenir un moment particulier de la communaut&#233; v&#233;ritable. Et cette communaut&#233; v&#233;ritable peut &#234;tre b&#226;tie autour de l'appropriation collective des moyens (et des conditions) de la production. Plus exactement l'association des producteurs ressoude les travailleurs et les moyens de production et se donne une d&#233;termination particuli&#232;re sous la forme d'un pouvoir public qui en est l'&#233;manation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ? C'est une autre affaire. ..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Source&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler,&lt;i&gt; &#201;mancipation - Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus, &lt;/i&gt;suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques textes r&#233;unis sous ce titre n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s, initialement, en vue d'une publication, mais en vue d'une discussion, au sein d'un groupe de travail - &#171; D&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale &#187; - dont l'activit&#233; a permis de pr&#233;parer une journ&#233;e d'&#233;tude en juin 2001 : les contributions parues dans la revue &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt; rendent compte de cette journ&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis&#232;re la marxologie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
I. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels. &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-I-Democratie-revolution-emancipation-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'Etat et la politique. &lt;/i&gt;Ci-dessus.&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
III. D&#233;mocratie et appropriation sociale (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation chez Marx et Engels. &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-III-Democratie-et-appropriation-sociale-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. D&#233;mocratie et appropriation sociale (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt;.&lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-IV-Democratie-et-appropriation-sociale-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions Syllepse, 1999. Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres de Marx et Engels se r&#233;f&#232;rent &#224; la derni&#232;re &#233;dition parue aux &#201;ditions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;ibidem&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est aux &#233;quivoques des &#233;nonc&#233;s de Marx sur la n&#233;cessit&#233; historique que l'on peut rapporter les &#233;quivoques sur la temporalit&#233; historique. Tu soulignes &#224; plusieurs reprises que Marx semble prisonnier d'une conception lin&#233;aire du processus et de la temporalit&#233; historiques. J'en suis d'accord, mais il me semble que non seulement ce n'est pas la seule repr&#233;sentation qui existe chez Marx, mais surtout que sur ce versant, les &#233;nonc&#233;s d&#233;pendent de la structure de l'argumentation et notamment des figures de la dialectique qu'elle met en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que la domination politique du prol&#233;tariat doive compter avec ses adversaires, seuls les na&#239;fs ou les cyniques qui croient aux r&#233;volutions sans tentatives de contre-r&#233;volution (quand ils se pr&#233;sentent comme des r&#233;volutionnaires) ou aux r&#233;formes sans contre-r&#233;formes (quand ils s'avouent plus ouvertement r&#233;formistes) excluent &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; toute contrainte et toute violence. Ce sont les m&#234;mes qui non seulement croient que le mouvement est tout, mais qui rangent les voiles par vent contraire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le syst&#232;me des soviets, voir &#233;galement SRP, p. 7, 11-12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, je ne suis pas rigoureusement l'ordre de ton expos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les effets de la &#171; &#171; th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'&#201;tat &#187;, pour reprendre son expression, voir quelques indications pr&#233;cieuses de Jean Robelin. Jean Robelin, &lt;i&gt;Marxisme et socialisation&lt;/i&gt;, M&#233;ridiens-Klincksieck, 1989, chap. II et III, pp. 127-164.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est cette reprise que je propose dans l' &#171; essai &#187; qui suit cette lecture du livre d'Antoine Artous., sous le titre &#171; D&#233;mocratie et appropriation sociale (1) &#187;. Voir ici-m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sauf erreur de ma part, l'abstraction n'est pas seulement telle parce qu'elle exclut un particulier parmi d'autres, mais parce qu'elle est abstraction du particulier comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt;, &#233;ditions, Aubier, p. 71-77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Sur la question juive, op.cit&lt;/i&gt;., p. 122-123. De m&#234;me, l'abstraction marchande et l'abstraction juridique ne sont pas de simples mises en &#233;quivalence, mais des processus r&#233;els indissociable de leurs pr&#233;suppos&#233;s. Le glissement du &#8220; sens fort &#8221; au &#8220; sens faible &#8221; de la notion d'abstraction est, ici encore, la source de dangereux contresens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antoine Artous, &#171; &lt;i&gt;Marx, L'&#201;tat moderne et la sociologie de l'&#201;tat&lt;/i&gt; &#187;, in &lt;i&gt;L'Homme et la soci&#233;t&#233;, &lt;/i&gt;n&#176; 136-137, 2000. Figures de l' &#171; auto-&#233;mancipation &#187; sociale, p. 115.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manuscrit de 1843 et lettre &#224; Ruge de septembre 1843.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;mancipation III. D&#233;mocratie et appropriation sociale (1)</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Emancipation-III-Democratie-et-appropriation-sociale-1.html</link>
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		<dc:date>2022-06-09T05:38:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'appropriation sociale</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-l-appropriation-sociale-+.html" rel="tag"&gt;Marx et l'appropriation sociale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-la-democratie-25-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L108xH150/arton69-4c83b.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='108' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; dans un cahier intitul&#233; &lt;i&gt;&#201;mancipation &lt;/i&gt;et sous-titr&#233;&lt;i&gt; Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suppl&#233;ment &#224; Critique communiste, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voir enfin d'article les circonstances et le sommaire de de sa publication.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contribution comporte de s&#233;v&#232;res amputations qui seraient inexcusables si elle pr&#233;tendait proposer un expos&#233; complet : &lt;br class='manualbr' /&gt;- Elle se tient dans les limites du commentaire des textes de Marx et d'Engels, avec tous les risques d'une ex&#233;g&#232;se repli&#233;e sur elle-m&#234;me et (provisoirement &#8230;) indiff&#233;rente aux &#233;laborations th&#233;oriques ult&#233;rieures ainsi qu'aux le&#231;ons th&#233;oriques que l'on pourrait extraire de l'histoire ou plut&#244;t d'une r&#233;flexion sur l'histoire. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Elle n'aborde la question de la socialisation de la production que dans la mesure o&#249; cette socialisation est indissociable de ses formes, sans remettre en discussion &#8211; du moins directement &#8211; ni la dynamique du capitalisme qui la rend possible et ni la perspective elle-m&#234;me. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Elle n'aborde, la question des formes de la socialisation que dans la mesure o&#249; elle est indissociable de la forme de la domination politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NB : je n'ai pas respect&#233; cette limite.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif est de trouver une &#233;bauche de r&#233;ponse &#224; cette double question : Quelle forme de domination politique peut &#234;tre une forme d'&#233;mancipation sociale ? Quelles formes d'&#233;mancipation sociale peuvent &#234;tre mises en &#339;uvre sous la domination du prol&#233;tariat ? Autrement dit, j'essaie de traiter des rapports (&#233;nigmatiques) entre une forme de domination (politique) et les formes (sociales) d'&#233;mancipation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut poser cette question, comme le fait Jacques Texier comme celle des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissant provisoirement de c&#244;t&#233; l'interpr&#233;tation controvers&#233;e de la Commune de Paris comme forme politique de la dictature du prol&#233;tariat et/ou de l'&#233;mancipation du travail, je ne retiendrai - pour que la discussion puisse se poursuivre, bien que des d&#233;saccords ou des incompr&#233;hensions subsistent sur les points jusqu'ici abord&#233;s - que le minimum consensuel sur la forme de domination politique elle-m&#234;me. J'ai pris le risque de ressasser des questions rebattues pour proc&#233;der &#224; une mise au point&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres de Marx et Engels se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;I. Trois questions pr&#233;alables&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La question de l'&#233;mancipation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de Marx vise, dans le monde capitaliste qu'il voit se renforcer sous ses yeux, une double s&#233;paration o&#249; s'inscrivent la domination et l'exploitation :&lt;br class='manualbr' /&gt;- la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat est en m&#234;me temps la s&#233;paration entre l'individu concr&#232;tement socialis&#233; et le citoyen abstrait. Dans cette s&#233;paration sont inscrits les m&#233;rites et les limites de l'&#233;mancipation politique. Les m&#233;rites, car cette s&#233;paration met un terme &#224; l'unit&#233; de la domination politique et de l'oppression sociale, caract&#233;ristique de la relation f&#233;odale. Les limites, car l '&#233;mancipation politique, y compris dans ses formes les plus d&#233;mocratiques, s&#233;pare l'homme de lui-m&#234;me. Elle confie au citoyen abstrait &#224; une communaut&#233; r&#233;elle mais illusoire qui garantit des droits effectifs mais priv&#233;s de contenu. Et elle abandonne l'individu r&#233;el &#224; une soci&#233;t&#233; d&#233;chir&#233;e, o&#249; il ne peut r&#233;aliser ses potentialit&#233;s. Autant dire sa libert&#233;. L'&#233;mancipation politique n'est donc pas le dernier mot de l'&#233;mancipation humaine. La &#171; vraie d&#233;mocratie &#187; suppose de surmonter la s&#233;paration : telle est la premi&#232;re conclusion de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons un peu. La s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat s'enracine dans le d&#233;chirement de la soci&#233;t&#233; civile. Marx pense d'abord se d&#233;chirement comme le r&#232;gne de l'homme &#233;go&#239;ste : la guerre de chacun contre tous. On sait que ce d&#233;chirement est pour lui, en v&#233;rit&#233;, domin&#233; par l'existence de classes non seulement distinctes ou in&#233;gales, mais antagonistes. Autant dire que cette premi&#232;re s&#233;paration s'enracine dans la seconde : la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production est synonyme d'appropriation priv&#233;e des moyens de production : priv&#233;e, c'est-&#224;-dire non pas (ou, pas seulement) individuelle, mais privative. Elle est priv&#233;e, parce les autres en sont exclus. Priv&#233;e, c'est-&#224;-dire exclusive : non seulement juridiquement mais effectivement exclusive. La propri&#233;t&#233; ou l'appropriation priv&#233;e, ce n'est pas une propri&#233;t&#233; ou une appropriation individuelle, purement juridique ou marchande, mais une propri&#233;t&#233; ou une appropriation dont les producteurs sont exclus : parce qu'ils n'exercent aucun pouvoir sur la finalit&#233; de la production, la r&#233;partition des produits, l'organisation de la production. Voil&#224; pourquoi appropriation exclusive et exploitation sont synonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la double s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat et entre les travailleurs et les moyens de production sont inscrits la domination et l'exploitation que Marx, dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; pr&#233;sente comme un double esclavage. Surmonter ces s&#233;parations - les d&#233;passer comme on le dit souvent, les abolir comme on le dit parfois - implique de les r&#233;sorber, faute de pouvoir totalement les supprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; quelques h&#233;sitations et ambigu&#239;t&#233;s, Marx ne propose pas de r&#233;aliser la libert&#233; de tous par la pure et simple absorption du politique par le social. Il pense l'existence d'un pouvoir public, d&#233;barrass&#233; de toutes les fonctions oppressives et r&#233;pressives qui r&#233;sultent in&#233;vitablement de la division de la soci&#233;t&#233; en classes. Voil&#224; ce que signifie tr&#232;s exactement le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; quelques h&#233;sitations et ambigu&#239;t&#233;s, Marx ne propose pas de r&#233;aliser la libert&#233; de tous par la pure et simple r&#233;unification entre le travailleur et ses propres moyens de production. Il pense l'existence d'une appropriation collective et non exclusive des moyens de production, plac&#233;s directement sous le contr&#244;le des producteurs. Voil&#224; ce que signifie tr&#232;s exactement l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les conditions et les formes de cette double &#233;mancipation. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La question des formes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en admettant qu'un programme ne saurait &#234;tre qu'une esquisse, une esquisse des formes politiques et des formes sociales de la transition au communisme - strat&#233;giquement n&#233;cessaires &#224; la transition au communisme - est indispensable. Il faut rompre radicalement avec la sous-estimation marxienne de cette question (quels que soient les rectificatifs apport&#233;s par Marx et Engels dans le cours de leur cheminement) et avec les pr&#233;suppos&#233;s th&#233;oriques de cette sous-estimation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'en remettre au mariage al&#233;atoire entre une tendance immanente &#224; l'histoire et des circonstances historiques particuli&#232;res est th&#233;oriquement douteux et peut devenir politiquement d&#233;sastreux. En l'absence d'un projet fond&#233; sur l'esquisse des formes, il devient difficile de d&#233;m&#234;ler en th&#233;orie et en pratique ce que sont les formes impos&#233;es par les circonstances et les formes ad&#233;quates &#224; l'histoire : et notamment entre les reculs tactiques et les retraites strat&#233;giques, voire les reniements catastrophiques. Dans le cours de la r&#233;volution russe, L&#233;nine est sans doute celui qui, plus que tout autre, s'est efforc&#233; de faire la part entre les choix impos&#233;s par les circonstances particuli&#232;res et les options fond&#233;es sur le projet g&#233;n&#233;ral, mais au risque de voir les reculs impos&#233;s ou ent&#233;rin&#233;s miner le projet lui-m&#234;me : non seulement sa r&#233;alisation, mais m&#234;me sa conception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les &#171; lacunes &#187; ou les &#171; erreurs &#187; ne sont pas totalement ind&#233;pendantes de l'h&#233;ritage : Marx et Engels &#233;prouvent des difficult&#233;s &#224; penser ensemble les formes de l'appropriation publique et les formes de l'appropriation coop&#233;rative et &#224; penser ensemble les formes de la domination politique et les formes de l'&#233;mancipation sociale. C'est ce que je voudrais mettre en &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. La question de la transition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transition au communisme se pr&#233;sente d'abord comme transition d'une soci&#233;t&#233; domin&#233;e par une organisation sociale &#233;chappant &#224; la volont&#233; des hommes &#224; une soci&#233;t&#233; o&#249; les hommes en ma&#238;trisant les conditions de la production, ma&#238;trisent leur propre socialisation. Ce passage peut &#234;tre pr&#233;sent&#233; en des termes variables : d'une version faible qui &#233;voque un contr&#244;le conscient &#224; une version forte qui culmine dans une ma&#238;trise int&#233;grale. Dans tous les cas, le ressort de ce contr&#244;le et de cette ma&#238;trise est constitu&#233; par la planification. &#192; supposer qu'une telle planification ne comporte pas des traits intrins&#232;quement illusoires ou d&#233;sastreux, son contenu est indissociable de ses formes. Cette planification repose sur des conditions juridiques et politiques : l'instauration d'une propri&#233;t&#233; et d'une d&#233;lib&#233;ration publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transition au communisme se pr&#233;sente ensuite comme transition d'une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la s&#233;paration entre les producteurs et les moyens de production &#224; une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la r&#233;sorption aussi compl&#232;te que possible de cette s&#233;paration. Ce passage peut &#234;tre pr&#233;sent&#233;, en termes faibles, comme contr&#244;le du travailleur collectif sur le proc&#232;s de travail et l'organisation de la production ou, en termes forts, comme r&#233;appropriation individuelle des moyens de production. Dans tous les cas, le ressort de ce contr&#244;le collectif et de cette r&#233;appropriation individuelle est constitu&#233; par une forme de coop&#233;ration. &#192; supposer que cette coop&#233;ration ne comporte pas des traits intrins&#232;quement illusoires ou d&#233;sastreux, son contenu est indissociable de ses formes. Cette coop&#233;ration repose sur des conditions juridiques et politiques : l'attribution d'une pouvoir de d&#233;cision et de gestion fond&#233;e sur la d&#233;mocratie directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, &#224; supposer qu'au terme de la transition le pouvoir public puisse n'&#234;tre qu'un moment particulier de l'association des producteurs, il ne peut exister imm&#233;diatement de fusion entre les formes politiques et les formes sociales. Quoi qu'il en soit &#233;galement, il n'existe pas de convergence spontan&#233;e entre la coordination de la production dans son ensemble et la coop&#233;ration productive dans l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite de ce texte n'a d'autre ambition que de parcourir les d&#233;tours et d'examiner les recoins de l'argumentation de Marx et d'Engels sur ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;center&gt;II. Figures de l'appropriation sociale&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me semble que l'on peut soutenir qu'il existe chez Marx et Engels deux pr&#233;sentations diff&#233;rentes des formes de l'appropriation sociale, en partie successives, en partie contemporaines. Ces formes, g&#233;n&#233;ralement distinctes, sont parfois donn&#233;e comme convergentes ; mais elles ne sont pas v&#233;ritablement pens&#233;es jusqu'au bout&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je m'inspire (tr&#232;s) librement de l'analyse de Jean Robelin. (Jean Robelin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La figure &#233;tatique de l'appropriation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re figure de l'appropriation sociale - la forme sous laquelle peut et doit s'effectuer le processus de l'appropriation sociale &#8211; est &lt;i&gt;la figure &#233;tatique de l'appropriation&lt;/i&gt;. Elle appara&#238;t dans toute sa nettet&#233; dans &lt;i&gt;Le Manifeste&lt;/i&gt; qui pr&#233;conise, parmi les mesures imm&#233;diates prises par le prol&#233;tariat au pouvoir, la centralisation et l'appropriation &#233;tatiques : l'appropriation proprement dite se traduisant &#224; la fois par l'intervention despotique dans le droit de propri&#233;t&#233; et les rapports de production et par la planification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;sentation est contemporaine - il faut le souligner - d'une critique des coop&#233;ratives (du moins dans la version propos&#233;e par Proudhon et