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	<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>&#192; propos de la l&#233;gende de l'ind&#233;pendance des journalistes</title>
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		<dc:date>2024-11-19T14:00:11Z</dc:date>
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		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Pluralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; l'occasion de la prise de contr&#244;le d'Europe 1 par Bollor&#233;. Entretien&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Critiquer-les-medias-+.html" rel="tag"&gt;Critiquer les m&#233;dias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH83/a_propos_de_la_legende-54834.jpg?1732024871' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'occasion de la prise de contr&#244;le d'Europe 1 par Bollor&#233;. Entretien publi&#233; par QG Quartier g&#233;n&#233;ral sous le titre &lt;a href=&#034;https://qg.media/2021/07/14/la-situation-actuelle-porte-un-rude-coup-a-la-legende-de-lindependance-des-journalistes-par-henri-maler/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La situation actuelle porte un rude coup &#224; la l&#233;gende de l'ind&#233;pendance des journalistes &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation de l'entretien par QG : &#171; La sph&#232;re des m&#233;dias se concentre toujours plus entre les mains de milliardaires. Dernier exemple en date : la radio Europe 1, pass&#233;e sous le contr&#244;le de Vincent Bollor&#233;, d&#233;sireux de peser sur la pr&#233;sidentielle, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; longtemps sous celui du groupe Lagard&#232;re. Une prise de contr&#244;le ayant suscit&#233; plusieurs jours de gr&#232;ve de la part des salari&#233;s de la station. [&#8230;] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QG&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;Qu'est-ce que vous inspire la situation de la radio Europe 1, o&#249; une gr&#232;ve de cinq jours a &#233;t&#233; organis&#233;e par la soci&#233;t&#233; des r&#233;dacteurs et l'intersyndicale, face &#224; l'emprise de Vincent Bollor&#233; et la crainte d'une transformation en &#171; radio d'opinion &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt; : Quand des journalistes d&#233;fendent leur dignit&#233;, il n'y a aucune raison de bouder leur mobilisation, m&#234;me si on peut &#233;mettre de nombreuses r&#233;serves sur la &#171; radio d'opinion &#187; qu'a toujours &#233;t&#233; Europe 1. C'est une affaire de dignit&#233; &#233;l&#233;mentaire pour les journalistes, et les salari&#233;s de la station. Cela met &#224; jour un certain nombre de questions qui sont souvent pass&#233;es sous silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que d&#233;montrent la brutalit&#233; et la violence de Vincent Bollor&#233;, c'est d'abord que les entreprises m&#233;diatiques sont des entreprises comme les autres, parfois pires que bien d'autres quand il s'agit des salari&#233;s des m&#233;dias en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me le&#231;on : la situation actuelle porte un rude coup &#224; la l&#233;gende de l'ind&#233;pendance des journalistes. Comment cette l&#233;gende s'est-elle b&#226;tie ? C'est tr&#232;s simple. Comme chaque journaliste, pris individuellement, n'est pas plac&#233; sous le contr&#244;le tatillon du propri&#233;taire et que les milliardaires interviennent rarement directement (ils le font et dans le cas de Bollor&#233; c'est syst&#233;matique), ils s'imaginent que cela suffit &#224; leur ind&#233;pendance. En r&#233;alit&#233;, les journalistes ne vivent pas en &#233;tat d'apesanteur sociale. Ils d&#233;pendent plus ou moins de leurs origines, de leur formation, de leurs conditions de travail. Mais surtout, ils sont dans une situation de d&#233;pendance collective. C'est-&#224;-dire, &#224; la merci des tycoons qui font ce qu'ils veulent dans les entreprises qu'ils contr&#244;lent en nommant aux postes-cl&#233;s pour diriger des r&#233;dactions des gens qui ne sont pas toujours des journalistes, mais avant tout des managers. Il faudrait, une fois pour toutes, arr&#234;ter de nous seriner en permanence que les journalistes sont ind&#233;pendants tant que leur clavier &#233;lectronique ou leur micro n'est pas plac&#233; sous le contr&#244;le direct du milliardaire qui poss&#232;de leur m&#233;dia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me le&#231;on, &#224; mon avis : dans la plupart des grands m&#233;dias, m&#234;me si pas tous, la quasi-absence de pouvoir des journalistes non seulement sur le financement de leur entreprise, mais m&#234;me sur l'orientation &#233;ditoriale. Le seul pouvoir dont ils disposent, en derni&#232;re analyse, c'est la &#171; clause de conscience &#187;. La revendication des syndicats de journalistes, depuis des ann&#233;es, d'un statut juridique des r&#233;dactions pour qu'elles disposent d'un pouvoir collectif sur l'orientation du m&#233;dia, est encore une fois &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation d'Europe 1 montre, une fois de plus, que le CSA est un organisme fantoche et impuissant, parce qu'il est nomm&#233; quasiment directement par le pouvoir politique et qu'il intervient dans un cadre l&#233;gislatif qui limite consid&#233;rablement ses pouvoirs d'intervention car ses pouvoirs d'intervention sur la propri&#233;t&#233; des m&#233;dias remontent &#224; une loi qui date de 1986, c'est &#224; dire d'avant la mont&#233;e en puissance d'Internet, des cha&#238;nes en continu, etc. Depuis, du c&#244;t&#233; des forces politiques, c'est &#171; silence radio &#187;, si j'ose dire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais ajouter plusieurs choses sur cette affaire. La quasi-fusion entre CNews et Europe 1 n'est pas finie ! Et il y a d&#233;j&#224; d'autres proies dans le groupe Lagard&#232;re. Je ne garantis pas qu'elles finiront entre les mains de Bollor&#233;, mais il y a aussi &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Journal du Dimanche&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les journalistes se mobilisent contre les actions destructrices de Bollor&#233;, on trouve parmi eux de sacr&#233;s personnages. Pascal Praud par exemple, qui d&#233;clare : &lt;i&gt;&#171; Quand vous &#234;tes dans une entreprise, vous devez une fid&#233;lit&#233; sans faille &#224; la direction. Il n'y a pas de marge de man&#339;uvre. Si vous n'&#234;tes pas content, vous partez&lt;/i&gt;. &#187; Pas mal non, comme &#233;loge de la servilit&#233; ? Ce qui va de pair avec le cynisme et le carri&#233;risme d'une Laurence Ferrari. Je rappelle qu'elle fut une des non-gr&#233;vistes lors de la longue gr&#232;ve d'I-T&#233;l&#233; en 2016. Et quand Adrien Quatennens lui dit que CNews est une cha&#238;ne qui promeut l'extr&#234;me-droite, elle lui r&#233;pond : &lt;i&gt;&#171; Je ne vous laisserai pas dire &#231;a. C'est enti&#232;rement faux ! C'est insulter tout le travail d'une r&#233;daction, avec des choix &#233;quilibr&#233;s politiquement, qui travaille 24h sur 24, 7 jours sur 7. Je suis fi&#232;re de travailler ainsi&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Sources : Pascal Praud, dans Le Parisien du 27 juin &#224; propos du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187; En clair, pour se d&#233;fausser, elle se d&#233;clare solidaire des gens qui se soumettent aux diktats de Bollor&#233; ou de la direction (soit parce qu'ils int&#233;riorisent les pr&#233;tendues valeurs de l'entreprise, soit parce qu'il faut bien qu'ils gagnent leur vie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QG&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;En moins de deux ans on a vu la cha&#238;ne CNews changer enti&#232;rement de positionnement, et se radicaliser politiquement jusqu'&#224; devenir un des principaux canaux de l'extr&#234;me-droite. Qu'est-ce que &#231;a vous inspire ? Avez-vous souvenir d'une pareille situation par le pass&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Non. C'est la premi&#232;re fois que je vois une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision et une radio passer compl&#232;tement sous la coupe de chefferies d'extr&#234;me-droite. Mais il faut comprendre pourquoi &#231;a se passe ainsi. Ces cha&#238;nes vivent de leur audience. Par cons&#233;quent, s'il y a une audience qu'ils peuvent, &#224; la fois, entretenir et cr&#233;er pour des id&#233;es d'extr&#234;me-droite ; il y a un cr&#233;neau &#224; occuper et CNews l'occupe. On connaissait d'&#233;normes inf&#233;odations de m&#233;dias &#224; des orientations politiques, &#171; en toute ind&#233;pendance &#187;, mais &#224; ce point, dans l'audiovisuel, non. C'est assez original !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QG&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;&#192; l'approche de la pr&#233;sidentielle de 2022 la situation dans l'actionnariat des m&#233;dias est encore plus concentr&#233;e qu'en 2017. De quelle fa&#231;on cela va peser une fois de plus sur la sinc&#233;rit&#233; du scrutin ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#234;tre nuanc&#233;. Est-ce que &#231;a va peser sur la sinc&#233;rit&#233; de la campagne &#233;lectorale ? &#199;a ne fait aucun doute. Il y a eu des pr&#233;c&#233;dents et il y aura des suites. Est-ce que &#231;a aura un impact sur les &#233;lecteurs ? C'est une autre affaire. Les m&#233;dias ne sont pas tout-puissants ! Ils sont parfois trop puissants mais les publics ne sont pas des &#233;ponges. Les m&#233;dias usent et abusent de leur pouvoir mais leur pouvoir n'est pas absolu, comme le montre quelques &#233;pisodes particuli&#232;rement glorieux : par exemple, la quasi-totalit&#233; des m&#233;dias avait fait campagne pour le &#171; oui &#187; lors du r&#233;f&#233;rendum constitutionnel de 2005 et les publics n'ont pas suivi, le &#171; non &#187; a &#233;t&#233; largement majoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les m&#233;dias ont un pouvoir redoutable, qui s'est v&#233;rifi&#233; r&#233;cemment, qui est un pouvoir de cadrage des campagnes &#233;lectorales. Les m&#233;dias peuvent essayer de dire ce qu'il faut penser. Ce n'est pas s&#251;r qu'ils aient le pouvoir de le prescrire autant qu'ils le souhaiteraient. En revanche, ils ont le pouvoir de prescrire ce &#224; quoi il faut penser. Quand ils m&#232;nent campagne en expliquant, par exemple, que la s&#233;curit&#233; et l'immigration sont les sujets majeurs, quasi uniques dans notre pays, ils cr&#233;ent une atmosph&#232;re qui est propice au d&#233;veloppement des id&#233;es de droite et d'extr&#234;me-droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QG&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;Que pensez-vous des propos du journaliste de France 2 Laurent Delahousse au moment des r&#233;sultats du premier tour des &#233;lections r&#233;gionales et d&#233;partementales, critiquant la recherche consum&#233;riste de l'audimat de la part des cha&#238;nes d'info en continu qui ne font plus, en r&#233;alit&#233;, de l'information ?&lt;/p&gt;
&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;D'abord, c'est amusant venant de Laurent Delahousse, qui s'est plusieurs fois signal&#233; par sa complaisance et son r&#244;le de brosse &#224; reluire quand il interroge des responsables politiques. Mais par contre, &#231;a souligne &#224; quel point, dans le bilan des &#233;lections r&#233;gionales, les m&#233;dias sont rest&#233;s absolument silencieux sur leur propre r&#244;le. C'est absolument fascinant. Les raisons de l'abstention sont multi-causales. On a tout invoqu&#233;. La m&#233;t&#233;o ensoleill&#233;e, ; le divertissement cons&#233;cutif &#224; la fin du confinement ; l'opacit&#233; du r&#244;le des d&#233;partements et des r&#233;gions ; la faiblesse des responsables politiques. Mais pour mettre en question le r&#244;le qu'ont jou&#233; les m&#233;dias, dont je redis qu'on ne sait pas &#224; quel point il a &#233;t&#233; d&#233;terminant, silence ! Je n'ai rep&#233;r&#233; que trois occurrences : les d&#233;clarations de Laurent Delahousse, ce qui est en mati&#232;re de critique des m&#233;dias, je le rappelais &#224; l'instant, une &#233;minence bien connue ; un entretien, plus int&#233;ressant je l'avoue, avec Thomas Sotto, cet autre guerrier de l'audiovisuel, et un article de France info interrogeant des sociologues sur le r&#244;le jou&#233; par les m&#233;dias&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Sources : Laurent Delahousse, lors de la soir&#233;e &#233;lectorale sur France 2. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce n'est pas la premi&#232;re fois, ni la derni&#232;re, je le crains : la mise en sc&#232;ne de ces &#233;lections a eu pour particularit&#233; d'&#234;tre politicienne, tacticienne et sondagi&#232;re. De quoi a-t-on parl&#233; ? En r&#233;alit&#233;, les yeux &#233;taient fix&#233;s sur l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2022, les probabilit&#233;s de voir des forces politiques se positionner de fa&#231;on int&#233;ressante pour le second tour de l'&#233;lection ; on a parl&#233; du jeu des alliances dans la pr&#233;sentation des candidatures ; et comment&#233; &#224; n'en plus finir des sondages. Est-ce qu'on a parl&#233; des projets en pr&#233;sence, des programmes, des propositions, etc. ? Pratiquement pas. Or, un journalisme un peu ind&#233;pendant serait capable de laisser une place &#224; la polyphonie des arguments. Cela ne devrait pas difficile, puisque les journalistes pr&#233;tendent &#234;tre p&#233;dagogues, de dire quels sont les projets en pr&#233;sence, d'expliquer ce qu'ils proposent dans les domaines qui rel&#232;vent des comp&#233;tences des r&#233;gions ou des d&#233;partements. De l'exposer, sinon avec objectivit&#233;, du moins avec un minimum d'&#233;quilibre. Cela n'a pas &#233;t&#233; du tout fait. On a eu droit &#224; quelques d&#233;bats sur des cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision, sur BFM et surtout sur LCI. Plus quelques d&#233;bats sur des r&#233;gionales de France 3. Mais ce sont des d&#233;bats dans des formats o&#249; il est absolument impossible d'exposer clairement les propositions en pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a eu, en guise de &#171; d&#233;cryptage &#187; &#8211; c'est le mot &#224; la mode -, le &#171; d&#233;cryptage &#187; des sondages. Et l&#224;, on a atteint des sommets ! &#201;ni&#232;me fiasco des sondages. R&#233;ponse des sondeurs (je simplifie &#224; peine) : &#171; Si les sondages se sont tromp&#233;s, c'est la faute des sond&#233;s. Ils ont menti, ils ont trich&#233;. &#187;. Et si ce n'est pas la faute des sond&#233;s, &#171; c'est de la faute des &#233;lecteurs &#187;. Mais il y a plus dr&#244;le et plus scandaleux encore. Les journalistes qui &#171; d&#233;cryptent &#187; se sont int&#233;ress&#233;s &#224; l'&#233;chec des sondages. Ils ont demand&#233; aux sondeurs de donner des explications. Mais en omettant ce petit d&#233;tail : c'est que les sondages sont command&#233;s par les m&#233;dias ! Autrement dit, ils ont interrog&#233; les sondeurs sur les erreurs qu'ils ont commises, alors que ce sont les m&#233;dias eux-m&#234;mes qui commandent les sondages. Dans le genre grotesque, mais significatif, on peut difficilement faire mieux. Mais encore plus beau : c'est qu'une fois pass&#233;es les &#233;lections, on recommence, avec toutes les hypoth&#232;ses pour la pr&#233;sidentielle. Aucune le&#231;on n'a &#233;t&#233; tir&#233;e de ce journalisme hippique, qui con&#231;oit les &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales comme des courses de petits chevaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juin 2021 : CNews est mis en demeure par le CSA pour non-respect du pluralisme de prise de parole, 36% des intervenants politiques en plateau &#233;tant d'extr&#234;me-droite (Source : CSA)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QG&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;Dans les journaux &lt;/i&gt;Le Monde&lt;i&gt; et &lt;/i&gt;Lib&#233;ration&lt;i&gt;, les actionnaires ont annonc&#233; la cr&#233;ation de &#171; fondations &#187;, dans le but de sanctuariser l'ind&#233;pendance des r&#233;dactions. Est-ce une mesure efficace ou de la poudre aux yeux ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que &#231;a ressemble beaucoup &#224; de la poudre de perlimpinpin si on ne donne pas un statut juridique aux r&#233;dactions, en les dotant d'un pouvoir qui soit un pouvoir sur l'orientation &#233;ditoriale, et des pouvoirs sur la nomination des actionnaires et des responsables de r&#233;daction. Il y a des m&#233;dias qui sont all&#233;s en ce sens, mais que peut faire une r&#233;daction quand on lui met le couteau sous la gorge et qu'on lui dit : &#171; Ou bien tu acceptes tel actionnaire, ou bien on va &#234;tre oblig&#233; de mettre la cl&#233; sous la porte &#187; ? Elle peut faire gr&#232;ve pendant un certain temps, mais d'une mani&#232;re ou d'une autre, elle sera amen&#233;e &#224; c&#233;der. Sans un pouvoir effectif, que ce soit &#171; par le haut &#187; avec une modification radicale de la l&#233;gislation encadrant la propri&#233;t&#233; des m&#233;dias ; et &#171; par le bas &#187; avec un pouvoir conf&#233;r&#233; aux r&#233;dactions et aux salari&#233;s des m&#233;dias (car dans un m&#233;dia, il n'y a pas que des journalistes). Sinon, la situation est sans issue. De toute fa&#231;on, une ind&#233;pendance totale est un r&#234;ve absolu. &#199;a n'existe pas. Cependant, il peut exister une ind&#233;pendance relative, qui permet collectivement aux r&#233;dactions de ne pas &#234;tre &#224; la merci des conditions de financement de leur activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QG&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;Quelles pourraient &#234;tre les trois premi&#232;res mesures &#224; instaurer pour garantir un paysage m&#233;diatique sain ?&lt;/p&gt;
&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Je vais r&#233;pondre dans l'ordre o&#249; &#231;a me vient &#224; l'esprit. Premi&#232;rement, transformer radicalement le CSA en Conseil national des m&#233;dias, de tous les m&#233;dias ; et de le constitutionnaliser. Une telle institution serait compos&#233;e, non pas par le pouvoir ex&#233;cutif, mais par &#233;lection &#224; la proportionnelle de journalistes et de salari&#233;s des m&#233;dias, et d'autre part de repr&#233;sentants politiques. Elle serait dot&#233;e non pas d'un pouvoir croupion, mais d'un pouvoir &#233;tendu de contr&#244;le &#224; l'ensemble de l'univers m&#233;diatique. On ne peut pas faire comme si Internet n'existait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, la constitution d'un service public de l'information et de la culture ayant une absolue priorit&#233; en ce qui concerne son financement. Financer &lt;i&gt;Valeurs poubelles&lt;/i&gt;, ce n'est pas &#231;a qui garantit la d&#233;mocratie dans le monde des m&#233;dias. Troisi&#232;mement, limiter les concentrations dans les m&#233;dias et ne pas attribuer de m&#233;dia &#224; des propri&#233;taires qui d&#233;pendent de march&#233;s publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et enfin, j'en ai d&#233;j&#224; parl&#233;, accorder un statut juridique aux r&#233;dactions et &#224; tous salari&#233;s des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Jonathan Baudoin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sources : Pascal Praud, dans &lt;i&gt;Le Parisien&lt;/i&gt; du 27 juin &#224; propos du licenciement S&#233;bastien Thoen pour une parodie de&#8230; Pascal Praud. Laurence Ferrari, lors de la &#171; matinale &#187; de CNews du 17 juin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Sources : Pascal Praud, dans &lt;i&gt;Le Parisien&lt;/i&gt; du 27 juin &#224; propos du licenciement S&#233;bastien Thoen pour une parodie de&#8230; Pascal Praud. Laurence Ferrari, lors de la &#171; matinale &#187; de CNews du 17 juin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Sources : Laurent Delahousse, lors de la soir&#233;e &#233;lectorale sur France 2. Entretien avec Thomas Sotto publi&#233; par &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; le 1er juillet 2021. Sur France info &#171; Abstention aux &#233;lections r&#233;gionales : quelle est la responsabilit&#233; des m&#233;dias ? &#187;, article publi&#233; le 28 juin 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Un microcosme m&#233;diatico-politique ferm&#233; sur lui-m&#234;me</title>
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		<dc:date>2024-11-16T09:37:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; l'occasion des &#233;lections r&#233;gionales de 2010. Entretien.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L129xH150/un_microcosme_mediatico-politique-7d442.jpg?1731756623' class='spip_logo spip_logo_right' width='129' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'occasion des &#233;lections r&#233;gionales. Entretien &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/social-et-economie/elections-regionales-2010/henri-maler-un-microcosme-mediatico-politique-ferme-sur-lui-meme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publi&#233; dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; le 4 mars 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;* * * &lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous sommes en pleine campagne des r&#233;gionales. Pourquoi est-il si peu question, dans la presse, des projets politiques et des propositions des listes en lice ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on peut observer dans les scrutins nationaux est amplifi&#233;. Envahis par les sondages et leurs commentaires, la plupart des m&#233;dias &#8211; souvent m&#234;me les m&#233;dias locaux &#8211; se d&#233;sint&#233;ressent des projets r&#233;gionaux en raison de la primaut&#233; accord&#233;e aux jeux politiciens, d'une personnalisation outranci&#232;re de la campagne &#233;lectorale, de la focalisation sur l'issue du second tour et, par cons&#233;quent, de l'atrophie de la confrontation politique au b&#233;n&#233;fice des partis dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; quelle logique ob&#233;it la personnalisation de la vie politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficilement &#233;vitable, la personnalisation politique par porte-parole interpos&#233;s est accentu&#233;e par le pr&#233;sidentialisme qui s&#233;vit &#224; tous les &#233;chelons des institutions. Mais cette personnalisation politique est d&#233;multipli&#233;e par la personnalisation m&#233;diatique, construite par un journalisme en qu&#234;te de personnages, souvent coproduits par les acteurs politiques eux-m&#234;mes. Cette personnalisation-l&#224; culmine avec ce que l'on appelle la &#171; peopolisation &#187; : la confusion entre les stars du show-biz et les porte-&#172;parole politiques, doubl&#233;e de la traque de leur intimit&#233;. Pour justifier ces avatars relativement r&#233;cents de la &#171; soci&#233;t&#233; du spectacle &#187;, les chefferies &#233;ditoriales et commerciales des principaux m&#233;dias invoquent les go&#251;ts des publics. Cette justification dissimule mal leur d&#233;mission devant le tout-commercial et la qu&#234;te &#224; courte vue des audiences maximales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certains grands m&#233;dias assurent que le d&#233;bat politique &#171; n'int&#233;resse &#187; pas les citoyens. Les Fran&#231;ais sont-ils donc &#224; ce point d&#233;politis&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faudrait-il s'entendre sur ce qu'on d&#233;signe par &#171; politique &#187;. L'exp&#233;rience de la politique varie en fonction des pr&#233;f&#233;rences partisanes, mais elle est surtout socialement diff&#233;renci&#233;e. Or les sommets du microcosme m&#233;diatique sont prisonniers d'une exp&#233;rience qui r&#233;duit la politique &#224; ses cuisines : cette politique politicienne qui suscite le rejet de nombreux citoyens. Au point que ceux-ci, souvent, ne reconnaissent plus comme politique ce qui l'est vraiment, &#224; commencer par les solutions &#224; apporter aux probl&#232;mes sociaux auxquels ils sont confront&#233;s. Le d&#233;bat politique tel qu'il est construit par les m&#233;dias (avec le concours de nombreux responsables politiques) alimente ce pr&#233;tendu d&#233;sint&#233;r&#234;t que l'on attribue souvent &#224; des replis ou &#224; des aspirations individualistes, voire au triomphe du consum&#233;risme. Mais peut-&#234;tre faudrait-il s'interroger sur l'&#233;volution de plus en plus consum&#233;riste du journalisme lui-m&#234;me, en d&#233;pit de ce que nombre de journalistes souhaitent encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous de la m&#233;thode des &#171; panels &#187; fa&#231;on TF1, avec des &#171; vraies gens &#187; rempla&#231;ant les journalistes politiques dans le r&#244;le de l'intervieweur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; m&#233;thode &#187; r&#233;sulte d'une double &#233;volution : de la t&#233;l&#233;vision et de la politique. Le passage d'une t&#233;l&#233;vision qui d&#233;livre des messages devant des r&#233;cepteurs r&#233;put&#233;s passifs &#224; une t&#233;l&#233;vision qui sollicite et simule l'implication des t&#233;l&#233;spectateurs a eu pour effets de privil&#233;gier les talk-shows, de m&#233;langer politique et divertissement et de mettre en sc&#232;ne des ersatz d'agora d&#233;mocratique, notamment en construisant des &#171; panels &#187;. La politique a suivi, en adoptant, du moins parmi les gouvernants et ceux qui aspirent &#224; le devenir, les techniques de cette t&#233;l&#233;vision. Cette emprise des talk-shows, des &#171; panels &#187; et du m&#233;lange des genres est d&#233;sormais inscrite dans des strat&#233;gies politiques qui adoptent les recettes et les sc&#233;narios de la t&#233;l&#233;vision. Nicolas Sarkozy est &#224; la politique ce que les bateleurs de TF1 sont &#224; la t&#233;l&#233;vision. Le dernier sarkoshow sur TF1 a c&#233;l&#233;br&#233; leur rencontre et nous a offert un double simulacre de proximit&#233;, entre Nicolas Sarkozy et le peuple et entre TF1 et &#171; ses &#187; t&#233;l&#233;spectateurs. Cette &#233;mission ent&#233;rine une d&#233;faite du journalisme politique, c'est vrai, mais celle du journalisme politique passionn&#233; par les conflits souvent subalternes qui agitent le microcosme m&#233;diatico-politique et beaucoup moins par les probl&#232;mes sociaux dont ce microcosme, souvent ferm&#233; sur lui-m&#234;me, est cens&#233; se pr&#233;occuper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquer la fermeture que vous venez d'&#233;voquer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs processus concourent &#224; cette fermeture : la proximit&#233; des origines sociales et des trajets scolaires, la convergence des formes de perception de la vie politique et sociale qui r&#233;sulte, pour une part, de cette proximit&#233;, la formation dispens&#233;e dans les hautes &#233;coles du journalisme, l'enfermement du journalisme politique dans une &#171; sp&#233;cialit&#233; &#187; coup&#233;e du journalisme social ou de ce qu'il en reste : les trop rares enqu&#234;tes sociales, pr&#233;sent&#233;es comme des mod&#232;les du journalisme id&#233;al, ne sont, &#224; bien des &#233;gards, que des cache-mis&#232;re du journalisme r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En refusant les r&#232;gles du jeu m&#233;diatique, avec sa cohorte de petites phrases et ses formats calibr&#233;s, un responsable politique serait immanquablement effac&#233; des &#233;crans. A-t-il d'autres choix ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alternative n'est pas entre le boycott impuissant et la soumission r&#233;sign&#233;e. Les responsables politiques, du moins ceux qui se pr&#233;valent de la contestation de l'ordre social existant, devraient tirer quelques cons&#233;quences de ce simple constat : les m&#233;dias dominants sont, en d&#233;pit de la r&#233;sistance de nombreux journalistes, une composante de cet ordre social. Contester les m&#233;dias dans les m&#233;dias, transgresser ce que vous appelez les &#171; r&#232;gles du jeu &#187;, assumer le conflit au sein m&#234;me des ar&#232;nes m&#233;diatiques ne vous condamne pas &#224; la marginalit&#233;. Aussi r&#233;tifs soient-ils &#224; la critique, les responsables des m&#233;dias ne peuvent pas censurer purement et simplement ceux qui refusent de leur &#234;tre asservis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entretien r&#233;alis&#233; par Rosa Moussaoui&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Contestation de l'ordre m&#233;diatique et contestation de l'ordre social</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Contestation-de-l-ordre-mediatique-et-contestation-de-l-ordre-social.html</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>
		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>
		<dc:subject>Acrimed</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien paru dans&lt;i&gt; L'Anticapitaliste&lt;/i&gt; l'hebdomadaire du NPA&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/appel_acrimed-4f3f8.jpg?1726837633' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un entretien paru dans le n&#176; 221 de &lt;i&gt;L'Anticapitaliste&lt;/i&gt;, hebdomadaire du NPA, le 12 d&#233;cembre 2013 et reproduit &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Contestation-de-l-ordre-mediatique-et-contestation-de-l-ordre-social-entretien&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site d'Acrimed&lt;/a&gt; (Action-Critique-M&#233;dias)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Pour les lecteurs de &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;L'Anticapitaliste, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;peux-tu rappeler ce qu'est Acrimed (Action-Critique-M&#233;dias), dont tu es le principal animateur depuis sa cr&#233;ation en 1996 ? &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traitement m&#233;diatique avait &#233;t&#233; extr&#234;mement d&#233;favorable aux gr&#233;vistes et &#224; tous ceux qui s'opposaient au plan Jupp&#233;, et il nous avait sembl&#233; n&#233;cessaire de proposer un outil qui pourrait produire en continu une critique des m&#233;dias dominants, fondant des propositions pour leur transformation. Cet outil ne consiste pas simplement dans les d&#233;bats que nous organisons ou que nous animons, dans un site Internet (cr&#233;&#233; en 1999) et &lt;i&gt;M&#233;diacritique(s)&lt;/i&gt;, notre magazine trimestriel imprim&#233; (depuis 2011). Acrimed est une association militante. Elle associe des journalistes et des salari&#233;s des m&#233;dias, des chercheurs et des universitaires et des acteurs de la contestation sociale et politique en g&#233;n&#233;ral. Elle s'efforce de jouer un r&#244;le de relais militant entre tous ceux qui ont int&#233;r&#234;t &#224; ce que la gauche de transformation sociale (&#171; la gauche de gauche &#187;, comme nous le disons sans plus de pr&#233;cision pour ne vexer personne&#8230;), non seulement n'oublie pas la question des m&#233;dias, mais en fasse une question authentiquement politique. C'est par exemple dans ce but qu'Acrimed avait &#233;t&#233; &#224; l'initiative des &#201;tats g&#233;n&#233;raux pour le pluralisme, qui s'&#233;taient tenus en 2006 et avaient permis de faire converger ces diff&#233;rents acteurs (avec le soutien d'organisations politiques de gauche dont la LCR &#224; l'&#233;poque).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi est-ce que les anticapitalistes, et plus largement tous ceux qui ne se satisfont pas du monde tel qu'il va, devraient s'int&#233;resser &#224; la question sp&#233;cifique des m&#233;dias ? En quoi cette question est-elle importante pour une gauche qui aspire &#224; transformer radicalement la soci&#233;t&#233; ? &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, c'est parce qu'ils croient trop souvent que les m&#233;dias dominants sont tout-puissants que les contestataires n&#233;gligent ce front de critique et de lutte. Ils se laissent alors tout &#224; la fois s&#233;duire et intimider par la puissance d'endoctrinement id&#233;ologique qu'ils pr&#234;tent &#224; ces m&#233;dias. Ils se laissent s&#233;duire au point de se borner &#224; tenter de les instrumentaliser pour faire conna&#238;tre - ce qui est parfaitement l&#233;gitime - leurs propositions et leurs actions. Et ils se laissent intimider au point de renoncer &#224; critiquer les m&#233;dias dans les m&#233;dias et de renvoyer aux lendemains qui chantent les combats pour leur transformation. Comme s'il n'y avait rien &#224; faire d'autre tant qu'ils n'ont pas &#233;t&#233; d&#233;mocratiquement appropri&#233;s ou socialis&#233;s. Mais pour qu'ils le soient ou, du moins pour que cette perspective soit comprise et cr&#233;dible, encore faut-il ne rien l&#226;cher d&#232;s maintenant. Se soumettre aux m&#233;dias dominants exclusivement pour y trouver une place &#8211; parfois dans des conditions d&#233;plorables &#8211; c'est &#224; la fois poursuivre une efficacit&#233; qui peut &#234;tre illusoire et entretenir une d&#233;mobilisation regrettable sur l'enjeu qu'ils repr&#233;sentent. C'est leur conc&#233;der un pouvoir sur les contestataires qu'ils n'ont pas forc&#233;ment quand on assume les conflits avec les tenanciers des pires &#233;missions, les chefferies &#233;ditoriales et les nouveaux chiens de garde de l'ordre m&#233;diatique et social existant. C'est aussi abandonner les journalistes, souvent pr&#233;caires, et leurs syndicats &#224; leur isolement. C'est enfin adopter une attitude elle-m&#234;me instrumentale &#224; l'&#233;gard des m&#233;dias du tiers-secteur dont l'existence est une critique en acte des m&#233;dias dominants, au lieu de faire vraiment cause commune avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est cette critique dont vous dites qu'elle est radicale, intransigeante et ind&#233;pendante ? &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est ind&#233;pendante parce qu'elle n'est soumise ou subordonn&#233;e &#224; aucune force ou pouvoir, &#233;conomique, m&#233;diatique et politique. Mais elle est politique, parce que la question des m&#233;dias est une question politique qui fait corps avec la question d&#233;mocratique, de quelque fa&#231;on qu'on entende celle-ci. Elle est radicale, parce qu'elle s'efforce de prendre la question des m&#233;dias &#224; la racine ou aux racines. Et les racines, ce sont les formes d'appropriation des m&#233;dias et, notamment, la formation et les conditions de travail des journalistes qui en d&#233;coulent, les rapports de pouvoir qui r&#232;gnent dans les entreprises m&#233;diatiques : des entreprises qui sont &#224; bien des &#233;gards des entreprises comme les autres et souvent pires que bien d'autres. Elle est intransigeante parce qu'elle ne se laisse ni s&#233;duire ni intimider, pr&#233;cis&#233;ment. Pour en savoir plus, nous lire, participer &#224; nos d&#233;bats et nous rejoindre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans le contexte actuel de crise capitaliste qui plonge des millions de gens dans le ch&#244;mage et la pauvret&#233;, est-ce que la critique des m&#233;dias ne devient pas un luxe ? Autrement dit, en quoi est-il important selon toi de maintenir une critique des m&#233;dias dominants ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas aveugles au point d'&#234;tre exclusivement polaris&#233;s par la question des m&#233;dias consid&#233;r&#233;e isol&#233;ment. Et il est vrai que l'ampleur de la crise &#233;conomique, sociale et &#233;cologique est telle qu'elle sollicite des mobilisations prioritaires. Prioritaires, mais pas exclusives, les autres &#233;tant secondaires, comme on parlait il y a plusieurs ann&#233;es de &#171; fronts secondaires &#187; quand on s'en d&#233;sint&#233;ressait. C'est le contraire qui est vrai : la critique des m&#233;dias est en fait d'autant plus importante en p&#233;riode de crise que s'accro&#238;t la n&#233;cessit&#233;, pour les classes dominantes, de faire accepter des politiques d'aust&#233;rit&#233; potentiellement impopulaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que tu pourrais donner quelques exemples ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias ont r&#233;cemment d&#233;couvert qu'il existait en France des manifestations inqui&#233;tantes de racisme. Et ce sont souvent ces m&#234;mes m&#233;dias (pas tous) dont la x&#233;nophobie et l'islamophobie font le lit du racisme ou qui en sont les formes dissimul&#233;es. Il n'emp&#234;che : ils s'indignent du racisme et pr&#233;tendent en d&#233;couvrir les causes. Ce faisant, comme le dit le titre de l'un de nos articles, &#171; les suspects m&#232;nent l'enqu&#234;te &#187;. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, mais il faudrait distinguer car les m&#233;dias ne constituent pas un bloc indiff&#233;renci&#233;, ils adoptent comme des &#233;vidences ce qui pr&#233;cis&#233;ment fait probl&#232;me : La Dette (mais sans gu&#232;re se soucier de ses origines), Les Imp&#244;ts (mais sans gu&#232;re se pr&#233;occuper des principales in&#233;galit&#233;s et du financement des service publics), L'Europe (toujours &#224; amender, mais toujours dans le m&#234;me sens), La Souplesse (et peu importe ses cons&#233;quences sociale), etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu disais pourtant que les m&#233;dias ne sont pas tout-puissants&#8230; &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'imposent pas &#224; tous ce qu'il faut penser : leurs usagers ne sont pas des &#233;ponges. Mais ils imposent leur ordre du jour (leur agenda) et la fa&#231;on l&#233;gitime de poser les questions. Ils exercent des pouvoirs et non un pouvoir : pouvoir de stigmatisation (ou de cons&#233;cration), pouvoir d'intimidation (ou de r&#233;duction au silence), pouvoir de cadrage des probl&#232;mes (et donc des solutions), pouvoir d'incitation (ou de dissuasion), etc. Ils n'exercent pas ces pouvoirs ind&#233;pendamment de l'action des autres pouvoirs sociaux. Mais quand ces pouvoirs s'exercent dans le m&#234;me sens, ils sont les auxiliaires de toutes les formes de domination sociale et politique. La contestation de l'ordre m&#233;diatique dominant est une composante de la contestation de l'ordre social existant. Non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par L&#233;o Carvalho&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>O&#249; en est la critique des m&#233;dias ?</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Ou-en-est-la-critique-des-medias.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>
		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>
