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		<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>Communisme, utopie : un pari, un id&#233;al, une invention </title>
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		<dc:date>2024-08-23T09:58:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Marx et la libert&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comment, malgr&#233; l'histoire stalinis&#233;e et massacrante du vingti&#232;me si&#232;cle et ses quelques prolongements au vingt-et-uni&#232;me, prendre le communisme - l'utopie concr&#232;te - au s&#233;rieux ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-la-liberte-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la libert&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH112/arton3-a9b02.jpg?1726251026' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Communisme &#187; : le mot lui-m&#234;me est peut-&#234;tre irr&#233;m&#233;diablement corrompu par l'histoire stalinis&#233;e et massacrante du vingti&#232;me si&#232;cle et ses quelques prolongements au vingt-et-uni&#232;me. Pourtant, quand on veut prendre le communisme de Marx au s&#233;rieux, comment ne pas garder ce mot, ne serait-ce que provisoirement ? C'est en effet de ce communisme-l&#224; dont il est question ici, mais pour marquer, en quelque sorte de l'int&#233;rieur, quelques ruptures, &#224; commencer par celle qui, pour ce communisme revisit&#233;, revendique, &#224; contresens de son emploi par Marx, le terme d'utopie. Derni&#232;re version d'un texte r&#233;dig&#233; en 1996 et d'un exercice d'auto-plagiat achev&#233; en 2013&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;dig&#233; dans une premi&#232;re version en 1996 (&#224; l'occasion d'un entretien publi&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, publi&#233; &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/interventions/communisme-autrement&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site de &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; le 29 avril 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Le communisme autrement ? &lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx n'a cess&#233; de soutenir, avec raison, que le communisme ne relevait pas d'un pari arbitraire (pris au hasard de l'histoire et dans son dos), d'un id&#233;al dogmatique (invit&#233; &#224; s'imposer &#224; la r&#233;alit&#233;), d'une invention doctrinaire (confi&#233;e au g&#233;nie individuel d'un fondateur ou d'un guide). Le communisme, pourtant, n'est pas un mouvement livr&#233; &#224; lui-m&#234;me, qui dispenserait de tout projet et de toute rupture. Ce projet repose sur un pari, expose un id&#233;al suppose une invention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Le communisme &#8211; l'utopie concr&#232;te - repose sur un pari. &lt;/strong&gt;Un pari, et non un souhait (qui n'engage &#224; rien) ou un destin (qui nous engage malgr&#233; nous) : aucune histoire automate ou tut&#233;laire n'en garantit l'accomplissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.2. Ce pari est n&#233;cessaire. &lt;/strong&gt;C'est un pari n&#233;cessaire, et non pas un pari arbitraire. Ce n'est pas un pari arbitraire, pris sur simple d&#233;cret et livr&#233; au hasard : un pari qui pourrait &#234;tre pris &#224; n'importe quel moment de l'histoire. L'utopie, mais concr&#232;te, n'est ni la dotation de sens qui sauverait le monde de l'insignifiance, ni le trajet balis&#233; qui conduirait au but sans qu'il soit n&#233;cessaire de le choisir. C'est un pari n&#233;cessaire, dans la mesure o&#249; sont r&#233;unies les conditions qui permettent de le tenir, si ce n'est, &#224; coup s&#251;r, de le gagner. C'est un pari n&#233;cessaire, pour peu que l'on admette que les d&#233;sastres historiques subis au nom du communisme le furent d'abord contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.2. Ce pari est strat&#233;gique - &lt;/strong&gt;Ce pari n'est pas m&#233;taphysique, mais strat&#233;gique. C'est un pari sur une action collective qui s'empare des potentialit&#233;s inscrites au c&#339;ur du mouvement r&#233;el des soci&#233;t&#233;s humaines, mais qui, contrari&#233;es, forment l'envers de leur morne ou sinistre reproduction. Un pari sur une action collective qui s'empare des possibilit&#233;s disruptives qui minent sourdement l'ordre &#233;tabli, et dont les charges explosives doivent &#234;tre allum&#233;es. Un pari sur les r&#233;bellions, parfois infimes, toujours plurielles, jamais ultimes : parce qu'elles ne prennent pas imm&#233;diatement leur sens en fonction d'un assaut massif qui forme pourtant l'horizon de leur efficacit&#233; ; parce qu'elles ne s'ordonnent pas spontan&#233;ment autour d'une contradiction centrale qui fournit souvent le principe de leur intelligibilit&#233; ; parce qu'elles ne prennent pas leur sens en fonction d'une n&#233;gation finale et fatale, bien qu'elles aspirent &#224; &#234;tre fatales &#224; la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Le communisme propose un id&#233;al - &lt;/strong&gt;Le communisme - l'utopie, mais concr&#232;te - n'est pas un r&#234;ve (car le r&#234;ve &#233;veill&#233; lui-m&#234;me n'est, &#224; tout prendre, qu'une fa&#231;on de dormir debout) ou une promesse (car la promesse suppose une histoire tut&#233;laire qui s'en porterait garant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gardiens d'un marxisme orthop&#233;dique se pr&#233;parent peut-&#234;tre &#224; r&#233;citer l'increvable citation selon laquelle &lt;i&gt;&#171; le communisme n'est pas un &#233;tat de choses qu'il convient d'&#233;tablir, un id&#233;al auquel la r&#233;alit&#233; devra se conformer, mais le mouvement &lt;/i&gt;r&#233;el&lt;i&gt; qui abolit l'&#233;tat actuel des choses.&lt;/i&gt; &#187;. Mais, cette phrase n'a gu&#232;re le sens que les chasseurs d'id&#233;al, en la mutilant, lui attribue trop souvent. Le communisme n'est pas un id&#233;al ind&#233;pendant des conditions de sa r&#233;alisation, mais il existe un id&#233;al communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.1 Cet id&#233;al est historique - &lt;/strong&gt;Le communisme expose un id&#233;al (car on ne se dirige vers un but que soutenu par un id&#233;al), mais un id&#233;al branch&#233; sur le r&#233;el. Cet id&#233;al n'est pas une lumi&#232;re diffus&#233;e par une plan&#232;te imaginaire (un id&#233;al, comme le dit Marx, sur lequel la r&#233;alit&#233; devrait se modeler) ; cet id&#233;al n'est pas l'ombre port&#233;e de la r&#233;alit&#233; existante (un suppl&#233;ment d'&#226;me destin&#233; &#224; rehausser le r&#233;alisme gestionnaire). Mais le communisme ne vaut que par l'id&#233;al qui le soutient et qu'il vise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet id&#233;al n'a pas &#224; subir l'&#233;preuve d'une fondation transcendantale qui, ant&#233;rieure &#224; l'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233; o&#249; il tenterait de s'incarner, se pulv&#233;riserait au contact du r&#233;el. Cet id&#233;al repose sur la n&#233;gation concr&#232;te et potentielle de la domination. Le communisme est donc, &#224; la fois, le mouvement r&#233;el (et actuel) de sa virtualit&#233; et l'id&#233;al de son accomplissement. Il est cet id&#233;al parce qu'il est ce mouvement. Quel id&#233;al ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet id&#233;al, il ne suffit pas d'en proclamer l'existence, faute de pouvoir en d&#233;terminer les fondements ; mais il n'est pas souhaitable d'en rechercher les fondements, s'ils ne doivent fonder aucun contenu. &#192; une &#233;thique des fondements formels, Marx oppose, souvent silencieusement, une &#233;thique des fondations r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;thiques du fondement - je pense particuli&#232;rement aux fondations contractuelles ou proc&#233;durales que nous proposent Rawls ou Habermas - n'&#233;chappent au relativisme que parce qu'elles se soustraient &#224; l'histoire : au risque de ne jamais la retrouver. Une &#233;thique des fondations historiques peut &#233;chapper aux pi&#232;ges du relativisme, pour peu qu'elle repose sur une valeur qui permette de relativiser le relativisme. Mais quelle valeur ou quel id&#233;al ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne saurait &#234;tre &#233;videmment un souverain bien : ni le bonheur ni la vertu. Aucune &#233;thique de la vie bonne ne peut fonder une politique morale. Cette valeur ne saurait &#234;tre non plus la justice ou l'&#233;galit&#233;, du moins consid&#233;r&#233;es pour elles-m&#234;mes. Tout ordre social comporte ses propres normes de justice et d'&#233;galit&#233; : on ne peut r&#233;aliser celles-ci qu'en se soumettant &#224; celui-l&#224;. Marx ne critique pas le capitalisme au nom de la justice. Marx ne propose pas comme bases normatives de sa critique et de son projet la justice ou l'&#233;galit&#233;, mais la libert&#233;. Ou, si l'on veut, une juste et &#233;gale libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.2. Cet id&#233;al est libertaire - &lt;/strong&gt;L'id&#233;al communiste repose donc sur la perspective d'une lib&#233;ration qui n'a de sens que comme accomplissement de la libert&#233;. Les fondements rationnels de cette perspective se confondent avec les racines historiques. Car la libert&#233; s'enracine : dans les mouvements, historiquement situ&#233;s, contre toutes les formes, toujours renouvel&#233;es, d'exploitation et d'oppression. Cette libert&#233; est donc toujours une valeur relative, et cependant universelle : historiquement situ&#233;e, et cependant universalisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien cette universalisation de la libert&#233; que Marx propose quand, du principe de la libert&#233; pour la constitution d'une communaut&#233;, il d&#233;gage ainsi la port&#233;e &lt;i&gt; : &#171; une association o&#249; le libre d&#233;veloppement de chacun comme condition du libre d&#233;veloppement de tous &#187;&lt;/i&gt;. Le communisme de Marx est tout entier compris dans cette maxime du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; : une maxime qui conjugue un id&#233;al moral et une norme sociale. C'est un id&#233;al, parce que port&#233;e par le mouvement historique, cette &#233;mancipation individuelle n'est r&#233;elle que comme une virtualit&#233;. C'est un id&#233;al moral, parce que la libert&#233; ainsi comprise est un id&#233;al universalisable, qui est peut-&#234;tre le seul id&#233;al qui le soit indiscutablement. Mais surtout, cet id&#233;al se conjugue avec une norme sociale qui prend la libert&#233; de chacune et de chacun comme mesure des transformations de la soci&#233;t&#233; et de l'&#233;mancipation de toutes et de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pas n'importe quelle libert&#233; : &#224; la libert&#233; lib&#233;rale, r&#233;tract&#233;e sur elle-m&#234;me, n&#233;gative et d&#233;fensive, retranch&#233;e derri&#232;re le droit, repli&#233;e sur la vie priv&#233;e, on peut opposer, pour d&#233;passer celle-l&#224; sans l'annuler, la libert&#233; libertaire : ouverte &#224; la socialit&#233; des &#233;gaux, positive et propulsive, lest&#233;e des moyens mat&#233;riels de son accomplissement, ouverte sur toutes les dimensions de l'existence sociale. Une libert&#233;-puissance : &lt;i&gt;&#171; Le d&#233;veloppement des forces humaines comme fin en soi &#187;&lt;/i&gt;, dont Marx parle dans &lt;i&gt;Le Capital. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Le communisme suppose une invention - &lt;/strong&gt;Le communisme &#8211; l'utopie, mais concr&#232;te - n'est ni un simple mouvement livr&#233; &#224; lui-m&#234;me ni un but assign&#233; par une histoire providentielle. Il ne nous attend pas, pr&#233;form&#233;, au terme d'un voyage organis&#233; qui nous d&#233;couvrirait, sans que nous ayons &#224; le dessiner, le paysage o&#249; nous devrions s&#233;journer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.1. Un invention projective - &lt;/strong&gt;Le communisme n'est pas un tournesol tourn&#233; vers l'avenir radieux. Ce n'est pas non plus, contrairement &#224; une m&#233;taphore insistante de Marx, un rejeton qui attend, dans les flancs du capitalisme, l'heure de sa d&#233;livrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme n'est pas une promesse, mais un projet. Ce projet en appelle un faisceau de possibilit&#233;s contrari&#233;es, mais d'ores et d&#233;j&#224; r&#233;elles et agissantes : une gerbe de possibilit&#233;s disruptives qui s'opposent &#224; l'ordre &#233;tabli et en l&#233;zardent les assises. Ce sont-elles que, sous le nom de communisme, Marx a prospect&#233;, du moins quand il a tent&#233; de d&#233;tecter, dans les contradictions du capitalisme et dans les conditions de son d&#233;passement, non la pr&#233;vision d'un avenir in&#233;luctable, mais des allusions &#224; un avenir possible : des allusions qui, charg&#233;es d'histoire, changent avec elle ; des allusions dont le contenu se modifie sans cesse et, avec lui, les projets de son accomplissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui est vrai du contenu de l'&#233;mancipation l'est ou devrait l'&#234;tre &#233;galement de ses formes. Sans doute est-il p&#233;rilleux de s'adonner &#224; l'anticipation doctrinaire des formes de l'avenir ; mais on ne peut pourtant laisser &#224; une histoire fantomatique le soin d'accomplir ce que l'invention collective des hommes est dispens&#233;e de concevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se d&#233;fendre de &lt;i&gt;&#171; formuler des recettes pour les marmites de l'avenir &#187; &lt;/i&gt;et encore plus de les prescrire, comme le soutient une autre increvable citation de Marx, est de bon conseil. Mais c'est aussi le formidable alibi d'une d&#233;mission qui n'est pas d&#233;nu&#233;e de cons&#233;quences : abandonner au d&#233;veloppement de l'histoire ou &#224; une phase ult&#233;rieure de la science la d&#233;couverte des formes ad&#233;quates au contenu de l'&#233;mancipation, c'est pratiquement prendre le risque de voir ces formes d&#233;naturer le contenu. C'est un moindre bilan que l'on peut tirer du stalinisme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.2. Une invention d&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les programmes (dont le nom, malencontreusement, sugg&#232;re un avenir trac&#233; d'avance) et les mod&#232;les (dont l'&#233;vocation, douloureusement, rappelle un pass&#233; d&#233;sastreux) ont mauvaise r&#233;putation. &#192; cong&#233;dier : les mod&#232;les &#224; copier (incarn&#233;s par d'imaginaires patries du socialisme) et les mod&#232;les &#224; appliquer (fabriqu&#233;s par de z&#233;l&#233;s techniciens de l'&#233;mancipation). Mais le refus de toute anticipation et de toute prescription doctrinaires des formes de l'avenir ne dispense pas de les esquisser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La projection des formes de l'appropriation sociale et celle des formes du pouvoir public ne peut &#234;tre renvoy&#233;e, comme certaines formules de Marx l'ont laiss&#233; penser, &#224; l'&#339;uvre opaque de l'histoire (ou au travail souterrain de la science), ni remises aux lendemains de l'action. Ces formes doivent faire l'objet de projets, discut&#233;s, eux aussi, &#224; partir des virtualit&#233;s agissantes, contrari&#233;es ou d&#233;figur&#233;es inscrites &#224; la surface ou au revers des soci&#233;t&#233;s existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun projet communiste ou utopique, aussi fermement arrim&#233; soit-il &#224; la terre ferme des conditions de son accomplissement, ne peut se porter garant de l'innocuit&#233; des recettes qui bouilliront dans les marmites de l'avenir. Et c'est parce que la d&#233;tection du contenu potentiel de l'&#233;mancipation n'ouvre sur aucune certitude de son accomplissement, que ce projet impose de d&#233;tecter, et le cas &#233;ch&#233;ant d'inventer les &lt;i&gt;formes&lt;/i&gt; de cet accomplissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette invention ne peut &#234;tre que collective, et non pas individuelle. L'invention dont il s'agit n'est pas une invention doctrinaire et solitaire, mais une invention prospective et d&#233;mocratique : il n'y pas d'invention d'un avenir d&#233;mocratique sans invention d&#233;mocratique de cet avenir. Le pain est sur la planche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Convoiter l'impossible ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ceux qui objectent d'avance que ce communisme - cette utopie, mais concr&#232;te -, n'offre &#224; l'action politique qu'un pari st&#233;rile, un id&#233;al superflu, une invention improbable, il faut r&#233;pondre : ce pari est efficace, cet id&#233;al est indispensable, cette invention est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pari efficace ?&lt;/strong&gt; Le pari sur le communisme ne renvoie pas aux lendemains qui chantent. Il dicte une action concr&#232;te qui n'est ni passivement suspendue &#224; l'attente du grand soir, ni m&#233;caniquement subordonn&#233;e &#224; la perspective de la r&#233;volution. Ce pari conditionne des refus irr&#233;ductibles. Mais ces refus ne sont pas de simples t&#233;moignages : ils inscrivent leurs effets dans la r&#233;alit&#233;. Ils &#233;branlent les formes de pens&#233;e qui ne sont dominantes que parce qu'elles cimentent la domination. Ils inscrivent la puissance des r&#233;sistances et des luttes dans le corps de la moindre r&#233;forme partielle, quand ils ne pr&#233;parent pas des r&#233;formes radicales. Ils sont r&#233;alistes, parce qu'ils ne laissent aucun r&#233;pit aux gestionnaires du r&#233;el. Ils produisent des effets tactiques sur lesquels peuvent embrayer des projets strat&#233;giques. Ce communisme rebelle, non seulement r&#233;pond aux urgences du pr&#233;sent, mais donne leurs chances &#224; des virtualit&#233;s d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un id&#233;al conflictuel ?&lt;/strong&gt; De quelque fa&#231;on que l'on tourne et retourne les valeurs en pr&#233;sence et les &#233;thiques qui pr&#233;tendent les refonder, quels que soient les chevauchements, les brouillages ou les emprunts, une fracture morale, sociale, politique court sous la surface des grands d&#233;bats insignifiants et des petits affrontements rituels. Elle dessine encore et pour longtemps, une ligne de partage entre deux conceptions &#233;thiques et politiques de la d&#233;mocratie : celle qui vit repli&#233;e dans son cantonnement lib&#233;ral et celle qui tente de se d&#233;ployer vers un horizon libertaire. Et cette ligne de partage distribue les partisans en deux camps qui admettent bien des transfuges : d'un c&#244;t&#233; ceux qui, par go&#251;t du laisser-faire ou du pr&#234;t-&#224;-penser, s'&#233;merveillent (ou se r&#233;signent) &#224; l'id&#233;e de vivre dans un monde o&#249; l'affairement d&#233;sordonn&#233; de quelques-uns serait, au mieux, la condition du d&#233;veloppement mutil&#233; de tous les autres ; et, d'un autre c&#244;t&#233;, ceux qui traquent la virtualit&#233; utopique d'une libert&#233; de chacune et de chacun gag&#233;e sur la libert&#233; de toutes et de tous. Convoiter l'impossible, c'est convoiter cette libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une invention possible ?&lt;/strong&gt; L'invention d&#233;mocratique d'un avenir utopique est-elle possible, sans retomber dans les orni&#232;res doctrinaires ? Peut-on reformuler, en des termes nouveaux, les questions lancinantes du programme et du parti, sans succomber au mirage d'un avenir trac&#233; d'avance et sans tomber dans le pi&#232;ge d'une avant-garde nimb&#233;e par cet avenir ? Car si l'on confie l'utopie &#224; un ma&#238;tre strat&#232;ge, comment pourrait-on &#233;viter la d&#233;gradation de la strat&#233;gie en technologie impuissante et/ou la confiscation de l'utopie par une bureaucratie mena&#231;ante ? Comment concilier d&#233;mocratie et strat&#233;gie ? Questions bonnes &#224; ressasser par toutes celles et tous ceux qui risquent des r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;dig&#233; dans une premi&#232;re version en 1996 (&#224; l'occasion d'un entretien publi&#233; dans la revue &lt;i&gt;Futur ant&#233;rieur&lt;/i&gt; en avril 1997 et comme contribution &#224; un colloque intitul&#233; &#171; Chim&#232;res et utopies &#187; et tenu la m&#234;me ann&#233;e), puis repris &#224; l'occasion du 150e anniversaire du Manifeste communiste, ce texte ponctue, sous une forme tr&#232;s ramass&#233;e, la critique interne que de l'&#339;uvre de Marx que j'ai commise sous forme d'une th&#232;se soutenue en 1992 et publi&#233;e en deux livres : &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx &lt;/i&gt;(L'Harmattan, 1994) et &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt; (Albin Michel, octobre 1995). Ce m&#234;me texte, revu et corrig&#233;, a servi de base &#224; une intervention lors du colloque &#171; Puissances du communisme &#187;, organis&#233; par la Soci&#233;t&#233; Louise-Michel les 22 et 23 janvier 2010 &#224; l'Universit&#233; Paris 8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Marx libertaire ?</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Marx-libertaire.html</link>
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		<dc:date>2020-08-17T08:54:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la libert&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Version &#233;crite d'une conf&#233;rence de 2001.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-la-liberte-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la libert&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L132xH150/arton53-f5e45.jpg?1726250900' class='spip_logo spip_logo_right' width='132' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Version &#233;crite, &#224; peine modifi&#233;e, d'une conf&#233;rence tenue en janvier 2001, &#224; l'initiative de l'association Espaces Marx et de l'Universit&#233; Paris-VIII. Elle reprend, parfois litt&#233;ralement des analyses d&#233;j&#224; publi&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle a fait l'objet d'un compte-rendu d'Arnaud Spire, paru dans l'&#233;dition du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; chacun son Marx. Non que tous les Marx soient possibles : certains sont truff&#233;s de contresens, bien ou mal intentionn&#233;s. Mais plusieurs Marx sont possibles. Il n'y a pas un vrai Marx, garant de son authenticit&#233; ou en attente d'authentification. Parmi les Marx possibles, certains sont th&#233;oriquement intenables et politiquement redoutables. Il m'est arriv&#233; d'explorer l'un de ces Marx-l&#224;. C'est un autre Marx que je vous propose ici : une formidable penseur de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aurais voulu que mon propos soit l&#233;ger et radical : d&#233;lest&#233; du poids des citations et des notes en bas de page (il n'en sera rien), mais dot&#233; de toute la charge explosive dont le d&#233;samorce parfois une fausse rigueur acad&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx libertaire, donc. La t&#226;che para&#238;t impossible. Des dictatures inexpiables ont abrit&#233; sous le nom de Marx leur destin totalitaire. Marx lui-m&#234;me fut en maintes occasions un militant autoritaire, notamment face &#224; Proudhon et Bakounine dont se revendiquent encore aujourd'hui ceux qui se disent libertaires. Et pour corser le tout, la th&#233;orie de Marx elle-m&#234;me, sur l'un de ses versants, met gravement en p&#233;ril, la lib&#233;ration dont elle s'efforce de penser les conditions et auquel il attribue le nom de communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier point donc :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Quel communisme ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; cette question, je me laisserai prendre en flagrant-d&#233;lit de crime de l&#232;se-Marx. Un crime que j'ai d&#233;j&#224; commis en d'autres occasions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir ici-m&#234;me &#171; Une utopie, mais concr&#232;te : le communisme autrement &#187; (1996).&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme est, dans le bon sens du terme, une utopie. Dans le bon sens du terme : car Marx n'a cess&#233; de soutenir, avec raison, que le communisme ne relevait pas d'un pari arbitraire (pris au hasard de l'histoire et dans son dos), d'une invention doctrinaire (confi&#233;e au g&#233;nie individuel d'un fondateur ou d'un guide), d'un id&#233;al dogmatique (invit&#233; &#224; s'imposer &#224; la r&#233;alit&#233;). Le communisme, pourtant, n'est pas un mouvement livr&#233; &#224; lui-m&#234;me qui, d'alternance en alternance, dispenserait de toute alternative : le communisme repose sur un pari, suppose une invention, expose un id&#233;al. Un pari strat&#233;gique et non un souhait vell&#233;itaire ou une promesse historique, une invention collective et non une invention individuelle ou une production automatique, un id&#233;al historiquement situ&#233;, et non une id&#233;e &#233;th&#233;r&#233;e ou un mouvement livr&#233; &#224; lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utopie, mais concr&#232;te, n'est pas un r&#234;ve (car le r&#234;ve &#233;veill&#233; n'est, &#224; tout prendre, qu'une fa&#231;on de dormir debout) ou une promesse (car la promesse suppose une histoire tut&#233;laire qui s'en porterait garant). L'utopie repose sur id&#233;al (car on ne se dirige que vers un id&#233;al), mais un id&#233;al branch&#233; sur le r&#233;el. Cet id&#233;al n'est pas une lumi&#232;re diffus&#233;e par une plan&#232;te imaginaire (un id&#233;al, comme le dit Marx, sur lequel la r&#233;alit&#233; devrait se modeler) ; cet id&#233;al n'est pas l'ombre port&#233;e de la r&#233;alit&#233; existante (un suppl&#233;ment d'&#226;me destin&#233; &#224; rehausser le r&#233;alisme gestionnaire). Mais l'utopie ne vaut que par l'id&#233;al qui la soutient et qu'elle vise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet id&#233;al n'a pas &#224; subir l'&#233;preuve d'une fondation transcendantale qui, ant&#233;rieure &#224; l'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233; o&#249; il tenterait de s'incarner, se pulv&#233;riserait au contact du r&#233;el.. Cet id&#233;al repose sur la n&#233;gation concr&#232;te et potentielle de la domination. Le communisme est donc, &#224; la fois, le mouvement r&#233;el (et actuel) de sa virtualit&#233; et l'id&#233;al de son accomplissement. Il est cet id&#233;al parce qu'il est ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gardiens d'un marxisme orthop&#233;dique se pr&#233;parent peut-&#234;tre &#224; r&#233;citer l'increvable citation : &#171; Le communisme n'est pas un id&#233;al, mais le mouvement r&#233;el qui abolit&#8230; &#187; et bla-bla-bla. Mais sortie de son contexte, cette phrase n'a gu&#232;re de sens et replac&#233;e dans notre contexte, elle est absurde ou ridicule. Le communisme n'est pas seulement un id&#233;al, mais il existe un id&#233;al communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me point donc :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Quel id&#233;al ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cet id&#233;al, il ne suffit pas d'en proclamer l'existence, faute de pouvoir en d&#233;terminer les fondements ; mais il n'est pas souhaitable d'en rechercher les fondements, s'ils ne doivent fonder aucun contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une &#233;thique des fondements formels, Marx oppose, souvent silencieusement, une &#233;thique des fondations r&#233;elles. Les &#233;thiques du fondement - je pense particuli&#232;rement aux fondations contractuelles ou proc&#233;durales que nous proposent Rawls ou Habermas - n'&#233;chappent au relativisme que parce qu'elles se soustraient &#224; l'histoire : au risque de ne jamais la retrouver. Une &#233;thique des fondations historiques peut &#233;chapper aux pi&#232;ges du relativisme, pour peu qu'elle repose sur une valeur qui permette de relativiser le relativisme. Mais laquelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne saurait &#234;tre &#233;videmment un souverain bien : ni le bonheur ni la vertu. Aucune &#233;thique de la vie bonne ne peut fonder une politique morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette valeur ne saurait &#234;tre non plus &#8211; j' y reviendrai &#8211; la justice ou l'&#233;galit&#233; : tout ordre social comporte ses propres normes de justice et d'&#233;galit&#233; : on ne peut r&#233;aliser celle-ci qu'en respectant celui-l&#224;. Marx ne critique pas le capitalisme au nom de la justice. Marx ne propose pas comme bases normatives de sa critique et de son projet la justice ou l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, contrairement &#224; ce qu'il arrive qu'on le laisse entendre et surtout &#224; ce qu'on tente &#224; toutes forces de lui faire dire, ne critique pas l'exploitation capitaliste au nom de la justice. Il critique l'exploitation capitaliste au nom de la libert&#233;. Certes, il lui arrive de parler de l'extorsion de la plus-value comme d'un &#171; vol mis&#233;rable &#187; du temps de travail. Mais ce qui lui importe avant tout dans cette extorsion, c'est la contrainte qui la sous-tend : la