exp&#233;riment&#233;e par les proudhoniens) qui ne retient rien de la contribution &#233;ventuelle des coop&#233;ratives &#224; la socialisation de la production. Et cette figure d'une socialisation par &#233;tatisation domin&#233;e par le prol&#233;tariat persistera bien au-del&#224;, notamment dans &lt;i&gt;l'Anti-D&#252;ring&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la forme &#233;tatique de la socialisation est indissociable de la forme de l'&#201;tat lui-m&#234;me. Marx et Engels, dans le &lt;i&gt;Manifest&lt;/i&gt;e, ne soul&#232;vent pas cette question, pour une raison tr&#232;s simple : ils ne lient pas la conqu&#234;te de la domination politique du prol&#233;tariat &#224; la destruction de la machine d'&#201;tat l&#233;gu&#233;e par l'&#201;tat de classe. La centralisation des moyens de production, la propri&#233;t&#233; &#233;tatique de ces moyens, la planification de leur usage, l'intervention &#233;tatique dans le droit de propri&#233;t&#233; et les rapports de production suffisent alors, &#224; leur yeux, &#224; ouvrir la transition au communisme. Un pas d&#233;cisif est donc franchi par Marx quand la forme politique de l'appropriation sociale est pr&#233;sent&#233;e comme une forme d&#233;mocratique d&#233;barrass&#233;e de la bureaucratie et de la repr&#233;sentation proprement politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on est claire, m&#234;me si elle n'est pas explicitement formul&#233;e : la forme &#233;tatique de la socialisation est indissociable de la forme d&#233;mocratique sp&#233;cifique de cette &#201;tat. Telle est la premi&#232;re le&#231;on de la Commune. Mais ce n'est peut-&#234;tre pas la principale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme r&#233;publicaine-communale de la domination politique est aussi une forme d'appropriation publique. Mais, &#224; suivre cette pente, tout semble indiquer que la forme politique et la forme sociale de l'appropriation se confondent, au risque de laisser persister le despotisme d'usine. La forme d&#233;mocratique - r&#233;publicaine et communale - de la socialisation para&#238;t insuffisante. Il ne suffit pas que l'&#201;tat de transition r&#233;sorbe la bureaucratie et transgresse les modalit&#233;s de repr&#233;sentation inscrites dans la s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat pour que cet &#201;tat ne reconduise pas la s&#233;paration entre les producteurs et les moyens de production et, ce faisant, l'ensemble des rapports de production capitalistes qui s'inscrivent dans cette s&#233;paration. Sans doute est-ce la raison pour laquelle Marx, dans &lt;i&gt;La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; met en avant les coop&#233;ratives et leur coordination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit alors se tourner vers la seconde forme de socialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 2. La figure coop&#233;rative de l'appropriation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde figure de l'appropriation sociale est &lt;i&gt;la figure coop&#233;rative de l'appropriation&lt;/i&gt;. La perspective de la socialisation coop&#233;rative est renvoy&#233;e &#224; la transition ouverte par la conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat : la critique de la forme coop&#233;rative comme forme directe de l'appropriation qui s'effectuerait sans changements des conditions g&#233;n&#233;rales (qu'il s'agisse du maintien de domination politique de la bourgeoisie et/ou des rapports marchands) est &#233;videmment maintenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme coop&#233;rative de socialisation est indissociable de la conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat qui seule peut cr&#233;er les conditions d'une socialisation effective. Telle est le fondement de la pol&#233;mique conduite par Marx et Engels dans plusieurs directions : contre Proudhon et contre Ferdinand Lassalle notamment. Mais ce qui est d'abord pr&#233;sent&#233; comme la r&#233;alisation d'exp&#233;riences doctrinaires vou&#233;es &#224; l'&#233;chec (&lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;) qui d&#233;tournent le prol&#233;tariat de la lutte pour le pouvoir (&lt;i&gt;Le 18 Brumaire&lt;/i&gt;) et/ou de la lutte pour l'abolition du capitalisme est pr&#233;sent&#233; peu &#224; peu dans sa dimension essentielle : &#224; l'&#233;conomie politique du capital, les coop&#233;ratives opposent l'&#233;conomie politique de la classe ouvri&#232;re - dont la port&#233;e &#233;mancipatrice d&#233;pend de la prise du pouvoir et du d&#233;passement du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la g&#233;n&#233;ralisation des coop&#233;ratives, la transformation de l'association des producteurs en une mosa&#239;que d'entreprises autog&#233;r&#233;es est une g&#233;n&#233;ralisation d'une forme exclusive de propri&#233;t&#233; ne connaissant entre elles d'autres m&#233;diations que celles de l'&#233;change, de la concurrence, bref du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on est claire m&#234;me si elle n'est pas explicitement formul&#233;e : il ne suffit pas de cr&#233;er des coop&#233;ratives, voire m&#234;me de demander &#224; l'&#201;tat de les soutenir pour franchir les limites de l'ordre social existant. Livr&#233;es &#224; elles-m&#234;mes, les coop&#233;ratives sont vou&#233;es &#224; l'&#233;chec. Aid&#233;es par l'&#201;tat, elles ne peuvent pas attendre de cet accouplement que celui-ci jette les bases d'un d&#233;passement du capitalisme. En revanche, sous la domination du prol&#233;tariat et sous r&#233;serve de prendre place dans un processus plus large incluant l'appropriation publique, elles sont indispensables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi un nouveau pas est franchi par Marx et Engels, quand ils exposent la n&#233;cessaire liaison entre d'une part les formes politiques et les formes de la socialisation et entre deux formes de socialisation. Mais quels sont les rapports entre forme politique et formes sociales et quel est le rapport entre les deux formes sociales ? La r&#233;ponse est &#224; peine esquiss&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait s'attendre alors &#224; ce que Marx et Engels proposent de distinguer deux niveaux de socialisation, rev&#234;tant des formes sp&#233;cifiques, mais rigoureusement articul&#233;s entre eux. La r&#233;alit&#233; (th&#233;orique) est beaucoup plus ambigu&#235;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; s'efforce de penser ensemble les formes de la domination politique et les formes de l'&#233;mancipation sociale et, particuli&#232;rement les formes de la socialisation. Mais force est de constater que le r&#233;sultat est inachev&#233;. La transition au communisme co&#239;ncide donc avec le processus d'abolition du capitalisme et d'appropriation commune des moyens de production. En quoi consiste cette appropriation commune ? Marx propose deux formulations successives. Selon la premi&#232;re (premier essai de r&#233;daction), Marx invite le prol&#233;tariat &#224; r&#233;aliser la &#171; la lib&#233;ration des formes sociales de production telles qu'elles existent dans l'organisation actuelle du travail (engendr&#233;es par l'industrie moderne) &#187; et &#224; &#171; r&#233;aliser la coordination harmonieuse de ces formes sur le plan national et international &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La guerre civile en France, p.216&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais quelles sont ces formes sociales qu'il s'agit de lib&#233;rer et de coordonner ? Marx n'en dit rien, mais on peut l&#233;gitimement penser qu'il s'agit des formes des production qui ont pour base la coop&#233;ration et qui se d&#233;ploient avec le machinisme et la grande industrie. S'agit-il des formes de la grande industrie priv&#233;e transform&#233;e en soci&#233;t&#233;s par action ou les formes coop&#233;ratives ? S'agit-il de lib&#233;rer les formes capitalistes de leur d&#233;termination sociale capitalistes et/ou de donner &#224; la coop&#233;ration et &#224; l'appropriation une nouvelle forme sociale ? Celle des coop&#233;ratives pr&#233;cis&#233;ment. Selon la seconde formulation (r&#233;daction d&#233;finitive), il s'agit de parvenir &#224; la r&#233;gulation planifi&#233;e de la production nationale par l'ensemble des coop&#233;ratives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 46. Le deuxi&#232;me essai de r&#233;daction ne dit rien &#224; ce propos.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on laisse (provisoirement&#8230;) de c&#244;t&#233; la question du contenu de la planification (son objet, sa mesure), deux questions restent en suspens :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Quelle forme rev&#234;t cet &#171; ensemble des associations coop&#233;ratives &#187; ? Quelle est la forme de coordination de cette ensemble ? Une f&#233;d&#233;ration ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Quelle est la forme que rev&#234;t la r&#233;gulation planifi&#233;e ? D&#233;pend-elle directement de l'ensemble des coop&#233;ratives (leur f&#233;d&#233;ration) ou de l'ensemble des Communes (leur f&#233;d&#233;ration), c'est-&#224;-dire l'&#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, une fois encore, quels ont les rapports entre les deux formes de la socialisation (l'appropriation publique et l'appropriation coop&#233;rative) et quels sont les rapports entre ces formes de l'appropriation sociale et la forme &#233;tatique de la domination politique du prol&#233;tariat ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;III. Apories de l'appropriation sociale&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt; &lt;center&gt;Du rapport entre les formes de socialisation&lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re question : quelle est le rapport entre les deux formes de l'appropriation sociale ? Ces deux formes ou ces deux moment de l'association ne sont, ni th&#233;oriquement ni surtout pratiquement, logiquement et spontan&#233;ment imbriqu&#233;s, voire fusionn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elles ne sont pas dissoci&#233;es (ou quand la coop&#233;rative n'est pas purement et simplement &#171; oubli&#233;e &#187;), la tendance des textes de Marx consiste &#224; r&#233;partir entre elles deux fonctions diff&#233;rentes : la planification centralis&#233;e et la gestion coop&#233;rative. Les conditions et les formes de la n&#233;cessaire combinaison de l'appropriation publique (ou indirecte) et de l'appropriation sociale (et directe) ne sont pas clairement expos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux figures de la socialisation, tant qu'elles sont dissoci&#233;es ou quand elles sont dissoci&#233;es, soul&#232;vent des probl&#232;mes ou se traduisent par des tendances divergentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Quelle(s) n&#233;gation (s) de l' appropriation priv&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Deux n&#233;gations ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La socialisation de la production est d'abord socialisation des forces productives (forces de travail et moyens de production) : elle consiste, dans un m&#234;me mouvement, dans l'abolition de l'appropriation priv&#233;e des moyens de production (c'est-&#224;-dire dans la pleine reconnaissance de leur caract&#232;re social) et dans l'abolition de l'appropriation priv&#233;e des forces de travail et de leur coop&#233;ration (c'est &#224;-dire dans la pleine reconnaissance &#224; du caract&#232;re social du proc&#232;s de production). Autrement dit, la socialisation des forces productives implique, dans un m&#234;me mouvement, la socialisation des moyens de production et la socialisation de la force de travail : l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et l'abolition du salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dissociation des deux figures de la socialisation est tendanciellement une dissociation de cette double socialisation. La socialisation par l'&#233;tatisation tend &#224; privil&#233;gier la socialisation des moyens de production : leur appropriation &#233;tatique ou publique. La socialisation par la coop&#233;rative tend &#224; privil&#233;gier la socialisation de la force de travail : l'appropriation collective et autog&#233;r&#233;e des moyens et du proc&#232;s de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, l'&#233;tatisation est une forme de socialisation des moyens de production qui a comme corr&#233;lat la militarisation des forces de travail : ainsi, la m&#233;taphore de l'arm&#233;e du travail n'est pas seulement une m&#233;taphore. La coop&#233;ration sous la forme des coop&#233;ratives met en jeu la socialisation des moyens de production (qui d&#233;fait leur appropriation priv&#233;e) et celle de la force de travail (qui d&#233;fait le despotisme d'entreprise) : mais elle a pour corr&#233;lat le maintien d'entreprises ind&#233;pendantes (et, &#224; ce titre, priv&#233;es) soumises &#224; la loi du march&#233; ou, plus exactement, &#224; la valorisation de la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution de Marx qui, dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, pr&#233;conise l'&#233;tatisation des moyens de production et n&#233;glige les solutions coop&#233;ratives, et finit, dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, par pr&#233;senter les soci&#233;t&#233;s par action comme une transition n&#233;gative du capitalisme au communisme, dont le revers positif est constitu&#233; par les coop&#233;ratives, laisse penser que l'&#233;tatisation ne se voit plus reconna&#238;tre ses vertus primitives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx distingue, dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, deux formes de n&#233;gation de l'appropriation priv&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de l'appropriation priv&#233;e : les coop&#233;ratives et les soci&#233;t&#233;s par action. Les soci&#233;t&#233;s par action et les usines coop&#233;ratives apparaissent ainsi comme des formes de transition vers un nouveau mode de production. Mieux : Marx souligne que ces deux formes sont essentiellement diff&#233;rentes, voire contradictoires, puisque les soci&#233;t&#233;s par action r&#233;solvent n&#233;gativement la contradiction entre l'ancien et le nouveau que les coop&#233;ratives r&#233;solvent positivement. Les premi&#232;res font encore signe vers l'appropriation capitaliste, les secondes font signe vers l'appropriation socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Marx ne trie pas toutes les cons&#233;quences de son diagnostic. C'est ainsi qu'il n'h&#233;site pas &#224; &#233;crire que &#171; Il faut consid&#233;rer les entreprises capitalistes par actions, et, &lt;i&gt;au m&#234;me titre&lt;/i&gt; les usines coop&#233;ratives comme des formes de transition du mode capitaliste de production au mode collectiviste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, Livre Troisi&#232;me, t.1, p.106 .C'est moi qui souligne.&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette mise en &#233;quivalence ouvre la voie au retour de la figure de la socialisation sous la forme exclusive de l'&#233;tatisation. Comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le comprendre, il faut s'arr&#234;ter un instant sur le r&#244;le reconnu aux soci&#233;t&#233;s par actions. &#171; R&#233;sultat du d&#233;veloppement supr&#234;me de la production capitaliste &#187;, elles constituent un point de transition n&#233;cessaire pour deux rasions convergentes mais diff&#233;rentes puisqu'elles forment selon Marx, &#171; &lt;i&gt;le point par o&#249; passe n&#233;cessairement la reconversion du capital en propri&#233;t&#233; des producteurs&lt;/i&gt; non plus comme propri&#233;t&#233; priv&#233;e des producteurs particuliers, mais en tant que propri&#233;t&#233; des producteurs associ&#233;s &#187; ainsi que &#171; &lt;i&gt;le point par o&#249; passe la transformation de toutes les fonctions du proc&#232;s de reproduction encore attach&#233;s &#224; la propri&#233;t&#233; du capital en simples fonctions des producteurs associ&#233;s&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, Livre Troisi&#232;me, t.1, p.102-103. C'est moi qui souligne.&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cons&#233;quence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Une seule n&#233;gation ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces deux n&#233;gations de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, Engels souvent ne retiendra que la dynamique d'&#233;tatisation, au point de n&#233;gliger le r&#244;le des coop&#233;ratives (&#224; l'exception notable de sa &lt;i&gt;Pr&#233;face&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;La Guerre Civile en France&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Le retour de l'&#233;tatisation coup&#233;e de la coop&#233;ration appara&#238;t quand pr&#233;vaut la perspective d'une transformation des soci&#233;t&#233;s par action en propri&#233;t&#233; d'&#201;tat, notamment dans l' &lt;i&gt;Anti-Duhring&lt;/i&gt; qu'Engels ach&#232;ve de r&#233;diger en 1878&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anti-Duhring, p. 316-317, 319.&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est confirm&#233;e dans &lt;i&gt;Socialisme utopique et socialisme &lt;/i&gt;scientifique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions sociales, &#233;ditions bilingues, p. 167-175.&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; On notera qu'Engels n'&#233;voque les coop&#233;ratives que dans le contexte d'une critique des utopistes et pr&#233;sente la coop&#233;ration comme une stade et non comme une forme fondamentale que l'on retrouve dans les formes suivantes. L'&#233;tatisation capitaliste pr&#233;pare la socialisation, comprise comme prise en charge directe et sans d&#233;tour des forces productives par la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la &lt;i&gt;Critique du Programme d'Erhrfurt&lt;/i&gt;, Engels r&#233;it&#232;re et surench&#233;rit au point de voir dans les trusts un point de passage vers la planification : &#171; La production capitaliste des soci&#233;t&#233;s par actions n'est d&#233;j&#224; plus une production priv&#233;e, mais une production pour le compte d'un grand nombre d'associ&#233;s. Et si nous passons des soci&#233;t&#233;s par actions aux trusts qui se soumettent et monopolisent des branches enti&#232;res de l'industrie, alors&lt;i&gt; ce n'est pas seulement la fin de la production priv&#233;e, mais encore la cessation de l'absence de plan&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique des programmes de Gotha et d'Erfurt, p.96.&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; suivre cette pente, l'&#233;tatisation menace d'absorber la socialisation ou la socialisation de se r&#233;duire au couplage entre l'&#233;tatisation (certes prol&#233;tarienne&#8230;) et la planification (sans doute d&#233;mocratique&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La n&#233;gligence, voire l'omission, de l'importance des coop&#233;ratives (de l'autogestion) menace gravement l'ensemble du projet d'&#233;mancipation, notamment parce qu'elle laisse au second plan (voire fait dispara&#238;tre) la question du despotisme d'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ouvre ici une parenth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Parenth&#232;se sur la coop&#233;ration et le despotisme d'entreprise&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#233;galement, sur cette question, Antoine Artous, Marx, l'&#201;tat et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref rappel. Marx pr&#233;sente la coop&#233;ration simple comme la forme simple de la soumission formelle du travail au capital qui &#8211; c'est d&#233;cisif &#8211; demeure sous-jacente aux formes de la soumission r&#233;elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cap I, 2 p. 20, 27, Kap, p, 377, M61 p. 264, 377. J'abr&#232;ge ainsi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus exactement, c'est avec la coop&#233;ration que s'effectue le passage la subsomption simplement formelle &#224; la subsomption r&#233;elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M61, p. 272, 273.&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La direction de la coop&#233;ration capitaliste rev&#234;t une forme sp&#233;cifique : au lieu d'&#234;tre une &#171; fonction particuli&#232;re du travail &#224; c&#244;t&#233; d'autres fonctions particuli&#232;res &#187;, elle est la puissance qui r&#233;alise l'unit&#233; de travailleurs &#171; comme une unit&#233; qui leur est &#233;trang&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M61, p. 273.