		<dc:subject>Acrimed</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien publi&#233; dans la revue &lt;i&gt;Mouvements&lt;/i&gt; n&#176;61&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/appel_acrimed-2-2dd1a.jpg?1726837619' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien publi&#233; dans la revue &lt;i&gt;Mouvements&lt;/i&gt; n&#176;61. Propos recueillis par Samira Ouardi&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;Mouvements : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Pouvez-vous revenir, en guise d'introduction, sur l'histoire de votre association ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler :&lt;/strong&gt; Acrimed a pour origine l'appel de solidarit&#233; avec les gr&#233;vistes, lanc&#233; lors du mouvement social de novembre et d&#233;cembre 1995. Au sein du collectif qui a r&#233;dig&#233; et anim&#233; cet appel est venue l'id&#233;e de constituer un observatoire des m&#233;dias en r&#233;action au traitement du mouvement social, notamment par les m&#233;dias audiovisuels. Il faudra attendre la fin de la gr&#232;ve et du mouvement pour que l'id&#233;e se concr&#233;tise sous la forme d'un nouvel appel, largement sign&#233;. En avril 1996, l'association &#233;tait fond&#233;e. Elle a commenc&#233; son activit&#233; dans un contexte marqu&#233; par la parution, quelques mois plus tard, de l'essai de Pierre Bourdieu &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt; et de l'ouvrage de Serge Halimi sur une fraction tr&#232;s particuli&#232;re du monde des journalistes : &lt;i&gt;Les nouveaux chiens de garde&lt;/i&gt;. Un certain type de critique des m&#233;dias &#233;tait relanc&#233; dans l'espace public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Au d&#233;part c'est donc un &#171; observatoire &#187; ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Oui, c'&#233;tait une des id&#233;es. Mais l'objectif principal &#233;tait de s'organiser pour &#171; une action d&#233;mocratique sur le terrain des m&#233;dias &#187;, ainsi que le dit le titre m&#234;me de l'appel fondateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Alors que veut dire &#171; critique &#187; dans &#171; Action-critique-m&#233;dias &#187; ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Il faut d'abord dire que lorsque nous avons cr&#233;&#233; l'association, nous n'avons voulu ni nous situer dans une filiation critique particuli&#232;re, ni nous borner &#224; honorer la vocation critique des sciences sociales&#8230; Nous avons imm&#233;diatement d&#233;ploy&#233; &#171; une activit&#233; critique &#187; &#224; partir d'une id&#233;e simple : une critique effective des m&#233;dias doit &#234;tre une critique &#171; radicale &#187;, c'est-&#224;-dire qui prend les choses &#224; la &#171; racine &#187;, comme le dit Marx. Et pour nous, la &#171; racine &#187;, en ce qui concerne les m&#233;dias, ce sont les formes d'appropriation des m&#233;dias, les logiques &#233;conomiques, politiques et sociales dont ils d&#233;pendent et dont d&#233;pendent les conditions de travail des journalistes, les formes et la hi&#233;rarchie de l'information, les modalit&#233;s du d&#233;bat m&#233;diatique, etc. Bref, l'ensemble des structures et des d&#233;terminations qui gouvernent, de fa&#231;on diversifi&#233;e, l'orientation des m&#233;dias et l'activit&#233; des journalistes. Et &#171; critique &#187; veut dire &#224; la fois examen et contestation, tr&#232;s simplement. Cet examen et cette contestation nous les exer&#231;ons avec pour objectif de travailler &#224; une transformation de l'ordre m&#233;diatique existant, de peser en faveur de cet objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut insister sur le fait que nous sommes une association militante, nous &#171; militons &#187; pour une transformation de l'espace m&#233;diatique et de ses structures. Du c&#244;t&#233; de certains chercheurs et universitaires qui se pr&#233;sentent parfois comme &#171; contestataires &#187;, on pr&#233;tend juger nos productions &#224; l'aune des travaux en histoire des m&#233;dias, en &#233;conomie des m&#233;dias, sociologie des m&#233;dias. Comme s'il suffisait de r&#233;citer une bibliographie pour s'acquitter du devoir d'intervenir dans la m&#234;l&#233;e. Or ce que nous faisons c'est descendre dans l'ar&#232;ne (et parfois dans la rue) pour partager la critique des m&#233;dias avec ceux qui peuvent agir en faveur de la transformation de l'ordre m&#233;diatique. Et nous le faisons en adossant cette activit&#233; aux savoirs qui permettent de saisir les structures et les d&#233;terminations sociales qui gouvernent le microcosme m&#233;diatique. Par cons&#233;quent, nous prenons appui sur &#171; toutes &#187; les analyses qui permettent de nourrir et d'outiller cette d&#233;marche. Une chose est de r&#233;pliquer chaque fois que des imb&#233;cillit&#233;s sont &#233;nonc&#233;es &#224; propos d'auteurs comme Pierre Bourdieu ou Noam Chomsky ; autre chose serait d'en faire des r&#233;f&#233;rences absolues, exclusives et indiscutables. La sociologie de Pierre Bourdieu est l'une de nos r&#233;f&#233;rences, mais comme le sont d'autres auteurs et d'autres courants de sciences sociales. Quant &#224; Noam Chomsky, je vais faire un aveu : j'ai lu &lt;i&gt;La fabrication du consentement&lt;/i&gt; (qui aurait pu me servir de point d'appui depuis longtemps&#8230;) il y a deux mois seulement&#8230; Heureusement, d'autres adh&#233;rents d'Acrimed l'avaient lu avant moi. Ce que nous faisons c'est de l'&#233;conomie, de la sociologie, de l'histoire des m&#233;dias &#171; &#224; l'&#233;tat pratique &#187;. Mais pour &#234;tre adh&#233;rent d'Acrimed, on n'est pas oblig&#233; de s'inscrire dans une seule filiation et d'exhiber un titre universitaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Quelles sont alors les formes de cette critique qui pour vous est une pratique ? Quels moyens avez-vous choisi pour agir ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Je voudrais revenir d'abord sur cette id&#233;e que nous faisons de la sociologie &#171; &#224; l'&#233;tat pratique &#187;. &#201;videmment, l'&#233;valuation, l'observation et la critique des m&#233;dias que nous pratiquons sont nourries de la lecture et de la connaissance des travaux de sciences sociales. Mais pour nous &#171; informer sur l'information &#187;, comme nous le disons, cela consiste d'abord &#224; analyser &#171; sur le vif &#187; quelle information est produite et comment elle est produite. Notre vocation n'est pas d'engranger un corpus en vue de la r&#233;daction d'une th&#232;se &#8211; bien que notre travail puisse &#234;tre mobilis&#233; par des &#233;tudiants et des chercheurs. Ces analyses, faites &#171; sur le vif &#187; (cette pr&#233;cision est importante), ont vocation &#224; &#234;tre mises &#224; la disposition des publics les plus larges possible. Pour cela, il faut sortir de l'enceinte universitaire et &#171; transgresser les limites de la biens&#233;ance acad&#233;mique &#187;, comme le disait Bourdieu. Sortir du huis clos des conf&#233;rences de r&#233;daction, aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#233;j&#224; une forme d'action. Comme l'est l'animation de notre site qui b&#233;n&#233;ficie d'une tr&#232;s large audience. Nous essayons de rendre l&#233;gitime une critique &#171; externe &#187; des m&#233;dias qui ne se soucie pas de plaire et de complaire. Et de jouer un r&#244;le d'aiguillon. Je crois que nous l'avons correctement jou&#233; jusqu'ici. Le d&#233;samor&#231;age de la critique des m&#233;dias par des &#233;missions de radio ou de t&#233;l&#233;vision (&#224; chaque cha&#238;ne la sienne&#8230;) n'entame pas la l&#233;gitimit&#233; de notre critique, bien au contraire. En tout cas, la critique externe que nous pratiquons, m&#234;me si elle d&#233;frise les chefferies &#233;ditoriales (et quelques pseudo-experts) est de mieux en mieux accueillie, sans avoir pour autant &#233;mouss&#233; son tranchant. Il existe en particulier de nombreux journalistes et syndicats de journalistes qui d&#233;sormais travaillent avec nous, d&#232;s que cela est possible et cela m&#234;me s'ils peuvent &#234;tre en d&#233;saccord avec nous sur certains points. Nous avons ainsi contribu&#233;, il me semble, &#224; faire en sorte que ces journalistes et leurs syndicats se pr&#233;occupent d'une critique publique non seulement des conditions d'exercice de leur m&#233;tier, mais &#233;galement du contenu m&#234;me de l'information. Ils l'auraient sans doute fait sans nous, mais je crois que nous avons jou&#233; un r&#244;le d'acc&#233;l&#233;rateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre forme d'action : les d&#233;bats. C'est une forme d'action parce qu'il est crucial de faire de la question des m&#233;dias l'objet de d&#233;bats publics. Les intervenants d'Acrimed, ainsi que ceux du &lt;i&gt;Plan B&lt;/i&gt; ou du &lt;i&gt;Monde Diplomatique&lt;/i&gt; (qui concourent efficacement, dans des registres diff&#233;rents du n&#244;tre &#224; la critique des m&#233;dias), ont anim&#233; des centaines de d&#233;bats publics, je dis bien des centaines, organis&#233;s par nous-m&#234;mes ou en liaison avec des associations, notamment ATTAC ou les &#171; Amis du &lt;i&gt;Monde Diplomatique&lt;/i&gt; &#187;, des universit&#233;s d'&#233;t&#233;, des formations politiques. Nous l'avons fait pour que la question des m&#233;dias redevienne ce qu'elle avait cess&#233; d'&#234;tre : une question politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, nous avons essay&#233; de favoriser des convergences. Nous l'avons fait par exemple &#224; l'occasion du forum social de Paris Saint-Denis en 2003. Nous avons, dans le m&#234;me esprit, jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans l'impulsion et la tenue d'&#171; &#201;tats g&#233;n&#233;raux pour le pluralisme &#187;, qui n'ont pas eu un &#233;norme &#233;cho m&#233;diatique mais qui ont eu un r&#244;le important car ils ont &#233;t&#233; un moment de rencontre entre des acteurs qui jusque-l&#224; ne se parlaient pas : associations de critique des m&#233;dias, syndicats de journalistes, m&#233;dias du tiers secteur qui, &#224; l'occasion des sessions de ces &#201;tats g&#233;n&#233;raux, ont &#233;labor&#233; des plateformes significatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit &#224; travers ces &#201;tats g&#233;n&#233;raux ou de fa&#231;on ind&#233;pendante, nous avons jou&#233; un r&#244;le dans l'interpellation des forces politiques et dans la relance de quelque chose qui avait disparu : des rapports de discussions, parfois conflictuelles, entre des associations de critique, des syndicats de journalistes et les m&#233;dias associatifs, mais aussi avec les diff&#233;rentes forces politiques, qui, toutes, &#224; commencer par les forces politiques de gauche, toutes tendances confondues, avaient v&#233;ritablement d&#233;sert&#233; la question des m&#233;dias pendant plusieurs d&#233;cennies. Pour parler comme certains &#233;conomistes, on constate aujourd'hui &#171; quelques signes de reprise &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les autres modes d'action, il faut admettre qu'une association comme Acrimed est d'abord une &#171; association passerelle &#187; qui essaie de favoriser des actions communes, mais ne dispose que de peu de moyens d'action de masse autonomes. Par exemple, un appel &#224; manifester contre les menaces qui p&#232;sent sur l'AFP, lanc&#233; par nous et nous seuls, a peu de chances d'&#234;tre tr&#232;s efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Vous parlez de &#171; remettre &#187; la question des m&#233;dias au centre du d&#233;bat public, d'en &#171; refaire &#187; un probl&#232;me politique. L&#224;-dessus plusieurs questions s'imposent : quand les m&#233;dias ont-ils cess&#233; d'&#234;tre une pr&#233;occupation politique ? Pourquoi ? Et quels &#233;l&#233;ments font, en 1995, qu'il y a une urgence &#224; r&#233;investir cette question ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Nous n'avons pas tout de suite pris la mesure du vide politique qui entourait la question des m&#233;dias. C'est notre propre activit&#233; qui nous l'a rendu de plus en plus &#233;vident : depuis des d&#233;cennies, les forces politiques que l'on qualifie parfois de &#171; progressistes &#187;, qu'elles se r&#233;clament ou non de la gauche du gouvernement, ont multipli&#233; les d&#233;robades et les reculades, les silences et les capitulations. Le dernier programme coh&#233;rent de transformation des m&#233;dias, venu de forces de gauche &#8211; j'ai dit &#171; coh&#233;rent &#187;, je n'ai pas dit &#171; valide &#187;&#8230; &#8211; c'est le &#171; programme commun &#187; d'union de la Gauche en 1972. On peut aller plus loin et souligner que les gouvernements de gauche, sous la pr&#233;sidence de Mitterrand, ont &#233;t&#233; des acteurs importants d'une phase essentielle dans la privatisation des m&#233;dias en France : ce n'est pas un gouvernement de gauche qui a privatis&#233; TF1 en 1986, mais c'est un gouvernement de gauche qui, en confiant la 5 et Canal Plus &#224; des propri&#233;taires priv&#233;s, a pour partie l&#233;gitim&#233; par avance la privatisation de TF1. On n'a, d'ailleurs, pas fini de mesurer les cons&#233;quences d'une politique qui a min&#233; pour longtemps la perspective d'un service public de l'information et de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Vous avez &#233;voqu&#233; les diverses formes que rev&#234;t d&#233;sormais la critique des m&#233;dias. Est-ce que sa g&#233;n&#233;ralisation ne banalise pas la v&#244;tre ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Je ne crois pas. Sans m&#234;me parler de la critique m&#233;diatique des m&#233;dias dans les m&#233;dias dominants, je crois que la n&#244;tre se distingue des autres formes de critique des m&#233;dias existantes dans l'espace public sur deux versants : le versant explicatif et le versant politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre critique ne consiste pas seulement &#224; d&#233;noncer des d&#233;rapages, des erreurs, des &#171; emballements &#187;, ou des personnes mais, en partant de ce qui est visible (mais qu'il faut rendre visible) et nommable (mais qu'il ne faut pas craindre de nommer), &#224; chercher &#224; mettre en &#233;vidence les logiques &#233;conomiques, sociales et politiques qui sont &#224; l'&#339;uvre. Par exemple, les relations de connivence ne rel&#232;vent pas seulement de relations strictement personnelles : celles-ci renvoient &#224; des proximit&#233;s sociales rep&#233;rables et &#224; des formes de &#171; corruption structurelle &#187;, comme les d&#233;signait Bourdieu dans une alliance de mots apparemment antinomiques. On nous reproche parfois de pratiquer une critique &lt;i&gt;ad hominem&lt;/i&gt;. Encore faut-il s'entendre sur ce que l'on entend par l&#224;. M&#234;me quand nous ne l&#233;sinons pas sur les traits satiriques, nous refusons une critique qui s'efforcerait d'invalider un argument en s'en prenant aux caract&#233;ristiques physiques ou psychologiques de celui qui le soutient. Mais en quoi serait-il mals&#233;ant de prendre &#224; partie des personnes, non pour ce qu'elles sont individuellement, mais pour ce qu'elles r&#233;v&#232;lent ou repr&#233;sentent socialement ? Nous pouvons donner le sentiment d'avoir des &#171; t&#234;tes de turc &#187;, mais elles ne sont jamais que des cibles vis&#233;es en raison des rapports de pouvoir et de domination qu'elles illustrent et confortent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette question je voudrais insister sur l'&#233;tonnant paradoxe suivant : quand on fait la critique du microcosme m&#233;diatique, de ses diff&#233;renciations, mais aussi de ses structures, il se trouve toujours de bons esprits pour d&#233;noncer le caract&#232;re &#171; abstrait &#187; de cette critique ; mais quand on nomme ceux qui occupent des positions d&#233;termin&#233;es au sein de ce microcosme, on nous dit &#171; vous prenez &#224; partie des individus &#187;. Et dans les deux cas, quelques idiots utiles nous attribuent une &#171; th&#233;orie du complot &#187; : la lutte contre le conspirationnisme imaginaire, vari&#233;t&#233; molle de la lutte contre l'antis&#233;mitisme imaginaire, permet &#224; peu de frais de se dispenser de toute critique effective des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bourdieu a fait les frais de ce double discours (trop &#171; abstrait &#187;, trop &#171; concret &#187;), m&#234;me dans son travail de sociologue. Quand il d&#233;crit, dans &lt;i&gt;Homo academicus&lt;/i&gt;, un espace de positions sociales, on lui reproche d'avoir dissimul&#233; des personnes derri&#232;re une analyse &#171; abstraite &#187;. Et quand dans &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, pour essayer de rendre compte d'un certain nombre de pratiques, de position sociales, de rapports de pouvoir, il nomme des individus pr&#233;cis, de grands moralistes lui reprochent d'avoir perdu toute d&#233;cence. Et bien nous refusons cette fausse pudeur qui tol&#232;re &#233;ventuellement la d&#233;nonciation des rapports de domination, mais &#224; condition de ne pas nommer ceux qui occupent les positions dominantes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour ce qui concerne le versant explicatif de notre critique. Et puis il y a son versant politique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Avant de revenir sur ce versant politique, une derni&#232;re question sur votre critique : Y a-t-il des positions analytiques qui ont chang&#233; pour vous depuis votre constitution ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Je crois qu'il y a des questions sur lesquelles nous sommes plus vigilants que nous ne l'&#233;tions initialement. Nous avons un plus grand souci de distinguer la critique des pratiques m&#233;diatiques et la critique des positions politiques correspondantes. Ce que nous critiquons &#224; travers une prise de position politique ce n'est pas ou pas prioritairement la prise de position en elle-m&#234;me, mais la pratique journalistique qui la sous-tend : les d&#233;faillances souvent graves de l'information ou le d&#233;faut de pluralisme des d&#233;bats, par exemple. Notre critique ne rel&#232;ve pas de la contre-propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, nous avons travaill&#233; &#224; une meilleure prise en compte des conditions de travail des journalistes. Il nous est arriv&#233; d'&#233;pingler des journalistes, alors qu'ils n'&#233;taient pas ma&#238;tres de ce qu'ils faisaient. Les meilleurs &#8211; ils existent&#8230; - sont, dans certaines conditions, capables du pire. Nous t&#226;chons d&#233;sormais d'&#234;tre plus attentifs aux effets des conditions de production de l'information et d'essayer de distinguer le plus finement possible ce qui rel&#232;ve du choix &#233;ditorial assum&#233; par le journaliste de ce qui rel&#232;ve des conditions g&#233;n&#233;rales de production de l'information. Critiquer le travail des journalistes est une source de conflits et de malentendus permanents avec nombre d'entre eux. Mais nous l'assumons. Critiquer les journalistes, c'est s'exposer &#224; une r&#233;plique, souvent hargneuse, selon laquelle on n'y &#171; conna&#238;t rien &#187;, parce qu'on n'a pas &#171; les mains dans le cambouis &#187;. C'est &#224; la fois banal et faux. Banal, car c'est la rh&#233;torique habituelle du &#171; professionnel &#187;, qui r&#233;siste &#224; tout effort d'objectivation en mettant en avant que lui &#171; sait de quoi il parle &#187;. Et c'est oublier un peu vite que nous b&#233;n&#233;ficions de l'exp&#233;rience des nombreux journalistes qui sont membres de notre association ou qui nous &#233;crivent. Nous essayons de tirer parti, &#224; &#233;gale dignit&#233;, des savoirs professionnels, des savoirs militants et des savoirs scientifiques. C'est notre originalit&#233; : ni syndicat de journalistes, ni association de contestataires, ni d&#233;partement du CNRS. Ou, plut&#244;t, les trois &#224; la fois&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Si je comprends bien, en quinze ans d'existence environ, vous avez contribu&#233; &#224; changer le contexte politique de questionnement sur les m&#233;dias. Qu'est-ce qui, selon vous, a permis, en termes de formats d'action, ce premier accomplissement ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Nous avons eu la prudence de penser que les actions de masse ne pouvaient relever de la seule activit&#233; d'Acrimed. Et pas seulement, comme je l'ai dit, parce que nous n'en avons pas v&#233;ritablement les forces. Nous avons pr&#233;f&#233;r&#233; consid&#233;rer que pour passer &#224; l'action il fallait contribuer &#224; la constitution de r&#233;seaux d'action et soutenir des actions dont nous ne pouvions &#234;tre les seuls acteurs. En particulier, nous avons pris soin de ne pas court-circuiter les principaux acteurs collectifs : ni les principaux syndicats de journalistes et plus g&#233;n&#233;ralement le mouvement syndical et les associations de lutte (car pour nous la critique des m&#233;dias ne concerne pas que les journalistes), ni les forces politiques (en les interpellant et en entretenant avec elles des rapports de discussion et de confrontation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous croyons que cette ligne d'action doit &#234;tre poursuivie. Cela a &#233;videmment &#233;t&#233; couronn&#233; d'un succ&#232;s in&#233;gal et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il existe beaucoup de publics qui se sentent concern&#233;s, beaucoup moins qui se sentent mobilisables. Ensuite, il faut souligner que nous venons de tr&#232;s loin : la plupart des mouvements contestataires ont avec les m&#233;dias un rapport purement instrumental. Autrement dit, ils ne se posent, lorsqu'il s'agit des m&#233;dias, que la question suivante &#171; comment s'en servir ? &#187;, sans m&#234;me s'interroger sur les moyens de s'en servir sans leur &#234;tre asservis. Combien de contestataires contestent les m&#233;dias quand ils interviennent dans les m&#233;dias ? Combien consid&#232;rent qu'une ar&#232;ne d&#233;mocratique doit &#234;tre conflictuelle et qu'il ne faut pas se d&#233;rober aux conflits avec certains journalistes ou sur certaines pratiques journalistiques ? Combien mettent en cause les strat&#233;gies &#233;conomiques des propri&#233;taires des m&#233;dias ou du pouvoir politique, ou les orientations &#233;ditoriales adopt&#233;es par un certain nombre de m&#233;dias qui se d&#233;fendent d'&#234;tre de parti pris ? Combien contestent les formats des &#233;missions dans lesquelles il leur arrive de passer ? Fort peu et tr&#232;s rarement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Tout de m&#234;me, ces questions de cadrage m&#233;diatique, de contraintes formelles et de structures de pouvoir probl&#233;matiques au sein des m&#233;dias, sont des questions qui font l'objet de discussions internes au mouvement social. La preuve, vous &#234;tes intervenus dans les forums sociaux, dans lesquels il y avait des axes sp&#233;cifiques qui concernaient ces questions&#8230;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; C'est vrai, et nous ne pr&#233;tendons &#224; aucun monopole. Nous n'oublions pas, par exemple, l'existence de cette critique en acte qu'est la critique port&#233;e par les m&#233;dias du tiers secteur et par de nombreux sites sur Internet : elle est indispensable &#224; la revitalisation d&#233;mocratique de l'espace m&#233;diatique. Nous les soutenons et les consid&#233;rons comme une composante &#224; part enti&#232;re d'une lutte commune. C'est pourquoi nous nous sommes r&#233;jouis de la pr&#233;sence de certains d'entre eux dans le cadre des &#201;tats G&#233;n&#233;raux pour le pluralisme, notamment, pour que la confrontation soit possible avec les syndicats de journalistes et que nous puissions converger (ou diverger) ensemble. Et nous sommes d'ailleurs l'un de ces m&#233;dias : le site d'Acrimed est un m&#233;dia ind&#233;pendant, associatif et autog&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour revenir &#224; votre question, le probl&#232;me ce n'est pas que les mouvements contestataires s'interrogent sur les formats. L'important c'est qu'on ne peut pas faire de la question des m&#233;dias une question politique sans modifier son rapport aux m&#233;dias. Tant que des associations, des syndicats, des forces politiques, sous couvert de faire entendre leurs positions dans les m&#233;dias, se taisent sur la question des m&#233;dias, tant qu'ils croient que leur silence sur cette question est le prix &#224; payer pour disposer de tribunes m&#233;diatiques, la critique des m&#233;dias est occult&#233;e. Bien s&#251;r, nous n'avons pas l'intention de prescrire &#224; qui que ce soit le comportement &#224; adopter vis-&#224;-vis des m&#233;dias. En la mati&#232;re, nous faisons seulement deux propositions simples aux acteurs collectifs : tout d'abord, nous proposons une analyse du champ de bataille m&#233;diatique, car c'est un champ de bataille ; ensuite nous les incitons &#224; traiter cet espace comme un champ de bataille, c'est-&#224;-dire de ne pas se soumettre &#224; tous les diktats du cirque m&#233;diatique et de ne pas oublier de critiquer les m&#233;dias dans les m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; la fois d&#233;concertant et triste que la question des m&#233;dias n'ait &#233;t&#233; pos&#233;e dans les m&#233;dias, lors de la derni&#232;re pr&#233;sidentielle, que par Fran&#231;ois Bayrou. Et qu'il ait fallu attendre le conflit qu'il a introduit lui-m&#234;me avec les m&#233;dias, pour des raisons de positionnement tactique sans doute, mais peut-&#234;tre aussi pour de vraies raisons politiques, pour que le Parti socialiste et sa candidate r&#233;animent une proposition qui a &#233;t&#233; faite dix fois depuis 1972 et &#224; chaque fois oubli&#233;e quand la gauche est parvenue au pouvoir : en finir avec les liaisons dangereuses entre les m&#233;dias et les groupes qui b&#233;n&#233;ficient de march&#233;s publics. On est en droit d'attendre d'eux non qu'ils r&#233;ussissent, mais au moins qu'ils tentent d'accomplir ce qu'ils proposent. Jusqu'alors, &#231;a n'a pas &#233;t&#233; le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Vous &#234;tes engag&#233;s dans ces actions depuis bient&#244;t quinze ans. Alors, au-del&#224; de la remise en d&#233;bat de la question m&#233;diatique, la situation de l'espace m&#233;diatique a-t-elle, de votre point de vue, chang&#233; depuis 1995 ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Oui et non. Commen&#231;ons par le r&#244;le des &#171; nouveaux chiens de gardes &#187; : l'analyse de Serge Halimi, publi&#233;e en 1997, d&#233;crit une situation qui n'a pas boug&#233;. La quarantaine de journalistes qui occupent une place disproportionn&#233;e dans le d&#233;bat public et d&#233;limitent le p&#233;rim&#232;tre des questions dicibles et la fa&#231;on de les poser, sont toujours l&#224;. L'arrogance de ces &#171; prescripteurs d'opinion &#187; a culmin&#233; en 2005 lors du r&#233;f&#233;rendum sur le trait&#233; constitutionnel europ&#233;en. Ces serviteurs du pluralisme an&#233;mi&#233; et des pens&#233;es dominantes semblent inamovibles. Dans le m&#234;me temps, la situation globale des m&#233;dias a beaucoup chang&#233; : leur financiarisation s'est acc&#233;l&#233;r&#233;e, la r&#233;volution num&#233;rique b&#233;n&#233;ficie d'abord aux groupes les plus puissants, en m&#234;me temps qu'elle fragilise la presse &#233;crite g&#233;n&#233;raliste, le secteur public est appauvri, &lt;i&gt;etc&lt;/i&gt;. Et l'&#233;cart ne cesse de se creuser entre les sommit&#233;s de la profession et les soutiers de l'information, de plus en plus pr&#233;caris&#233;s. Les premi&#232;res se croient ind&#233;pendantes, parce que, ajust&#233;es &#224; leur fonction, elles font &#171; spontan&#233;ment &#187; ce que leur fonction leur prescrit. Les seconds confondent trop souvent la relative ind&#233;pendance individuelle dont ils jouissent et la d&#233;pendance collective qui est la leur. Encore cette relative ind&#233;pendance n'existe-t-elle pas partout et seulement pour ceux qui b&#233;n&#233;ficient d'emplois stables. Et, dans tous les cas, les journalistes ne vivent pas en &#233;tat d'apesanteur sociale, et comme dans tous les m&#233;tiers, ils compensent souvent leur d&#233;pendance sociale par des mythes professionnels : l'ind&#233;pendance n'est alors que l'un d'eux, parfois m&#234;me parmi les journalistes les plus pr&#233;caires convaincus de faire le plus beau m&#233;tier du monde. C'est assez dire qu'il est moins facile qu'il n'y para&#238;t d'introduire des grains de sable dans la &#171; machine &#187;&#8230; sans changer la &#171; machine &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Voil&#224; pour ce qui n'a pas chang&#233; voire qui n'a cess&#233; d'empirer, qu'est ce qui a chang&#233; alors ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Ce qui a chang&#233; c'est notamment le d&#233;veloppement de la critique des m&#233;dias sous diverses formes. On la trouve partout : des &#171; m&#233;diateurs &#187; pr&#233;sents dans un certain nombre de m&#233;dias, aux &#233;missions de d&#233;cryptage (qui ne d&#233;cryptent presque rien) ou sur la vie des m&#233;dias (qui en r&#233;alit&#233; sont des &#233;missions sur les &lt;i&gt;people&lt;/i&gt; m&#233;diatiques)&#8230; Bref il n'y a pas un m&#233;dia qui n'ait sa rubrique ou son &#233;mission dans laquelle il pr&#233;tend &#171; analyser &#187; les m&#233;dias. C'est trop souvent (mais pas toujours&#8230;) la version marchande de la critique des m&#233;dias et elle est florissante. &#192; c&#244;t&#233; de cette critique m&#233;diatique des m&#233;dias, on a vu appara&#238;tre, notamment sur Internet, une critique des m&#233;dias multiforme, constitu&#233;e ind&#233;pendamment de la n&#244;tre ou, plus ou moins ouvertement en &#233;cho ou en opposition &#224; celle que nous pratiquons, notamment &#224; travers des blogs et certains sites ind&#233;pendants. Et c'est tr&#232;s bien. M&#234;me &#171; Arr&#234;t sur image &#187; dont la critique sur France 5 ne d&#233;passait gu&#232;re les limites du simple d&#233;cryptage plut&#244;t complaisant est devenu plus corrosif en passant sur la toile. Simplement cette critique-l&#224; souffre, &#224; nos yeux, de deux faiblesses qui permettent de penser que nous avons toujours un r&#244;le sp&#233;cifique &#224; jouer. Tout d'abord, elle a en g&#233;n&#233;ral (ce n'est pas toujours le cas) une faible teneur explicative. Mais surtout, elle n'a, sauf exception, aucune ambition politique. Enfin, il y a une derni&#232;re cat&#233;gorie de critique des m&#233;dias qui s'est d&#233;velopp&#233;e. Je pense aux initiatives &#224; l'articulation de la critique des m&#233;dias et de la proposition de transformation des m&#233;dias : &#171; l'Appel de la colline &#187; impuls&#233; par &lt;i&gt;M&#233;diapart&lt;/i&gt; ou &#171; les Assises du journalisme &#187; impuls&#233;es par J&#233;r&#244;me Bouvier notamment. Ce sont souvent des initiatives dont nous ne partageons pas ou pas totalement les objectifs et les modalit&#233;s. Mais elles sont le signe que &#231;a bouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ce d&#233;veloppement de la critique des m&#233;dias sous des formes diverses a-t-il transform&#233; le rapport qu'entretenait avec elle le mouvement social ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;H. M :&lt;/strong&gt; Sur ce point, il me semble que la situation est tr&#232;s contradictoire : je crois qu'aujourd'hui il y a une prise de conscience de l'importance de la question m&#233;diatique ; mais malheureusement cette prise de conscience ne s'est pas suffisamment traduite en actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord pour une mauvaise raison : le rapport instrumental aux m&#233;dias dont j'ai d&#233;j&#224; parl&#233; perdure. Une association comme Attac a beaucoup &#339;uvr&#233; en faveur du d&#233;bat public que nous avons (avec d'autres&#8230;) men&#233; sur la question des m&#233;dias. Les r&#233;unions publiques auxquelles nous avons particip&#233; ont souvent &#233;t&#233; organis&#233;es par des comit&#233;s d'Attac ou dans le cadre des universit&#233;s d'&#233;t&#233; d'Attac. Pourtant il a &#233;t&#233; quasiment impossible d'obtenir d'Attac une prise de position publique claire sur la question des m&#233;dias. Il est pour le moins &#233;trange qu'une association qui lutte contre la mondialisation lib&#233;rale se d&#233;robe ainsi car les m&#233;dias ne sont pas des proies, mais des acteurs de cette mondialisation, et ils n'en sont pas les observateurs, mais les propagandistes. On pourrait dire cela d'autres forces contestataires : quand Olivier Besancenot va chez Drucker en pleine &#171; r&#233;forme &#187; sarkozyste de l'audiovisuel public, il s'efforce de donner la parole &#224; des salari&#233;s que l'on n'entend jamais dans ce genre d'&#233;mission, mais il ne dit pas un mot du fait qu'il parle sur une cha&#238;ne menac&#233;e dans ses moyens et son r&#244;le.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le maintien de ce genre d'attitude est fond&#233; sur une surestimation de la puissance des m&#233;dias. C'est d'ailleurs la croyance dans le pouvoir des m&#233;dias qui alimente le pouvoir des m&#233;dias. Bref, les forces politiques et le mouvement social dans leur ensemble (il y a bien s&#251;r des exceptions) c&#232;dent au pouvoir d'intimidation des m&#233;dias, c'est-&#224;-dire &#224; l'id&#233;e selon laquelle la m&#233;diatisation est l'&#233;l&#233;ment d&#233;cisif, en toutes circonstances, pour faire conna&#238;tre ses id&#233;es, ses luttes et ses propositions ; or c'est le cas parfois mais pas toujours. Et surtout &#231;a l'est beaucoup moins souvent qu'on ne le dit : il suffit d'avoir quelques connaissances en sociologie de la r&#233;ception pour en &#234;tre convaincu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, m&#234;me si l'importance de la question m&#233;diatique est apparue progressivement &#224; ceux qui ne la consid&#233;raient pas jusque-l&#224;, la crise &#233;conomique, sociale et &#233;cologique a pris, depuis plus d'un an, une telle ampleur qu'elle est devenue, plus que jamais, la priorit&#233; qui oriente les mobilisations des acteurs du mouvement social. Il ne faudrait pas que cela se transforme en alibi&#8230; C'est dire, en toute modestie, l'importance de notre existence car nous sommes les seuls &#224; porter, sur le terrain des m&#233;dias, une critique &#224; la fois intransigeante, le cas &#233;ch&#233;ant virulente, explicative et de dimension politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Mais en quoi consiste ce &#171; versant politique &#187; que vous avez plusieurs fois &#233;voqu&#233; ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Critiquer non pour le plaisir, mais pour rendre sensible la n&#233;cessit&#233;, voire l'urgence de transformations de l'ordre m&#233;diatique existant. Nous avons fait des propositions en ce sens que l'on n'aura sans doute pas le temps de d&#233;tailler au cours de cet entretien. Quelques-unes d'entre elles ont &#233;t&#233; mises en discussion dans des syndicats, des associations ou des forces politiques, et parfois reprises. De fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, on ne peut que se f&#233;liciter chaque fois que, avec ou sans nous, des propositions sont &#224; nouveau clairement formul&#233;es. Encore faut-il que ces propositions ne soient pas purement d&#233;coratives, mais fassent l'objet d'actions et de mobilisations en leur faveur. Que tous les acteurs collectifs s'en emparent. Qu'elles se nourrissent d'une critique rigoureuse et sans complaisance. Qu'elles soient formul&#233;es &#171; dans l'air toujours agit&#233; de la contestation &#187; (pour piquer &#224; Foucault l'une de ses formules). Sinon, elles resteront des chiffons de papier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Si je comprends bien, la priorit&#233; maintenant ce n'est plus de diffuser la critique des m&#233;dias mais de contribuer &#224; impulser un mouvement social de transformation des m&#233;dias, un mouvement transversal. Dans cette perspective, quid de l'international ? Puisque les m&#233;dias sont des acteurs de la mondialisation cette lutte ne doit-elle pas &#234;tre transnationale ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; C'est vrai. Mais une remarque g&#233;n&#233;rale d'abord : ce que fait ou ne fait pas une association, surtout quand elle est constitu&#233;e comme la n&#244;tre exclusivement de b&#233;n&#233;voles qui ont d'autres engagements, n'est pas toujours une question d'orientation, mais de forces. Cela explique en particulier que nous n'ayons pas vraiment d&#233;velopp&#233; notre action en dehors de l'hexagone. Difficult&#233; suppl&#233;mentaire : en dehors des &#201;tats-Unis, il y a, en g&#233;n&#233;ral, tr&#232;s peu d'&#233;quivalents d'Acrimed, se d&#233;diant exclusivement &#224; une critique ind&#233;pendante et externe. Et quand ils existent ou ont exist&#233; nous avons eu des difficult&#233;s &#224; entrer en contact avec eux. Cela dit, il existe &#233;videmment partout des formes ou des instances de critique des m&#233;dias, particuli&#232;rement dans les pays o&#249; cette critique est tr&#232;s directement une composante des conflits sociaux et politiques. Mais il est vrai que l'absence d'action internationale concert&#233;e se fait particuli&#232;rement sentir &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne, alors que la r&#233;orientation des politiques m&#233;diatiques peut difficilement se faire exclusivement &#224; l'&#233;chelle nationale. Les syndicats de journalistes en sont conscients, mais cela ne suffit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Bref, vous dites que ce qui freine l'efficacit&#233; de la critique des m&#233;dias comme projet politique c'est le manque de force g&#233;n&#233;ral du mouvement social.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Oui. Mais aussi les r&#233;ticences &#224; s'en emparer. Pendant des d&#233;cennies, quand ils se sont battus, les journalistes et les salari&#233;s des m&#233;dias l'ont fait de mani&#232;re isol&#233;e, comme si la question des m&#233;dias ne concernait qu'eux. Alors que dans tous les autres secteurs publics ou d'enjeu public, les luttes ont d&#233;pass&#233; les acteurs centraux : que ce soit pour les transports, l'h&#244;pital, l'enseignement, ou derni&#232;rement la Poste. Or tant que la question des m&#233;dias n'est pas une question dont s'emparent tous les acteurs contestataires de la vie sociale et politique, on n'est pas &#224; la hauteur des enjeux. Le jour o&#249; cela arrivera peut-&#234;tre qu'on dissoudra Acrimed&#8230; &#8226;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>M&#233;dias en guerre : des attentats &#224; la prise de Kaboul (2001)</title>
