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		<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>Entretien sur l'utopie (avec Daniel Bensa&#239;d) &#8211; automne 1995</title>
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		<dc:date>2020-08-17T09:10:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Daniel Bensaid</dc:subject>
		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>
		<dc:subject>Utopie</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'utopie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos de mes deux ouvrages : &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx&lt;/i&gt; (1994) et &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt; (1995)&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Daniel Bensa&#239;d, publi&#233; dans &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt; n&#176;143, automne 1995. &#192; propos de mes deux ouvrages : &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx&lt;/i&gt; (1994) et &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt; (1995)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Bensa&#239;d&lt;/strong&gt; &#8211; &lt;i&gt;Tu rel&#232;ves dans les textes de Marx de 1844-1845 une utopie persistante de l'&#233;mancipation comme r&#233;alisation ultime de l'essence humaine. Or, ces textes, notamment &lt;/i&gt;La Sainte Famille&lt;i&gt; et &lt;/i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;i&gt;, sont aussi ceux o&#249; se trouve consomm&#233;e la rupture radicale avec les philosophies de l'histoire universelle. Quelle est selon toi l'articulation de ces deux probl&#233;matiques &#224; premi&#232;re vue divergentes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt; - L'adoption du communisme par Marx, en 1844-1845, repose sur une dialectique t&#233;l&#233;ologique de r&#233;alisation de l'essence humaine qui fonde une utopie promise : une utopie dont la port&#233;e critique est explosive, mais qui menace de demeurer st&#233;rile car, avec elle, ce sont les perfections imaginaires et les solutions illusoires qui sont de retour. Perfections imaginaires dans la mesure o&#249; cette utopie promet une parfaite ad&#233;quation des formes d'existence des hommes &#224; leur essence ; solutions illusoires, puisqu'elles sont donn&#233;es avec le probl&#232;me : &#171; le communisme est l'&#233;nigme r&#233;solue de l'histoire humaine &#187;. L'utopie exauc&#233;e avant m&#234;me de s'&#234;tre accomplie est du m&#234;me coup condamn&#233;e. C'est l'insistance de cette utopie promise, d'abord rectifi&#233;e puis effac&#233;e que j'essaie de traquer d'un bout &#224; l'autre de l'&#339;uvre de Marx. Mais pour faire le tri : mon objectif n'est &#233;videmment ni de d&#233;couvrir enfin le Vrai Marx, ni de jeter la derni&#232;re pellet&#233;e de terre sur son tombeau, en compagnie de tous ceux qui veulent enterrer le spectre du communisme avec le cadavre du stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la conception de Marx est remarquable par les tensions qui l'habitent, et cela presque d'embl&#233;e. Marx, dans les &lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt;, n'h&#233;site pas &#224; confier &#224; la n&#233;cessit&#233; de la dialectique - la n&#233;gation de l'essence humaine dans son ali&#233;nation qui appelle la n&#233;gation de cette n&#233;gation par l'appropriation de l'essence humaine - la certitude que l'histoire apportera l'action n&#233;cessaire &#224; son accomplissement ultime. Mais, quelques mois plus tard, on peut lire sous la plume d'Engels, dans &lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt;, que l'histoire n'est pas un sujet, et encore moins une machine, qui se servirait des actions des hommes pour r&#233;aliser ses propres fins&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'histoire ne fait rien, elle &#034;ne poss&#232;de pas de richesse &#233;norme&#034;, elle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On est alors &#224; cent lieues d'une conception qui attribuerait &#224; l'histoire le soin de r&#233;soudre elle-m&#234;me sa propre &#233;nigme. La rupture est ouvertement consomm&#233;e dans &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;. Mais l'est-elle compl&#232;tement ? On peut en douter...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture est officielle avec les philosophies de l'histoire qui la confondent avec l'accomplissement d'une perfectibilit&#233; originaire de l'Homme ou une virtualit&#233; originaire de l'Esprit : une histoire qui serait &#224; elle-m&#234;me son propre sujet, parce qu'elle accomplirait un absolu originaire &#224; la fois moteur et mobile. L'histoire n'est pas cet automate, ni m&#234;me cette taupe r&#233;volutionnaire qui, aveugl&#233;ment, creuserait le sous-sol de la domination. Marx n'a jamais &#233;pous&#233; le progressisme b&#233;at qu'on lui pr&#234;te parfois ni laisser sa conception se confondre avec la dialectique solennelle qu'il affectionne souvent. Sa critique de la dialectique de Hegel ne laisse planer, du moins &#224; premi&#232;re vue, aucune &#233;quivoque : il r&#233;cuse une conception onto-logique de la dialectique qui la pr&#233;sente n&#233;cessairement comme le d&#233;ploiement d'un absolu originaire, comme il r&#233;cuse, du m&#234;me coup, toute conception t&#233;l&#233;ologique de la dialectique qui (comme toute t&#233;l&#233;ologie infinie, m&#234;me quand elle reste immanente) attribue &#224; une cause finale transcendant le cours de l'histoire le soin d'en d&#233;terminer l'orientation et la fin. Cette rupture est officiellement accomplie par Marx &#224; travers la rupture avec l'id&#233;alisme h&#233;g&#233;lien, puis avec l'humanisme feuerbachien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, Marx d&#233;ploie tr&#232;s in&#233;galement les cons&#233;quences de ces ruptures, en particulier tant qu'il recourt, d'abord ouvertement, puis plus discr&#232;tement, &#224; une promesse utopique fond&#233;e sur la dialectique de la r&#233;alisation de l'essence humaine. Sans doute, Marx n'est-il pas le th&#233;oricien d'une histoire automate qui se servirait des actions des hommes &#224; ses propres fins et accomplirait ainsi un destin primordial et universel. Mais il ne cesse de doubler l'histoire empirique d'une histoire essentielle qui d&#233;livre le sens et la destination de la premi&#232;re. Une histoire qui placerait l'utopie sous sa protection n'est pas n&#233;cessairement une histoire qui serait son propre moteur : m&#234;me les d&#233;crets de la Providence doivent composer avec les actions des hommes. Marx rompt avec l'histoire automate, mais pas avec l'histoire tut&#233;laire qui, par le truchement de l'action des hommes qui posent leur propres fins, se pr&#233;sente &lt;i&gt;comme si&lt;/i&gt; elle &#233;tait dispos&#233;e (par la procession des modes de production, la spirale de la n&#233;gation de la n&#233;gation) en vue du communisme. L'&#233;quivoque est constante. La formidable perc&#233;e en direction d'une conception disruptive de l'histoire est p&#233;riodiquement colmat&#233;e par les abus d'une dialectique ferm&#233;e. Il faut renoncer &#224; concilier, mais faire le tri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Bensa&#239;d&lt;/strong&gt; &#8211; &lt;i&gt;Effac&#233;e