&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plac&#233;e &#171; sous le commandement du m&#234;me capitaliste &#171; , la coop&#233;ration prend la forme d'un travail planifi&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap. 362, 366, 371,Cap I, 2, p. 16, &#171; planifi&#233; &#187; dispara&#238;t p. 18, mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'abord &#171; cons&#233;quence formelle &#187; du travail aux ordres du capitaliste, ce commandement devient une exigence fonctionnelle de l'ex&#233;cution du proc&#232;s de travail proprement dit. Mieux : &#171; en tant que fonction sp&#233;cifique du capital, la fonction de direction acquiert des caract&#232;res sp&#233;cifiques &#187; et rev&#234;t une forme despotique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap, p. 372, Cap I, 2, p. 23-25.&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ou, comparaison d&#233;cisive : la coop&#233;ration rev&#234;t la forme d'une arm&#233;e qui repose sur une hi&#233;rarchie militaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap, p. 374, Cap. I, 2, p. 24. L'organisation militaire du travail sera plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, la direction du proc&#232;s de travail, au lieu d'&#234;tre une simple fonction particuli&#232;re au sein de ce proc&#232;s, devient fonction exclusive et despotique du capital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap, p. 374, Cap I, p. 24.&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus exactement, ce sont &#224; la fois l'association des producteurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M61, p. 271, Manuscrits de 1857-1858 (&#171; Grudrisse &#187;), t.2,, p. 75-77.&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et la direction du proc&#232;s de travail qui deviennent - ali&#233;nation - des fonctions du capital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De ces deux aspects, le premier &#8211; sur lequel insistent les Grundrisse &#8211; est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage de la d&#233;possession impliqu&#233;e dans le proc&#232;s de travail capitaliste &#224; la r&#233;appropriation collective de ce proc&#232;s - la restitution au travailleur collectif des conditions de sa coop&#233;ration - suppose &#171; la propri&#233;t&#233; commune des moyens de production &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap. p. 376.&#034; id=&#034;nh3-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (). Cette propri&#233;t&#233; commune ne peut pas &#234;tre exclusivement publique, elle doit &#234;tre &#233;galement coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. D&#233;rives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est surtout dans les textes d'Engels (sauf erreur ou omission de ma part) que l'on peut relever une pr&#233;sentation de plus en plus p&#233;rilleuse. Marx souligne fortement le contraste entre le despotisme de organisation du travail et l'anarchie de la production. Que l'on puisse pr&#233;senter ce contraste comme une contradiction fait probl&#232;me (en quoi consiste pr&#233;cis&#233;ment la &#171; contradiction &#187; ?), surtout si cette contradiction, syst&#233;matiquement soulign&#233;e par Engels, doit &#234;tre r&#233;solue par la suppression d'un seul de ses termes : l'anarchie de la production. &#192; suivre cette pente, on mesure o&#249; elle risque de conduire : le transfert de l'arm&#233;e industrielle plac&#233;e sous le commandement du capital dans l'entreprise &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Un premier glissement engage sur cette pente : la pr&#233;sentation du despotisme comme une forme de direction ind&#233;pendante de tout &#233;tat social (Engels, &#171; De l'autorit&#233; &#187;).&lt;br class='manualbr' /&gt;- Un second glissement &#8211; que l'on ne trouve pas directement chez Engels, me semble-t-il &#8211; menace de s'ensuivre aussit&#244;t : la pr&#233;sentation de la planification comme transfert de l'organisation du travail dans l'entreprise &#224; l'organisation d'ensemble de la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robelin (que je suis tr&#232;s librement ici, une fois encore) ajoute au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;taphore militaire (du commandement des hommes) cesse alors d'&#234;tre une simple m&#233;taphore et la m&#233;taphore administrative (de l'administration des choses) devient l'enveloppe d'une militarisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e des forces de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'absence de toute reprise sous le contr&#244;le des producteurs de leur propre association dans la coop&#233;ration et de la direction du proc&#232;s de travail, la socialisation se transforme en g&#233;n&#233;ralisation de l'entreprise capitaliste ; l'association des producteurs se r&#233;sume dans la formation d'une seule entreprise d'&#201;tat ; la socialisation se confond avec la g&#233;n&#233;ralisation du despotisme d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe aucune raison s&#233;rieuse d'imputer &#224; Marx et Engels une telle d&#233;rive. Mais, dans la mesure o&#249; ils sugg&#232;rent que deux formes de socialisation oppos&#233;es (soci&#233;t&#233;s par action et coop&#233;ratives) indiquent la m&#234;me tendance, l'on a pu conclure qu'elles pr&#233;paraient au m&#234;me titre l'appropriation individuelle. Or leur nature et leur destin divergent. Les coop&#233;ratives tendent &#224; r&#233;duire la disjonction entre le travail et le capital que les soci&#233;t&#233;s par action tendent &#224; amplifier. De l&#224; deux d&#233;passements possibles de l'appropriation priv&#233;e : par g&#233;n&#233;ralisation des coop&#233;ratives et par acc&#233;l&#233;ration des monopoles. Il appara&#238;t donc que la contradiction entre socialisation des forces productives et appropriation priv&#233;e peut se r&#233;soudre de deux fa&#231;ons distinctes voire oppos&#233;es : par la socialisation du travail ou la socialisation du capital ; en d'autres termes, gr&#226;ce &#224; l'appropriation des forces productives (moyens de production) par l'&#233;tatisation ou gr&#226;ce appropriation du proc&#232;s de production par la coop&#233;rative. Or non seulement ces deux modalit&#233;s de reconnaissance de la socialisation des forces productives ne s'additionnent pas, mais elles s'opposent, comme les capitaux associ&#233;s par &#233;tatisation et les producteurs associ&#233;s par coop&#233;ration. Deux n&#233;gations de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ne font pas une solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, de l'aveu m&#234;me de Marx, la contradiction entre socialisation des forces productives et appropriation priv&#233;e se double d'une contradiction entre socialisation du travail et socialisation du capital. Tant que la seconde domine, il appara&#238;t que la bourgeoisie n'a pas &#233;puis&#233; son r&#244;le r&#233;volutionnaire. Mais, plus encore, le dilemme entre extrapolation utopique et anticipation utopique est ici &#224; son comble. Si rel&#232;ve de l'extrapolation utopique la volont&#233; de supprimer les effets en gardant la cause (supprimer la monnaie en gardant la valeur, le capitalisme en gardant la production marchande), alors supprimer la s&#233;paration des moyens de production en gardant la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; et de l'&#201;tat rel&#232;ve de l'utopie : le prol&#233;tariat ne peut s'approprier les moyens de production (appropriation sociale) qu'en surmontant la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; et de l'&#201;tat. Or, tant que se probl&#232;me n'est pas r&#233;solu, la socialisation, m&#234;me par l'improbable g&#233;n&#233;ralisation des coop&#233;ratives, rel&#232;ve de l'anticipation utopique. C'est pourquoi les contradictions latentes, mais dans l'histoire des marxismes appel&#233;es &#224; devenir explosives, entre les formes de la socialisation, correspondant &#224; la diff&#233;rence de leur objet, se r&#233;fractent dans les contradictions relatives &#224; leurs modalit&#233;s, c'est-&#224;-dire aux formes politiques de l'&#233;mancipation, auxquelles nous sommes, une fois encore, renvoy&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;IV. Apories de l'&#233;mancipation&lt;/strong&gt; &lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Du rapport entre domination politique et l'appropriation sociale&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me question : quel est le rapport entre la forme du pouvoir politique et les formes de l'appropriation sociale. Quand elles ne sont pas juxtapos&#233;es (ou la socialisation rabattue sur la planification centralis&#233;e), la tendance de Marx et d'Engels est de dissimuler le probl&#232;me derri&#232;re l'invocation d'une fantomatique &#171; soci&#233;t&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La forme enfin trouv&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;publique-communale est la forme enfin trouv&#233;e de l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat, c'est que la forme communale-r&#233;publicaine de la domination politique du prol&#233;tariat n'est pas une fin, mais un moyen. Elle doit en effet remplir deux fonctions, en principe, indissociables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- En tant que forme de domination politique &#8211; en tant qu'&#201;tat politique ajust&#233; &#224; la domination du prol&#233;tariat &#8211; elle doit permettre de poursuivre la lutte des classes jusqu'&#224; leur abolition. Et cela sur deux fronts : la lutte contre les tentatives violentes de contre-r&#233;volution et la lutte pour l'accomplissement de la r&#233;volution sociale, qui suppose une intervention proprement politique dans les rapports de propri&#233;t&#233; et les rapports de production capitalistes. C'est ce que souligne fortement le premier essai de r&#233;daction &lt;i&gt;de La Guerre Civile en France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 215-216.&#034; id=&#034;nh3-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Mais en m&#234;me temps cette forme de domination politique doit &#234;tre une forme politique de l'&#233;mancipation sociale, non seulement par ce qu'elle intervient dans l'expropriation des expropriateurs, mais parce qu'elle doit favoriser l'appropriation sociale des moyens de production et d'&#233;change et la ma&#238;trise du processus de production et de distribution. C'est encore ce que souligne fortement le premier essai de r&#233;daction &lt;i&gt;de La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; (p. 216 notamment).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la domination du prol&#233;tariat comporte n&#233;cessairement deux faces : une face destructive et r&#233;pressive et une face constructive et expansive. La lutte des classes et ses conditions d&#233;cident des rythmes et des modalit&#233;s particuli&#232;res, des avanc&#233;es et des reculs : c'est ce dont Marx est parfaitement conscient. C'est encore ce que souligne fortement le premier essai de r&#233;daction &lt;i&gt;de La Guerre Civile en France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 216 notamment.).&#034; id=&#034;nh3-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Les circonstances historiques, en contraignant &#224; privil&#233;gier la premi&#232;re fonction, peuvent conduire &#224; reculer, voire &#224; abandonner l'accomplissement de la seconde. Dans ce dernier cas, la d&#233;faite serait d&#233;j&#224; consomm&#233;e. Telle est la le&#231;on th&#233;orique et strat&#233;gique que l'on peut tirer de l'exp&#233;rience historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune en fournissant &#171; &#224; la R&#233;publique la base d'institutions d&#233;mocratiques &#187; n'atteint pas ainsi &#171; son but dernier &#187;. C'est en poursuivant son but qu'elle assure vraiment la domination politique du prol&#233;tariat. Elle &#233;tait la &#171; forme politique enfin trouv&#233;e qui permettait de r&#233;aliser l'&#233;mancipation &#233;conomique du travail &#187;. En effet : &#171; Sans cette derni&#232;re condition, la Constitution communale e&#251;t &#233;t&#233; une impossibilit&#233; et un leurre. La domination politique du prol&#233;tariat ne peut coexister avec l'&#233;ternisation de son esclavage social &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 45.&#034; id=&#034;nh3-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette domination politique doit &#234;tre imm&#233;diatement li&#233;e &#224; l'&#233;mancipation sociale. La forme de la domination (politique) doit &#234;tre la forme politique de l'&#233;mancipation (sociale)... la forme politique n&#233;cessaire &#224; l'expropriation des expropriateurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 46.&#034; id=&#034;nh3-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les probl&#232;mes n'en sont pas r&#233;solus pour autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Les probl&#232;mes en suspens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sorption de la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production passe par l'abolition de l'appropriation priv&#233;e et exclusive. Mais l'appropriation collective et commune rev&#234;t n&#233;cessairement deux formes distinctes, du moins initialement : l'appropriation publique par l'&#201;tat et l'appropriation collective par les travailleurs. Telle est du moins la le&#231;on la plus s&#251;re que l'on peut retenir, malgr&#233; tout, des arguments successifs et parfois dissoci&#233;s de Marx et Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport entre la forme politique de la domination et la forme sociale de son &#233;mancipation soul&#232;ve alors deux probl&#232;mes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Le probl&#232;me du rapport entre la forme de domination politique et la forme de l'appropriation par l'&#201;tat : entre la forme sp&#233;cifique de l'&#201;tat de transition et la forme de contr&#244;le sur les moyens de production. On peut consid&#233;rer que seul un &#201;tat qui tend &#224; r&#233;sorber la scission qu'ent&#233;rinent et reconduisent la repr&#233;sentation proprement politique et l'administration bureaucratique permet d'opposer effectivement l'appropriation publique &#224; l'appropriation priv&#233;e et/ou bureaucratique ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Le probl&#232;me du rapport entre la forme de domination politique et la forme de l'appropriation coop&#233;rative. La solution de ce probl&#232;me est loin d'&#234;tre claire &#224; mes yeux (brouill&#233;s - c'est mon excuse - par la bu&#233;e qui s'&#233;chappe des textes de Marx et Engels&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accoupler d&#233;mocratie et autogestion promet de beaux rejetons, pour peu que l'on r&#233;ponde &#224; deux questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Quel type d'ing&#233;rence du pouvoir politique (au niveau communal comme au niveau global) dans la sph&#232;re de la production coop&#233;rative ? La planification de transition ne peut prendre la forme de la planification communiste. Sinon elle risque de reconduire ou de laisser rena&#238;tre les formes bureaucratiques d'exercice du pouvoir d'&#201;tat et les formes despotiques de direction du travail coop&#233;ratif. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Quelle distinction et quels rapports entre les formes socialis&#233;s de coop&#233;ration et les formes d&#233;mocratis&#233;es de l'&#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* Apr&#232;s Marx&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Marx et Engels, les r&#233;gressions et les apories se sont multipli&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique de l'&#233;tatisation, non seulement menace de se replier vers des formes de propri&#233;t&#233; et d'appropriation proprement capitalistes (capitalisme d'&#201;tat, nationalisations), mais livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me elle menace de laisser subsister les effets de la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production dans l'entreprise. Soit tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment le despotisme d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re r&#233;gression commence quand l'appropriation publique est effectu&#233;e par un &#201;tat politique s&#233;par&#233; qui confie &#224; des gouvernants dominant les gouvern&#233;s les fonctions de direction et de gestion des entreprises &#8220; socialis&#233;es &#8221; : on aura reconnu l&#224; le destin de l'URSS sous Staline, quand la d&#233;formation bureaucratique devient la structure bureaucratique d'une dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde r&#233;gression &#8211; il n'est pas besoin d'argumenter longuement &#8211; commence quand, sous la domination politique de la bourgeoisie, les nationalisations (le cas &#233;ch&#233;ant assortie d'une gestion d&#233;mocratique) sont pr&#233;sent&#233;es comme une forme de socialisation : on aura reconnu les avatars de la d&#233;mocratie avanc&#233;e et autre bimbeloteries du PCF sous Georges Marchais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux impasses de l'autogestion, souvent tributaires des impasses de l'&#233;tatisation, elles ont trop souvent invit&#233; &#224; renoncer &#224; sa perspective. Mais &#224; quel prix ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Source&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler,&lt;i&gt; &#201;mancipation - Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus, &lt;/i&gt;suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques textes r&#233;unis sous ce titre n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s, initialement, en vue d'une publication, mais en vue d'une discussion, au sein d'un groupe de travail - &#171; D&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale &#187; - dont l'activit&#233; a permis de pr&#233;parer une journ&#233;e d'&#233;tude en juin 2001 : les contributions parues dans la revue &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt; rendent compte de cette journ&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis&#232;re la marxologie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
I. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-I-Democratie-revolution-emancipation-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'&#201;tat et la politique&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-II-Democratie-revolution-emancipation-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. D&#233;mocratie et appropriation sociale (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation chez Marx et Engels. Ci-dessus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. D&#233;mocratie et appropriation sociale (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution&lt;/i&gt; : &lt;i&gt; Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;http://athena.henri-maler.fr/Emancipation-IV-Democratie-et-appropriation-sociale-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NB : je n'ai pas respect&#233; cette limite.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut poser cette question, comme le fait Jacques Texier comme celle des rapports entre d&#233;mocratie et autogestion : &#8220; &#233;tant accord&#233; que la soci&#233;t&#233; alternative au capitalisme s'appelle socialisme ou communisme, quel r&#244;le doivent y jouer la d&#233;mocratie d'une part et l'autogestion d'autre part ? Ou pour radicaliser notre interrogation : le socialisme ou le communisme sont-ils concevables sans d&#233;mocratie et sans autogestion ? Jacques. Texier, &#171; Socialisme, d&#233;mocratie, autogestion &lt;i&gt; &#187;. La Pens&#233;e&lt;/i&gt;, n&#176; 321, janvier-mars 2000. Mais Jacques en conviendrait sans doute : ce n'est qu'un &#8211; bon &#8211; point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres de Marx et Engels se r&#233;f&#232;rent &#224; la derni&#232;re &#233;dition parue aux &#201;ditions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je m'inspire (tr&#232;s) librement de l'analyse de Jean Robelin. (Jean Robelin, &lt;i&gt;Marxisme et socialisation&lt;/i&gt;, Philosophie/M&#233;ridiens Klincksieck, 1989, Premi&#232;re partie : Figures de la socialisation.) Et je reprends, pour le pr&#233;ciser, l'expos&#233; esquiss&#233; dans &lt;i&gt;Convoiter l'impossible&lt;/i&gt; : un expos&#233; passablement &#8230; confus (cet adjectif &#233;tant choisi uniquement pour me m&#233;nager&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La guerre civile en France&lt;/i&gt;, p.216&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 46. Le deuxi&#232;me essai de r&#233;daction ne dit rien &#224; ce propos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre Troisi&#232;me, t.1, p.106 .C'est moi qui souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre Troisi&#232;me, t.1, p.102-103. C'est moi qui souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Anti-Duhring&lt;/i&gt;, p. 316-317, 319.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions sociales, &#233;ditions bilingues, p. 167-175.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique des programmes de Gotha et d'Erfurt&lt;/i&gt;, p.96.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#233;galement, sur cette question, Antoine Artous,&lt;i&gt; Marx, l'&#201;tat et la politique&lt;/i&gt;, &#233;ditions Syllepses, p. 124-127.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cap I, 2 p. 20, 27, Kap, p, 377, M61 p. 264, 377. J'abr&#232;ge ainsi respectivement &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;dition fran&#231;aise (Cap), &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, 4&#232;me &#233;dition (Kap), &lt;i&gt;Manuscrits de 1861-1863&lt;/i&gt; (M61), le tout aux &#201;ditions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M61, p. 272, 273.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M61, p. 273.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kap. 362, 366, 371,Cap I, 2, p. 16, &#171; planifi&#233; &#187; dispara&#238;t p. 18, mais appara&#238;t p. 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kap, p. 372, Cap I, 2, p. 23-25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kap, p. 374, Cap. I, 2, p. 24. L'organisation militaire du travail sera plus nettement analys&#233;e comme effet de la soumission r&#233;elle du travail au capital dans le &lt;i&gt;Chapitre in&#233;dit&lt;/i&gt; et dans les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, puis comme despotisme d'usine dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kap, p. 374, Cap I, p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M61, p. 271, Manuscrits de 1857-1858 (&#171; Grudrisse &#187;), t.2,, p. 75-77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De ces deux aspects, le premier &#8211; sur lequel insistent les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; &#8211; est effac&#233; dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kap. p. 376.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robelin (que je suis tr&#232;s librement ici, une fois encore) ajoute au transfert de l'organisation du travail &#224; l'organisation de la soci&#233;t&#233;, le transfert de l'organisation du travail &#224; l'organisation de prol&#233;tariat en classe dominante et le transfert de la discipline capitaliste &#224; la discipline prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 215-216.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p. 216 notamment.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;mancipation - IV. D&#233;mocratie et appropriation sociale (2)</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Emancipation-IV-Democratie-et-appropriation-sociale-2.html</link>
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		<dc:date>2022-06-09T05:35:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'appropriation sociale</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-l-appropriation-sociale-+.html" rel="tag"&gt;Marx et l'appropriation sociale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-la-democratie-25-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L90xH150/arton72-c5827.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='90' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette contribution a &#233;t&#233; publi&#233;e dans un cahier intitul&#233; &lt;i&gt;&#201;mancipation &lt;/i&gt;et sous-titr&#233;&lt;i&gt; Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suppl&#233;ment &#224; Critique communiste, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voir enfin d'article les circonstances et le sommaire de de sa publication.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agone, 2001. Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres de Marx et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Cher Yves,&lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;J'aborde ici ton livre (dont les num&#233;ros de page sont mentionn&#233;s entre parenth&#232;ses) sans rien changer aux &#171; d&#233;clarations d'intention &#187;, auxquelles j'ai tent&#233; de me conformer dans mes tentatives de discussion des livres de Jacques Texier et d' Antoine Artous : avancer patiemment et prudemment des arguments (parfois ressass&#233;s), prendre le temps de clarifier (ne serait-ce que pour moi-m&#234;me ) les termes de la discussion, ne pas pr&#233;juger des divergences avant qu'elles soient, quand elles existent, effectivement v&#233;rifi&#233;es. C'est pourquoi je te propose, pour commencer, de dissiper quelques malentendus auxquels tu prends le risque de t'exposer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Au risque des malentendus ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Un nouveau projet ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Un projet post-communiste ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu te donnes pour objectif de &#171; redonner corps &#224; la perspective de la transformation sociale et rapprocher ceux qui n'ont pas renonc&#233; &#187; (p. 8). C'est sans doute parce que tu vises ce rapprochement, sans poser de pr&#233;alables th&#233;oriques et politiques, que tu pr&#233;sentes des analyses et des propositions qui ne font r&#233;f&#233;rence ni &#224; la soci&#233;t&#233; vis&#233;e par la transformation sociale (et que nous avions pris l'habitude de qualifier de &#171; communiste &#187;) ni &#224; l'h&#233;ritage th&#233;orique de Marx et des interpr&#233;tations diversement marxistes de l'histoire post&#233;rieure &#224; la fin de la Premi&#232;re Internationale (pour prendre un rep&#232;re historique assez simple). Je vois dans ce silence, non pas le sympt&#244;me d'un reniement, mais l'effet d'une option politique somme toute l&#233;gitime : ne pas pr&#233;juger, &#224; l'aube d'un nouveau d&#233;bat qui int&#233;resse des acteurs sociaux qui n'ont pas forc&#233;ment &#171; baign&#233; dans ce jus-l&#224; &#187;, des r&#233;f&#233;rences et des titres de l&#233;gitimit&#233; qui seraient les plus f&#233;conds. Mais ce souci d'efficacit&#233; d&#233;mocratique de la discussion ne doit pas &#233;luder les probl&#232;mes. C'est ce que j'essaierai de v&#233;rifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Un projet post-strat&#233;gique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu revendiques une d&#233;marche programmatique o&#249;, comme nous le savons gr&#226;ce &#224; des &#233;changes personnels et comme tu le rel&#232;ves publiquement, nos points de vue convergent : en finir avec la sous-estimation chronique des questions th&#233;oriques et politiques des formes sociales, politiques et juridiques - pensables et possibles - de l'&#233;mancipation. En un mot : &lt;i&gt;pas de strat&#233;gie sans projet&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en mettant l'accent sur le projet (et les propositions qu'il appelle), tu relativises la question de l'agencement des forces et des moyens qui permettraient de l'accomplir. Tu en conviendrais sans doute : &lt;i&gt;pas de projet sans strat&#233;gie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois encore dans ta discr&#233;tion sur ce point l'effet d'une option politique compr&#233;hensible : subordonner la question des moyens &#224; celle des fins et donc de ne pas poser comme pr&#233;alable au d&#233;bat sa formulation traditionnelle : &#171; r&#233;forme ou r&#233;volution &#187;. C'est ce que tu soulignes toi-m&#234;me quand, apr&#232;s avoir soulign&#233; que les voies d'une rupture avec le capitalisme peuvent prendre des formes diverses, tu ajoutes : &#171; dans tous les cas demeure la question de la crise r&#233;volutionnaire et de l'affrontement. (&#8230;.) Ces questions ne peuvent pas &#234;tre &#233;vacu&#233;es. Elles ne sont pas toutefois imm&#233;diatement &#224; l'ordre du jour. C'est pourquoi il serait erron&#233; de faire de la question du sch&#233;ma strat&#233;gique de la transformation sociale un discriminant du regroupement de tous ceux qui n'ont pas renonc&#233; &#187; (p. 194, 196). Mais, une fois encore, ce souci d&#233;mocratique ne doit pas &#233;luder les probl&#232;mes. C'est aussi ce que j'essaierai de v&#233;rifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Une nouvelle d&#233;marche ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sentation que tu adoptes ne r&#233;pond pas seulement &#224; des pr&#233;occupations politiques imm&#233;diates, li&#233;es notamment aux conditions requises pour engager une regroupement des forces disponibles &#224; une v&#233;ritable alternative : ton livre est fond&#233; sur un bilan des &#233;checs ou trag&#233;dies du si&#232;cle pass&#233; qui t'incite &#224; repenser la d&#233;marche n&#233;cessaire &#224; la construction de cette alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Bilan&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ton bilan de la social-d&#233;mocratie-europ&#233;enne (p. 8 et 11-14) ne me pose pas de probl&#232;mes particuliers, celui que tu tires des partis communistes me semble excessivement bienveillant, surtout si on le confronte &#224; celui que tu proposes &#8211; sans am&#233;nit&#233; &#8211; de l'extr&#234;me-gauche. Je veux bien, avec quelques autres (dont toi-m&#234;me sans doute&#8230;) me pr&#233;senter, sur la future Place de la R&#233;volution, la corde au cou, pour que nous soyons punis de nos aberrations et de nos aveuglements, &#8230; si l'histoire (m&#234;me la petite&#8230;), pourtant avare de sentences d&#233;finitives, ne nous avaient pas d&#233;j&#224; jug&#233;s. Mais que ce soit au moins pour des aberrations et des aveuglements effectifs : ils ne manquent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, je ne crois pas que ce soit parce que nous avons gard&#233; les yeux riv&#233;s sur la R&#233;volution (la contestation &#171; revendicationiste &#187; et les conditions de la prises du pouvoir) au lieu de penser en termes de projet, que nous sommes rest&#233;s en panne. C'est aussi parce que, quel qu'ait &#233;t&#233; l'&#233;tat dans lequel nous avons laiss&#233; le projet, la strat&#233;gie elle-m&#234;me &#233;tait min&#233;e par ses (Allez ! Ne poussons pas trop loin le repentir !)&#8230;insuffisances&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce titre, la pol&#233;mique que tu engages contre Daniel Bensa&#239;d me semble (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, quelles que soient les carences ind&#233;niables de tous les projets, esquiss&#233;s ou pratiqu&#233;s au nom de la transformation sociale, ce n'est seulement (ni m&#234;me peut-&#234;tre principalement) sur le &lt;i&gt;contenu&lt;/i&gt; des propositions de transformation que l'on ne peut plus se satisfaire de g&#233;n&#233;ralit&#233;s, mais sur sur les &lt;i&gt;formes&lt;/i&gt; de mise en &#339;uvre de ce contenu, qui seules permettent d'en v&#233;rifier la validit&#233; et la port&#233;e &#233;mancipatrice. C'est sur point, solidaire d'un refus d'envisager les formes de l'avenir sous couvert de refuser de les prescrire (un refus qui trouve ses racines du c&#244;t&#233; de Marx), que les carences ont &#233;t&#233; les plus tragiques et deviennent les plus perceptibles. Ton bouquin &#8211; l&#224; est l'essentiel &#224; mes yeux &#8211; contribue &#224; les surmonter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes r&#233;serves tiennent d&#232;s lors en une formule : pour recentrer la d&#233;marche, il n'est pas souhaitable de l'inverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Perspectives&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut au contraire, encore et toujours, mais mieux que jamais, penser ensemble la strat&#233;gie et le projet. Le projet lui-m&#234;me (une &#171; utopie projective &#187;, puisque tu m'honores d'une citation&#8230;) est une pi&#232;ce ma&#238;tresse. Mais je me m&#233;fie de la tentation qui consiste &#224; &#171; commencer par les fins &#187; (pour reprendre hors de son contexte l'expression de Lucien S&#232;ve) pour cultiver un silence abyssal (ou une prudence gouvernementale &#8230;) sur les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons que tu r&#233;ouvres le chantier. Et commen&#231;ons par les r&#233;formes n&#233;cessaires : &#171; Des r&#233;formes possibles, ici et maintenant &#187;, r&#233;p&#232;tes-tu avec insistance (p. 19). Je laisse de c&#244;t&#233;, dans l'imm&#233;diat, les contenus et les formes des r&#233;formes propos&#233;es. C'est du possible dont il est question, et c'est le &#171; ici et maintenant &#187; qui fait probl&#232;me. &#171; Les r&#233;formes n&#233;cessaires, objectivement possibles, - &#233;cris-tu - ne le sont pas toujours dans le syst&#232;me actuel &#187; (p. 19). C'est plut&#244;t l'inverse qui est vrai : la plupart sont incompatibles avec ledit syst&#232;me. S'il s'agit des &#171; mesures &#224; port&#233;e de main &#187;, c'est uniquement parce qu'elles sont objectivement possibles, mais tout aussi bien rendues impossibles tant elles &#171; heurtent des aspects essentiels du syst&#232;me &#187; (p. 20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute ne faut-il pas pr&#233;juger, pour les proposer, de la profondeur des ruptures qu'elles supposent ou qu'elles engagent. La lutte pour certaines d'entre elles peut d&#233;boucher sur des r&#233;formes partielles qui sont loin d'&#234;tre m&#233;prisables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je pense notamment &#224; ce que tu proposes pour &#171; changer la vie &#187; et qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, &#224; moins de nous d&#233;guiser en niais, nous devons admettre que ce programme de lutte pour des r&#233;formes est un programme r&#233;volutionnaire : un programme pour une p&#233;riode de transition &#8211; un &#171; programme de transition &#187;. Et cette p&#233;riode de transition est conjointement une p&#233;riode de lutte pour la socialisation d&#233;mocratique de la production et des &#233;changes et pour la socialisation d&#233;mocratique des processus d'&#233;laboration et d'ex&#233;cution des choix politiques, particuli&#232;rement en mati&#232;re d'appropriation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;coupage de ton livre , si je laisse de c&#244;t&#233; le chapitre 1, distribue dans trois chapitres distincts (2, 3, 4 ) des questions, &#233;videmment indissociables, qui re&#231;oivent une r&#233;ponse qui tient deux formules : &lt;i&gt;Pas de d&#233;mocratie sans appropriation sociale&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Pas d'appropriation sociale sans d&#233;mocratie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Pas de d&#233;mocratie sans appropriation sociale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je m'en tiendrai - sous ce sous-titre, comme sous le suivant &#8211; &#224; des remarques g&#233;n&#233;rales qui invitent &#224; pr&#233;ciser la d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Le versant social de la d&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de d&#233;mocratie sans appropriation sociale, donc&#8230; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela deux raisons intimement li&#233;es que tu exposes successivement : la d&#233;mocratie est mutil&#233;e tant que l'appareil &#233;conomique est soustrait &#224; l'emprise de la soci&#233;t&#233; (&#171; La propri&#233;t&#233; priv&#233;e du capital contre la souverainet&#233; populaire &#187;, p. 30-31) ; la d&#233;mocratie est mutil&#233;e tant que l'&#233;galit&#233; des citoyens est min&#233;e par l'in&#233;galit&#233; sociale (&#171; L'&#233;galit&#233; des citoyens est illusoire &#187; p. 31-33).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; cette conclusion : l'in&#233;galit&#233; sociale et politique est &#171; consubstantielle &#187; au syst&#232;me : &#171; Elle ne diff&#233;rencie pas des individus, mais s&#233;pare des groupes. C'est l'in&#233;galit&#233; des classes sociales. On ne peut donner son plein effet &#224; la d&#233;mocratie sans rompre cette in&#233;galit&#233; sociale devant l'exercice de la citoyennet&#233;. L'appropriation sociale d'une partie de l'appareil &#233;conomique n'a pas seulement une fonction &#233;conomique. Ni seulement une fonction d&#233;mocratique en ce qu'elle restitue des capacit&#233;s de choix fondamentaux &#224; la soci&#233;t&#233; enti&#232;re. Elle a aussi une fonction d&#233;mocratique en combattant le poids politique et social des d&#233;tenteurs du capital disproportionn&#233; avec leur poids num&#233;rique &#187; (p. 33). Mais, tout aussi &#171; consubstantiels &#187; au r&#232;gne sans partage du capital &#8211; tu en conviendras ais&#233;ment &#8211; sont les deux ph&#233;nom&#232;nes que tu rel&#232;ves, parce qu'ils expliquent &#171; la faible emprise du citoyen sur la vie politique &#187; (p. 34-36) : &#171; l'isolement de l'individu et le probl&#232;me de la repr&#233;sentation &#187; : impuissance sociale et impuissance politique conjuguent leurs effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, une fois encore, c'est la socialisation d&#233;mocratique - sur les deux versants de la transformation sociale et de la transformation politique - qui est en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8230; Mais quelle appropriation sociale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la place tendanciellement dominante de l'appropriation publique, sur le r&#244;le tendanciellement dominant de la planification, sur le d&#233;p&#233;rissement des formes marchandes, s'agissant de moyens de production et des forces de travail, tes propositions contrastent suffisamment avec les illusions les plus r&#233;pandues (sur l'&#233;conomie de march&#233; qui ne serait pas solidaire d'une soci&#233;t&#233; de march&#233;, sur une &#233;conomie mixte qui ne serait pas une &#233;conomie capitaliste, sur une socialisation de la production par la g&#233;n&#233;ralisation d'un actionnariat salari&#233;), pour que je n'insiste pas outre mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mots cependant, sans entrer ici dans les d&#233;tails :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Les conditions de l'appropriation sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif majeur de toute transformation sociale est de permettre aux producteurs de ressaisir, autant que faire se peut et &#224; tous les niveaux, la d&#233;termination des finalit&#233;s de la production, de l'organisation du travail et de la r&#233;partition de son produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, se pose la question de l'autogestion (pour reprend un terme qui, comme tout le reste du vocabulaire dont nous h&#233;ritons, est pollu&#233;, mais quasi-in&#233;vitable).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. Pas d'appropriation sociale sans autogestion d&#233;mocratique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette question, voir notamment : Jacques Texier, &#171; Socialisme D&#233;mocratie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour y voir plus clair (ou moins sombre&#8230;), il faut distinguer la coop&#233;rative comme forme de propri&#233;t&#233; (distribu&#233;e entre producteurs d'une entreprise) et la coop&#233;rative comme forme de coop&#233;ration : la propri&#233;t&#233; coop&#233;rative et la gestion (ou l'autogestion) coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; coop&#233;rative est, qu'on le veuille ou non, une forme de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, dans la mesure o&#249; il s'agit d'une propri&#233;t&#233; exclusive, m&#234;me si elle repose sur une gestion ou mieux une autogestion coop&#233;rative par les producteurs-propri&#233;taires eux-m&#234;mes. Cette forme de propri&#233;t&#233; n'est peut-&#234;tre pas incompatible avec l'appropriation sociale, mais elle ne peut pas &#234;tre confondue avec elle (p. 73-74, 82-83).