contrainte de vendre sa force de travail &#8211; et le despotisme du commandement qui s'exerce sur cette force : le despotisme d'entreprise. Il ne d&#233;plore pas une r&#233;partition in&#233;galitaire des revenus et du pouvoir. Et il ne se propose pas d'&#233;tablir que le communisme serait &#8211; enfin &#8211; un id&#233;al de justice r&#233;alis&#233;. J'aurais voulu en dire plus : j'y reviendrai peut-&#234;tre dans la discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus radicalement Marx se refuse &#224; prendre pour base de sa critique et de son projet des id&#233;aux qui sont des expressions id&#233;alis&#233;es de la r&#233;alit&#233; existante. Ainsi en va-t-il quand on s'efforce de corriger la r&#233;alit&#233; existante &#224; partir des id&#233;aux de justice, d'&#233;galit&#233; et de libert&#233; qui sont l'expression des rapports marchands jusque dans les rapports juridiques qui sont la forme de ce contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non seulement donc l'&#233;galit&#233; et la libert&#233; sont respect&#233;es dans l'&#233;change qui repose sur des valeurs d'&#233;change, mais l'&#233;change des valeurs d'&#233;change est la base r&#233;elle qui produit toute &#233;galit&#233; et toute libert&#233;. En tant qu'id&#233;es pures, elles n'en sont que des expressions id&#233;alis&#233;es ; en tant qu'elles se d&#233;veloppent en relations juridiques, politiques et sociales, elles ne sont que cette base &#224; une autre puissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Manuscrits de 1857-1858 (&#171; Grundrisse &#187;, tome 1, , Editions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; De l&#224; d&#233;coule &#171; la pu&#233;rilit&#233; des socialistes (notamment des socialistes fran&#231;ais, qui veulent prouver que le socialisme est la r&#233;alisation des id&#233;es de la soci&#233;t&#233; bourgeoise exprim&#233;es par la R&#233;volution fran&#231;aise &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grundrisse &#187;, t.1, op.cit., p.18&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De l&#224;, la vanit&#233; de ceux qui &#171; veulent donc entreprendre cette t&#226;che inutile qui consiste &#224; vouloir redonner r&#233;alit&#233; &#224; l'expression id&#233;ale elle-m&#234;me, alors qu'elle n'est en fait que l'image projet&#233;e de cette r&#233;alit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grundrisse &#187;, t.1, op.cit., p189.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De l&#224;, la faiblesse de Proudhon &#171; qui forge son id&#233;al d'&#233;quit&#233; et de &#034;justice &#233;ternelle&#034; &#224; partir des rap&#172;ports juridiques correspondant &#224; la production marchande, avant de proposer de remodeler celle-ci et le droit r&#233;el qui lui correspond conform&#233;ment &#224; cet id&#233;al &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, Livre I, traduction de la 4e &#233;dition allemande, Messidor/&#233;ditions&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi &#224; l'inflation de l'id&#233;al, Marx oppose sa d&#233;flation : quand un id&#233;al se r&#233;alise, c'est que se r&#233;alise ce dont il &#233;tait l'id&#233;alisation. Mais, emport&#233; par son propre &#233;lan, Marx en conclut, en g&#233;n&#233;ral, qu'il ne peut exister d'exc&#233;dent utopique dans l'id&#233;al, puisque tout id&#233;al est id&#233;alisation. &lt;i&gt;L'exc&#233;dent utopique de l'id&#233;al sur l'id&#233;alisation, permet alors non seulement de d&#233;noncer la r&#233;alit&#233; qu'il condamne, mais appelle l'&#233;laboration d'un id&#233;al qui transcende la r&#233;alit&#233; condamn&#233;e &lt;/i&gt; :&lt;i&gt; un id&#233;al utopique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous les id&#233;aux, un seul r&#233;siste &#224; l'examen : la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point trois donc :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. Quelle libert&#233; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;al communiste repose sur la perspective de la libert&#233; et de la lib&#233;ration. Les fondements rationnels de cette perspective se confondent avec les racines historiques. Car la libert&#233; s'enracine : dans l'oppression m&#234;me qu'il s'agit de combattre. La libert&#233; est donc toujours une valeur relative, et cependant universelle : historiquement situ&#233;e, et cependant universalisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi : formellement d&#233;finie, et cependant socialement identifiable. Quel est le principe de la libert&#233; pour la constitution d'une communaut&#233; ? La libert&#233; pour chacun - nous dit Kant - de &#171; chercher le bonheur dans la voie qui lui semble, &#224; lui, &#234;tre la bonne (pourvu qu'il ne nuise pas &#224; la libert&#233; qui peut coexister avec la libert&#233; de chacun selon une loi universelle possible (autrement dit, &#224; ce droit d'autrui). &#187; Mais un tel principe reste suspendu en l'air quand il n'est pas inscrit dans le mouvement r&#233;el des soci&#233;t&#233;s et de l'histoire. On doit alors - avec Marx - en d&#233;gager ainsi la port&#233;e sociale : &#171; le libre d&#233;veloppement de chacun comme condition du libre d&#233;veloppement de tous &#187;. Le communisme de Marx est tout entier compris dans cette maxime du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; : une maxime o&#249; se conjugue un id&#233;al moral et une norme sociale. C'est un id&#233;al, parce que port&#233;e par le mouvement historique, cette &#233;mancipation individuelle n'est r&#233;elle que comme une virtualit&#233;. C'est un id&#233;al moral, parce que la libert&#233; ainsi comprise est un id&#233;al universalisable, qui est peut-&#234;tre le seul qui le soit indiscutablement. Mais surtout, cet id&#233;al se conjugue avec une norme sociale : celui d'une soci&#233;t&#233; qui prend la libert&#233; de chacune et de chacun comme mesure de ses progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.1 Cette libert&#233; n'est pas la libert&#233; de vouloir, mais la libert&#233; de faire. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx rappelle que la libert&#233; a toujours &#233;t&#233; comprise de deux fa&#231;ons : elle a &#233;t&#233; d&#233;finie comme autod&#233;termination de la volont&#233; par les id&#233;alistes et elle a &#233;t&#233; d&#233;finie, je cite, &#171; par tous les mat&#233;rialistes comme puissance, comme ma&#238;trise des situations et des circonstances de la vie d'un individu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Id&#233;ologie allemande, &#233;ditions sociales, 1976, p.296 note.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est loisible de chercher dans l'&#339;uvre de Spinoza des ant&#233;c&#233;dents de cette libert&#233;-puissance : elle est pr&#233;sente chez Marx, sans cette r&#233;f&#233;rence, comme conception coh&#233;rente du mat&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; n'est pas la libert&#233;-application de Kant. La libert&#233; d'ob&#233;ir &#224; la loi morale que l'on s'est donn&#233;. La libert&#233; est la libert&#233;-r&#233;alisation de Hegel. La libert&#233; dont nous parle Marx est une libert&#233; qui se r&#233;alise dans la soci&#233;t&#233;. Mais pas n'importe comment ou suivant n'importe quelle conception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.2. Cette libert&#233; n'est pas ou pas seulement la libert&#233; lib&#233;rale ou r&#233;publicaine.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas ou pas seulement la libert&#233; lib&#233;rale, n&#233;gative et d&#233;fensive, destin&#233;e &#224; mettre les individus &#224; l'abri des abus de pouvoir, et particuli&#232;rement du pouvoir d'Etat. Ce n'est pas ou pas seulement la libert&#233; r&#233;publicaine, citoyenne et participative, qui invite les citoyen &#224; s'occuper des affaires de la cit&#233;. Ce n'est donc pas ou pas seulement la libert&#233; civile (m&#234;me prise dans sa plus grande concr&#233;tude) : et la libert&#233; politique l'ensemble des droits et des moyens&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? Parce que ces libert&#233;s se tiennent dans les limites de l'&#233;mancipation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.3. Cette libert&#233; n'est ou n'est pas seulement la libert&#233; de la devise tricolore.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certain socialisme aux couleurs de la France propose parfois de comprendre l'&#233;mancipation comme la r&#233;alisation des id&#233;aux de la R&#233;volution Fran&#231;aise. Supposons. Mais alors, dans la devise tricolore &#8211; libert&#233;, &#233;galit&#233;, fraternit&#233; &#8211;, c'est la libert&#233; - le rouge de la libert&#233; qui ouvre la marche. Et la devise tricolore pour se r&#233;aliser doit changer radicalement de contenu. La libert&#233;, les libert&#233; civiles et politiques, s'accomplit dans la lib&#233;ration sociale. L'&#233;galit&#233; &#8211; l'&#233;galit&#233; r&#233;publicaine &#8211; s'accomplit dans l'&#233;galit&#233; sociale. Et la fraternit&#233; au lieu de s'engluer dans la fraternisation patriotique ou l'assistance humanitaire se r&#233;alise dans la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le rouge toujours en t&#234;te s'unit au noir : libert&#233; libertaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons &#224; l'essentiel : &#192; la libert&#233; lib&#233;rale, r&#233;tract&#233;e sur elle-m&#234;me, n&#233;gative et d&#233;fensive, retranch&#233;e derri&#232;re le droit, repli&#233;e sur la vie priv&#233;e, on peut opposer la libert&#233; libertaire : ouverte &#224; la socialit&#233; des &#233;gaux, positive et propulsive, lest&#233;e des moyens mat&#233;riels de son accomplissement, ouverte sur toutes les dimensions de l'existence sociale. Une libert&#233;-puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me point donc&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. Quelle libert&#233;-puissance ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette libert&#233;-puissance, &#233;galement partag&#233;e, qui attend d'&#234;tre conquise parce qu'elle peut-&#234;tre conquise, Marx la comprend comme &#171; Le d&#233;veloppement des forces humaines comme fin en soi &#187; : le libre d&#233;veloppement de chacun comme condition du libre d&#233;veloppement de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la fois le d&#233;veloppement d'une libre-individualit&#233; et d'une libre socialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.1. Un libre-individualit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le libre d&#233;veloppement de chacun &#233;tant le libre d&#233;veloppement de tous les chacuns, la formule de Marx peut sembler anodine ou tautologique. Il faut donc s'y arr&#234;ter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- C'est de la libert&#233; qu'il s'agit, mais pas de n'importe qu'elle libert&#233;, mais du &#171; libre d&#233;veloppement des individualit&#233;s &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- C'est d'un rapport entre les libert&#233;s qu'il s'agit mais pas de n''importe quel rapport. Ce n'est pas un rapport de coexistence entre les libert&#233;s et encore moins de limitation r&#233;ciproque des libert&#233;s. Mais un rapport d'implication. Il ne s'agit pas de dire que chacun peut &#234;tre libre &#224; condition que tous le soient : l'&#233;galit&#233; des libert&#233;s qui se limitent r&#233;ciproquement. Mais que chacun doit &#234;tre libre pour que tous le soient. Le d&#233;veloppement de la libre individualit&#233; est la condition de l'&#233;galit&#233; des libert&#233;s qui se d&#233;veloppent mutuellement. La libert&#233; de chacun &#233;tend la libert&#233; de tous. Et l'&#233;gale libert&#233; de tous &#233;tend la libert&#233; de chacun. &#171; La libert&#233; des autres &#233;tend la mienne jusqu'&#224; l'infini &#187; : la formule n'est pas de Marx, mais de Bakounine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- C'est d'universalit&#233; qu'il s'agit, mais pas de n'importe quelle universalit&#233;. Ce n'est pas l'universalit&#233; abstraite des citoyens &#233;gaux, mais l'universalit&#233; concr&#232;tes de individus diff&#233;rents. Le libre d&#233;veloppement de chacun, c'est le libre d&#233;veloppement de l'individualit&#233;, et par cons&#233;quent de la particularit&#233;. Ce n'est pas le libre d&#233;veloppement de l'individu abstraitement &#233;gal &#224; tous les autres : c'est le libre d&#233;veloppement de l'individu concr&#232;tement diff&#233;rent de tous les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libre-individualit&#233; &#8211; le libre d&#233;veloppement de chacun &#8211; est aussi une libre-socialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.2. Une libre-socialit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est seulement dans la communaut&#233; que la libert&#233; personnelle est possible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Id&#233;ologie allemande, Paris, Essentiel, &#201;ditions Sociales, 1982, p. 138.