plut&#244;t que d&#233;pass&#233;e par sa critique, l'utopie subsisterait chez Marx en tant qu'utopie n&#233;gative : la n&#233;cessit&#233; utopique du communisme neutralise alors la strat&#233;gie qui devrait permettre de le r&#233;aliser en actualisant la pr&#233;pond&#233;rance du politique par rapport &#224; l'histoire imaginaire. &lt;/i&gt;&#171; La strat&#233;gie,&lt;i&gt; dis-tu, &lt;/i&gt;n'est jamais que l'expression de la n&#233;cessit&#233; comprise, au point qu'histoire et strat&#233;gie se confondent. &#187;&lt;i&gt; On peut souscrire &#224; ces formules heureuses, &lt;/i&gt;a fortiori&lt;i&gt; si l'on pense aux silences strat&#233;giques de Marx compar&#233;s &#224; la pens&#233;e de part en part strat&#233;gique de L&#233;nine. Mais quelle est d'apr&#232;s toi la part des raisons th&#233;oriques et des raisons pratiques dans ce manque ? Quel est plus pr&#233;cis&#233;ment la fonction de &#171; l'utopie requise &#187; par rapport &#224; la strat&#233;gie d&#233;faillante : sentiment non pratique du possible, comme le dit Lefebvre ou simple sympt&#244;me de l'immaturit&#233; des conditions objectives ? Quel est enfin le rapport du discours politique de Marx (discours prolixe : voir le tome IV des &lt;/i&gt;Ecrits &lt;i&gt;dans la Pl&#233;iade) &#224; ses silences strat&#233;giques ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt; - Marx est loin de se d&#233;sint&#233;resser des questions strat&#233;giques, comme en portent t&#233;moignage son int&#233;r&#234;t pour les questions diplomatiques et militaires. Il se passionne pour les exigences strat&#233;giques qu'impose le jeu des relations entre les &#201;tats (le r&#244;le de la Russie dans le jeu de la r&#233;volution et de la contre-r&#233;volution, par exemple) et les possibilit&#233;s lat&#233;rales au cours dominant de l'histoire (les possibilit&#233;s offertes par la commune russe, notamment). Mais, en g&#233;n&#233;ral, les imp&#233;ratifs strat&#233;giques tendent &#224; se confondre avec la n&#233;cessit&#233; historique. Pourquoi ? A l'affaissement du point de vue strat&#233;gique chez Marx, je vois au moins deux raisons th&#233;oriques, d'ailleurs solidaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fait corps avec la critique des utopies doctrinaires qui &#224; l'&#233;cart du mouvement historique r&#233;el inventent des solutions qu'elles pr&#233;tendent lui imposer ou r&#233;aliser dans son dos. Pour Marx, le r&#244;le de la th&#233;orie est d'exprimer ce mouvement historique, et non de pr&#233;tendre le fa&#231;onner. Mais, au nom du refus de prescrire, une telle critique porte en elle le risque d'une confusion entre posture dogmatique et posture strat&#233;gique. Inversement, et sur ce point la conception de Marx a valeur de mise en garde, le point de vue strat&#233;gique peut n'&#234;tre que le masque d'une incantation doctrinaire. Mais pr&#233;tendre se borner &#224; exprimer le mouvement r&#233;el, c'est prendre le risque bien connu de s'abandonner &#224; son cours apparent ou alors de l'investir d'une destination immanente dont l'action concert&#233;e ne serait que l'auxiliaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde raison th&#233;orique de l'effacement de la strat&#233;gie englobe la pr&#233;c&#233;dente. Le discours de Marx oscille en permanence entre la tentative de d&#233;montrer la n&#233;cessaire possibilit&#233; du communisme et la tentation d'en promettre la n&#233;cessaire effectivit&#233;. Si le premier point de vue l'emportait constamment, l'actualit&#233; d'une &#233;mancipation radicale ne se confondrait pas avec la promesse de son effectuation. Les &#233;checs ne s'expliqueraient pas seulement par l'immaturit&#233; des conditions du succ&#232;s. Les incertitudes de la lutte ne seraient pas seulement renvoy&#233;es au r&#244;le du hasard, mais &#224; une ouverture plus profonde de l'histoire, qui m&#233;nage l'espace propre &#224; la strat&#233;gie. En revanche, quand la n&#233;cessit&#233; historique ne prononce pas seulement la r&#233;alisation de conditions indispensables, mais promet l'accomplissement de l'in&#233;luctable, il ne reste plus, en guise de strat&#233;gie, qu'&#224; lib&#233;rer le pr&#233;sent pour accoucher de l'avenir ou &#224; acc&#233;l&#233;rer l'avenir d&#233;j&#224; inscrit dans le pr&#233;sent. Mais le possible utopique n'est pas seulement en attente de maturit&#233; : toujours contrari&#233;, il est plus rarement disruptif. Le b&#233;gaiement ou le balbutiement n'appartiennent pas seulement &#224; son enfance. La crise et la fracture ne signent aucune maturit&#233; par elle-m&#234;me prometteuse. Le possible utopique n'est pas un tournesol tourn&#233; vers l'avenir radieux. Ce n'est pas non plus, contrairement &#224; une m&#233;taphore insistante de Marx, un rejeton qui attend dans les flancs du capitalisme l'heure de sa d&#233;livrance. L'actualit&#233; insistante d'une bifurcation de l'histoire place p&#233;riodiquement ses acteurs au bord du gouffre : strat&#233;gie est le nom du franchissement - incertain, aventureux et indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Bensa&#239;d&lt;/strong&gt; &#8211; &lt;i&gt;Tu &#233;cris que la critique explicative et la critique normative sont soud&#233;es chez Marx par la dialectique de l'essence. D'o&#249; le th&#232;me de la n&#233;cessit&#233; historique et ses ambigu&#239;t&#233;s. Comment cette n&#233;cessit&#233; se conjugue-t-elle avec les incertitudes de la lutte ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler &lt;/strong&gt;- Marx critique la posture &#233;thique et dogmatique des utopistes quand ceux-ci se bornent &#224; condamner le capitalisme au nom de ses contradictions. Dans le meilleur des cas, ils per&#231;oivent les contradictions et les condamnent, mais sans les comprendre. Alors qu'il s'agit de comprendre ce qui dans les contradictions du capitalisme le rend historiquement condamnable, c'est-&#224;-dire porteur des virtualit&#233;s d'une autre civilisation. Pour cela il faut saisir la dialectique intime de l'essence du Capital (les rapports internes qui le structurent et lui impriment sa dynamique) : c'est cette dialectique qui le conduit &#224; rencontrer ses propres limites comme un obstacle qui ne peut &#234;tre franchi qu'en abolissant le capital lui-m&#234;me. Voil&#224; pourquoi la critique du capitalisme est en permanence sous-tendue par la perspective de son d&#233;passement. En ce sens, la critique de Marx est toujours normative : la critique du f&#233;tichisme est sous-tendue par l'hypoth&#232;se de son abolition, la critique de l'exploitation par l'hypoth&#232;se de sa suppression, la critique de l'&#201;tat politique par l'hypoth&#232;se de son d&#233;p&#233;rissement. Comme sont normatives, plus g&#233;n&#233;ralement, la critique des s&#233;parations fond&#233;e sur l'hypoth&#232;se de leur annulation, et la critique des m&#233;diations (la m&#233;diation de l'&#233;change marchand, la m&#233;diation d'une &#233;mancipation strictement politique) fond&#233;e sur l'hypoth&#232;se de leur d&#233;passement. De telles hypoth&#232;ses reposent sur un mod&#232;le sous-jacent dont la critique v&#233;rifie la validit&#233; th&#233;orique et historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en faut pas