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, l'autogestion coop&#233;rative, non seulement peut &#234;tre compatible avec des entreprises en copropri&#233;t&#233;, mais elle doit &#234;tre tendanciellement dominante dans les entreprises publiques. Comprise ainsi (comme Marx la comprenait), la coop&#233;rative est la forme autog&#233;r&#233;e de l'appropriation publique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, voir - outre le texte de Texier pr&#233;c&#233;demment cit&#233; - ma (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes : le passage de la d&#233;possession impliqu&#233;e dans le proc&#232;s de travail capitaliste &#224; la r&#233;appropriation collective de ce proc&#232;s - la restitution au travailleur collectif des conditions de sa coop&#233;ration - suppose &#171; la propri&#233;t&#233; commune des moyens de production &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, Livre 1, traduction de la 4e &#233;dition allemande, Editions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais cette propri&#233;t&#233; commune ne peut pas &#234;tre exclusivement publique, elle suppose une appropriation coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'appropriation sociale sans comit&#233;s d'entreprise d&#233;cidant souverainement des modalit&#233;s de leur coop&#233;ration productive et de la direction de leur proc&#232;s de coop&#233;ration. C'est &lt;i&gt;le moment d&#233;mocratique essentiel de l'appropriation sociale : celui qui met un terme au despotisme d'entreprise&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est celui o&#249; la d&#233;mocratie directe et la fusion entre les fonctions d&#233;lib&#233;ratives et les fonctions ex&#233;cutives (ces derni&#232;res &#233;tant coordonn&#233;es par des responsables &#233;lus et r&#233;vocables) peuvent prendre corps. Mais - avec le soutien de Marx sur ce point aussi - on peut penser et r&#234;ver plus loin : c'est la libre f&#233;d&#233;ration des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus et r&#233;vocables de ces comit&#233;s d'entreprise qui, au sein d'une m&#234;me branche, devrait disposer d'un pouvoir de contr&#244;le et de d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur tout cela, tu avances un certain nombre de propositions qui vont dans le m&#234;me sens (p. 83-90), mais tu ne sembles pas leur accorder la place d&#233;cisive qui leur revient dans la mise en &#339;uvre effective d'une appropriation sociale qui puisse subvertir les rapports de pouvoir imbriqu&#233;s dans les rapports d'exploitation et pr&#233;venir les m&#233;canismes de d&#233;possession hi&#233;rarchique et bureaucratiques qui menacent de transformer toute propri&#233;t&#233; publique en possession exclusive et, en ce sens au moins, privative et donc priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, pr&#233;occup&#233; par les risques de repli corporatif des &#171; salari&#233;s &#187;, tu proposes d'attribuer aux utilisateurs un r&#244;le d&#233;cisif dans une gestion con&#231;ue comme tripartite. Non seulement une telle formule - &#171; le tr&#233;pied dirigeant des entreprises publiques &#187; - ent&#233;rine une fracture entre dirigeants et dirig&#233;s, mais le r&#244;le attribu&#233; aux utilisateurs m&#233;riterait d'&#234;tre pr&#233;cis&#233;. Par principe, tous les citoyens sont potentiellement des usagers, r&#233;guliers ou occasionnels, des services publics et de tous les services publics. Mais aucun citoyen n'est usager exclusif d'un seul d'entre eux et aucun groupe de citoyens ne peut pr&#233;tendre repr&#233;senter la totalit&#233; des usagers. Quant &#224; imaginer que chaque citoyen serait amen&#233; &#224; prendre part &#224; tous les d&#233;bats, c'est r&#234;ver d'un temps et d'une disponibilit&#233; quasi-infinie. Personne ne contestera que des associations particuli&#232;res, volontairement constitu&#233;es par des citoyens qui privil&#233;gient leur intervention dans tel ou tel domaine des services publics, puissent jouer un r&#244;le utile. Mais, sans parler du morcellement de l'intervention citoyenne qui r&#233;sulterait d'une telle forme de repr&#233;sentation, il me semble n&#233;cessaire de maintenir qu' aucune association ne peut pr&#233;tendre repr&#233;senter l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Les associations de consommateurs et d'usagers peuvent disposer d'un pouvoir de contr&#244;le et d'expertise : on voit mal quel pouvoir de d&#233;cision pourrait leur &#234;tre conf&#233;r&#233;, alors que les choix fondamentaux devraient relever des formes de repr&#233;sentations publiques. Ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2. Pas d'appropriation sociale sans planification d&#233;mocratique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; contre-courant des autocritiques, tardivement vertueuses, qui attribuent &#224; la planification la naissance de la bureaucratie d'entreprise et d'&#201;tat stalinienne - qu'on la saisisse comme classe ou comme caste - , il est salubre d'affirmer, comme tu le fais en d'autres termes, que c'est l'existence de la bureaucratie qui a perverti la planification. Alors que celle-ci est indispensable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les objectifs et les limites de la planification, je m'en remets, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la m&#234;me question revient toujours : &#224; qui, &#224; quelle instance d&#233;mocratique revient cette planification ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement tu exclus l'abandon de la planification au b&#233;n&#233;fice de la &#171; coordination directe entre producteurs &#187;, mais &#224; la diff&#233;rence de Marx (le reproche de r&#233;visionnisme pointe son nez&#8230;), tu minores le r&#244;le qui pourrait revenir &#224; une libre f&#233;d&#233;ration par branche et par niveau (jusqu'au niveau pertinent) des entreprises coop&#233;ratives ou autog&#233;r&#233;es (au sens que j'ai retenu plus haut). &#192; te lire (p. 90-95), seul le pouvoir public d&#233;mocratique (parlementaire, comme on le verra plus loin) serait habilit&#233; &#224; &#233;laborer le plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est pas mince et, depuis Marx (c'est mon r&#233;visionnisme qui pointe le nez&#8230;), il n'a &#233;t&#233; r&#233;solu, ni en th&#233;orie ni en pratique. Le d&#233;passement de &lt;i&gt;l'opposition&lt;/i&gt; entre la figure sociale des producteurs et la figure politique des citoyens n'implique pas - au moins dans la premi&#232;re phase du communisme, ce qui nous laisse un peu de temps pour r&#233;fl&#233;chir&#8230; - que les producteurs soient associ&#233;s sous une seule forme. C'est peut-&#234;tre une raison suffisante de distinguer deux &#171; chambres &#187; : une Assembl&#233;e l&#233;gislative (&#233;lue au suffrage universel) et un Conseil de la production et des &#233;changes (issu de la f&#233;d&#233;ration des comit&#233;s d'entreprise)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Bensa&#239;d, au cours des discussions de notre &#171; petit groupe &#171; , m'a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je ne prendrai pas le risque d'en dire plus, m&#234;me si le ridicule des utopies abstraites n'a jamais tu&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Pas d'appropriation sociale sans d&#233;mocratie &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. D&#233;mocratiser l'&#201;tat et/ou engager son d&#233;p&#233;rissement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on laisse de c&#244;t&#233;, la question massive des conditions strat&#233;giques et tactiques de la &#171; conqu&#234;te du pouvoir &#187; ou de la conqu&#234;te de la domination politique par la majorit&#233; des domin&#233;s (pour mettre en vacances provisoires la notion de &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187;, pour cause de perplexit&#233;, peut-&#234;tre provisoire elle aussi, sur &#171; la dictature &#187; et sur le &#171; prol&#233;tariat &#187;), il reste &#224; opposer ceci &#224; quelques r&#234;veurs &#171; pluriels &#187; : &lt;i&gt;il n'y a pas de pouvoir &#224; prendre (ou &#224; partager) , s'il n'y a pas d'avenir &#224; conqu&#233;rir&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel avenir ? C'est ce que tu exposes, s'agissant de la transformation sociale, en deux moments distincts (pp. 21-28 et pp. 57-97) dont le rapport manque, me semble-t-il, de clart&#233;. C'est ce qu'il convient de pr&#233;ciser plus que tu ne le fais, sans qu'il soit ais&#233; de faire la part entre ton souci de rassembler et ton d&#233;sir de r&#233;viser ce qui doit l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel avenir, donc ? Le pouvoir &#224; prendre doit permettre d'ouvrir une phase de transformations sociales et politiques - une phase de transition - d&#233;bouchant, si possible, sur une r&#233;appropriation pas les hommes des forces sociales qui se sont s&#233;par&#233;es d'eux sous la formes d'une &#171; &#233;conomie &#187; &#233;chappant &#224; leur contr&#244;le et d'une &#171; politique &#187; qui les domine. Par cette formulation, d&#233;lib&#233;r&#233;ment affaiblie, j'entends le communisme dans sa premi&#232;re phase, tel que Marx tentait de le d&#233;finir. Si le mot fait peur ou tant que l'on doit encore laisser la peur du rouge &#224; quelques b&#234;tes &#224; cornes post-modernes, appelons cette phase de transition, la p&#233;riode n&#233;cessaire &#224; l'instauration d'une &#171; R&#233;publique sociale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question : quel pouvoir ? Question qui imm&#233;diatement se d&#233;double : quelle forme de domination politique pendant une p&#233;riode de transition (de transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233;) ? Quelle forme de pouvoir public au terme de cette transition ? &#192; cette double question, ta r&#233;ponse, &#224; laquelle je souscris bien que tu ne la poses pas exactement en ces termes, est simple : une pouvoir d&#233;mocratique de bout en bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'efface pas la n&#233;cessit&#233; de distinguer (en attendant la dialectique &#8230;), les deux aspects du probl&#232;me pos&#233; : Quelle d&#233;mocratie &#224; l'horizon d'une soci&#233;t&#233; transform&#233;e ? Quelle d&#233;mocratie au c&#339;ur du processus de transformation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. &#192; l'horizon : Une d&#233;mocratie sans domination&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Question cruciale n&#176; 1&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat des marxistes reste tr&#232;s abstrait &#187; (p. 131). Sans doute. Au moins doit-on, &#224; condition de la pr&#233;ciser, en maintenir la perspective. Que signifie-t-elle au fond ? Le d&#233;p&#233;rissement des institutions et des fonctions de l'&#201;tat attach&#233;es au maintien d'un ordre social fond&#233; sur la division de la soci&#233;t&#233; en classes : le d&#233;p&#233;rissement des institutions et des fonctions de l'&#201;tat comme verrou des rapports de pouvoir et des rapport de domination. Mais en m&#234;me temps le maintien d'un &#171; pouvoir public &#187; d&#233;mocratiquement constitu&#233; et contr&#244;l&#233;. C'est encore &#171; abstrait &#187;, &#233;videmment. Mais cette perspective est d&#233;terminante d&#232;s lors que l'on veut penser les formes et les fonctions de ce &#171; pouvoir public &#187;, c'est &#224; dire une d&#233;mocratie sans domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes d&#233;mocratiques d'une soci&#233;t&#233; transform&#233;e - les formes d&#233;mocratiques du communisme dans sa premi&#232;re phase - constitue la vis&#233;e du processus. La fin ici justifie les moyens, car seuls sont justifi&#233;s (comme le disait le camarade L&#233;on, qui n'a pas toujours su en tirer &#224; temps les cons&#233;quences&#8230;) les moyens qui ne s'opposent pas &#224; la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vis&#233;e est celle d'une d&#233;mocratie de citoyens-producteurs, librement associ&#233;s pour tenter de maitriser en commun (collectivement) leur propre vie sociale. Dans une telle soci&#233;t&#233;, les &#234;tres humains sont &#233;gaux en tant que citoyens et &#233;gaux en tant que producteurs : &#233;gaux en tant que citoyens parce qu'ils sont &#233;gaux en tant que producteurs : l'&#233;galit&#233; citoyenne, n'est pas cette communaut&#233;, r&#233;elle, mais imaginaire dans la mesure o&#249; elle s'oppose &#224; une in&#233;galit&#233; sociale, dont elle est l'abstraction. En revanche :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La s&#233;paration entre les producteurs et les citoyens ne prend plus la forme d'une &lt;i&gt;opposition&lt;/i&gt; entre une communaut&#233; imaginaire, mais r&#233;elle et l'absence r&#233;elle de communaut&#233; effective. En revanche, la distinction entre les hommes en qualit&#233;s de producteurs et les hommes en qualit&#233; de citoyens demeure, ne serait-ce que parce que le domaine d'intervention du citoyen est plus &#233;tendu que le domaine d'intervention du producteur ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat ne prend plus la forme d'une opposition entre l'&#201;tat et la soci&#233;t&#233; civile. En revanche, la distinction entre la sph&#232;re de l'activit&#233; productive et la sph&#232;re du pouvoir public demeure ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La s&#233;paration entre les producteurs ne prend plus la forme d'une division de la soci&#233;t&#233; en classes et en partis qui expriment, plus ou moins directement cette division. En revanche, la division des producteurs-citoyens entre eux demeure : le pluralisme et la conflictualit&#233; d&#233;mocratique, rendus plus fluides et moins dessaisis demeurent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques cons&#233;quences g&#233;n&#233;rales d&#233;coulent de ce qui pr&#233;c&#232;de :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Des r&#233;ponses g&#233;n&#233;rales&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;appropriation des fonctions de l'&#201;tat n&#233;cessaires &#224; l'exercice d'un pouvoir public suppose :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La mise en forme d'une repr&#233;sentation non plus abstraite, mais concr&#232;te (puisqu'elle repose sur l'abolition des in&#233;galit&#233; de classes ) des producteurs-citoyens : dans ces conditions, l'&#233;lection des repr&#233;sentants au suffrage universel et proportionnel direct sans restriction ne consacre plus la s&#233;lection des dominants et la d&#233;possession des domin&#233;s ; &lt;br class='manualbr' /&gt;- La mise en forme d'une double autod&#233;termination du peuple, o&#249; toutes et tous interviennent en tant que producteurs et en tant que citoyens ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La mise en forme, dans la production et dans la cit&#233;, de l'exercice le plus direct possible des fonctions d&#233;lib&#233;rative et ex&#233;cutives par l'application du f&#233;d&#233;ralisme fond&#233; sur deux principes : la libre f&#233;d&#233;ration des organes du pouvoir des producteurs et du pouvoir des citoyens, la libre d&#233;termination du principe de subsidiarit&#233; ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La mise en forme de la stricte subordination des fonctions ex&#233;cutives aux fonctions d&#233;lib&#233;ratives, par la mise en &#339;uvre du double principe d'&#233;ligibilit&#233; et de r&#233;vocabilit&#233; des dirigeants ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La mise en forme du pluralisme et la conflictualit&#233; d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore vague, &#233;videmment, mais cela suffit &#224; d&#233;finir &#224; grands traits la d&#233;mocratie des citoyens-producteurs : la d&#233;mocratie communiste. Et les formes d&#233;mocratiques d'une soci&#233;t&#233; transform&#233;e, pour autant que l'on puisse les esquisser devraient permettre de pr&#233;ciser les contours des formes d&#233;mocratiques n&#233;cessaires &#224; la transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. En transition : Une domination sans d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes d&#233;mocratiques de transition - les formes d&#233;mocratiques de la transformation sociale - sont ou doivent &#234;tre des formes de &lt;i&gt;domination&lt;/i&gt; (politique) et d'&lt;i&gt;&#233;mancipation&lt;/i&gt; (sociale). Toutes les contradictions d'une p&#233;riode de transition se concentrent dans l'opposition entre ces deux termes. Comment une forme de domination peut-elle-&#234;tre une forme d'&#233;mancipation ? Comment une forme de domination peut-elle &#339;uvrer &#224; son d&#233;passement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Question cruciale n&#176; 2&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'objectif est bien d'ajuster des formes de d&#233;mocratie n&#233;cessaires &#224; l'&#233;mancipation (et donc &#224; l'appropriation) sociale, force est de poser la question d&#233;cisive : s'agit-il de parachever la r&#233;volution d&#233;mocratique par de simples r&#233;formes ou de &#171; transformer l'&#201;tat &#187; (la formule est de Marx&#8230;) par une r&#233;volution d&#233;mocratique ? Pour ne pas laisser &#224; cette question la forme d'une alternative si tranch&#233;e qu'elle est vraisemblablement sans issue, on peut essayer d'en pr&#233;ciser un peu les termes : s'agit-il de compl&#233;ter la d&#233;mocratie repr&#233;sentative par un suppl&#233;ment de d&#233;mocratie participative (certaines de tes formulations vont dans ce sens&#8230;) ou de transformer radicalement les formes existantes de la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, la d&#233;mocratie n'est-elle pas bourgeoise par essence ou destination (de m&#234;me que la bourgeoise n'est pas d&#233;mocratique par essence et destination) : sous sa forme moderne la d&#233;mocratie est, dans certaines de ses formes et de ses proc&#233;dures, porteuse d'un exc&#233;dent utopique dont nous devons h&#233;riter. Mais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- D'abord, m&#234;me sans dire un mot sur la discordance des espaces politiques et sur ses cons&#233;quences (et donc sur les probl&#232;mes nouveaux qu'elle soul&#232;ve), l'&#233;puisement du mod&#232;le parlementaire/national est tel qu'il est lourd de catastrophes si rien n'assure sa rel&#232;ve utopique. Mais la relance d&#233;mocratique suppose une r&#233;volution d&#233;mocratique ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Ensuite, et plus visiblement encore, si certaines mesures positives peuvent encore &#234;tre prises dans le cadre des &#201;tats parlementaires/nationaux, aucune transformation sociale significative (fond&#233;e sur l'appropriation sociale) n'est possible dans le cadre les institutions des gouvernements repr&#233;sentatifs des principaux &#201;tats d&#233;mocratiques. C'est pourquoi je suis assez surpris que tu ne tires pas imm&#233;diatement les cons&#233;quence de ta br&#232;ve analyse de ces institutions et particuli&#232;rement des institutions de la Ve R&#233;publique (p. 35-36) : une &#171; R&#233;publique sociale &#187; appelle une &#171; R&#233;publique d&#233;mocratique &#187; qui suppose la fin de la Ve R&#233;publique et l'irruption d'un pouvoir constituant : autant dire une r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le terme de r&#233;volution, je ne vise pas ici les modalit&#233;s de la &#171; conqu&#234;te du pouvoir &#187;, mais l'ensemble des transformations n&#233;cessaires &#224; l'&#233;mancipation sociale. Je ne vise pas seulement l'&#339;uvre institutionnelle d'un pouvoir constituant (une nouvelle Constitution), mais &lt;i&gt;la subversion pratique de l'ensemble des rapports de pouvoir qui reconduisent les rapports de domination.&lt;/i&gt; Pour provoquer un peu, je dirais - quitte &#224; inventer une impossible orthodoxie foucaldienne - qu'il faut inventer un nouvel art de gouverner qui soit aussi un art de ne pas &#234;tre gouvern&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, cette question centrale m'&#233;carte de ton livre et donc de mon propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas : pas d'appropriation sociale sans r&#233;volution d&#233;mocratique ; mais pas d'&#233;mancipation sociale sans domination politique : tel est le Rh&#244;ne (on peut m&#234;me choisir plus large &#8230;) qu'il faut franchir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Des r&#233;ponses de principe ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;finir les contour d'une d&#233;mocratie plac&#233;e &#171; au centre du projet &#187;, tu commences par &#233;noncer des &#171; r&#233;ponses de principes &#187; (p.36) qui m&#233;ritent qu'on s'y arr&#234;te. Elles portent essentiellement sur trois probl&#232;mes et proposent trois &#171; rectifications &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Majorit&#233; ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle d&#233;mocratie au c&#339;ur du projet ? &#192; cette question tu commences par r&#233;pondre : une d&#233;mocratie reposant sur la souverainet&#233; populaire (ce qui est sa d&#233;finition m&#234;me). Et tu apportes deux pr&#233;cisions : une d&#233;mocratie non plus strictement repr&#233;sentative, mais participative (p. 36-37) ; une d&#233;mocratie non pas restrictive, mais majoritaire et donc r&#233;versible (p. 37-38).