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		<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>Marx, l'utopie, l'histoire, le communisme, etc. (entretien)</title>
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		<dc:date>2024-11-01T16:40:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'utopie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos de &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Entretiens-+.html" rel="tag"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L88xH150/marx_l_utopie_l_histoire-5f53c.jpg?1730493526' class='spip_logo spip_logo_right' width='88' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; propos de &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt;. Entretien t&#233;l&#233;phonique paru le 27 f&#233;vrier 1996 dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; sous le titre &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/-/-/henri-maler-lhistoire-na-pas-de-but&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; L'histoire n pas de but &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Votre ouvrage &#171; Convoiter l'impossible &#187; porte en sous-titre : &#171; L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx &#187;. Ainsi pour vous, une place imaginaire - celle de l'utopie - n'est pas n&#233;cessairement une place vide. Pourquoi cette place inoccup&#233;e serait-elle destin&#233;e &#224; le rester toujours, vous demandez-vous d&#232;s les premi&#232;res pages&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cela vaut pour l'utopie de Marx lui-m&#234;me. J'ai tendance &#224; penser que Marx est davantage responsable des erreurs qui ont &#233;t&#233; commises en son nom par ce qu'il n'a pas dit que par ce qu'il a dit. Marx critique dans l'utopie des prescriptions doctrinaires : la volont&#233; d'imposer au mouvement r&#233;el des finalit&#233;s, des formes d'existence de la soci&#233;t&#233; qui ne reposeraient pas sur les tendances de la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me. Cette critique n'a rien perdu de son actualit&#233;. Par contre, il ne dit pratiquement rien sur l'autre versant de l'utopie, celui des perfections imaginaires. Or, quand on analyse la fa&#231;on dont s'est construite sa conception de l'histoire et du communisme, on d&#233;couvre que dans son &#339;uvre courent des fantasmes qui rel&#232;vent de perfections imaginaires : une soci&#233;t&#233; totalement r&#233;concili&#233;e avec elle-m&#234;me, capable d'une ma&#238;trise absolue sur elle-m&#234;me. Une chose est l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; contr&#244;lant consciemment ses processus de socialisation et d'individuation, une autre est l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; qui, une fois d&#233;faits le f&#233;tichisme de la marchandise et, d'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, certaines formes historiques d'ali&#233;nation humaine, acc&#233;derait &#224; la transparence de ses propres rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;L'utopie, dites-vous, prend la politique &#224; rebours. Elle est &#224; la fois le concept n&#233;gateur de la strat&#233;gie et porteur d'une autre strat&#233;gie. En la&#239;cisant ainsi l'utopie, croyez-vous tordre le cou &#224; toutes les lectures qui font de Marx le p&#232;re d'une conception de l'histoire organis&#233;e en vue d'une fin pr&#233;&#233;tablie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je conc&#232;de qu'une critique de l'ali&#233;nation ne peut se faire que dans la perspective d'une soci&#233;t&#233; d&#233;sali&#233;n&#233;e, une soci&#233;t&#233; rendue &#224; une certaine transparence et promise par le cours m&#234;me de l'histoire. Ce qu'on a appel&#233; le messianisme de Marx a fini par hypoth&#233;quer en partie sa critique du capitalisme et la perspective strat&#233;gique du communisme. Je pense surtout &#224; l'approche proprement philosophique, dans les &#339;uvres de jeunesse, d'un prol&#233;tariat qui serait la dissolution en actes de la soci&#233;t&#233; existante, un prol&#233;tariat qui serait tout &#224; la fois l'agent fondamental de l'&#233;mancipation et la pr&#233;figuration de la soci&#233;t&#233; future. (Certes, au fil des &#339;uvres suivantes, le prol&#233;tariat n'est plus d&#233;fini par son exclusion de la soci&#233;t&#233;, mais par son inclusion dans les rapports de production.) Je pense aussi &#224; la critique du f&#233;tichisme de la marchandise qui est prise dans l'hypoth&#232;se d'une soci&#233;t&#233; qui l'aurait aboli avant que cette abolition ne soit donn&#233;e pour certaine. Je crois que l'&#233;volution de Marx n'a pas compl&#232;tement supprim&#233; les ambigu&#239;t&#233;s originelles qui d&#233;coulent &#224; la fois de la critique des utopies qui le pr&#233;c&#232;dent et de sa propre utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#234;tre reconnaissant &#224; Althusser de nous avoir appris &#224; lire Marx rigoureusement, &#224; consid&#233;rer que sa pens&#233;e avait une histoire, que sa v&#233;rit&#233; ne se trouvait pas au d&#233;but. M&#234;me si je ne pense pas que la v&#233;rit&#233; de Marx se trouve &#224; la fin. Ce n'est pas la peine de chercher le &#171; vrai Marx &#187; parce que sa pens&#233;e - faite de continuit&#233;s et de discontinuit&#233;s - est en perp&#233;tuel mouvement. Ses tensions internes sont tr&#232;s f&#233;condes et les probl&#232;mes irr&#233;solus, parce qu'ils sont irr&#233;solus, sont porteurs d'avenir et d'actualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;En ne cherchant pas &#224; restituer un &#171; vrai Marx &#187;, vous affirmez votre volont&#233; de vous inspirer de sa pens&#233;e pour la faire vivre aujourd'hui. Peut-on, dans ces conditions, sauver son id&#233;e du communisme et n'en retenir en m&#234;me temps que les outils o&#249; chacun - &#233;conomiste, historien, philosophe - puiserait le n&#233;cessaire pour ses grandes recherches ou ses petits bricolages ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tout le monde fait r&#233;f&#233;rence &#224; Marx d&#232;s lors qu'il travaille s&#233;rieusement dans les domaines de l'histoire, de l'&#233;conomie, ou de la philosophie. Ce que je veux contester, c'est l'id&#233;e qu'on pourrait lire Marx comme s'il n'&#233;tait pas communiste. Comme si c'&#233;tait chez lui une opinion priv&#233;e. Je pense, au contraire, qu'il n'y a rien de fondamental dans la pens&#233;e de Marx qui ne soit lisible en dehors de cette option. Je sais bien que cela fait tr&#232;s chic aujourd'hui de se r&#233;f&#233;rer &#224; un Marx en faisant l'impasse sur son communisme. Je propose au contraire de prendre le communisme de Marx au s&#233;rieux parce que c'est cela qui structure la r&#233;alit&#233; de sa pens&#233;e. Je lui pose simplement la question : ton utopie est-elle la bonne ? Il y a dans la pens&#233;e du p&#232;re fondateur une critique de l'utopie qui est utile, mais courte. Aujourd'hui, le sauvetage du communisme de Marx passe par un bilan critique de son communisme, et pas seulement par la r&#233;cup&#233;ration de trois ou quatre outils d'analyse. Marx est notre contemporain parce que les probl&#232;mes qu'il a pos&#233;s sont de notre temps. Ce qui est compl&#232;tement moderne chez lui, c'est le rapport de la critique &#224; son objet : c'est l'id&#233;e que la science n'est pas simplement un savoir positif et que l'on peut &#234;tre &#224; la fois critique et scientifique. Mais on ne peut dissocier le projet communiste de Marx de la critique - toujours &#224; actualiser - qui le fonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;La pens&#233;e de Marx est n&#233;e au carrefour de l'&#233;conomie politique anglaise, de la philosophie id&#233;aliste allemande et du socialisme utopique fran&#231;ais. Ces sources se sont vite transform&#233;es en obstacles. Et ce qu'il a &#233;t&#233; convenu un temps d'appeler &#171; le socialisme scientifique &#187; s'est constitu&#233; en opposition &#224; ce qui lui a donn&#233; naissance. Quel enseignement peut-on en tirer sur le rapport que peut entretenir la pens&#233;e de Marx avec notre &#233;poque ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La pens&#233;e de Marx s'est tr&#232;s vite transmise &#224; l'int&#233;rieur d'une forteresse. Cela a &#233;t&#233; le marxisme stalinis&#233;, qui est tr&#232;s vite devenu une orthodoxie de r&#233;f&#233;rence, avec ses petites dissidences et ses petites contradictions. En face de cela, les oppositions au stalinisme qui faisaient r&#233;f&#233;rence &#224; Marx ont toujours &#233;t&#233; tent&#233;es de construire des orthodoxies alternatives et de dresser un &#171; vrai Marx &#187; contre le &#171; faux &#187;. J'esp&#232;re que ce temps est d&#233;pass&#233; et que nous sommes entr&#233;s dans une phase ou les marxismes sont n&#233;cessairement h&#233;r&#233;tiques. Le retard pris par le marxisme-forteresse explique que celui-ci ait &#233;t&#233; relativement impuissant &#224; se mesurer aux savoirs qui lui &#233;taient contemporains. La pens&#233;e de Marx, pour rester vivante, doit apprendre &#224; critiquer et int&#233;grer des pens&#233;es qui lui sont pour une part ext&#233;rieures et qui, en tout cas, ont refus&#233; d'entrer dans le d&#233;bat pi&#233;g&#233; de l'orthodoxie. Je pense ici &#224; Michel Foucault, Gilles Deleuze, Pierre Bourdieu, Jacques Derrida, pour m'en tenir aux plus connus parmi les Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Vous affirmez &#224; plusieurs reprises que l'histoire n'a pas l'Homme pour d&#233;miurge. Ne serait-ce pas une critique implicite de la vieille formule selon laquelle ce sont les hommes qui font l'histoire ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Comme toute formule de Marx, il faut savoir &#224; quoi s'oppose l'id&#233;e que &#171; les masses font l'histoire &#187;. Sans cela, elle peut induire toutes les variantes de populisme. Il y a dans l'&#339;uvre de Marx un moment o&#249; il rompt avec l'id&#233;e d'une histoire automate. Son ami Engels l'explique dans cette formule : &lt;i&gt;&#171; L'histoire ne fait rien. &#187;&lt;/i&gt; C'est une prise de distance par rapport &#224; toutes les conceptions d'une histoire qui serait &#224; elle-m&#234;me son propre moteur. La variante la plus r&#233;pandue est celle des philosophies du progr&#232;s aux XVIIIe et XIXe si&#232;cles. En r&#233;alit&#233;, l'histoire ne fait rien parce que ce sont les hommes qui font l'histoire, et qu'ils la font sur la base de conditions h&#233;rit&#233;es et dans un rapport contradictoire. De la m&#234;me fa&#231;on, ce n'est pas la g&#233;n&#233;ralit&#233; &#171; homme &#187; qui fait l'histoire, ce sont les hommes, c'est-&#224;-dire les masses. Ces masses, selon Marx, ne sont pas ind&#233;termin&#233;es. Ce sont des individus d&#233;finis par leur position dans les rapports sociaux. On peut aussi bien dire que ce sont les conflits qui font l'histoire. Car il ne s'agit pas des individus en dehors de leurs conflits, de leurs contradictions, de leurs combats. Pour moi, Marx est le penseur qui nous invite &#224; placer le conflit social - toujours complexe &#224; analyser - au centre de l'intelligibilit&#233; de l'histoire. Cela ne signifie pas que ce fil conducteur nous procure une autoroute balis&#233;e d'avance. L'idol&#226;trie des masses n'a jamais fait avancer d'un pas suppl&#233;mentaire une politique d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;D'autant plus qu'au d&#233;part, la mise en mouvement des masses prend souvent appui sur la haine de classe...