plus &#224; la critique positiviste la plus banale pour reprocher &#224; Marx d'avoir confondu science et &#233;thique, faits et valeurs, compr&#233;hension du capitalisme et condamnation de ces m&#233;faits. L'option &#233;thique serait &#224; la rigueur acceptable &#224; condition de rester d&#233;connect&#233;e de la froideur scientifique. Et la perspective pratique ne serait concevable qu'&#224; condition d'&#234;tre comprise comme une application technique de la science. Autant dire qu'une telle critique passe compl&#232;tement &#224; c&#244;t&#233; de ce qui fait la force de la th&#233;orie de Marx. Le point de vue de la transformation du monde domine totalement sa perspective : il s'agit de comprendre comment le monde se transforme pour transformer le monde. Une critique qui se donne un tel objectif sollicite un horizon normatif, sans cesser pour autant d'&#234;tre scientifique, mais en un sens, jusqu'&#224; Marx, in&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet horizon normatif, d'ailleurs, n'affleure qu'occasionnellement dans les &#339;uvres post&#233;rieures &#224; 1848. Pourtant, m&#234;me dans les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, ce mod&#232;le est encore, mais en pointill&#233;s, celui d'une r&#233;alisation de l'essence humaine dans des formes d'existence qui lui seraient ad&#233;quates. L'essentialisme m&#233;thodologique qui permet de comprendre le capitalisme se double d'un essentialisme critique qui confronte le capitalisme aux exigences de r&#233;alisation de &#171; l'humanit&#233; sociale &#187; (pour reprendre une expression des &lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt;). Une telle m&#233;thode ne va pas sans probl&#232;mes. Mais elle ne quitte pas le terrain (abandonn&#233; par le scientisme &#224; courte vue) d'une critique rigoureuse. Il en va tout autrement quand ce mod&#232;le est promis &#224; son accomplissement... Une fois encore la n&#233;cessit&#233; historique du possible menace d'&#234;tre d&#233;vor&#233;e par la promesse historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Bensa&#239;d&lt;/strong&gt; &#8211; &#171; La certitude de l'av&#232;nement du contenu dispense d'en anticiper les formes &#187;. &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt; &#171; pr&#233;suppose que la forme viendra d'elle-m&#234;me r&#233;soudre les probl&#232;me &#187;. &lt;i&gt;J'imagine que tu penses notamment au peu de pr&#233;cisions consacr&#233;es aux formes institutionnelles de la d&#233;mocratie politique et sociale, y compris &#224; la forme du parti de classe et &#224; ses liens avec le mouvement sociale. Mais comment &#233;viter dans cette anticipation utopique la rechute doctrinaire ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt; - Le refus de pr&#233;parer des recettes pour les marmites de l'avenir a pour contrepartie, dans l'&#339;uvre de Marx, la certitude que l'avenir d&#233;couvrira, le moment venu, les recettes d'un festin dont le menu est d&#233;j&#224; &#233;tabli et l'&#233;ch&#233;ance d&#233;j&#224; fix&#233;e, m&#234;me si la date reste incertaine. Le contenu du communisme est trac&#233; avant que ne soient identifiables les formes de son accomplissement. Marx ne renonce pas &#224; d&#233;tecter ces formes : les formes de socialisation comme les formes du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat. Pourtant, non seulement cette d&#233;tection est morcel&#233;e et parfois contradictoire, mais elle est relativis&#233;e au point de devenir totalement secondaire. Un seul exemple : dans la &lt;i&gt;critique du programme de Gotha&lt;/i&gt;, Marx n'h&#233;site pas &#224; affirmer que le programme n'a pas &#224; s'occuper des formes sociales et politiques de la p&#233;riode de transition - la p&#233;riode de la dictature du prol&#233;tariat. Au nom des urgences de l'action imm&#233;diate, dont les programmes d'avenir risquent de d&#233;tourner, la prospection est abandonn&#233;e &#224; l'&#339;uvre de la science qui, certes, peut entrevoir le contenu de l'avenir, mais, bien s&#251;r, ne peut en pr&#233;voir les formes. Au nom d'une critique des inventions doctrinaires, abandonn&#233;es &#224; des g&#233;nies solitaires, la voie, peut-&#234;tre &#233;troite, d'une invention collective, n'est m&#234;me pas envisag&#233;e. Il faut prendre la mesure du prix pay&#233; d'une critique unilat&#233;rale de l'utopie : sous couvert de refuser de f&#233;tichiser les formes ou de distinguer la forme et le contenu (&#224; propos de l'URSS ou de la Chine, selon les go&#251;ts), combien d'illusions sont n&#233;es de l'esp&#233;rance que le contenu &#233;chappe &#224; la forme qui le d&#233;figure ! Et, aujourd'hui, face &#224; des questions aussi pressantes que celles de l'espace social et politique de l'Europe ou des nouvelles formes d'organisation du travail et du temps libre, nous continuons encore trop souvent &#224; nous retrancher derri&#232;re quelques mots d'ordre, indispensables mais insuffisants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste alors la question que tu poses. La rechute doctrinaire et la tentation sectaire qui la suit comme son ombre menacent &#233;videmment &#224; chaque fois que la r&#233;alit&#233; refuse de souscrire aux projets de sa transformation : on se retranche alors derri&#232;re la d&#233;fense de principes ou l'&#233;laboration de syst&#232;mes, dont les vertus immunitaires sont sans borne. Si l'histoire se d&#233;robe et la catastrophe perdure, il suffit, pour l'expliquer, de recourir &#224; une cause absente : le d&#233;faut d'application de la th&#233;orie juste et/ou l'abandon de principes inalt&#233;rables. &#192; ce jeu, il ne co&#251;te rien d'avoir toujours raison, puisque l'on ne prend jamais le risque d'avoir tort. D'un certain marxisme comme vaccin universel...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre le risque de rechute doctrinaire, il n'existe &#233;videmment aucune garantie absolue, surtout quand on s'aventure sur le terrain d'une utopie projective qui se propose d'esquisser les formes possibles de l'&#233;mancipation. Mais on peut prendre quelques pr&#233;cautions qui ont, au moins partiellement, valeur de m&#233;thode et de perspective. Ici encore, c'est avec Marx que l'on peut tenter d'aller au-del&#224; de Marx. Le point de vue doctrinaire rel&#232;ve &#224; la fois de la m&#233;thode th&#233;orique et de la posture politique. Est dogmatique selon Marx la m&#233;thode qui consiste &#224; s'opposer &#224; la r&#233;alit&#233; existante sans saisir en elle les conditions et les contradictions disruptives qui sont d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre et permettent de les d&#233;passer. Est doctrinaire, par cons&#233;quent, la posture politique qui consiste &#224; tenter d'imposer dans le dos du mouvement r&#233;el quand ce n'est pas contre lui, des solutions qui ne prennent pas en compte son existence. Une telle critique trace en creux une autre perspective, th&#233;orique et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;laboration de mod&#232;les utopiques, dans le meilleur sens du qualificatif, consiste &#224; partir des tendances d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre, mais contrari&#233;es, ainsi que des formes propres de la