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		<dc:date>2024-06-10T10:10:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Guerres</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;dias en guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Des attentats du 11 septembre 2001 &#224; New-York et Washington &#224; la prise de Kaboul, le 13 novembre 2001. Premi&#232;res semaines d'une guerre qui a dur&#233; jusqu'en 2021.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Guerres-+.html" rel="tag"&gt;Guerres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Medias-en-guerre-+.html" rel="tag"&gt;M&#233;dias en guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Critiquer-les-medias-+.html" rel="tag"&gt;Critiquer les m&#233;dias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L110xH150/medias_en_guerre-d1a89.jpg?1726251026' class='spip_logo spip_logo_right' width='110' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des attentats du 11 septembre 2001 &#224; New-York et Washington &#224; la prise de Kaboul par les forces de l'Alliance du Nord, alli&#233;es des &#201;tats-Unis le 13 novembre 2001. Premi&#232;res semaines d'une guerre qui a dur&#233; jusqu'en 2021.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Des attentats du 11 septembre 2001 &#224; New-York et Washington &#224; la prise de Kaboul par les forces de l'Alliance du Nord, alli&#233;es des Etats-Unis,&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;le 13 novembre 200. Premi&#232;res semaines d'une guerre qui a dur&#233; jusqu'en 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les attentats du 11 septembre, des tendances lourdes sont &#224; l'&#339;uvre dans les m&#233;dias fran&#231;ais. Ce sont elles que l'on peut d&#233;gager, du moins jusqu'&#224; la prise de Kaboul. Sans entrer dans les d&#233;tails et sans multiplier les exemples ; sans c&#233;der au petit chantage qui veut que l'on ne critique pas trop les m&#233;dias, pour ne pas indisposer les journalistes, dans l'espoir de gagner leurs faveurs - comme s'il fallait s'interdire de critiquer l'&#233;cole ou l'enseignement pour &#233;pargner les enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai, nombre de journalistes font leur m&#233;tier aussi bien qu'ils le peuvent, souvent avec courage, et certains l'ont pay&#233; de leur vie. Mais ceux-l&#224; n'exercent pas le m&#234;me m&#233;tier que les r&#233;dacteurs en chef, les &#233;ditorialistes et les pr&#233;sentateurs, pilotes des machines m&#233;diatiques qui ont essay&#233; de faire passer cette guerre pour l&#233;gitime et efficace.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Comment la guerre devint &#171; l&#233;gitime &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un moment d'&#233;garement - dont il se remettra tr&#232;s vite -, Serge July, dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 13 septembre, proclame : &lt;i&gt;&#171; La meilleure d&#233;fense contre le terrorisme, ce n'est pas la guerre, c'est la justice. &#187;&lt;/i&gt; Pourtant, entre la justice et la guerre, les m&#233;dias dominants ont choisi la guerre. Reste &#224; observer comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. &#201;v&#233;nement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout commence &#233;videmment avec les attentats du 11 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les t&#233;l&#233;visions se chargent alors de transformer l'&#233;v&#233;nement, spectaculaire et in&#233;dit, en spectacle de l'&#233;v&#233;nement. Et la presse &#233;crite se charge de transformer cet &#233;v&#233;nement in&#233;dit en &#233;v&#233;nement sans ant&#233;c&#233;dents, comme s'il s'agissait d'un tournant absolu de l'histoire du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&#233;v&#233;nement est tragique. Les massacres suscitent une solidarit&#233; l&#233;gitime avec les victimes. Les t&#233;l&#233;visions se chargent alors de transformer la compassion en spectacle de la compassion.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 14 septembre 2001, 12 heures. TF1 se recueille. Une fois encore, les images de l'attentat mont&#233;es comme un vid&#233;o-clip, mais soutenues cette fois par La Marche fun&#232;bre de Chopin. Mettre en sc&#232;ne le comble de l'&#233;motion et mettre l'&#233;motion &#224; son comble : tout le savoir-faire des fabricants d'images de TF1. Peut-&#234;tre bient&#244;t en vid&#233;ocassette. Et Jean-Pierre Pernaut, dans un r&#244;le enfin &#224; sa mesure : &lt;i&gt;&#171; Et nous, &#224; TF1, comme des millions d'entre vous, nous allons respecter ces minutes de silence en soutien au peuple am&#233;ricain &#187;. &lt;/i&gt;Mais le silence et l'&#233;cran noir &#224; la t&#233;l&#233; signaleraient l'incident technique. Pour soutenir notre recueillement, des images de la d&#233;vastation et de l'inqui&#233;tude des familles &#224; la recherche de leurs disparus. Et toutes les images de la tristesse et de la d&#233;solation : vid&#233;o-clip de &lt;i&gt;La Marche Fun&#232;bre &lt;/i&gt;et de la solidarit&#233;, version TF1. Au terme des trois minutes r&#233;glementaires (ou m&#234;me avant qu'elles ne s'ach&#232;vent : 3 mn, c'est long !), brutalement, un &#233;cran publicitaire de TF1 pour une &#233;mission de TF1. La messe cathodique &#233;tait finie...&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et la presse &#233;crite se charge - elle ne fut pas la seule - &#224; transformer le devoir de solidarit&#233; avec les victimes en devoir de communion avec le peuple am&#233;ricain et avec ses dirigeants. D&#232;s le 13 septembre, Jean-Marie Colombani proclame : &lt;i&gt;&#171; Nous sommes tous am&#233;ricains. &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; remplit ainsi sa fonction de quotidien de r&#233;f&#233;rence, puisque tous les m&#233;dias ne cesseront de r&#233;p&#233;ter ce slogan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous vaut, lors de la revue de presse du 13 septembre sur France Info, cette exhortation et cet aveu :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si les unes de tous ces journaux n'arrivent pas &#224; vous convaincre de la gravit&#233; des &#233;v&#233;nements que nous vivons, lisez ce qu'ils &#233;crivent. Lisez Jean-Marie Colombani &#224; la une du &lt;/i&gt;Monde&lt;i&gt;. Lisez Serge July de &lt;/i&gt;Lib&#233;ration&lt;i&gt;, Michel Schiffre dans &lt;/i&gt;Le Figaro&lt;i&gt;. Lisez la chronique de Jacques Julliard, l'&#233;ditorial de Jean Daniel dans &lt;/i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;i&gt;. Celui de Claude Imbert dans &lt;/i&gt;Le Point&lt;i&gt; ou de Denis Jeambar dans &lt;/i&gt;L'Express&lt;i&gt;. Lisez ces dizaines de pages, ces centaines d'articles qui expliquent finalement tous la m&#234;me chose.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&#233;v&#233;nement est donc spectaculaire et tragique. Mais de m&#234;me que n'importe quel fait divers peut &#234;tre pr&#233;sent&#233; comme un &#233;v&#233;nement, n'importe quel &#233;v&#233;nement peut se transformer en fait divers. C'est donc comme un fait divers, mais gigantesque, que la t&#233;l&#233;vision met en sc&#232;ne (en exp&#233;diant &#224; New-York, ses pr&#233;sentateurs vedettes) r&#233;cits, images et t&#233;moignages sur l'&#233;v&#233;nement et ses cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bient&#244;t, une catastrophe chasse l'autre &#224; la &#171; Une &#187; des journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Toulouse : catastrophe aux portes de la ville &#187;, &lt;/i&gt;titre &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 23-24 septembre&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;La veille le journal de TF1 de 20 heures a consacr&#233; plus d'une demi-heure &#224; l'explosion meurtri&#232;re et ravageuse : une catastrophe chasse l'autre. Mais le sc&#233;nario du JT reste le m&#234;me : l'information est d&#233;vor&#233;e par sa mise en images, les t&#233;moignages prennent les pas sur les faits, ce que l'on a cru ou ce que l'on a craint prend autant d'importance que les cons&#233;quences. Primat de l'&#233;motion et logique de la narration, simulacre de l'exhaustivit&#233; et r&#232;gne de la redondance. Chaque fragment de r&#233;cit reproduit la totalit&#233; du r&#233;cit ; chaque t&#233;moignage en appelle un autre qui r&#233;p&#232;te le pr&#233;c&#233;dent. Le &#171; traitement &#187; de l'explosion de Toulouse &#233;claire celui des attentats de New York : ou comment transformer, quels qu'en soient l'&#233;chelle, le sens et la port&#233;e, tout &#233;v&#233;nement en fait divers.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, un certain d&#233;lai d'&#233;motion &#233;tant pass&#233;, les m&#233;dias dominants nous ont propos&#233; de &#171; comprendre &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Causes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;v&#233;nement peut para&#238;tre sans ant&#233;c&#233;dent : il n'est pourtant pas sans causes. Il faut donc expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La cause du terrorisme ne pouvant &#234;tre que l'existence des terroristes, l'affaire est promptement boucl&#233;e. Encore faut-il expliquer le terrorisme : &#233;ditorialistes des m&#233;dias et experts aupr&#232;s des m&#233;dias nous ass&#232;nent qu'il faut se garder de confondre islam et islamisme, bien que, pour certains &#233;ditorialistes, tout incite &#224; les amalgamer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Max Clos, dans &lt;i&gt;Le Figaro &lt;/i&gt;du 14-09, s'interroge&lt;i&gt; &#171; Faut-il condamner l'Islam ? &lt;/i&gt; &#187;. Et r&#233;pond :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des voix s'&#233;l&#232;vent un peu partout, y compris en France, pour condamner par avance une &#034;attitude manich&#233;enne&#034; qui condamnerait en bloc l'Islam. Le terrorisme islamiste ne serait, selon ces voix, qu'une d&#233;viation ne concernant qu'une petite minorit&#233; de musulmans, ne justifiant en rien une r&#233;action militaire brutale. On r&#233;pondra que le manich&#233;isme peut certes conduire &#224; des exc&#232;s et des injustices. Mais comment ignorer que les criminels qui ont frapp&#233; le c&#339;ur des &#201;tats-Unis, ceux qui &#233;gorgent en Alg&#233;rie ou qui oppriment les femmes en Afghanistan, le font au nom d'Allah ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les causes &#233;tant identifi&#233;es, la traque peut commencer : l'investigation pr&#233;pare l'intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cette investigation est d&#233;lib&#233;r&#233;ment tronqu&#233;e. Car il est express&#233;ment interdit de passer des causes imm&#233;diates des actes de terreur et de l'extension du fondamentalisme, aux conditions qui les ont favoris&#233;es. Les ma&#238;tres-tanceurs, &#233;ditorialistes professionnels ou occasionnels, se coalisent pour enseigner gravement que comprendre revient &#224; justifier et que pour conjurer les tentatives perverses de culpabilisation de l'Occident, voire des victimes, il ne faut retenir que les causes qui ont d&#233;clench&#233; les attentats et oublier les conditions qui, en favorisant la radicalisation du fondamentalisme religieux, les ont rendus possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un prodigieux ethnocentrisme s'empare alors des m&#233;dias : celui-l&#224; m&#234;me qui proclame que &#171; nous sommes tous am&#233;ricains &#187;, parce que, comme l'affirme sans fard Jean-Marie Colombani, &#171; nous &#187; devons aux Etats-Unis notre libert&#233;. Ceux qui leur doivent des agressions militaires, le soutien &#224; des r&#233;gimes d'oppression et une large part de leur mis&#232;re sont hors-jeu, irrationnels. On peut, certes, comme Laurent Joffrin nous y invite, s'exercer &#224; faire preuve d'un peu d' &#171; empathie provisoire &#187; (&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; du 20-26 septembre), mais avec toute la condescendance qui convient aux d&#233;positaires de la libert&#233; et de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La communion obligatoire avec &#171; les &#187; Am&#233;ricains suffit alors &#224; identifier l'adversaire : l' &#171; anti-am&#233;ricanisme &#187;. Une bien jolie notion qui amalgame tout et n'importe quoi et permet de d&#233;couvrir ensuite que cet adversaire est composite, &#233;tant la somme de tout et de n'importe quoi, &#171; antimondialistes &#187; en t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;videmment au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; que l'on devra les d&#233;clarations les plus tonitruantes. Comme celle-ci :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En France Jos&#233; Bov&#233; fait arracher les &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;cultures cens&#233;es &#234;tre OGM&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; (sic) par ses partisans, &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;sous l'&#339;il bienveillant des gendarmes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; (re-sic), il &#034;d&#233;monte&#034; les Mc Do, sous pr&#233;texte de combattre la mondialisation. &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ce n'est pas la m&#234;me &#233;chelle que les attentats de New York, certes, mais cela proc&#232;de du m&#234;me esprit&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &#187; (&lt;/i&gt;Max Clos, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; du 14-09, page 20, soulign&#233; par moi)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La guerre m&#233;diatique est alors d&#233;clar&#233;e. Une guerre dans laquelle les &#233;ditorialistes font office de g&#233;n&#233;raux : les &#233;ditorialistes officiels, attitr&#233;s comme Jacques Julliard et Claude Imbert ou moins titr&#233;s comme Bernard Guetta et Delfeil de Ton ; les &#233;ditorialistes officieux, associ&#233;s comme BHL et Alain Minc ou auxiliaires comme Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut. De leurs plumes g&#233;n&#233;reuses ne jaillit qu'un seul cri d'encre : haro sur l'&#171; anti-am&#233;ricanisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois l'explication expurg&#233;e les camps m&#233;diatiquement constitu&#233;s, l'entreprise de l&#233;gitimation de la guerre est achev&#233;e. Et &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; publie d&#232;s le 28 septembre un d&#233;pliant en papier glac&#233; qui nous propose &#171; La carte des op&#233;rations &#187; : pour que nous puissions les suivre agr&#233;ablement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 octobre la guerre est d&#233;clench&#233;e. Comment la rendre efficace ? Les m&#233;dias dominants tentent alors d'apporter leur modeste contribution...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Comment la guerre devint &#171; efficace &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une guerre sans images et sans t&#233;moins &#187;, proclament les m&#233;dias, qui contribuent pourtant &#224; l'effort de guerre en mobilisant un lexique, une d&#233;ontologie, une posture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Lexique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques exemples du lexique de guerre les r&#233;sument tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Terrorisme&lt;/strong&gt; : peut se dire de n'importe quel acte de violence aveugle, de pr&#233;f&#233;rence quand il touche des victimes occidentales. Son usage peut &#234;tre prudemment distinctif : on parlera donc, dans tel &#233;ditorial du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; (20 octobre, p. 19), du &#171; terrorisme d'Etat &#187;, mais pour ne l'appliquer, au sein de &#171; l'Alliance &#187;, qu'&#224; la Russie et &#224; la Chine. Son usage peut &#234;tre g&#233;n&#233;reusement extensif : ainsi, dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, il s'&#233;tend au &#171; terrorisme quotidien &#187; (des jeunes d&#233;linquants) et au &lt;i&gt;&#171; terrorisme syndical &#187; &lt;/i&gt; (des ouvriers de Moulinex), qui tous deux nourrissent celui des &lt;i&gt;&#171; islamistes &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, 2 et 16 novembre 2001).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Victimes civiles&lt;/strong&gt; : sont - indubitablement - &#171; innocentes &#187; quand elles sont am&#233;ricaines, et perdent cet adjectif pour devenir &#171; accidentelles &#187; quand elles sont afghanes. N'&#233;tant que ces &#339;ufs qu'il faut casser pour faire de bonnes omelettes militaires, comme nous l'explique, dans &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, Bernard-Henri L&#233;vy, par ailleurs grand reporter associ&#233; au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; et &#224; ses dignitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Frappes&lt;/strong&gt; : remplace avec bonheur le terme de &#171; bombardements &#187;, dont les cons&#233;quences apparemment involontaires seront pr&#233;sent&#233;es comme des cons&#233;quences impr&#233;visibles, puisqu'elles ne sont, avec ou sans guillemets, que des dommages collat&#233;raux, des bavures (Jacques Amalric &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 31/10, p. 5) ou des incidents (Fran&#231;oise Chipaux, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 19 octobre, p.3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. D&#233;ontologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle tient en quelques r&#232;gles qui permettent d'afficher l'ind&#233;pendance du journalisme. En voici trois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#232;gle n&#176; 1&lt;/strong&gt; : Ne tenir pour vraies que les informations qui viennent de sources ind&#233;pendantes. Pour les autres, user du conditionnel. Mais le conditionnel conditionne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pendant la guerre du Kosovo, le conditionnel permet de mobiliser en majorant. Ce qui nous valut cette envol&#233;e de Jean-Pierre Pernaut : &lt;i&gt;&#171; Il y aurait 100 000 ou 200 000 victimes, tout &#231;a au conditionnel, bien s&#251;r &#187;&lt;/i&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pendant la guerre d'Afghanistan, le conditionnel permet de relativiser en minorant. Il y a aurait, selon les talibans, 1500 victimes civiles : &#224; mettre donc au conditionnel, &#171; bien s&#251;r &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; tenter d'&#233;valuer r&#233;ellement le nombre des victimes, ce sera pour plus tard ou jamais...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#232;gle n&#176; 2&lt;/strong&gt; : Pratiquer en permanence une autocritique de pr&#233;f&#233;rence autosatisfaite. Lors de la guerre du Kosovo, les m&#233;dias, par la bouche de Laurent Joffrin, furent d&#233;clar&#233;s &#171; exemplaires &#187;. On se doute que cette fois, ils se jugent &#171; exceptionnels &#187; et que lors de la prochaine guerre, ils seront, comme le pronostique Serge Halimi, proprement &#171; &#233;poustouflants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#232;gle n&#176; 3&lt;/strong&gt; : Multiplier les &#171; tribunes &#187; et les &#171; d&#233;bats &#187; qui permettent de fusionner l'expression d&#233;mocratique et son simulacre et de conforter une ligne &#233;ditoriale favorable &#224; la guerre en m&#233;nageant un espace &#224; sa contestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Posture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Install&#233;s dans l'&#233;vidence de la guerre l&#233;gitime, les m&#233;dias sont pris de court tant qu'elle para&#238;t militairement &#171; inefficace &#187; - du moins jusqu'&#224; &#171; la prise de Kaboul &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La presse &#233;crite doit faire face &#224; quelques questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humanitaire est-il confondu avec le militaire ? On donne assez largement la parole &#224; ceux qui contestent cette confusion, quitte &#224; affirmer, comme Claire Tr&#233;an dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, que les humanitaires ont - je cite - des &lt;i&gt;&#171; &#233;tats d'&#226;me &#187;&lt;/i&gt; et que leurs arguments rel&#232;vent - je cite encore - de &lt;i&gt;&#171; subtilit&#233;s th&#233;ologiques &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit international est-il bafou&#233; ? On fera un dossier complet - mais le plus tard possible - pour nous expliquer que tout est d&#233;sormais l&#233;gal et que ce qui est l&#233;gal est l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre d&#233;&#231;oit-elle les attentes des m&#233;dias bellig&#233;rants ? La presse dominante doit alors faire &#233;tat de ses malaises. L'&#233;ditorialiste anonyme du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, multiplie les admonestations et les conseils vertueux &#224; l'intention des &#171; d&#233;cideurs &#187;. &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; ira m&#234;me jusqu'&#224; recommander &#224; Bush de changer de strat&#233;gie, mais sans renoncer &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, la presse &#233;crite ne se d&#233;partit pas du r&#244;le de conseiller politique et militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quant aux t&#233;l&#233;visions, comme TF1 ou France 2, elles doivent faire face &#224; l'audimat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors elles font leur possible pour agr&#233;menter les rares informations qu'elles obtiennent de quelques reportages &#224; la fronti&#232;re ou aupr&#232;s des forces de l'Alliance du Nord. Mais comme la guerre dure, le filon s'&#233;puise et l'audience menace de baisser... Heureusement, d'autres faits divers viennent &#224; la rescousse : une fusillade &#224; Tours, la mort accidentelle d'une championne de ski, une catastrophe dans un tunnel... Install&#233;s dans l'&#233;vidence d'une juste guerre et afflig&#233;s par la banalit&#233; des bombardements, le journalisme audimateux est oblig&#233; de distraire les t&#233;l&#233;spectateurs par des faits divers spectaculaires, au risque, parfaitement assum&#233;, de transformer la guerre elle-m&#234;me en un concentr&#233; de faits divers.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Un exemple parmi d'autres. Lundi 29 octobre, journal de 20 h sur TF1. Pr&#233;sentation Jean-Claude Narcy. Pour ouvrir le journal, deux faits divers. La fusillade de Tours nous vaut 6 mn 20 d'informations sur&lt;i&gt; &#171; un sc&#233;nario aussi dramatique qu'inhabituel &#187;, &lt;/i&gt;comme le dit une journaliste. R&#233;cits des faits, t&#233;moignages, sujet sur la d&#233;tention des armes &#224; feu, reportage sur l'auteur de la fusillade. Le simulacre de l'exhaustivit&#233; au service d'un fait divers. L'accident du tunnel du Gothard nous vaut 6 mn d'informations qui en encha&#238;nent un &#171; sujet &#187; sur l'accident, un &#171; sujet &#187; sur l'ouverture du tunnel du Mont-Blanc, un &#171; sujet &#187; sur un autre tunnel. D'o&#249; il ressort, une deuxi&#232;me fois, que la s&#233;curit&#233; des personnes, d&#233;cid&#233;ment, n'est pas assur&#233;e. Enfin, vient la guerre. Ce qui nous vaut le bric-&#224;-brac suivant : la mobilisation des &#171; islamistes &#187; au Pakistan (2mn40), les fun&#233;railles des chr&#233;tiens massacr&#233;s la veille, un reportage sur la communaut&#233; chr&#233;tienne de Josesabad (2mn 20), un tr&#232;s joli document de la Marine Nationale (1mn) et, &#171; pour en revenir &#224; la strat&#233;gie am&#233;ricaine &#187; comme dit Jean-Claude Narcy, un &#171; sujet &#187; sur les erreurs de tirs et les risques d'enlisement. Et, pour en finir avec la guerre, des images, dat&#233;es du 18 octobre, dont l'origine est incertaine, mais qui nous assure-t-on, nous montrent o&#249; pourraient se cacher les taliban. Qu'est-ce qui ressort de ce patchwork ? Presque rien qui puisse s'&#233;noncer pr&#233;cis&#233;ment. Quant au conflit isra&#233;lo-palestinien, il est exp&#233;di&#233; en une phrase, avant que commence le r&#233;cit sur l'accident de R&#233;gine Cavagnoud, dont la mort nous vaudra, les 30 et 31 octobre, plus de 10 minutes d' &#171; informations &#187; au d&#233;but des JT de TF1 : un d&#233;luge d'&#233;motion qui rend futiles les informations sur la guerre ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Telle est la loi du petit &#233;cran : le comble de la d&#233;sinformation, ce sont - mensonges et trucages mis &#224; part - les informations lacunaires agr&#233;ment&#233;es d'explications fragmentaires, qui &#233;pousent l'&#233;vidence de la &#171; juste guerre &#187; et... le &#171; rythme de l'actualit&#233; &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, la t&#233;l&#233;vision ne se d&#233;partit pas du r&#244;le de narrateur et d'illustrateur complaisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Et comme &#171; seule la victoire et belle &#187;, depuis la chute de Kaboul, toutes les informations qui contrarient l'enthousiasme de rigueur seront mentionn&#233;es (quand elles le seront...), sans faire l'objet de commentaires trop d&#233;sobligeants : le soutien apport&#233; par le gouvernement am&#233;ricain &#224; la politique d'Ariel Sharon sera class&#233; sous une autre rubrique, les menaces d'interventions dans tous les pays dont ce m&#234;me gouvernement dresse et modifie la liste &#224; son gr&#233; n'impliquera aucun r&#233;examen de la notion de &#034; l&#233;gitime d&#233;fense &#034;, les victimes civiles seront &#224; peine mentionn&#233;es et les massacres de prisonniers de guerre ne feront l'objet que de quelques questions ...etc. etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons d'&#234;tre juste. Il serait faux d'affirmer que les m&#233;dias dominants ont &#233;pous&#233; la propagande de guerre de la &#171; Sainte Alliance &#187; : ils se sont content&#233;s d'apporter &#224; cette guerre le renfort de leur propre propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une propagande qui appelle une critique intransigeante et vigilante. Intransigeante, dans la mesure o&#249; les machines m&#233;diatiques font office d'auxiliaires de la guerre sans fin des grandes puissances, m&#234;me si nombre de journalistes tentent de se soustraire &#224; cette fonction. Vigilante, dans la mesure o&#249; les d&#233;bats dans lesquels les tenanciers des m&#233;dias nous conc&#232;dent parfois d'intervenir sont m&#233;diatiquement orchestr&#233;s pour l&#233;gitimer - d&#233;mocratiquement - leurs options guerri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;, 2 d&#233;cembre 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans la &lt;a href=&#034;http://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-Revue_d_%C3%A9tudes_palestiniennes_n%C2%B0_82-2460-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Revue d'&#201;tudes Palestiniennes&lt;/i&gt;, n&#176; 82, nouvelle s&#233;rie, hiver 2002&lt;/a&gt;, pp. 28-33. Et &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Medias-en-guerre-des-attentats-a-la-prise-de&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site d'Acrimed&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir aussi : &lt;a href='https://henri-maler.fr/https/www.henri-maler.fr/La-guerre-d-Afghanistan-de-2001-Semantique-et-rhetorique-de-la-guerre-imperiale.html'&gt;&#171; La guerre d'Afghanistan de 2001 : S&#233;mantique et rh&#233;torique de la guerre imp&#233;riale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La critique des m&#233;dias et ses enjeux d&#233;mocratiques </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Informer, contester, proposer&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Critiquer-les-medias-+.html" rel="tag"&gt;Critiquer les m&#233;dias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L90xH150/medias_mnsonges_et_democratie-735c6.jpg?1726251026' class='spip_logo spip_logo_right' width='90' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La contribution publi&#233;e ci-dessous est une version l&#233;g&#232;rement remani&#233;e d'une intervention au 14e Colloque &lt;i&gt;Le Monde diplomatique- Carrefours de la pens&#233;e&lt;/i&gt;, 5-7 mars 2004, publi&#233;e dans &lt;i&gt;M&#233;dias, mensonge et d&#233;mocratie&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;dias, mensonge et d&#233;mocratie, Presses Universitaires de Rennes, f&#233;vrier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle porte les marques d'une simple transcription &#233;crite&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Quel est le r&#244;le de la libert&#233; de la presse et du pluralisme dans la d&#233;mocratie ? Quel est le pouvoir des m&#233;dias ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, quels pouvoirs exercent-ils dans l'espace public ? Il y a l&#224; autant de questions qui peuvent &#234;tre abord&#233;es indirectement en posant cette autre question : quels sont les enjeux d&#233;mocratiques de la critique des m&#233;dias ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourtant une question que refusent de poser la plupart des responsables &#233;ditoriaux (et leurs compagnons de route qui se piquent de philosophie ou de sociologie), puisque, &#224; leurs yeux, toute critique qui ne vient pas d'eux ou qui n'a pas re&#231;u leur aval constituerait un danger consid&#233;rable pour la d&#233;mocratie. Or, c'est pr&#233;cis&#233;ment cette esp&#232;ce de chantage qu'ils tentent d'exercer sur toute critique ind&#233;pendante qui constitue le v&#233;ritable p&#233;ril pour la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont donc les enjeux de la critique des m&#233;dias telle qu'elle est pratiqu&#233;e par une association comme Acrimed ou par les associations de journalistes et de professionnels des m&#233;dias qui ne se contentent pas de d&#233;fendre (contrairement &#224; ce que l'on croit) les int&#233;r&#234;ts purement cat&#233;goriels de la profession ? On peut en d&#233;gager trois qui sont : informer, contester et proposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Informer &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Critiquer les m&#233;dias c'est d'abord exercer ce droit d&#233;mocratique s'il en est : le droit d'informer sans contraintes ni censures. En l'esp&#232;ce, il s'agit d'informer sur l'information. Or les capitaineries commerciales des m&#233;dias ont la haute main sur les conditions de travail dans les entreprises de presse dont d&#233;pendent pour une large part le contenu et la qualit&#233; de l'information produite et sont engag&#233;s dans les strat&#233;gies des groupes de presse dans un concert fortement empreint de lib&#233;ralisme galopant. Avec les chefferies &#233;ditoriales, elles d&#233;tiennent finalement un quasi-monopole de l'information sur l'information : sur son contenu et sur les conditions de sa production. C'est ce monopole qu'il s'agit de briser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, les journalistes pr&#233;tendent enqu&#234;ter sur tous les milieux sociaux, par exemple sur les enseignants et leur &#171; malaise &#187; (puisqu'il parait qu'un enseignant qui revendique, c'est un enseignant qui &#233;prouve un &#171; malaise &#187;). Alors, de quel droit refuseraient-ils que l'on enqu&#234;te sur les m&#233;tiers et les pratiques du journalisme ? Ou plut&#244;t pourquoi se r&#233;serveraient-ils non seulement le monopole de l'enqu&#234;te mais aussi celui de d&#233;cr&#233;ter quelles sont les enqu&#234;tes l&#233;gitimes et celles qui ne le sont pas ? On retrouve l&#224; un probl&#232;me classique qui a &#233;t&#233; pos&#233; depuis tr&#232;s longtemps par la philosophie politique : qui gardera les gardiens ou qui jugera les juges ? Le droit d'informer et d'&#234;tre inform&#233; est le fondement d'une libert&#233; de la presse qui est l'un des garants fondamentaux du droit &#224; l'information. Mais il n'existe aucune raison pour que le droit d'informer soit le monopole d'une profession particuli&#232;re et, au sein de cette profession, de ceux qui sont situ&#233;s au sommet de sa hi&#233;rarchie, surtout lorsque, exception faite des syndicats de journalistes, les porte-voix de cette profession refusent d'informer sur elle ou n'acceptent de le faire qu'&#224; leurs propres conditions, c'est-&#224;-dire, le plus souvent, &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier enjeu d&#233;mocratique de la critique des m&#233;dias consiste donc &#224; briser le quasi-monopole de l'information qui s'exerce sur les conditions de production de l'information, avec pour objectif de rendre accessibles au plus grand nombre des outils pour comprendre (et non pas simplement pour d&#233;noncer) et des moyens d'expression sp&#233;cifiques et ind&#233;pendants. Quoi de plus d&#233;mocratique que de rendre accessibles les travaux des chercheurs en les faisant sortir des enceintes acad&#233;miques ou des cercles professionnels et d'&#233;largir les possibilit&#233;s d'expression publique des citoyens au-del&#224; des &#171; courriers des lecteurs &#187;, tr&#232;s contr&#244;l&#233;s par les r&#233;dactions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais analyser et comprendre ne signifie pas accepter la r&#233;alit&#233; telle qu'elle est. C'est en fait la condition indispensable &#224; une contestation rationnelle, qui est elle-m&#234;me le pr&#233;alable &#224; un changement d&#233;mocratiquement choisi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contester&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi faudrait-il ent&#233;riner les tendances les plus lourdes qui p&#232;sent sur les conditions de production de l'information, et cela d'autant plus que ces tendances ne p&#232;sent pas uniform&#233;ment et doivent composer avec l'existence de r&#233;sistances et de contre tendances ? Ces tendances qui ne sont, en effet, ni inoffensives (comme voudraient le faire croire les docteurs en d&#233;ontologie impuissante) ni naturelles (et c'est en cela qu'elles peuvent &#234;tre remises en cause) participent &#224; la mutilation de la d&#233;mocratie. Trois processus majeurs peuvent &#234;tre, &#224; cet &#233;gard, relev&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1. Des m&#233;dias de plus en plus concentr&#233;s et financiaris&#233;s&lt;/i&gt;. Ces deux processus vont de pair. Le processus de &#171; financiarisation &#187; est d&#233;cisif. Il implique que les entreprises m&#233;diatiques concentr&#233;es ne visent plus seulement &#224; &#234;tre rentables (ce qu'elles sont difficilement dans la presse &#233;crite), mais profitables comme dans n'importe quel autre secteur &#233;conomique. L'objectif n'est pas seulement de d&#233;gager des marges b&#233;n&#233;ficiaires qui leur permettent de payer leurs salari&#233;s et d'investir pour accro&#238;tre leur capacit&#233; d'informer, mais de d&#233;gager des taux de profit &#233;quivalents &#224; ceux qu'ils pourraient esp&#233;rer dans l'automobile, la construction ou les ventes d'armes, afin d'augmenter les dividendes de leurs actionnaires. Les premiers clients de ces m&#233;dias concentr&#233;s et financiaris&#233;s ne sont pas r&#233;ellement les &#171; consommateurs &#187;, mais les actionnaires et les publicitaires. Les cons&#233;quences sont consid&#233;rables &#224; la fois sur la nature de l'information produite, sur les conditions de sa production, sur les m&#233;tiers de l'information. Ces tendances p&#232;sent, indirectement, sur les m&#233;dias qui ne leur sont pas directement assujettis. Elles p&#232;sent, par exemple, sur le secteur public de la t&#233;l&#233;vision par exemple d&#232;s lors qu'il se bat sur le m&#234;me terrain et avec les m&#234;mes armes financi&#232;res que celles du secteur priv&#233;, la redevance ne suffisant pas &#224; couvrir ses besoins. Elles p&#232;sent &#233;galement sur la presse &#233;crite : non seulement sur la presse magazine mais &#233;galement sur la presse g&#233;n&#233;raliste qui, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre profitable et m&#234;me souvent rentable, tente de sauver ce qui peut l'&#234;tre, en se soumettant &#224; des groupes financiers ou en s'effor&#231;ant d'&#233;chapper &#224; leur emprise par des moyens similaires, comme le montre l'exemple du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2. Un pluralisme de plus en plus an&#233;mi&#233; et mercantile.&lt;/i&gt; Personne ne songe &#224; nier l'existence du pluralisme de la presse. Encore faut-il souligner que la pluralit&#233; des m&#233;dias n'est pas, par elle-m&#234;me, une garantie de leur diversit&#233; culturelle, sociale et politique et que cette pluralit&#233; et cette diversit&#233; ne sauraient &#234;tre simplement soumises aux lois du march&#233;. D'abord, non seulement la pluralit&#233; des journaux g&#233;n&#233;ralistes n'a cess&#233; de se r&#233;duire, au point qu'il existe des situations de monopole ou de quasi-monopole dans la presse r&#233;gionale, mais les effets potentiels de la pluralit&#233; des supports (&#233;crits, audiovisuels, &#233;lectroniques) sont neutralis&#233;s par l'existence de groupes multim&#233;dias. Ensuite, le d&#233;clin de la presse de parti a laiss&#233; le champ libre &#224; une presse de parti pris qui ne dit pas son nom, et plus g&#233;n&#233;ralement &#224; des m&#233;dias d'opinion qui, sous couvert de consensus, ne laissent le choix qu'entre deux variantes du lib&#233;ralisme &#233;conomique : le lib&#233;ralisme outrancier et le lib&#233;ralisme discret. Enfin, la polarisation traditionnelle entre une presse r&#233;put&#233;e &#171; s&#233;rieuse &#187; et une presse ouvertement &#171; commerciale &#187; ne cesse de se r&#233;duire. Certes, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; n'est pas &lt;i&gt;Voici&lt;/i&gt; ! Mais, &#224; lire certaines pages magazines des quotidiens ou de certains hebdomadaires, force est de constater que le &#171; people &#187; pour &#171; cadres actifs &#187; - comme disent les publicitaires &#8211; n'a rien &#224; envier, si l'on se garde de tout m&#233;pris &#233;litaire, au &#171; people &#187; &#8230; pour le peuple. Faut-il se r&#233;signer, comme le font ceux &#224; qui le march&#233; tient lieu de cerveau, &#224; confier le pluralisme &#224; la segmentation des march&#233;s et &#224; confondre la diversit&#233; des citoyens avec celle des consommateurs ? Et faut-il accepter que les journalistes subissent de plein fouet les cons&#233;quences des formes n&#233;olib&#233;rales du salariat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3. Un journalisme d&#233;pendant et fragilis&#233;.