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est vrai. Mais il existe toute une pens&#233;e lib&#233;rale ou de droite, de Gustave Lebon &#224; Fran&#231;ois Furet, qui voit essentiellement dans le mouvement des masses le mouvement de la haine et du ressentiment. Comme si, du c&#244;t&#233; des classes dominantes, il n'y avait que lucidit&#233;, rationalit&#233; et int&#233;r&#234;ts bien compris. C'est quand m&#234;me un peu court. Mais, dans l'hostilit&#233; de la classe dominante, il y a, toujours possible, la logique du bouc &#233;missaire. L'id&#233;al communiste, lui, s'enracine dans l'oppression - qu'il faut conjurer et abolir. Mais il peut porter aussi la marque de cette oppression. Nietzsche, auquel je fais r&#233;f&#233;rence dans mon livre, montre comment l'id&#233;al peut &#234;tre habit&#233; par le ressentiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une utopie cr&#233;atrice habite le changement social lui-m&#234;me. Il suffit de faire r&#233;f&#233;rence &#224; certains d&#233;bats qui ont eu lieu dans des piquets de gr&#232;ve pendant le mouvement de d&#233;cembre : ils n'ont pas simplement discut&#233; du plan Jupp&#233;. Ils ont aussi discut&#233; de ce qui, au-del&#224; de leurs aspirations les plus imm&#233;diates, les plus urgentes, relevait de leurs r&#234;ves inassouvis. Si on n'a pas r&#233;ellement chang&#233; le monde dans les piquets de gr&#232;ve, tout ce qui correspondait aux potentialit&#233;s d'&#233;mancipation inscrites dans la r&#233;alit&#233; a &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Quel effort accomplir pour que la pens&#233;e de Marx se prolonge dans une pens&#233;e de la lib&#233;ration humaine ? Affirmer que le communisme est &#171; le mouvement qui abolit l'&#233;tat de choses actuel &#187; donne-t-il &#224; ce dernier un contenu positif suffisant ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a au moins trois types de d&#233;finitions du communisme chez Marx. En premier lieu, la soci&#233;t&#233; sans classe et sans Etat. Ensuite, la ma&#238;trise consciente de la socialisation, en particulier par la socialisation effective des moyens de production. Enfin - et cela est pour moi le plus important - une association o&#249; le libre d&#233;veloppement de chacun est la condition du libre d&#233;veloppement de tous. C'est &#224; la fois une norme sociale et un id&#233;al moral : celui de la libert&#233; individuelle et universelle. Et je pense qu'aujourd'hui il faut r&#233;affirmer avec force que le communisme est un id&#233;al, mais un id&#233;al branch&#233; sur le mouvement r&#233;el. Ce n'est pas l&#224; une simple formule. Toute l'&#339;uvre de Marx consiste &#224; montrer que si le communisme n'est pas un id&#233;al abstrait, c'est n&#233;anmoins un id&#233;al en prise avec le processus r&#233;el. La dialectique permet de le saisir : le capitalisme r&#233;alise, sous des formes destructrices, des potentialit&#233;s &#233;mancipatrices. Le communisme se propose comme l'utopie concr&#232;te de l'accomplissement de ces potentialit&#233;s : une soci&#233;t&#233; o&#249; le libre d&#233;veloppement de chacun est la condition du libre d&#233;veloppement de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici se situe la question des mod&#232;les. Il y a, selon moi, mod&#232;le et mod&#232;le. Si on veut dire qu'un communisme, quand il se constitue par r&#233;f&#233;rence &#224; une patrie du socialisme - surtout quand elle si peu socialiste -, c'est une vraie catastrophe, il n'y a pas de probl&#232;me. Mais on ne peut pas penser totalement sans mod&#232;le. Marx nous dit : voici quel est le menu de l'avenir ; en nous disant : il est interdit d'en donner les recettes. L'id&#233;e-force, c'est que les constructions abstraites et arbitraires, les soci&#233;t&#233;s imagin&#233;es, les utopies au mauvais sens du terme, cela ne fonctionne pas. Mais on est oblig&#233; aujourd'hui de dire : pour tel contenu, voici quelles formes politiques, sociales, juridiques sont envisageables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Est-ce que cela ne revient pas &#224; enfermer le mouvement des peuples dans un sc&#233;nario qui les prive de leur initiative historique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le risque existe. Mais prenons par exemple la question de l'Europe. On peut se mettre d'accord sur une formule : il faut une Europe sociale, citoyenne, &#233;cologique. Mais un vrai projet europ&#233;en, ce serait non seulement un projet qui pr&#233;ciserait le contenu d'une Europe &#233;mancip&#233;e, mais aussi qui s'efforcerait d'en esquisser les formes sociales, juridiques et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx r&#233;cuse les inventions individuelles et arbitraires des penseurs g&#233;niaux. Mais l'invention collective ? Je ne crois pas qu'il puisse y avoir une invention de l'utopie d&#233;mocratique sans invention d&#233;mocratique de l'utopie. Cela signifie reb&#226;tir le mouvement social, les perspectives politiques, autour d'une pens&#233;e effective des formes possibles, en l'&#233;tat actuel des choses, d'un avenir &#233;mancip&#233;. Quand Marx se d&#233;fend de proposer des formes, il expose sa pens&#233;e &#224; toutes les d&#233;figurations. &#171; Contr&#244;le conscient de la production &#187; peut aussi bien signifier planification bureaucratique que f&#233;d&#233;ralisme fond&#233; sur les coop&#233;ratives. Les deux mod&#232;les coexistent chez Marx. Esquisser les formes d'un avenir possible : il faut remettre &#231;a en chantier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Pourquoi la loi est-elle toujours tendancielle chez Marx ? Et, qui plus est, contradictoire et historique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais r&#233;pondre que c'est parce que le mouvement du capital est dialectique. Mais cela serait un peu lapidaire. La loi est toujours tendancielle parce que la tendance est &#224; la dynamique du syst&#232;me ce que la loi est &#224; sa structure. La loi est tendancielle, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle est historique et d&#233;pend par cons&#233;quent des antagonismes de classes. Mais, sur le r&#244;le des luttes de classes, Marx est, dans &#171; le Capital &#187;, passablement ambigu. Par exemple, la l&#233;gislation sur la diminution de la dur&#233;e du travail est pr&#233;sent&#233;e tant&#244;t comme le r&#233;sultat du d&#233;veloppement m&#234;me de la production capitaliste, tant&#244;t comme un effet de la lutte des classes, tant&#244;t comme un m&#233;lange des deux. Dans le premier cas, la lutte des classes permet seulement de mettre le point sur le &#171; i &#187; d'une d&#233;cision qui aurait d&#251;, de toute fa&#231;on, &#234;tre prise en dehors d'elle...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Que d&#233;signez-vous par &#171; dialectique de la possibilit&#233; et de l'effectivit&#233; &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx ne c&#232;de pas &#224; l'illusion d'une histoire automate. Mais il arrive souvent qu'il nous pr&#233;sente une histoire tut&#233;laire : une histoire qui veillerait &#224; ce que l'action des hommes - certes dot&#233;e de toute son efficacit&#233; - arrive &#224; un heureux d&#233;nouement. Il d&#233;montre la n&#233;cessit&#233; de la possibilit&#233; du communisme et reste tent&#233; en permanence d'affirmer la n&#233;cessit&#233; de son av&#232;nement in&#233;luctable - la n&#233;cessit&#233; de son effectivit&#233;. Contrairement &#224; ce que l'on affirme couramment, Marx ne pr&#234;te aucun but &#224; l'histoire : il montre simplement que &#171; tout se passe comme si l'histoire avait cr&#233;&#233; les conditions du communisme &#187;. Mais on peut glisser facilement de cette formule &#224; une autre : &#171; tout se passe comme si l'histoire avait pour but le communisme &#187;. L'histoire ne fait rien, l'histoire n'a pas de but. Elle ne se propose pas non plus (et ne nous propose pas) de faire table rase du pass&#233;. Mais si &#171; abolir &#187; veut dire que, pour b&#233;n&#233;ficier de tout le potentiel d'&#233;mancipation cr&#233;&#233; par le d&#233;veloppement du capitalisme, il est possible et souhaitable d'abolir son potentiel de destruction, il va de soi, pour moi, que le capitalisme lui-m&#234;me doit &#234;tre aboli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien t&#233;l&#233;phonique r&#233;alis&#233; par &lt;strong&gt;Arnaud Spire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Contestation de l'ordre m&#233;diatique et contestation de l'ordre social</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>
		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>