r&#233;alit&#233; existante, mais mutil&#233;es de leur potentiel de rupture, pour d&#233;tecter les contradictions qui poussent le capitalisme &#224; son abolition et les conditions qui tendent vers un nouveau type de civilisation. Cette m&#233;thode est une m&#233;thode de d&#233;tection des gisements d'utopie. Son nom est connu, m&#234;me si son usage mal contr&#244;l&#233; l'a fait tomber en d&#233;su&#233;tude : dialectique. A condition de faire figurer, comme Marx a tent&#233; de le faire, les forces susceptibles de s'emparer des virtualit&#233;s utopiques au nombre de ces virtualit&#233;s, on peut esp&#233;rer que les esquisses utopiques des formes sociales et politiques ne tournent pas &#224; la construction doctrinaire. Mais il existe une autre garantie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intellectuel collectif susceptible de s'emparer de l'invention d'une utopie d&#233;mocratique est peut-&#234;tre en train de changer de visage, m&#234;me si ce visage grimace encore sous les ruines cumul&#233;es du stalinisme et du social lib&#233;ralisme. Il existe aujourd'hui de nouvelles figures de l'intellectualit&#233; qui sont socialement tr&#232;s diff&#233;rentes du r&#234;veur ou du proph&#232;te utopique du si&#232;cle dernier : les savoirs militants de toutes celles et de tous ceux qui, victimes de l'oppression, tentent de la combattre se sont &#233;largis et approfondis. les intellectuels sp&#233;cifiques, dont Deleuze et Foucault ont tent&#233; de d&#233;terminer le r&#244;le et qui interviennent d&#233;j&#224; dans tous les chantiers de la transformation sociale, se sont multipli&#233;s, et avec eux les capacit&#233;s d'expertise de toutes les formes de l'intol&#233;rable et du possible. Leurs limites - nos limites - sont ais&#233;ment rep&#233;rables : engagement sectoriel sans point de vue d'ensemble ; politique des coups d'&#233;pingle sans politique de rupture. La radicalit&#233; de certains engagements contraste avec la timidit&#233; des choix politiques : c'est ce foss&#233; qu'il faut combler. Comment pourrions-nous le faire sans cr&#233;er, en m&#234;me temps, les conditions d'une invention d&#233;mocratique de l'utopie. Peut-&#234;tre est-ce en ces termes qu'il faut reformuler les questions lancinantes du programme et du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, la dialectique comme m&#233;thode de d&#233;tection et la d&#233;mocratie comme proc&#233;dure d'invention sont les seuls rem&#232;des que je connaisse aux tentations doctrinaires et sectaires. Mais aucune utopie d'&#233;mancipation n'est aujourd'hui pensable et possible sans cette prise de risque : repenser ses normes, ses formes et ses id&#233;aux.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * * &lt;/center&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;Marx contre Marx ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;(Extraits de l'introduction de &lt;i&gt;Convoiter l'impossible&lt;/i&gt;)&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;(...) Aux utopies qui confient &#224; des projections et des &#233;vasions imaginaires le soin d'accomplir leurs projets - aux utopies prises en flagrant d&#233;lit de fuite &#233;perdue et d'errance sans fin - Marx aurait oppos&#233;, sans renier tout ou partie de leurs aspirations, le sol historique et strat&#233;gique o&#249; prendre pied sans prendre racines. Le passage du socialisme de l'utopie &#224; la science ou de l'utopie abstraite &#224; l'utopie concr&#232;te aurait accompli, du moins en pens&#233;e, la rupture d&#233;cisive et ouvert un chemin qu'il ne restait plus qu'&#224; emprunter. Hypoth&#232;ses devenues certitudes, convictions devenues croyances : faut-il insister sur toutes les raisons d'en douter ? Mais pas au point de s'en remettre &#224; l'illusion d'une histoire qui tirerait elle-m&#234;me ses propres le&#231;ons : sans d&#233;tour par Marx, aucun d&#233;tour par l'utopie ne permettrait de donner de nouvelles chances &#224; une th&#233;orie et une strat&#233;gie de l'&#233;mancipation. Aussi devons-nous poser face &#224; Marx notre question initiale - &lt;i&gt;quelle utopie appelle l'autocritique de l'utopie ?&lt;/i&gt; - pour la convertir en cette autre question : &lt;i&gt;quel h&#233;ritage utopique de Marx appelle la critique de Marx ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais existe-t-il seulement un h&#233;ritage ? Rescap&#233; du naufrage, un marxisme mi-mondain, mi- savant, qu'il en revendique le titre ou qu'il le r&#233;cuse, pointe le nez et, croyant ainsi sauver l'essentiel, propose de ranger le communisme de Marx au magasin des accessoires de sa pens&#233;e, pour ne conserver que la caisse &#224; outils o&#249; chacun, &#233;conomiste, historien, philosophe, selon sa discipline, trouverait des instruments n&#233;cessaires &#224; ses grandes recherches ou &#224; ses petits bricolages. Cela n'est pas rien, mais cela n'est pas tout. La th&#233;orie de Marx n'est pas ind&#233;pendante de son projet : fonder sur la critique scientifique de l'ordre social existant la perspective d'une &#233;mancipation radicale, &#224; laquelle Marx r&#233;servait le vocable de communisme. Et ce projet m&#233;rite mieux qu'une mise &#224; la retraite anticip&#233;e. Avouons cette singuli&#232;re obstination, partag&#233;e, nous le savons, avec d'autres : prendre le communisme de Marx au s&#233;rieux. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revendiquer un h&#233;ritage utopique, pour les adeptes du marxisme litt&#233;ral, r&#233;sonne comme un paradoxe insoutenable puisque, sans nul doute, Marx s'est propos&#233; de critiquer les utopies pour les cong&#233;dier : ces utopies que leur d&#233;nomination m&#234;me, dans la langue de Marx, condamne comme st&#233;riles, mais qui ne peuvent &#234;tre enferm&#233;es, m&#234;me pour Marx, dans leur mauvais concept. Pourtant, que l'on comprenne le projet de Marx comme il s'est compris lui-m&#234;me ou qu'on en d&#233;gage le sens en d&#233;pit de ses formulations - qu'il ait d&#233;gag&#233; le communisme de l'utopie ou donn&#233; &#224; l'utopie son fondement concret - le d&#233;passement des utopies du pass&#233; se solde, dans l'&#339;uvre de Marx, non par l'abandon d'&#233;paves englouties par un naufrage, mais l'accomplissement d'un sauvetage : Miguel Abensour (dont nous reprendrons largement, quitte &#224; en modifier quelques termes, la probl&#233;matique) l'a solidement &#233;tabli&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Miguel Abensour, &#034;L'Histoire de l'utopie et le destin de sa critique&#034;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais un tel sauvetage suppose une captation d'h&#233;ritage et une op&#233;ration de filtrage : un h&#233;ritage de l'utopie par filtrage de l'utopie. Est-il vain de se tourner vers l'&#339;uvre de Marx pour renouveler cette entreprise ? Car, &#224; n'en pas douter, la pens&#233;e de Marx mobilise une utopie pour se d&#233;faire de l'utopie ; une utopie qui constitue, pour le meilleur et pour le pire, une condition n&#233;cessaire du d&#233;veloppement de la th&#233;orie. Pour le meilleur et pour le pire : le but du pr&#233;sent ouvrage est de contribuer &#224; effectuer le tri - ou, si l'on veut, d'opposer Marx &#224; Marx - en soumettant son &#339;uvre &#224; une critique interne qui la mette &#224; l'&#233;preuve de l'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore ne s'agit-il que d'un parcours critique parmi d'autres parcours possibles et n&#233;cessaires : la lecture propos&#233;e, par cons&#233;quent, s'efforce d'&#233;chapper aux tentations de la critique ultime et int&#233;grale (...). Une lecture s&#233;lective, pourtant, n'est pas condamn&#233;e &#224; &#234;tre arbitraire : c'est une question de m&#233;thode. Puisqu'il s'agit de filtrer l'h&#233;ritage utopique de Marx, quel sera le crible ? Qui nous apprendra &#224; distinguer le versant froid de l'utopie et son versant chaud ? Quelle est, si son existence doit &#234;tre &#233;tablie, cette utopie de l'ombre que la critique de Marx tra&#238;ne derri&#232;re elle ? (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est vrai de l'utopie que la critique impose de cong&#233;dier le sera a fortiori de l'utopie qui doit b&#233;n&#233;ficier de notre hospitalit&#233; : si l'on se laisse enfermer dans le concept marxien de l'utopie, la th&#233;orie de Marx n'est &#224; aucun titre, inf&#226;mant ou &#233;logieux, une utopie. En revanche, un relev&#233; des impens&#233;s de la critique marxienne des utopies permet de soumettre la th&#233;orie de Marx &#224; l'&#233;preuve de sa critique des utopies, pr&#233;cis&#233;ment parce que la signification et la validit&#233; de cette th&#233;orie sont en question dans cette critique : les impens&#233;s de la critique marxienne de l'utopie co&#239;ncident avec les impens&#233;s utopiques de sa propre pens&#233;e. Une voie est alors trac&#233;e : &lt;i&gt;prendre Marx au pi&#232;ge de sa propre critique des utopies&lt;/i&gt;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cet esprit que nous nous sommes propos&#233; de&lt;i&gt; prendre la critique marxienne de l'utopie comme fil conducteur d'une critique l'utopie marxienne&lt;/i&gt;. Encore fallait-il prendre le temps de tisser le fil de la critique (avant de pouvoir b&#233;n&#233;ficier des appuis m&#233;thodiquement contr&#244;l&#233;s que peuvent offrir certaines critiques de l'utopie). C'est donc &#224; une double lecture de l'&#339;uvre de Marx qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de proc&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re lecture, expos&#233;e dans un pr&#233;c&#233;dent ouvrage, avait pr&#233;cis&#233;ment pour objectif de d&#233;faire le commentaire classique et de refaire l'itin&#233;raire de la critique marxienne de l'utopie : d'en parcourir la &lt;i&gt;gen&#232;se&lt;/i&gt;, d'en retracer les &lt;i&gt;figures&lt;/i&gt;, d'en &#233;clairer les &lt;i&gt;pronostics&lt;/i&gt;, et d'en mesurer les &lt;i&gt;impasses&lt;/i&gt;. Les impens&#233;s de cette critique des utopies laissent alors &lt;i&gt;entrevoir&lt;/i&gt; les impens&#233;s utopiques de la th&#233;orie qui la fonde, et permettent de tracer &lt;i&gt;en pointill&#233;s&lt;/i&gt; une critique de l'utopie marxienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Maler, Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx, L'Harmattan, 1994.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seconde lecture, propos&#233;e ici, permet alors de d&#233;tecter les dimensions utopiques de la pens&#233;e de Marx et, en particulier, de cerner les figures qui permettent de transf&#233;rer l'utopie d&#233;mise au c&#339;ur d'une utopie promise. Si, &#224; cette &#233;tape, l'utopie est prise encore en mauvaise part, c'est en un sens in&#233;dit dans la critique de Marx, comme dans la critique classique de l'utopie. C'est donc un bilan critique sans complaisance qui occupe la plus grande partie de cet ouvrage. Mais le filtrage de la th&#233;orie de Marx r&#233;v&#232;le que l'utopie promise coexiste avec une utopie requise : requise parce qu'elle est non seulement effectivement impliqu&#233;e, mais surtout potentiellement indiqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'itin&#233;raire que nous invitons &#224; parcourir nous conduira donc des contr&#233;es de l'utopie promise aux sentiers de l'utopie requise - avec Marx, mais malgr&#233; Marx. Pour d&#233;blayer cet itin&#233;raire, nous avons tent&#233; de le pr&#233;senter comme une introduction, parmi d'autres possibles, &#224; une lecture de Marx : nous avons donc essay&#233; d'&#233;viter les allusions qui auraient peut-&#234;tre suffi aux sp&#233;cialistes. Pour parcourir cet itin&#233;raire, une attention scrupuleuse aux &#233;tapes et aux figures de la pens&#233;e de Marx &#233;tait indispensable : nous esp&#233;rons que le lecteur acceptera de mettre au d&#233;bit de ce scrupule nos lenteurs et nos insistances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re partie tente de montrer comment, initialement, la tentative marxienne de cong&#233;dier l'utopie ne r&#233;siste pas aux tentations de l'utopie, voire aux &lt;i&gt;promesses de l'utopie&lt;/i&gt;, que laissent transpara&#238;tre la figure d'une utopie r&#233;v&#233;l&#233;e, pr&#233;sente dans les &#339;uvres de 1844 &#224; 1845 et celle d'une utopie rectifi&#233;e, latente dans les &#339;uvres de 1845 &#224; 1848.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me partie tente de mettre en &#233;vidence comment la p&#233;riode r&#233;put&#233;e la plus scientifique de l'&#339;uvre de Marx - sa p&#233;riode dite de maturit&#233; - c&#232;de encore aux &lt;i&gt;sortil&#232;ges de l'utopie :&lt;/i&gt; les mirages d'une histoire charg&#233;e de l'exaucer, les r&#234;ves d'une &#233;mancipation plac&#233;e dans la p&#233;nombre, les pi&#232;ges d'u&#178;ne strat&#233;gie et d'une politique contrari&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re partie - instruite de la critique marxienne de l'utopie et de la critique de l'utopie marxienne - tente de faire droit aux &lt;i&gt;esp&#233;rances de l'utopie&lt;/i&gt; et de m&#233;nager &#224; celle-ci les ouvertures qui amorcent son sauvetage : de tracer les contours d'une utopie de bon aloi, disruptive et projective, forte d'une reprise utopique de la dialectique et d'une esquisse utopique de l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour accueillir cette utopie, il convenait d'abord de contribuer &#224; &#233;lucider cette question : comment l'utopie d&#233;sormais peut-elle &#234;tre pens&#233;e ? On chercherait en vain ici une r&#233;ponse &#224; une question autrement plus d&#233;licate : &#224; quelle utopie confier d&#233;sormais nos combats et nos esp&#233;rances ? Pourtant, si les vents chauds de l'utopie - car elle a ses vents froids - ne soufflent pas sur ces pages, pas plus qu'ils ne soufflent sur l'histoire au moment o&#249; nous &#233;crivons, c'est avec eux que nous voulons voyager. Sans but, mais non sans id&#233;al - sans Terre Promise, mais non sans boussole : &lt;i&gt;Convoiter l'impossible ! &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'histoire ne fait rien, elle&lt;i&gt; &#034;&lt;/i&gt;ne poss&#232;de pas de richesse &#233;norme&lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt;, elle &lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt;ne livre pas de combats&lt;i&gt; &#187; ! &lt;/i&gt;C'est au contraire l'homme, l'homme r&#233;el et vivant qui fait tout cela, poss&#232;de tout cela et livre tous ces combats ; ce n'est pas, soyez en certains, l'&lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt;histoire&lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt; qui se sert de l'homme comme moyen pour r&#233;aliser ses fins &#224; elles ; elle n'est que l'activit&#233; de l'homme qui poursuit ses fins &#224; lui &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Miguel Abensour, &#034;L'Histoire de l'utopie et le destin de sa critique&#034;,&lt;i&gt; Textures&lt;/i&gt; n&#176;6/7 (1973) et n&#176;8/9 (1974).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Maler, &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pour Daniel Bensa&#239;d (2010)</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Pour-Daniel-Bensaid-2010.html</link>