&lt;/i&gt; Une des grandes conqu&#234;tes du journalisme pendant l'entre-deux-guerres, qui s'est prolong&#233;e ult&#233;rieurement pour gagner, apr&#232;s bien des vicissitudes, la t&#233;l&#233;vision, a &#233;t&#233; la professionnalisation du m&#233;tier de journaliste qui lui permettait d'&#234;tre plus ou moins ind&#233;pendant du pouvoir politique. Or ce journalisme-l&#224;, s'il existe toujours, est compromis par le d&#233;veloppement d'un journalisme format&#233;, concurrenc&#233;, pr&#233;caris&#233;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Ce serait une erreur de penser que, du moins dans les p&#233;riodes de faible conflictualit&#233; sociale et politique, c'est l'intervention directe des propri&#233;taires qui met en p&#233;ril l'ind&#233;pendance des journalistes. En revanche, lesdits propri&#233;taires recrutent des chefferies &#233;ditoriales qui partagent leurs objectifs et leurs valeurs, sans qu'il leur soit n&#233;cessaire d'intervenir quotidiennement. Mais surtout, les principales Ecoles de journalisme &#8211; entendons ici celles qui alimentent les sommets de la profession &#8211; pr&#233;parent &#224; un journalisme qui int&#232;gre comme autant de comp&#233;tences strictement professionnelles les exigences des entreprises m&#233;diatiques les plus mercantiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, s'il est vrai que les journalistes n'ont jamais &#233;t&#233; les seuls producteurs de l'information qu'ils transmettent (et il est bon que d'autres acteurs, notamment gr&#226;ce &#224; Internet aujourd'hui, contribuent &#224; la production d'une information diff&#233;rente), la place prise par ces associ&#233;s rivaux que sont les attach&#233;s de presse et les charg&#233;s de communication tend &#224; devenir particuli&#232;rement inqui&#233;tante. Non seulement le nombre de ces derniers exc&#232;de celui des journalistes, mais surtout ces professionnels de la communication dont nombre d'entre eux ont &#233;t&#233; form&#233;s dans des &#233;coles de journalisme ou des d&#233;partements d'info-com ont en fait les m&#234;mes comp&#233;tences que les journalistes professionnels. Dans ces conditions, les institutions publiques ou priv&#233;es qui les emploient sont bien arm&#233;es en mati&#232;re d'information et souvent beaucoup plus performantes que les entreprises m&#233;diatiques, y compris de la presse &#233;crite dont la fragilit&#233; &#233;conomique et financi&#232;re est bien connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et allant dans le m&#234;me sens, le journalisme tend &#224; &#234;tre, comme nombre d'autres professions, une profession pr&#233;caris&#233;e. Le taux de journalistes pr&#233;caires, sans compter ceux qui ne sont pas officiellement recens&#233;s, repr&#233;sente aujourd'hui pr&#232;s de 20% de la profession encart&#233;e. On en imagine assez les cons&#233;quences, non seulement sur les conditions d'existence des journalistes ainsi pr&#233;caris&#233;s, mais aussi sur le traitement de l'information. Parce qu'ils doivent bien vivre, ces journalistes, de gr&#233; ou de force (qu'ils devancent les &#171; commandes &#187; ou qu'ils se bornent &#224; les ex&#233;cuter) sont pr&#233;pos&#233;s &#224; la production d'une information au rabais et pr&#233;format&#233;e que nombre de journalistes professionnels se refusent (encore&#8230;) &#224; accepter. Mais l'existence d'une arm&#233;e de r&#233;serve de pr&#233;caires exerce une pression en interne tr&#232;s forte puisque, bon gr&#233;, mal gr&#233;, ils doivent faire ce que d'autres peuvent refuser. Il faut abandonner l'image id&#233;alis&#233;e des entreprises m&#233;diatiques qui s'&#233;tait constitu&#233;e &#224; la Lib&#233;ration : ces entreprises sont devenues d&#233;sormais des entreprises comme les autres et m&#234;me, parfois, pires que les autres dans la mesure o&#249; elles b&#233;n&#233;ficient de la confidentialit&#233; des sources et du monopole de l'information sur l'information. Bien que nombre de journalistes souhaiteraient que nous puissions diffuser les informations dont nous disposons sur leurs conditions de travail, sur le chantage &#224; l'emploi, sur le harc&#232;lement moral constant exerc&#233; notamment dans la presse magazine, il ne nous est pas possible de le faire sans les mettre en p&#233;ril. Lorsque des journalistes sont ainsi soumis &#224; un chantage permanent &#224; l'emploi de la part de leur hi&#233;rarchie, comment s'&#233;tonner de la &#171; qualit&#233; &#187; de l'information qu'ils produisent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;dias mercantiles, pluralisme an&#233;mi&#233;, journalisme d&#233;pendant : ce sont ces tendances qui sont, implicitement, mises en cause quand l'on constate la perte de cr&#233;dibilit&#233; des m&#233;dias dominants. Au risque d'abuser de ce terme &#8211; qu'on utilisera cependant par facilit&#233; -, on parle m&#234;me de &#171; crise &#187;. Une triple crise de cr&#233;dibilit&#233; puisqu'elle porte, avec de fortes variations dans chaque domaine, sur les m&#233;dias eux-m&#234;mes, sur les journalistes et sur l'information proprement dite. D'abord, si l'on en croit les sondages (mais il ne faut pas trop les croire&#8230;), il y aurait une perte de la cr&#233;dibilit&#233; des m&#233;dias, variable selon qu'il s'agit de la t&#233;l&#233;vision, de la radio, des journaux ou d'internet. Il y a crise &#233;galement dans la cr&#233;dibilit&#233; accord&#233;e aux journalistes. De fa&#231;on indirecte et confuse, les citoyens, qui sont loin d'&#234;tre des sots (et pourquoi le seraient-ils quand ils critiquent les m&#233;dias et souverainement intelligents quand ils votent) sentent bien que cette profession ne travaille pas dans des conditions souhaitables. La critique des m&#233;dias a notamment pour but d'&#233;clairer sans d&#233;magogie cette critique diffuse, avec le plus de lucidit&#233; possible et le maximum d'informations pr&#233;cises. Enfin, c'est la cr&#233;dibilit&#233; de l'information qui est elle-m&#234;me contest&#233;e. Sur ce point, disons que plut&#244;t que d&#233;plorer l'ingratitude des citoyens, il est plus positif de s'appuyer sur les exigences d&#233;mocratiques dont t&#233;moigne le d&#233;sir d'&#234;tre mieux inform&#233; et inform&#233; diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contester certaines tendances en raison de leurs effets, c'est logiquement &#8211; troisi&#232;me enjeu d&#233;mocratique de la critique des m&#233;dias &#8211; proposer de les contrecarrer et de les inverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Proposer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des objectifs de transformation des m&#233;dias existent. Mais &#224; d&#233;faut de pouvoir ici les d&#233;velopper, au moins peut-on tenter de dire pourquoi il est urgent de les reformuler. Avec ce diagnostic de d&#233;part : si l'information pluraliste, diversifi&#233;e, exigeante est menac&#233;e d'abord par la censure politique ouverte, elle l'est aussi, et peut-&#234;tre plus d&#233;sormais, par les formes moins visibles de la censure &#233;conomique et m&#234;me par la conjonction du contr&#244;le politique et de la sanction &#233;conomique. Le lib&#233;ralisme, du moins dans les pays d&#233;mocratiques, n'a pas besoin d'un contr&#244;le direct sur les m&#233;dias tout simplement parce que les acteurs de la mondialisation et du lib&#233;ralisme, comme le sont la plupart des entreprises de presse, sont structurellement ajust&#233;s &#224; l'ordre social que d&#233;fendent ouvertement les gouvernements de droite et, plus discr&#232;tement, certains gouvernements de gauche. Pourtant ce double assujettissement &#224; l'arbitraire politique et au laisser-faire &#233;conomique, qu'il s'exerce simultan&#233;ment ou en alternance, n'est pas une fatalit&#233;. La question des m&#233;dias est une question politique. Elle rel&#232;ve de choix politiques. Elle suppose la formulation et la mise &#339;uvre de propositions alternatives. La droite lib&#233;rale n'a au fond pas besoin de programme puisque il s'agit pour elle d'accompagner, de pr&#233;c&#233;der et de favoriser le libre jeu du march&#233; en pla&#231;ant, par-ci par-l&#224;, quelques petits verrous protecteurs de temps &#224; autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plus de trente ans, il n'existe plus aucun programme global concernant les m&#233;dias : aucun projet de transformation radicale de l'espace m&#233;diatique. Le dernier date de 1972 et fut inclus dans le Programme commun de gouvernement de la gauche. Ce n'est pas n&#233;cessairement souscrire &#224; la totalit&#233; de son contenu que de le rappeler car, depuis lors, rien ou presque : sinon des reculades, des d&#233;missions ou des mesures d'accompagnement des tendances lourdes. Des propositions alternatives existent donc. Ce n'est pas le lieu ici de les d&#233;tailler ou de les discuter. Disons seulement ici que le principal enjeu d&#233;mocratique de la critique des m&#233;dias est de replacer au centre du d&#233;bat public les questions de l'information, du divertissement et de la culture. Et particuli&#232;rement de l'information (seule &#233;voqu&#233;e ici), pour qu'elle soit trait&#233;e comme elle le m&#233;rite &#224; savoir comme un bien commun, un bien d&#233;mocratique essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une critique &#171; radicale &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire la critique des m&#233;dias pour informer, pour contester, pour proposer : cette triple critique, dont, clin d'&#339;il &#224; Marx, nous disons qu'elle se veut &#171; radicale &#187; parce qu'elle s'efforce de &#171; prendre les choses &#224; la racine &#187; inqui&#232;te, d&#233;range et indispose de plusieurs c&#244;t&#233;s. Elle suscite des acc&#232;s d'inqui&#233;tude, de col&#232;re, de rage m&#234;me, du c&#244;t&#233; d'un certain nombre de dirigeants des m&#233;dias dominants. &#192; leurs yeux, notre critique est disqualifi&#233;e parce qu'elle serait &#171; id&#233;ologique &#187; : comprendre qu'elle ne se borne pas &#224; ent&#233;riner ce qu'ils racontent en toute &#171; objectivit&#233; &#187;. Mais surtout notre critique serait selon eux un danger pour la d&#233;mocratie parce qu'elle n'est pas une critique interne et biens&#233;ante. Passons sur le ridicule d'une telle accusation : en quoi, en effet, Acrimed, une association qui n'a d'autres ressources que les cotisations d'adh&#233;rents b&#233;n&#233;voles, ne dispose que de moyens de diffusion sans commune mesure avec ceux des m&#233;dias dominants et s'efforce ainsi, jour apr&#232;s jour de faire une analyse critique du flot m&#233;diatique qui inonde en permanence les citoyens peut-elle menacer la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi indispensable soit-elle la critique interne des m&#233;tiers du journalisme (quand elle n'est pas confisqu&#233;e par les chefferies &#233;ditoriales), reste tr&#232;s insuffisante. Non seulement le syndicalisme n'est pas mieux loti dans nombre d'entreprises de presse que dans la plupart des entreprises des autres secteurs &#233;conomiques, mais les soci&#233;t&#233;s de r&#233;dacteurs, quand elles existent, ce qui est une exception, sont en train de perdre une grande partie de leur pouvoir. Et, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, quoique variable selon les m&#233;dias concern&#233;s, ce ne sont pas les journalistes eux-m&#234;mes qui d&#233;tiennent le pouvoir, ce sont les plus hauts responsables des r&#233;dactions quand ce ne sont pas les services commerciaux. Mais cette critique interne, indispensable, peut par contre n'&#234;tre que confort&#233;e par une critique externe, plurielle et ind&#233;pendante. Quand on entend des patrons de presse dire &#8211; litt&#233;ralement - que la critique des m&#233;dias leur promettrait le Goulag, on est tent&#233; de leur opposer les petites prisons qu'ils fa&#231;onnent &#224; l'int&#233;rieur de leurs entreprises pour leurs propres employ&#233;s. Quand des journalistes de renom, aussi diff&#233;rents que Daniel Schneidermann et Alain Hertoghe, sont l&#233;galement licenci&#233;s pour avoir os&#233; critiquer l'organe de presse dans lequel ils travaillaient, on imagine sans peine ce qui pourrait arriver &#224; un jeune journaliste pr&#233;caire, sortant d'une &#233;cole de journalisme, qui essaie d'obtenir un deuxi&#232;me CDD, voire un troisi&#232;me ou un quatri&#232;me avant d'esp&#233;rer un emploi stable, s'il osait, m&#234;me en interne, &#233;lever la voix &#8211; publiquement n'en parlons pas - pour contester tel ou tel aspect de la pratique journalistique. C'est donc bien une critique externe des m&#233;dias, d'autant plus d&#233;mocratique qu'elle n'entend se doter, elle, d'aucun pouvoir de coercition &#224; l'&#233;gard des journalistes, qu'il faut d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que cette critique, on l'aura compris, ne soit pas dirig&#233;e contre les journalistes, elle rencontre de fortes r&#233;sistances du c&#244;t&#233; des journalistes eux-m&#234;mes, certains s'offusquant que l'on d&#233;signe nomm&#233;ment, dans notre critique, les m&#233;dias et surtout les repr&#233;sentants de cette &#171; &#233;lite &#187; du journalisme qui pr&#233;tend parler pour toute la profession. Si nous le faisons, c'est parce que ces repr&#233;sentants sont les porteurs de rapports de pouvoir et de rapports capitalistes. Nous n'attaquons pas les personnes mais ce qu'ils incarnent. Autrement dit, ce qui est en question ce sont des formes de &#171; corruption structurelle &#187;, si l'on peut oser avec Pierre Bourdieu cette alliance de termes apparemment contradictoires. Cette critique, pr&#233;cise et inform&#233;e, est l'exact oppos&#233; de la d&#233;nonciation du &#171; tous pourris &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il renoncer &#224; cette critique parce que des journalistes se sentent collectivement et personnellement mis en cause quand on prend &#224; partie sans m&#233;nagement certains d'entre eux en visant, &#224; travers eux, des structures et des pratiques que nous contestons ? Les journalistes doivent-ils b&#233;n&#233;ficier d'un statut d'exception et &#233;chapper &#224; toute critique publique parce que cela les d&#233;range ? Faudrait-il renoncer &#224; toute critique de l'&#233;cole sous pr&#233;texte que des enseignants se sentiraient atteints dans leur dignit&#233; parce qu'on met en &#233;vidence que l'&#233;cole contribue &#224; reproduire les in&#233;galit&#233;s sociales ou, pour le moins, ne favorise pas suffisamment la r&#233;sorption de ces in&#233;galit&#233;s ? Il en va de m&#234;me pour les journalistes : pourquoi devraient-ils se sentir collectivement atteints dans leur dignit&#233; quand on essaie de souligner quels m&#233;canismes anonymes, et en partie inconscients, d&#233;terminent leurs conditions de travail et les effets qui en r&#233;sultent, quitte &#224; nommer ceux qui s'y soumettent plus ou moins aveugl&#233;ment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la critique des m&#233;dias met mal &#224; l'aise, force est de le constater, certains contestataires qui, se consid&#232;rent comme &#171; progressistes &#187; ou se r&#233;clament de &#171; la gauche &#187; ou du &#171; mouvement altermondialiste &#187;. Surestimant la puissance des m&#233;dias, et jugeant de ce fait indispensable d'&#234;tre m&#233;diatis&#233;s, ils contribuent eux-m&#234;mes &#224; donner aux m&#233;dias un formidable pouvoir en taisant leurs critiques sur le syst&#232;me m&#233;diatique, comme si leur complaisance &#233;tait le prix &#224; payer pour garantir leur pr&#233;sence dans les m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, c'est parce que les mutilations de l'espace m&#233;diatique contribuent &#224; mutiler toute vie d&#233;mocratique que la critique des m&#233;dias est une composante indispensable du d&#233;bat public. Elle nous concerne tous, simplement parce que la d&#233;mocratie, c'est l'affaire de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;M&#233;dias, mensonge et d&#233;mocratie, &lt;/i&gt;Presses Universitaires de Rennes, f&#233;vrier 2005, pp.173-180. Intervention publi&#233;e &#233;galement dans &lt;i&gt;La destruction de la culture - Strat&#233;gies du d&#233;cervelage en France&lt;/i&gt; (1995-2006), &#233;ditions Delga. Et sur le site d'Acrimed (avec des notes compl&#233;mentaires)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des intellectuels pour petit &#233;cran ? (f&#233;vrier 1997)</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Des-intellectuels-pour-petit-ecran-fevrier-1997.html</link>
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		<dc:date>2024-06-03T09:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>
		<dc:subject>Intellectuels</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Publi&#233; ici &#224; titre de document : r&#233;sum&#233; de l'un des premiers d&#233;bats organis&#233;s par Acrimed.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Critiquer-les-medias-+.html" rel="tag"&gt;Critiquer les m&#233;dias&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Intellectuels-+.html" rel="tag"&gt;Intellectuels&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L105xH150/des_intellectuels_pour_petit_ecran-7086e.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='105' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; ici &#224; titre de document : r&#233;sum&#233; d'une partie de mon intervention prononc&#233;e lors de l'un des premiers d&#233;bats organis&#233;s par Acrimed le 21 janvier 1997&#8230; avant le d&#233;veloppement des cha&#238;nes d'information en continu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;* * * &lt;/center&gt;
&lt;p&gt;La logique commerciale qui pr&#233;vaut syst&#233;matiquement dans les grands m&#233;dias radio-t&#233;l&#233;vis&#233;s et la concurrence qu'ils se livrent pour la conqu&#234;te de parts de march&#233; dictent, &#224; travers des m&#233;canismes pr&#233;cis, le contenu et les modalit&#233;s de l'information, la teneur et la tonalit&#233; des d&#233;bats, la diffusion et la cons&#233;cration des productions culturelles. De cette logique et de cette concurrence, les cons&#233;quences les plus spectaculaires - le sensationnalisme sans contenu et l'exhibitionnisme sans retenue - ne sont que les excroissances des plus communes : le conformisme sans asp&#233;rit&#233;s et le moralisme sans morale. Qu'est-ce que les intellectuels peuvent faire dans cette gal&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il faut parler d'abord des grands m&#233;dias radio-t&#233;l&#233;vis&#233;s, c'est parce que la place qu'ils occupent infl&#233;chit les choix de la presse &#233;crite : elle n'&#233;chappe pas aux m&#233;canismes que la t&#233;l&#233;vision rend particuli&#232;rement visibles et que quelques questions suffisent &#224; &#233;voquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les crit&#232;res de s&#233;lection des producteurs culturels, chercheurs et artistes, qui ont acc&#232;s aux m&#233;dias ? &#192; quelques exceptions pr&#232;s, la cons&#233;cration m&#233;diatique appelle la cons&#233;cration m&#233;diatique ; la qualit&#233; des prestations t&#233;l&#233;vis&#233;es d&#233;cide de l'int&#233;r&#234;t des &#339;uvres ; la promotion de quelques-uns dissimule la r&#233;duction aux silence de tous les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les modalit&#233;s de la participation des intellectuels aux &#233;missions radio-t&#233;l&#233;vis&#233;es ? Install&#233;s dans un statut d'invit&#233;s, ils sont exclus de tout contr&#244;le sur leurs conditions d'expression. Convi&#233;s &#224; tenir un r&#244;le dans un sc&#233;nario &#233;crit d'avance et &#224; prononcer quelques r&#233;pliques dont la dur&#233;e n'exc&#232;de pas celle d'un &#233;cran publicitaire, ce sont les auxiliaires de pr&#233;sentateurs dont ils confortent la cr&#233;dibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment s'&#233;tonner si les d&#233;bats ne sont que des simulacres ? La logique de l'audience transforme les controverses en conversations mondaines ou en impr&#233;cations convenues. Elle impose, conjointement, la neutralisation des d&#233;saccords au nom de la neutralit&#233; et la simulation des oppositions au nom du spectacle. Les vraies connivences et les vaines impertinences ont leurs intellectuels attitr&#233;s : ils remplissent aupr&#232;s des m&#233;dias les fonctions ornementales que jadis ils remplissaient surtout aupr&#232;s des partis politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment s'&#233;tonner si ces prestataires de service reconduisent non seulement des effets de s&#233;duction, mais aussi de domination ? Le sond&#233; des micros-trottoirs et l'invit&#233; des table-ronde - l'exemplaire de l'opinion publique et le titulaire de l'opinion savante - se partagent les faveurs des pr&#233;sentateurs. Mais alors que le premier, pr&#233;pos&#233; aux t&#233;moignages, aurait pour seule vocation d'exhiber ses plaies, le second, pr&#233;pos&#233; aux expertises, d&#233;tiendrait seul le pouvoir de prescrire des rem&#232;des ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une simple description ne suffit pas ; l'analyse doit &#234;tre pr&#233;cis&#233;e : pour d&#233;finir une politique concert&#233;e, unissant aux journalistes qui tentent de r&#233;sister aux formes et aux formats impos&#233;s, les chercheurs et les artistes qui n'ont pas renonc&#233; &#224; leur fonction critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;Le Bulletin&lt;/i&gt; n&#176;2 d'Acrimed et &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Des-intellectuels-pour-petit-ecran&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publi&#233; sur le site d'Acrimed&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir aussi ici m&#234;me : &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Des-intellectuels-pour-quoi-faire.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Des intellectuels pour quoi faire ? &#187;&lt;/a&gt; (1996)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_113 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L500xH713/des_intellectuels_pour_petit_ecran-8ddad.jpg?1726258300' width='500' height='713' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Front national : indignations s&#233;lectives et banalisation effective [2014]</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Front-national-indignations-selectives-et-banalisation-effective-2014.html</link>
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		<dc:date>2024-05-12T21:59:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler, Julien Salingue</dc:creator>


		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dix ans ont pass&#233;. Analyse actuelle, mais r&#233;visable, publi&#233;e peu de temps apr&#232;s les &#233;lections europ&#233;ennes de mai 2014 dans la revue Savoir/Agir et mise en ligne ici m&#234;me un mois avant les &#233;lections europ&#233;ennes de juin 2024.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Critiquer-les-medias-+.html" rel="tag"&gt;Critiquer les m&#233;dias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L106xH150/front_national-4f656.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dix ans ont pass&#233; depuis les &#233;lections europ&#233;enne de mai 2014 et la publication de cet article dans la revue &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-savoir-agir-2014-3.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Savoir/Agir&lt;/i&gt; n&#176; 29 de septembre 2014&lt;/a&gt; pages 95 &#224; 103. . Analyse actuelle, mais r&#233;visable, publi&#233;e ici m&#234;me un mois avant les &#233;lections europ&#233;ennes de juin 2024.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Depuis les &#233;lections europ&#233;ennes du dimanche 25 mai [2014] et la victoire du Front national, le sens et la port&#233;e des r&#233;sultats ont fait l'objet d'innombrables commentaires. Mais &#224; quelques r&#233;serves pr&#232;s, une seule question retiendra notre attention : dans quelle mesure et comment les m&#233;dias dominants favorisent-ils le Front national, non seulement en cette occasion, mais de fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un r&#244;le effectif, mais second, voire secondaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Commen&#231;ons par &#233;liminer deux id&#233;es re&#231;ues, non pour nier d'embl&#233;e un quelconque r&#244;le des m&#233;dias dans les dynamiques politiques actuelles, mais pour aller &#224; l'encontre de certains raccourcis en vogue, qui desservent plus qu'ils ne servent la critique des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, les m&#233;dias ne sont pas les principaux responsables de la mont&#233;e du Front national. Ce serait leur pr&#234;ter un &#171; pouvoir &#187; disproportionn&#233; que d'expliquer prioritairement par leur r&#244;le l'&#233;cho que rencontrent les &#171; th&#232;ses &#187; et &#171; th&#232;mes &#187; port&#233;s par le Front national, ainsi que ses scores &#233;lectoraux. Les m&#233;dias ne cr&#233;ent pas les mouvements d'opinion : ils peuvent les accompagner, les amplifier ou les brider. Les m&#233;dias n'interviennent pas isol&#233;ment : leur &#171; pouvoir &#187; n'existe qu'en r&#233;sonance ou en convergence avec d'autres pouvoirs, &#224; commencer par le pouvoir politique. Enfin, ce serait faire bien peu de cas des intelligences individuelles et collectives que de penser que certaines pratiques et postures journalistiques et &#233;ditoriales, aussi r&#233;pandues et critiquables soient-elles, s'imposent m&#233;caniquement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le &#171; pouvoir des m&#233;dias &#187;, &#233;couter ici m&#234;me une conf&#233;rence de septembre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8239;. Nul besoin pour s'en convaincre de se r&#233;f&#233;rer aux enseignements de la sociologie de la r&#233;ception (que l'on aurait tort de m&#233;sestimer) : il suffit de se souvenir de l'exp&#233;rience du r&#233;f&#233;rendum de 2005 sur le Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en (TCE) pour s'en convaincre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La quasi-unanimit&#233; &#233;ditoriale en faveur du oui (qui faisait &#233;cho &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8239;. Et c'est aussi &#224; rebours de leur condamnation m&#233;diatique que les partisans du Front national forgent leurs convictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, ce n'est pas le temps de parole accord&#233; aux repr&#233;sentants de ce parti ou &#224; la mise en discussion, en leur pr&#233;sence, de leurs prises de position qui est en cause, du moins tant que ce temps se tient dans les limites des r&#233;sultats enregistr&#233;s lors du premier tour des &#233;lections l&#233;gislatives (qui, pour les partis politiques, sont le moins pire des crit&#232;res pour r&#233;guler leur pr&#233;sence m&#233;diatique)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si les r&#232;gles fix&#233;es &#224; ce sujet par le CSA sont tr&#232;s contestables, elles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et tant que le temps de parole consacr&#233; au Front national, en pr&#233;sence ou non de ses repr&#233;sentants &#8211; nous y reviendrons &#8211; ne se focalise pas sur les sondages, les pronostics et les r&#233;sultats, au d&#233;triment de toute autre discussion. Dans tous les cas, ce n'est pas en cassant le thermom&#232;tre que l'on fait tomber la fi&#232;vre. Ce n'est pas en privant le Front national d'expression d&#233;mocratique que l'on combat ses tentations pour le moins anti-d&#233;mocratiques. Au contraire : la sous-repr&#233;sentation m&#233;diatique du Front national aurait continu&#233; &#224; alimenter sa &#171; victimisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, le r&#244;le des m&#233;dias est second, voire secondaire. Pour s'en convaincre il suffit de mentionner, sans pr&#233;tendre proposer une analyse qui exc&#232;de les limites que l'on peut assigner &#224; la critique des m&#233;dias, quelques facteurs explicatifs de l'enracinement du Front national qu'il serait incongru, pour ne pas dire dangereux, d'ignorer ou de n&#233;gliger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet enracinement est avant tout l'un des effets de la longue crise du capitalisme et de sa gestion n&#233;o-lib&#233;rale, &#233;conomiquement inefficace et socialement d&#233;sastreuse, par les gouvernements qui se succ&#232;dent en France sans que les politiques changent radicalement. Cette crise, &#224; elle seule, n'expliquerait pas la place prise par le Front national si elle ne se doublait pas d'une crise politique de la repr&#233;sentation par les partis dominants et d'une crise sociale qui met durement &#224; l'&#233;preuve les solidarit&#233;s ouvri&#232;res et populaires : reflux des luttes sociales victorieuses, recul de la perspective d'une inversion des rapports de forces par des mobilisations collectives et, par cons&#233;quent, tentations du repli, qu'il soit national, identitaire ou communautaire. On comprend d&#232;s lors que la question nationale, dans sa version nationaliste, se substitue, pour de larges franges de la population, &#224; la question sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce sont l&#224; les facteurs pr&#233;pond&#233;rants de la place politique prise par le Front national, il n'est nul besoin de l'attribuer &#224; la place qu'il occupe dans l'espace m&#233;diatique, voire &#224; une &#171; lep&#233;nisation &#187; des m&#233;dias eux-m&#234;mes ou &#224; une &#171; lep&#233;nisation des esprits &#187; dont ces m&#233;dias seraient les principaux responsables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au plus peut-on leur pr&#234;ter, mais c'est d&#233;j&#224; beaucoup et beaucoup trop, des fonctions de l&#233;gitimation et d'incitation : l&#233;gitimation de th&#232;mes port&#233;s par le Front national, incitation &#224; lui faire confiance. Encore ne s'agit-il l&#224; que des tendances les plus lourdes. Sans doute, le traitement m&#233;diatique du Front national et des th&#232;mes qu'il affectionne ne se r&#233;sume-t-il pas &#224; ces tendances : dans la presse &#233;crite, les quotidiens et les hebdomadaires nationaux sont des m&#233;dias de parti pris qui ne font pas uniform&#233;ment le lit du Front national. Mais leur influence ne cesse de d&#233;cliner au regard des radios et, surtout, des t&#233;l&#233;visions. Ce sont ces derni&#232;res qui sont particuli&#232;rement en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;politisation m&#233;diatique de la politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Si les m&#233;dias ou, du moins nombre d'entre eux, contribuent, m&#234;me indirectement, &#224; favoriser le Front national, c'est d'abord &#8211; bien que cette cause ne soit sans doute pas la principale &#8211; en raison de modes de traitement des questions politiques qui reposent, pour le formuler de mani&#232;re abrupte, sur une d&#233;politisation de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en sc&#232;ne m&#233;diatique des enjeux politiques est focalis&#233;e sur les confrontations qui agitent le microcosme partisan, au d&#233;triment, trop souvent, de l'information sur les d&#233;bats de fond, les positions, les propositions, les projets. Quand elles ne se limitent pas au recensement des &#171; petites phrases &#187; et des &#171; bons mots &#187; que l'on commente longuement, les informations et les analyses se concentrent sur les strat&#233;gies de communication des acteurs politiques, sur des bruits de couloir, sur les chamailleries internes, sur les enqu&#234;tes de popularit&#233;, sur les ambitions personnelles, etc. Une telle focalisation sur les questions qui pr&#233;occupent le microcosme m&#233;diatico-politique, et non sur les probl&#232;mes dont les politiques sont cens&#233;s s'occuper, accr&#233;dite une version politicienne de la politique, qui en d&#233;tourne de larges fractions de la population (en particulier dans les classes populaires) et contribue &#224; l&#233;gitimer le discours &#171; antisyst&#232;me &#187; du Front national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traitement m&#233;diatique des &#171; affaires &#187; n'est pas non plus sans effets. Ce sont sans nul doute ces &#171; affaires &#187; elles-m&#234;mes qui ont les cons&#233;quences les plus nocives. Et les enqu&#234;tes journalistiques qui les r&#233;v&#232;lent et/ou les m&#233;diatisent sont plus que souhaitables. Mais cette m&#233;diatisation ne garantit pas, en elle-m&#234;me, des effets vertueux pour la d&#233;mocratie, surtout quand elle s'en tient &#224; des r&#233;cits des circonstances particuli&#232;res des malversations et des trajectoires personnelles de leurs auteurs, sans mettre en question les structures &#233;conomiques et institutionnelles qui permettent et favorisent ces malversations. Une telle mise en sc&#232;ne nourrit moins une exigence d&#233;mocratique radicale de transformation de ces structures qu'une contestation impuissante d'un &#171; tous pourris &#187;, auquel s'abreuve le Front national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les questions &#233;conomiques et sociales sont elles-m&#234;mes d&#233;politis&#233;es. Entendons par l&#224; que les questions &#233;conomiques et sociales, souvent abord&#233;es &#224; partir de quelques-uns de leurs effets de surface, sont soustraites &#224; un d&#233;bat public qui, &#224; quelques exceptions pr&#232;s, ne se r&#233;sume pas au trop ou au trop peu qui distingue la droite et la gauche politiquement dominantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La construction m&#233;diatique des cibles de la peur et de la haine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Ainsi en va-t-il particuli&#232;rement de la promotion et de la mise en sc&#232;ne de th&#232;mes r&#233;put&#233;s refl&#233;ter la r&#233;alit&#233;, qui alimentent le caddie du Front national, sans qu'il ait besoin de faire lui-m&#234;me son march&#233; : ins&#233;curit&#233;, immigration, islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traitement m&#233;diatique du probl&#232;me de la s&#233;curit&#233; des biens et des personnes soustrait g&#233;n&#233;ralement sa r&#233;solution &#224; toute autre option politique que l'alternative entre le trop (r&#233;put&#233; &#171; s&#233;curitaire &#187;) ou le trop peu (r&#233;put&#233; &#171; laxiste &#187;) de la r&#233;pression. Or si personne ne songe &#224; nier que la s&#233;curit&#233; des biens et des personnes fasse probl&#232;me, affirmer ou laisser dire que les causes de la d&#233;linquance, ce sont les d&#233;linquants eux-m&#234;mes et que l'origine nationale (voire ethnique) de leurs parents l'emporte sur leurs conditions d'existence, c'est, dans nombre des m&#233;dias, l&#233;gitimer des discours de haine qui r&#233;sonnent dans ceux du Front national. De m&#234;me, monter en &#233;pingle les faits divers d&#233;lictueux qui envahissent les informations t&#233;l&#233;vis&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les faits divers, voir &#171; Flamb&#233;e de faits divers dans les JT depuis dix (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;] et multiplier les reportages et les enqu&#234;tes sur les prouesses de la police et de la gendarmerie, au d&#233;triment des enqu&#234;tes sur la mis&#232;re sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir : &#171; &#8220;90' Enqu&#234;tes&#8221; sur TMC : racolages s&#233;curitaires et spectaculaires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8239;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'ins&#233;curit&#233;, l'immigration ou l'islam, une m&#234;me conclusion semble d&#232;s lors s'imposer, dont t&#233;moignent d'innombrables micros-trottoirs qui, pour une fois, ne mentent pas : &#171; Avec ce qu'on voit &#224; la t&#233;l&#233; ! &#187;. Or ce que l'on voit &#224; la t&#233;l&#233;, ce n'est pas cette r&#233;alit&#233; qu'il serait mals&#233;ant de nier, mais la construction m&#233;diatique de cette r&#233;alit&#233;, index&#233;e sur l'audimat. Une construction qui cultive toutes les peurs et les intensifie : tant il est vrai que, parmi les effets reconnus par les &#233;tudes de r&#233;ceptions, la peur est un sentiment que la t&#233;l&#233;vision r&#233;pand plus que tout autre et qui &#8211; sur l'ins&#233;curit&#233;, l'immigration, l'islam &#8211; gave le Front national de partisans, de sympathisants et d'&#233;lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute ces r&#233;ductions ne sont-elles pas le fait de tous les m&#233;dias, mais elles sont omnipr&#233;sentes dans les m&#233;dias les plus consult&#233;s : les radios et surtout les t&#233;l&#233;visions. Et quand bien m&#234;me, pour ne prendre qu'un exemple, les articles du &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt; seraient moins caricaturaux que ses &#171; unes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Mont&#233;e du FN : Le Point fait son autocritique &#187;.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et les lecteurs de cet hebdomadaire minoritairement tent&#233;s par le Front national, l'affichage des &#171; unes &#187; dans l'espace public contribue &#224; une banalisation des th&#232;mes chers au Front national. Une banalisation &#224; laquelle concourent de trop nombreux m&#233;dias. Au c&#339;ur de cette banalisation, l'id&#233;e absurde selon laquelle le Front national poserait de vrais probl&#232;mes, mais apporterait de mauvaises solutions : comme si les solutions n'&#233;taient pas largement impliqu&#233;es dans la fa&#231;on de poser les probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;vergondage m&#233;diatique, particuli&#232;rement &#224; la t&#233;l&#233;vision, l&#233;gitime les cibles qui font partie du patrimoine du Front national : on a pu le v&#233;rifier une fois encore quand, comme nous l'avions relev&#233;, &#224; l'occasion d'un d&#233;bat sur l'Europe, &#171; Pujadas tend la perche &#224; Marine Le Pen &#187;. Mais cette d&#233;politisation sensationnaliste n'est pas la seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La construction m&#233;diatique de d&#233;bats mutil&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Depuis de longs mois (et r&#233;cemment &#224; l'occasion des &#171; municipales &#187; et surtout des &#171; europ&#233;ennes &#187; de 2014), le Front national a &#171; enrichi &#187; son patrimoine en se mobilisant sur la crise &#233;conomique, les fermetures d'usines, les licenciements et toutes les formes de la mis&#232;re sociale en prenant pour cibles la finance, &#171; l'europ&#233;isme &#187; et &#171; le mondialisme &#187;. Qui pourrait faire grief aux m&#233;dias dominants d'aborder notamment la question de l'Union europ&#233;enne, du r&#244;le de l'euro et plus g&#233;n&#233;ralement des politiques &#233;conomiques ? Mais comment le font-ils ? En mutilant la pr&#233;sentation des options possibles. Autre forme de d&#233;politisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traitement m&#233;diatique de &#171; la question europ&#233;enne &#187;, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale et pas seulement &#224; l'occasion des r&#233;centes &#233;lections, favorise le Front national bien au-del&#224; du temps qui lui est attribu&#233; ou qui lui est consacr&#233;. L'opposition d'un simplisme consternant entre &#171; pro-europ&#233;ens &#187; et &#171; anti-europ&#233;ens &#187; (selon une appellation parfois temp&#233;r&#233;e par celle d'&#171; eurosceptiques &#187;, mais confirm&#233;e par celle d'&#171; europhobes &#187;) d&#233;figure le d&#233;bat : cette opposition, quand elle est m&#233;diatiquement construite, confie en effet la d&#233;fense d'un projet europ&#233;en, quel qu'il soit, aux seuls partis qui ch&#233;rissent l'Union europ&#233;enne (sous r&#233;serve de quelques transformations). Dans la foul&#233;e, la m&#234;me opposition amalgame toutes les critiques de l'Union europ&#233;enne et les place sous l'&#233;gide quasi exclusive du nationalisme exacerb&#233; du Front national. Au point que tous les &#171; Non &#187; &#224; cette Europe, que l'on propose ou non de la quitter, sont, peu ou prou, pr&#233;sent&#233;s comme de simples variantes de ce nationalisme-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traitement m&#233;diatique des &#171; questions &#233;conomiques &#187;, fortement li&#233; &#224; &#171; la question europ&#233;enne &#187;, emprisonne les r&#233;ponses dans des alternatives qui, une fois encore, font la part belle aux &#233;conomistes orthodoxes (et aux partis qui les reprennent plus ou moins), en attribuant &#224; toutes les variantes de l'h&#233;t&#233;rodoxie une place subalterne et en confiant au Front national leur repr&#233;sentation politique. &#171; Pour &#187; ou &#171; contre &#187; l'euro (que ce soit pour l'abandonner ou le refonder), &#171; pour &#187; ou &#171; contre &#187; des formes de protectionnisme (qu'il soit national ou europ&#233;en) : tels sont les choix qui, tels qu'ils sont commun&#233;ment pr&#233;sent&#233;s, l&#233;gitiment le lib&#233;ralisme et le mon&#233;tarisme &#233;conomiques dominants et transforment, dans les discours m&#233;diatiques en vogue, tous les opposants en partenaires malgr&#233; eux du Front national !