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'arr&#234;te, comme tu le fais toi-m&#234;me, sur le second point. La rupture franche que tu proposes ici avec certaines th&#233;orisations du &#171; bolch&#233;visme &#187;, toujours promptes &#224; transformer l'exception en r&#232;gle universelle me convient parfaitement. &#192; une r&#233;serve pr&#232;s qui peut s'av&#233;rer d&#233;cisive : tout d&#233;pend de la profondeur &#224; la transformation d&#233;mocratique et sociale soumise au test majoritaire. On peut pr&#233;senter cela sous la forme simplifi&#233;e de trois hypoth&#232;ses. Ou bien il est question d'une alternance majoritaire dans le cadre des institutions existantes : auquel cas, ce &#171; retour &#187; sanctionne l'absence de toute r&#233;volution d&#233;mocratique. Ou bien, une alternance majoritaire s'effectue dans le cadre de nouvelles institutions : auquel cas, tout n'est pas r&#233;versible. Ou bien enfin une alternance majoritaire s'effectue par le retour aux anciennes institutions : il s'agit alors d'une contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Parlement ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seconde rupture que tu pr&#233;conises : la rupture avec ce qu'on pourrait appeler, pour faire court, l'illusion conseilliste. En r&#233;alit&#233;, ton argumentation suit plusieurs fils qu'il me semble n&#233;cessaire de d&#233;m&#234;ler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul ne peut pr&#233;voir exactement quelles sont les formes d'organisation que prendront les formes de la d&#233;mocratie &#233;ruptive qui p&#233;riodiquement viennent troubler ou subvertir la d&#233;mocratie repr&#233;sentative. Ou combattre frontalement les r&#233;gimes autoritaires de toutes natures. Mais il est indubitable, comme tu le soulignes, que de telles formes r&#233;appara&#238;tront et qu'elles joueront &#224; un r&#244;le d&#233;cisif (p. 38-39). Que peut-on entrevoir &#224; leur propos ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, il est n&#233;cessaire de soutenir une distinction de principe entre les formes coop&#233;ratives et les formes territoriales de la d&#233;mocratie &#233;ruptive : entre les formes sous lesquels les producteurs s'emparent du contr&#244;le de la production et les formes sous lesquels les domin&#233;s exercent leur pouvoir constituant. Autrement dit, entre des comit&#233;s d'usine et des conseils ou communes (quels que soient les noms que pourraient emprunter des telles formes d'auto-organisation). Les th&#233;orisations et les exp&#233;riences que tu mentionnes (notamment p. 44 et 47) maintiennent la fusion/confusion. Le probl&#232;me que tu soul&#232;ves (en termes d'institutionnalisation ou non) doit donc distinguer &#171; l'institutionnalisation &#187; n&#233;cessaire des formes coop&#233;ratives et &#171; l'institutionnalisation &#187; &#233;ventuelle des conseils et communes territoriaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, on ne saurait fixer &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; &#224; ces derniers le r&#244;le d'un contre-pouvoir qui, sous couvert de compl&#233;ter les limites du pouvoir &#233;tabli ou de contrebalancer ses abus, consacrerait comme l&#233;gitime n'importe quel pouvoir existant et cela quel qu'en soit le type. Toutes les &#233;quivoques de la notion de d&#233;mocratie participative se concentrent sur ce point : participation qui laisse intactes les formes parlementaires de la domination politique ou non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et par cons&#233;quent, l'avenir des formes d'auto-organisation ne d&#233;pend pas ou pas seulement de la p&#233;rennit&#233; de la mobilisation qui les porte et/ou de leur capacit&#233; &#224; r&#233;soudre les contradictions qu'elles doivent affronter (p. 39-40 et 41-42), mais de l'ampleur et de la profondeur du pouvoir constituant qu'elles sont en mesure d'exercer. Il faut, me semble-t-il, marquer nettement la diff&#233;rence entre le simple retour &#224; une forme parlementaire issue du suffrage universel (p.42) et l'instauration d'une &#171; forme parlementaire transform&#233;e &#187; (p. 46) qui ne serait plus, &#224; strictement parler une forme strictement parlementaire, solidaire du gouvernement repr&#233;sentatif : s&#233;lectif, centralis&#233;, bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;S&#233;paration ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;vidence il faut revenir sur l'id&#233;e d'une fusion entre le l&#233;gislatif et l' ex&#233;cutif qui court dans quelques textes canoniques et au nom de laquelle on a produit quelques monstruosit&#233;s politiques. Mais on ne peut pas se contenter de reprendre le discours lib&#233;ral-constitutionnel sur la &lt;i&gt;s&#233;paration des pouvoirs&lt;/i&gt;. Paradoxalement, tu viens loger dans le vocabulaire h&#233;rit&#233; une conception tr&#232;s diff&#233;rente qui &#233;largit et radicalise le probl&#232;me, en liant deux questions formellement diff&#233;rentes : la question de la nature des pouvoirs &#233;tatiques&#8211;institutionnels et de leur s&#233;paration ; la question des pouvoirs sociaux (li&#233;s ou non &#224; ces pouvoirs &#233;tatiques) et de leur autonomie. Autant dire que tu opposes &#224; la conception lib&#233;rale, une conception communiste (je ne me lasse pas de l'adjectif &#8230;) de la&lt;i&gt; r&#233;partition des pouvoirs&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la s&#233;paration des pouvoirs &#233;tatiques&#8211;institutionnels, tant qu'on la traite isol&#233;ment, ne pose pas de probl&#232;mes particuliers. La s&#233;paration entre le pouvoir l&#233;gislatif et le pouvoir ex&#233;cutif devrait n'&#234;tre qu' une s&#233;paration fonctionnelle reposant sur une subordination effective du second au premier (dont il reste n&#233;cessaire de pr&#233;ciser la nature). Il en va de m&#234;me de la s&#233;paration entre le pouvoir l&#233;gislatif et le pouvoir judiciaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En revanche, la nature de ce dernier pouvoir et ses rapports avec l'ex&#233;cutif (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut &#233;tendre, comme tu le fais, cette option &#224; d'autres institutions : les partis et les syndicats, ainsi que l'administration (&#224; condition de pr&#233;ciser d'embl&#233;e que sa transformation suppose la distinction institutionnelle-fonctionnelle de plusieurs types d' administrations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des pouvoirs sociaux, indissociables des pr&#233;c&#233;dents (mais plus larges qu'eux) est d'une autre nature. Elle concerne l'autonomie des diff&#233;rentes sph&#232;res de l'activit&#233; sociale et les rapports de pouvoir qui s'exercent en leur sein. Dans une perspective de transformation radicale et de combat contre la bureaucratie, elle est d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, la confusion des sph&#232;res de l'activit&#233; sociale et la monopolisation de fonctions transversales par des &#171; responsables &#187; et des &#171; &#233;lites &#187; multicartes, qu'ils exercent ou non des fonctions directement li&#233;es &#224; l'&#201;tat constitue un p&#233;ril majeur et grandissant (sur lequel la sociologie de Bourdieu attire tr&#232;s justement l'attention). &#171; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les rapports de domination qui marquent tous les rapports de pouvoir et qui les stabilisent ne peuvent &#234;tre abolis sans une transformation radicale qui rende les rapports de pouvoirs mobiles et provisoires, &#224; d&#233;faut de parvenir &#224; les supprimer totalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pr&#233;cisions conduisent (presque &#8230;) logiquement &#224; la question suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Changer l'appareil d'&#201;tat et/ou d&#233;manteler la bureaucratie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation radicale des institutions de l'&#201;tat contemporain (ce que nous appelions jadis l'&#201;tat fort &#187;), non seulement suppose une r&#233;volution d&#233;mocratique qui ne se r&#233;sume pas &#224; une simple relance d&#233;mocratique, mais surtout elle concerne au premier chef &lt;i&gt;l'appareil&lt;/i&gt; d'&#201;tat, et plus particuli&#232;rement - je m &#8216;en tiendrai surtout &#224; cet aspect - l'administration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre l'image (ou l'illusion) d'un &#171; pouvoir public &#187; sans administration, il est salubre de souligner que nul pouvoir public ne peut se passer d'administration. Pas de transformation sociale sans administration. Mais pas de transformation sociale avec &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; administration. La question devient alors : &lt;i&gt;comment substituer une administration d&#233;mocratique &#224; l'administration bureaucratique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu proposes de nombreuses mesures qui vont dans ce sens, mais au prix de plusieurs ambigu&#239;t&#233;s qui reviennent &#224; ceci : en pr&#233;sentant tes propositions comme de paisibles r&#233;formes, tu prends le risque d'en &#233;mousser le tranchant et surtout, d'entretenir l'illusion qu'il s'agit seulement d'adapter l'appareil d'&#201;tat - et en particulier l'administration - &#224; de nouvelles fonctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. D&#233;manteler l'administration bureaucratique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;N&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne reviens pas sur les analyses canoniques (Marx quand tu nous tiens&#8230;) de la bureaucratie : son existence est enracin&#233;e dans la s&#233;paration/opposition entre une soci&#233;t&#233; antagonique et l'&#201;tat qui la plombe et la surplombe, mais aussi - comme tu le signales - dans la division sociale du travail (entre dirigeants et ex&#233;cutants) et dans les processus de renforcement contemporains de l'appareil d'&#201;tat et de la &#171; technostructure &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne reprends pas ton analyse de &#171; l'appareil d'&#201;tat aujourd'hui &#187; (p. 132-152) et des fonctions de l'&#201;tat, ainsi que de la composition et du fonctionnement de l'appareil d'&#201;tat. On pourrait la pr&#233;ciser et l'enrichir : cela ne changerait pas la ligne g&#233;n&#233;rale de ton argumentation qui me semble exacte. En revanche, il me semble que tu minores les risques et les dangers quand tu parles, par exemple, de &#171; l'inad&#233;quation &lt;i&gt;au moins partielle&lt;/i&gt; de l'appareil d'&#201;tat aux t&#226;ches de la transformation sociale &#187; (p. 152).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il est n&#233;cessaire de poser le probl&#232;me, comme tu le fais pour l'essentiel, dans toute son acuit&#233;, s'agissant de l'administration : Comment faire en sorte que les t&#226;ches administratives ne soient pas d&#233;volues &#224; une bureaucratie qui s'approprie l'exercice absolu du pouvoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat de classe oppose une double barrage &#224; la refonte des fonctions administratives : un barrage institutionnel et un barrage social. L'obstacle institutionnel r&#233;side dans la mutilation de la d&#233;mocratie et particuli&#232;rement dans l'absorption de la souverainet&#233; constituante par les fonctions ex&#233;cutives de maintien de l'ordre (la politique est d&#233;vor&#233;e par la police au sens de Foucault et Ranci&#232;re). L'obstacle social r&#233;side dans l'in&#233;galit&#233; des capacit&#233;s et des chances d'exercer des fonctions administratives, en raison des effets de la division de la soci&#233;t&#233; en classes et en particulier de la division sociale du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment franchir ces obstacles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Modalit&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux s&#233;ries de mesures indissociables - nombre d'entre elles figurent dans ton livre, mais la discussion doit permettre de v&#233;rifier que nous leur donnons le m&#234;me sens - sont indispensables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) La r&#233;sorption d&#233;mocratique de la toute-puissance administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune transformation sociale significative ne peut &#234;tre obtenue sans r&#233;sorption d&#233;mocratique de la toute-puissance administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration bureaucratique de l'&#201;tat de classe est intimement li&#233;e &#224; la nature des institutions politiques elles-m&#234;mes et aux fonctions d&#233;volues &#224; l'administration dans une soci&#233;t&#233; qui repose sur la s&#233;paration-opposition entre la soci&#233;t&#233; et l'&#201;tat (la domination politique) et sur la s&#233;paration-opposition entre les classes (l'exploitation capitaliste). Le d&#233;passement de l'administration bureaucratique de l'&#201;tat passe donc par une double refonte : la refonte des institutions d&#233;mocratiques et la refonte des fonctions administratives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La refonte des institutions d&#233;mocratiques est la condition fondamentale du d&#233;p&#233;rissement de toute forme de bureaucratie : la subordination des fonctions ex&#233;cutives aux fonctions l&#233;gislatives, la d&#233;centralisation et le principe de subsidiarit&#233; rendent possibles une simplification et une fragmentation des fonctions administratives ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La refonte des fonctions administratives elles-m&#234;mes est indispensable. Elle passe par : la distinction entre les fonctions administratives d&#233;lib&#233;ratives et les fonctions administratives ex&#233;cutives, la distinction entre les fonctions administratives centrales et les fonctions administratives d&#233;centralis&#233;es, la distinction entre les comp&#233;tences administratives et la responsabilit&#233; administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, les mesures indispensables peuvent &#234;tre ordonn&#233;es en fonction de trois traits majeurs de la bureaucratisation : la centralisation, l'autonomisation et la prolif&#233;ration, auxquelles on doit opposer respectivement la f&#233;d&#233;ralisation, la subordination et la diminution des fonctions administratives. Sous ces trois aspects, la r&#233;sorption de la bureaucratie passe par la reprise par la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, des fonctions administratives s&#233;par&#233;es (Marx encore&#8230;), autant que faire se peut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) La r&#233;sorption sociale de la bureaucratie administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration bureaucratique de l'&#201;tat de classe, exerc&#233;e par une &#171; Noblesse d'&#201;tat &#187;, se caract&#233;rise par :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- l'existence de privil&#232;ges mat&#233;riels exorbitants et cumulatifs qui consacrent et alimentent l'existence d'un pouvoir social autonome, que tout distingue voire oppose aux mode d'existence du &#171; peuple &#187; ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la cons&#233;cration d'une comp&#233;tence scolaire exclusive qui reproduit et accentue la distance sociale, l'&#233;litisme administratif et l'irresponsabilit&#233; politique ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- l'existence d'une hi&#233;rarchie interne, fond&#233;e sur la division administrative (bureaucratique) du travail et le despotisme d'administration&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en d&#233;coule trois s&#233;ries de mesures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La suppression des privil&#232;ges de l'administration : limiter les salaires et le train de vie des fonctionnaires ; interdire les cumuls d'emplois et de fonctions ; aligner les salaires et conditions de vie sur celle des ex&#233;cutifs des entreprises publiques et r&#233;ciproquement ; interdire toute forme de participation &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production et d'&#233;change.&lt;br class='manualbr' /&gt;- La suppression de l'irresponsabilit&#233; statutaire de l'administration : distinguer les fonctions consultatives d'expertise, reposant sur des comp&#233;tences scolaires reconnues, et les fonctions administratives d'ex&#233;cution, soumise au choix &#233;lectif.&lt;br class='manualbr' /&gt;- La suppression du despotisme d'administration : soumettre les fonctions administratives aux r&#232;gles d'autogestion des entreprises (&#233;lection, r&#233;vocabilit&#233;, coop&#233;ration).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre des mesures &#233;voqu&#233;es ici &#8211; peut-&#234;tre la plupart, je n'ai pas compt&#233; &#8230; &#8211; figurent dans ton livre ou s'en inspire. Pourquoi alors proposer une pr&#233;sentation diff&#233;rente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2. Changer l'appareil d'&#201;tat ou changer d'appareil d'&#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raison des ambigu&#239;t&#233;s de ta propre pr&#233;sentation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Une adaptation improbable&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais pas t'infliger le dictionnaire des &#171; c&#233;l&#232;bres citations &#187; (de Marx, &#233;videmment &#8230;) sur la destruction de l'appareil d'&#201;tat que tu connais si bien que je ne parviens pas &#224; me convaincre que ton choix du vocabulaire soit d&#233;nu&#233; d'intentions critiques : &#171; Changer l'appareil d'&#201;tat &#187; (titre du chapitre), &#171; Ouvrir l'&#201;tat &#224; la soci&#233;t&#233; &#187; (p.153), &#171; adapter &#187; l'appareil d'&#201;tat &#224; ses nouvelles missions. Reste &#224; v&#233;rifier, non pas que tu es &#171; orthodoxe &#187;, mais que tu as raison, non sur les mots, mais sur le fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question de d&#233;marche, tout d'abord : tu commences - si j'ose dire - par &#171; Ouvrir l'&#201;tat &#224; la soci&#233;t&#233; &#187; (p. 153-158) pour transformer cet &#201;tat, avant de transformer cet &#201;tat pour qu'il s' &#171; ouvre &#187; &#224; la soci&#233;t&#233;. D'accord, c'est li&#233; (dialectiquement, bien s&#251;r&#8230;) ; mais il me semblerait plus juste de partir du second point - &#171; Red&#233;finir les missions et y adapter l'appareil d'&#201;tat &#187; (p. 159-165) - et particuli&#232;rement des mesures que tu pr&#233;conises pour ce que tu appelles un &#171; appareil d'&#201;tat adapt&#233; &#187; (p. 160-165).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question de contraste, ensuite : entre la radicalit&#233; de certaines mesures (limiter les salaires et le train de vie des fonctionnaires) et la timidit&#233; de certaines autres (encourager les fonctionnaires &#224; travailler autrement, tendre vers une administration de projets et d'objectifs). Plus exactement, contraste entre des mesures dont tu dis toi-m&#234;me qu'elles risquent de provoquer des &#171; d&#233;parts &#187; au sein de l'administration &#171; qui ne sont pas n&#233;cessairement n&#233;gatifs &#187; (p. 161) (autrement dit : qui sont &#233;minemment souhaitables&#8230;) et des mesures qui affectent de partir de l'administration telle qu'elle est socialement et institutionnellement constitu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question de strat&#233;gie, enfin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Une transformation n&#233;cessaire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant le dire, l'ensemble des mesures destin&#233;es &#224; transformer l'administration bureaucratique doivent avoir pour objectif de supprimer l'appareil d'&#201;tat ou l'&#201;tat en tant qu'appareil pour lui substituer une administration publique, plac&#233;e sous le contr&#244;le de la d&#233;mocratie communiste : voil&#224; pour l'objectif poursuivi. Autant le dire, les mesures de transformation radicale de l'appareil d'&#201;tat ne laisseront aux hauts fonctionnaires qu'un seul choix : se soumettre ou se d&#233;mettre. Et ce choix sera d'autant plus clair qu'il sera effectu&#233; non seulement &#224; partir d'une transformation par le haut, mais par une transformation &#171; par le bas &#187; : auto-&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce point que je voudrais ne pas conclure (puisque l'objectif de ce texte est d'engager une discussion et d'obtenir - autant que possible - des pr&#233;cisions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auto-&#233;mancipation des travailleurs (et plus g&#233;n&#233;ralement des domin&#233;s) a pour moi &#8211; pour nous &#8211; toute la force d'une &#233;vidence et tout le poids d'une &#233;nigme. Pour &#233;viter de la r&#233;soudre par la simple r&#233;p&#233;tition qui tourne au slogan ( c'est sous cette forme que trop souvent l'auto&#233;mancipation revient &#224; la mode parmi ceux qui n'ont pas renonc&#233; &#8230;), je me suis fabriqu&#233; une petit formule que je suis pr&#234;t &#224; partager : &#171; pas d'invention d'un avenir d&#233;mocratique sans invention d&#233;mocratique de cet avenir &#8221;. Mais c'est seulement pour renouveler l'&#233;nigme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Source&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler,&lt;i&gt; &#201;mancipation - Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus, &lt;/i&gt;suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques textes r&#233;unis sous ce titre n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s, initialement, en vue d'une publication, mais en vue d'une discussion, au sein d'un groupe de travail - &#171; D&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale &#187; - dont l'activit&#233; a permis de pr&#233;parer une journ&#233;e d'&#233;tude en juin 2001 : les contributions parues dans la revue &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt; rendent compte de cette journ&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis&#232;re la marxologie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
I. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels. &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-I-Democratie-revolution-emancipation-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'Etat et la politique.&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-II-Democratie-revolution-emancipation-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. D&#233;mocratie et appropriation sociale (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation chez Marx et Engels&lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-III-Democratie-et-appropriation-sociale-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. D&#233;mocratie et appropriation sociale (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution&lt;/i&gt; : &lt;i&gt; Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt;. Ci-dessus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Agone, 2001. Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres de Marx et Engels se r&#233;f&#232;rent &#224; la derni&#232;re &#233;dition parue aux Editions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; ce titre, la pol&#233;mique que tu engages contre Daniel Bensa&#239;d me semble singuli&#232;rement (Allez ! N'abusons pas trop des adjectifs..) &#8230;unilat&#233;rale. M&#234;me si sa r&#233;flexion r&#233;cente l'am&#232;ne &#224; repenser surtout les conditions d'une r&#233;volution ( et, &#224; ce titre, &#224; contribuer au renouvellement d'une pens&#233;e politique et strat&#233;gique), tu sais fort bien que ni lui ni la LCR, m&#234;me s'ils partagent un h&#233;ritage dont nous ne sommes pas encore sortis, n'ont cess&#233; et depuis fort longtemps de pr&#233;senter des propositions alternatives ou, si tu veux, &#171; positives &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je pense notamment &#224; ce que tu proposes pour &#171; changer la vie &#187; et qui constitue, somme toute, un programme de propositions impliqu&#233;es dans les exigences les plus radicales des mouvement sociaux actuels (p. 21-27) ;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette question, voir notamment : Jacques Texier, &#171; Socialisme D&#233;mocratie Autogestion &#187;, &lt;i&gt;La Pens&#233;e&lt;/i&gt; n&#176; 321, Janvier/mars 2000 ;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, voir - outre le texte de Texier pr&#233;c&#233;demment cit&#233; - ma contribution &#224; la complication des probl&#232;mes dans le petit essai qui pr&#233;c&#232;de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre 1, traduction de la 4e &#233;dition allemande, Editions sociales, 1983,p.376.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les objectifs et les limites de la planification, je m'en remets, provisoirement, &#224; celles et ceux qui, comme toi, ont r&#233;fl&#233;chi &#224; la question. Voir notamment les contributions de Catherine Samary.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Bensa&#239;d, au cours des discussions de notre &#171; petit groupe &#171; , m'a signal&#233; que j'&#233;tais en retard d'une bonne d&#233;cennie et qu'une proposition semblable figurait dans des textes de la LCR : je m'en r&#233;jouis et regrette de ne pas avoir encore r&#233;ussi &#224; me les procurer. C'est un appel au archivistes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En revanche, la nature de ce dernier pouvoir et ses rapports avec l'ex&#233;cutif devraient &#234;tre enti&#232;rement red&#233;finis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marx et la d&#233;mocratie</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Marx-et-la-democratie.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la domination politique - la dictature - du prol&#233;tariat</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et le d&#233;p&#233;rissement de l'Etat</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pour une d&#233;mocratie sans r&#233;volution ? Pour une d&#233;mocratie sans domination ? Pour une domination sans d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-la-democratie-25-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-la-domination-politique-la-dictature-du-proletariat-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la domination politique - la dictature - du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-le-deperissement-de-l-Etat-+.html" rel="tag"&gt;Marx et le d&#233;p&#233;rissement de l'Etat&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L100xH150/arton30-5b417.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'article suivant a &#233;t&#233; publi&#233; en 2003, sous le titre &#171; Marx, la d&#233;mocratie, le communisme &#187; dans un ouvrage collectif : &lt;i&gt;Marxisme et d&#233;mocratie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les cahiers de critique communiste, &#233;ditions Syllepse, d&#233;cembre 2003.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Il fait r&#233;f&#233;rence, pour commencer, &#224; une contribution d'Antoine Artous intitul&#233;e &#171; D&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale &#187;, publi&#233;e dans le m&#234;me ensemble de textes [&lt;a href=&#034;http://athena.henri-maler.fr/ecrire/?exec=article&amp;id_article=30&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]. Bien qu'il se tienne dans les limites fort &#233;troites de la marxologie et comporte des interpr&#233;tations que je ne maintiendrais pas toutes aujourd'hui, je le publie ici plus de quinze ans plus tard tel qu'il est paru. (mai 2019)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Marx et la d&#233;mocratie&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dans les limites d'une contribution centr&#233;e sur l'h&#233;ritage th&#233;orique laiss&#233; par Marx (sans aborder par cons&#233;quent le lourd h&#233;ritage l&#233;gu&#233; par l'histoire ult&#233;rieure, mon propos visera, grossi&#232;rement, &#224; r&#233;pondre &#224; la question suivante : comment, m&#234;me &#224; titre posthume, raser la barbe de Marx sans lui trancher la gorge ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, l'argumentation d'Antoine Artous&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans une contribution d'Antoine Artous intitul&#233;e &#171; D&#233;mocratie et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; revient &#224; ceci : Marx aurait reconnu le sens de la citoyennet&#233; d&#233;mocratique, mais n'en aurait pas tir&#233; toute les cons&#233;quences ; il aurait aggrav&#233; son cas et le n&#244;tre par la perspective confuse du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat et le moment p&#233;rilleux de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Sur l'&#233;mancipation politique : pour une d&#233;mocratie sans r&#233;volution ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, la d&#233;mocratie n'est-elle pas plus bourgeoise par essence ou destination que la domination bourgeoise ou le march&#233; ne sont d&#233;mocratiques par nature et par vocation : sous sa forme moderne, la d&#233;mocratie est porteuse d'une &#233;mancipation politique et d'un exc&#233;dent utopique dont nous devons h&#233;riter. Encore convient-il de marquer nettement les limites de cet h&#233;ritage. Quelles sont pour Marx la port&#233;e et les limites de la citoyennet&#233; d&#233;mocratique ? Pourquoi Marx critique-t-il l'&#233;mancipation politique qu'il consid&#232;re cependant comme &#171; un grand progr&#232;s &#187; ? Autrement dit, pourquoi critique-t-il l'abstraction et la repr&#233;sentation politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mancipation politique repose sur l'&#233;galit&#233; des citoyens. Comme toute &#233;galit&#233;, celle-ci suppose que l'on fasse abstraction des toutes les autres diff&#233;rences et in&#233;galit&#233;s. En ce premier sens, qui est aussi un sens faible, l'abstraction politique est une mise en &#233;quivalence des &#234;tres humains en qualit&#233; de citoyens, abstraction faite de toutes leurs particularit&#233;s personnelles et sociales. Les droits politiques &#233;gaux et leur exercice sont la r&#233;alisation de cette abstraction. La g&#233;n&#233;ralisation de ces droits - leur universalisation - sous la forme notamment du suffrage universel, est l'universalisation de cette abstraction r&#233;elle. En ce sens, l'abstraction citoyenne est un moment constitutif de la d&#233;mocratie et le suffrage universel ne devrait souffrir d'aucune restriction, m&#234;me sous couvert d'exercer la dictature du prol&#233;tariat. Disons-le clairement et une fois pour toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'abstraction politique n'est pas une simple mise en &#233;quivalence : elle est l'effet d'une dissociation r&#233;elle &#8211; une scission &#8211; entre la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise et l'&#201;tat. Cette s&#233;paration est constitutive de l'&#233;mancipation politique et marque &#171; un grand progr&#232;s &#187;. Mais Marx ne se borne pas &#224; enregistrer une s&#233;paration : il met en valeur une &lt;i&gt;contradiction&lt;/i&gt;. L'abstraction politique &#8211; l'&#233;galit&#233; citoyenne &#8211; repose sur le d&#233;chirement de la soci&#233;t&#233; civile, o&#249; s'affronte des int&#233;r&#234;ts &#233;go&#239;stes que Marx comprend, de plus en plus pr&#233;cis&#233;ment, comme l'effet de la division de la soci&#233;t&#233; en classes, reposant &#224; son tour sur la s&#233;paration entre les producteurs et les moyens de production. En ce deuxi&#232;me sens, qui est le sens fort du concept marxien, l'abstraction politique est une mise en &#233;quivalence qui s'abstrait de son pr&#233;suppos&#233; - la soci&#233;t&#233; bourgeoise - &lt;i&gt;et qui s'oppose &#224; lui&lt;/i&gt;. En ce sens, aussi existante soit-elle, la communaut&#233; reste une communaut&#233; imaginaire : une communaut&#233; qui est abstraite parce qu'elle repose sur l'absence de communaut&#233; v&#233;ritable. Le propos de Marx est de viser &#224; l'abolition du pr&#233;suppos&#233; de l'abstraction, et &lt;i&gt;en ce sens&lt;/i&gt; d'en finir avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mancipation politique n'est pas seulement une &#233;mancipation inachev&#233;e qu'il faudrait &lt;i&gt;compl&#233;ter&lt;/i&gt; par une &#233;mancipation sociale. L'&#233;mancipation politique pr&#233;suppose la soci&#233;t&#233; bourgeoise : &#171; C'est parce que l'individu n'est pas libre que la soci&#233;t&#233; s'&#233;l&#232;ve jusqu'&#224; cette abstraction d'elle-m&#234;me que constitue l'abstraction politique. &#187; Mais, poursuit Marx, &#171; Avec l'abrogation politique du cens, non seulement la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'est pas abolie, elle est elle-m&#234;me pr&#233;suppos&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la Question Juive, Ed. Aubier, p.71-77.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Autrement dit, l'universalisation du droit de suffrage parach&#232;ve l'abstraction politique met &#224; nu la contradiction entre &#233;galit&#233; citoyenne et d&#233;chirement social : elle est &#171; la contradiction non cach&#233;e &#187;, qui porte en elle l'exigence de la dissolution de la soci&#233;t&#233; bourgeoise : tr&#232;s exactement, l'exigence d'une r&#233;volution sociale que Marx pr&#233;sente tout d'abord comme r&#233;alisation de la &#171; vraie d&#233;mocratie &#187;, avant de lui donner le nom de communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de la repr&#233;sentation politique suit le m&#234;me chemin que la critique de l'abstraction politique. Marx critique la repr&#233;sentation politique parce qu'elle reconduit et organise la s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; bourgeoise et l'&#201;tat. Autrement dit, la repr&#233;sentation politique reconduit la domination et l'exploitation qui sont impliqu&#233;e dans cette s&#233;paration et donc la contradiction entre &#233;galit&#233; citoyenne et in&#233;galit&#233;s de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons un moment la lettre du texte de Marx. La repr&#233;sentation politique n'a jamais &#233;t&#233; ni en droit ni en fait un simple &#171; reflet &#187; du peuple et de sa souverainet&#233;. Ni en droit : la plupart des conceptions th&#233;oriques de la repr&#233;sentation en font un m&#233;canisme de s&#233;lection qui, intentionnellement ou pas, se traduit par l'attribution de fonctions de domination. Ni en fait : parce que la repr&#233;sentation remplit largement le r&#244;le que ses th&#233;oriciens lui attribuent : s&#233;lectionner les gouvernants et donc les dominants. Et c'est ce r&#244;le qui d&#233;cide aussi bien de la nature du mode de d&#233;signation (l'&#233;lection plut&#244;t que le tirage au sort) que du mode de fonctionnement. La repr&#233;sentation politique est la forme de cons&#233;cration/dissimulation de la s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; bourgeoise et l'&#201;tat et de l'opposition entre communaut&#233; citoyenne et antagonisme social. Les repr&#233;sent&#233;s sont alors construits pas le m&#233;canisme de la repr&#233;sentation, comme des hommes qui, expropri&#233;s dans leur majorit&#233; du contr&#244;le de leur propre vie sociale, sont invit&#233;s &#224; choisir ceux qui ent&#233;rinerons cette expropriation. Cela n'implique nullement l'absence de toute forme de repr&#233;sentation dans une soci&#233;t&#233; affranchie de la division de la soci&#233;t&#233; en classe. Mais cette repr&#233;sentation change alors de sens et de fonction : l'&#233;galit&#233; entre les citoyens repose sur leur &#233;galit&#233; en qualit&#233; de producteurs : des producteurs qui donnent mandat &#224; certains d'entre eux de les repr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;mancipation sociale est la condition de la communaut&#233; d&#233;mocratique v&#233;ritable Comment y parvenir ? C'est la question la plus lourde, on le sait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tenons pour acquis qu'il n'est pas d'&#233;mancipation sociale sans &#171; conqu&#234;te du pouvoir &#187; ou de la conqu&#234;te de la domination politique par la majorit&#233; des domin&#233;s. Se pose alors la question suivante : Quel pouvoir ? Cette question se d&#233;double imm&#233;diatement : quelle forme de domination politique pendant une p&#233;riode de transition (de transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233;) ? Quelle forme de pouvoir public au terme de cette transition ? &#192; cette double question, la r&#233;ponse peut tenir dans une simple formule : un pouvoir d&#233;mocratique de bout en bout. Mais cela n'efface pas la n&#233;cessit&#233; de distinguer les deux aspects du probl&#232;me pos&#233; : Quelle d&#233;mocratie &#224; l'horizon d'une soci&#233;t&#233; transform&#233;e ? Quelle d&#233;mocratie au c&#339;ur du processus de transformation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re question re&#231;oit, venue de Marx et Engels, une r&#233;ponse simple, en apparence : une soci&#233;t&#233; sans classes (ce qui ne veut pas dire sans conflits) serait une soci&#233;t&#233; sans &#201;tat (ce qui ne veut pas dire sans pouvoir public). Et cette r&#233;ponse est soutenue par la perspective du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat : une perspective qui est &#224; la fois un point aveugle et un point focal de la th&#233;orie de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Sur le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat : pour une d&#233;mocratie sans domination&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette question, la suite de ce texte est une version abr&#233;g&#233;e d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;La th&#233;matique du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat &#8211; de l'&#201;tat politique ou &#201;tat de classe, de l'&#201;tat politique s&#233;par&#233; ou &#201;tat de la bourgeoisie &#8211; est une th&#233;matique constante dans l'&#339;uvre de Marx. Faut-il, en raison des obscurit&#233;s de la perspective du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat (et de son renversement d&#233;sastreux dans le cours de la r&#233;volution russe) renoncer &#224; cette perspective ? Car ces obscurit&#233;s existent bel et bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous couvert de critiquer la s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat &#8211; entre in&#233;galit&#233;s sociales et &#233;galit&#233; citoyenne - on peut lui opposer l'esquisse et/ou la perspective d'une soci&#233;t&#233; enti&#232;rement restitu&#233;e &#224; elle-m&#234;me : parce qu&#8216;elle aurait aboli toute forme de distinction entre organisation sociale et institution publique et/ou parce qu'elle a remplac&#233; le gouvernement des hommes par l'administration des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces tentations existent chez Marx. Mais, d&#232;s 1843, il prend soin, d&#232;s 1843, de distinguer la fin de l'&#201;tat politique de la suppression pure et simple de toute constitution et donc de toute institution publique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du droit politique h&#233;g&#233;lien, Editions sociales, 1980, p. 69-70.&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et devenu communiste, il soutiendra, comme on va le voir, qu'un &#171; pouvoir public &#187; demeure n&#233;cessaire. Quant &#224; la p&#233;nombre technocratique qui enveloppe la notion d' &#171; administration des choses &#187;, elle n'est pour une part que l'ombre r&#233;trospectivement port&#233;e par les fantastiques r&#233;alisations de l'&#201;tat stalinien sur des conceptions qui, aussi ambigu&#235;s soient-elles, n'en sont pas la simple pr&#233;figuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restent cependant les pi&#232;ges du vocabulaire. Que signifie la fin de l'&#201;tat politique (voire de l'&#201;tat tout court) ? Sans l'adjectif, le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat sugg&#232;re que la soci&#233;t&#233; est imm&#233;diatement rendue &#224; elle-m&#234;me. Avec l'adjectif, le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat politique, laisse penser que c'est le politique, comme instance ou pratique de coordination de la vie sociale qui dispara&#238;t. Il reste que les id&#233;es de Marx sont claires. L'&#201;tat d&#233;signe l'institution qui exerce des fonctions sociales diverses, mais prises dans le rapport de domination entre les gouvernants et les gouvern&#233;s. &#8220; Politique &#8221; est l'adjectif qui correspond &#224; ce rapport de domination et le distingue, du moins en droit, des autres relations d'oppression et/ou d'exploitation sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi Marx peut &#233;crire que dans une soci&#233;t&#233; d&#233;barrass&#233;e des classes et de leur antagonisme &#171; il n'y aura plus de pouvoir politique proprement dit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mis&#232;re de la Philosophie, Editions sociales, 1942, p. 178.