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		<dc:date>2016-01-12T10:29:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Daniel Bensaid</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Daniel Bensa&#239;d est d&#233;c&#233;d&#233; le 12 janvier 2010 &#224; Paris, Ces quelques lignes ont &#233;t&#233; publi&#233;es sur le site du &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-01-14-Pour-Daniel-Bensaid&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; le 14 janvier 2010.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Test-rubrique-.html" rel="directory"&gt;Des camarades&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Daniel-Bensaid-+.html" rel="tag"&gt;Daniel Bensaid&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L124xH150/arton9-eed91.jpg?1726251038' class='spip_logo spip_logo_right' width='124' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Daniel Bensa&#239;d est d&#233;c&#233;d&#233; le 12 janvier 2010 &#224; Paris. Ces quelques lignes ont &#233;t&#233; publi&#233;es sur le site du &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-01-14-Pour-Daniel-Bensaid&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; le 14 janvier 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Daniel est d&#233;c&#233;d&#233;. Intellectuel ? Philosophe ? Certainement. Mais ces mots lui vont mal qui sont trop souvent les masques grima&#231;ants de la d&#233;sinvolture et de l'imposture. Th&#233;oricien reconnu, du moins par ceux dont la reconnaissance lui importait, il &#233;tait d'abord un militant. Deux faces pour un m&#234;me visage et pour une m&#234;me politique : la &#171; politique de l'opprim&#233; &#187;. Mais aussi deux formes d'activit&#233; sous tension : tant il est vrai que le temps de l'intervention n'est pas celui de la recherche et que le courage d'agir ne se le laisse pas d&#233;duire de la soif de savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tardivement m&#233;diatis&#233;, Daniel ne fut jamais un intellectuel m&#233;diatique : un intellectuel pour m&#233;dias, en qu&#234;te de leur cons&#233;cration et bient&#244;t prisonnier de leur logique. Celle-l&#224; m&#234;me qui flatte les egos et dilate les nombrils. A l'individualisation m&#233;diatique de l'intellectuel, il opposait deux principes qui dessinent une figure sinon in&#233;dite du moins particuli&#232;re de l'engagement. Un principe de responsabilit&#233; qui impose de mettre ses id&#233;es &#224; l'&#233;preuve d'une pratique collective ; un principe d'humilit&#233; qui rappelle que l'on ne pense jamais seul, mais toujours avec d'autres [1]. Aux penseurs &#224; grande vitesse, il opposait la &#171; lente impatience &#187; du militant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dirigeant &#8211; encore un mot qui ne lui va qu'&#224; demi - de la Jeunesse communiste r&#233;volutionnaire (JCR), puis de la Ligue communiste r&#233;volutionnaire (LCR), il avait particip&#233; &#224; la fondation du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) : il savait que le combat pour le communisme ne supporte pas d'&#234;tre orphelin de toute appartenance. Longtemps responsable de la Quatri&#232;me internationale, Daniel &#233;tait un militant internationaliste, pas un commis voyageur. Un &#171; soixante-huitard &#187;, dit-on. Certes, mais pas un professionnel de sa propre histoire, et encore moins du reniement. Fid&#232;le &#224; l'&#233;v&#233;nement, mais en vertu d'une prise de parti qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233; et qui ne se confond pas avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;oricien, Daniel Bensa&#239;d a rendu Marx &#224; son actualit&#233;, critique et strat&#233;gique, en lui offrant la compagnie non seulement de Blanqui, L&#233;nine et Trotsky, mais aussi (surtout ?) celle de Charles P&#233;guy et de Walter Benjamin. Sentinelle attentive, comme eux, au surgissement de l'&#233;v&#233;nement qui de toute sa force propulsive l&#233;zarde le cours monotone de toutes les formes d'oppression - et les bouscule jusqu'au point o&#249; tout bascule ou peut basculer : r&#233;volution. Sentinelle qui jamais ne s'est satisfait d'&#234;tre seulement vigilante : dans l'action, jusqu'au dernier moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa vie, son &#339;uvre, son activit&#233; ne furent pas, bien s&#251;r, sans failles ni d&#233;fauts, sans erreurs ni errements. Mais Daniel Bensa&#239;d restera un exemple. Pas une ic&#244;ne : un exemple, tout simplement. Ou, pour le dire mieux et honorer sa simplicit&#233; et son humanit&#233;, une r&#233;f&#233;rence. Du moins pour celles et ceux qui, ind&#233;fectiblement, font et refont le pari de l'&#233;mancipation humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://danielbensaid.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le site de Daniel Bensa&#239;d&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la trentaine de livres, qu'il a r&#233;dig&#233;s ou auxquels il a particip&#233;, on retiendra particuli&#232;rement (par un impossible choix) : &lt;i&gt;Walter Benjamin, sentinelle messianique&lt;/i&gt;, &#233;ditions Plon, 1990. &lt;i&gt;La Discordance des temps : essais sur les crises, les classes, l'histoire&lt;/i&gt;, &#201;ditions de la Passion, 1995. &lt;i&gt;Marx l'intempestif : Grandeurs et mis&#232;res d'une aventure critique (XIX&#232;, XX&#232; si&#232;cles)&lt;/i&gt;, Fayard, 1996. &lt;i&gt;Le Pari m&#233;lancolique&lt;/i&gt;, Fayard, 1997. &lt;i&gt;Le Sourire du spectre : nouvel esprit du communisme&lt;/i&gt;, &#233;ditions Michalon, 2000. &lt;i&gt;Les Trotskysmes&lt;/i&gt;, PUF, coll. &#171; Que sais-je ? &#187;, 2002. &lt;i&gt;Une Lente Impatience&lt;/i&gt;, &#233;ditions Stock, coll. &#171; Un ordre d'id&#233;es &#187;, 2004. &lt;i&gt;Un nouveau th&#233;ologien : Bernard-Henri L&#233;vy (Fragments m&#233;cr&#233;ants, 2)&lt;/i&gt;, Nouvelles &#201;ditions Lignes, 2008. &lt;i&gt;Politiques de Marx&lt;/i&gt;, suivi de &lt;i&gt;Inventer l'inconnu, textes et correspondances autour de la Commune&lt;/i&gt;, Karl Marx et Friedrich Engels, La Fabrique, 2008 &lt;i&gt;Marx, mode d'emploi&lt;/i&gt;, &#233;ditions La D&#233;couverte, 2009 (Avec Charb)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Voir, par exemple ce qu'il d&#233;clarait lors d'un &lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/x4fy89_entretien-daniel-bensaid-2_news.&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;entretien accord&#233; &#224; Rue 89&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title> Karl Marx : inventaire apr&#232;s relectures (1996)</title>