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;politisation m&#233;diatique du Front national lui-m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Prisonniers de leurs pr&#233;suppos&#233;s politiques, la plupart des chroniqueurs et commentateurs, du moins en radios et t&#233;l&#233;visions, ne parviennent ni &#224; exposer ni &#224; discuter des th&#232;ses du Front national. En revanche, le privil&#232;ge accord&#233; aux jeux politiciens sur les enjeux politiques produit ici de n&#233;fastes effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traitement m&#233;diatique des sondages et des r&#233;sultats &#233;lectoraux contribue &#224; placer le Front national au centre du d&#233;bat politique. La surinterpr&#233;tation de ces sondages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voire leur pr&#233;sentation totalement biais&#233;e. Voir &#171; L'opinion selon BVA : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de ces r&#233;sultats qui, r&#233;p&#233;tons-le, ne sont pas l'expression chimiquement pure d'une &#171; opinion publique &#187; scientifiquement objectivable et mesurable, contribue &#224; l'imposition du Front national au centre de la vie politique fran&#231;aise et du d&#233;bat public, renfor&#231;ant d&#232;s lors &#8211; en les l&#233;gitimant &#8211; les ambitions du parti pr&#233;sid&#233; par Marine Le Pen. Ainsi, il suffit d'&#234;tre en t&#234;te d'une &#233;lection pour que dans la bouche de nombre de commentateurs qui ont oubli&#233; leurs cours de sociologie politique (s'ils les ont jamais suivis), le Front national devienne &#171; le premier parti de France &#187;&#8230; comme le Front national lui-m&#234;me s'est empress&#233; de le proclamer par affiches le lendemain de l'&#233;lection europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traitement m&#233;diatique des images du Front national et de Marine Le Pen, quand il n'&#233;pouse pas les images qu'ils veulent donner d'eux-m&#234;mes, mobilise les commentateurs (second&#233;s par des communicants) au d&#233;triment de la discussion des propositions de ce parti. Comme si les comparaisons entre le ton et le style (quand ce ne sont pas les apparences physiques et vestimentaires) de Marine Le Pen et de son p&#232;re n'accr&#233;ditaient pas l'existence de diff&#233;rences qu'il conviendrait d'abord de mesurer sur le terrain des positions et des pratiques politiques. Comme si les commentateurs et communicants qui se livrent &#224; ces comparaisons ne contribuaient pas, parfois malgr&#233; eux, au d&#233;placement sur le terrain des apparences du d&#233;bat autour d'une pr&#233;tendue &#171; r&#233;novation &#187; du Front national, l&#233;gitimant ainsi cette id&#233;e de &#171; nouveaut&#233; &#187;, qu'un examen et une analyse s&#233;rieuse des propositions du Front national pourraient pourtant largement d&#233;mentir. Ce faisant, les m&#233;dias dominants contribuent &#224; la d&#233;politisation du Front national en relativisant l'examen de la nature de son projet politique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;politisation de la critique du Front national &#233;pouse celle de sa mise en sc&#232;ne. L'administration r&#233;currente (avec le concours des forces politiques) de cours de morale r&#233;publicaine qui ne r&#233;pondent en rien &#224; ce qu'ils pr&#233;tendent combattre, alors que tout le reste (voir ci-dessus) le l&#233;gitime peu ou prou, demeure en de&#231;&#224; de toute mise en question. Mais &#224; la pr&#233;tendue &#171; diabolisation &#187; que le Front national d&#233;non&#231;ait a succ&#233;d&#233; une &#171; d&#233;diabolisation &#187; &#224; laquelle les m&#233;dias ont concouru. S'interroger sur la r&#233;alit&#233; de la &#171; d&#233;diabolisation &#187;, sur les moyens employ&#233;s par le Front national pour y pr&#233;tendre, etc&#8230; contribue largement &#224; ladite &#171; d&#233;diabolisation &#187;. En discutant et commentant les strat&#233;gies d&#233;ploy&#233;es par le Front national pour se normaliser, on accr&#233;dite l'id&#233;e selon laquelle il tendrait vers une normalisation et on concourt &#224; cette normalisation. En d'autres termes, en ce cas, dire c'est faire : annoncer que le Front national se normalise contribue &#224; sa normalisation&#8230; m&#233;diatique. Ce que l'on peut analyser comme une normalisation performative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que des m&#233;dias d'opinion ou de parti pris, comme le sont ouvertement les quotidiens et hebdomadaires nationaux, exercent leur libert&#233; d'opinion et prennent parti, rien de plus normal. Mais ceux qui, peu ou prou, c&#232;dent aux tentations que nous avons relev&#233;es devraient retenir leurs larmes quand ils d&#233;plorent l'impact du Front national. Un peu moins d'inconscience ou de cynisme de leurs chefferies ne nuirait pas au d&#233;bat d&#233;mocratique quand on sait l'influence qu'elles exercent sur les autres m&#233;dias. Mais ce sont surtout les t&#233;l&#233;visions et les radios g&#233;n&#233;ralistes, particuli&#232;rement (mais pas seulement) du secteur public qui devraient r&#233;viser (mais ne r&#234;vons pas trop !) leurs options &#233;ditoriales et leurs programmes, quand ceux-ci incitent &#224; la complaisance &#224; l'&#233;gard du Front national. Non que celle-ci soit n&#233;cessairement intentionnelle. Mais moins de r&#233;v&#233;rence &#224; l'&#233;gard des institutions et aux effets du scrutin majoritaire, moins de soumission &#224; la recherche commerciale de la plus large audience pourraient r&#233;pondre &#224; des exigences effectivement d&#233;mocratiques. Les indignations contre la x&#233;nophobie et le nationalisme ranci seraient peut-&#234;tre un peu moins impuissantes si la banalisation du Front national ne faisait pas bon m&#233;nage avec elles. Il serait ainsi de bon ton de ne pas jouer aux pompiers pyromanes, en entretenant, par les pratiques analys&#233;es ci-dessus, la flamme du Front national : si ce dernier aime toujours autant d&#233;noncer &#171; les &#187; journalistes et &#171; les &#187; m&#233;dias, le moins que l'on puisse dire est que cette rh&#233;torique est de moins en moins fond&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P.S&lt;/strong&gt;. La derni&#232;re saillie de Jean-Marie Le Pen (sur la place r&#233;serv&#233;e &#224; Patrick Bruel dans la prochaine &#171; fourn&#233;e &#187;) a suscit&#233;, comme il se doit, des indignations quasi unanimes, notamment dans les m&#233;dias... Mais elle a permis aussi &#224; quelques leaders du Front national de se d&#233;douaner &#224; peu de frais pour se d&#233;cerner un brevet de respectabilit&#233;... dont nombre de m&#233;dias se sont faits largement et complaisamment l'&#233;cho. Nous en sommes l&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Julien Salingue&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Annexe : Sur le sens et la port&#233;e du score &#233;lectoral du Front national&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Les chiffres ne parlent pas d'eux-m&#234;mes. Aussi sont-ils mati&#232;re &#224; controverses. Faut-il s'alarmer sans retenue ou se rassurer &#224; peu de frais ? Pas si simple&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si comme Philippe Pelletier le propose&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur son blog [&#171; Le triomphe &#233;lectoral du FN en trompe l'&#339;il &#187;,&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;]&#8239;on prend en compte le nombre d'&#233;lecteurs qui accordent leur suffrage au Front National, la victoire &#233;lectorale de mai 2014 t&#233;moigne d'une persistance et non d'une perc&#233;e : &#171; Si on r&#233;sume, l'&#233;tiage du FN depuis sa perc&#233;e &#233;lectorale &#224; la fin des ann&#233;es 1980 se situe &#224; 2 millions de voix (europ&#233;ennes de 1994). Il tourne autour de 4 millions de voix entre 1988 et 2007 (4,3 aux pr&#233;sidentielles de 1988, 3,7 aux l&#233;gislatives de 1997, 3,5 aux r&#233;gionales de 2004)&#8230; Autrement dit, son score des europ&#233;ennes de 2014 (4,7 millions) se situe au-dessus de la moyenne des d&#233;cennies pr&#233;c&#233;dentes, mais il n'en bat pas les records (6,3 en 2012). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me si on rapporte le score au nombre d'&#233;lecteurs inscrits (et donc que l'on prend en compte l'abstention), comme nous l'&#233;crit l'un de nos correspondants : Les r&#233;sultats lors des derni&#232;res europ&#233;ennes montreraient que &#171; un &#233;lecteur sur quatre &#187; aurait vot&#233; FN (24,86 %). Pourtant, une lecture plus juste serait de consid&#233;rer non pas les bulletins exprim&#233;s, mais les inscrits (incluant donc l'abstention, les nuls et les blancs). D&#232;s lors, le score du FN aux europ&#233;ennes de 2014 chute brutalement (10,12 %) et se retrouve en de&#231;&#224; du fameux premier tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2002 (11,66 %). On constate &#233;galement que le nombre d'&#233;lecteurs FN par rapport aux nombre d'inscrits a baiss&#233; depuis... 1995 (11,43 %). Et que celui du premier tour de 2012 &#8211; le plus &#233;lev&#233; de l'histoire du FN (13,95 %) &#8211; est, grosso modo, le m&#234;me que celui du second tour de 2002 (13,41 %). Enfin, si 6,4 millions inscrits ont vot&#233; pour Marine Le Pen en 2012, pr&#232;s de 40 millions d'&#233;lecteurs n'ont pas vot&#233; pour le FN. On est encore loin du fascisme rampant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, si l'on prend en compte la nature du scrutin (sur l'Europe) et si l'on compare avec les &#233;lections europ&#233;ennes pr&#233;c&#233;dentes, le FN gagne beaucoup de voix, comme nous l'&#233;crit un autre correspondant : &#171; En 2009 ils r&#233;coltaient 1,1 millions de voix, en 2004 1,7 millions, en 1999 1 million, en 1994, 2 millions, etc. Et, &#224; moins de consid&#233;rer que parmi les abstentionnistes le FN est largement sous-repr&#233;sent&#233; (je ne me hasarderais pas &#224; formuler cette hypoth&#232;se...), il n'y aucune raison que le FN ne progressera pas en voix aux prochaines pr&#233;sidentielles, &#224; moins d'un sursaut en termes de mobilisations, d'une victoire sociale, etc. D'autant que les conflits s'accentuent &#224; l'UMP et que le PS approfondit sa politique pro-patronale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si les chiffres ne parlent pas d'eux-m&#234;mes, c'est parce qu'ils ne mesurent pas l'enracinement du Front national : &#224; la fois l'audience de ses th&#232;ses et, &#224; la faveur des derniers scrutins, les progr&#232;s (encore limit&#233;s dans les municipalit&#233;s, mais consistants &#8211; ressources financi&#232;res &#224; la cl&#233; &#8211; au Parlement europ&#233;en) de son implantation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela se discute&#8230; et ce n'est pas notre propos. En revanche, la port&#233;e politique des r&#233;sultats du Front national se mesure aussi &#224; leur port&#233;e m&#233;diatique. Et, sur ce sujet aucun doute n'est permis : la construction m&#233;diatique du r&#244;le du Front national est disproportionn&#233;e&#8230; et contribue, en le pla&#231;ant au centre du d&#233;bat m&#233;diatique, &#224; le placer au centre du d&#233;bat politique, surtout quand celui-ci a pour enjeu&#8230; l'anticipation de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2017. ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le &#171; pouvoir des m&#233;dias &#187;, &#233;couter ici m&#234;me &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article3882.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une conf&#233;rence de septembre 2012&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La quasi-unanimit&#233; &#233;ditoriale en faveur du oui (qui faisait &#233;cho &#224; la quasi-unanimit&#233; des partis de gouvernement) et le traitement m&#233;diatique tr&#232;s d&#233;favorable des partisans du non et de leurs arguments n'ont pas suffi &#224; emp&#234;cher le large rejet du TCE. La contre-information r&#233;alis&#233;e par la campagne pour le non, les effets contradictoires du matraquage m&#233;diatique en faveur du oui, qui s'est en partie retourn&#233; contre ses artisans, et surtout le d&#233;calage entre le discours sur les vertus de l'Europe et la r&#233;alit&#233; quotidienne v&#233;cue par des millions de gens, ont largement conditionn&#233; un scrutin qui a d&#233;montr&#233; que les m&#233;dias n'&#233;taient pas tout-puissants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si les r&#232;gles fix&#233;es &#224; ce sujet par le CSA sont tr&#232;s contestables, elles sont globalement respect&#233;es par les grands m&#233;dias : le FN b&#233;n&#233;ficie d'un temps d'antenne &#233;quivalent &#224; son poids &#233;lectoral lors du premier tour des derni&#232;res &#233;lections l&#233;gislatives, et les d&#233;s&#233;quilibres qui ont pu &#234;tre constat&#233;s durant la r&#233;cente campagne (notamment sur BFM TV) ont &#233;t&#233; corrig&#233;s. Si une critique des temps d'antenne peut &#8211; et doit &#8211; &#234;tre formul&#233;e, elle doit concerner l'ensemble des r&#232;gles et non la seule place du FN. Les chiffres du CSA pour la derni&#232;re &#233;lection europ&#233;enne sont, en .pdf, sur le site de l'Acrimed.[lien inaccessible, 2024]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les faits divers, voir &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article4159.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Flamb&#233;e de faits divers dans les JT depuis dix ans &#187;&lt;/a&gt;. Le barom&#232;tre th&#233;matique de l'INA met en &#233;vidence un recul du traitement des faits divers d&#233;lictueux pour le 1er trimestre 2014. [Line inaccessible, 2024&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir : &lt;a href=&#034;http://www. acrimed.org/article4328.html).&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &#8220;90' Enqu&#234;tes&#8221; sur TMC : racolages s&#233;curitaires et spectaculaires &#187;&lt;/a&gt;]&#8239;, c'est laisser croire que les rem&#232;des &#224; la d&#233;linquance sont ind&#233;pendants de ceux que requiert la pr&#233;carit&#233; des conditions d'existence d'une part croissante de la population. Et r&#233;duire la lutte contre l'ins&#233;curit&#233; &#224; la traque des d&#233;linquants, comme promet de la renforcer le Front national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traitement m&#233;diatique des questions de l'immigration quand elles sont abord&#233;es sous l'angle de son contr&#244;le aux fronti&#232;res, comme c'est trop souvent le cas, ne laisse le choix qu'entre les modalit&#233;s et l'ampleur de ce contr&#244;le. Des probl&#232;mes existent : personne ne songe &#224; le nier. Mais lesquels ? Affirmer ou laisser dire que ce sont des probl&#232;mes pos&#233;s exclusivement aux Fran&#231;ais et non des probl&#232;mes pos&#233;s d'abord aux immigr&#233;s eux-m&#234;mes, dans leurs pays d'origine ou dans leur pays d'accueil, et laisser entendre que les immigr&#233;s sont r&#233;ellement ou potentiellement des envahisseurs, c'est non seulement d&#233;politiser la question des causes de l'immigration et de la situation des immigr&#233;s, mais aussi et surtout alimenter la traque de boucs &#233;missaires, comme sait le faire le Front national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traitement m&#233;diatique de l'islam, &#224; la diff&#233;rence de celui qui est r&#233;serv&#233; &#224; d'autres religions, est trop souvent domin&#233;, non par une &#233;tude raisonn&#233;e de l'islam, mais par la d&#233;nonciation de ceux qui le pratiquent. Affirmer ou laisser dire que les citoyens musulmans se d&#233;finissent exclusivement par une religion que l'on condamne sans m&#234;me informer sur elle, c'est les traiter comme des citoyens au rabais. Affirmer ou laisser dire que cette religion est, &#224; la diff&#233;rence de toute autre, une anomalie, c'est affirmer (ou du moins laisser entendre) que cette religion met en p&#233;ril une pr&#233;tendue identit&#233; nationale. Et sous couvert de combattre les fanatismes qui se r&#233;clament de l'islam (&#171; l'islamisme &#187;), sugg&#233;rer (le cas &#233;ch&#233;ant en prenant des gants) que c'est la pratique de l'islam qui, intrins&#232;quement, est potentiellement fanatique, c'est jeter la suspicion sur des millions de croyants. Ce faisant, les m&#233;dias qui entretiennent cette stigmatisation (ou simplement ces pr&#233;jug&#233;s) alimentent des phobies, des peurs ou des haines et l&#233;gitiment, ouvertement ou en sourdine, les d&#233;clarations fracassantes, x&#233;nophobes et discriminatoires du Front national[[Voir &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article3928. html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Les obsessions islamiques de la presse magazine &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/ article4359.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Mont&#233;e du FN : &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; fait son autocritique &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voire leur pr&#233;sentation totalement biais&#233;e. Voir &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/ article4350.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; L'opinion selon BVA : Marine Le Pen progresse... en r&#233;gressant &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur son blog [&#171; Le triomphe &#233;lectoral du FN en trompe l'&#339;il &#187;, &lt;a href=&#034;http://libelalettredorion.blogs.liberation.fr/mon-blog/2014/05/nous-sommes-myope-face-&#224;-la-victoire-du-fn.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://libelalettredorion.blogs.liberation.fr/mon-blog/2014/05/nous-sommes-myope-face-&#224;-la-victoire-du-fn.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fragments d'analyse des m&#233;dias fran&#231;ais face &#224; l'invasion de l'Irak</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Fragments-d-analyse-des-medias-francais-face-a-l-invasion-de-l-Irak.html</link>
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		<dc:date>2023-12-22T10:21:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Guerres</dc:subject>
		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comment l&#233;gitimer une guerre pourtant condamn&#233;e par le gouvernement fran&#231;ais&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L92xH150/irak-2191f.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='92' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Fragments d'analyse des m&#233;dias fran&#231;ais face &#224; l'invasion &#187;, dans &lt;i&gt;Irak : Les m&#233;dias en guerre&lt;/i&gt; (sous la direction d'Olfa Lamloum), Arles, Editions Actes Sud, 29 octobre 2003, p. 105-141.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lors des guerres du Golfe en 1991, du Kosovo en 1999 et d'Afghanistan en 2001, les principaux m&#233;dias fran&#231;ais avaient apport&#233; &#224; la propagande des grandes puissances coalis&#233;es le renfort de leur propre propagande&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Halimi et Dominique Vidal, &#171; L'opinion, &#231;a se travaille&#8230; &#187;. Les m&#233;dias (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les menaces d'invasion de Irak n'ont pas b&#233;n&#233;fici&#233; d'un tel renfort. La position du gouvernement fran&#231;ais, hostile au d&#233;clenchement de la guerre aux conditions am&#233;ricaines et les divisions qui ont marqu&#233; les pr&#233;paratifs de cette guerre ont permis &#224; la plupart des m&#233;dias fran&#231;ais de prendre leurs distances (en toute ind&#233;pendance ?) avec la propagande am&#233;ricaine et les m&#233;dias les plus bellicistes d'autres pays. Pendant plusieurs semaines avant le 20 mars, les journalistes fran&#231;ais ont tent&#233; de pr&#233;senter les enjeux &#233;conomiques et g&#233;opolitiques de la bataille diplomatique et des perspectives de guerre, alors que les motifs invoqu&#233;s lors des guerre pr&#233;c&#233;dentes (guerres d&#233;fensives, guerres humanitaires) avaient relativis&#233; de tels enjeux et les avaient noy&#233;s, au point de les dissimuler, dans une rh&#233;torique indistinctement humanitaire et belliqueuse. Mais surtout la plupart des questions relatives &#224; la l&#233;gitimit&#233; et la l&#233;galit&#233; d'une guerre contre l'Irak ont &#233;t&#233;, au moins, pos&#233;es. Ainsi, non sans suivisme &#224; l'&#233;gard de la position du gouvernement fran&#231;ais, la plupart des m&#233;dias se sont gard&#233;s de soutenir le d&#233;clenchement de la guerre aux conditions am&#233;ricaines, quand ils n'ont pas nettement marqu&#233; leur opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une fois la guerre d&#233;clench&#233;e ? Convaincus d'avoir &#233;t&#233; &#171; exemplaires &#187;, selon le mot de Laurent Joffrin du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, lors de la guerre du Kosovo et, sans doute, encore plus, lors de celle d'Afghanistan, les principaux m&#233;dias fran&#231;ais qui s'&#233;taient propos&#233;s d'&#233;viter les &#171; erreurs &#187; de la guerre du Golfe, sont apparemment persuad&#233;s d'y &#234;tre parvenus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'absolution est presque unanime. Lire par exemple l'article de T&#233;l&#233;rama sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais l'omission de leurs errements ult&#233;rieurs sugg&#232;re d&#233;j&#224; qu'une autocritique superficielle ne pouvait permettre que de soigner les sympt&#244;mes les plus visibles. C'est donc &#224; des aspects g&#233;n&#233;ralement n&#233;glig&#233;s que seront consacr&#233;s ces fragments d'analyse : centr&#233;s sur les premiers jours de la guerre, mais prenant en compte son issue ; sur la base d'&#233;chantillons pr&#233;lev&#233;s surtout dans les Journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s de TF1 et dans les &#233;ditoriaux de trois quotidiens (&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;) et deux hebdomadaires (&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Documentation r&#233;unie avec l'aide de l'association Acrimed (Action-Critique-M&#233;dia&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;I. &#192; la t&#233;l&#233;vision : la l&#233;gitimation de la guerre par son r&#233;cit ?&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 19 mars, le Conseil sup&#233;rieur de l'audiovisuel (CSA) adresse ses recommandations &#171; &lt;i&gt;&#224; l'ensemble des services de t&#233;l&#233;vision et de radio&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Recommandation &#224; l'ensemble des services de t&#233;l&#233;vision et de radio (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il &#171; &lt;i&gt;appelle l'attention des op&#233;rateurs sur la n&#233;cessit&#233; &lt;/i&gt; &#187;, notamment, de &#171; &lt;i&gt;v&#233;rifier l'exactitude des informations diffus&#233;es ou, en cas d'incertitude, de les pr&#233;senter au conditionnel et d'en citer la source et la date&lt;/i&gt; &#187; ; de &#171; &lt;i&gt;proc&#233;der, en cas de diffusion d'informations inexactes, &#224; leur rectification dans les meilleurs d&#233;lais et dans des conditions d'exposition comparables&lt;/i&gt; &#187; ; (&#8230;) de &#171; &lt;i&gt;veiller &#224; ce qu'il ne soit pas fait une exploitation complaisante de documents difficilement supportables&lt;/i&gt; &#187; ; de &#171; &lt;i&gt;ne pas diffuser de documents contraires aux stipulations de la&lt;/i&gt; &lt;i&gt;convention de Gen&#232;ve sur les prisonniers de guerre&lt;/i&gt; (&#8230;) &#187;. De simples conseils de prudence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les sages ont-ils &#233;t&#233; entendus ? Affirmatif&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clarent des journalistes de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, &#224; l'heure des bilans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Une guerre en direct - La t&#233;l&#233;vision s'est efforc&#233;e de tirer les le&#231;ons de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et &#171; les sages &#187; sont plus que satisfaits. &lt;i&gt;La Lettre du CSA&lt;/i&gt; d'avril 2003 publie un article en forme de bilan intitul&#233; &#171; &lt;i&gt;Conflit en Irak : les m&#233;dias font preuve d'une extr&#234;me vigilance&lt;/i&gt; &#187; et pour Dominique Baudis, pr&#233;sident de cette institution, la couverture m&#233;diatique de la guerre en Irak est un mod&#232;le du genre. &#171; &lt;i&gt;Indication des sources, utilisation du conditionnel quand les faits ne sont pas av&#233;r&#233;s, souci de se d&#233;marquer de toute tentative de manipulation, jamais, peut-&#234;tre, une guerre n'a &#233;t&#233; couverte avec autant de rigueur&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit-il. Un &#233;loge pour le moins excessif et qui tait l'essentiel, car devan&#231;ant et d&#233;passant les recommandations du CSA, les principaux responsables des cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision avaient eux-m&#234;mes pris des engagements pr&#233;ventifs plus radicaux que la simple prudence : non seulement &#233;viter les &#171; d&#233;rapages &#187;, mais fournir une information explicative. Etienne Mougeotte, vice-pr&#233;sident de TF1 l'affirme : &#171; &lt;i&gt;On a tir&#233; toutes les le&#231;ons de la guerre du Golfe, o&#249; on n'avait pas assez conceptualis&#233; l'image&lt;/i&gt; (..). &lt;i&gt;Il faut donner du sens&lt;/i&gt; &#187;. Car, pr&#233;cise Olivier Mazerolle, directeur g&#233;n&#233;ral d&#233;l&#233;gu&#233; charg&#233; de l'information de France 2, &#171; (&#8230;) &lt;i&gt;la guerre c'est surtout une posture politique, et sociale, c'est un tremblement de terre dans les relations humaines et c'est &#231;a qu'il faut traiter&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les m&#233;dias fran&#231;ais veulent &#233;viter les erreurs de la guerre du Golfe de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Sans doute ces responsables sont-ils convaincus d'avoir tenu leurs engagements&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur France Inter, 22 avril 2003, Jean-Claude Dassier, directeur g&#233;n&#233;ral de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourtant, si les t&#233;l&#233;visions se sont efforc&#233;es de &#171; donner du sens &#187;, on est en droit de se poser cette simple question : &lt;i&gt;&#171; quel sens la t&#233;l&#233;vision a-t-elle donn&#233; &#224; cette guerre ? &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Propagande machinale : surinformation et d&#233;sinformation&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Les formes les plus outranci&#232;res et les plus efficientes de la propagande de guerre ne sont pas n&#233;cessairement les plus visibles. Les pr&#233;cautions dont les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision ont voulu s'entourer pour &#233;viter les &#171; erreurs &#187; de la guerre de 1991, ne r&#233;sistent pas face &#224; la pr&#233;tention de faire partager &#171; la guerre en direct &#187;. La partialit&#233; favorable &#224; la guerre am&#233;ricaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Partialit&#233; &#171; temp&#233;r&#233;e &#187;, qu'un journaliste de France Inter &#171; explique &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se niche sans doute dans les commentaires, le vocabulaire, les silences et les non-dits. Mais elle r&#233;sulte plus massivement encore de la logique narrative qui gouverne la mise en mots et en images des op&#233;rations militaires. L'hostilit&#233;, certes fond&#233;e, au r&#233;gime de Saddam Hussein sert de cadrage : l'ennemi &#233;tant d&#233;sign&#233;, il suffit alors de raconter la guerre pour qu'elle semble justifi&#233;e, pour peu qu'elle parvienne &#224; jeter bas la dictature. Du m&#234;me coup, le r&#233;cit des op&#233;rations militaires est presque enti&#232;rement conduit du point de vue des troupes am&#233;ricano-britanniques : qu'il s'agisse de la puissance qu'elles d&#233;ploient, des victoires qu'elles remportent ou des r&#233;sistances qu'elles rencontrent. Cette l&#233;gitimation de la guerre par son r&#233;cit peut ne pas &#234;tre intentionnelle. Elle est en tout cas &#8211; litt&#233;ralement et dans tous les sens du mot &#8211; machinale : amplifi&#233;e par la fascination de la t&#233;l&#233;vision pour la puissance militaire et pour sa propre puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.1.&lt;/strong&gt; Auxiliaire du r&#233;cit de guerre, cette fascination ou cette complaisance pour la puissance militaire am&#233;ricaine contribue &#224; acclimater le soutien &#224; la force et la barbarie technologique, sous couvert d'information. Ainsi, avant m&#234;me le d&#233;clenchement de la guerre ouverte, la multiplication des reportages &#8211; en g&#233;n&#233;ral complaisamment fournis ou tol&#233;r&#233;s par les arm&#233;es am&#233;ricaine et britannique et achet&#233;es aux m&#233;dias am&#233;ricains &#8211; sur l'entra&#238;nement des troupes, les armes et les munitions remplissent cet office. C'est encore le cas dans les Journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s la veille m&#234;me des premiers bombardements sur Bagdad. Et cela ne cessera pas apr&#232;s. Au risque, il est vrai, que cette complaisance fascin&#233;e ne se retourne &#224; la moindre d&#233;faite militaire des arm&#233;es que, plus ou moins explicitement, on soutient. Mais c'est encore du point de vue des difficult&#233;s rencontr&#233;es par les troupes am&#233;ricano-britanniques, dans le vocabulaire de leurs op&#233;rations, que le r&#233;cit de guerre est construit et les images de guerre sont destin&#233;es &#224; l'illustrer quand la r&#233;sistance irakienne se montre plus tenace que pr&#233;vu ou esp&#233;r&#233;. Et s'il est inutile de pr&#233;supposer syst&#233;matiquement une intention maligne et des manipulations intentionnelles, elles se glissent, plus ou moins discr&#232;tement, dans cette construction pr&#233;alable dont les effets sont d&#233;multipli&#233;s par la fascination de la t&#233;l&#233;vision pour sa propre puissance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.2.&lt;/strong&gt; L'ampleur et la nature du dispositif mis en &#339;uvre part les t&#233;l&#233;visions (et particuli&#232;rement par TF1), les moyens technologiques comme les &#233;quipes de correspondants et de reporters produit, presque m&#233;caniquement, un r&#233;cit ajust&#233; aux exigences de la guerre am&#233;ricano-britannique. Le dispositif lui-m&#234;me suppose un retour sur investissement, qu'il s'agisse des b&#233;n&#233;fices escompt&#233;s ou des informations produites&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mots sur les premiers. Pour des cha&#238;nes commerciales, les co&#251;ts du la guerre en direct sont consid&#233;rables. Ils le sont d'autant plus que les publicitaires n'aiment pas les contextes violents et que l'audience reste la mesure de ce qu'il convient de montrer. Les cha&#238;nes Berlusconi en Italie ont, pour ces raisons m&#234;mes, minor&#233; la place accord&#233;e &#224; la guerre dans leurs programmes. Longtemps avant le conflit, r&#233;pondant &#224; des analystes qui s'inqui&#233;taient de la stabilit&#233; des recettes de TF1 pour 2002, dans le cas o&#249; &#171; &lt;i&gt;l'Irak serait attaqu&#233; par les USA&lt;/i&gt; &#187;, Patrick Le Lay, &#233;chaud&#233; par la catastrophe industrielle de l'&#233;quipe de France en Coupe du Monde (soit 2 % en moins de CA pour la cha&#238;ne), en des termes d'une exquise d&#233;licatesse, manifestait ainsi sa prudence : &#171; &lt;i&gt;Il ne faudra pas nous en vouloir si l'US Air Force met &#224; feu et &#224; sang la Plan&#232;te... &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Strat&#233;gies, 13 septembre 2002&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Le prix &#224; payer est en effet tr&#232;s lourd. Selon &lt;i&gt;Les Echos&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La d&#233;licate &#233;quation &#233;conomique des m&#233;dias &#187;, Les Echos, 20 mars 2003 -&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, TF1 a pass&#233; une provision de 3 millions d'euros dans le budget de la r&#233;daction. Sans parler du co&#251;t des transmissions, c'est le prix &#224; payer pour un effort que souligne, non sans vanit&#233;, Robert Namias, directeur de l'information de TF1, &#171; nous avons 20 &#233;quipes entre l'Irak et les pays limitrophes, ce qui repr&#233;sente 80 personnes &#187;. Quant &#224; Olivier Mazerolle, directeur de l'information de France 2, il &#171; reconna&#238;t que ce genre d'&#233;v&#233;nement co&#251;te tr&#232;s cher, mais, pr&#233;cise-t-il, le surco&#251;t sera en partie compens&#233; (sic) par des r&#233;ductions de traitement de l'information &#187;. L'article des &lt;i&gt;Echos&lt;/i&gt; qui livre ces informations en d&#233;livre &#233;galement le sens : &#171; &lt;i&gt;les implications &#233;conomiques sont importantes, mais ce type d'&#233;v&#233;nement est un investissement pour asseoir sa cr&#233;dibilit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. De l&#224; &#224; subordonner la validit&#233; des informations produites, aux exigences de cr&#233;dibilit&#233; de la cha&#238;ne qui les produit, le pas est rapidement franchi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, le retour sur investissement suppose que le dispositif tourne &#224; plein r&#233;gime. Et c'est son usage intensif qui d&#233;cide, presque de lui-m&#234;me, des effets de propagande qui en r&#233;sulte. La hi&#233;rarchisation, la pr&#233;sentation et la militarisation de l'information, comme inscrits dans l'usage m&#234;me du dispositif, servent la guerre am&#233;ricano-britannique : machinalement. La tourn&#233;e quasi obligatoire de tous les &#171; postes d'observation &#187;, quelles que soient l'importance et la nature des informations apport&#233;es, remplace l'information v&#233;rifi&#233;e. Le sommaire du journal est comme d&#233;cid&#233; par le dispositif lui-m&#234;me, au point que la rentabilisation du dispositif tient lieu de r&#233;flexion sur son usage : elle s&#233;lectionne et ordonne quasi-m&#233;caniquement l'information ou ce qui en tient lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal de 20 heures sur TF1, pr&#233;sent&#233; par Patrick Poivre d'Arvor, le 19 mars 2003, peut devenir d&#233;sormais un exemple de r&#233;f&#233;rence de ce simulacre de d'exhaustivit&#233; et de ses effets collat&#233;raux. Apr&#232;s l'annonce des titres du Journal, PPDA, &#171; &lt;i&gt;pour vous informer au mieux, au cours de cette session &lt;/i&gt; &#187;, passe en revue les reporters qui seront sollicit&#233;s et dont les photos viennent s'inscrire sur une carte de la r&#233;gion : une mise en sc&#232;ne pr&#233;alable de l'importance de la &#171; couverture &#187; effectu&#233;e par TF1, qu'un rapide d&#233;cryptage permet d'appr&#233;cier : quelques reportages honorables (et parfois mieux) dans une coul&#233;e informe et insidieusement orient&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Du c&#244;t&#233; militaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'imminence de la guerre dont &#171; les premiers signes ont &#233;t&#233; d&#233;tect&#233;s par nos envoy&#233;s sp&#233;ciaux &#187;, nous vaut, pour commencer un reportage de Denis Brunetti en provenance du Koweit qui fait le point des d&#233;placements des troupes am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Une second reportage dresse un &#233;tat de difficult&#233;s auxquelles doit faire face l'arm&#233;e am&#233;ricaine : le temp&#234;te, l'opposition de la Turquie au libre passage de l'aviation et des troupes, le &#171; probl&#232;me &#187; que soul&#232;ve les risque de conflit entre l'arm&#233;e turque et les kurdes. En d&#233;pit de ces &#171; &lt;i&gt;facteurs contrariants&lt;/i&gt; &#187;, comme les d&#233;signe PPDA pour parler des temp&#234;tes de sable, &#171; &lt;i&gt;le dispositif op&#233;rationnel est en place&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. C'est maintenant au tour de Lo&#239;c Berrou d'expliquer, doctement, &#171; comment devrait se d&#233;rouler les op&#233;rations &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Puis Philippe Morand tente de dresser la liste des pays qui soutiennent les USA. Une liste baptis&#233;e par TF1 &#171; &lt;i&gt;Coalition pour le d&#233;sarmement de l'Irak&lt;/i&gt; &#187;. De quoi s&#233;duire les Etats qui se sont donn&#233; ledit d&#233;sarmement pour objectif, sans pr&#233;coniser le recours &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. &#192; quoi succ&#232;de un reportage de Gilles Bouleau &#224; la base militaire de Fairford (Grande-Bretagne), destin&#233; &#224; nous &#171; informer &#187; de la pr&#233;paration des troupes britanniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Une pr&#233;paration qui est aussi celle de la 82e division a&#233;roport&#233;e, qui se pr&#233;pare &#224; la gu&#233;rilla urbaine sous le regard de Michel Floquet, journaliste incorpor&#233; &#224; cette division, pour la plus grande fiert&#233; de la r&#233;daction de TF1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. La 101e division a&#233;roport&#233;e est &#233;galement pr&#234;te, malgr&#233; le vent de sable, nous assure Isabelle Baillancourt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Avant que Sylvie Pinatel ne nous d&#233;crive avec &#233;motion, dans un reportage sur les Fusill&#233;s marins britanniques, l'attente anxieuse de l'un d'entre eux : Adam Cook, 19 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Le moment est venu, pour Patricia All&#233;moni&#232;re, en direct du Qatar o&#249; si&#232;ge le Quartier g&#233;n&#233;ral am&#233;ricain, de nous donner des d&#233;tails, sans int&#233;r&#234;t mais en direct, sur le calme qui r&#232;gne du c&#244;t&#233; de l'Etat-major.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Et pour finir cette revue des troupes, un reportage de F. Collard sur &#171; l'arsenal technologique &#187; informe les t&#233;l&#233;spectateurs sur le r&#244;le que jouent et que doivent jouer les satellites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix reportages, en ouverture du journal, sur les pr&#233;paratifs militaires de la guerre. Des informations effectives qui auraient pu &#234;tre r&#233;sum&#233;es en quelques minutes. On se doute que cette construction, qu'elle soit machinale ou intentionnelle, n'est pas sans effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient alors cet encha&#238;nement : &#171; Du c&#244;t&#233; irakien &#187;. Ce qui nous vaut, apr&#232;s une information sur l'appui du Parlement irakien &#224; Saddam Hussein :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Un reportage de Jean-Pierre Abou sur le climat qui r&#232;gne &#224; Bagdad. Les partisans arm&#233;s du r&#233;gime se pr&#233;parent &#224; une &#171; d&#233;fense bien s&#251;r totalement illusoire &#187;. Les habitants sont &#224; la &#171; recherche d&#233;sesp&#233;r&#233;e d'abris &#187; et la visite d'un femme seule avec ses trois enfants, permet de conclure : &#171; Ici tout le monde esp&#232;re &#234;tre &#233;pargn&#233; par les bombardements &#187;. Une &#171; derni&#232;re intervention en direct du centre de presse &#187; nous permet d'apprendre que &#171; l'ambiance est bien s&#251;r tr&#232;s, tr&#232;s lourde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Du c&#244;t&#233; humanitaire &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;12. Un reportage &#224; Amman de Naida Nakab fait tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment le point, avec l'aide de l'UNICEF, sur les risques sanitaires encourus par la population, et en particulier par les enfants. Le direct qui suit permet de souligner que les am&#233;ricains sont &#171; honnis par l'opinion publique arabe &#187; et que la France est &#171; respect&#233;e et admir&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Un reportage de Michel Scott est consacr&#233; aux risques d'un afflux massif de r&#233;fugi&#233;s vers le Kurdistan&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Un reportage de M. Pasinetti est consacr&#233; aux risques d'afflux des r&#233;fugi&#233;s tout autour de l'Irak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Un reportage d'Isabelle Marque sur les troupes mass&#233;es par la Turquie &#224; la fronti&#232;re avec l'Irak souligne les risques d'une offensive contre les Kurdes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 ou 5 reportages sur les effets possibles ou probables de la guerre sur les populations civiles : la dimension &#171; humanitaire &#187; du conflit n'a pas &#233;t&#233; oubli&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Fin de la revue d'avant-guerre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Un bref sujet de Bertrand Aguirre sur les derni&#232;res d&#233;bats au Conseils de s&#233;curit&#233; (en l'absence des USA et de la Grande-Bretagne)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Un bref sujet sur les difficult&#233;s politiques rencontr&#233;es par sur Tony Blair&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Un reportage de F. Buch sur les opposants irakiens au sein de la communaut&#233; irakien en France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Un reportage de N. Ruelle en Arabie Saoudite permet d'apprendre que l'opinion saoudienne n'est pas franchement favorable &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Un reportage de Mich&#232;le Fins au Pakistan permet de donner la parole &#224; une repr&#233;sentante de l'Association r&#233;volutionnaires des femmes afghanes (RAWA) et de faire &#233;tat de leur inqui&#233;tude en Afghanistan&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Et pour finir, un reportage sur &#8230; les &#171; perturbations de trafic a&#233;rien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce simulacre d'exhaustivit&#233;, consacr&#233; pour moiti&#233; aux pr&#233;paratifs anglo-am&#233;ricains, met bout &#224; bout le militaire et l'humanitaire, sans que les enjeux soient distinctement expos&#233;s. Et le m&#234;me simulacre pr&#233;vaudra dans tous les J.T. ult&#233;rieurs, comme si la longueur des temps d'antenne garantissait l'&#233;paisseur de l'information. Subjugu&#233;e par la guerre et la puissance, la t&#233;l&#233;vision est happ&#233;e, du m&#234;me coup, par le standard am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.3.