-179.&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Du m&#234;me coup, l'effacement du pouvoir politique ou de l'&#201;tat politique ainsi entendus n'impliquent ni logiquement ni historiquement que tout pouvoir public disparaisse, mais seulement que &#171; le pouvoir public perd alors son caract&#232;re politique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx-Engels, Manifeste du parti communiste, &#233;dition bilingue, Ed. Sociales, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile pour autant de dissimuler l'embarras o&#249; nous mettent ce vocabulaire sp&#233;cifique et les interpr&#233;tations abusives auxquelles il ouvre la voie. Sans doute Marx en &#233;tait-il lui-m&#234;me conscient, puisque, dans &lt;i&gt;La Critique du Programme de Gotha&lt;/i&gt;, le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat est pr&#233;sent&#233; comme une transformation de l'&#201;tat, d&#233;barrass&#233; de sa fonction de domination. Face &#224; la revendication confuse de l'&#201;tat libre, Marx r&#233;plique : &#034;La libert&#233; consiste &#224; &lt;i&gt;transformer&lt;/i&gt; l'&#201;tat, organisme qui s'est mis au-dessus de la soci&#233;t&#233;, en un organisme enti&#232;rement subordonn&#233; &#224; elle&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique de Programme de Gotha, Editions sociales, p.42&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Transformer l'&#201;tat c'est se proposer de le maintenir en quelque fa&#231;on, et non de le faire ou de le voir dispara&#238;tre totalement ; de subordonner l'&#201;tat &#224; la soci&#233;t&#233;, et non de le dissoudre dans la soci&#233;t&#233; : autrement dit de supprimer l'&#201;tat comme institution de domination et non l'&#201;tat comme pouvoir public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat ne signifie plus alors que d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat de classe, comme institution dominante et comme instrument de domination. Et l'effacement du caract&#232;re politique de l'&#201;tat ne signifie rien d'autre que la fin de la politique comme domination et non la fin de toute politique. Que serait alors un pouvoir public ainsi affranchi ? Une d&#233;mocratie sans domination de classe, mais non sans institutions publiques (et, en un autre sens, &#233;tatiques), une d&#233;mocratie sans politique de classe, mais non sans d&#233;lib&#233;ration conflictuelle (et donc politique). Le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat est alors synonyme d'expansion d&#233;mocratique de la politique. Que signifie, au fond, la perspective du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat ? Le d&#233;p&#233;rissement des institutions et des fonctions de l'&#201;tat attach&#233;es au maintien d'un ordre social fond&#233; sur la division de la soci&#233;t&#233; en classes : le d&#233;p&#233;rissement des institutions et des fonctions de l'&#201;tat qui d&#233;pendent de son r&#244;le de verrou des rapports d'exploitation et du rapport de domination. Mais en m&#234;me temps le maintien d'un &#8220; pouvoir public &#8221; d&#233;mocratiquement constitu&#233; et contr&#244;l&#233; : &lt;i&gt;une d&#233;mocratie sans domination&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit, dira-t-on, mais comment ? C'est alors que le b&#226;t blesse &#224; nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous couvert d'ouvrir une perspective strat&#233;gique pr&#233;sentant le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat comme une cible, il arrive que Marx et Engels pr&#233;sentent ce d&#233;p&#233;rissement (ou cette &#8220; extinction &#8221;) comme l'effet la r&#233;alisation d'une promesse : le processus de d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat s'effectue &#171; in&#233;vitablement &#187; et &#171; naturellement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les origines de la famille, de la propri&#233;t&#233; et de l'Etat, Editions sociales, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sans doute Marx, dans &lt;i&gt;La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; (1871) reconna&#238;t la n&#233;cessit&#233; strat&#233;gique de briser la vieille machine d'&#201;tat et de la remplacer par de nouvelles formes de &#171; pouvoir public &#187;, dont la Commune fournit l'esquisse comme &#171; forme enfin trouv&#233;e de l'&#233;mancipation du travail &#187; Mais sous couvert de critiquer l'invention doctrinaire des formes de l'avenir, Marx laisse penser que le contenu du communisme, une fois attest&#233; par le mouvement historique, trouvera de lui-m&#234;me les formes de son accomplissement. Marx lui-m&#234;me soul&#232;ve cette question, quand il indique, comme on l'a vu, qu'il s'agit de &#171; &lt;i&gt;transformer&lt;/i&gt; l'&#201;tat, organisme qui s'est mis au-dessus de la soci&#233;t&#233;, en un organisme enti&#232;rement subordonn&#233; &#224; elle &#187;. Mais que signifie cette transformation de l'&#201;tat ? &#034;Quelle transformation subira l'&#201;tat dans une soci&#233;t&#233; communiste ? Autrement dit : quelles fonctions sociales s'y maintiendront analogues aux fonctions actuelles de l'&#201;tat ? &#8221;. Or Marx se refuse obstin&#233;ment &#224; esquisser des r&#233;ponses, ne serait-ce que pour la raison suivante : &#171; &lt;i&gt;Seule la science peut r&#233;pondre &#224; cette question&lt;/i&gt;... &#187;. Fort bien, mais que dira la Science et quand ? &#192; ces questions, nulle r&#233;ponse, puisque, nous dit-on, elles n'ont pas d'actualit&#233; politique : &#171; Le programme n'a pas &#224; s'occuper (...) de l'&#201;tat futur dans la soci&#233;t&#233; communiste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique de Programme de Gotha, Editions sociales, p.42.&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Position compr&#233;hensible, &#224; la rigueur, dans le contexte o&#249; Marx &#233;crit, mais d&#233;sormais intenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moins peut-on planter quelques jalons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes d&#233;mocratiques d'une soci&#233;t&#233; transform&#233;e &#8211; les formes d&#233;mocratiques du communisme dans sa premi&#232;re phase &#8211; constituent la vis&#233;e d'un processus. Cette vis&#233;e est celle d'une d&#233;mocratie de citoyens-producteurs, librement associ&#233;s pour tenter de ma&#238;triser en commun (collectivement) leur propre vie sociale. Dans une telle soci&#233;t&#233;, les &#234;tres humains sont &#233;gaux en tant que citoyens et &#233;gaux en tant que producteurs : &#233;gaux en tant que citoyens parce qu'ils sont &#233;gaux en tant que producteurs. L'&#233;galit&#233; citoyenne n'est plus seulement cette communaut&#233; qui aussi r&#233;elle qu'elle soit demeure imaginaire tant que l'&#233;galit&#233; citoyenne s'oppose &#224; une in&#233;galit&#233; sociale, dont elle est l'abstraction. Mais l'expansion d&#233;mocratique ne se confond pas avec une quelconque absorption du &#171; public &#187;par le &#171; social &#187;. Il faut alors en tirer quelques les cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; &#233;mancip&#233;e, les distinctions et les in&#233;galit&#233;s entre les individus ne prennent plus la forme d'une division de la soci&#233;t&#233; en classes et en partis qui expriment, plus ou moins directement, cette division. En revanche, les divisions entre les producteurs-citoyens ne sont nullement abolis : le pluralisme et la conflictualit&#233; d&#233;mocratiques, rendus sans doute plus fluides demeurent in&#233;vitables et souhaitables. Autant dire que le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat est une lubie p&#233;rilleuse si l'on ne pr&#233;cise pas les formes que peuvent rev&#234;tir ce pluralisme et cette conflictualit&#233; d&#233;mocratiques. Ce qui renvoie &#224; une seconde question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; &#233;mancip&#233;e la s&#233;paration entre les producteurs et les citoyens ne prend plus la forme d'une &lt;i&gt;opposition&lt;/i&gt; entre une communaut&#233; imaginaire (mais nullement inexistante) et une soci&#233;t&#233; d&#233;chir&#233;e qui rend impossible l'existence d'une communaut&#233; effective. En revanche, la &lt;i&gt;distinction&lt;/i&gt; entre les hommes en qualit&#233;s de producteurs et les hommes en qualit&#233; de citoyens se maintient : parce que la sph&#232;re d'activit&#233; du pouvoir public ne se limite pas &#224; la gestion de l'activit&#233; productive et le domaine d'intervention du citoyen est plus &#233;tendu que le domaine d'intervention du producteur. Autant dire que la citoyennet&#233; d&#233;mocratique n'est pas soluble dans l'autogestion et que le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat de classe ne signifie nullement l'abolition de toute forme de repr&#233;sentation : on peut tout au plus agir pour que l'&#233;lection des repr&#233;sentants au suffrage universel et proportionnel direct sans restriction ne consacre plus la s&#233;lection des dominants et la d&#233;possession des domin&#233;s et se traduise par une repr&#233;sentation non plus abstraite, mais concr&#232;te (puisqu'elle repose sur l'abolition des in&#233;galit&#233;s de classes ) de producteurs-citoyens. Autant dire &#233;galement que le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat n'implique nullement la confusion entre les formes directes de l'appropriation sociale et les formes politiques de la citoyennet&#233;. Il convient alors de franchir un pas de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; &#233;mancip&#233;e, la d&#233;mocratie n'est pas concevable sans appropriation sociale : une appropriation sociale des moyens de production, d'&#233;change et de communication qui suppose la combinaison d'une appropriation publique (qui ne se confond pas avec l'appropriation directe et privative des producteurs de chaque entreprise ou branche d'activit&#233;) et d'une appropriation directe (qui rev&#234;t n&#233;cessairement des formes autogestionnaires). Penser les formes de cette combinaison n'est pas une mince affaire. Mais aucune appropriation sociale n'est concevable sans d&#233;mocratie. Autant dire que si le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat doit reposer sur une double autod&#233;termination du peuple (o&#249; toutes et tous interviennent et en tant que producteurs et en tant que citoyens). Autant dire que chacune d'elle, dans la production et dans la cit&#233;, suppose &#224; la fois la distinction et l'exercice le plus direct possible des fonctions d&#233;lib&#233;ratives et ex&#233;cutives. Ce qui suppose :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'adoption du f&#233;d&#233;ralisme fond&#233; sur deux piliers : la libre f&#233;d&#233;ration des organes distincts du pouvoir des producteurs et du pouvoir des citoyens ; la libre d&#233;termination du principe de subsidiarit&#233; qui permet de confier le traitement des probl&#232;mes au niveau que requiert leur solution ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la stricte subordination des fonctions ex&#233;cutives aux fonctions d&#233;lib&#233;ratives, par la mise en &#339;uvre du double principe d'&#233;ligibilit&#233; et de r&#233;vocabilit&#233; des repr&#233;sentants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quelques cons&#233;quences sont encore vagues, &#233;videmment, mais les formes d&#233;mocratiques d'une soci&#233;t&#233; transform&#233;e, m&#234;me simplement esquiss&#233;es, devraient permettre de pr&#233;ciser les contours des formes d&#233;mocratiques n&#233;cessaires &#224; la transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III. Sur la dictature du prol&#233;tariat : pour une domination sans d&#233;mocratie ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes d&#233;mocratiques de transition &#8211; les formes d&#233;mocratiques de la transformation sociale &#8211; sont ou doivent &#234;tre des formes de &lt;i&gt;domination&lt;/i&gt; (politique) et d'&lt;i&gt;&#233;mancipation&lt;/i&gt; (sociale). Toutes les contradictions d'une p&#233;riode de transition se concentrent dans l'opposition entre ces deux termes. Comment une forme de domination peut-elle &#234;tre une forme d'&#233;mancipation ? Comment une forme de domination peut-elle &#339;uvrer &#224; son d&#233;passement ? Tout semble tenir, entre d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat et dictature du prol&#233;tariat, dans ce d&#233;doublement insurmontable : &#224; l'horizon, une d&#233;mocratie sans domination ; en transition, une domination sans d&#233;mocratie. Trou noir qui menace d'engloutir toute tentative d&#8216;&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'objectif est bien d'ajuster des formes de d&#233;mocratie n&#233;cessaires &#224; l'&#233;mancipation (et donc &#224; l'appropriation sociale), force est de commencer par la question d&#233;cisive : s'agit-il de parachever la r&#233;volution d&#233;mocratique par de simples r&#233;formes ou de &#171; transformer l'&#201;tat &#187; par une r&#233;volution d&#233;mocratique ? S'agit-il de compl&#233;ter la d&#233;mocratie repr&#233;sentative par un suppl&#233;ment de d&#233;mocratie participative ou de transformer radicalement les formes existantes de la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le terme de r&#233;volution, je ne vise pas ici les modalit&#233;s de la &#171; conqu&#234;te du pouvoir &#187;, mais l'ensemble des transformations n&#233;cessaires &#224; l'&#233;mancipation sociale. Je ne vise pas seulement l'&#339;uvre institutionnelle d'un pouvoir constituant, mais &lt;i&gt;la subversion pratique de l'ensemble des rapports de pouvoir qui reconduisent les rapports de domination.&lt;/i&gt; En tout cas : pas d'appropriation sociale sans r&#233;volution d&#233;mocratique ; mais pas d'&#233;mancipation sociale sans domination politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les formes d&#233;mocratiques de la domination politique n&#233;cessaire &#224; l'appropriation sociale ? Quelle d&#233;mocratie ? Une d&#233;mocratie conseilliste ? Une d&#233;mocratie parlementaire ? Une d&#233;mocratie participative ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul ne peut pr&#233;voir exactement quelles formes prendra la d&#233;mocratie &#233;ruptive qui p&#233;riodiquement vient troubler, voire subvertir la d&#233;mocratie repr&#233;sentative, ou combattre frontalement les r&#233;gimes autoritaires de toutes natures. Et Marx, on le sait, avait d&#233;couvert dans la Commune et ses principaux caract&#232;res &#171; une forme politique tour &#224; fait susceptible d'expansion &#187;, &#171; la forme politique enfin trouv&#233;e qui permettait l'&#233;mancipation &#233;conomique du travail &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, La guerre civile en France&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il n'existe aucune raison de douter que de telles formes r&#233;appara&#238;tront et qu'elles joueront &#224; un r&#244;le d&#233;cisif. Que peut-on entrevoir &#224; leur propos ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, l'exp&#233;rience comme la th&#233;orie invitent &#224; maintenir une distinction de principe entre les formes coop&#233;ratives et les formes territoriales de la d&#233;mocratie &#233;ruptive : entre les formes sous lesquels les producteurs s'emparent du contr&#244;le de la production et les formes sous lesquels les domin&#233;s exercent leur pouvoir constituant. Ce sont deux formes d'autod&#233;termination des producteurs-citoyens dont la confusion &#233;ventuelle ne devrait &#234;tre que provisoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, on ne saurait cantonner &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; les formes territoriales d'auto-&#233;mancipation dans le r&#244;le d'un contre-pouvoir qui, sous couvert de compl&#233;ter les limites du pouvoir &#233;tabli ou de contrebalancer ses abus, consacrerait comme l&#233;gitime n'importe quel pouvoir existant (et cela quel qu'en soit le type). Toutes les &#233;quivoques de la notion de d&#233;mocratie participative se concentrent sur ce point : participation qui laisse durablement intactes les formes parlementaires de la domination politique ou non ? Une d&#233;mocratie participative qui se pr&#233;senterait, non pas provisoirement, mais d&#233;finitivement comme la forme enfin trouv&#233;e de la r&#233;novation de la d&#233;mocratie parlementaire, se proposerait comme le suppl&#233;ment d'&#226;me de la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et par cons&#233;quent, une r&#233;volution d&#233;mocratique doit inventer ses propres formes de repr&#233;sentation. Quelles que soient les voies de passage, il faut, me semble-t-il, marquer nettement la diff&#233;rence entre le simple maintien (ou la simple r&#233;activation) d'une forme parlementaire&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;solidaire du gouvernement repr&#233;sentatif (s&#233;lectif, centralis&#233;, bureaucratique) et l'instauration d'une nouvelle forme de repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire que l'avenir des formes d'auto-organisation ne d&#233;pend pas ou pas seulement de la p&#233;rennit&#233; de la mobilisation qui les porte et/ou de leur capacit&#233; &#224; r&#233;soudre les contradictions qu'elles doivent affronter, mais de l'ampleur et de la profondeur du pouvoir constituant qu'elles sont en mesure d'exercer. Mais c'est dire aussi que la domination politique n&#233;cessaire &#224; l'&#233;mancipation sociale ne saurait se pr&#233;senter par principe comme une forme de domination exclusive, impos&#233;e sur de simples crit&#232;res sociaux : la ci-devant dictature du prol&#233;tariat quand elle fait fi des contraintes d&#233;mocratiques qui sont impos&#233;es &#224; l'auto-&#233;mancipation du prol&#233;tariat lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Source &lt;/strong&gt; : &#171; Marx, la d&#233;mocratie, le communisme &#187;, dans &lt;i&gt;Marxisme et d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, Les cahiers de critique communiste, &#233;ditions Syllepse, d&#233;cembre 2003&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les cahiers de critique communiste, &#233;ditions Syllepse, d&#233;cembre 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans une contribution d'Antoine Artous intitul&#233;e &#171; D&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale &#187;, publi&#233;e dans le m&#234;me ensemble de textes. La lecture de cette contribution n'est pas indispensable &#224; la compr&#233;hension de ce qui suit (note de 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Sur la Question Juive&lt;/i&gt;, Ed. Aubier, p.71-77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette question, la suite de ce texte est une version abr&#233;g&#233;e d'une contribution ant&#233;rieure : &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Retour-critique-sur-le-deperissement-de-l-Etat.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Pour une d&#233;mocratie sans domination. Retour critique sur le d&#233;p&#233;rissement de l'Etat &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Critique du droit politique h&#233;g&#233;lien, Editions sociales, 1980, p. 69-70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;, Editions sociales, 1942, p. 178.-179.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx-Engels, &lt;i&gt;Manifeste du parti communiste&lt;/i&gt;, &#233;dition bilingue, Ed. Sociales, 1972, p. 87.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique de Programme de Gotha&lt;/i&gt;, Editions sociales, p.42&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les origines de la famille, de la propri&#233;t&#233; et de l'Etat&lt;/i&gt;, Editions sociales, p. 182. Ou encore &lt;i&gt;Anti-D&#252;hring&lt;/i&gt;, op.cit., p. 317, soulign&#233; par moi).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique de Programme de Gotha&lt;/i&gt;, Editions sociales, p.42.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx&lt;i&gt;, La guerre civile en France&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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