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		<dc:date>2015-09-30T09:06:29Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Bensa&#239;d, Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Daniel Bensaid</dc:subject>
		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>
		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Marx, le retour ? Deux philosophes, Daniel Bensa&#239;d et Henri Maler}, revisitent l'&#339;uvre marxiste. Sans r&#233;v&#233;rence, mais non sans convictions, leurs ouvrages proposent un Marx contemporain. &#187; Entretien de f&#233;vrier 1996.&lt;/p&gt;

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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Marx, le retour ? Deux philosophes, Daniel Bensa&#239;d et Henri Maler, revisitent l'&#339;uvre marxiste. Sans r&#233;v&#233;rence, mais non sans convictions, leurs ouvrages proposent un Marx contemporain&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Bensa&#239;d, Marx l'intempestif. Grandeurs et mis&#232;res d'une aventure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; Propos recueillis par Bernard Lefort, &lt;i&gt;R&#233;forme&lt;/i&gt; n&#176; 2651, samedi 3 f&#233;vrier 1996.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bernard Lefort :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Pourquoi &#233;crire sur Marx aujourd'hui ? L'effondrement du &#171; socialisme r&#233;el &#187; n'a-t-il pas sanctionn&#233; la faillite d'une &#171; vision du monde &#187; et des &#171; marxismes &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Bensa&#239;d :&lt;/strong&gt; Pourquoi &#233;crire sur Marx ? Pour au moins trois raisons. D'abord parce qu'il est d'une aveuglante actualit&#233; : toute son &#339;uvre critique consiste &#224; d&#233;chiffrer les hi&#233;roglyphes de soci&#233;t&#233;s soumises aux rapports marchands. Il a saisi leur dynamique et ses dangers presque &#224; la naissance, lorsque le capital n'&#233;tait encore dominant qu'&#224; l'&#233;chelle de l'Europe et des &#201;tats-Unis. Aujourd'hui, cette r&#233;alit&#233; est effectivement devenue plan&#233;taire. Ensuite parce que le moment est propice. Les bouleversements mondiaux de ces derni&#232;res ann&#233;es ont touch&#233; de plein fouet les orthodoxies &#171; marxistes &#187; des partis et des &#201;tats. Cela permet de porter sur Marx un regard nouveau et paradoxalement tourn&#233; vers l'avenir. Il ne s'agit pas de jouer les gardiens du temple mais, au contraire, de reprendre, sous les chocs du pr&#233;sent, des pistes qu'il avait ouvertes et qui furent trop vite abandonn&#233;es. Enfin, parce que le lib&#233;ralisme, loin de repr&#233;senter une r&#233;ponse aux d&#233;fis de notre temps, appara&#238;t lourd de catastrophes mena&#231;antes. D&#233;velopper l'esprit de r&#233;sistance et ressusciter l'esp&#233;rance ne se fera pas sans solides fondations critiques. De ce point de vue, il m'appara&#238;t que Marx est un point de d&#233;part oblig&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler : &lt;/strong&gt;Les peuples d'Europe de l'Est se sont en effet affranchis du stalinisme. La pens&#233;e de Marx aussi&#8230; Seul le &#171; marxisme-l&#233;ninisme-stalinisme &#187; se pr&#233;sentait comme une &#171; vision du monde &#187; : nous en sommes lib&#233;r&#233;s. Pour r&#233;sister au marxisme stalinis&#233; et combattre les r&#233;gimes qu'il couvrait de son autorit&#233;, nous avons parfois &#233;t&#233; oblig&#233;s d'opposer un &#171; vrai Marx &#187; &#224; ses d&#233;figurations et d' inventer des orthodoxies alternatives. Ce moment est d&#233;pass&#233;, et c'est pourquoi l'inventaire de la pens&#233;e de Marx est &#224; l'ordre du jour. Cet inventaire ne peut se borner &#224; affirmer que Marx serait prisonnier de son si&#232;cle, alors que nous, nous serions lib&#233;r&#233;s par le n&#244;tre. Marx est encore notre contemporain. Autant le retour &#224; Marx, du point de vue m&#234;me de Marx, n'aurait aucun sens, autant le d&#233;tour par Marx reste indispensable. Les marxismes critiques &#8211; qui se tournent vers la r&#233;alit&#233; qu'ils esp&#232;rent transformer et se retournent le cas &#233;ch&#233;ant contre eux-m&#234;mes pour mieux se comprendre et se modifier &#8211; n'ont jamais &#233;t&#233; sans d&#233;faut. Ils n'ont pas failli. Ils ont subi de lourdes d&#233;faites, mais ils sont loin d'avoir &#233;t&#233; d&#233;finitivement vaincus. Le communisme critique non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B.L. :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Vos livres respectifs t&#233;moignent d'un int&#233;r&#234;t renouvel&#233; pour l'&#339;uvre de Marx. Mais n'est-ce pas une d&#233;marche isol&#233;e ? Les intellectuels n'ont-ils pas d&#233;laiss&#233;, &#224; quelques exceptions pr&#232;s, ce travail de &#171; philosophie critique &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H.M. :&lt;/strong&gt; Les virtuoses du renoncement ne s'y trompent pas : ils enterrent dans le m&#234;me caveau tous ceux qui se sont gliss&#233;s dans la succession de Marx, et toutes les autres formes de pens&#233;e critique. &#192; commencer par ceux-l&#224; m&#234;mes qui ont pens&#233; &#224; l'&#233;cart de Marx, mais jamais sans lui : hier Foucault et Deleuze, et aujourd'hui Derrida ou Bourdieu, pour ne citer que les plus connus. Sans doute, les &lt;i&gt;d&#233;tours&lt;/i&gt; par Marx d'aujourd'hui sont plus souterrains que les &lt;i&gt;recours&lt;/i&gt; par Marx qui occupaient jadis les devants de la sc&#232;ne. Les recherches qui passent par Marx, ou qui se consacrent &#224; lui, sont plus vigoureuses que jamais, plus aventureuses aussi. Elles sont en m&#234;me temps expos&#233;es &#224; des d&#233;rives erratiques, et plus ouvertes &#224; des renouveaux h&#233;r&#233;tiques. La pens&#233;e critique, je le crois, n'a pas abdiqu&#233; devant la mode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.B. :&lt;/strong&gt; La notion d'&#171; intellectuel &#187; est assez vague. D'une part, elle &#233;voque in&#233;vitablement l'engagement civique, de Zola &#224; Sartre ou &#224; Foucault. Si on cherche des &#233;quivalents aujourd'hui, on n'en trouvera gu&#232;re, car la sociologie m&#234;me des intellectuels a consid&#233;rablement &#233;volu&#233;, et il serait d&#233;risoire de r&#233;duire la cat&#233;gorie aux signataires de p&#233;titions (quels que soient par ailleurs leurs m&#233;rites et l'utilit&#233; souvent av&#233;r&#233;e de leurs d&#233;marches), ou &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; de la petite bureaucratie philosophico-m&#233;diatique des &#171; apparents &#187; professionnels. Je pense au contraire qu'il existe dans les domaines les plus divers une recherche d'inspiration marxiste des plus vivantes. (Il ne faudrait pas imaginer que les ann&#233;es soixante furent un &#226;ge d'or du marxisme.). Le probl&#232;me, c'est que ces recherches restent dispers&#233;es, sans lien. Le Parti communiste ne joue plus le r&#244;le qu'il a pu jouer &#224; certaines &#233;poques &#8211; pour le meilleur et pour le pire. Quant &#224; l'universit&#233;, de plus en plus atomis&#233;e en disciplines, sous-disciplines et fili&#232;res