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;. &#202;tre libre s'est aussi se reconna&#238;tre dans ce que l'on fait et &#234;tre reconnu pour ce que l'on fait. La philosophie morale, avec Kant particuli&#232;rement, a donn&#233; son concept &#224; cette double reconnaissance : le respect de la dignit&#233;. Se reconna&#238;tre une dignit&#233;, faire reconna&#238;tre sa dignit&#233;, c'est d'abord se reconna&#238;tre et se faire reconna&#238;tre comme le une individualit&#233; libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dignit&#233; de la personne est l&#233;s&#233;e chaque fois qu'il est port&#233; atteinte au libre d&#233;veloppement de la personnalit&#233;. L'&#233;thique de la libert&#233; est une &#233;thique de la reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette libert&#233;, j'ai pris le risque de dire qu'elle n'a pas besoin de fondements transcendantaux ou de proc&#233;duraux, comme ne cessent de lui en trouver les adeptes d'un mariage posthume entre Marx et Kant. L'exigence de libert&#233; s'enracine dans l'oppression qu'il s'agit de conjurer et d'abolir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinqui&#232;me point donc :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5. Quel enracinement ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C' est au c&#339;ur de l'ali&#233;nation qu'il situe la n&#233;cessit&#233; m&#234;me de l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.1. Ali&#233;nation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion d'ali&#233;nation a mobilis&#233; &#224; son chevet, pour veiller sur sa vie balbutiante ou sur ses forces d&#233;clinantes, des g&#233;n&#233;rations de commentateurs. Ils ont fini par s'&#233;puiser. Pourtant si l'on d&#233;gage le noyau rationnel de cette notion de sa gangue mystique, elle dit quelque chose d'essentiel : il n'existe d'ali&#233;nation qu'au regarde des potentialit&#233;s qu'elle contrarie, des besoins qu'elle falsifie, au point d'atteindre l'existence m&#234;me de sa victime. Elle d&#233;signe la n&#233;gation de la libert&#233; concr&#232;te, la mutilation d'une libert&#233; expansive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ali&#233;nation, il est vrai, est un concept th&#233;oriquement douteux, surtout quand Marx pr&#233;sente cette ali&#233;nation comme une ali&#233;nation d'une essence humaine promise &#224; l'accomplissement. La port&#233;e critique du concept d'essence humaine est moins en cause que la promesse de la r&#233;alisation de cette essence. La puissance critique du concept d'ali&#233;nation est moins en cause que la dialectique de la n&#233;gation de cette n&#233;gation qui en certifie le d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, je crois, comme Yvon Quiniou que l'interpr&#232;te &#224; ma convenance, que le concept d'ali&#233;nation peut et doit &#234;tre r&#233;activ&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yvon Quiniou, &#171; Pour une nouvelle raison critique : l'ali&#233;nation &#187; dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si l'ali&#233;nation n'est pas un processus dont l'essence humaine serait la cause ou la fin - un processus o&#249; la pl&#233;nitude de l'essence humaine se perdrait avant de se retrouver ou serait perdue avant de se trouver - comment peut-on la comprendre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'ali&#233;nation ne se mesure pas &#224; une effectivit&#233; - &#224; la promesse de effectivit&#233; de l'essence humaine - elle doit &#234;tre mesur&#233;e &#224; des potentialit&#233;s. Quelles potentialit&#233;s ? On peut sans doute parler d'ali&#233;nation - de devenir &#233;tranger et oppos&#233; des produits de l'activit&#233; des hommes et de cette activit&#233; elle-m&#234;me - au regard des potentialit&#233;s historiques. On peut peut-&#234;tre parler d'ali&#233;nation - de devenir &#233;tranger de l'homme &#224; lui-m&#234;me au regard de potentialit&#233;s anthropologiques. Je ne suis pas certain cependant que ces potentialit&#233;s anthropologiques puissent &#234;tre d&#233;tect&#233;es ind&#233;pendamment des potentialit&#233;s historiques dans lesquelles elles se r&#233;v&#232;lent. Quoi qu'il en soi, l'homme est &#233;tranger &#224; lui-m&#234;me quand il est &#233;tranger au potentialit&#233;s historiques que rec&#232;lent les conditions mat&#233;rielles et sociales de son d&#233;veloppement. On peut parler d'ali&#233;nation aux regard des potentialit&#233;s historiques de r&#233;sorption de cette ali&#233;nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas tout : qu'il s'agisse de l'ali&#233;nation elle-m&#234;me ou de sa r&#233;sorption, l'examen de ces potentialit&#233;s historiques vaut jugement sur leur contenu ; la d&#233;tection critique vaut &#233;valuation &#233;thique. Des potentialit&#233;s peuvent &#234;tre r&#233;elles sans &#234;tre actualis&#233;es ; elles peuvent &#234;tre r&#233;elles, mais mutil&#233;es ou avort&#233;es ; mais la d&#233;tection de ces potentialit&#233;s repose sur une &#233;valuation de la fin dont elles sont porteuses ou dont serait porteuse leur actualisation. Cette d&#233;tection n'a de sens, pour Marx et pour reprendre l'une de ses expressions, que dans la mesure o&#249; l'on pose &#171; le d&#233;veloppement des forces humaines comme fin en soi &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, Livre III, t. 3, &#201;ditions sociales, 1967, p. 198-199.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : en d'autres termes l'&#233;panouissement, sinon total, du moins aussi riche que possible de chaque individu. Tel est le fondement normatif de toute critique de l'ali&#233;nation ; tel est l'horizon normatif de toute &#233;thique de l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre cette ali&#233;nation &#8211; la soumission des hommes aux produits de leur activit&#233; &#8211; aux produits d'une activit&#233; qui rec&#232;lent les potentialit&#233;s de leur &#233;mancipation ? Comme l'effet d'une double s&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.2. S&#233;parations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de Marx vise, dans le monde capitaliste qu'il voit se renforcer sous ses yeux une double s&#233;paration o&#249; s'inscrivent la domination et l'exploitation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat est en m&#234;me temps la s&#233;paration entre l'individu concr&#232;tement socialis&#233; et le citoyen abstrait. Dans cette s&#233;paration sont inscrites les m&#233;rites et les limites de l'&#233;mancipation politique. Les m&#233;rites car cette s&#233;paration met un terme &#224; l'unit&#233; de la domination politique et de l'oppression sociale, caract&#233;ristique de la relation f&#233;odale. Les limites, car l '&#233;mancipation politique, y compris dans ses formes les plus d&#233;mocratiques, s&#233;pare l'homme de lui-m&#234;me. Elle confie au citoyen abstrait &#224; une communaut&#233; r&#233;elle, mais illusoire qui garantit des droits effectifs mais priv&#233;s de contenu. Et elle abandonne l'individu r&#233;el &#224; une soci&#233;t&#233; d&#233;chir&#233;e, o&#249; il ne peut r&#233;aliser ses potentialit&#233;s. Autant dire sa libert&#233;. L'&#233;mancipation politique n'est donc pas le dernier mot de l'&#233;mancipation humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut aller plus loin : cette premi&#232;re s&#233;paration &#8211; entre la soci&#233;t&#233; civile et l'Etat - s'enracine dans le d&#233;chirement de la soci&#233;t&#233; civile. Marx pense d'abord se d&#233;chirement comme le r&#232;gne de l'homme &#233;go&#239;ste &#8211; la guerre de chacun contre tous. Mais se d&#233;chirement est en v&#233;rit&#233; domin&#233; par l'existence de classes non seulement distinctes ou in&#233;gales, mais antagonistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant dire que la premi&#232;re s&#233;paration s'enracine dans la seconde : La s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production est synonyme d'appropriation priv&#233;e des moyens de production : priv&#233;e, c'est-&#224;-dire non pas (ou, pas seulement) individuelle, mais privative. Elle est priv&#233;e, parce les autres en sont exclus. Priv&#233;e, c'est-&#224;-dire exclusive : non seulement juridiquement, mais effectivement exclusive. La propri&#233;t&#233; ou l'appropriation priv&#233;e, ce n'est pas une propri&#233;t&#233; ou une appropriation individuelle, purement juridique ou marchande, mais une propri&#233;t&#233; ou une appropriation dont les producteurs sont exclus : parce qu'il n'exerce aucun pouvoir sur la finalit&#233; de la production, la r&#233;partition des produits, l'organisation de la production. Appropriation exclusive et exploitation sont synonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles ont alors les conditions de l'&#233;mancipation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point 6, donc&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6. Quelles conditions ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces conditions sont pr&#233;sent&#233;e &#224; la fois logiquement et historiquement. Distinguons cependant pour la clart&#233; de l'expos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6.1. Logiquement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont tout abord les conditions logiquement requises ? C'est ce qu'enseigne la critique de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surmonter ces s&#233;parations &#8211; les d&#233;passer comme on le dit souvent, les abolir comme on le dit parfois &#8211; implique de les r&#233;sorber, faute de pouvoir totalement les supprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; quelques h&#233;sitations et ambigu&#239;t&#233;, Marx ne propose pas de r&#233;aliser la libert&#233; de tous par la pure et simple absorption du politique par le social. Il pense l'existence d'un pouvoir public, d&#233;barrass&#233; de toutes les fonctions oppressives et r&#233;pressives qui r&#233;sultent in&#233;vitablement de la division de la soci&#233;t&#233; en classe. Voil&#224; ce que signifie tr&#232;s exactement le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; quelques h&#233;sitations et ambigu&#239;t&#233;s, Marx ne propose pas de r&#233;aliser la libert&#233; de tous par la pure et simple r&#233;unification entre le travailleur et ses propres moyens de production. Il pense l'existence d'une appropriation collective et non exclusive des moyens de production, plac&#233;s directement sous le contr&#244;le des producteurs. Voil&#224; ce que signifie tr&#232;s exactement l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; condition de maitriser les conditions de leur propre socialisation que les hommes peuvent parvenir &#224; ma&#238;triser leur individuation : le libre d&#233;veloppement de chacun comme condition du libre d&#233;veloppement de tous. Et cette maitrise doit mettre un terme &#224; la domination politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette ma&#238;trise de l'individuation que doit permettre une &#171; association dans laquelle le libre d&#233;veloppement de chacun est la condition du libre d&#233;veloppement de tous &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste du parti communiste, &#233;dition bilingue, &#233;ditions sociales, 1972, p. 89.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont alors les conditions historiquement requises ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6.2. Historiquement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Marx explore sur tous les versants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'association des producteurs, il appartient de de r&#233;aliser la libert&#233;, c'est-&#224;-dire, particuli&#232;rement, de d&#233;faire la r&#233;ification (et le f&#233;tichisme qui lui est li&#233;). C'est pourquoi Marx d&#233;nonce &#171; l'ineptie qui consiste &#224; consid&#233;rer la libre concurrence comme l'ultime d&#233;veloppement de la libert&#233; humaine &#187; puisque ce &#171; genre de libert&#233; individuelle est en m&#234;me temps l'abolition la plus totale de toute libert&#233; individuelle. &#192; la fois libert&#233; et&lt;i&gt; total &#233;crasement de l'individualit&#233; sous le joug des conditions sociales qui prennent la forme de puissances factuelles &lt;/i&gt;(&lt;i&gt;sachlich&lt;/i&gt;)&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;voire de choses toutes puissantes - de choses ind&#233;pendantes des individus et des relations qu'ils ont entre eux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grundrisse &#187;, Karl Marx, Manuscrits de 1857-1858 (&#171; Grundrisse &#187;), tome 2, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Seule, par cons&#233;quent, la suppression de cette r&#233;ification par la ma&#238;trise des conditions sociales peut permettre l'&#233;panouissement de la libert&#233; individuelle et le d&#233;veloppement int&#233;gral de l'individu. Ce d&#233;veloppement int&#233;gral de l'individu suppose &#224; la fois le d&#233;veloppement universel de ses relations et le d&#233;veloppement polymorphe de ses facult&#233;s ; mais si le d&#233;veloppement des forces productives est la condition n&#233;cessaire de ce double d&#233;veloppement, il n'en est pas la condition suffisante : seule la ma&#238;trise que la soci&#233;t&#233; conquiert sur elle-m&#234;me permet de le r&#233;aliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme r&#233;alise lui-m&#234;me, quoique n&#233;gativement, les conditions de cet affranchissement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces individus &#171; ne sont pas des produits de la nature mais de l'histoire. Le degr&#233; et l'universalit&#233; du d&#233;veloppement des capacit&#233;s, au sein desquels cette individualit&#233;-ci devient possible, pr&#233;supposent justement le d&#233;veloppement la production sur la base des valeurs d'&#233;change &#187;. Celle-ci &#171; commence par produire avec l'universalit&#233; l'ali&#233;nation de l'individu par rapport &#224; lui-m&#234;me et aux autres, mais&lt;i&gt; &lt;/i&gt;produit aussi&lt;i&gt; l'universalit&#233; et le caract&#232;re multilat&#233;ral de ses relations et aptitudes&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grundrisse &#187;, t.1, op. cit., p. 97-98.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; : libre-individualit&#233; et libre-socialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme cr&#233;e lui-m&#234;me le &lt;i&gt;d&#233;veloppement polymorphe des facult&#233;s des individus &lt;/i&gt; : &#171; En aspirant sans tr&#234;ve &#224; la forme universelle de la richesse, le capital pousse le travail au-del&#224; des fronti&#232;res de ses besoins naturels et cr&#233;e ainsi les &#233;l&#233;ments mat&#233;riels du d&#233;veloppement de cette riche individualit&#233; qui est aussi polyvalente dans sa production et dans sa consommation et dont le travail n'appara&#238;t plus par cons&#233;quent comme travail, mais comme plein d&#233;veloppement de l'activit&#233; elle-m&#234;me, o&#249; la n&#233;cessit&#233; naturelle a disparu sous sa forme imm&#233;diate ; parce qu'un besoin produit par l'histoire est venu remplacer un besoin naturel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grundrisse &#187;, t.1, op.cit., p. 264.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; R&#233;alisation que Marx, renvoie &#224; &#171; une phase sup&#233;rieure de la soci&#233;t&#233; communiste &#187; dans laquelle &#171; l'asservissante subordination des individus &#224; la division du travail &#187; aura disparu et o&#249; &#171; le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais deviendra le premier besoin vital &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique des programmes de Gotha et d'Erfurt, &#233;ditions sociales, 1966, p. 32.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'en demeure pas moins que l'exercice de ce besoin, pour &#234;tre consciemment contr&#244;l&#233; par la soci&#233;t&#233;, demande &#224; &#234;tre planifi&#233; par une division volontaire du travail, comme on va le voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;veloppement complet des individus d&#233;pend enfin du &lt;i&gt;d&#233;veloppement du temps libre&lt;/i&gt; : &#171; C'est le&lt;i&gt; libre d&#233;veloppement des individualit&#233;s &lt;/i&gt;(...) o&#249; l'on r&#233;duit le travail n&#233;cessaire de la soci&#233;t&#233; jusqu'&#224; un minimum, &#224; quoi correspond la formation artistique, scientifique, etc., des individus gr&#226;ce au temps lib&#233;r&#233; et aux moyens cr&#233;es pour eux tous.