		<dc:subject>Acrimed</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien paru dans&lt;i&gt; L'Anticapitaliste&lt;/i&gt; l'hebdomadaire du NPA&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Acrimed-+.html" rel="tag"&gt;Acrimed&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/appel_acrimed-4f3f8.jpg?1726837633' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un entretien paru dans le n&#176; 221 de &lt;i&gt;L'Anticapitaliste&lt;/i&gt;, hebdomadaire du NPA, le 12 d&#233;cembre 2013 et reproduit &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Contestation-de-l-ordre-mediatique-et-contestation-de-l-ordre-social-entretien&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site d'Acrimed&lt;/a&gt; (Action-Critique-M&#233;dias)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Pour les lecteurs de &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;L'Anticapitaliste, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;peux-tu rappeler ce qu'est Acrimed (Action-Critique-M&#233;dias), dont tu es le principal animateur depuis sa cr&#233;ation en 1996 ? &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traitement m&#233;diatique avait &#233;t&#233; extr&#234;mement d&#233;favorable aux gr&#233;vistes et &#224; tous ceux qui s'opposaient au plan Jupp&#233;, et il nous avait sembl&#233; n&#233;cessaire de proposer un outil qui pourrait produire en continu une critique des m&#233;dias dominants, fondant des propositions pour leur transformation. Cet outil ne consiste pas simplement dans les d&#233;bats que nous organisons ou que nous animons, dans un site Internet (cr&#233;&#233; en 1999) et &lt;i&gt;M&#233;diacritique(s)&lt;/i&gt;, notre magazine trimestriel imprim&#233; (depuis 2011). Acrimed est une association militante. Elle associe des journalistes et des salari&#233;s des m&#233;dias, des chercheurs et des universitaires et des acteurs de la contestation sociale et politique en g&#233;n&#233;ral. Elle s'efforce de jouer un r&#244;le de relais militant entre tous ceux qui ont int&#233;r&#234;t &#224; ce que la gauche de transformation sociale (&#171; la gauche de gauche &#187;, comme nous le disons sans plus de pr&#233;cision pour ne vexer personne&#8230;), non seulement n'oublie pas la question des m&#233;dias, mais en fasse une question authentiquement politique. C'est par exemple dans ce but qu'Acrimed avait &#233;t&#233; &#224; l'initiative des &#201;tats g&#233;n&#233;raux pour le pluralisme, qui s'&#233;taient tenus en 2006 et avaient permis de faire converger ces diff&#233;rents acteurs (avec le soutien d'organisations politiques de gauche dont la LCR &#224; l'&#233;poque).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi est-ce que les anticapitalistes, et plus largement tous ceux qui ne se satisfont pas du monde tel qu'il va, devraient s'int&#233;resser &#224; la question sp&#233;cifique des m&#233;dias ? En quoi cette question est-elle importante pour une gauche qui aspire &#224; transformer radicalement la soci&#233;t&#233; ? &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, c'est parce qu'ils croient trop souvent que les m&#233;dias dominants sont tout-puissants que les contestataires n&#233;gligent ce front de critique et de lutte. Ils se laissent alors tout &#224; la fois s&#233;duire et intimider par la puissance d'endoctrinement id&#233;ologique qu'ils pr&#234;tent &#224; ces m&#233;dias. Ils se laissent s&#233;duire au point de se borner &#224; tenter de les instrumentaliser pour faire conna&#238;tre - ce qui est parfaitement l&#233;gitime - leurs propositions et leurs actions. Et ils se laissent intimider au point de renoncer &#224; critiquer les m&#233;dias dans les m&#233;dias et de renvoyer aux lendemains qui chantent les combats pour leur transformation. Comme s'il n'y avait rien &#224; faire d'autre tant qu'ils n'ont pas &#233;t&#233; d&#233;mocratiquement appropri&#233;s ou socialis&#233;s. Mais pour qu'ils le soient ou, du moins pour que cette perspective soit comprise et cr&#233;dible, encore faut-il ne rien l&#226;cher d&#232;s maintenant. Se soumettre aux m&#233;dias dominants exclusivement pour y trouver une place &#8211; parfois dans des conditions d&#233;plorables &#8211; c'est &#224; la fois poursuivre une efficacit&#233; qui peut &#234;tre illusoire et entretenir une d&#233;mobilisation regrettable sur l'enjeu qu'ils repr&#233;sentent. C'est leur conc&#233;der un pouvoir sur les contestataires qu'ils n'ont pas forc&#233;ment quand on assume les conflits avec les tenanciers des pires &#233;missions, les chefferies &#233;ditoriales et les nouveaux chiens de garde de l'ordre m&#233;diatique et social existant. C'est aussi abandonner les journalistes, souvent pr&#233;caires, et leurs syndicats &#224; leur isolement. C'est enfin adopter une attitude elle-m&#234;me instrumentale &#224; l'&#233;gard des m&#233;dias du tiers-secteur dont l'existence est une critique en acte des m&#233;dias dominants, au lieu de faire vraiment cause commune avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est cette critique dont vous dites qu'elle est radicale, intransigeante et ind&#233;pendante ? &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est ind&#233;pendante parce qu'elle n'est soumise ou subordonn&#233;e &#224; aucune force ou pouvoir, &#233;conomique, m&#233;diatique et politique. Mais elle est politique, parce que la question des m&#233;dias est une question politique qui fait corps avec la question d&#233;mocratique, de quelque fa&#231;on qu'on entende celle-ci. Elle est radicale, parce qu'elle s'efforce de prendre la question des m&#233;dias &#224; la racine ou aux racines. Et les racines, ce sont les formes d'appropriation des m&#233;dias et, notamment, la formation et les conditions de travail des journalistes qui en d&#233;coulent, les rapports de pouvoir qui r&#232;gnent dans les entreprises m&#233;diatiques : des entreprises qui sont &#224; bien des &#233;gards des entreprises comme les autres et souvent pires que bien d'autres. Elle est intransigeante parce qu'elle ne se laisse ni s&#233;duire ni intimider, pr&#233;cis&#233;ment. Pour en savoir plus, nous lire, participer &#224; nos d&#233;bats et nous rejoindre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans le contexte actuel de crise capitaliste qui plonge des millions de gens dans le ch&#244;mage et la pauvret&#233;, est-ce que la critique des m&#233;dias ne devient pas un luxe ? Autrement dit, en quoi est-il important selon toi de maintenir une critique des m&#233;dias dominants ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas aveugles au point d'&#234;tre exclusivement polaris&#233;s par la question des m&#233;dias consid&#233;r&#233;e isol&#233;ment. Et il est vrai que l'ampleur de la crise &#233;conomique, sociale et &#233;cologique est telle qu'elle sollicite des mobilisations prioritaires. Prioritaires, mais pas exclusives, les autres &#233;tant secondaires, comme on parlait il y a plusieurs ann&#233;es de &#171; fronts secondaires &#187; quand on s'en d&#233;sint&#233;ressait. C'est le contraire qui est vrai : la critique des m&#233;dias est en fait d'autant plus importante en p&#233;riode de crise que s'accro&#238;t la n&#233;cessit&#233;, pour les classes dominantes, de faire accepter des politiques d'aust&#233;rit&#233; potentiellement impopulaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que tu pourrais donner quelques exemples ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias ont r&#233;cemment d&#233;couvert qu'il existait en France des manifestations inqui&#233;tantes de racisme. Et ce sont souvent ces m&#234;mes m&#233;dias (pas tous) dont la x&#233;nophobie et l'islamophobie font le lit du racisme ou qui en sont les formes dissimul&#233;es. Il n'emp&#234;che : ils s'indignent du racisme et pr&#233;tendent en d&#233;couvrir les causes. Ce faisant, comme le dit le titre de l'un de nos articles, &#171; les suspects m&#232;nent l'enqu&#234;te &#187;. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, mais il faudrait distinguer car les m&#233;dias ne constituent pas un bloc indiff&#233;renci&#233;, ils adoptent comme des &#233;vidences ce qui pr&#233;cis&#233;ment fait probl&#232;me : La Dette (mais sans gu&#232;re se soucier de ses origines), Les Imp&#244;ts (mais sans gu&#232;re se pr&#233;occuper des principales in&#233;galit&#233;s et du financement des service publics), L'Europe (toujours &#224; amender, mais toujours dans le m&#234;me sens), La Souplesse (et peu importe ses cons&#233;quences sociale), etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu disais pourtant que les m&#233;dias ne sont pas tout-puissants&#8230; &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'imposent pas &#224; tous ce qu'il faut penser : leurs usagers ne sont pas des &#233;ponges. Mais ils imposent leur ordre du jour (leur agenda) et la fa&#231;on l&#233;gitime de poser les questions. Ils exercent des pouvoirs et non un pouvoir : pouvoir de stigmatisation (ou de cons&#233;cration), pouvoir d'intimidation (ou de r&#233;duction au silence), pouvoir de cadrage des probl&#232;mes (et donc des solutions), pouvoir d'incitation (ou de dissuasion), etc. Ils n'exercent pas ces pouvoirs ind&#233;pendamment de l'action des autres pouvoirs sociaux. Mais quand ces pouvoirs s'exercent dans le m&#234;me sens, ils sont les auxiliaires de toutes les formes de domination sociale et politique. La contestation de l'ordre m&#233;diatique dominant est une composante de la contestation de l'ordre social existant. Non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par L&#233;o Carvalho&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>O&#249; en est la critique des m&#233;dias ?</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Ou-en-est-la-critique-des-medias.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>
		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>