professionnelles, elle est de moins en moins un lieu de synth&#232;se. N&#233;anmoins, le succ&#232;s d'une initiative comme le &#171; congr&#232;s Marx international &#187;, qui s'est tenu r&#233;cemment &#224; la facult&#233; de Nanterre, illustre bien le renouveau et le pluralisme des travaux faisant r&#233;f&#233;rence &#224; la th&#233;orie de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B.L. :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Que peut-on et que ne peut-on pas sauver de &#171; l'aventure critique de Marx &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.B. :&lt;/strong&gt; Ce n'est pas une question de sauvetage (il n'en est nul besoin), mais de strat&#233;gie de lecture. &#192; partir d'une probl&#233;matique qui nous est largement commune, Henri Maler a bien r&#233;sum&#233; nos diff&#233;rences d'approche. Chez lui, l'accent serait plut&#244;t mis sur : &#171; De quel Marx se d&#233;barrasser ? &#187; et chez moi : &#171; De quel Marx avons-nous besoin ? &#187;. Pour ma part, j'ai surtout voulu en finir avec les clich&#233;s &#171; pr&#234;t &#224; penser &#187; qui font de Marx tant&#244;t un philosophe de l'histoire, tant&#244;t un sociologue approximatif, tant&#244;t enfin un &#233;conomiste scientiste et &#233;troitement d&#233;terministe. Tout cela ne tient pas debout. &#192; condition de lire. Une fois ces l&#233;gendes renvers&#233;es, appara&#238;t un Marx autrement int&#233;ressant : celui qui construit, &#224; travers les rythmes du capital, une nouvelle repr&#233;sentation du temps ; celui qui maintient la &#171; critique de l'&#233;conomie politique &#187; &#224; distance des sciences positives ; celui que les comportements irr&#233;guliers et continus de son objet (le capital) poussent &#224; entrevoir les d&#233;veloppements les plus r&#233;cents de la connaissance. Bien s&#251;r, la th&#233;orie de Marx n'est pas la panac&#233;e. On n'y trouve que des bribes sur les rapports d'oppression entre les sexes ou sur les probl&#232;mes de l'&#233;cologie naissante. L'&#233;pineuse &#171; question nationale &#187; est largement discutable. Mais les scientifiques consid&#232;rent g&#233;n&#233;ralement qu'une th&#233;orie (un paradigme th&#233;orique) n'est pas p&#233;rim&#233;e aussi longtemps qu'un nouveau paradigme aux capacit&#233;s explicatives sup&#233;rieures n'est pas venu le supplanter. Face &#224; l'univers du capital, quel paradigme (philosophie lib&#233;rale classique, th&#233;orie et jeux, th&#233;orie de la justice, &#171; paradigme &#233;cologique &#187;) pourrait pr&#233;tendre avoir accompli ce d&#233;passement de sa th&#233;orie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H.M. :&lt;/strong&gt; La pens&#233;e de Marx est travers&#233;e de tensions (qui sont souvent f&#233;condes) et d'&#233;quivoques (qui peuvent s'av&#233;rer p&#233;rilleuses). Disons, sch&#233;matiquement, que Daniel Bensa&#239;d en s'int&#233;ressant au Marx critique a privil&#233;gi&#233; les premi&#232;res, tandis que moi, en prenant au s&#233;rieux le Marx communiste, j'ai privil&#233;gi&#233; les secondes. Alors, comment aborder l'h&#233;ritage utopique qu'il nous l&#232;gue ? L'utopie, dans le mauvais sens du terme, est un recueil de prescriptions ou de promesses orient&#233;es vers l'obtention de perfections imaginaires &#8211; des impossibilit&#233;s absolues. Mais l'Utopie est aussi une m&#233;thode de d&#233;tection des virtualit&#233;s contrari&#233;es par l'ordre social existant &#8211; des impossibilit&#233;s relatives, que l'on peut d&#233;tecter, convoiter, accomplir : avec Marx, quand il s'agit de comprendre comment le monde se transforme ; malgr&#233; Marx, quand, dans son &#339;uvre, cette transformation est encore plac&#233;e dans la p&#233;nombre d'une utopie chim&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B.L. :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Comment peut-on &#234;tre marxiste sans Marx, aujourd'hui ? Et quels choix dans le paysage et sur l'&#233;chiquier politiques, quelle &#171; utopie &#187; cela peut-il encore nourrir ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H.M. :&lt;/strong&gt; En d&#233;pit des soubresauts du progr&#232;s et des avanc&#233;es de la d&#233;mocratie politique, nous vivons toujours dans une histoire d&#233;sastreuse qu'il s'agit de prendre &#224; revers pour en modifier le cours. Est utopique tout projet radical qui s'inscrit dans cette perspective. Et, &#224; l'&#233;vidence, celui-ci n'a pas de place, m&#234;me &#224; gauche, sur l'&#233;chiquier politique o&#249; blancs et noirs alternent les coups. La radicalit&#233; est moins impuissante qu'on ne le dit : il suffit de comparer la liste des transformations sociales qu'elle a favoris&#233;es (et des reculs sociaux qu'elle a pu contenir) aux effets d'une efficacit&#233; technocratique qui ne cesse de d&#233;noncer comme utopie son r&#233;alisme de la veille. Cette radicalit&#233; est-elle &#171; marxiste &#187; ? Le marxisme n'est pas un label d&#233;pos&#233; qui garantirait la qualit&#233; des politiques qui s'en r&#233;clament&#8230; Chaque fois que le politique, &#224; gauche, ne s'abrite pas derri&#232;re l'action humanitaire et ne se limite pas &#224; la r&#233;forme gestionnaire, se dessine un arc de forces disponibles pour une v&#233;ritable politique de l'&#233;mancipation sociale &#8211; et le spectre de Marx n'est pas loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.B. :&lt;/strong&gt; Tout d'abord, on peut &#234;tre toujours marxiste (bien que le terme se soit charg&#233; d'&#233;quivoques au cours de ce si&#232;cle) avec Marx. Ensuite, il s'agit d'engagement, de maintenir le lien entre th&#233;orie et pratique qui permet d'&#233;viter l'acad&#233;misme et de se poser les questions pertinentes de l'heure. Je con&#231;ois que le paysage politique soit consid&#233;rablement brouill&#233;. C'est assez normal. Nous avons connu ces quinze derni&#232;res ann&#233;es un bouleversement de la structure mondiale issue de la guerre. L'URSS a purement et simplement disparu sans que cet &#233;v&#233;nement produise le moindre rayonnement. Enfin, nous avons en France le poids de la d&#233;b&#226;cle morale de la gauche au pouvoir. On parle beaucoup de recomposition politique ou syndicale. Les mouvements sociaux peuvent acc&#233;l&#233;rer le processus, mais les d&#233;g&#226;ts sont tels qu'il faudra du temps pour reb&#226;tir. Dans cette transition, &#234;tre marxiste ne s'identifie pas &#224; un parti ou &#224; une organisation, plut&#244;t &#224; des r&#233;seaux transversaux qui traversent les partis, les organisations, les associations, les mouvements sociaux, les multiples cercles et clubs qui ont fleuri ces derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Bensa&#239;d, &lt;i&gt;Marx l'intempestif. Grandeurs et mis&#232;res d'une aventure critique (XIXe-XXe si&#232;cle)&lt;/i&gt;, Fayard, &lt;i&gt;La Discordance des temps, essai sur les crises, les classes, l'histoire&lt;/i&gt;, &#233;ditions de la Passion. Henri Maler, &lt;i&gt;Convoiter l'impossible&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;L'utopie avec Marx malgr&#233; Marx&lt;/i&gt;, Albin Michel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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