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grundrisse &#187;, t.2, op.cit.,. 193-194.&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Et le d&#233;veloppement correspondant du temps libre modifie le sens m&#234;me du travail : &#171; Le temps libre - qui est aussi bien temps de loisir que temps destin&#233; &#224; une activit&#233; sup&#233;rieure - a naturellement transform&#233; son possesseur en un sujet diff&#233;rent, et c'est en tant que tel qu'il entre dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grundrisse &#187;, t.2, op.cit., p. 199-200.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce libre d&#233;veloppement de l'individu dans le travail et hors du travail &#8211; cette libre-individualit&#233; se conjugue avec une libre socialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en va-t-il du &lt;i&gt;d&#233;veloppement universel des relations de l'individu&lt;/i&gt;. C'est le d&#233;veloppement universel des forces productives qui jette les bases de &#171; l'universalit&#233; de l'individu (...) comme universalit&#233; de ses relations r&#233;elles et id&#233;elles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grundrisse &#187;, t.2, op.cit., p.34.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; (). Mais cette universalit&#233; ne peut devenir effective qu'&#224; la condition que les individus placent le d&#233;veloppement de ces forces productives sous leur propre contr&#244;le. L'existence du march&#233; mondial, &#034;la connexion de l'individu singulier avec tous, mais en m&#234;me temps aussi l'ind&#233;pendance de cette m&#234;me connexion par rapport aux individus singuliers&#034; qui cr&#233;e les conditions d'une &#233;mancipation int&#233;grale des individus : &#171; les individus d&#233;velopp&#233;s universellement &#187;&lt;i&gt; - &lt;/i&gt;des individus, pr&#233;cise Marx&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&#171; dont les rapports sociaux, en tant qu'ils sont leurs propres relations communautaires, sont &#233;galement&lt;i&gt; soumis &#224; leur propre contr&#244;le communautaire&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grundrisse &#187;, t.1, op.cit., p. 97-98.&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, le capitalisme produit en m&#234;me temps toutes les conditions de l'ali&#233;nation et les conditions de son d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actualisons un peu le propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouvel esprit du capitalisme, qui n'est jamais que l'id&#233;alisation des formes de sa perp&#233;tuation, pr&#233;tend substituer le r&#233;seau &#224; la hi&#233;rarchie, mais un r&#233;seau soumis &#224; son propre commandement et &#224; l'imp&#233;ratif de la valorisation de la valeur. Nouvelle forme de domination qui indique la voie, et parfois pr&#233;pare les moyen de son abolition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouvel esprit du capitalisme pr&#233;tend substituer la mobilit&#233; &#224; la fixit&#233;, mais une mobilit&#233; soumise &#224; l'arbitraire de sa gestion et &#224; l'anarchie de son d&#233;veloppement. Nouvelle forme de la prol&#233;tarisation qui indique la voie et parfois pr&#233;pare les moyens de son abolition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouvel esprit du capitalisme pr&#233;tend substituer la pluralit&#233; des projets de vie &#224; la l'attachement &#224; vie &#224; une unique fonction, mais une pluralit&#233; qui &#233;quivaut &#224; l'ins&#233;curit&#233; et la pr&#233;carit&#233; permanente. Il nous parle d'aventures individuelles, quand il n'est question que de ses propres aventures. Il nous par les risques, quand il ne s'agit pour lui que de risques boursiers et pour tous les autres de risques vitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant quand on passe de l'identification du contenu et des conditions de l'&#233;mancipation, &#224; ces formes concr&#232;te, la th&#233;orie et la pratique, la critique et l'histoire laissent quand m&#234;me penser que les choses risquent de se g&#226;ter. Comment ? Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier point donc :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7. Quelles formes ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de Marx sur ce point peut &#234;tre mise &#224; l'&#233;preuve d'une critique externe et d'une critique interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7.1. Une critique externe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique externe peut &#234;tre reprise &#224; partir de celles de Proudhon et de Bakounine. Cette critique est historiquement situ&#233;e. Proudhon, puis Bakounine vise souvent, moins la pens&#233;e de Marx que celle de ses disciples, moins le th&#233;oricien que le militant. La critique de Bakounine vise juste en deux points :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- le scientisme pr&#233;sum&#233; de Marx. Marx a beau dire et beau faire, la science r&#233;volutionnaire dont il se pr&#233;vaut menace &#224; chaque instant de virer &#224; la science doctrinaire. La science qui entend exprimer le mouvement r&#233;el se pr&#233;sente sans cesse comme science qui doit lui &#234;tre appliqu&#233;e. Marx militant se pr&#233;sente lui-m&#234;me comme un Marx savant. De l&#224; le soup&#231;on de vouloir instaurer la dictature des savants et de reconduire ainsi la division entre gouvernants et gouvern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- l'&#233;tatisme pr&#233;sum&#233; de Marx. Marx a beau dire et beau faire, l'anti&#233;tatisme dont il se pr&#233;vaut menace &#224; chaque instant de virer &#224; l'&#233;tatisme le plus envahissant. Le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat que vise la r&#233;volution sociale se pr&#233;sente d'abord comme une exaltation de l'&#201;tat, si ce n'est chez Marx lui-m&#234;me, du moins chez ses partisans. De l&#224; le soup&#231;on de vouloir instaures une dictature de parti qui, plac&#233;e sous l'autorit&#233; des savant, serait, selon Bakounine, la pire des dictatures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un Marx libertaire doit donc &#234;tre d&#233;livr&#233; de ses penchants autoritaires. Si les critiques pr&#233;cises de Proudhon et de Bakounine mettent souvent &#224; c&#244;t&#233; de la plaque, leurs pressentiments ne sont nullement d&#233;nu&#233;s de fondements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? C'est ce que peut montrer, dit-on, le destin de la th&#233;orie de Marx. Mais cette mise &#224; l'&#233;preuve n'est pas totalement concluante : aucune th&#233;orie ne peut se pr&#233;munir contre sa d&#233;figuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que l'on peut montrer en mettant la pens&#233;e de Marx &#224; l'&#233;preuve d'une critique interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7.2. Une critique interne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#233;orie n'est pas &#224; l'abri d'illusions utopiques sur la transparence d'une soci&#233;t&#233; enti&#232;rement lisible par ses acteurs, sur l'immanence d'une soci&#233;t&#233; reposant enti&#232;rement sur elle-m&#234;me, sur l'omnipotence d'une soci&#233;t&#233; ma&#238;trisant totalement ses m&#233;canismes de fonctionnement et son histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;L'&#233;nigme de la socialisation de la production&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ma&#238;trise de l'individuation suppose la ma&#238;trise de la socialisation. Une ma&#238;trise consciente qui s'incarne dans la planification. Comment sera-t-elle effectu&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de la planification ne peut &#234;tre dissoci&#233; de ses modalit&#233;s, le contenu ne peut &#234;tre dissoci&#233; de la forme : la planification autoritaire s'oppose &#224; la planification d&#233;mocratique. Mieux : une planification &#233;tatique soustrait le proc&#232;s social de production au &#171; contr&#244;le conscient &#187; des individus associ&#233;s ; elle r&#233;introduit la scission que la planification pr&#233;tend combattre, elle la porte &#224; son comble, et les le&#231;ons de la dialectique n'y peuvent rien : ce comble ne se renverse pas. Le contr&#244;le de la soci&#233;t&#233; sur elle-m&#234;me renvoie n&#233;cessairement &#224; la socialisation directe du travail, et aux formes politiques qui la sanctionnent et la favorisent. Or, Marx, ne parvient pas &#224; trancher entre deux mod&#232;les de socialisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une h&#233;sitation &#233;tudi&#233;e en profondeur par Jean Robelin que nous suivons ici (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La socialisation des forces productives implique, dans un m&#234;me mouvement, la socialisation des moyens de production et la socialisation de la force de travail. Mais la construction des mod&#232;les de socialisation tend &#224; proc&#233;der par d&#233;doublement : la socialisation des moyens de production tend &#224; privil&#233;gier l'&#233;tatisation et la socialisation de la force de travail tend &#224; privil&#233;gier la coop&#233;ration. Mais l'&#233;tatisation et la coop&#233;ration ne peuvent &#234;tre mis sur le m&#234;me plan. L'&#233;tatisation est une forme de socialisation des moyens de production qui a comme corr&#233;lat la militarisation des forces de travail : ainsi, la m&#233;taphore de l'arm&#233;e du travail n'est pas seulement une m&#233;taphore. La coop&#233;ration sous la forme des coop&#233;ratives met en jeu la socialisation des moyens de production (qui d&#233;fait leur appropriation priv&#233;e) et celle de la force de travail (qui d&#233;fait le despotisme d'entreprise).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution de Marx qui, dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, pr&#233;conise l'&#233;tatisation des moyens de production et n&#233;glige les solutions coop&#233;ratives, et finit, dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, par pr&#233;senter les soci&#233;t&#233;s par action comme une transition n&#233;gative du capitalisme au communisme, dont le revers positif est constitu&#233; par les coop&#233;ratives, laisse penser que l'&#233;tatisation ne se voit plus reconna&#238;tre ses vertus primitives. &lt;i&gt;L'utopie de la socialisation par l'&#233;tatisation se r&#233;sout dans la perspective de la socialisation par la coop&#233;ration&lt;/i&gt;. Mais en m&#234;me temps, la place accord&#233;e aux soci&#233;t&#233;s par action n'a fait que d&#233;placer le probl&#232;me : &#171; Il faut consid&#233;rer les entreprises capitalistes par actions, et, &lt;i&gt;au m&#234;me titre&lt;/i&gt; les usines coop&#233;ratives comme des formes de transition du mode capitaliste de production au mode collectiviste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, livre III, t.1, p.106.&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels, dans la &lt;i&gt;Critique du Programme d'Erhrfurt&lt;/i&gt;, r&#233;it&#232;re et surench&#233;rit au point de voir dans les trusts un point de passage vers la planification : &#171; La production capitaliste des soci&#233;t&#233;s par actions n'est d&#233;j&#224; plus une production priv&#233;e, mais une production pour le compte d'un grand nombre d'associ&#233;s. Et si nous passons des soci&#233;t&#233;s par actions aux trusts qui se soumettent et monopolisent des branches enti&#232;res de l'industrie, alors&lt;i&gt; ce n'est pas seulement la fin de la production priv&#233;e, mais encore la cessation de l'absence de plan&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du programme de Gotha et d'Erhrfurt, op.cit., p.96.&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx et Engels sugg&#232;rent que deux formes de socialisation oppos&#233;es indiquent la m&#234;me tendance : d'o&#249; l'on a pu conclure qu'elles pr&#233;paraient au m&#234;me titre l'appropriation individuelle. Or, leur nature et leur destin divergent. Les coop&#233;ratives tendent &#224; r&#233;duire la disjonction entre le travail et le capital que les soci&#233;t&#233;s par action tendent &#224; amplifier. De l&#224; deux d&#233;passements possibles de l'appropriation priv&#233;e : par g&#233;n&#233;ralisation des coop&#233;ratives et par acc&#233;l&#233;ration des monopoles. Il appara&#238;t donc que la contradiction entre socialisation des forces productives et appropriation priv&#233;e peut se r&#233;soudre de deux fa&#231;ons distinctes voire oppos&#233;es : par la socialisation du travail ou la socialisation du capital ; en d'autres termes, gr&#226;ce &#224; l'appropriation des forces productives (moyens de production) par l'&#233;tatisation ou gr&#226;ce appropriation du proc&#232;s de production par la coop&#233;rative. Or, non seulement, ces deux modalit&#233;s de reconnaissance de la socialisation des forces productives ne additionnent pas, mais elles s'opposent, comme les capitaux associ&#233;s par &#233;tatisation et les producteurs associ&#233;s par coop&#233;ration. Deux n&#233;gations de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ne font pas une solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, le prol&#233;tariat ne peut s'approprier les moyens de production (appropriation sociale) qu'en surmontant la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; et de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; une seconde &#233;nigme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;L'&#233;nigme du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective de l'exercice la domination politique du prol&#233;tariat dans le cadre de l'&#201;tat-machine est abandonn&#233;e : elle consacrerait la s&#233;paration qu'il s'agit d'abolir. Mais quelle forme de &lt;i&gt;domination&lt;/i&gt; (politique) peut &#234;tre une forme d'&lt;i&gt;&#233;mancipation &lt;/i&gt;(sociale) ? &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;ponse de Proudhon et de Bakounine est claire : cette contradiction est insoluble, toute domination politique est incompatible avec l'&#233;mancipation sociale. Mais le probl&#232;me n'est pas r&#233;solu pour autant. Et force est de constater que Marx, en tentant de le r&#233;soudre n'y ait parvenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx voit dans la Commune, la libre f&#233;d&#233;ration des Commune, parall&#232;le &#224; la libre f&#233;d&#233;ration des coop&#233;ratives, &#171; la forme politique enfin trouv&#233;e de l'&#233;mancipation du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune &#224; ses yeux est conjointement, &lt;i&gt;la forme politique de la prise du pouvoir et la forme politique de son exercice&lt;/i&gt;. Le prol&#233;tariat d&#233;truit l'ancien appareil d'Etat. C'est ainsi que la forme politique de la prise du pouvoir peut &#234;tre &lt;i&gt;la forme politique de l'&#233;mancipation sociale&lt;/i&gt;, car la reprise du pouvoir d'&#201;tat par les masses populaires livre le sens de la Commune : &#171; La Commune, c'est la forme politique de leur &#233;mancipation sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La guerre civile en France, p.213.