		<dc:subject>Acrimed</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien publi&#233; dans la revue &lt;i&gt;Mouvements&lt;/i&gt; n&#176;61&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Acrimed-+.html" rel="tag"&gt;Acrimed&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/appel_acrimed-2-2dd1a.jpg?1726837619' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien publi&#233; dans la revue &lt;i&gt;Mouvements&lt;/i&gt; n&#176;61. Propos recueillis par Samira Ouardi&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;Mouvements : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Pouvez-vous revenir, en guise d'introduction, sur l'histoire de votre association ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler :&lt;/strong&gt; Acrimed a pour origine l'appel de solidarit&#233; avec les gr&#233;vistes, lanc&#233; lors du mouvement social de novembre et d&#233;cembre 1995. Au sein du collectif qui a r&#233;dig&#233; et anim&#233; cet appel est venue l'id&#233;e de constituer un observatoire des m&#233;dias en r&#233;action au traitement du mouvement social, notamment par les m&#233;dias audiovisuels. Il faudra attendre la fin de la gr&#232;ve et du mouvement pour que l'id&#233;e se concr&#233;tise sous la forme d'un nouvel appel, largement sign&#233;. En avril 1996, l'association &#233;tait fond&#233;e. Elle a commenc&#233; son activit&#233; dans un contexte marqu&#233; par la parution, quelques mois plus tard, de l'essai de Pierre Bourdieu &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt; et de l'ouvrage de Serge Halimi sur une fraction tr&#232;s particuli&#232;re du monde des journalistes : &lt;i&gt;Les nouveaux chiens de garde&lt;/i&gt;. Un certain type de critique des m&#233;dias &#233;tait relanc&#233; dans l'espace public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Au d&#233;part c'est donc un &#171; observatoire &#187; ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Oui, c'&#233;tait une des id&#233;es. Mais l'objectif principal &#233;tait de s'organiser pour &#171; une action d&#233;mocratique sur le terrain des m&#233;dias &#187;, ainsi que le dit le titre m&#234;me de l'appel fondateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Alors que veut dire &#171; critique &#187; dans &#171; Action-critique-m&#233;dias &#187; ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Il faut d'abord dire que lorsque nous avons cr&#233;&#233; l'association, nous n'avons voulu ni nous situer dans une filiation critique particuli&#232;re, ni nous borner &#224; honorer la vocation critique des sciences sociales&#8230; Nous avons imm&#233;diatement d&#233;ploy&#233; &#171; une activit&#233; critique &#187; &#224; partir d'une id&#233;e simple : une critique effective des m&#233;dias doit &#234;tre une critique &#171; radicale &#187;, c'est-&#224;-dire qui prend les choses &#224; la &#171; racine &#187;, comme le dit Marx. Et pour nous, la &#171; racine &#187;, en ce qui concerne les m&#233;dias, ce sont les formes d'appropriation des m&#233;dias, les logiques &#233;conomiques, politiques et sociales dont ils d&#233;pendent et dont d&#233;pendent les conditions de travail des journalistes, les formes et la hi&#233;rarchie de l'information, les modalit&#233;s du d&#233;bat m&#233;diatique, etc. Bref, l'ensemble des structures et des d&#233;terminations qui gouvernent, de fa&#231;on diversifi&#233;e, l'orientation des m&#233;dias et l'activit&#233; des journalistes. Et &#171; critique &#187; veut dire &#224; la fois examen et contestation, tr&#232;s simplement. Cet examen et cette contestation nous les exer&#231;ons avec pour objectif de travailler &#224; une transformation de l'ordre m&#233;diatique existant, de peser en faveur de cet objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut insister sur le fait que nous sommes une association militante, nous &#171; militons &#187; pour une transformation de l'espace m&#233;diatique et de ses structures. Du c&#244;t&#233; de certains chercheurs et universitaires qui se pr&#233;sentent parfois comme &#171; contestataires &#187;, on pr&#233;tend juger nos productions &#224; l'aune des travaux en histoire des m&#233;dias, en &#233;conomie des m&#233;dias, sociologie des m&#233;dias. Comme s'il suffisait de r&#233;citer une bibliographie pour s'acquitter du devoir d'intervenir dans la m&#234;l&#233;e. Or ce que nous faisons c'est descendre dans l'ar&#232;ne (et parfois dans la rue) pour partager la critique des m&#233;dias avec ceux qui peuvent agir en faveur de la transformation de l'ordre m&#233;diatique. Et nous le faisons en adossant cette activit&#233; aux savoirs qui permettent de saisir les structures et les d&#233;terminations sociales qui gouvernent le microcosme m&#233;diatique. Par cons&#233;quent, nous prenons appui sur &#171; toutes &#187; les analyses qui permettent de nourrir et d'outiller cette d&#233;marche. Une chose est de r&#233;pliquer chaque fois que des imb&#233;cillit&#233;s sont &#233;nonc&#233;es &#224; propos d'auteurs comme Pierre Bourdieu ou Noam Chomsky ; autre chose serait d'en faire des r&#233;f&#233;rences absolues, exclusives et indiscutables. La sociologie de Pierre Bourdieu est l'une de nos r&#233;f&#233;rences, mais comme le sont d'autres auteurs et d'autres courants de sciences sociales. Quant &#224; Noam Chomsky, je vais faire un aveu : j'ai lu &lt;i&gt;La fabrication du consentement&lt;/i&gt; (qui aurait pu me servir de point d'appui depuis longtemps&#8230;) il y a deux mois seulement&#8230; Heureusement, d'autres adh&#233;rents d'Acrimed l'avaient lu avant moi. Ce que nous faisons c'est de l'&#233;conomie, de la sociologie, de l'histoire des m&#233;dias &#171; &#224; l'&#233;tat pratique &#187;. Mais pour &#234;tre adh&#233;rent d'Acrimed, on n'est pas oblig&#233; de s'inscrire dans une seule filiation et d'exhiber un titre universitaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Quelles sont alors les formes de cette critique qui pour vous est une pratique ? Quels moyens avez-vous choisi pour agir ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Je voudrais revenir d'abord sur cette id&#233;e que nous faisons de la sociologie &#171; &#224; l'&#233;tat pratique &#187;. &#201;videmment, l'&#233;valuation, l'observation et la critique des m&#233;dias que nous pratiquons sont nourries de la lecture et de la connaissance des travaux de sciences sociales. Mais pour nous &#171; informer sur l'information &#187;, comme nous le disons, cela consiste d'abord &#224; analyser &#171; sur le vif &#187; quelle information est produite et comment elle est produite. Notre vocation n'est pas d'engranger un corpus en vue de la r&#233;daction d'une th&#232;se &#8211; bien que notre travail puisse &#234;tre mobilis&#233; par des &#233;tudiants et des chercheurs. Ces analyses, faites &#171; sur le vif &#187; (cette pr&#233;cision est importante), ont vocation &#224; &#234;tre mises &#224; la disposition des publics les plus larges possible. Pour cela, il faut sortir de l'enceinte universitaire et &#171; transgresser les limites de la biens&#233;ance acad&#233;mique &#187;, comme le disait Bourdieu. Sortir du huis clos des conf&#233;rences de r&#233;daction, aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#233;j&#224; une forme d'action. Comme l'est l'animation de notre site qui b&#233;n&#233;ficie d'une tr&#232;s large audience. Nous essayons de rendre l&#233;gitime une critique &#171; externe &#187; des m&#233;dias qui ne se soucie pas de plaire et de complaire. Et de jouer un r&#244;le d'aiguillon. Je crois que nous l'avons correctement jou&#233; jusqu'ici. Le d&#233;samor&#231;age de la critique des m&#233;dias par des &#233;missions de radio ou de t&#233;l&#233;vision (&#224; chaque cha&#238;ne la sienne&#8230;) n'entame pas la l&#233;gitimit&#233; de notre critique, bien au contraire. En tout cas, la critique externe que nous pratiquons, m&#234;me si elle d&#233;frise les chefferies &#233;ditoriales (et quelques pseudo-experts) est de mieux en mieux accueillie, sans avoir pour autant &#233;mouss&#233; son tranchant. Il existe en particulier de nombreux journalistes et syndicats de journalistes qui d&#233;sormais travaillent avec nous, d&#232;s que cela est possible et cela m&#234;me s'ils peuvent &#234;tre en d&#233;saccord avec nous sur certains points. Nous avons ainsi contribu&#233;, il me semble, &#224; faire en sorte que ces journalistes et leurs syndicats se pr&#233;occupent d'une critique publique non seulement des conditions d'exercice de leur m&#233;tier, mais &#233;galement du contenu m&#234;me de l'information. Ils l'auraient sans doute fait sans nous, mais je crois que nous avons jou&#233; un r&#244;le d'acc&#233;l&#233;rateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre forme d'action : les d&#233;bats. C'est une forme d'action parce qu'il est crucial de faire de la question des m&#233;dias l'objet de d&#233;bats publics. Les intervenants d'Acrimed, ainsi que ceux du &lt;i&gt;Plan B&lt;/i&gt; ou du &lt;i&gt;Monde Diplomatique&lt;/i&gt; (qui concourent efficacement, dans des registres diff&#233;rents du n&#244;tre &#224; la critique des m&#233;dias), ont anim&#233; des centaines de d&#233;bats publics, je dis bien des centaines, organis&#233;s par nous-m&#234;mes ou en liaison avec des associations, notamment ATTAC ou les &#171; Amis du &lt;i&gt;Monde Diplomatique&lt;/i&gt; &#187;, des universit&#233;s d'&#233;t&#233;, des formations politiques. Nous l'avons fait pour que la question des m&#233;dias redevienne ce qu'elle avait cess&#233; d'&#234;tre : une question politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, nous avons essay&#233; de favoriser des convergences. Nous l'avons fait par exemple &#224; l'occasion du forum social de Paris Saint-Denis en 2003. Nous avons, dans le m&#234;me esprit, jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans l'impulsion et la tenue d'&#171; &#201;tats g&#233;n&#233;raux pour le pluralisme &#187;, qui n'ont pas eu un &#233;norme &#233;cho m&#233;diatique mais qui ont eu un r&#244;le important car ils ont &#233;t&#233; un moment de rencontre entre des acteurs qui jusque-l&#224; ne se parlaient pas : associations de critique des m&#233;dias, syndicats de journalistes, m&#233;dias du tiers secteur qui, &#224; l'occasion des sessions de ces &#201;tats g&#233;n&#233;raux, ont &#233;labor&#233; des plateformes significatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit &#224; travers ces &#201;tats g&#233;n&#233;raux ou de fa&#231;on ind&#233;pendante, nous avons jou&#233; un r&#244;le dans l'interpellation des forces politiques et dans la relance de quelque chose qui avait disparu : des rapports de discussions, parfois conflictuelles, entre des associations de critique, des syndicats de journalistes et les m&#233;dias associatifs, mais aussi avec les diff&#233;rentes forces politiques, qui, toutes, &#224; commencer par les forces politiques de gauche, toutes tendances confondues, avaient v&#233;ritablement d&#233;sert&#233; la question des m&#233;dias pendant plusieurs d&#233;cennies. Pour parler comme certains &#233;conomistes, on constate aujourd'hui &#171; quelques signes de reprise &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les autres modes d'action, il faut admettre qu'une association comme Acrimed est d'abord une &#171; association passerelle &#187; qui essaie de favoriser des actions communes, mais ne dispose que de peu de moyens d'action de masse autonomes. Par exemple, un appel &#224; manifester contre les menaces qui p&#232;sent sur l'AFP, lanc&#233; par nous et nous seuls, a peu de chances d'&#234;tre tr&#232;s efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Vous parlez de &#171; remettre &#187; la question des m&#233;dias au centre du d&#233;bat public, d'en &#171; refaire &#187; un probl&#232;me politique. L&#224;-dessus plusieurs questions s'imposent : quand les m&#233;dias ont-ils cess&#233; d'&#234;tre une pr&#233;occupation politique ? Pourquoi ? Et quels &#233;l&#233;ments font, en 1995, qu'il y a une urgence &#224; r&#233;investir cette question ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Nous n'avons pas tout de suite pris la mesure du vide politique qui entourait la question des m&#233;dias. C'est notre propre activit&#233; qui nous l'a rendu de plus en plus &#233;vident : depuis des d&#233;cennies, les forces politiques que l'on qualifie parfois de &#171; progressistes &#187;, qu'elles se r&#233;clament ou non de la gauche du gouvernement, ont multipli&#233; les d&#233;robades et les reculades, les silences et les capitulations. Le dernier programme coh&#233;rent de transformation des m&#233;dias, venu de forces de gauche &#8211; j'ai dit &#171; coh&#233;rent &#187;, je n'ai pas dit &#171; valide &#187;&#8230; &#8211; c'est le &#171; programme commun &#187; d'union de la Gauche en 1972. On peut aller plus loin et souligner que les gouvernements de gauche, sous la pr&#233;sidence de Mitterrand, ont &#233;t&#233; des acteurs importants d'une phase essentielle dans la privatisation des m&#233;dias en France : ce n'est pas un gouvernement de gauche qui a privatis&#233; TF1 en 1986, mais c'est un gouvernement de gauche qui, en confiant la 5 et Canal Plus &#224; des propri&#233;taires priv&#233;s, a pour partie l&#233;gitim&#233; par avance la privatisation de TF1. On n'a, d'ailleurs, pas fini de mesurer les cons&#233;quences d'une politique qui a min&#233; pour longtemps la perspective d'un service public de l'information et de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Vous avez &#233;voqu&#233; les diverses formes que rev&#234;t d&#233;sormais la critique des m&#233;dias. Est-ce que sa g&#233;n&#233;ralisation ne banalise pas la v&#244;tre ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Je ne crois pas. Sans m&#234;me parler de la critique m&#233;diatique des m&#233;dias dans les m&#233;dias dominants, je crois que la n&#244;tre se distingue des autres formes de critique des m&#233;dias existantes dans l'espace public sur deux versants : le versant explicatif et le versant politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre critique ne consiste pas seulement &#224; d&#233;noncer des d&#233;rapages, des erreurs, des &#171; emballements &#187;, ou des personnes mais, en partant de ce qui est visible (mais qu'il faut rendre visible) et nommable (mais qu'il ne faut pas craindre de nommer), &#224; chercher &#224; mettre en &#233;vidence les logiques &#233;conomiques, sociales et politiques qui sont &#224; l'&#339;uvre. Par exemple, les relations de connivence ne rel&#232;vent pas seulement de relations strictement personnelles : celles-ci renvoient &#224; des proximit&#233;s sociales rep&#233;rables et &#224; des formes de &#171; corruption structurelle &#187;, comme les d&#233;signait Bourdieu dans une alliance de mots apparemment antinomiques. On nous reproche parfois de pratiquer une critique &lt;i&gt;ad hominem&lt;/i&gt;. Encore faut-il s'entendre sur ce que l'on entend par l&#224;. M&#234;me quand nous ne l&#233;sinons pas sur les traits satiriques, nous refusons une critique qui s'efforcerait d'invalider un argument en s'en prenant aux caract&#233;ristiques physiques ou psychologiques de celui qui le soutient. Mais en quoi serait-il mals&#233;ant de prendre &#224; partie des personnes, non pour ce qu'elles sont individuellement, mais pour ce qu'elles r&#233;v&#232;lent ou repr&#233;sentent socialement ? Nous pouvons donner le sentiment d'avoir des &#171; t&#234;tes de turc &#187;, mais elles ne sont jamais que des cibles vis&#233;es en raison des rapports de pouvoir et de domination qu'elles illustrent et confortent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette question je voudrais insister sur l'&#233;tonnant paradoxe suivant : quand on fait la critique du microcosme m&#233;diatique, de ses diff&#233;renciations, mais aussi de ses structures, il se trouve toujours de bons esprits pour d&#233;noncer le caract&#232;re &#171; abstrait &#187; de cette critique ; mais quand on nomme ceux qui occupent des positions d&#233;termin&#233;es au sein de ce microcosme, on nous dit &#171; vous prenez &#224; partie des individus &#187;. Et dans les deux cas, quelques idiots utiles nous attribuent une &#171; th&#233;orie du complot &#187; : la lutte contre le conspirationnisme imaginaire, vari&#233;t&#233; molle de la lutte contre l'antis&#233;mitisme imaginaire, permet &#224; peu de frais de se dispenser de toute critique effective des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bourdieu a fait les frais de ce double discours (trop &#171; abstrait &#187;, trop &#171; concret &#187;), m&#234;me dans son travail de sociologue. Quand il d&#233;crit, dans &lt;i&gt;Homo academicus&lt;/i&gt;, un espace de positions sociales, on lui reproche d'avoir dissimul&#233; des personnes derri&#232;re une analyse &#171; abstraite &#187;. Et quand dans &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, pour essayer de rendre compte d'un certain nombre de pratiques, de position sociales, de rapports de pouvoir, il nomme des individus pr&#233;cis, de grands moralistes lui reprochent d'avoir perdu toute d&#233;cence. Et bien nous refusons cette fausse pudeur qui tol&#232;re &#233;ventuellement la d&#233;nonciation des rapports de domination, mais &#224; condition de ne pas nommer ceux qui occupent les positions dominantes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour ce qui concerne le versant explicatif de notre critique. Et puis il y a son versant politique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Avant de revenir sur ce versant politique, une derni&#232;re question sur votre critique : Y a-t-il des positions analytiques qui ont chang&#233; pour vous depuis votre constitution ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Je crois qu'il y a des questions sur lesquelles nous sommes plus vigilants que nous ne l'&#233;tions initialement. Nous avons un plus grand souci de distinguer la critique des pratiques m&#233;diatiques et la critique des positions politiques correspondantes. Ce que nous critiquons &#224; travers une prise de position politique ce n'est pas ou pas prioritairement la prise de position en elle-m&#234;me, mais la pratique journalistique qui la sous-tend : les d&#233;faillances souvent graves de l'information ou le d&#233;faut de pluralisme des d&#233;bats, par exemple. Notre critique ne rel&#232;ve pas de la contre-propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, nous avons travaill&#233; &#224; une meilleure prise en compte des conditions de travail des journalistes. Il nous est arriv&#233; d'&#233;pingler des journalistes, alors qu'ils n'&#233;taient pas ma&#238;tres de ce qu'ils faisaient. Les meilleurs &#8211; ils existent&#8230; - sont, dans certaines conditions, capables du pire. Nous t&#226;chons d&#233;sormais d'&#234;tre plus attentifs aux effets des conditions de production de l'information et d'essayer de distinguer le plus finement possible ce qui rel&#232;ve du choix &#233;ditorial assum&#233; par le journaliste de ce qui rel&#232;ve des conditions g&#233;n&#233;rales de production de l'information. Critiquer le travail des journalistes est une source de conflits et de malentendus permanents avec nombre d'entre eux. Mais nous l'assumons. Critiquer les journalistes, c'est s'exposer &#224; une r&#233;plique, souvent hargneuse, selon laquelle on n'y &#171; conna&#238;t rien &#187;, parce qu'on n'a pas &#171; les mains dans le cambouis &#187;. C'est &#224; la fois banal et faux. Banal, car c'est la rh&#233;torique habituelle du &#171; professionnel &#187;, qui r&#233;siste &#224; tout effort d'objectivation en mettant en avant que lui &#171; sait de quoi il parle &#187;. Et c'est oublier un peu vite que nous b&#233;n&#233;ficions de l'exp&#233;rience des nombreux journalistes qui sont membres de notre association ou qui nous &#233;crivent. Nous essayons de tirer parti, &#224; &#233;gale dignit&#233;, des savoirs professionnels, des savoirs militants et des savoirs scientifiques. C'est notre originalit&#233; : ni syndicat de journalistes, ni association de contestataires, ni d&#233;partement du CNRS. Ou, plut&#244;t, les trois &#224; la fois&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Si je comprends bien, en quinze ans d'existence environ, vous avez contribu&#233; &#224; changer le contexte politique de questionnement sur les m&#233;dias. Qu'est-ce qui, selon vous, a permis, en termes de formats d'action, ce premier accomplissement ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Nous