&lt;/strong&gt; Cette surinformation apparente dissimule une sous information effective. La pr&#233;sentation des informations elle-m&#234;me entretient brouillage de l'information. La priorit&#233; accord&#233;e au direct informe plus sur la pr&#233;tendue capacit&#233; d'informer que sur la guerre elle-m&#234;me ; elle m&#234;le le factuel parfois le plus anecdotique &#224; l'information effective, elle-m&#234;me r&#233;duite &#224; une bouillie o&#249; le conditionnel de distanciation d&#233;vore l'indicatif des fait v&#233;rifi&#233;s. La guerre est r&#233;duite &#224; la m&#234;l&#233;e des &#171; rumeurs &#187;. L'information sur les &#171; rumeurs &#187; remplace l'information sur la guerre. L'information en direct, c'est la confusion en direct : le brouillage de la guerre elle-m&#234;me, - r&#233;duite le plus souvent &#224; des images spectaculaires et &#224; des interpr&#233;tations lacunaires &#8211;, de ses cons&#233;quences humaines et de ses enjeux politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, l'information est d&#233;vor&#233;e par la dramatisation, non de la guerre mais de son r&#233;cit. L'exaltation de Jean-Pierre Pernaut pendant le direct ininterrompu de 3h45 &#224; 11 heures du matin, sur TF1, le 20 mars 2003 est jusqu'&#224; pr&#233;sent l'exemple le plus tristement &#233;loquent d'un machiniste enti&#232;rement ajust&#233; &#224; la machinerie t&#233;l&#233;visuelle. La dramatisation du r&#233;cit tient lieu de r&#233;cit dramatique. Sur TF1, la t&#233;l&#233;vision se raconte elle-m&#234;me, commente ce qu'elle voit, se filme et r&#233;sume son propre film, avec ses h&#233;ros, son intrigue, ses surprises. Car la guerre c'est d'abord un sc&#233;nario, et les surprises que r&#233;serve ce sc&#233;nario : &#171; &lt;i&gt;On ne s'attendait pas du tout &#224; des attaques aussi cibl&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Ce sc&#233;nario-l&#224;, les irakiens ne l'attendaient pas du tout&lt;/i&gt; &#187; (Jean-Pierre Pernaut).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, l'information est absorb&#233;e par le spectacle de la proximit&#233;. La &#171; guerre en direct &#187; est encore plus s&#233;lective que la &#171; guerre en diff&#233;r&#233; &#187;. Celle-ci permet de choisir parmi les sources, entre celles qui sont produites de fa&#231;on ind&#233;pendante et celles qui &#233;manent des cha&#238;nes am&#233;ricaines ou des cha&#238;nes arabes. Inutile d'insister sur le fait que la s&#233;lection des sources ne va pas sans discrimination : la suspicion jet&#233;e sur les reportages d'Al Jaseera, a permis notamment de relativiser l'informations produite du point de vue des victimes. &#192; quoi s'ajoutent les effets de la &#171; guerre en direct &#187; qui entretient l'illusion de rendre compte de la guerre &#171; en temps r&#233;el &#187;. Jusqu'&#224; la caricature exhib&#233;e sur TF1, le 20 mars 2003, au journal de 13 heures. Un direct avec Gilles Bouleau, &#224; Londres qui explique les dispositions prises par l'arm&#233;e britannique est interrompu pour faire place &#224; une information en direct du Kowe&#239;t o&#249; une nouvelle alerte a eu lieu. L'envoy&#233; sp&#233;cial, intervient : &#171; &lt;i&gt;Les sir&#232;nes viennent de se taire. C'est dommage. Vous auriez pu&lt;/i&gt;&#8230; &#187;. Dommage, en effet !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'information, enfin, est satur&#233;e par un usage d&#233;sinvolte de l'exigence d'exactitude. Plut&#244;t que de ne diffuser que des informations v&#233;rifi&#233;es, on informe en permanence sur des informations qui &#171; restent &#224; v&#233;rifier &#187;. Plut&#244;t que de r&#233;duire l'incertitude, on l'accro&#238;t, au risque de miner les informations la mieux &#233;tablies. Et quand celles-ci font d&#233;faut, impossible de se taire : &lt;i&gt;&#171; D'o&#249; l'importance d'articuler, &#224; partir du rien disponible, des discours bas&#233;s sur l'ignorance des faits : la recherche d'information, en se faisant en direct, cr&#233;e ainsi une situation d'attente tendue qui d&#233;courage le zapping. Un vide actif, en quelque sorte&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucas, &#171; France2 : impressions d'un soir &#187;, sur le site d'Acrimed.&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; La trag&#233;die et l'incertitude de la guerre se transforment en suspense t&#233;l&#233;vis&#233;. Au mieux quelques fragments des op&#233;rations militaires am&#233;ricano-britanniques ; au pire &#171; une collection de suppositions obscures (on dit aussi &#171; rumeurs &#187;) et des sujets sans contenus (une information d&#233;compos&#233;e, en somme) : bref, une incapacit&#233; totale &#224; repr&#233;senter les &#233;v&#233;nements&lt;strong&gt;, &lt;/strong&gt;leurs enjeux,&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;leurs causes et&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;leurs cons&#233;quences &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usage du conditionnel est &#224; cet &#233;gard embl&#233;matique. Le conditionnel conditionne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Halimi et Dominique Vidal, op.cit.&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il peut le faire dans les directions les plus diverses. Pendant la guerre du Kosovo, pr&#233;vaut le conditionnel qui majore : &lt;i&gt;&#171; 100 000 &#224; 500 000 personnes auraient &#233;t&#233; tu&#233;es, mais tout &#231;a est au conditionnel &#187; &lt;/i&gt;(Jean Pierre Pernaut, TF1, 20 avril 1999). Pendant la guerre d'Afghanistan, pr&#233;vaut le conditionnel qui minore, que l'on peut reconstituer ainsi : &#171; selon les talibans, Il aurait quelques dizaines de victimes civiles, tout &#231;a au conditionnel, bien s&#251;r &#187;. Pendant la guerre contre l'Irak, pr&#233;vaut le conditionnel qui ignore : celui qui informe &#8230; sur l'ignorance de celui qui en fait usage. De l&#224;, l'invasion de &#171; l'information au conditionnel &#187; ou, plus sobrement, de &#171; l'information conditionnelle &#187; (Jean-Pierre Pernaut). Tout se m&#233;lange, l'indicatif et le conditionnel finissant par se neutraliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux exemples, parmi les plus anodins. Le 20 mars 2003, au Journal de 13 heures sur TF1, le &#171; sp&#233;cialiste &#187; des questions militaires, Jean-Pierre Quittard, propose une r&#233;capitulation des op&#233;rations militaires de la nuit pr&#233;c&#233;dente et pr&#233;sente ce qui va se passer : des pr&#233;visions int&#233;gralement formul&#233;es au futur. Jean-Pierre Pernaut corrige en plateau : &#171; &lt;i&gt;Tout cela au conditionnel, bien s&#251;r, car personne n'avait pr&#233;vu ce qui s'est pass&#233; cette nuit&lt;/i&gt; &#187;. Prudence qui introduit cette autre, quelques temps apr&#232;s : &#171; &lt;i&gt;Une autre image que nous venons de recevoir &#8211; info ou intox, on ne sait pas&#8230; A prendre avec des pincettes.&lt;/i&gt; &#187; Fallait-il alors diffuser cette image et livrer cette information ? C'est &#224; peine si la question se pose et se posera les jours suivants. Le 12 avril 2003, Claire Chazal livre une information sur ce que &#171; on &#187; raconte : &lt;i&gt;&#171; On raconte m&#234;me que des flacons qui contiendraient des virus tr&#232;s dangereux auraient disparu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Relev&#233; par Serge Halimi.&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/i&gt; Une rumeur anonyme suivie de l'usage audacieux d'un double conditionnel : un exemple, parmi cent autres, de la rigueur et de la vigilance exemplaire, salu&#233;es par le CSA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, les reportages des envoy&#233;s sp&#233;ciaux ne sont pas r&#233;ductibles aux effets du dispositif pris dans son ensemble. Pris s&#233;par&#233;ment, ces reportages valent souvent beaucoup mieux. Mais les envoy&#233;s sp&#233;ciaux restent g&#233;n&#233;ralement des rouages du dispositif qui informe &#224; travers eux et parfois malgr&#233; eux. Et les informations qu'ils parviennent &#224; glisser dans les mailles du dispositif propagandiste sont min&#233;es par d'autres avatars du r&#233;cit des op&#233;rations militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Propagande lat&#233;rale : d&#233;politisation et doubles standards&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;La priorit&#233; accord&#233;e au r&#233;cit des op&#233;rations militaires du point de vue des arm&#233;es am&#233;ricano-britanniques, a pour premier effet une v&#233;ritable militarisation de l'information. Entendons par l&#224;, non la d&#233;pendance des journalistes &#224; l'&#233;gard des sources militaires, dont ils essaient, tant bien que mal, de s'affranchir, mais la mise en image des op&#233;rations militaires (quelle que soit la connaissance effective que l'on a de leur sens et surtout de leurs effets) au d&#233;triment des autres informations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.1.&lt;/strong&gt; La d&#233;politisation de l'information est alors imm&#233;diate et durable : la guerre, r&#233;duite &#224; la fausse &#233;vidence de son r&#233;cit et l&#233;gitim&#233;e par sa mise en sc&#232;ne t&#233;l&#233;vis&#233;e est soustraite &#224; tout d&#233;bat politique. Ce dernier, quand il existe est rel&#233;gu&#233; en fin de journal : maintenu au sommaire par la seule existence de manifestations qu'il est difficile de passer sous silence, m&#234;me quand on tente d'en simplifier le sens ou d'en r&#233;duire la port&#233;e. Cette d&#233;politisation est manifeste d&#232;s les deux premiers jours de la guerre. Au journal de 13 heures, le 20 mars, sur TF1, priorit&#233; absolue aux informations &#171; &#224; prendre avec des pincettes &#187;, sur les op&#233;rations militaires. Il faudra attendre plus d'un heure pour que viennent enfin &#171; les r&#233;actions &#187; et que la &#171; nouvelle intervention de Jacques Chirac &#187;, regrettant le d&#233;clenchement de la guerre soit diffus&#233;e int&#233;gralement. Encore est-elle pr&#233;sent&#233;e et conclue en soulignant essentiellement &#8230; les mesures prises en mati&#232;re de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au journal de 20 heures, le m&#234;me jour, il faut attendre plus d'une heure d'informations redondantes et approximatives, m&#234;lant les reportages tourn&#233;s sur place, les sujets r&#233;alis&#233;s &#224; Paris, les directs en tous genres, pour que les commentaires sur la guerre elle-m&#234;me soient mentionn&#233;s. Patrick Poivre d'Arvor peut alors livrer ing&#233;nument le sens de ce qui vient de nous &#234;tre dit et montr&#233; : &#171; &lt;i&gt;Une &#233;dition consacr&#233;e aux frappes am&#233;ricaines sur Bagdad&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier exemple : le journal de 20 heures TF1 du 21 mars, pr&#233;sent&#233; par Claire Chazal.. Apr&#232;s la tourn&#233;e des &#171; correspondants de guerre &#187;,&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;viennent enfin les comptes-rendus des manifestations d'opposition &#224; la guerre, assortis de tentatives de neutralisation de leurs objectifs et de leurs sens. Ainsi quand Gilles Boulleau rend compte des manifestations de Londres, c'est pour conclure : &#171; &lt;i&gt;Malgr&#233; les 100 000 personnes qui ont pi&#233;tin&#233;&lt;/i&gt; (sic) &lt;i&gt;les pelouses de Hyde Park, tout le monde&lt;/i&gt; (re-sic) &lt;i&gt;a bien conscience que la tornade pacifiste s'est transform&#233;e en vaguelette&lt;/i&gt; &#187;. Quant au reportage sur la manifestation de Paris, dont le commentaire confronte le d&#233;roulement avec ce qui se passe au m&#234;me moment en Irak, il est l'occasion d 'un parall&#232;le d'une exquise d&#233;licatesse, d&#233;nu&#233; d'intention malveillante : &#171; &lt;i&gt;1heures 20. La t&#234;te du cort&#232;ge atteint la Place de la Bastille. A la m&#234;me heures des soldats am&#233;ricains tombent dans une embuscades et son tu&#233;s dans le d&#233;sert irakien &#187;.&lt;/i&gt; Et apr&#232;s l'habituel micro-trottoir, quelques images de jets de projectiles, assorties de cette vigoureuse le&#231;on de morale : &#171; &lt;i&gt;La tentation de s'en prendre aux symboles am&#233;ricains est encore forte. Mais c'est le fait de quelques individus qui ont oubli&#233; le sens du mot paix&lt;/i&gt; &#187;. Heureusement que TF1 est l&#224; pour nous rappeler, en pleine guerre, le sens de ce mot !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, de la t&#233;l&#233;vision &#224; la presse &#233;crite, les effets de la propagande de guerre n'ont pas manqu&#233; de s'infiltrer, comme en t&#233;moignent les doubles standards informatifs et explicatifs, dont la t&#233;l&#233;vision nous a offert de nombreux &#233;chantillons : selon qu'il s'agit des arm&#233;es am&#233;ricaine et britannique ou des Irakiens, militaires ou civils, les images de la guerre (et des prisonniers) ainsi la pr&#233;sentation des victimes, civiles et militaires sont singuli&#232;rement asym&#233;triques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.2.&lt;/strong&gt; D&#233;pit&#233;s, frustr&#233;s, contrits, nombre de journalistes ont d&#233;plor&#233; que la guerre de 1991 ait &#233;t&#233; une &#171; guerre sans images &#187;. Ou plus exactement qu'elle ait &#233;t&#233; une guerre dont les seules images &#233;taient celles que fournissait le Pentagone : des images des bombardements &#171; intelligents &#187;, vus du ciel, sans destructions visibles d'objectifs civils ni victimes innocentes. Aussi se sont-ils bruyamment f&#233;licit&#233;s de l'importance des envoy&#233;s sp&#233;ciaux, de la concurrence des cha&#238;nes, des reporters &#171; embarqu&#233;s &#187;, des directs de Bagdad et d'ailleurs qui donnaient &#224; voir la guerre. Mais que donnaient-ils exactement &#224; voir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images donnent &#224; voir, d'abord &#8230;ce que montrent les cam&#233;ras. Mais ce que montrent les cam&#233;ras d&#233;pend de leur emplacement. Certes, l'arm&#233;e irakienne n'avait pas invit&#233; de journalistes dans ses rangs. Mais cela suffit-il &#224; expliquer que toute la guerre, s'agissant des op&#233;rations militaires, ait &#233;t&#233; tourn&#233;e du point de vue de l'arm&#233;e am&#233;ricaine ? L'asym&#233;trie &#233;tant totale et le contenu tr&#232;s pauvre en informations v&#233;ritables, pourquoi cette complaisance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images donnent &#224; voir, ensuite, ce que choisissent les responsables de l'information. Fallait-il, sous pr&#233;texte que c'&#233;taient les cha&#238;nes arabes diffusaient des images des bless&#233;s et des victimes ou que c'&#233;taient les autorit&#233;s irakiennes qui invitaient &#224; filmer les destructions d'&#233;difices civils et les bless&#233;s en user avec tant de pr&#233;cautions ? N'est-il pas plus choquant de s'attarder sur des images chars fon&#231;ant dans le d&#233;sert ou de bombardements vus de loin que sur les effets les plus directs de ces bombardements ? Est-il indispensable de rendre insensible pour m&#233;nager les sensibilit&#233;s ? Ou bien s'agit-il de m&#233;nager les opinions publiques hostiles &#224; la guerre et &#224; ses effets d&#233;sastreux ? Pourquoi s'attarder sur les victimes militaires am&#233;ricaines et britanniques et sur la douleur (souvent doubl&#233;e de fiert&#233;) de leurs familles et ne tenir qu'une approximative comptabilit&#233; des morts dans les rangs irakiens ? La douleur de leurs familles est-elle moins respectable que celles des familles occidentales ? Est-elle politiquement incorrecte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions soulev&#233;es par les images des prisonniers sont exemplaires de l'existence de ce double standard. Les cha&#238;nes fran&#231;aises ont diffus&#233; des images de reddition de militaires irakiens. Mais la question d&#233;ontologique ne s'est v&#233;ritablement pos&#233;e que lorsque les cha&#238;nes arabes ont diffus&#233; des images de prisonniers am&#233;ricains. C'est alors et alors seulement que la controverse sur le traitement des prisonniers de guerre et en particulier sur leur traitement m&#233;diatique a pris de l'ampleur, notamment dans la presse &#233;crite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lib&#233;ration du 24 mars consacre un article &#224; cette controverse : &#171; Faut-il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourtant Patrick Poivre d'Arvor, pr&#233;pos&#233; &#224; la c&#233;l&#233;bration de sa cha&#238;ne, n'h&#233;sitait pas, dans le journal de TF1, &#224; professer, avec l'assurance qu'on lui conna&#238;t, une demi-v&#233;rit&#233; o&#249; l'on reconna&#238;t le sp&#233;cialiste des demi-mensonges. Faisant r&#233;f&#233;rence &#224; la Convention de Gen&#232;ve, mais n'&#233;voquant que les images des visages des prisonniers, sans dire un mot des situations dans lesquels ils sont film&#233;s, Patrick Poivre d'Arvor d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;Nous avions d'ailleurs pris soin de masquer leurs visages sur notre antenne&lt;/i&gt; &#187;. En v&#233;rit&#233;, des images humiliantes (et sans &#171; masque &#187;) de prisonniers irakiens avaient &#233;t&#233; diffus&#233;es sans pr&#233;caution sur la cha&#238;ne quand &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, nous apprenait ceci : &#171; &lt;i&gt;Conscient de ne pas avoir proc&#233;d&#233; de la m&#234;me fa&#231;on la veille avec les images de prisonniers irakiens, M. Namias a fait &#034;&lt;/i&gt;maquiller&lt;i&gt;&#034; les archives afin qu'elles ne permettent plus de reconna&#238;tre les individus&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Art.cit.&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.3.&lt;/strong&gt; Quant aux victimes, certaines d'entre elles ne seront pas &#171; maquill&#233;es &#187;, m&#234;me pour les archives : simplement d&#233;class&#233;es ou oubli&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journal de TF1, 20 heures, 21 mars 2003, pr&#233;sent&#233; par Claire Chazal. Alors que quelques reportages auparavant, on mentionne avec prudence le chiffre de 3 morts et 207 bless&#233;s &#224; Bagdad, sans &#234;tre en mesure de donner le moindre chiffre, f&#251;t-il contestable, de la totalit&#233; des victimes civiles et militaires du c&#244;t&#233; irakien, Claire Chazal, annonce, sans pr&#233;ciser quelle est l'origine des victimes dont elle parle : &#171; &lt;i&gt;Le bilan de ces quatre premiers jours de guerre, en termes humains, est assez lourd puisque selon les derni&#232;res informations, 21 soldats am&#233;ricains et britanniques auraient trouv&#233; la mort&lt;/i&gt; &#187;. Suivent alors les r&#233;actions de deux familles am&#233;ricaines &#8211; diffus&#233;es sur toutes les cha&#238;nes (sans doute en attendant de faire de m&#234;me pour les familles de soldats irakiens&#8230;), puis des informations sur les journalistes morts ou disparus. Un bilan &#8211; c'est la fin de la s&#233;quence &#8211; des &#171; &lt;i&gt;premi&#232;res victimes de cette guerre contre l'Irak&lt;/i&gt; &#187;. On pourrait croire que le contexte suffit &#224; expliquer cette pr&#233;sentation totalement unilat&#233;rale, qui ne retient comme victimes de la guerre que les militaires am&#233;ricains et anglais. Mais non. Quelques instants plus tard, apr&#232;s avoir c&#233;d&#233; la parole &#224; Lo&#239;c Berrou - qui &#233;voque la &#171; &lt;i&gt;doctrine audacieuse&lt;/i&gt; &#187;, le &#171; &lt;i&gt;pari risqu&#233;&lt;/i&gt; &#187; de l'Etat-major am&#233;ricain -, Claire Chazal reprend : &#171; &lt;i&gt;Il faut souligner &#224; ce stade que, selon en tout cas les premiers bilans officiels, il y a plus de victimes du c&#244;t&#233; am&#233;ricano-britanniques que du c&#244;t&#233; irakien, selon, encore une fois les bilans officiels&lt;/i&gt; &#187;. Ainsi, des bilans officiels dont on dit par ailleurs qu'ils sont inv&#233;rifiables, permettent d'&#233;tablir une comparaison&#8230; &#233;videmment inv&#233;rifiable, mais qu' &#171; &lt;i&gt;il faut souligner &#224; ce stade&lt;/i&gt; &#187;. Plus effarant encore, la comparaison ind&#233;cente met en balance les chiffres officiels des victimes militaires de la &#171; coalition &#187; am&#233;ricano-britannique, avec celui des victimes civiles (vraisemblablement plus nombreuses que ne le disent les autorit&#233;s irakiennes) de la seule ville de Bagdad, &#8230; alors que l'on ne sait rien des victimes civiles dans les autre villes ou localit&#233; du pays. Mais surtout &#171; il faut souligner &#224; ce stade &#187; que le bilan de Claire Chazal, ne dit pas un mot des victimes militaires irakiennes. Pourquoi ? Parce que l'inhumanit&#233; des soldats irakiens (et de leurs familles &#8230;) serait telle qu'ils ne m&#233;ritent aucune compassion &#8211; ce sentiment si fort r&#233;pandu &#224; tous propos sur TF1 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journal de TF1, 1er avril 2003, 20 heures. Apr&#232;s plusieurs &#171; sujets &#187; centr&#233;s sur les op&#233;rations militaires du point de vue am&#233;ricain, un reportage dans un quartier sud de Bagdad, o&#249; des missiles ont rat&#233; leur cibles, donne &#224; voir et &#224; entendre des habitants : ceux d'une maison d&#233;truite (voisine d'une autre o&#249; deux habitants sont morts ). Enfin, Jean-Pierre About commente quelques images prises, dit-il, &#171; sur la route du retour &#187; : devant un cimeti&#232;re &#171; des familles qui portaient sur leurs &#233;paules les morts de la derni&#232;re nuit d'horreur &#187;. Fin. Patrick Poivre d'Arvor encha&#238;ne aussit&#244;t : &#171; Il convient de rappeler que nos &#233;quipes de reportage l&#224;-bas sont toujours accompagn&#233;e d'officiels irakiens &#187;. Comme s'il fallait, volontairement ou pas, neutraliser le reportage et la derni&#232;re phrase de Jean-Pierre About. D'autant que le reportage suivant porte sur le tournage d'un clip de propagande &#224; la gloire de Saddam Hussein&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journal de TF1, 2 avril 2003, 20 heures. Pr&#233;sentation du journal. Apr&#232;s un bref r&#233;sum&#233; des op&#233;rations militaires, cette liaison : &#171; &lt;i&gt;Par ailleurs, de nombreuses victimes civiles ont &#233;t&#233; touch&#233;es aujourd'hui&lt;/i&gt; &#187;. Par ailleurs&#8230; Le journal proprement dit s'ouvre sur un reportage tourn&#233; de nuit dans les environs de Kerabala, aux c&#244;t&#233;s de la 3&#232;me Division d'infanterie et fait &#233;tat de &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s nombreuses victimes civiles comme en t&#233;moignent ces images tourn&#233;es sous contr&#244;le irakien&lt;/i&gt; &#187;. Une pr&#233;cision qui plac&#233;e ici impose une distance sans doute indispensable&#8230; Et ce n'est pas fini. Apr&#232;s un second reportage, Patrick Poivre d'Arvor, ma&#238;tre des transitions, pr&#233;sente ainsi le reportage suivant : &#171; &lt;i&gt;Ces combats, on l'a vu, sont tr&#232;s meurtriers de part et d'autre &lt;/i&gt; &#187;. Ce que l'on a vu jusqu'alors, ce sont des victimes civiles irakiennes, dont on nous a pr&#233;cis&#233; que les images avaient &#233;t&#233; tourn&#233;es sous contr&#244;le. Ce qu'il s'agit de nous pr&#233;senter maintenant, c'est un assez long reportage de Bernard Volker qui recueille les t&#233;moignages de militaires am&#233;ricains bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce double standard dans la pr&#233;sentation des victimes peut s'&#233;tendre aux journalistes eux-m&#234;mes, comme s'il fallait distinguer : &#171; les n&#244;tres &#187; et &#171; les autres &#187;. Mercredi 8 avril 2003. Journal de 20 heures. Les titres : &#171; &lt;i&gt;Violents combats&lt;/i&gt; (&#8230;). &lt;i&gt;Les chars continuent leur avanc&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. Suivi de ceci : &#171; &lt;i&gt;Lors de cette perc&#233;e, un blind&#233; am&#233;ricain a tir&#233; sur l'H&#244;tel Palestine o&#249; sont log&#233;s la plupart des journalistes. Deux de nos confr&#232;res ont &#233;t&#233; tu&#233;s, un Espagnol et un Ukrainien. Par ailleurs, un correspondant d'&lt;/i&gt;Al-Jazeera&lt;i&gt; lui aussi a &#233;t&#233; tu&#233; dans le quartier des Minist&#232;res&lt;/i&gt; &#187;. Par ailleurs, encore&#8230;. Ainsi, il y aurait &#171; &lt;i&gt;nos confr&#232;res&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;par ailleurs, un correspondant&lt;/i&gt; &#187;. Il y a &#171; &lt;i&gt;L'H&#244;tel Palestine o&#249; sont log&#233;s la plupart des journalistes&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;le quartier des Minist&#232;res&lt;/i&gt; &#187;. En r&#233;alit&#233; : l'immeuble qui abrite les locaux d'Al.-Jazeera&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La neutralit&#233; est apparente, et la d&#233;politisation des enjeux est en v&#233;rit&#233; une politique. Intentionnelle ou non, elle se confirmera au fil des jours et culminera avec la &#171; chute de Bagdad &#187; : apr&#232;s la l&#233;gitimation de la guerre par son r&#233;cit, viendra le temps de la l&#233;gitimation de la guerre pas son r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. De la t&#233;l&#233;vision &#224; la presse &#233;crite : la l&#233;gitimation de la guerre par sa propagande ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;En attendant, force est d'admettre que la plupart des journalistes ont fait un ind&#233;niable effort de sobri&#233;t&#233; et d'exactitude pour &#233;viter que leur langage n'&#233;pouse sans discernement le point de vue des Etats-majors am&#233;ricain et britannique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tel &#233;tait l'objectif affich&#233; d&#232;s le d&#233;but des bombardements. Lire notamment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourtant, de la propagande insidieuse nich&#233;e dans les mots et la rh&#233;torique de la guerre, &#224; la propagande silencieuse sous-jacente aux commentaires, les m&#233;dias fran&#231;ais n'ont gu&#232;re fait preuve d'autant d'innocence qu'il peut y para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Propagande insidieuse ? Les mots et la rh&#233;torique de la guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1.&lt;/strong&gt; Quelle est donc cette guerre qui, commenc&#233;e en 1991, n'a pas cess&#233; depuis et dont les bombardements dans la nuit du 19 au 20 mars 2003 ont marqu&#233; le d&#233;but d'une nouvelle phase ? Pour la quasi-totalit&#233; de m&#233;dias fran&#231;ais, c'est une nouvelle guerre distincte de celle de 1991. Comment d&#233;signer alors cette nouvelle guerre ? De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, on parlera plut&#244;t la &#171; guerre en Irak &#187; que de la &#171; guerre contre l'Irak &#187;. Et pour &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, nous serions pass&#233;s &#8211; ainsi varie le surtitre de la &#171; s&#233;quence &#187; correspondante - de &#171; La crise irakienne &#187; au &#171; conflit irakien &#187;. Pourtant, non sans audace, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; commence par appeler la guerre par son nom&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que Le Monde est dat&#233; du lendemain de sa parution dans la r&#233;gion (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le titre de &#171; Une &#187; de l'&#233;dition dat&#233;e du 21 mars annonce : &#171; &lt;i&gt;La guerre am&#233;ricaine a commenc&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Et dans le num&#233;ro dat&#233; du 22 mars, le titre de la &#171; Une &#187; - &#171; &lt;i&gt;La coalition am&#233;ricaine envahit l'Irak&lt;/i&gt; &#187; - est confirm&#233; par celui la page 2 : &#171; &lt;i&gt;L'invasion de l'Irak par les troupes anglo-am&#233;ricaines a commenc&#233; &lt;/i&gt; &#187;. Mais, sauf erreur ou omission de notre part, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; n'a pas &#233;t&#233; suivi par ses confr&#232;res et n'a pas renouvel&#233; son audace&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde dat&#233; du 28 mars pr&#233;f&#232;re parler de &#171; La guerre de George W. Bush &#187; : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourquoi le terme d' &#171; invasion &#187;, pourtant parfaitement appropri&#233; en l'occurrence, est-il absent du lexique journalistique ? Sans doute par ce que l'invasion n'&#233;tant ni l&#233;gale, ni l&#233;gitime doit &#234;tre condamn&#233;e sans r&#233;serve, ni contorsion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; d&#233;signer plus pr&#233;cis&#233;ment les auteurs de cette invasion. Les expressions exactes, mais longues, ne r&#233;sistent pas toujours au souci de simplifier, voire de soutenir. De la &#171; coalition aux &#171; alli&#233;s &#187;, les &#224;-peu-pr&#232;s et les d&#233;rapages se multiplient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partenaires de la guerre contre l'Irak forment forme, certes une &#171; coalition &#187;, c'est-&#224;-dire, selon le dictionnaire, une &#171; association de plusieurs nations contre un ennemi commun &#187;. Mais comme ladite &#171; coalition &#187; est enti&#232;rement plac&#233;e sous h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine, la neutralit&#233; du vocable le rend moins neutre qu'il n'y para&#238;t&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans doute est-ce la raison pour laquelle Le Monde dat&#233; 22 mars recourt &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De surcro&#238;t, la &#171; coalition &#187; est dans le contexte de cette guerre, un terme venu du gouvernement et de l'Etat-major am&#233;ricains pour dissimuler leur h&#233;g&#233;monie et donner l'impression qu'ils sont largement soutenus : c'est un terme marqu&#233; par la propagande (et par le souvenir de la guerre du Golfe de 1991).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non contents de d&#233;signer l'attelage am&#233;ricano-britannique (flanqu&#233; de quelques troupes auxiliaires) par le mot - la &#171; coalition &#187; - qu'emploie le chef de file des bombardiers, nombre de m&#233;dias trouvent plus simple, plus clair, plus percutant sans doute de le nommer &#171; les alli&#233;s &#187;. De France-Info ou TF1, o&#249; le terme prolif&#232;re d&#232;s le soir du 19 mars, &#224; France 2, o&#249; il s'incruste occasionnellement, une &#233;vidence s'est impos&#233;e : une alliance ... est compos&#233;e d' &#171; alli&#233;s &#187;. Ainsi, et &#224; titre d'exemple, dans le journal de 20 heures de TF1, le lundi 24 mars, Patrick Poivre d'Arvor, &#224; trois reprises au moins, se laisse aller. D'abord : &#171; &lt;i&gt;Le gros des troupes alli&#233;es poursuit son avanc&#233;e sur Bagdad&lt;/i&gt; &#187;. Ensuite : &#171; &lt;i&gt;Les troupes alli&#233;es semblent rencontrer des difficult&#233;s qu'elles n'avaient pas pr&#233;vues&lt;/i&gt; &#187;. Et enfin, plus sobrement : &#171; &lt;i&gt;Les alli&#233;s ne semblent pas avoir pris Bassorah et Oum Ksr&lt;/i&gt; &#187;. Moins fr&#233;quemment, voire occasionnellement, la presse &#233;crite fait de m&#234;me. Ainsi, &#224; la &#171; Une &#187; du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; dat&#233; du 25 mars, on peut lire le sous-titre suivant : &#034;&lt;i&gt;Des morts, des prisonniers, des erreurs de tirs : les premiers revers des alli&#233;s&lt;/i&gt;&#034; ? Et &#224; la &#171; Une &#187; du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; dat&#233; du 28 mars, on peut lire ce r&#233;sum&#233; : &#171; &lt;i&gt;L'offensive alli&#233;e marque le pas&lt;/i&gt; &#187;. On voudrait croire &#224; un effet de la simple routine ou de la nostalgie &#233;plor&#233;e : pour ces alliances dont la France faisait partie dans les guerres pr&#233;c&#233;dentes. &#192; moins qu'il ne s'agisse, plus cyniquement, de faire jouer toutes les r&#233;sonances historiques de ce terme, venues de la derni&#232;re guerre mondiale. &#192; d&#233;faut d'en &#234;tre, nous aurions ainsi une alliance qui combattrait pour nous contre le nouvel Hitler du moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vocabulaire charg&#233; de d&#233;signer les effets de la guerre ne lui r&#233;siste pas non plus. Impassibles, la plupart des journalistes enregistrent des &#171; destructions &#187;, sans distinguer, comme les arm&#233;es am&#233;ricaine et britannique, les objectifs militaires et les objectifs civils, du moins tant qu'il s'agit de b&#226;timent publics, de centrales &#233;lectriques, d'&#233;coles : tous objectifs r&#233;put&#233;s &#171; militaires &#187;. De m&#234;me, ils parleront &#224; l'unisson de &#171; reconstruction &#187;, sans gu&#232;re s'attarder sur l'origine des &#171; destructions &#187;. Mais surtout, les bombardements &#171; cibl&#233;s &#187; et les armes &#171; intelligentes &#187; atteignent des civils et multiplient les bless&#233;s et les morts. &#171; D&#233;g&#226;ts collat&#233;raux &#187; ? Les journalistes refusent d&#233;sormais de reprendre &#224; leur compte ce vocabulaire obsc&#232;ne. Pourtant, nombre d'entre eux continuent de dire &#171; bavures &#187;. La presse &#233;crite peut tenter de se d&#233;douaner en mettant les &#171; bavures &#187; entre guillemets. Encore cette maigre protection contre la barbarie des mots n'est-elle pas g&#233;n&#233;rale. Quelques exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, Jeudi 27 mars 2003, p. 3, titre : &#171; Premi&#232;re bavure de la coalition &#224; Bagdad : 14 morts, 30 bless&#233;s &#187;. L'auteur de l'article &#8211; Adrien Jeaulmes, envoy&#233; sp&#233;cial &#224; Bagdad &#8211; place, il est vrai, la &#171; bavure &#187; (et l' &#171; erreur &#187;) entre guillemets. Mais il conclut ainsi son article, apr&#232;s avoir invoqu&#233; les &#171; conditions m&#233;t&#233;o &#233;pouvantables &#187; : &#171; &lt;i&gt;Cette premi&#232;re &#171; bavure &#187; est aussi le r&#233;sultat de l'habile strat&#233;gie irakienne, consistant &#224; disperser ses forces &#224; l'int&#233;rieur des villes.&lt;/i&gt; &#187;. Tout compte fait, il s'agit &#224; peine d'une &#171; bavure &#187;, mais de la cons&#233;quence d'une erreur accidentelle, d'une m&#233;t&#233;o &#233;pouvantable et d'une strat&#233;gie irakienne intentionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, mercredi 2 avril 2003 sous-titre ainsi sa &#171; une &#187; (&#171; Irak &#8211; Les civils sous le feu &#187;) : &#171; Bavures et bombardements meurtriers se multiplient, comme hier pr&#232;s de Hilla &#187;. La diff&#233;rence entre &#171; bavures &#187; et &#171; bombardements meurtriers &#187; &#233;chappera peut-&#234;tre au lecteur. Mais le titre des pages 2 et 3 est moins &#233;conome de pr&#233;cautions : &#171; Premiers carnages civils de l'arm&#233;e am&#233;ricaine &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De m&#234;me dans Lib&#233;ration du lundi 31 mars, p. 10..&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, mercredi 2 avril 2003, p. 5. - Un titre : &#171; &lt;i&gt;Le Pentagone mis &#224; mal par les bavures&lt;/i&gt; &#187; Quelles bavures ? &#171; &lt;i&gt;La bavure de la route n&#176;9&lt;/i&gt; &#187;, comme l'appelle, &#224; trois reprises, le correspondant du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; &#224; Washington, Jean-Jacques M&#233;vel. De quoi s'agit-il exactement. D'un &#171; incident &#187;, comme notre z&#233;l&#233; correspondant rebaptise la &#171; bavure &#187; (ou la &#171; &lt;i&gt;tuerie&lt;/i&gt; &#187;, ainsi qu'il la d&#233;signe en passant) quand il est en panne de vocabulaire. Que s'est-il pass&#233; ? Ce n'est pas clair : &#171; &lt;i&gt;Les circonstances exactes de l'incident se perdent dans le brouillard de la guerre&lt;/i&gt; &#187;. &#171; Brouillard de la guerre &#187; ! &#8230; &#171; Brouillard &#187; qui se dissipe s&#251;rement lorsque l'on apprend au passage que &#171; &lt;i&gt;tout villageois est un terroriste en puissance&lt;/i&gt; &#187;. Ainsi est &#171; terroriste &#187; quiconque a recours aux armes contre des militaires am&#233;ricains. Quoi qu'il en soit, le &#171; brouillard &#187; invite &#224; tirer cette le&#231;on pleine de tact : &#171; &lt;i&gt;Dans la bavure de la route n&#176;9, les responsabilit&#233;s sont s&#251;rement partag&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. Par qui ? Par les soldats am&#233;ricains et leurs victimes sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficile d'invoquer, pour justifier de tels abus, la pr&#233;cipitation et les d&#233;lais de &#171; bouclage &#187; : entre deux guerres depuis 1991, quelques p&#233;riodes de r&#233;pit avaient &#233;t&#233; laiss&#233;es &#224; la r&#233;flexion.. &#171; Bavure &#187; att&#233;nue la cons&#233;quence. On met en avant une pr&#233;tendue cause avant d'en d&#233;crire les effets, comme si la cause elle-m&#234;me ne r&#233;sidait pas avant tout dans l'existence m&#234;me des bombardements. &#201;tait-il si difficile de commencer par les faits ? Les bombardements provoquent des morts, souvent des tueries, parfois des carnages au sein de la population civile. Ensuite peut venir l'explication, qui devrait toujours souligner que ce sont les militaires qui parlent de &#171; bavure &#187;, comme pour d&#233;gager leur responsabilit&#233; ou d'&#171; erreurs &#187;, laissant ainsi penser que l'horreur est avant tout accidentelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.2.&lt;/strong&gt; Et l'on passe ainsi insensiblement des mots de la guerre &#224; sa rh&#233;torique. Question de vocabulaire, une fois encore. Les op&#233;rations militaires sont pr&#233;sent&#233;es dans le langage des arm&#233;es am&#233;ricaine et britannique. Les bombardements continuent souvent &#224; s'appeler des &#171; frappes &#187;, et m&#234;me des &#171; frappes cibl&#233;es &#187; ou des &#171; frappes d'appui au sol &#187;. Et tout le vocabulaire d'Etat-major suit : &#171; s&#233;curiser &#187;, placer &#171; sous contr&#244;le &#187;, se heurter &#224; des &#171; poches de r&#233;sistance &#187; et parfois m&#234;me &#171; pacifier &#187; et &#171; nettoyer. &#187;. La d&#233;sinvolture avec laquelle le vocabulaire militaire est pris en charge provoque de singuliers d&#233;g&#226;ts collat&#233;raux, lorsqu'il s'agit d'expliquer les op&#233;rations des &#171; alli&#233;s &#187; contre les &#171; poches de r&#233;sistance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, au Journal t&#233;l&#233;vis&#233; de 13 heures sur TF1&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Exemple relev&#233; par David No&#235;l sur le site d'Acrimed.&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une audacieuse comparaison nous informe que les jardiniers am&#233;ricains combattent les moustiques irakiens avec des jets d'a&#233;rosol. Voici comment. L'envoy&#233; sp&#233;cial de TF1 &#224; Kowe&#239;t-City tente d'expliquer au pr&#233;sentateur Jean-Pierre Pernaut, comment, du point de vue des soldats am&#233;ricains, se d&#233;roulent les combats : &#171; &lt;i&gt;Imaginez, Jean-Pierre, vous &#234;tes dans votre jardin, piqu&#233; par des moustiques, mais &#231;a ne vous emp&#234;che pas de b&#234;cher ; si les moustiques deviennent trop nombreux, alors, vous allez lancer un jet d'a&#233;rosol...