&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Or, aussit&#244;t trouv&#233;e (ou presque), &lt;i&gt;la forme de la dictature du prol&#233;tariat devient introuvable&lt;/i&gt;. En effet, la &lt;i&gt;Critique du programme de Gotha&lt;/i&gt; (1875) en &#233;tablissant le partage entre ce que la science peut ou non &#233;tablir et le partage entre ce que le programme doit ou non comporter laisse transpara&#238;tre de singuli&#232;res d&#233;robades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La premi&#232;re d&#233;robade concerne le d&#233;passement de l'Etat politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;robade significative qui m'a incit&#233; &#224; revenir sur la perspective (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la revendication confuse de l'&#201;tat libre, Marx r&#233;plique : &#171; La libert&#233; consiste &#224; &lt;i&gt;transformer&lt;/i&gt; l'Etat, organisme qui s'est mis au-dessus de la soci&#233;t&#233;, en un organisme enti&#232;rement subordonn&#233; &#224; elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du programme de Gotha, op.cit., p.42.&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Il s'agit donc de transformer l'&#201;tat et non de le d&#233;truire, et par cons&#233;quent de maintenir en quelque fa&#231;on l'&#201;tat, et non de le faire ou de le voir dispara&#238;tre totalement. Il s'agit de subordonner l'&#201;tat &#224; la soci&#233;t&#233;, et non de le dissoudre dans la soci&#233;t&#233; : autrement dit, de supprimer ce que les premiers textes d&#233;signait comme &#201;tat politique - le &#171; pouvoir politique proprement dit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mis&#232;re de la philosophie, &#233;ditions sociales, p.179.&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; - et non l'&#201;tat comme pouvoir public.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que signifient, plus pr&#233;cis&#233;ment, ce d&#233;passement de l'&#201;tat, ce maintien et cette transformation ? Marx pose lui-m&#234;me la question : &#171; Quelle transformation subira l'Etat dans une soci&#233;t&#233; communiste ? &#187;. La r&#233;ponse &#224; cette question est d&#233;j&#224; partiellement comprise dans la perspective d'une subordination de l'&#201;tat &#224; la soci&#233;t&#233;. Mais la question elle-m&#234;me doit &#234;tre pr&#233;cis&#233;e : &#171; Autrement dit : quelles fonctions sociales s'y maintiendront analogues aux fonctions actuelles de l'&#201;tat ? &#187;. Ainsi Marx affirme que la question de la transformation est &#233;gale &#224; celle de la conservation : les deux questions n'en font qu'une. Le maintien de l'&#201;tat n'est rien d'autre que le maintien de certaines fonctions sociales &#171; analogues aux fonctions actuelles de l'&#201;tat &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du programme de Gotha, op.cit., p.43-44.&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La question de leur nature se double de celle de leur modalit&#233; d'exercice, que Marx ne pose pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux r&#233;ponses elles ne sont pas donn&#233;es, ne serait-ce que pour la raison suivante : &#171; Seule la science peut r&#233;pondre &#224; cette question... &#187;. Comment y r&#233;pondra-t-elle ? Marx a donn&#233; quelques lignes plus haut la m&#233;thode en critiquant le programme : &#171; Au lieu de traiter la soci&#233;t&#233; pr&#233;sente (et cela vaut pour toute soci&#233;t&#233; future) comme le fondement de l'&#201;tat pr&#233;sent (ou futur pour la soci&#233;t&#233; future), on traite au contraire l'&#201;tat comme une r&#233;alit&#233; ind&#233;pendante, poss&#233;dant ses propres fondements intellectuels, moraux et libres. &#187; Mais que dira la Science et quand ? &#192; ces questions, nulle r&#233;ponse, puisque, nous dit-on, elles n'ont pas d'actualit&#233; politique : &#171; Le programme n'a pas &#224; s'occuper (...) de l'&#201;tat futur dans la soci&#233;t&#233; communiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du programme de Gotha, op.cit., p. 44.&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Suit alors une seconde d&#233;robade : sur la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Entre la soci&#233;t&#233; capitaliste et la soci&#233;t&#233; communiste, se place la p&#233;riode de transformation r&#233;volutionnaire de celle-l&#224; en celle-ci. &#192; quoi correspond une p&#233;riode de transition politique o&#249; l'&#201;tat ne saurait &#234;tre autre chose que la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat &#187;. Quelles seront les fonctions sociales et les modalit&#233;s d'exercice de cette dictature. Marx l&#224; encore reste silencieux. La raison ? &#171; Le programme n'a pas &#224; s'occuper, pour l'instant, ni de cette derni&#232;re, ni de l'&#201;tat futur dans la soci&#233;t&#233; communiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du programme de Gotha, op.cit., p. 44.&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; La &#171; forme enfin trouv&#233;e &#187; est oubli&#233;e dans une critique qui pr&#233;tend se situer sur le terrain des principes et &#233;lud&#233;e dans un programme qui doit pr&#233;parer la conqu&#234;te du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle d&#233;robade ouvre la voie &#224; toutes les r&#233;gressions et &#224; toutes les perversions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le m&#234;me Engels qui, en mars 1891, &#233;crivait : &#171; Regardez la Commune de Paris, c'&#233;tait la dictature du prol&#233;tariat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La guerre civile en France, Pr&#233;face d'Engels, p.302.&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, peut &#233;crire dans une lettre &#224; Lafargue : &#171; La r&#233;publique, vis-&#224;-vis du prol&#233;tariat, ne diff&#232;re de la monarchie qu'en ceci qu'elle est la forme politique toute faite pour la domination future du prol&#233;tariat... Mais la R&#233;publique, comme tout autre forme de gouvernement, est d&#233;termin&#233;e par ce qu'elle contient ; tant qu'elle est la forme de la d&#233;mocratie bourgeoise, elle nous est tout aussi hostile que n'importe quelle monarchie (sauf les formes de cette hostilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cit&#233; par Robelin, op.cit., p.146.&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;. Entre la &#171; forme enfin trouv&#233;e &#187; et &#171; la forme toute faite &#187;, l'ab&#238;me est creus&#233;. On sait comment l'histoire le remplira. Et comment sera pris en charge le d&#233;p&#233;rissement de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, des analyses de Marx et Engels, il demeure deux images (mod&#232;les ou conceptions, comme on voudra) de la supr&#233;matie politique du prol&#233;tariat, successives, mais aussi parfois concomitantes : l'exercice du pouvoir dans le cadre de la r&#233;publique (bourgeoise) et l'exercice du pouvoir sous la forme de la Commune. De m&#234;me qu'il existe deux images (mod&#232;les ou conceptions, comme on voudra) de la socialisation chez Marx, successives, mais parfois concomitantes : la centralisation &#233;tatique des moyens de production et la coordination d&#233;mocratique des coop&#233;ratives. Ces deux mod&#232;les n'ont pas la m&#234;me valeur politique, n'ayant pas eu le m&#234;me destin historique. Mais ils r&#233;v&#232;lent des impasses du m&#234;me ordre : les impasses de l'utopie promise, qui confie &#224; l'histoire le soin de trouver les formes d'un contenu dont elle certifie l'av&#232;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai &#224; proposer ici qu'une conclusion provisoire.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Et cetera&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;L'utopie elle doit apprendre de sa propre autocritique - Marx inclus - le renoncement &#224; ce que l'on peut appeler, faute de mieux, ses principaux fantasmes : fantasme de l'omnipotence d'un sujet ma&#238;trisant son individuation &#224; travers et gr&#226;ce &#224; une ma&#238;trise planifi&#233;e de la socialisation ; fantasme de la transparence d'un sujet int&#233;gralement restitu&#233; &#224; lui-m&#234;me dans une proximit&#233; sans faille ; fantasme de l'immanence du collectif &#224; l'individuel accomplie par le d&#233;veloppement int&#233;gral de l'homme en chaque individu singulier. Mais qui dit renoncement ne dit pas abandon : soumission de la subjectivation &#224; l'assujettissement, soumission de la subjectivit&#233; &#224; la r&#233;ification, soumission de l'activit&#233; &#224; sa mutilation. L'utopie suppose, non la restitution de l'int&#233;gralit&#233; du social &#224; chaque individu, mais le d&#233;veloppement des multiplicit&#233;s subjectives de tous et de chacun ; non la restitution d'une transparence de la soci&#233;t&#233; permettant &#224; chaque individu de se contempler dans tous les autres, mais la suppression en lui et en dehors de lui les hypostases de son activit&#233; ; non la restitution d'une ma&#238;trise totale, mais l'effacement, &#224; d&#233;faut de sa suppression, de la compulsion de ma&#238;trise elle-m&#234;me. Les gisements de cette utopie ne se confondent pas avec les forces sociales concentr&#233;es dans un macro-sujet de l'histoire ; mais il ne faut pas &#234;tre grand clerc pour savoir dans quelle direction les rechercher : sous la chappe de l'exploitation du travail et de l'oppression des femmes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elle a fait l'objet d'un compte-rendu d'Arnaud Spire, paru dans l'&#233;dition du 22 f&#233;vrier 2001 de &lt;i&gt;L'Humanit&#233; &lt;/i&gt;et disponible &lt;a href=&#034;http://1libertaire.free.fr/MarxLibertaire01.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur un site libertaire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir ici-m&#234;me &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Une-utopie-mais-concrete-le-communisme-autrement.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Une utopie, mais concr&#232;te : le communisme autrement &#187; (1996)&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Manuscrits de 1857-1858 (&#171; Grundrisse &#187;&lt;/i&gt;, tome 1, , Editions sociales, 1980, p.185.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#171; Grundrisse &#187;&lt;/i&gt;, t.1, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p.18&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#171; Grundrisse &#187;&lt;/i&gt;, t.1, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p189.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre I, traduction de la 4e &#233;dition allemande, Messidor/&#233;ditions sociales, 1983, p.96 note 3.8&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &#233;ditions sociales, 1976, p.296 note.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, Paris, Essentiel, &#201;ditions Sociales, 1982, p. 138.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yvon Quiniou, &#171; Pour une nouvelle raison critique : l'ali&#233;nation &#187; dans &lt;i&gt;Figures de la d&#233;raison politique&lt;/i&gt;, &#201;ditions Kim&#233;e, 1995, pp. 97-161.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre III, t. 3, &#201;ditions sociales, 1967, p. 198-199.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manifeste du parti communiste&lt;/i&gt;, &#233;dition bilingue, &#233;ditions sociales, 1972, p. 89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Grundrisse &#187;, Karl Marx, &lt;i&gt;Manuscrits de 1857-1858 (&#171; Grundrisse &#187;)&lt;/i&gt;, tome 2, Editions sociales, 1980, p. 144.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Grundrisse &#187;, t.1, &lt;i&gt;op. cit.,&lt;/i&gt; p. 97-98.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Grundrisse &#187;, t.1, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 264.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique des programmes de Gotha et d'Erfurt&lt;/i&gt;, &#233;ditions sociales, 1966, p. 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Grundrisse &#187;, t.2,&lt;i&gt; op.cit.,&lt;/i&gt;. 193-194.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Grundrisse &#187;, t.2, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 199-200.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Grundrisse &#187;, t.2, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p.34.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Grundrisse &#187;, t.1, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 97-98.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une h&#233;sitation &#233;tudi&#233;e en profondeur par Jean Robelin que nous suivons ici (tr&#232;s) librement . Lire de Jean Robelin, &lt;i&gt;Marxisme et socialisation&lt;/i&gt;, Philosophie/M&#233;ridiens Klincksieck, 1989, Premi&#232;re partie : Figures de la socialisation. De fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, Voir ici-m&#234;me &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Marx-et-l-appropriation-sociale-1-Enjeux-et-modalites.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Marx et l'appropriation sociale (1) : Enjeux et modalit&#233;s &#187;&lt;/a&gt; et &#171; Marx et l'appropriation sociale (2) : Ambigu&#239;t&#233;s, d&#233;rives et esquisses &#187;-&gt; &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Marx-et-l-appropriation-sociale-2-Ambiguites-derives-et-esquisses.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.henri-maler.fr/Marx-et-l-appropriation-sociale-2-Ambiguites-derives-et-esquisses.html&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, livre III, t.1, p.106.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique du programme de Gotha et d'Erhrfurt&lt;/i&gt;, op.cit., p.96.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La guerre civile en France&lt;/i&gt;, p.213.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;robade significative qui m'a incit&#233; &#224; revenir sur la perspective elle-m&#234;me. Voir : &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Retour-critique-sur-le-deperissement-de-l-Etat.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Retour critique sur le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique du programme de Gotha&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p.42.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mis&#232;re de la philosophie&lt;/i&gt;, &#233;ditions sociales, p.179.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique du programme de Gotha&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p.43-44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique du programme de Gotha&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique du programme de Gotha&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La guerre civile en France&lt;/i&gt;, Pr&#233;face d'Engels, p.302.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cit&#233; par Robelin, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p.146.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marx, penseur de la libert&#233;. Une lecture de Marx, penseur du possible de Michel Vad&#233;e</title>