avons eu la prudence de penser que les actions de masse ne pouvaient relever de la seule activit&#233; d'Acrimed. Et pas seulement, comme je l'ai dit, parce que nous n'en avons pas v&#233;ritablement les forces. Nous avons pr&#233;f&#233;r&#233; consid&#233;rer que pour passer &#224; l'action il fallait contribuer &#224; la constitution de r&#233;seaux d'action et soutenir des actions dont nous ne pouvions &#234;tre les seuls acteurs. En particulier, nous avons pris soin de ne pas court-circuiter les principaux acteurs collectifs : ni les principaux syndicats de journalistes et plus g&#233;n&#233;ralement le mouvement syndical et les associations de lutte (car pour nous la critique des m&#233;dias ne concerne pas que les journalistes), ni les forces politiques (en les interpellant et en entretenant avec elles des rapports de discussion et de confrontation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous croyons que cette ligne d'action doit &#234;tre poursuivie. Cela a &#233;videmment &#233;t&#233; couronn&#233; d'un succ&#232;s in&#233;gal et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il existe beaucoup de publics qui se sentent concern&#233;s, beaucoup moins qui se sentent mobilisables. Ensuite, il faut souligner que nous venons de tr&#232;s loin : la plupart des mouvements contestataires ont avec les m&#233;dias un rapport purement instrumental. Autrement dit, ils ne se posent, lorsqu'il s'agit des m&#233;dias, que la question suivante &#171; comment s'en servir ? &#187;, sans m&#234;me s'interroger sur les moyens de s'en servir sans leur &#234;tre asservis. Combien de contestataires contestent les m&#233;dias quand ils interviennent dans les m&#233;dias ? Combien consid&#232;rent qu'une ar&#232;ne d&#233;mocratique doit &#234;tre conflictuelle et qu'il ne faut pas se d&#233;rober aux conflits avec certains journalistes ou sur certaines pratiques journalistiques ? Combien mettent en cause les strat&#233;gies &#233;conomiques des propri&#233;taires des m&#233;dias ou du pouvoir politique, ou les orientations &#233;ditoriales adopt&#233;es par un certain nombre de m&#233;dias qui se d&#233;fendent d'&#234;tre de parti pris ? Combien contestent les formats des &#233;missions dans lesquelles il leur arrive de passer ? Fort peu et tr&#232;s rarement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Tout de m&#234;me, ces questions de cadrage m&#233;diatique, de contraintes formelles et de structures de pouvoir probl&#233;matiques au sein des m&#233;dias, sont des questions qui font l'objet de discussions internes au mouvement social. La preuve, vous &#234;tes intervenus dans les forums sociaux, dans lesquels il y avait des axes sp&#233;cifiques qui concernaient ces questions&#8230;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; C'est vrai, et nous ne pr&#233;tendons &#224; aucun monopole. Nous n'oublions pas, par exemple, l'existence de cette critique en acte qu'est la critique port&#233;e par les m&#233;dias du tiers secteur et par de nombreux sites sur Internet : elle est indispensable &#224; la revitalisation d&#233;mocratique de l'espace m&#233;diatique. Nous les soutenons et les consid&#233;rons comme une composante &#224; part enti&#232;re d'une lutte commune. C'est pourquoi nous nous sommes r&#233;jouis de la pr&#233;sence de certains d'entre eux dans le cadre des &#201;tats G&#233;n&#233;raux pour le pluralisme, notamment, pour que la confrontation soit possible avec les syndicats de journalistes et que nous puissions converger (ou diverger) ensemble. Et nous sommes d'ailleurs l'un de ces m&#233;dias : le site d'Acrimed est un m&#233;dia ind&#233;pendant, associatif et autog&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour revenir &#224; votre question, le probl&#232;me ce n'est pas que les mouvements contestataires s'interrogent sur les formats. L'important c'est qu'on ne peut pas faire de la question des m&#233;dias une question politique sans modifier son rapport aux m&#233;dias. Tant que des associations, des syndicats, des forces politiques, sous couvert de faire entendre leurs positions dans les m&#233;dias, se taisent sur la question des m&#233;dias, tant qu'ils croient que leur silence sur cette question est le prix &#224; payer pour disposer de tribunes m&#233;diatiques, la critique des m&#233;dias est occult&#233;e. Bien s&#251;r, nous n'avons pas l'intention de prescrire &#224; qui que ce soit le comportement &#224; adopter vis-&#224;-vis des m&#233;dias. En la mati&#232;re, nous faisons seulement deux propositions simples aux acteurs collectifs : tout d'abord, nous proposons une analyse du champ de bataille m&#233;diatique, car c'est un champ de bataille ; ensuite nous les incitons &#224; traiter cet espace comme un champ de bataille, c'est-&#224;-dire de ne pas se soumettre &#224; tous les diktats du cirque m&#233;diatique et de ne pas oublier de critiquer les m&#233;dias dans les m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; la fois d&#233;concertant et triste que la question des m&#233;dias n'ait &#233;t&#233; pos&#233;e dans les m&#233;dias, lors de la derni&#232;re pr&#233;sidentielle, que par Fran&#231;ois Bayrou. Et qu'il ait fallu attendre le conflit qu'il a introduit lui-m&#234;me avec les m&#233;dias, pour des raisons de positionnement tactique sans doute, mais peut-&#234;tre aussi pour de vraies raisons politiques, pour que le Parti socialiste et sa candidate r&#233;animent une proposition qui a &#233;t&#233; faite dix fois depuis 1972 et &#224; chaque fois oubli&#233;e quand la gauche est parvenue au pouvoir : en finir avec les liaisons dangereuses entre les m&#233;dias et les groupes qui b&#233;n&#233;ficient de march&#233;s publics. On est en droit d'attendre d'eux non qu'ils r&#233;ussissent, mais au moins qu'ils tentent d'accomplir ce qu'ils proposent. Jusqu'alors, &#231;a n'a pas &#233;t&#233; le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Vous &#234;tes engag&#233;s dans ces actions depuis bient&#244;t quinze ans. Alors, au-del&#224; de la remise en d&#233;bat de la question m&#233;diatique, la situation de l'espace m&#233;diatique a-t-elle, de votre point de vue, chang&#233; depuis 1995 ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Oui et non. Commen&#231;ons par le r&#244;le des &#171; nouveaux chiens de gardes &#187; : l'analyse de Serge Halimi, publi&#233;e en 1997, d&#233;crit une situation qui n'a pas boug&#233;. La quarantaine de journalistes qui occupent une place disproportionn&#233;e dans le d&#233;bat public et d&#233;limitent le p&#233;rim&#232;tre des questions dicibles et la fa&#231;on de les poser, sont toujours l&#224;. L'arrogance de ces &#171; prescripteurs d'opinion &#187; a culmin&#233; en 2005 lors du r&#233;f&#233;rendum sur le trait&#233; constitutionnel europ&#233;en. Ces serviteurs du pluralisme an&#233;mi&#233; et des pens&#233;es dominantes semblent inamovibles. Dans le m&#234;me temps, la situation globale des m&#233;dias a beaucoup chang&#233; : leur financiarisation s'est acc&#233;l&#233;r&#233;e, la r&#233;volution num&#233;rique b&#233;n&#233;ficie d'abord aux groupes les plus puissants, en m&#234;me temps qu'elle fragilise la presse &#233;crite g&#233;n&#233;raliste, le secteur public est appauvri, &lt;i&gt;etc&lt;/i&gt;. Et l'&#233;cart ne cesse de se creuser entre les sommit&#233;s de la profession et les soutiers de l'information, de plus en plus pr&#233;caris&#233;s. Les premi&#232;res se croient ind&#233;pendantes, parce que, ajust&#233;es &#224; leur fonction, elles font &#171; spontan&#233;ment &#187; ce que leur fonction leur prescrit. Les seconds confondent trop souvent la relative ind&#233;pendance individuelle dont ils jouissent et la d&#233;pendance collective qui est la leur. Encore cette relative ind&#233;pendance n'existe-t-elle pas partout et seulement pour ceux qui b&#233;n&#233;ficient d'emplois stables. Et, dans tous les cas, les journalistes ne vivent pas en &#233;tat d'apesanteur sociale, et comme dans tous les m&#233;tiers, ils compensent souvent leur d&#233;pendance sociale par des mythes professionnels : l'ind&#233;pendance n'est alors que l'un d'eux, parfois m&#234;me parmi les journalistes les plus pr&#233;caires convaincus de faire le plus beau m&#233;tier du monde. C'est assez dire qu'il est moins facile qu'il n'y para&#238;t d'introduire des grains de sable dans la &#171; machine &#187;&#8230; sans changer la &#171; machine &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Voil&#224; pour ce qui n'a pas chang&#233; voire qui n'a cess&#233; d'empirer, qu'est ce qui a chang&#233; alors ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Ce qui a chang&#233; c'est notamment le d&#233;veloppement de la critique des m&#233;dias sous diverses formes. On la trouve partout : des &#171; m&#233;diateurs &#187; pr&#233;sents dans un certain nombre de m&#233;dias, aux &#233;missions de d&#233;cryptage (qui ne d&#233;cryptent presque rien) ou sur la vie des m&#233;dias (qui en r&#233;alit&#233; sont des &#233;missions sur les &lt;i&gt;people&lt;/i&gt; m&#233;diatiques)&#8230; Bref il n'y a pas un m&#233;dia qui n'ait sa rubrique ou son &#233;mission dans laquelle il pr&#233;tend &#171; analyser &#187; les m&#233;dias. C'est trop souvent (mais pas toujours&#8230;) la version marchande de la critique des m&#233;dias et elle est florissante. &#192; c&#244;t&#233; de cette critique m&#233;diatique des m&#233;dias, on a vu appara&#238;tre, notamment sur Internet, une critique des m&#233;dias multiforme, constitu&#233;e ind&#233;pendamment de la n&#244;tre ou, plus ou moins ouvertement en &#233;cho ou en opposition &#224; celle que nous pratiquons, notamment &#224; travers des blogs et certains sites ind&#233;pendants. Et c'est tr&#232;s bien. M&#234;me &#171; Arr&#234;t sur image &#187; dont la critique sur France 5 ne d&#233;passait gu&#232;re les limites du simple d&#233;cryptage plut&#244;t complaisant est devenu plus corrosif en passant sur la toile. Simplement cette critique-l&#224; souffre, &#224; nos yeux, de deux faiblesses qui permettent de penser que nous avons toujours un r&#244;le sp&#233;cifique &#224; jouer. Tout d'abord, elle a en g&#233;n&#233;ral (ce n'est pas toujours le cas) une faible teneur explicative. Mais surtout, elle n'a, sauf exception, aucune ambition politique. Enfin, il y a une derni&#232;re cat&#233;gorie de critique des m&#233;dias qui s'est d&#233;velopp&#233;e. Je pense aux initiatives &#224; l'articulation de la critique des m&#233;dias et de la proposition de transformation des m&#233;dias : &#171; l'Appel de la colline &#187; impuls&#233; par &lt;i&gt;M&#233;diapart&lt;/i&gt; ou &#171; les Assises du journalisme &#187; impuls&#233;es par J&#233;r&#244;me Bouvier notamment. Ce sont souvent des initiatives dont nous ne partageons pas ou pas totalement les objectifs et les modalit&#233;s. Mais elles sont le signe que &#231;a bouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ce d&#233;veloppement de la critique des m&#233;dias sous des formes diverses a-t-il transform&#233; le rapport qu'entretenait avec elle le mouvement social ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;H. M :&lt;/strong&gt; Sur ce point, il me semble que la situation est tr&#232;s contradictoire : je crois qu'aujourd'hui il y a une prise de conscience de l'importance de la question m&#233;diatique ; mais malheureusement cette prise de conscience ne s'est pas suffisamment traduite en actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord pour une mauvaise raison : le rapport instrumental aux m&#233;dias dont j'ai d&#233;j&#224; parl&#233; perdure. Une association comme Attac a beaucoup &#339;uvr&#233; en faveur du d&#233;bat public que nous avons (avec d'autres&#8230;) men&#233; sur la question des m&#233;dias. Les r&#233;unions publiques auxquelles nous avons particip&#233; ont souvent &#233;t&#233; organis&#233;es par des comit&#233;s d'Attac ou dans le cadre des universit&#233;s d'&#233;t&#233; d'Attac. Pourtant il a &#233;t&#233; quasiment impossible d'obtenir d'Attac une prise de position publique claire sur la question des m&#233;dias. Il est pour le moins &#233;trange qu'une association qui lutte contre la mondialisation lib&#233;rale se d&#233;robe ainsi car les m&#233;dias ne sont pas des proies, mais des acteurs de cette mondialisation, et ils n'en sont pas les observateurs, mais les propagandistes. On pourrait dire cela d'autres forces contestataires : quand Olivier Besancenot va chez Drucker en pleine &#171; r&#233;forme &#187; sarkozyste de l'audiovisuel public, il s'efforce de donner la parole &#224; des salari&#233;s que l'on n'entend jamais dans ce genre d'&#233;mission, mais il ne dit pas un mot du fait qu'il parle sur une cha&#238;ne menac&#233;e dans ses moyens et son r&#244;le.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le maintien de ce genre d'attitude est fond&#233; sur une surestimation de la puissance des m&#233;dias. C'est d'ailleurs la croyance dans le pouvoir des m&#233;dias qui alimente le pouvoir des m&#233;dias. Bref, les forces politiques et le mouvement social dans leur ensemble (il y a bien s&#251;r des exceptions) c&#232;dent au pouvoir d'intimidation des m&#233;dias, c'est-&#224;-dire &#224; l'id&#233;e selon laquelle la m&#233;diatisation est l'&#233;l&#233;ment d&#233;cisif, en toutes circonstances, pour faire conna&#238;tre ses id&#233;es, ses luttes et ses propositions ; or c'est le cas parfois mais pas toujours. Et surtout &#231;a l'est beaucoup moins souvent qu'on ne le dit : il suffit d'avoir quelques connaissances en sociologie de la r&#233;ception pour en &#234;tre convaincu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, m&#234;me si l'importance de la question m&#233;diatique est apparue progressivement &#224; ceux qui ne la consid&#233;raient pas jusque-l&#224;, la crise &#233;conomique, sociale et &#233;cologique a pris, depuis plus d'un an, une telle ampleur qu'elle est devenue, plus que jamais, la priorit&#233; qui oriente les mobilisations des acteurs du mouvement social. Il ne faudrait pas que cela se transforme en alibi&#8230; C'est dire, en toute modestie, l'importance de notre existence car nous sommes les seuls &#224; porter, sur le terrain des m&#233;dias, une critique &#224; la fois intransigeante, le cas &#233;ch&#233;ant virulente, explicative et de dimension politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Mais en quoi consiste ce &#171; versant politique &#187; que vous avez plusieurs fois &#233;voqu&#233; ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Critiquer non pour le plaisir, mais pour rendre sensible la n&#233;cessit&#233;, voire l'urgence de transformations de l'ordre m&#233;diatique existant. Nous avons fait des propositions en ce sens que l'on n'aura sans doute pas le temps de d&#233;tailler au cours de cet entretien. Quelques-unes d'entre elles ont &#233;t&#233; mises en discussion dans des syndicats, des associations ou des forces politiques, et parfois reprises. De fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, on ne peut que se f&#233;liciter chaque fois que, avec ou sans nous, des propositions sont &#224; nouveau clairement formul&#233;es. Encore faut-il que ces propositions ne soient pas purement d&#233;coratives, mais fassent l'objet d'actions et de mobilisations en leur faveur. Que tous les acteurs collectifs s'en emparent. Qu'elles se nourrissent d'une critique rigoureuse et sans complaisance. Qu'elles soient formul&#233;es &#171; dans l'air toujours agit&#233; de la contestation &#187; (pour piquer &#224; Foucault l'une de ses formules). Sinon, elles resteront des chiffons de papier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Si je comprends bien, la priorit&#233; maintenant ce n'est plus de diffuser la critique des m&#233;dias mais de contribuer &#224; impulser un mouvement social de transformation des m&#233;dias, un mouvement transversal. Dans cette perspective, quid de l'international ? Puisque les m&#233;dias sont des acteurs de la mondialisation cette lutte ne doit-elle pas &#234;tre transnationale ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; C'est vrai. Mais une remarque g&#233;n&#233;rale d'abord : ce que fait ou ne fait pas une association, surtout quand elle est constitu&#233;e comme la n&#244;tre exclusivement de b&#233;n&#233;voles qui ont d'autres engagements, n'est pas toujours une question d'orientation, mais de forces. Cela explique en particulier que nous n'ayons pas vraiment d&#233;velopp&#233; notre action en dehors de l'hexagone. Difficult&#233; suppl&#233;mentaire : en dehors des &#201;tats-Unis, il y a, en g&#233;n&#233;ral, tr&#232;s peu d'&#233;quivalents d'Acrimed, se d&#233;diant exclusivement &#224; une critique ind&#233;pendante et externe. Et quand ils existent ou ont exist&#233; nous avons eu des difficult&#233;s &#224; entrer en contact avec eux. Cela dit, il existe &#233;videmment partout des formes ou des instances de critique des m&#233;dias, particuli&#232;rement dans les pays o&#249; cette critique est tr&#232;s directement une composante des conflits sociaux et politiques. Mais il est vrai que l'absence d'action internationale concert&#233;e se fait particuli&#232;rement sentir &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne, alors que la r&#233;orientation des politiques m&#233;diatiques peut difficilement se faire exclusivement &#224; l'&#233;chelle nationale. Les syndicats de journalistes en sont conscients, mais cela ne suffit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Bref, vous dites que ce qui freine l'efficacit&#233; de la critique des m&#233;dias comme projet politique c'est le manque de force g&#233;n&#233;ral du mouvement social.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Oui. Mais aussi les r&#233;ticences &#224; s'en emparer. Pendant des d&#233;cennies, quand ils se sont battus, les journalistes et les salari&#233;s des m&#233;dias l'ont fait de mani&#232;re isol&#233;e, comme si la question des m&#233;dias ne concernait qu'eux. Alors que dans tous les autres secteurs publics ou d'enjeu public, les luttes ont d&#233;pass&#233; les acteurs centraux : que ce soit pour les transports, l'h&#244;pital, l'enseignement, ou derni&#232;rement la Poste. Or tant que la question des m&#233;dias n'est pas une question dont s'emparent tous les acteurs contestataires de la vie sociale et politique, on n'est pas &#224; la hauteur des enjeux. Le jour o&#249; cela arrivera peut-&#234;tre qu'on dissoudra Acrimed&#8230; &#8226;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Guerre de Libye : Quand la propagande d&#233;figure le d&#233;bat public </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>
		<dc:subject>Guerres</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Suivisme des grands m&#233;dias&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Guerres-+.html" rel="tag"&gt;Guerres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH132/guerre_de_libye-5a9f8.jpg?1726251026' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='132' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Rappels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Jeudi 17 mars 2011 Le Conseil de s&#233;curit&#233; des Nations Unies se prononce pour l'instauration d'une zone d'exclusion dans le ciel libyen. Le conseil autorise &#233;galement &lt;i&gt;&#034;toutes les mesures n&#233;cessaires&#034;&lt;/i&gt; &#8211; ce qui signifie, en langage diplomatique, des actions militaires &#8211; pour assurer la protection des populations civiles face &#224; l'arm&#233;e de Kadhafi.