&lt;/i&gt; &#187;. Tout y est : l'animalisation de l'ennemi, nuisible, combattu par des jardiniers, paisibles, qui n'utilisent leur a&#233;rosol qu'en dernier recours...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La narration de la guerre est indissociable de sa personnalisation. Une personnalisation qui contribue &#224; sa d&#233;politisation. D&#232;s le 20 mars, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (dat&#233; du 21 mars 2002) publie, sous la signature de Jan Krauze, un &#171; portrait &#187; de &#171; &lt;i&gt;Tommy Franks, chef de guerre&lt;/i&gt; &#187; (c'est ainsi qu'il est pr&#233;sent&#233; &#224; la &#171; Une &#187;), sous le titre : &#171; &lt;i&gt;Tommy Franks, le Taciturne&lt;/i&gt; &#187;. Ce portait sera suivi le lendemain (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; dat&#233; du 22 mars) d'un portrait de Tony Blair, r&#233;dig&#233; par Jean-Pierre Langellier et intitul&#233; : &#171; &lt;i&gt;Tony Blair, l'obstin&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, le commentaire de la conf&#233;rence de presse r&#233;unie par Tommy Franks, chef de l'Etat major am&#233;ricain, nous a valu dans le journal de 20 heures sur TF1 le 21 mars 2003, non un compte-rendu du contenu de cette conf&#233;rence de propagande, avec ses informations biais&#233;es et ses silences &#233;loquents, mais une nomination pour de futures m&#233;dailles. En effet, le journaliste a trouv&#233; &#187; &#171; l'angle &#187; qui permet d'informer sur la d&#233;sinformation, sans rien en dire : parler de Tommy Franck lui-m&#234;me. : &#171; &lt;i&gt;L'homme de cette 2e guerre du Golfe&lt;/i&gt; &#187;. Dont on apprend ainsi, images et propos &#224; l'appui, qu'il est &#171; &lt;i&gt;empreint de religion&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;peu loquace&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;fin communicant&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;capable de plaisanter &lt;/i&gt; &#187;. Certes, il a pr&#233;sent&#233; &#171; &lt;i&gt;un show&lt;/i&gt; (sic) &lt;i&gt;pendant lequel il n'a rien dit&lt;/i&gt; &#187;, mais l'essentiel est r&#233;sum&#233; dans cette conclusion du &#171; reportage &#187; : &#171; &lt;i&gt;La deuxi&#232;me guerre du Golfe a trouv&#233; son visage&lt;/i&gt; &#187;. Et gr&#226;ce &#224; TF1, la guerre a d&#233;j&#224; fait un h&#233;ros. Et cette h&#233;ro&#239;sation pour la post&#233;rit&#233; est compl&#233;t&#233;es par une comparaison pour le bon motif. Bernard Volker, dont chaque intervention m&#233;riterait d'&#234;tre relev&#233;e tant elles sont de petits chefs- d'&#339;uvre de propagande, commente : Saddam Hussein est sans doute &lt;i&gt;&#171; toujours vivant, terr&#233; dans son Bunker, en quelque sorte comme Hitler en avril 45&lt;/i&gt; &#187;. Tr&#232;s inform&#233; Bernard Volker &#171; sait &#187; que des tractations seraient en cours pour faciliter l'&#233;ventuelle fuite de Saddam Hussein. Mais, voil&#224; : &#171; &lt;i&gt;Il se peut &#233;galement que Saddam Hussein pr&#233;f&#232;rera entra&#238;ner dans sa chute le plus grand nombre possible de soldats et de civils en une sorte d'Apocalypse &lt;/i&gt; &#187;. On peut ne pas &#233;prouver une excessive sympathie pour Saddam Hussein, et appr&#233;cier la subtilit&#233; de la comparaison avec Hitler, &#8230; qui suffit &#224; justifier la guerre sans avoir &#224; le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, avec une inconscience professionnelle qui co&#239;ncide curieusement avec leur r&#233;cit militaris&#233; de la guerre am&#233;ricaine du point de vue de la guerre am&#233;ricaine, la plupart des reporters de t&#233;l&#233;vision et nombre de journalistes de la presse &#233;crite amalgament sous l'expression d' &#171; aide humanitaire &#187;, l'aide militairement d&#233;sint&#233;ress&#233;e (que s'efforcent d'apporter la Croix-Rouge et un certain nombre d'ONG) et le ravitaillement convoy&#233; par les troupes am&#233;ricaines et britanniques &#224; des fins politico-militaires parfaitement identifiables : tenter de s&#233;duire les &#171; populations &#187; (comme ils disent&#8230;) dont ils ont provoqu&#233; ou pr&#233;cipit&#233; la d&#233;tresse et le d&#233;nuement. Qu'importe si l' &#171; humanitaire militaire &#187; est une contradiction dans les termes que d&#233;noncent certaines organisations (comme elles l'ont fait notamment lors de la guerre du Kosovo). Qu'importe si l'invasion am&#233;ricaine est la cause imm&#233;diate la plus directe des privations de nourriture et d'eau potable ! Qu'importe si les Irakiens ont &#233;t&#233; les victimes d'un embargo de dix ans qui est une des causes moins imm&#233;diates d'une situation alimentaire et sanitaire dont pr&#232;s de 500000 enfants sont morts et qui a min&#233; la sant&#233; de tant d'autres ! Qu'importe si le marchandage &#171; p&#233;trole contre nourriture &#187;, que ce soit ou non avec la complicit&#233; active du r&#233;gime irakien, a litt&#233;ralement pris en otage tout un peuple !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aveuglement, intentionnel ou non, des envoy&#233;s sp&#233;ciaux et autres commentateurs avis&#233;s, sans doute anim&#233;s d'une non moins aveugle sinc&#233;rit&#233; &#8230; humanitaire ne les incitent pas &#224; pousser la compassion au-del&#224; de ce qu'autorise un vocabulaire arm&#233;, alors qu'il serait plus exact de parler simplement de &#171; ravitaillement militaire &#187;. Il y aurait ainsi le nom : &#171; ravitaillement &#187;, et sa sobre qualification : &#171; militaire &#187;. Le probl&#232;me sous-jacent, pourtant, n'est pas nouveau. &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, avant le commencement de l'invasion de l'Irak, titre &#224; la &#171; Une &#187;, le 4 mars : &#171; &lt;i&gt;Irak : Humanitaires contre militaires&lt;/i&gt; &#187;. Un titre pr&#233;cis&#233; par ce sous&#8211;titre : &#171; Mobilisation chez les ONG, qui d&#233;noncent la volont&#233; am&#233;ricaine de les encadrer en cas de guerre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'article correspondant - de Thomas Hofnung - porte pour titre : &#171; Des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De semblables prises de position pourraient inviter &#224; un minimum de prudence, sinon de d&#233;cence. Celle-l&#224; m&#234;me qui fait totalement d&#233;faut quand, dans &lt;i&gt;Le Journal du Dimanche&lt;/i&gt; du dimanche 6 avril (p. 3), on peut lire sous le titre &#171; &lt;i&gt;Humanitaire &#187; &lt;/i&gt;cette note sign&#233;e S.J. : &#171; &lt;i&gt;Conscients de la faiblesse actuelle de l'aide humanitaire distribu&#233;e dans le dans le sud de l'Irak, des responsables am&#233;ricains ont annonc&#233; hier que deux navires charg&#233;s de 56.000 tonnes de bl&#233; &#8211; une quantit&#233; suffisante pour nourrir 4, 5 millions d'Irakiens pendant un mois &#8211; faisaient route en direction du port d'Oum Qasr&lt;/i&gt;. &#187;. Quelle est la cause de la &#171; faiblesse &#187; dont &#171; des responsables am&#233;ricains &#187; seraient &#171; conscients &#187; ? Quelle est cette &#171; aide humanitaire &#187;, qui serait d&#233;ficiente ? Celle qui seule en m&#233;rite le titre ou le ravitaillement, convoy&#233;s par les militaires et auxiliaires de leur combat ? Ces questions ne m&#233;ritent m&#234;me pas d'&#234;tre pos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, la pr&#233;tention de b&#226;tir sur des informations militaires, glan&#233;e au jour le jour, au conditionnel ou &#224; l'indicatif, des explications g&#233;n&#233;rales, fr&#233;quemment d&#233;menties, a occup&#233; des centaines de pages et d'heures d'antenne. Inutile d'insister sur les pronostics de la &#171; guerre &#233;clair &#187; (g&#233;n&#233;reusement attribu&#233;s &#224; l'Etat-major am&#233;ricain&#8230;) et les informations sur le soul&#232;vement &#171; au conditionnel &#187; de Bassora, bient&#244;t suivis, des pronostics sur une guerre longue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les &#233;ch&#233;ances se mesurent en mois &#187;, affirme p&#233;remptoirement Serge July (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en raison d'une r&#233;sistance irakienne (qui b&#233;n&#233;ficie alors des explications &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt;) : hypoth&#232;ses ou certitudes aussit&#244;t balay&#233;es, apr&#232;s une pr&#233;tendue &#171; pause &#187;, par une nouvelle &#171; surprise &#187; : l'effondrement du r&#233;gime et la &#171; lib&#233;ration &#187;. La fr&#233;n&#233;sie dans le montage d'&#233;chafaudages qui s'&#233;croulent aussit&#244;t transforme le journalisme en version &#224; peine am&#233;lior&#233;e des discussions de bistrot, au d&#233;triment des informations v&#233;rifi&#233;es et des explications n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propagande par exc&#232;s d'imprudences que soutiennent, paradoxalement, les prudences tr&#232;s orient&#233;es de la presse &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;2. Propagande silencieuse ? Les prudences de la presse &#233;crite&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Les principaux quotidiens et hebdomadaires nationaux, selon des modalit&#233;s qui diff&#232;rent en fonction de leur p&#233;riodicit&#233;, ont relat&#233; et analys&#233; la guerre am&#233;ricaine contre l'Irak avec beaucoup plus de distance et de rigueur que lors des guerres pr&#233;c&#233;dentes. Sans doute faut-il y voir un effet, non d'un examen intransigeant de ses errements pass&#233;s, mais plut&#244;t d'une position plus critique &#224; l'&#233;gard de la politique am&#233;ricaine, avec pour cons&#233;quence une distinction plus rigoureuse entre les faits et les commentaires, eux-m&#234;mes soutenus par un effort de mise en perspective de l'actualit&#233; : effort dont t&#233;moigne la multiplication des enqu&#234;tes et des dossiers. En particulier, la distance prise par les commentateurs &#224; l'&#233;gard de la guerre am&#233;ricaine a partiellement rendu possible une relation moins belliqueuse des op&#233;rations militaires et de leurs effets. Il convient donc de distinguer nettement les reportages &#8211; dont certains &#233;taient remarquables, comme ceux de Patrice Claude, dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; - et les commentaires des &#233;ditorialistes qui sont ici les seuls &#224; &#234;tre concern&#233;s. Comme on va le voir, on ne rel&#232;ve, &#224; de rares exceptions pr&#232;s, aucune diff&#233;rence significative entre les &#233;ditorialistes, qu'ils soient class&#233;s &#224; droite ou &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quasi-unanime dans son soutien sans r&#233;serve (ou presque) aux guerres pr&#233;c&#233;dentes, la presse &#233;crite s'est retrouv&#233;e cette fois dans un soutien quasi-unanime &#224; la position diplomatique d&#233;fendue par Jacques Chirac, au point m&#234;me d'interpr&#233;ter les manifestations mondiales contre la guerre du 15 f&#233;vrier 2003 comme des manifestations de soutien &#224; cette m&#234;me position. Pourtant, &#224; mesure que l'intransigeance am&#233;ricaine semble rendre la guerre in&#233;vitable, nombre d'&#233;ditorialistes mod&#232;rent leur hostilit&#233;. Pourquoi ? Parce que, au nom de la &#171; stabilit&#233; &#187;, le point de vue institutionnel et diplomatique, europ&#233;en ou occidental, voire atlantiste pr&#233;vaut sur tout autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les &#233;ditorialistes de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; - dont l'exemple peut suffire ici en raison de la position particuli&#232;re de ce journal - d&#233;plorent avant tout la fracture transatlantique et soutiennent la recherche d'un improbable accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;dition du 4 mars 2003, Patrick Sabatier en appelle d&#233;j&#224; &#224; la recherche d'un compromis Et redoutant que ce compromis ne voit pas le jour, il renvoie dos &#224; dos les &#171; &lt;i&gt;camps en pr&#233;sence&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Le drame est que les uns et les autres ont peut-&#234;tre d&#233;j&#224; calcul&#233; avoir plus d'int&#233;r&#234;t &#224; ce que la guerre ait lieu, les uns pour la d&#233;noncer, les autres pour la gagner&#8230;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le&lt;i&gt; &lt;/i&gt;17 mars, G&#233;rard Dupuy rel&#232;ve que le r&#244;le des Etats-Unis dans le monde &#171; &lt;i&gt;suscite bien des r&#233;serves&lt;/i&gt; &#187; et poursuit : &#171; &lt;i&gt;Quelle que soit la fortune des armes, la collectivit&#233; internationale devra retrouver un moyen de se red&#233;finir, ONU, Otan ou Union Europ&#233;enne &lt;/i&gt; &#187;. Quant aux Etats-Unis : &#171; &lt;i&gt;Il faut esp&#233;rer qu'ils n'&#233;couteront pas alors que leur ressentiment &#8211; &#224; charge pour les autres, en particulier la France, de retrouver les voies d'une confiance restaur&#233;e. &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 mars, Serge July s'insurge, mais surtout contre des cons&#233;quences s&#233;lectivement &#233;nonc&#233;es : &#171; &lt;i&gt;Le forcing guerrier am&#233;ricain, cet imp&#233;rialisme de la d&#233;mocratie et du march&#233;&lt;/i&gt; (&#8230;) &lt;i&gt;bouscule dans son sillage non seulement les Nations unies et l'Otan, mais aussi l'Union europ&#233;enne&lt;/i&gt;. &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le 19 mars, Patrick Sabatier s'inqui&#232;te des attaques qui prennent pour cibles &#171; &lt;i&gt;la France&lt;/i&gt; &#187; et invite celle-ci &#224; &#171; &lt;i&gt;r&#233;sister &#224; cette d&#233;rive dangereuse&lt;/i&gt; &#187; et &#224; &#171; &lt;i&gt;&#233;viter de tomber &#224; son tour dans le caniveau en c&#233;dant &#224; l'antiam&#233;ricanisme et &#224; l'anglophobie&lt;/i&gt; &#187;. La raison ? &#171; (&#8230;) &lt;i&gt;les Am&#233;ricains et les Anglais sont&lt;/i&gt; (&#8230;) &lt;i&gt;deux peuples dont elle ne peut pas, et ne doit pas se passer pour construire l'Europe, et assurer l'&#233;quilibre du monde, sans oublier la reconstruction de l'Irak&lt;/i&gt; &#187;. Alors que la guerre n'est pas encore commenc&#233;e, on parle de &#171; reconstruction &#187; et d'alliance entre les peuples occidentaux : la guerre elle-m&#234;me et les autres peuples sont d&#233;j&#224; secondaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel cadrage &#233;ditorial de la guerre peut &#234;tre sans effet majeur sur son r&#233;cit. Mais il permet lui aussi de se demander : &#171; &lt;i&gt;quel sens la presse a-t-elle donn&#233; &#224; cette guerre ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.1.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Dans l'attente de la victoire&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; -&lt;/i&gt; .&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Le jour m&#234;me des premiers bombardements sur Bagdad, les &#233;ditorialistes de la presse &#233;crite s'interrogent d&#233;j&#224; sur l'apr&#232;s-guerre. L'opposition au d&#233;clenchement de la guerre fait place &#224; son accompagnement critique, fond&#233; &#8211; &#224; quelques nuances pr&#232;s &#8211; sur les m&#234;mes v&#339;ux : pourvu que la guerre soit rapide et que l'ONU participe &#224; la reconstruction de l'Irak&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;Ainsi, &#224; peine la guerre vient-elle de commencer qu'il n'est plus question de s'y opposer. C'est ce que Nicolas Beytout, dans &lt;i&gt;Les Echos&lt;/i&gt; dat&#233; du 21 mars affirme en toute clart&#233; : &#171; La guerre &#233;tait in&#233;vitable, elle est l&#224;. La question n'est donc plus de savoir si faut &#234;tre pour ou contre, mais comment en sortir. Comment organiser l'apr&#232;s-guerre apr&#232;s avoir &#224; ce point g&#226;ch&#233; la pr&#233;-guerre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parler de &#171; pr&#233;-guerre &#187;, c'est la consacrer comme in&#233;vitable, voire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais pour &#171; en sortir &#187;, encore faut-il que la guerre ait eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier souhait donc : pourvu que la guerre soir rapide. Tel est le v&#339;u formul&#233; dans&lt;i&gt; Le Figaro&lt;/i&gt; du 20 mars&lt;i&gt; &lt;/i&gt;par l'&#233;ditorial de Pierre Roussillon - &#171; Guerre et reconstruction &#187; - qui commence ainsi : &#171; &lt;i&gt;La France a tout fait pour un d&#233;sarmement pacifique de l'Irak dans le cadre des Nations unies, mais ne pouvait emp&#234;cher un assaut (sic) d&#233;cid&#233; par Georges W. Bush. Il ne reste plus qu'&#224; souhaiter que la guerre soit rapide, et, surtout, le moins destructible possible &lt;/i&gt; &#187;. Michel Schiffres, dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; du 21 mars, surench&#233;rit : &#171; &lt;i&gt;Maintenant que la guerre est engag&#233;e, on doit esp&#233;rer qu'elle se terminera le plus vite possible. Les raisons humanitaires justifient en priorit&#233; cette exigence.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, le 23 mars, m&#234;me doctrine. G&#233;rard Dupuy &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;Que la guerre finisse vite au point que ce serait presque comme si elle n'avait pas lieu&#8230; C'est un souhait de bon sens. Les meilleures raisons qui portaient &#224; repousser la guerre &#8211; les souffrances qu'elle induit&lt;/i&gt; (sic) &lt;i&gt;in&#233;vitablement &#8211; am&#232;nent &#224; souhaiter une prompte victoire anglo-am&#233;ricaine qui all&#233;gerait le sort des victimes civiles&lt;/i&gt; &#187;. Comme si les souffrances que la guerre &#171; induit &#187; devaient &#234;tre n&#233;cessairement r&#233;duites par une victoire rapide dont l'une des conditions pourrait &#234;tre de recourir &#224; des moyens militaires particuli&#232;rement d&#233;vastateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourvu que la guerre soit rapide, car &#171; &lt;i&gt;les raisons humanitaires justifient en priorit&#233; cette exigence&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clare donc Michel Shiffres qui avoue pourtant : &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pourtant pas la seule raison. En quelques mois, le monde a ajout&#233; des fractures nouvelles &#224; ses blessures anciennes. Pour n'en citer que quelques-unes, la faillite politique de l'Europe, le discr&#233;dit de l'ONU, la crise entre les pays appartenant &#224; l'Occident. Encore, dans cette liste de troubles, ne doit-on pas oublier le Proche-Orient.&lt;/i&gt; &#187;. La hi&#233;rarchie des cons&#233;quences est &#233;tablie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; G&#233;rard Dupuy, la compassion qui l'aveugle s'explique sans doute par son autre raison : &#171; &lt;i&gt;Une des bonnes raisons de souhaiter la fin rapide de la guerre, c'est qu'on pourra enfin entendre quelque chose d'encore inconnu : la propre voix des irakiens. En comparaison de celle-ci, les voix du Conseil de s&#233;curit&#233; et leur d&#233;compte ne devraient pas importer beaucoup &lt;/i&gt; &#187;. Ainsi est pr&#233;par&#233;e une l&#233;gitimation de la guerre &lt;i&gt;a posteriori,&lt;/i&gt; &#8230; conform&#233;ment aux v&#339;ux de l'administration am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se doute alors du sens que rev&#234;t le second souhait de nos &#233;ditorialistes : pourvu que l'ONU participe &#224; la reconstruction de l'Irak. Car s'il n'est plus temps de condamner la guerre, il est temps de penser &#224; l'avenir et, pour cela, de se borner &#224; accepter une division des t&#226;ches, comme le pr&#233;cise Pierre Roussillon dans l'&#233;ditorial du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; d&#233;j&#224; cit&#233; : &#171; &lt;i&gt;A l'heure o&#249; d'autres seront bient&#244;t occup&#233;s (sic) &#224; bombarder et &#224; envahir, il ne sera pas trop t&#244;t pour prendre &#224; bras-le-corps l'immense et multiple chantier de la reconstruction&lt;/i&gt; &#187;. Quant &#224; Serge July, dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration &lt;/i&gt;du&lt;i&gt; &lt;/i&gt;20 mars, il consacre son &#233;ditorial -&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; Sauver l'ONU &#187; - &#224; l'enjeu correspondant &#224; ce titre : &#171; &lt;i&gt;On peut &#234;tre hostile &#224; ce forcing guerrier. Ce n'est pas une raison pour abandonner l'Irak et les Am&#233;ricains &#224; eux-m&#234;mes. Les Nations Unies doivent revenir dans le jeu &lt;/i&gt;(&#8230;). &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cet attentisme vaguement inquiet sur l'issue de la guerre et de ces priorit&#233;s tr&#232;s occidentales d&#233;finies pour l'apr&#232;s-guerre, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; fournit une bonne illustration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, entre le 15 et le 20 mars, quand, l'&#233;ditorialiste anonyme s'inqui&#232;te de la guerre qui vient, c'est seulement pour enregistrer les &#233;checs diplomatiques des gouvernements des USA (&#171; &lt;i&gt;L'&#233;chec diplomatique de George W. Bush&lt;/i&gt; &#187;, &#233;ditorial&lt;i&gt; &lt;/i&gt;du 18 mars) et de Grande-Bretagne (&#171; &lt;i&gt;L'&#233;chec de Blair &lt;/i&gt; &#187;, &#233;ditorial du 20 mars), alors que Thierry de Montbrial, &#171; pour&lt;i&gt; Le Monde&lt;/i&gt; &#187;, se situe d&#233;j&#224; &#8211; c'est le titre &#8211; &#171; &lt;i&gt;Au-del&#224; de l'affrontement&lt;/i&gt; &#187;. Et l'&#233;ditorial de l'&#233;dition dat&#233;e du 21 mars titre sur une question - &#171; Et apr&#232;s ? &#187; - qui re&#231;oit la r&#233;ponse suivante : &#171; &lt;i&gt;Rien n'indique que le m&#233;canisme d'inspection onusien, doubl&#233; d'une pression militaire, n'aurait pas fini par d&#233;sarmer Saddam Hussein. Les Etats-Unis ont choisi d'abandonner unilat&#233;ralement cette voie. Rien ne les autorise &#224; la court-circuiter &#224; nouveau lorsque le temps sera venu de reconstruire l'Irak. Il faudra repasser par les Nations Unies&lt;/i&gt; &#187;. Avec une l&#233;g&#232;re r&#233;serve, l'opposition &#224; la guerre est rapidement sold&#233;e. Il faudra attendre une semaine pour que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; s'interroge &#224; nouveau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 22 mars, c'est &#171; L'Europe d&#233;chir&#233;e &#187; qui retient son attention. Le 23 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et, le 28 mars, titre &#224; la &#171; Une &#187; : &#171; &lt;i&gt;O&#249; va la guerre de Georges W. Bush ?&lt;/i&gt; &#187;. Mais si l'&#233;ditorial - &#171; &lt;i&gt;Les morts de la guerre&lt;/i&gt; &#187; - commente les dangers qui menacent le d&#233;roulement de la guerre et, partant, son issue, il n'en tire aucune conclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, alors que dans les guerres pr&#233;c&#233;dentes, l'&#233;ditorialiste anonyme du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; dispensait g&#233;n&#233;reusement ses conseils politiques et militaires au &#171; camp &#187; qu'il avait choisi de soutenir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Maler, &#171; Kosovo 1999 : Le Monde et la guerre &#187;, dans Variations n&#176;1, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cette fois, il s'abstient. Pr&#233;f&#233;rant tirer le bilan des &#233;checs diplomatiques de Bush et de Blair et des cons&#233;quences des divisions entre les gouvernements europ&#233;ens (ou r&#233;futer les arguments relatifs aux objectifs p&#233;troliers du &#171; conflit &#187;), l'&#233;ditorialiste ne se laisse pas distraire par la guerre elle-m&#234;me. Mieux : il se consacre prioritairement aux probl&#232;mes que cette guerre rejette tragiquement dans l'ombre (la guerre en Tch&#233;tch&#233;nie ou la situation en Serbie) ou &#224; d'importantes questions franco-fran&#231;aises (comme la d&#233;centralisation ou le report des baisses d'imp&#244;t.) Journal d'opinion &#8211; quoi qu'il en dise &#8211; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; n'aurait pas d'opinion ? Presque. Car Jean-Marie Colombani s'est charg&#233;, le 25 mars, de nous dire, en consacrant essentiellement son &#233;ditorial &#224; la question de l'Europe, o&#249; se situe son journal : &#171; &lt;i&gt;Au-del&#224; du &#034;non&#034; &lt;/i&gt; &#187;. Et l'&#233;ditorialiste anonyme se situe de pr&#233;f&#233;rence ailleurs, en de&#231;&#224; et au-del&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques exceptions m&#233;ritent pourtant d'&#234;tre relev&#233;es. Outre &lt;i&gt;L'Humanit&#233; &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; affichent une position intransigeante. &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; dat&#233; du 24 au 30 mars titre : &#171; &lt;i&gt;La secte Bush attaque&lt;/i&gt; &#187; et la totalit&#233; des pages consacr&#233;e &#224; la guerre expose les raisons d'une condamnation totale de la guerre am&#233;ricaine. L'&#233;ditorial de Jean-Fran&#231;ois Kahn qui souligne notamment : &#171; &lt;i&gt;Les cons&#233;quences &#224; moyen terme seront catastrophiques .Cauchemardesques&lt;/i&gt; &#187;. Le num&#233;ro sp&#233;cial du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; (20-25 mars 2003) porte pour titre &#171; &lt;i&gt;La guerre am&#233;ricaine&lt;/i&gt; &#187;. L'&#233;ditorial de Jean Daniel &#8211; &#171; &lt;i&gt;La guerre en aveugle&lt;/i&gt; &#187; - r&#233;sonne une condamnation vigoureuse de la guerre. Extrait : &#171; &lt;i&gt;Nous disions qu'une guerre contre l'Irak d&#233;cid&#233;e sans associer les peuples musulmans et surtout arabes, sans se soucier de la trag&#233;die isra&#233;lo-palestinienne ne pouvait que servir le terrorisme. C'est ce que nous continuons de croire&lt;/i&gt; &#187;. Examinant les hypoth&#232;ses les plus favorables, Jean-Daniel souligne : &#171; &lt;i&gt;Quand bien m&#234;me cette conjonction de miracles se r&#233;aliseraient, ses effets ne seraient positifs qu'&#224; court terme&lt;/i&gt;. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.2.&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Au secours de la victoire militaire ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; -.&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Ainsi, avant et pendant l'invasion am&#233;ricano-britannique, la plupart de &#233;ditorialistes s'inqui&#232;tent surtout des fractures diplomatiques avec le gouvernement am&#233;ricain et au sein m&#234;me de l'Europe. Aussi ne doit-on pas &#234;tre &#233;tonn&#233; que la victoire militaire remport&#233;e par les envahisseurs incite ces m&#234;me commentateurs &#224; venir au secours de cette victoire en pr&#233;conisant une r&#233;conciliation, f&#251;t-ce aux conditions am&#233;ricaines. &lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;bat sur la l&#233;galit&#233;, la l&#233;gitimit&#233;, les objectifs ou les enjeux de la guerre est, une fois de plus, d&#233;clar&#233; clos. Si Claude Imbert dans &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; dat&#233; du 11 avril, s'interroge &#8211; &#171; &lt;i&gt;Et apr&#232;s ? &lt;/i&gt; &#187;, c'est aussit&#244;t &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s ? Ce n'est qu'apr&#232;s, et peut-&#234;tre longtemps apr&#232;s &#8211; que l'on portera un jugement &#233;quitable sur l'&#233;quip&#233;e am&#233;ricaine. Mais c'est d&#232;s maintenant que la France doit tailler la route depuis qu'au carrefour irakien elle a choisi de bifurqu&lt;/i&gt;er &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me num&#233;ro du &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt; Bernard-Henri L&#233;vy partage le m&#234;me empressement : &#171; &lt;i&gt;Dans deux, huit ou trente jours, la guerre en Irak sera finie. Les pro et les antiguerre continueront, bien entendu, &#224; &#233;changer leurs arguments. On les entendra, longtemps encore, d&#233;battre de la question de savoir qui aura eu r&#233;trospectivement raison&lt;/i&gt; &#187;. D&#233;bat st&#233;rile voire futile, apparemment, puisque : &#171; &lt;i&gt;La v&#233;rit&#233;, c'est que nous sommes d&#233;j&#224; dans l'apr&#232;s &#8211; et que les seules questions qui comptent, ce sont celles du monde qui va, ou non &#233;merger de cette tourmente &lt;/i&gt; &#187;. Et Bernard-Henri L&#233;vy de passer en revue ces questions. Il suffit de relever que la question palestinienne ne figure pas dans la liste, pour saisir quels biais d&#233;terminent l'approche de ces questions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ao&#251;t 2002, Bernard-Henri L&#233;vy d&#233;clare : &#171; Attaquer Saddam Hussein ? Oui, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'urgence est donc d'inviter le gouvernement fran&#231;ais &#224; &#171; &lt;i&gt;tailler la route depuis qu'au carrefour irakien elle a choisi de bifurquer &lt;/i&gt; &#187;, comme le dit Claude Imbert., car, dit-il, &#171; &lt;i&gt;La France a pris le risque de creuser entre l'Am&#233;rique et nous un foss&#233; impressionnant &#187; et &#171; L'ardeur spectaculaire mise chez nous &#224; contrarier la guerre irakienne a pour effet pervers de contrarier notre dessein europ&#233;en&lt;/i&gt; &#187;. Et de conclure : &#171; &lt;i&gt;La posture fran&#231;aise &#233;chouerait si elle devait se cantonner au harc&#232;lement st&#233;rile de l'entreprise am&#233;ricaine. Mais elle retrouverait sa vertu morale (&#8230;) si elle contribuait &#224; servir, avec ses propres atouts, l'apaisement &lt;/i&gt; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Le Point du 18 avril 2003 (p.5), Claude Imbert est encore plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre conseiller r&#233;ticent du gouvernement fran&#231;ais, de gauche celui-l&#224; : &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; dont on se souvient qu'il incitait d&#233;j&#224; au compromis d&#232;s avant la guerre. Ainsi, le 16 avril, G&#233;rard Dupuy invite &#8211; c'est le titre de l'&#233;ditorial &#8211; au &#171; &lt;i&gt;Pragmatisme&lt;/i&gt; &#187;. Apr&#232;s avoir f&#233;licit&#233; Jacques Chirac d'avoir t&#233;l&#233;phon&#233; &#224; Georges Bush, il poursuit : &#171; &lt;i&gt;L'heure est &#224; la reconstruction non seulement de l'Irak, mais des liens transatlantiques.&lt;/i&gt; (&#8230;) &lt;i&gt;B&#226;tir un Irak aussi d&#233;mocratique, libre et prosp&#232;re que possible ne doit pas &#234;tre un projet am&#233;ricain. L'aide au peuple irakien et la stabilit&#233; r&#233;gionale et internationale ne pourraient que p&#226;tir d'une &#233;ventuelle guerre froide prolongeant l'opposition entre pro et anti-guerre. Ceux qui n'ont pas approuv&#233; cette guerre ne doivent pas mener une diplomatie du pire et miser par d&#233;pit sur un &#233;chec am&#233;ricain en Irak, qui est loin d'&#234;tre impossible.&lt;/i&gt; (&#8230;) Si on veut &#171; &lt;i&gt;multilat&#233;raliser &#187; l'apr&#232;s-guerre, et que l'ONU puisse y jouer un r&#244;le central, une force de l'Otan pourrait peut-&#234;tre permettre de r&#233;unir, dans le maintien de la paix, des alli&#233;s qui s'&#233;taient divis&#233;s dans la guerre&lt;/i&gt;. &#187; On ne commentera pas ce pieux conseil&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, alors que nombre de commentateurs invitent &#224; solder d&#233;finitivement l'opposition &#224; la guerre, quelques-uns font encore exception (mais pour combien de temps ?) Ainsi, &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; de la semaine du 10 au 16 avril 2003, titre &#171; La Chute &#187;. Mais Jean Daniel dans son &#233;ditorial &#8211; &#171; &lt;i&gt;Sortir du calvaire&lt;/i&gt; &#187; - maintient son opposition &#224; la guerre : &#171; &lt;i&gt;Le seul soulagement que procurera la victoire am&#233;ricaine, c'est qu'elle fera cesser la tuerie&lt;/i&gt; &#187;. Et &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt; du 11 avril s'ouvre sur un &#233;ditorial de Bruno Frappat intitul&#233; : &#171; &lt;i&gt;Le doute&lt;/i&gt; &#187; qui r&#233;pond n&#233;gativement &#224; la question qu'il soul&#232;ve : &#171; &lt;i&gt;Faut-il s'incliner respectueusement devant la raison du plus fort et admettre que le vainqueur est l&#233;gitime parce qu'il a gagn&#233; ? &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; lire la plupart des &#233;ditorialistes et &#224; voir les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s, cette question &#233;tait devenue secondaire d&#232;s le premier jour des bombardements. Pour la plupart des m&#233;dias fran&#231;ais, la victoire militaire am&#233;ricaine l'a rendue subalterne, voire d&#233;risoire. Si les t&#233;l&#233;visions ont favoris&#233; la l&#233;gitimation de la guerre par son r&#233;cit, la presse &#233;crite, m&#234;me quand elle s'en d&#233;fend, a contribu&#233; &#224; l&#233;gitimer la guerre par ses commentaires. On ne sera donc pas surpris si, le 21 mai 2003, le vote &#224; la quasi-unanimit&#233; du Conseil de S&#233;curit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Syrie s'est abstenue de participer &#224; la s&#233;ance en signe de protestation.&#034; id=&#034;nh4-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de la r&#233;solution am&#233;ricaine sur la reconstruction de l'Irak, qui tente de l&#233;galiser &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; l'invasion et l&#233;galise l'occupation, n'ait suscit&#233; aucun commentaire d&#233;sobligeant. Et pourtant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Halimi et Dominique Vidal, &lt;i&gt;&#171; L'opinion, &#231;a se travaille&#8230; &#187;. Les m&#233;dias et les &#171; guerres justes &#187;. Du Kosovo &#224; l'Afghanistan&lt;/i&gt;, quatri&#232;me &#233;dition revue et augment&#233;e, Marseille, Agone Editeur, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'absolution est presque unanime. Lire par exemple l'article de &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; sur 16 avril 2003 titr&#233; &#171; Les le&#231;ons du Golfe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Documentation r&#233;unie avec l'aide de l'association Acrimed (Action-Critique-M&#233;dias) : &lt;a href=&#034;http://acrimed.samizdat.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://acrimed.samizdat.net&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Recommandation &#224; l'ensemble des services de t&#233;l&#233;vision et de radio relative au conflit au Moyen-Orient &#187; (Recommandation n&#176;2003-2 du 18 mars 2003) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Une guerre en direct - La t&#233;l&#233;vision s'est efforc&#233;e de tirer les le&#231;ons de 1991 &#187;, par Rapha&#235;l Garrigos, Catherine Mallaval et Isabelle Roberts, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, mercredi 16 avril 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les m&#233;dias fran&#231;ais veulent &#233;viter les erreurs de la guerre du Golfe de 1991 &#187;, d&#233;p&#234;che de l'AFP, dat&#233;e du 17 mars 2003 et sign&#233;e Andrea Graells. Voir &#233;galement : &#171; Les cha&#238;nes fran&#231;aises dans la hantise de renouveler les erreurs de la premi&#232;re guerre du Golfe en 1991 &#187;, &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;dat&#233; du 25 mars 2003, p. 8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur France Inter, 22 avril 2003, Jean-Claude Dassier, directeur g&#233;n&#233;ral de LCI : &#171; &lt;i&gt;Globalement, on a tous contribu&#233; &#224; faire que les Fran&#231;ais ont eu une vue assez claire de la mani&#232;re dont les choses se sont pass&#233;es&lt;/i&gt; &#187; (Source : le journal &lt;i&gt;Pour Lire Pas Lu&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Partialit&#233; &#171; temp&#233;r&#233;e &#187;, qu'un journaliste de France Inter &#171; explique &#187; ainsi : &#171; Cette fois, la France n'est pas en guerre, ce qui enl&#232;ve une part d'affectif. &#187; (Patrice Bertin dans &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;, 16 avril 2003).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Strat&#233;gies&lt;/i&gt;, 13 septembre 2002&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La d&#233;licate &#233;quation &#233;conomique des m&#233;dias &#187;, Les &lt;i&gt;Echos&lt;/i&gt;, 20 mars 2003 -&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucas, &#171; France2 : impressions d'un soir &#187;, sur le site d'Acrimed.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Halimi et Dominique Vidal, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Relev&#233; par Serge Halimi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ratio&lt;/i&gt;n du 24 mars consacre un article &#224; cette controverse : &#171; Faut-il montrer les soldats prisonniers ? Pol&#233;mique autour de l'interpr&#233;tation de la Convention de Gen&#232;ve. &#187;. Et &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; fait de m&#234;me dans son &#233;dition dat&#233;e du 25 mars : &#171; Face aux images de morts et de prisonniers, les t&#233;l&#233;visions h&#233;sitent &#187;, p.6 et 7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Art.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tel &#233;tait l'objectif affich&#233; d&#232;s le d&#233;but des bombardements. Lire notamment : &#171; Radios et t&#233;l&#233;s veulent se racheter - De RTL &#224; France 2, la premi&#232;re guerre du Golfe aurait servi de le&#231;on &#187;, par Catherine Mallaval et Isabelle Roberts, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, vendredi 21 mars 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; est dat&#233; du lendemain de sa parution dans la r&#233;gion parisienne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; dat&#233; du 28 mars pr&#233;f&#232;re parler de &#171; La guerre de George W. Bush &#187; : une fa&#231;on commode de prendre ses distances, sans d&#233;savouer totalement l'invasion ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sans doute est-ce la raison pour laquelle &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; dat&#233; 22 mars recourt &#224; l'expression &#171; coalition am&#233;ricaine &#187;, qui n'a, en toute rigueur, aucun sens (une coalition suppose au moins deux Etats) et confirme cet emploi dat&#233; dans son &#233;dition des 23-24 mars, page 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De m&#234;me dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du lundi 31 mars, p. 10..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Exemple relev&#233; par David No&#235;l sur le site d'Acrimed.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'article correspondant - de Thomas Hofnung - porte pour titre : &#171; Des humanitaires en guerre d'ind&#233;pendance &#187; &#187; et commente (notamment) un communiqu&#233; commun de plusieurs organisations qui proclament leur refus &#171; &lt;i&gt;de subordonner (leur) action sur le terrain &#224; une autorit&#233; militaire qui est partie au conflit &lt;/i&gt; &#187; et rappellent que &#171; &lt;i&gt;l'aide humanitaire ne peut pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une arme au service du conflit&lt;/i&gt; &#187;. Une critique r&#233;it&#233;r&#233;e, entre autres, dans une tribune de Jean-Jacques Ruffin, Pr&#233;sident d'Action contre la faim, parue dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; du mercredi 2 avril 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Les &#233;ch&#233;ances se mesurent en mois&lt;/i&gt; &#187;, affirme p&#233;remptoirement Serge July dans un &#233;ditorial de &lt;i&gt;Lib&#233;ration &lt;/i&gt;titr&#233; &#171; &lt;i&gt;Constat d'&#233;chec &#187;&lt;/i&gt;, &#8230;le 28 mars 2003. Sans commentaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parler de &#171; pr&#233;-guerre &#187;, c'est la consacrer comme in&#233;vitable, voire souhaitable. Et parler de &#171; g&#226;chis &#187;, pour le d&#233;plorer, c'est en rendre co-responsables les adversaires de la guerre et ses partisans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 22 mars, c'est &#171; &lt;i&gt;L'Europe d&#233;chir&#233;e&lt;/i&gt; &#187; qui retient son attention. Le 23 mars, l'&#233;ditorial - &#171; &lt;i&gt;Guerre et p&#233;trole &lt;/i&gt; &#187; - a pour objet d'expliquer ceci, qui est la premi&#232;re phrase : &#171; &lt;i&gt;Le but des Etats-Unis en Irak n'est pas le p&#233;trole, contrairement &#224; ce qui est affirm&#233; dans les manifestations contre la guerre (&#8230;) &#187;. Un dossier central de &lt;/i&gt;8 pages - &#171; &lt;i&gt;La nouvelle fracture mondiale&lt;/i&gt; &#187;. &#8211; donne la parole &#224; de nombreux &#171; experts &#187; qui proposent des diagnostics et des pronostics qui portent exclusivement sur les relations transatlantiques, les Nations unies et l'Europe. Le 25 mars, l'&#233;ditorial - &#171; &lt;i&gt;L'autre guerre&lt;/i&gt; &#187; - est consacr&#233; &#224; la guerre de la Russie en Tch&#233;tch&#233;nie. Le 26 mars, alors que &#171; &lt;i&gt;La bataille de Bagdad commence&lt;/i&gt; &#187; (titre de &#171; Une &#187;), l'&#233;ditorial - &lt;i&gt;&#171; Pas d'interview&lt;/i&gt; &#187; - est consacr&#233; au traitement r&#233;serv&#233; par les m&#233;dias aux prisonniers de guerre. Le 27 mars, l'&#233;ditorial - &lt;i&gt;&#171; Fiscalit&#233; et croissance&lt;/i&gt; &#187;,- il porte sur la politique du gouvernement Raffarin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Maler, &#171; Kosovo 1999 : &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et la guerre &#187;, dans &lt;i&gt;Variations&lt;/i&gt; n&#176;1, Paris Syllepse, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En ao&#251;t 2002, Bernard-Henri L&#233;vy d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;Attaquer Saddam Hussein ? Oui, bien s&#251;r !&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, 16.08.02). En octobre 2002, il &#171; maintient &#187; ainsi : &#171; &lt;i&gt;Je maintiens qu'en faisant la guerre &#224; L'Irak, l'Am&#233;rique se tromperait de cible &lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, 25.10.02). Source : &lt;i&gt;Pour Lire Pas Lu&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; du 18 avril 2003 (p.5), Claude Imbert est encore plus explicite. Inquiet de &#171; &lt;i&gt;L'engrenage de la discorde&lt;/i&gt; &#187;, - c'est le titre de son &#233;ditorial &#8211; il s'ing&#233;nie &#224; inventer une fausse sym&#233;trie qui permet d'affecter de r&#233;partir &#233;quitablement les tords entre une Am&#233;rique qui &#171; r&#233;invente &#187; une &#171; doctrine de la force &#187; et une &#171; &lt;i&gt;l'Europe du cartel de la paix r&#233;plique, faute de mieux, par celle du droit&lt;/i&gt;. &#187; Mais c'est pour en appeler &#224; une soumission de la diplomatie am&#233;ricaine aux effets de la victoire am&#233;ricaine. Peu convaincu, dit-il, par &#171; &lt;i&gt;l'actuelle agitation diplomatique fran&#231;aise &lt;/i&gt; &#187;, Claude Imbert prodigue ses conseils : &#171; &lt;i&gt;&#233;viter de ressasser l'&#171; ill&#233;galit&#233; &#187; de l'intervention am&#233;ricaine&lt;/i&gt; &#187;, car &#171; (&#8230;) &lt;i&gt;&#224; l'heure de la victoire am&#233;ricaine, il est vain de cracher contre le vent &lt;/i&gt; &#187;. Avant de conclure : &#171; (&#8230;) &lt;i&gt;la France - pourtant impuissante &#224; rallier une Europe divis&#233;e - n'a que trop asticot&#233; et chamaill&#233;. L'Occident menac&#233; n' que faire de ces bisbilles&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Syrie s'est abstenue de participer &#224; la s&#233;ance en signe de protestation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La mort de Pierre Bourdieu et l'emprise du journalisme (1)</title>