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		<dc:date>2019-04-08T14:12:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la libert&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;C'est parce que la pens&#233;e de Marx est tourn&#233;e vers l'exploration de la possibilit&#233;, qu'elle est une pens&#233;e du possible par excellence : la libert&#233;. Telle est, en substance, la th&#232;se que soutient Michel Vad&#233;e.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Lectures-+.html" rel="tag"&gt;Lectures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-la-liberte-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la libert&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L104xH150/arton20-8b89b.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est parce que la pens&#233;e de Marx est tourn&#233;e vers l'exploration de la possibilit&#233;, qu'elle est une pens&#233;e du possible par excellence : la libert&#233;. Telle est, en substance, la th&#232;se que soutient Michel Vad&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vad&#233;e Michel, Marx, penseur du possible, Paris, M&#233;ridiens Klincksiek, 1992, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et ce n'est pas le moindre m&#233;rite de la lecture qui nous est propos&#233;e de tracer d'une main ferme les contours d'une r&#233;ponse &#224; la question d&#233;cisive : de quel Marx devons-nous h&#233;riter ? C'est assez dire l'importance et l'actualit&#233; th&#233;orique du travail accompli dont l'esquisse d'un r&#233;sum&#233; ne peut introduire que l'&#233;bauche d'une discussion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Vari&#233;t&#233;s de la possibilit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'auteur conduit son enqu&#234;te par approximations successives, orient&#233;es par une distinction, reconnue comme relative, entre diverses modalit&#233;s du possible : la possibilit&#233; abstraite (ou th&#233;orique), la possibilit&#233; concr&#232;te (ou historique), la possibilit&#233; r&#233;elle (ou libert&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;tection du possible par Marx et dans Marx n'est pensable qu'&#224; la condition de s'affranchir du &#171; spectre du d&#233;terminisme &#187;, particuli&#232;rement du d&#233;terminisme &#233;conomique. On peut alors rep&#233;rer dans la critique de l'&#233;conomie politique, une conception des lois et des causes, qui laisse largement sa place &#224; des &lt;i&gt;possibilit&#233;s abstraites&lt;/i&gt; (qui ne sont pas purement logiques, mais encore saisies &#224; un haut niveau d'abstraction).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la conception marxienne des &lt;i&gt;lois&lt;/i&gt; &#233;conomiques n'abolit ni la possibilit&#233; de diverses vari&#233;t&#233;s d'&#201;tats correspondant &#224; une m&#234;me forme &#233;conomique g&#233;n&#233;rale, ni la possibilit&#233; de modifier la forme de la loi g&#233;n&#233;rale de la r&#233;partition du travail social en fonction du temps de travail. De m&#234;me, la conception marxienne des &lt;i&gt;causes&lt;/i&gt; ne r&#233;duit en rien la multiplicit&#233; des possibilit&#233;s offertes, &#224; l'int&#233;rieur du n&#233;cessaire ajustement entre base et superstructure, par la combinaison de causes &#233;conomiques diverses. Pas plus qu'elle ne n&#233;glige les liaisons circonstancielles et les rencontres fortuites, autoris&#233;es, au sein de la causalit&#233; &#233;conomique elle-m&#234;me, par la pluralit&#233; et la multiplicit&#233; des causes. Ainsi se trouve r&#233;habilit&#233; le r&#244;le du hasard et de la contingence (ou fortuit&#233;). Or c'est pr&#233;cis&#233;ment sur des conditions qui peuvent &#234;tre contingentes que repose l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la n&#233;cessit&#233; en histoire ne saurait &#234;tre que relative comme le r&#233;v&#232;le pr&#233;cis&#233;ment la conception marxienne l'histoire. Celle-ci, en effet, recourt &#224; des formes sp&#233;cifiques d'unit&#233; de la n&#233;cessit&#233; et de la possibilit&#233;, qui sont autant de &lt;i&gt;possibilit&#233;s concr&#232;tes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La premi&#232;re forme de la possibilit&#233; concr&#232;te est la probabilit&#233;, qui suppose la prise en compte des variations individuelles dans la d&#233;termination des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques et sociaux et qui s'exprime dans la prise en consid&#233;ration, par Marx, des &lt;i&gt;moyennes&lt;/i&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;- La deuxi&#232;me forme de la possibilit&#233; concr&#232;te, qui fait appara&#238;tre la possibilit&#233; historique proprement dite, est la &lt;i&gt;tendance&lt;/i&gt;, qui gouverne le d&#233;veloppement historique, mais selon une n&#233;cessit&#233; qui tol&#232;re diverses possibilit&#233;s. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Enfin, la troisi&#232;me forme de possibilit&#233; concr&#232;te est comprise dans le concept de &lt;i&gt;forces&lt;/i&gt; (force de travail et forces naturelles), qui contiennent &#034;en puissance&#034; ce que l'activit&#233; productive met &#171; en acte &#187;, accomplissant ainsi des potentialit&#233;s qui font corps avec l'histoire elle-m&#234;me. Reste alors &#224; examiner quelle possibilit&#233; r&#233;elle est offerte &#224; l'horizon de l'histoire moderne par le mat&#233;rialisme pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception marxienne de la possibilit&#233; culmine dans &#171; &lt;i&gt;la possibilit&#233; r&#233;elle par excellence&lt;/i&gt; &#187; de l'av&#232;nement de la libert&#233;. Trois moments n&#233;cessaires &#224; cet av&#232;nement s'encha&#238;nent alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Premier moment de la possibilit&#233; r&#233;elle : &lt;i&gt;l'activit&#233;&lt;/i&gt; de l'homme et de la nature, sources r&#233;elles de toute possibilit&#233;, qui rend possible le d&#233;passement de l'ali&#233;nation. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Deuxi&#232;me moment de la possibilit&#233; r&#233;elle : &lt;i&gt;la technique&lt;/i&gt; qui r&#233;alisent les possibilit&#233;s qui sommeillent chez l'homme et dans la nature, et dont le d&#233;veloppement, dans le machinisme, rend possible le d&#233;passement de leur usage capitaliste. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Troisi&#232;me moment de la possibilit&#233; r&#233;elle : &lt;i&gt;les crises&lt;/i&gt;, dont la possibilit&#233; formelle (inscrite non dans une forme logique, mais dans la forme existante des rapports marchands) devient r&#233;elle et s'accomplit, selon une n&#233;cessit&#233; historique dont la seule issue est la libert&#233;. C'est cette possibilit&#233; d'une libert&#233; personnelle effective qui donne son sens &#224; toutes les possibilit&#233;s et sa fin &#224; l'histoire humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est, dans ses grandes lignes, la trajectoire de l'enqu&#234;te de Michel Vad&#233;e : &#171; un exercice de lecture approch&#233;e &#187; (selon l'adjectif que l'auteur emprunte &#224; Bachelard) de l'&#339;uvre de Marx, exercice auquel un r&#233;sum&#233; in&#233;vitablement sommaire ne rend pas justice. Et cela d'autant moins que l'auteur soutient sa d&#233;monstration par de larges d&#233;tours, &#233;rudits et f&#233;conds, et ne craint pas, &#224; l'exemple de Marx lui-m&#234;me, d'entrer dans d'apparentes micrologies, pr&#233;cises et rigoureuses. Les d&#233;tours qu'il accomplit permettent &#224; Michel Vad&#233;e, chemin faisant, de r&#233;cuser, les conceptions d&#233;terministes de la pens&#233;e de Marx, d' &#233;tablir la r&#233;ception marxienne des conceptions probabilistes (la proximit&#233; de la pens&#233;e de Marx avec la physique sociale de Qu&#233;telet), d' examiner ce que Marx doit &#224; Epicure dans sa conception de la libert&#233; et surtout d'&#233;tudier &lt;i&gt;l'h&#233;ritage aristot&#233;licien que Marx oppose &#224; l'h&#233;ritage h&#233;g&#233;lien, comme &#171; antidote &#187; r&#233;aliste &#224; l'id&#233;alisme&lt;/i&gt;. Les micrologies, que l'auteur propose ont pour m&#233;rite essentiel d'&#233;tablir que &lt;i&gt;ce sont tous les principaux concepts de Marx qui sont habit&#233;s, &#224; des niveaux et &#224; des titres divers, par la cat&#233;gorie de la possibilit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, parmi ces concepts, le plus &#233;minent, et le plus controvers&#233;, est le concept du communisme, c'est-&#224;-dire de la libert&#233;. Que signifie la n&#233;cessit&#233;/possibilit&#233; de cette libert&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. N&#233;cessit&#233; de la libert&#233; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Soutenir la n&#233;cessit&#233; de la libert&#233; peut passer pour une contradiction dans les termes, et &#233;voquer la n&#233;cessit&#233; du communisme peut &#234;tre la source des pires confusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, comme l'auteur le montre, le d&#233;terminisme de Marx n'est r&#233;ductible ni &#224; un d&#233;terminisme de type th&#233;ologique (providentialiste ou fataliste), ni &#224; un d&#233;terminisme de type m&#233;taphysique (version la&#239;que du pr&#233;c&#233;dent), ni &#224; un d&#233;terminisme scientifique (rabattu sur le m&#233;canisme) : d'autant plus que Marx r&#233;cuse, comme Vad&#233;e le rappelle, la n&#233;cessit&#233; m&#233;canique propre &#224; des formes aujourd'hui d&#233;pass&#233;es de d&#233;terminisme scientifique. D&#232;s lors, la n&#233;cessit&#233; laisse non seulement place au possible, mais ne peut &#234;tre compris qu'&#224; partir de lui. C'est ce que montre Vad&#233;e quand il soutient &#224; la fois, de fa&#231;on large et floue, mais incontestable, que Marx est un penseur du possible autant que du n&#233;cessaire, et, de fa&#231;on plus pr&#233;cise mais ambigu&#235;, que Marx est un penseur de l'unit&#233; de la n&#233;cessit&#233; et de la possibilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette dimension de la pens&#233;e de Marx a fait l'objet de plusieurs examens, &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est incontestable, en effet, que pour Marx n&#233;cessit&#233; historique et possibilit&#233; historique sont corr&#233;latives. La n&#233;cessit&#233; historique engendre la possibilit&#233; historique, c'est-&#224;-dire les conditions n&#233;cessaires &#224;.... Et la possibilit&#233; historique du communisme le fait appara&#238;tre, &#224; ce titre, comme une n&#233;cessit&#233; historique. C'est une n&#233;cessit&#233; &lt;i&gt;historique&lt;/i&gt; ainsi que Vad&#233;e l'&#233;tablit, dans la mesure o&#249; Marx ne recourt pas &#224; la figure d'une n&#233;cessit&#233; absolue (et &#233;ternelle), mais &#224; celle d'une n&#233;cessit&#233; relative (et transitoire). Mais c'est une n&#233;cessit&#233; qui, quand il s'agit de l'histoire doit &#234;tre comprise, non une n&#233;cessit&#233; externe (et forc&#233;e), mais une &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233; immanente&lt;/i&gt; (et processuelle) : la n&#233;cessit&#233; historique d&#233;signe alors ce que les possibilit&#233;s historiques rendent &lt;i&gt;indispensables&lt;/i&gt; au d&#233;veloppement de l'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mais en un double sens (que Vad&#233;e, nous semble-t-il, confond, sans doute (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette n&#233;cessit&#233; historique d&#233;signe aussi ce que les possibilit&#233;s historiques parvenues &#224; maturit&#233; rendent ou rendront &lt;i&gt;in&#233;luctables&lt;/i&gt; : la n&#233;cessit&#233; historique du communisme se confond alors avec la n&#233;cessit&#233; de son effectivit&#233;. C'est alors que Marx parle le langage de la fatalit&#233;. Vad&#233;e ne le n&#233;glige pas mais il l'explique par une intention pol&#233;mique qui n'est pas d&#233;nu&#233;e de signification th&#233;orique : le langage de la fatalit&#233; promise viserait les classes dominantes, alors que le langage de l'activit&#233; requise s'adresserait aux classes domin&#233;es. Hypoth&#232;se s&#233;duisante, qui indique comment Marx, d&#233;sormais, doit &#234;tre compris. Mais hypoth&#232;se peu convaincante, si l'on s'en tient &#224; ce que Marx &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la tentation de Marx de pr&#233;senter le communisme, non comme une fatalit&#233; s'imposant du dehors &#224; une soci&#233;t&#233; d&#233;chir&#233;e en classes antagoniques, mais bien comme une n&#233;cessit&#233; inexorable, affleure en maintes occasions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Marx la n&#233;cessit&#233; du communisme est une n&#233;cessit&#233; pos&#233;e par l'histoire : c'est une n&#233;cessit&#233; dont l'histoire, et non plus la seule raison, impose l'actualit&#233; et l'urgence parce qu'elle en pose la possibilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du moins est-ce ainsi que l'on peut comprendre, par exemple, cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais le communisme est historiquement n&#233;cessaire, en un second sens, parce que sa n&#233;cessit&#233; est accomplie par l'histoire, et non simplement pos&#233;e par elle. La n&#233;cessit&#233; pos&#233;e par l'histoire est alors reconnue comme la n&#233;cessit&#233; immanente &#224; l'histoire :la n&#233;cessit&#233; qui s'accomplit dans l'histoire et que l'histoire accomplit - la n&#233;cessit&#233; dont l'histoire impose l'existence ou l'effectivit&#233;. Ainsi &lt;i&gt;la n&#233;cessit&#233; in&#233;vitable peut &#234;tre comprise, alternativement ou conjointement, comme une n&#233;cessit&#233; dont l'histoire r&#233;alise la possibilit&#233; et comme une n&#233;cessit&#233; dont l'histoire promet l'accomplissement&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;quivoque est renforc&#233;e par la conception de la dialectique historique que Marx fait jouer dans ses tentatives de d&#233;monstration et/ou d'exposition. En effet, la n&#233;cessit&#233; historique du communisme, qu'elle soit comprise comme une n&#233;cessit&#233; transhistorique qui r&#233;v&#232;le et accomplit le sens de l'histoire ou comme une n&#233;cessit&#233; intrahistorique qui se fonde sur le mouvement qui parcourt l'ordre social existant, est d'ordre dialectique, et se pr&#233;sente selon les deux modalit&#233;s, parfois confondues, de la dialectique transhistorique et de la dialectique intrahistorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#339;uvres de 1844-1845 fondent la n&#233;cessit&#233; d'une &#233;mancipation humaine totale sur la dialectique d'une r&#233;alisation de l'essence humaine dans des formes d'existence qui lui soient ad&#233;quates. Or cette r&#233;alisation est &lt;i&gt;promise &lt;/i&gt; : par un processus de n&#233;gation de la n&#233;gation qui se confond avec le communisme, &#171; &#233;nigme r&#233;solue de l'histoire humaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#339;uvres post&#233;rieures, en d&#233;pit de l'effacement de la dialectique de la r&#233;alisation de l'essence humaine, la n&#233;cessaire dissolution du mode de production capitaliste et la n&#233;cessaire instauration du communisme restent prises, dans quelques &#233;nonc&#233;s c&#233;l&#232;bres, dans la dialectique de la n&#233;gation de la n&#233;gation, mais recourt, en l'empruntant &#224; Hegel, &#224; la &lt;i&gt;dialectique de la possibilit&#233; et de l'effectivit&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous nous proposons de revenir plus en d&#233;tail sur cette question dans un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or Hegel soutient que &#171; lorsque &lt;i&gt;toutes les conditions&lt;/i&gt; sont pr&#233;sentes, la Chose &lt;i&gt;doit n&#233;cessairement&lt;/i&gt; devenir effective (...) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Encyclop&#233;die des Sciences philosophique, trad. Bourgeois, Vrin, t.1 p.396.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La pr&#233;sence de l'int&#233;gralit&#233; des conditions est identique &#224; son effectuation. La possibilit&#233; r&#233;elle est identique &#224; l'effectivit&#233;. Et &#171; cette identit&#233; de la possibilit&#233; et de l'effectivit&#233; est la &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p.232.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et Marx, quand il s'agit n&#233;cessit&#233; historique du communisme, semble certifier comme in&#233;luctable historiquement et prospectivement ce que Hegel con&#231;oit logiquement et r&#233;trospectivement. Alors, Marx proc&#232;de &#224; une d&#233;monstration de la &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233; de la possibilit&#233;&lt;/i&gt; d'un nouvel ordre social en c&#233;dant &#224; la tentation d'une d&#233;monstration de la &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233; de l'effectivit&#233;&lt;/i&gt; de cet ordre social. Du m&#234;me coup, Marx propose une &lt;i&gt;simulation hypoth&#233;tique&lt;/i&gt; du contenu du communisme, en c&#233;dant &#224; la tentation de le pr&#233;senter comme la &lt;i&gt;r&#233;solution historique&lt;/i&gt; d'une &#233;nigme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au risque d'attribuer la possibilit&#233; du communisme &#224; des promesses historiques qui neutralisent la strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. Strat&#233;gie du communisme ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; r&#233;elle de la libert&#233; resterait une possibilit&#233; encore abstraite si Marx, penseur du possible, n'&#233;tait un penseur des conditions de sa r&#233;alisation. Et Marx ne se prive pas d'indiquer des voies qui se donnent pour coh&#233;rentes (mais dont il conviendrait d'appr&#233;cier les tensions, voire les contradictions) et transparentes (mais qui, l'histoire aidant, ne peuvent plus dissimuler leur opacit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La possibilit&#233; du communisme d&#233;pend des conditions qui rendent possibles son instauration&lt;/i&gt;. Aussi peut-on &#234;tre surpris que l'examen de ces conditions soit &#224; peine abord&#233;, alors qu'elles ne sont nullement ext&#233;rieures au probl&#232;me de la possibilit&#233;. En effet, si Michel Vad&#233;e, avec pr&#233;cision, analyse le contenu du &#171; r&#232;gne de la libert&#233; &#187; et parcourt certaines conditions de sa possibilit&#233; (l'activit&#233;, la technique, les crises), il est nettement plus discret sur les conditions de son instauration, en particulier sur les th&#232;ses fondamentales de Marx sur la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution, de la dictature du prol&#233;tariat, de la transition au communisme et des formes sociales du communisme lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la possibilit&#233; de la r&#233;volution n'est que partiellement envisag&#233;e, d&#232;s lors que le r&#244;le attribu&#233; par Marx &#224; la vocation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat ne fait pas l'objet de l'examen qu''elle m&#233;rite. De m&#234;me, les conditions de la domination politique du prol&#233;tariat ne sont qu'&#233;voqu&#233;es, quand l'on &#233;vite de parler de sa dictature et des conditions de sa r&#233;alisation. Enfin, la transition au communisme, dont d&#233;pendent l'existence et la r&#233;alisation de la possibilit&#233; r&#233;elle, menace d'&#234;tre &#233;vacu&#233;e, si les normes dont Marx pr&#233;tend &#233;tablir la possibilit&#233; ne sont pas restitu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur tous ces points, les silences de Michel Vad&#233;e ne sont pas (ou pas seulement) g&#234;nants parce qu'ils nous privent des moyens de v&#233;rifier l'&lt;i&gt;actualit&#233;&lt;/i&gt; de la pens&#233;e de Marx (dont l'auteur prend soin de nous dire qu'elle n'entrait pas dans son propos)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'auteur signale que son propos est &#171; saisir ce que Marx pen&#172;sait, non s'il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils le sont parce qu'ils en brisent la &lt;i&gt;coh&#233;rence&lt;/i&gt; (dont d&#233;pend la coh&#233;rence de la lecture propos&#233;e, d&#232;s lors qu'elle prend s&#233;lectivement, mais pr&#233;cis&#233;ment, la possibilit&#233; pour objet).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, les &#233;quivoques entretenues par les figures dialectiques de la n&#233;cessit&#233; culminent pr&#233;cis&#233;ment dans les conceptions marxiennes de la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution, de la dictature du prol&#233;tariat, de la transition au communisme et du communisme lui-m&#234;me : au point que les imp&#233;ratifs strat&#233;giques menacent d'&#234;tre engloutis par des promesses historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution est pr&#233;sent&#233;e par Marx non seulement comme une condition indispensable, mais comme une destination in&#233;luctable. De m&#234;me, la n&#233;cessit&#233; de la dictature du prol&#233;tariat est pr&#233;sent&#233;e (indissolublement ou alternativement ?) comme un objectif strat&#233;gique et une destination historique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le montrent les formulations c&#233;l&#232;bres de Marx qui affirment que la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enfin, Marx pr&#233;sente la transition au communisme comme une condition requise, sans expliciter la nature de la n&#233;cessit&#233; qui parcourt cette transition, mais en laissant entendre que s'imposeront n&#233;cessairement des modalit&#233;s d'organisation du pouvoir, de la production et de la consommation qui lui soient ad&#233;quates. Ainsi, l'ambigu&#239;t&#233; des figures dialectiques convoqu&#233;es pour &#233;tablir la n&#233;cessit&#233; du communisme redouble l'opacit&#233; des formes historiques revendiqu&#233;es pour accomplir la r&#233;alisation de sa possibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se v&#233;rifie alors que tant que le possible reste dans son &#339;uvre une cat&#233;gorie strat&#233;gique, qui doit &#234;tre pens&#233;e aussi loin que le permet le refus des utopies abstraites, Marx demeure un penseur du possible. Mais le possible menace de virer &#224; la cat&#233;gorie t&#233;l&#233;ologique, si la n&#233;cessit&#233; du communisme se confond avec sa fatalit&#233;, et l'actualit&#233; de la libert&#233; avec sa promesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend alors en quel sens et &#224; quel co&#251;t Michel Vad&#233;e, qui restitue admirablement la richesse de la conception marxienne de la possibilit&#233;, en n&#233;glige, nous semble-t-il, la coh&#233;rence, au moins apparente, quand il s'agit de la possibilit&#233; du communisme et l'ambivalence, du moins latente, quand il s'agit de sa n&#233;cessit&#233;. Or cette coh&#233;rence est aujourd'hui non seulement historiquement, mais surtout th&#233;oriquement compromise. Et cette ambivalence invite &#224; opposer le penseur du possible, non seulement &#224; ses interpr&#232;tes platement d&#233;terministes, mais aussi &#224; lui-m&#234;me. Marx contre Marx : tel serait alors, avec toutes les pr&#233;cautions requises, le fil conducteur d'une critique interne.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * * &lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Mais pour que celle-ci soit f&#233;conde encore faut-il qu'une lecture intensive de l'&#339;uvre de Marx permette de d&#233;faire les deux images, couramment superpos&#233;es, du th&#233;oricien d'une histoire automate et du messager d'une soci&#233;t&#233; totalitaire. C'est ce qu'accomplit l'ouvrage de Michel Vad&#233;e qui, par son ampleur de vue et l'intensit&#233; de l'&#233;clairage qu'il diffuse, t&#233;moigne pour la complexit&#233; et la f&#233;condit&#233; d'une &#339;uvre rendue &#224; sa vis&#233;e premi&#232;re : le libre d&#233;veloppement de chacun comme condition du libre d&#233;veloppement de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Source &lt;/strong&gt; : Article publi&#233; dans la revue &lt;i&gt;Futur Ant&#233;rieur,&lt;/i&gt; n&#176; 17, mars 1993.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vad&#233;e Michel, &lt;i&gt;Marx, penseur du possible&lt;/i&gt;, Paris, M&#233;ridiens Klincksiek, 1992, 553 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette dimension de la pens&#233;e de Marx a fait l'objet de plusieurs examens, &#224; commencer par celui que propose l'oeuvre d'Ernst Bloch. Mais on peut aussi citer Sorel, Gramsci, Lukacs, ainsi que, &#224; des titre divers, Lucien S&#232;ve et plu&#172;sieurs auteurs du &lt;i&gt;Dictionnaire critique du marxisme&lt;/i&gt;, comme J.L. Cachon (articles &#171; possibilit&#233; &#187; et &#171; Libert&#233;/n&#233;cessit&#233; &#187;), A. Tosel etc. M. Vad&#233;e ne leur rend pas toujours justice.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mais en un double sens (que Vad&#233;e, nous semble-t-il, confond, sans doute parce qu'il est confondu chez Marx lui-m&#234;me) : ce que la strat&#233;gie impose imp&#233;rativement et ce que l'histoire suppose &#233;minemment pour que le possible s'accomplisse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Du moins est-ce ainsi que l'on peut comprendre, par exemple, cette affirmation d'Engels : &#171; Depuis l'apparition du mode production capitaliste, la prise de possession de l'ensemble des moyens de production par la soci&#233;t&#233; a bien souvent flott&#233; plus ou moins vaguement devant les yeux tant d'individus que de sectes enti&#232;res, comme id&#233;al d'avenir. Mais elle ne pouvait &lt;i&gt;devenir possible, devenir une n&#233;cessit&#233; historique&lt;/i&gt; qu'une fois donn&#233;es les conditions effectives de sa r&#233;alisation. &#187; &lt;i&gt;Socialisme utopique et socialisme scientifique&lt;/i&gt;, Ed. Sociales, bilingue, p.179-191 (soulign&#233; par moi)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous nous proposons de revenir plus en d&#233;tail sur cette question dans un prochain num&#233;ro de &lt;i&gt;Futur ant&#233;rieur&lt;/i&gt; consacr&#233; &#224; Hegel. [Article publi&#233; ici m&#234;me en deux parties : &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Penser-le-possible-de-Hegel-a-Marx-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Penser le possible. De Hegel &#224; Marx : I. Hegel : de la possibilit&#233; &#224; l'effectivit&#233; &#187;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Penser-le-possible-de-Hegel-a-Marx-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;II. Marx : De l'indispensable &#224; l'in&#233;luctable &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Encyclop&#233;die des Sciences philosophique&lt;/i&gt;, trad. Bourgeois, Vrin, t.1 p.396.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op.cit., p.232.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'auteur signale que son propos est &#171; saisir ce que Marx pen&#172;sait, non s'il avait raison pour son temps, ni si toutes ses id&#233;es essentielles conservent leur part de v&#233;rit&#233; aujourd'hui &#187; (p.483, note 14).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme le montrent les formulations c&#233;l&#232;bres de Marx qui affirment que la dictature du prol&#233;tariat est le &#171; point de transition n&#233;cessaire pour arriver &#224; la suppression des diff&#233;rences de classe en g&#233;n&#233;ral &#187; (&lt;i&gt;Les Luttes de classes en France&lt;/i&gt;) et qu'il a d&#233;montr&#233; que &#171; la lutte des classes conduit n&#233;cessairement &#224; la dictature du prol&#233;tariat &#187; (&lt;i&gt;Lettre &#224; Weidemeyer&lt;/i&gt;, 5 mars 1852), &#171; une p&#233;riode de transition politique o&#249; l'&#201;tat ne saurait &#234;tre autre chose que la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat &#187; (&lt;i&gt;Critique du programme de Gotha&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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