		<link>https://henri-maler.fr/La-mort-de-Pierre-Bourdieu-et-l-emprise-du-journalisme-1.html</link>
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		<dc:date>2023-11-30T12:44:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Pierre Bourdieu</dc:subject>
		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce que peut le journalisme quand il s'empare d'une &#339;uvre majeure&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Pierre-Bourdieu-+.html" rel="tag"&gt;Pierre Bourdieu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Critiquer-les-medias-+.html" rel="tag"&gt;Critiquer les m&#233;dias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L106xH150/bourdieu-6153e.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;J'avais r&#233;uni en f&#233;vrier 2002, sur le site de l'association Acrimed (Action-Critique-M&#233;dias), &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/-Les-medias-et-la-mort-de-Pierre-Bourdieu-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une premi&#232;re compilation&lt;/a&gt; r&#233;partie en plusieurs articles que j'avais r&#233;unis en une seule contribution dans &#171; Sciences et engagement &#187;, Variations n&#176;4, &#233;ditions Syllepse, septembre 2003, p.97-110. Elle est publi&#233;e ici en deux articles en raison de la longueur et de la pr&#233;cision des observations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consacr&#233; &#224; la couverture m&#233;diatique de la mort de Pierre Bourdieu le 23 janvier 2002, cette contribution analyse une n&#233;crologie dont le rituel peut valoir pour les hommages d&#233;f&#233;rents ou hagiographiques : tel est, me semble-t-il, son int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#171; S'il y a une chose encore plus difficile &#224; supporter que la disparition d'une des figures majeures de la pens&#233;e contemporaine et, pour certains d'entre nous, d'un ami tr&#232;s proche, c'est bien le rituel de c&#233;l&#233;bration auquel les m&#233;dias ont commenc&#233; &#224; se livrer quelques heures seulement apr&#232;s la mort de Pierre Bourdieu. Comme pr&#233;vu, il n'y manquait ni la part d'admiration obligatoire et conventionnelle, ni la fa&#231;on qu'a la presse de faire (un peu plus discr&#232;tement cette fois-ci, &#233;tant donn&#233; les circonstances) la le&#231;on aux intellectuels qu'elle n'aime pas, ni la dose de perfidie et de bassesse qui est jug&#233;e n&#233;cessaire pour donner une impression d'impartialit&#233; et d'objectivit&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pierre Bourdieu, celui qui d&#233;rangeait &#187;, par Jacques Bouveresse,&lt;i&gt; Le Monde&lt;/i&gt;, 31 janvier 2001.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; rituel de c&#233;l&#233;bration &#187; auquel se sont livr&#233;s les m&#233;dias apr&#232;s l'annonce de la mort de Pierre Bourdieu permet de v&#233;rifier ce que fait et ce que peut le journalisme quand il s'empare d'une &#339;uvre majeure. Il ne s'agit donc pas ici de d&#233;fendre la m&#233;moire de Pierre Bourdieu et, encore moins sa contribution &#224; la sociologie, mais seulement &#8211; si l'on peut dire - de mettre en &#233;vidence comment s'exerce l'emprise du journalisme sur la vie culturelle et intellectuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, &#171; L'emprise du journalisme &#187;, Actes de la Recherche en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette fin, il suffit &#8211; pour reprendre, en dehors de son contexte, une expression de Michel Foucault - de &#171; rendre visible ce qui est visible &#187;. Les citations, pour peu qu'elles ne soient pas trop s&#233;lectives, valent largement d&#233;monstration. &#192; certains &#233;gards, elles n'apprennent rien que l'on ne sache d&#233;j&#224;. Mais, pour peu qu'ils soient ordonn&#233;s, les documents que nous avons r&#233;unis permettent de saisir selon quelles modalit&#233;s pratiques des journalismes, divers par les m&#233;dias dans lesquels ils s'expriment et par leurs positions dans ces m&#233;dias, exercent leur pouvoir de nuisance : quels sont les effets cumul&#233;s des pr&#233;tentions des tenanciers de l'espace m&#233;diatique et des vulgarisations journalistiques assujetties &#224; l'urgence sur la teneur du d&#233;bat d&#233;mocratique, th&#233;orique et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le constat est accablant. Pour dissimuler l'indigence ou la bassesse de la plupart de leurs commentaires, certains journalistes ou responsables des m&#233;dias n'ont pas manqu&#233; de souligner l'importance des rediffusions &#224; la radio et &#224; la t&#233;l&#233;vision et la publication d'extraits de son &#339;uvre dans certains organes de la presse &#233;crite ou d'invoquer la multiplicit&#233; des &#171; points de vue &#187; et des &#171; tribunes &#187; consentis &#224; des producteurs culturels, notamment parmi ceux qui doivent &#224; l'&#339;uvre de Pierre Bourdieu une part d&#233;cisive de leur inspiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est oublier opportun&#233;ment que la parole de Pierre Bourdieu a circul&#233; en des points tr&#232;s limit&#233;s de l'espace m&#233;diatique, confirmant ainsi la mis&#232;re culturelle des grands m&#233;dias de masse. Les prises de potion imm&#233;diates ne peuvent pas passer pour des expressions d'un effectif travail des journalistes. Pas plus que l'attention port&#233;e aux hommages unanimes et convenus de la plupart des responsables et des formations politiques et la simple reprise de leurs communiqu&#233;s ne peuvent constituer des preuves de l'ind&#233;pendance du journalisme. Quant aux journalistes eux-m&#234;mes - &#233;ditorialistes et chroniqueurs en l'occurrence - loin de s'attacher &#224; rendre compte de l'&#339;uvre de Pierre Bourdieu, ils l'ont, &#224; quelques exceptions pr&#232;s que nous avons essay&#233; de relever, taill&#233;e &#224; leur mesure. D'autres avant Bourdieu avaient d&#233;j&#224; fait les frais de ces d&#233;plorables sollicitudes. Faut-il s'y r&#233;signer ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des urgences m&#233;diatiques au consensus politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rendue publique le 24 janvier 2002 dans la matin&#233;e, la mort de Pierre Bourdieu a fait presque imm&#233;diatement l'objet de rapides &#233;vocations &#224; la radio et &#224; la t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Urgences m&#233;diatiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le simple recensement des informations diffus&#233;es dans l'urgence par quelques cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les citations qui suivent, relev&#233;es au fur et &#224; mesure sans avoir &#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, met en &#233;vidence les distorsions quasi-spontan&#233;es que produit le m&#233;lange de la r&#233;v&#233;rence oblig&#233;e (qui se r&#233;f&#232;re &#224; l' &#171; influence &#187; de Pierre Bourdieu), de la rumeur publique (qui rabat l'&#339;uvre de Bourdieu sur ses engagements, r&#233;duits &#224; des slogans) et du narcissisme m&#233;diatique (qui met en avant l'analyse critique des m&#233;dias restitu&#233;e en formules imaginaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Sur LCI,&lt;/strong&gt; &#224; 12 heures, une br&#232;ve annonce de la mort de Pierre Bourdieu nous apprend qu'il &#233;tait un sociologue &lt;i&gt;&#171; influent &#187;&lt;/i&gt;, qui a &lt;i&gt;&#171; d&#233;nonc&#233; la souffrance sociale, le lib&#233;ralisme, et la mondialisation &#187; &lt;/i&gt;, ainsi que les&lt;i&gt; &#171; rapports entre le pouvoir et la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt; &lt;i&gt; &#187; &lt;/i&gt;(que Pierre Bourdieu n'a jamais analys&#233; comme tels. LCI renvoie &#224; ses &lt;i&gt;&#171; prochaines &#233;ditions &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Sur i-TV&lt;/strong&gt;, &#224; 12 heures 15, on apprend, apr&#232;s les informations sportives, que &#171; (&#8230;) Celui que l'on surnommait &#034; le sociologue &#233;nervant &#034; (&#8230;) s'&#233;tait &lt;strong&gt;surtout&lt;/strong&gt; attach&#233; &#224; d&#233;peindre le monde des m&#233;dias, celui de la t&#233;l&#233;vision en particulier &#187;.[soulign&#233; par moi] Quel est ce &#171; on &#187; anonyme auquel i-t&#233;l&#233;vision attribue un surnom qui serait r&#233;pandu ? La source est tr&#232;s certainement une consultation rapide du titre donn&#233; par l'auteur des pages consacr&#233;es &#224; Pierre Bourdieu sur le site du Magazine de l'Homme moderne : &#171; Bourdieu sociologue &#233;nervant &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#171; pages Bourdieu sur le site du Magazine de l'Homme moderne On peut y (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un titre &#233;logieux sur un site sp&#233;cialis&#233; devient ainsi un surnom dont on laisse entendre qu'il est commun&#233;ment r&#233;pandu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Sur France 2,&lt;/strong&gt; &#224; 13h37, pr&#232;s de quarante minutes apr&#232;s le d&#233;but du journal, Daniel Bilalian trouve le temps d'annoncer le d&#233;c&#232;s de Pierre Bourdieu : &lt;i&gt;&#171; Consid&#233;r&#233; comme un intellectuel influent notamment dans le domaine de l'Education Nationale &#187;,&lt;/i&gt; connu pour son &lt;i&gt;&#171; engagement contre la mondialisation &#187;&lt;/i&gt;, il &#233;tait &lt;i&gt;&#171; s&#233;v&#232;re &#224; l'&#233;gard des m&#233;dias et de leur r&#244;le dans la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&#192; TF1,&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;au Journal de 13h&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; rien. Zappant d'une cha&#238;ne &#224; l'autre, on a peut-&#234;tre manqu&#233; l'information : en tout cas, elle devait &#234;tre plus courte que les reportages consacr&#233;s &#224; la &#171; France profonde &#187;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Sur LCI,&lt;/strong&gt; &#224; 14h03, le pr&#233;sentateur diffuse l'information dans des termes identiques &#224; ceux qui avaient &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s deux heures plus t&#244;t. &#192; une r&#233;serve pr&#232;s : la critique du &lt;i&gt;&#171; monde des m&#233;dias &#187;&lt;/i&gt; devient la critique de &lt;i&gt;&#171; la corruption m&#233;diatique &#187;&lt;/i&gt;. Cette innovation ne devant rien aux &#233;crits de Pierre Bourdieu, on est en droit de se demander ce qui a pouss&#233; le pr&#233;sentateur &#224; l'adopter. On la retrouve dans un papier de Claude Casteran pour (mentionn&#233; plus loin) qui parle, entre guillemets comme s'il s'agissait d'une citation de &#171; la corruption de la soci&#233;t&#233; m&#233;diatique &#187;. Une heure plus tard&lt;i&gt; &lt;/i&gt;(LCI, 15h06) la critique de &#171; la corruption m&#233;diatique &#187; a disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Sur&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;France infos&lt;/strong&gt;, &#224; 15h15, on apprend que Pierre Bourdieu &lt;i&gt;&#171; &#233;tait consid&#233;r&#233; comme un des intellectuels les plus influents de notre &#233;poque &#187;&lt;/i&gt; et sur &lt;strong&gt;RMC-infos&lt;/strong&gt; &#224; 15h30, exactement la m&#234;me chose, exactement dans les m&#234;mes termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; noter cependant, quelques heures plus tard, la prestation de Patrick Poivre d'Arvor, sur &lt;strong&gt;TF1&lt;/strong&gt;, 20 heures. La mort de Bourdieu figure dans l'annonce des titres du journal. On apprend alors incidemment que Pierre Bourdieu &#233;tait &lt;i&gt;&#171; titulaire d'une chaire &#224; la Sorbonne &#187;&lt;/i&gt; [confondue avec le Coll&#232;ge de France]. Et &#224; 20 h 34, au terme d'une pr&#233;sentation conventionnelle, PPDA d&#233;clare (&#224; peu pr&#232;s&#8230;) que &lt;i&gt;&#171; Pierre Bourdieu n'&#233;tait pas seulement un critique des m&#233;dias &#187;&lt;/i&gt;. Pas seulement, en effet !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Influent &#187;, &#171; engag&#233; &#187;, &#171; critique des m&#233;dias &#187; : une partie de ces lumineuses informations, ajust&#233;es &#224; une vision journalistique ordinaire, est emprunt&#233;e aux informations d'Agence. En voici un exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;AFP&lt;/strong&gt;, 24 janvier. Pour Claude Casteran, Pierre Bourdieu &#171; &#233;tait devenu l'une des t&#234;tes pensantes contre la mondialisation lib&#233;rale &#187;. Comment ? &#171; En 1993, il publie un pav&#233; de pr&#232;s de 1.000 pages &#034;La mis&#232;re du monde&#034;. Cette analyse de la &#034;fracture sociale&#034; devient un best-seller et propulse l'intellectuel vers l'engagement militant. Pour la premi&#232;re fois, un grand chercheur tente de &#034;th&#233;oriser l'exclusion&#034;. &#187;. Le choix des mots - &#171; t&#234;tes pensantes &#187;, &#171; pav&#233; &#187;, &#171; best-seller &#187; - offre un aper&#231;u d'une tentative de traduire en langue journalistique ce que l'on ne comprend pas ou ce que l'on n'a pas lu, en r&#233;p&#233;tant ce que l'on croit d&#233;j&#224; savoir (et qui n'a rien &#224; voir avec le contenu du &#171; pav&#233; &#187; : &#171; fracture sociale &#171; , &#171; th&#233;orie de l'exclusion &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La &#171; circulation circulaire de l'information &#187;, &#233;tant ce qu'elle est, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude Casteran poursuit en une phrase o&#249; l'art mineur des approximations (qui pr&#234;te &#224; Pierre Bourdieu un r&#244;le de &#171; th&#233;oricien-fondateur &#187; d'Attac) se conjugue avec l'art majeur de la fausse citation (qui attribue &#224; Pierre Bourdieu une d&#233;nonciation de &#171; la corruption de la soci&#233;t&#233; m&#233;diatique &#187;). Vient alors cette trouvaille : &lt;i&gt;&#171; En 1998, une vague de &#034;Bourdieumania&#034; d&#233;ferle dans les m&#233;dias. &#187;&lt;/i&gt; Le r&#233;dacteur de l'AFP &#171; oublie &#187; que le pr&#233;tendu ph&#233;nom&#232;ne qu'il pr&#233;tend enregistrer ainsi n'est autre que la campagne de presse contre Pierre Bourdieu. De cette campagne, souvent haineuse, il ne reste plus qu'un mot - &#171; Bourdieumania &#187; - et quelques h&#233;ros, comme Alain Finkielkraut et Jeanine Verd&#232;s-Leroux, dont Claude Casteran rapporte les prouesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu &#224; peu - les d&#233;lais jouent un r&#244;le d&#233;cisif dans la pratique du journalisme -, dans le cours de l'apr&#232;s-midi du 24 janvier 2002, les journalistes, faute de pouvoir &#233;toffer leur information sur l'&#339;uvre et l'activit&#233; de Pierre Bourdieu, se r&#233;fugient, en toute ind&#233;pendance, derri&#232;re les d&#233;clarations des responsables politiques et de quelques experts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Consensus politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'information sur la mort de Pierre Bourdieu change alors de sens : elle devient une information sur les &#171; r&#233;actions &#187; des responsables politiques. Et les journalistes s'abritent derri&#232;re la lecture d'extraits de leurs communiqu&#233;s&#8230; C'est une raison suffisante de mentionner bri&#232;vement certains d'entre eux, qui marient la neutralisation emphatique des d&#233;saccords, le d&#233;tournement des mots et l'invention des concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ainsi, selon le &lt;strong&gt;RPR&lt;/strong&gt;, Pierre Bourdieu &#171; &#233;tait un spectateur engag&#233; de notre soci&#233;t&#233; qui inscrivait ses r&#233;flexions et ses travaux au c&#339;ur des grands d&#233;bats publics &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et pour &lt;strong&gt;Lionel Jospin&lt;/strong&gt;, Pierre Bourdieu &#233;tait &#171; un ma&#238;tre de la sociologie contemporaine et une grande figure de la vie intellectuelle de notre pays &#187; qui &#171; laisse une &#339;uvre forte et f&#233;conde &#187;. De tels jugements, on le voit ne sont gu&#232;re compromettants. D'autres sont plus audacieux, dans leurs tentatives d'annexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour &lt;strong&gt;le PS&lt;/strong&gt; - qui oublie opportun&#233;ment que la politique du Parti socialiste &#233;tait l'une des cibles de cet engagement salu&#233; solennellement - Pierre Bourdieu &lt;i&gt;&#171; s'est voulu, &#224; l'image de Jean-Paul Sartre, la voix des sans voix et le porte-parole des laiss&#233;s-pour-compte, contre les puissants, dans la tradition des grands intellectuels fran&#231;ais &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour &lt;strong&gt;Jacques Chirac&lt;/strong&gt;, Pierre Bourdieu &#171; restera comme un penseur militant et un militant de la pens&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L&lt;strong&gt;'AFP&lt;/strong&gt;, comme si le chef de l'Etat &#233;tait le v&#233;ritable auteur de ce communiqu&#233; en forme de notice plut&#244;t bien inform&#233;e, le r&#233;sume ainsi : &lt;i&gt;&#171; &#034;Son combat au service de ceux que frappe la mis&#232;re du monde en restera comme le t&#233;moignage le plus frappant&#034;, a poursuivi le chef de l'Etat qui rel&#232;ve aussi son &#034;combat pour la diversit&#233; culturelle&#034;. &#187;&lt;/i&gt; &#8230; dont Jacques Chirac - convergence bienvenue &#8211; est le d&#233;fenseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt; Catherine Tasca&lt;/strong&gt;, Ministre de la Culture et de la Communication se risque &#224; un hommage th&#233;orique : Pierre Bourdieu a &lt;i&gt;&#171; invent&#233; des concepts qui sont rest&#233;s des r&#233;f&#233;rences, tel l'arbitraire symbolique &#187;&lt;/i&gt;. Voil&#224; au moins une r&#233;f&#233;rence introuvable qui ne nous manquera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Weber&lt;/strong&gt;, s&#233;nateur du PS, nous a offert une t&#233;moignage &#233;loquent sur modalit&#233;s de constitution provisoire d'un consensus n&#233;crologique,. Cet exemple m&#233;rite qu'on s'y arr&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, quelques mois avant le d&#233;c&#232;s de Pierre Bourdieu, Carl Meeus recueillait les propos du s&#233;nateur&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je n'ai pas retrouv&#233; la date exacte de cet entretien dont l'authenticit&#233; ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Dans cet entretien se trouvaient d&#233;nonc&#233;s une &lt;i&gt;&#171; posture d'impr&#233;cateur &#187;&lt;/i&gt; et un apport quasi-inexistant &#224; la compr&#233;hension de la soci&#233;t&#233; et du monde &#8211; un populisme insignifiant. Ainsi, au journaliste qui lui demande s'il rejoint &lt;i&gt;&#171; les intellectuels qui d&#233;noncent le populisme &#034; bourdivin &#034; ? &#187;,&lt;/i&gt; Henri Weber r&#233;pond : &lt;i&gt;&#171; Oui, tout &#224; fait, il s'agit bien de populisme. Ce qui le caract&#233;rise, &lt;/i&gt;c'est&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;l'insignifiance totale&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; de ses propositions et de ses analyses sur la situation. Et ce qui est compl&#232;tement &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;nuisible&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, c'est cette obsession de placer sur un m&#234;me pied la gauche et la droite. &#187; &lt;/i&gt;[soulign&#233; par moi]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;France Info&lt;/strong&gt;, le lendemain de la mort de Pierre Bourdieu, diffuse, entre autres t&#233;moignages, l'avis tr&#232;s autoris&#233; d'Henri Weber - soudainement frapp&#233; d'amn&#233;sie : il avait oubli&#233; l'entretien accord&#233; &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;. Sur France Info, notre s&#233;nateur commence par saluer &lt;i&gt;&#171; un tr&#232;s grand intellectuel fran&#231;ais &#187;&lt;/i&gt;, qui avait fait entendre &lt;i&gt;&#171; la voix des sans voix &#187;.&lt;/i&gt; Puis il r&#233;sume - correctement, en souvenir de ses &#233;tudes de sociologie - quelques aspects de l'&#339;uvre de Bourdieu, &lt;i&gt;&#171; penseur de l'in&#233;galit&#233; &lt;/i&gt; &#187;. Interrog&#233; sur les rapports entre Bourdieu et le Parti Socialiste, notre S&#233;nateur, apr&#232;s quelques propos convenus sur &lt;i&gt;&#171; les perspectives &#224; long terme &#187;&lt;/i&gt; et sur &lt;i&gt;&#171; la politique qui doit tenir compte des contraintes &#187;,&lt;/i&gt; conclut triomphalement : &lt;i&gt;&#171; Nous &#233;tions donc &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;quelquefois en d&#233;saccord&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; sur les moyens de r&#233;aliser le possible, mais &lt;/i&gt;totalement d'accord&lt;i&gt; sur ce qui est souhaitable &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Transcription approximative, mais fid&#232;le au sens.&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. [soulign&#233; par moi]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#171; &lt;i&gt;insignifiance totale de ses propositions et de ses analyses sur la situation &#187; &lt;/i&gt;a fait place &#224; un accord total sur le souhaitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question soulev&#233;e par ce floril&#232;ge de d&#233;clarations : pourquoi les journalistes participent, m&#234;me involontairement, &#224; la strat&#233;gie de communication de responsables et d'organisations politiques qui sont pr&#234;ts &#224; dire (presque) n'importe quoi, pour peu qu'ils puissent obtenir la cons&#233;cration, m&#234;me posthume de cr&#233;ateurs ou de chercheurs qu'ils consacrent ... surtout &#224; titre posthume ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces tentatives d'appropriation symbolique de la notori&#233;t&#233; de Pierre Bourdieu que les m&#233;dias, dans un premier temps, ont relay&#233;es au d&#233;triment de leur propre information sur Pierre Bourdieu et son &#339;uvre, s'effac&#232;rent bient&#244;t : quand sonna l'heure des &#233;ditorialistes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les petits matins matin de la Presse quotidienne r&#233;gionale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peu c&#244;t&#233;s par les grands m&#233;dias nationaux, alors que son audience est loin d'&#234;tre n&#233;gligeable, La Presse quotidienne r&#233;gionale a mobilis&#233; ses &#233;ditorialistes le 25 janvier 2001 On veut ici contribuer &#224; leur r&#233;putation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans &lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'Alsace&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, Olivier Br&#233;geard : &lt;i&gt;&#171; Peu enclin &#224; la nuance (ses propres positions font, heureusement, l'objet de d&#233;bats fondamentaux), Pierre Bourdieu &#233;tait un intellectuel radical (&#8230;) &#187;&lt;/i&gt;. Si les positions de Pierre Bourdieu font &lt;i&gt;&#171; heureusement &#187;&lt;/i&gt; l'objet de d&#233;bats &lt;i&gt;&#171; fondamentaux &#187;&lt;/i&gt;, c'est parce qu'il &#233;tait &lt;i&gt;&#171; peu enclin &#224; la nuance &#187;&lt;/i&gt;. Et s'il &#233;tait &#171; peu enclin &#224; la nuance &#187;, c'est, &#233;videmment, parce qu'il &#233;tait &#171; radical &#187;. Mais pourquoi &#171; radical &#187; ? C'est ce que nous apprend la suite : &lt;i&gt;&#171; Pierre Bourdieu &#233;tait un intellectuel radical : &#224; ses yeux, la soci&#233;t&#233; impose et reproduit les in&#233;galit&#233;s, &#224; travers le syst&#232;me scolaire, la culture, les m&#233;dias, le langage, le sexe, qui contribuent chacun &#224; l'int&#233;riorisation et &#224; l'acceptation de l'ordre des choses. &#187; &lt;/i&gt;De cette phrase confuse, mais presque exacte, il r&#233;sulte que la radicalit&#233; consiste &#224; penser que &#171; la soci&#233;t&#233; impose et reproduit les in&#233;galit&#233;s &#187;. Voici maintenant la cons&#233;quence : &lt;i&gt;&#171; Bourdieu &#233;tait donc tout entier du c&#244;t&#233; des perdants (&#8230;) &#187;&lt;/i&gt;. Par opposition aux &#171; gagnants &#187; ? Le vocabulaire d'&#233;poque fait des ravages. Et un peu plus loin : &lt;i&gt;&#171; Pour reprendre une des notions qu'il avait forg&#233;es, le professeur au Coll&#232;ge de France restait dans le &#171; champ &#187; des laiss&#233;s-pour-compte. &#187; &lt;/i&gt;Enfin, apr&#232;s cette prouesse, une conclusion ironique sur l'ironie du sort :&lt;i&gt; &#171; L'ironie du sort aura voulu qu'il devienne un ma&#238;tre &#224; son tour, mais un &#034;ma&#238;tre &#224; penser&#034;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bourdieu, ma&#238;tre &#224; penser et mandarin &#187; : pour illustrer ce th&#232;me obligatoire, une seule citation suffira.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans &lt;strong&gt; &lt;i&gt;La Libre Belgique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, dat&#233;e du 24 janvier 2002, un certain E. de B. r&#233;dige sous un titre flamboyant &#8211; &#171; L'homme qui portait `la mis&#232;re du monde&#180;... &#187; - une notice qu'il conclut en ces termes : &#171; Ce n'est pourtant qu'en 1998 qu'&#233;clata un virulent conflit, jusqu'au sein de la gauche m&#234;me, o&#249; l'on se plaignait de la place que prenait d&#233;cid&#233;ment l'intellectuel. S'&#233;tait-il sacr&#233; nouveau roi des mandarins ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Sud-Ouest&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, Frank De Bondt : &lt;i&gt;&#171; Bourdieu, n&#233; b&#233;arnais, l'un des rares intellectuels fran&#231;ais contemporains reconnus, invit&#233;s et &#233;tudi&#233;s aux Etats-Unis (&#8230;) &#187;.&lt;/i&gt; Un b&#233;arnais qui a &#233;tudi&#233; aux Etats-Unis : une gloire du Sud-Ouest, en quelque sorte&#8230;, mais typiquement fran&#231;aise : &lt;i&gt;&#171; Bourdieu (&#8230;) &#233;tait un chercheur converti en agitateur d'utopie. Il appartenait fonci&#232;rement au paysage fran&#231;ais en tant qu'h&#233;ritier d'une R&#233;volution jamais termin&#233;e. &#187;.&lt;/i&gt; Cette affirmation p&#233;remptoire et discr&#232;tement dissuasive est suivie de cette r&#233;serve : &lt;i&gt;&#171; Mais, averti par ses recherches des contradictions des d&#233;mocraties modernes, le sociologue &#233;tait probablement sans illusion. Il y a longtemps d&#233;j&#224; que la soci&#233;t&#233; de consommation a d&#233;log&#233; la r&#233;volte de l'esprit des peuples pour lui substituer le d&#233;sir, cette machine &#224; entretenir la croissance. &#187;&lt;/i&gt; Ayant ainsi log&#233; ses poncifs &#224; l'ombre de Bourdieu, Frank De Bondt lui inflige cette dure le&#231;on : &#171; &lt;i&gt;&#192; l'heure o&#249; la col&#232;re populaire n'est plus index&#233;e que sur le prix des carburants, Bourdieu fait figure d'anc&#234;tre. Sa voix s'est bris&#233;e sur le mur de l'argent qui s'est spontan&#233;ment offert &#224; l'affichage de la com&#233;die m&#233;diatique d&#233;sign&#233;e par le professeur. Celui-ci a men&#233; l'un de ses derniers combats dans un d&#233;p&#244;t de la gare de Lyon o&#249; il avait apport&#233; la caution de quelques intellectuels au mouvement social de d&#233;cembre 1995. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Dauphin&#233; Lib&#233;r&#233;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, Gilles Debernardi : &lt;i&gt;&#171; Justement, en ce mois glacial de d&#233;cembre 95, le pays est paralys&#233; par les gr&#232;ves. Bourdieu s'affiche au coude &#224; coude avec les manifestants. Il ne signe plus des livres difficiles mais une p&#233;tition r&#233;glementaire. &#187; &lt;/i&gt;Une trouvaille, la &#171; p&#233;tition r&#233;glementaire &#187; ! Il vaut la peine de citer quelques lignes suppl&#233;mentaires pour saisir ce que l'on peut &#233;crire, &#224; grand renfort de poncifs, sur les mandarins et leur tour d'ivoire, les galons des intellectuels engag&#233;s dont on a l'habitude, les sujets de th&#232;se et les cils qui bougent : &lt;i&gt;&#171; Deux ans plus t&#244;t, en publiant &#034;La Mis&#232;re du monde&#034;, passionnante enqu&#234;te sur la souffrance sociale ordinaire, le mandarin &#233;tait sorti timidement de sa tour d'ivoire. Cette fois, plong&#233; dans l'ar&#232;ne publique, il gagne ses galons &#034;d'intellectuel engag&#233;&#034;. Depuis Sartre et Foucault, on avait perdu l'habitude. Lui qui, en mai 68, n'avait pas boug&#233; d'un cil, devient le h&#233;raut du combat &#034;contre le fl&#233;au n&#233;olib&#233;ral&#034;. On le voit partout, aux c&#244;t&#233;s des ch&#244;meurs, de l'abb&#233; Pierre, des mal-log&#233;s, des sans-papiers... Les &#034;domin&#233;s&#034; ne sont donc pas qu'un sujet de th&#232;se. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Journal du Centre&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, Fran&#231;ois Gilardi : &lt;i&gt;&#171; C'&#233;tait un nom, le sien, port&#233; par le succ&#232;s d'un livre : La mis&#232;re du monde, impressionnante plong&#233;e dans les nouvelles douleurs de la vie moderne. Tout d'un coup les travaux du sociologue et de son &#233;quipe quittaient le domaine &#233;troit de l'&#233;dition universitaire pour atteindre le grand public. Beaucoup de lecteurs se sont reconnus dans les libres propos des personnes de toutes conditions dont les chercheurs avaient recueilli le t&#233;moignage. &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;La Mis&#232;re du Monde&lt;/i&gt; ? Un recueil de libres propos&#8230; &lt;i&gt;&#171; Dans le prolongement de ce livre d&#233;rangeant, Bourdieu a cautionn&#233; les grands mouvements de protestation des ann&#233;es 90. Ce critique impitoyable du syst&#232;me des m&#233;dias est paru &#224; la t&#233;l&#233;vision en compagnie de l'abb&#233; Pierre. &#187;.&lt;/i&gt; Soutenir, c'est cautionner. Et, semble-t-il, on ne peut &#224; la fois critiquer les m&#233;dias et para&#238;tre &#224; la t&#233;l&#233;vision avec l'abb&#233; Pierre. &#192; moins que le sens de cette phrase nous ait &#233;chapp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans&lt;strong&gt; &lt;i&gt; Le Temps&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; (Suisse),un article publi&#233; le vendredi 25 janvier, porte &#224; incandescence la vulgate dominante. Sous le titre &#171; Bourdieu, le sociologue qui n'aimait pas la t&#233;l&#233; &#187; Jean-Marc B&#233;guin &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pierre Bourdieu n'aimait pas la t&#233;l&#233;vision. Pas rancuniers, le journal France 2 lui a consacr&#233; son ouverture et TF1 un gros sujet. La TSR, curieusement, rien qu'une petite minute en fin d'&#233;dition. Bien s&#251;r, certains ne manqueront pas de dire que la t&#233;l&#233;vision a r&#233;cup&#233;r&#233; Bourdieu. Ce n'est pas faux, le syst&#232;me &#8211; tout syst&#232;me &#8211; a par nature tendance &#224; r&#233;cup&#233;rer ou exclure. La t&#233;l&#233;vision a aim&#233; Marchais quand il amusait les foules, elle a dop&#233; Le Pen quand il grimpait dans les sondages, elle a aussi adopt&#233; Jos&#233; Bov&#233; et Bourdieu car ils &#233;taient devenus des stars d'un mouvement social. C'est la loi de la notori&#233;t&#233;. Bourdieu a-t-il pour autant &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233; par un syst&#232;me qu'il rejetait ? Par conviction, ou par cabotinage, le sociologue s'est identifi&#233; complaisamment avec le mouvement de rejet de la mondialisation. Se pliant aux simplifications qu'il ne cessait de d&#233;noncer, il laissait ses affid&#233;s r&#233;duire son discours &#224; quelques slogans de cantine pour les agit&#233;s des diff&#233;rentes sectes de la &#171; gauche de la gauche &#187;. Ses salves contre les m&#233;dias avaient plus &#224; voir avec l'agit-prop qu'avec la sociologie. Bourdieu, ces derni&#232;res ann&#233;es, s'est fourvoy&#233; dans le sch&#233;matisme r&#233;ducteur de ces engagements, devenant par l&#224; m&#234;me une star m&#233;diatique complice du jeu qu'il pourfendait. Jamais la t&#233;l&#233;vision n'aurait consacr&#233; autant de minutes &#224; sa disparition s'il &#233;tait d&#233;c&#233;d&#233; dix ans plus t&#244;t. C'est le gourou de l'antimondialisation qui a &#233;t&#233; enterr&#233; m&#233;diatiquement hier soir, pas le sociologue remarquable de la soci&#233;t&#233; contemporaine, dont la glose restera &#224; tout jamais herm&#233;tique &#224; l'&#233;crasante majorit&#233; des t&#233;l&#233;spectateurs. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que l'on n'aille pas croire que cet &#233;chantillon de commentaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deux articles, parmi ceux que nous avons consult&#233;s, font exception, &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; signe une quelconque inf&#233;riorit&#233; intellectuelle des journalistes de nos Provinces et des pays voisins. Ils valent bien les &#233;ditorialistes et chroniqueurs parisiens dont ils reproduisent les commentaires r&#233;pandus depuis longtemps et renouvel&#233;s, &#224; quelques exception pr&#232;s, &#224; l'occasion de la mort de Pierre Bourdieu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite : &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/La-mort-de-Pierre-Bourdieu-et-l-emprise-du-journalisme-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Les m&#233;dias et la mort de Pierre Bourdieu (2) &#187;&lt;/a&gt; : quelques interventions du &#171; haut clerg&#233; m&#233;diatique &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, &#171; L'emprise du journalisme &#187;, &lt;i&gt;Actes de la Recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, 101-102, mars 1994, p. 3-9 ; Repris dans &lt;i&gt;Sur la T&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, Liber/Raisons d'agir, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les citations qui suivent, relev&#233;es au fur et &#224; mesure sans avoir &#233;t&#233; enregistr&#233;es, peuvent souffrir de quelques approximations : encore l'urgence&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &lt;a href=&#034;http://www.pages-bourdieu.fr.st/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; pages Bourdieu&lt;/a&gt; sur le site du &lt;i&gt;Magazine de l'Homme moderne&lt;/i&gt; On peut y trouver un grand nombre des documents que nous citons ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La &#171; circulation circulaire de l'information &#187;, &#233;tant ce qu'elle est, Martine Veron (AFP, 24 janvier), dans un &#171; papier &#187; qui r&#233;sume convenablement l'ouvrage que vise son titre - &#171; Pierre Bourdieu, th&#233;oricien de la &#034;mis&#232;re du monde &#187; - ne peut s'emp&#234;cher de reprendre les propos de son confr&#232;re : &lt;i&gt;&#171; Ce pav&#233; aust&#232;re de pr&#232;s de 1.000 pages, premi&#232;re analyse de la &#034;fracture sociale&#034;, remporte un succ&#232;s inattendu, devient un best-seller et propulse le professeur au Coll&#232;ge de France sur le terrain de l'engagement militant.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je n'ai pas retrouv&#233; la date exacte de cet entretien dont l'authenticit&#233; ne pouvait pas &#234;tre mise en cause puisqu'il figurait sur le site dudit S&#233;nateur, fier de son &#339;uvre : &lt;a href=&#034;http://www.senat.fr/senateurs/weber_henri/articles/hw0106.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.senat.fr/senateurs/weber_henri/articles/hw0106.html&lt;/a&gt;. Malheureusement, ce lien est d&#233;sormais p&#233;rim&#233; [note de 2023] .&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Transcription approximative, mais fid&#232;le au sens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Deux articles, parmi ceux que nous avons consult&#233;s, font exception, &#224; quelques r&#233;serves pr&#232;s : le premier est d&#251; &#224; Bernard St&#233;phan dans &lt;i&gt;Le Berry R&#233;publicain &lt;/i&gt;et le second&lt;i&gt; &#224; &lt;/i&gt;Christian Digne, dans &lt;i&gt;La Marseillaise. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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