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Samedi 19 mars 2011 Les &#201;tats-Unis, la France et le Royaume-Uni lancent des raids a&#233;riens pour stopper la r&#233;pression de la r&#233;volte. Ces frappes stoppent les forces pro-Kadhafi qui &#233;taient aux portes de Benghazi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/medias/entretiens/quand-la-propagande-defigure-le-debat-public&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entretien publi&#233; dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du 4 avril 2011&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les premi&#232;res observations recueillies par Acrimed sur le traitement m&#233;diatique de cette guerre en Libye ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler. &lt;/strong&gt;Avant m&#234;me que ne commencent les bombardements, on a assist&#233; &#224; une v&#233;ritable exaltation guerri&#232;re. D&#232;s le vote de la r&#233;solution de l'ONU, la plupart des sites des quotidiens et des hebdos, impatients, nous pr&#233;venaient : &#171; Le compte &#224; rebours a commenc&#233;. &#187; Il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire que le petit monde des grands m&#233;dias s'est f&#233;licit&#233; de la perspective des bombardements sur la Libye, semblant oublier qu'une guerre est avant tout. une guerre. Entre les journalistes qui bombent le torse et ceux qui, &#224; d&#233;faut de rev&#234;tir leur treillis, se mettent &#224; parler comme les militaires, rien ne nous est &#233;pargn&#233;. Une rh&#233;torique va-t'en guerre soutenue par une fi&#232;vre chauvine sur le r&#244;le de &#171; la France &#187;. Qui a &#171; frapp&#233; la premi&#232;re &#187;, pouvait-on lire &#224; la une de la plupart des quotidiens, le lendemain des premiers bombardements. Cocorico, c'est la guerre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une guerre pr&#233;sent&#233;e comme indispensable. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler.&lt;/strong&gt; In&#233;vitable et indiscutable. Or, qu'on la soutienne ou la r&#233;prouve - que l'on pense que l'intervention militaire &#233;tait n&#233;cessaire (pour emp&#234;cher les forces arm&#233;es de Kadhafi d'&#233;craser la r&#233;volte &#224; Benghazi) ou au contraire que l'on devait et pouvait l'&#233;viter -, on est en droit d'attendre des m&#233;dias qu'ils ne soient pas le service apr&#232;s-vente du minist&#232;re de la D&#233;fense, reprenant la moindre de ses informations et le moindre de ses termes, sans aucune distance critique. C'est &#224; peine si les principaux m&#233;dias osent parler de &#171; guerre &#187;, alors que des centaines de missiles ont &#233;t&#233; tir&#233;s d&#232;s les premiers jours. Ils &#233;voquent, non des bombardements, mais des &#171; frappes &#187; : des frappes &#171; cibl&#233;es &#187;, nouvel avatar des &#171; frappes chirurgicales &#187;. On nous montre, &#224; grand renfort d'images fournies par l'arm&#233;e elle-m&#234;me, le haut degr&#233; de pr&#233;cision et de technologie de &#171; nos &#187; armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, cette gu&#232;re soul&#232;ve au moins quelques questions. Quelle place a &#233;t&#233; accord&#233;e aux divergences ? Le pluralisme des avis et analyses sur cette intervention a-t-il &#233;t&#233; respect&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler.&lt;/strong&gt; Dans leur emballement, la plupart des m&#233;dias ont &#171; oubli&#233; &#187; de commencer par poser ces questions. Et quand des questions partielles ont surgi, apr&#232;s l'euphorie des premiers jours (sur les dissensions, le commandement, les objectifs), les interrogations sur la n&#233;cessit&#233; et la l&#233;gitimit&#233; de cette guerre qui ne dit pas son nom - pr&#233;sent&#233;e, au fond, comme une op&#233;ration humanitaire, et non comme une intervention militaire - &#233;taient devenues &#171; hors sujet &#187;. On nous a r&#233;p&#233;t&#233; jusqu'&#224; la naus&#233;e que cette op&#233;ration &#233;tait soutenue par la &#171; communaut&#233; internationale &#187;. Les gouvernements de la Chine, l'Inde, la Russie, l'Allemagne, le Br&#233;sil. ont fait part de leurs r&#233;serves ? Ce n'est pas un probl&#232;me, puisqu'ils se sont abstenus ! D'autres se sont d&#233;clar&#233;s franchement hostiles. Qu'importe : la &#171; communaut&#233; internationale &#187; existera sans eux. Plut&#244;t que d'informer sur leurs arguments et de tenter de les comprendre, avant de soutenir ou de r&#233;prouver leurs positions, on a trait&#233; tous les r&#233;fractaires par le m&#233;pris. Quant aux arguments de ceux qui, en France m&#234;me, &#233;mettent des objections sur le fond ou s'opposent &#224; cette guerre-l&#224;, ils ont &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;s, dans les meilleurs des cas, dans les &#171; tribunes libres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquer ce traitement m&#233;diatique ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler.&lt;/strong&gt; On peut &#234;tre tent&#233; d'expliquer ce traitement par le poids des marchands d'armes dans le paysage m&#233;diatique fran&#231;ais. Le cas du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, propri&#233;t&#233; de Serge Dassault, qui fournit l'arm&#233;e fran&#231;aise (et qui a aussi vendu des avions &#224; Kadhafi) est presque caricatural. Mais ce serait un raccourci. Ce qui domine, c'est le suivisme des grands m&#233;dias &#224; l'&#233;gard de la pr&#233;tendue &#171; communaut&#233; internationale &#187;, des institutions politiques et militaires, et de l'unanimisme des partis dominants en France m&#234;me. Cette d&#233;f&#233;rence institutionnelle se nourrit des croyances partag&#233;es, sinon par tous les journalistes, du moins par les chefferies &#233;ditoriales. D&#232;s lors, la propagande menace de d&#233;vorer l'information et de d&#233;figurer le d&#233;bat public&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mouvement de 1995 : &#171; Intellectuels citoyens : la solidarit&#233; en actes &#187;</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Mouvement de 1995</dc:subject>
		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>
		<dc:subject>Intellectuels</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien accord&#233; &#224; L&lt;i&gt;'Humanit&#233;&lt;/i&gt; le 9 d&#233;cembre 1995, trois jours apr&#232;s la publication de l'appel de soutien aux gr&#233;vistes du mouvement de novembre et d&#233;cembre 1995&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L122xH150/mouvement_de_1995-1f732.jpg?1726251038' class='spip_logo spip_logo_right' width='122' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien accord&#233; &#224; L&lt;i&gt;'Humanit&#233;&lt;/i&gt; le 9 d&#233;cembre 1995, trois jours apr&#232;s la publication de l'appel de soutien aux gr&#233;vistes du mouvement de novembre et d&#233;cembre 1995&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler, professeur de philosophie, est l'un des initiateurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Benot, Michel Riot-Sarcey, Denis Berger, Catherine L&#233;vy, Sophie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de l'appel de soutien aux gr&#233;vistes, dont &#171; l'Humanit&#233; &#187; a publi&#233; le texte dans son &#233;dition du 6 d&#233;cembre. [Appel reproduit &#224; la fin de cet entretien]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; en est la p&#233;tition qu'avec d'autres vous avez lanc&#233;e ?.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler.&lt;/strong&gt; Le nombre de signataires ne cesse de cro&#238;tre. L'appel a gagn&#233; assez largement la province. M&#234;me si les conditions de centralisation ne sont pas excellentes, nous avons d&#233;pass&#233; les cinq cents signatures. Ce sont des intellectuels, au sens large du terme, des artistes, des universitaires, beaucoup de jeunes chercheurs, et aussi des m&#233;decins, des avocats. Nous avons eu le souci de ne pas faire figurer en tant que tels des responsables politiques, bien qu'un grand nombre nous aient fait savoir qu'ils auraient volontiers sign&#233;. Aujourd'hui, beaucoup de signataires s'emparent de ce texte pour le faire vivre dans le mouvement social &#224; travers de nombreuses initiatives de r&#233;flexion et de communication aux diff&#233;rents secteurs du mouvement gr&#233;viste. Nous pensons que l'appel appartient &#224; ceux qui l'ont sign&#233; et non pas &#224; ses seuls initiateurs. Nous sommes inform&#233;s du fait qu'on fait &#233;tat dans le mouvement syndical de notre initiative comme d'un &#233;l&#233;ment mobilisateur. Juste retour des choses lorsqu'on se souvient qu'un certain nombre d'intellectuels avaient cru n&#233;cessaire de conseiller les puissants sur ce qu'&#233;taient les r&#233;formes les mieux adapt&#233;es au peuple sans m&#234;me consulter ce dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; en est, &#224; votre avis, aujourd'hui, le mouvement que votre appel soutient ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble qu'il arrive &#224; un tournant. Lui fait d&#233;faut, &#224; l'&#233;vidence, une perspective politique qui ne saurait s'improviser puisqu'elle n'existait pas auparavant. De son c&#244;t&#233;, le gouvernement n'ouvre aucune issue. Il n'envisage pas d'abandonner ses plans qui sont &#224; l'origine du mouvement gr&#233;viste, ni m&#234;me d'ouvrir au plus haut niveau des n&#233;gociations significatives. Je suis par ailleurs frapp&#233; par la position de ce pouvoir qui propose le dialogue sur des r&#233;formes qu'il consid&#232;re lui-m&#234;me comme in-n&#233;gociables. Toutes les d&#233;cisions gouvernementales sont prises par avance, comme le montre l'actuel vote des ordonnances &#224; l'Assembl&#233;e nationale. Dans le m&#234;me temps, la t&#233;l&#233;vision de service public n'h&#233;site pas &#224; utiliser des moyens qu'on croyait r&#233;volus, pour priver non seulement les syndicats mais les gr&#233;vistes de la parole qu'on affecte de leur donner. Cette attitude ne peut que contribuer &#224; radicaliser le mouvement et &#224; accro&#238;tre la lucidit&#233; de ceux qui le m&#232;nent. Enfin, il est appr&#233;ciable que des intellectuels, dont on pr&#233;tendait qu'ils se contraignaient ou qu'ils &#233;taient r&#233;duits au silence, s'efforcent d'amplifier leur solidarit&#233; en mettant leur activit&#233; au service du mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles nouvelles initiatives comptez-vous prendre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun parle dans le cadre d'une signature qu'il a donn&#233;e en son nom propre. Mais toute initiative, d&#232;s lors qu'elle se situe dans un contexte de solidarit&#233; avec les gr&#233;vistes, est bonne &#224; prendre. La question se pose de manifester de fa&#231;on un peu plus centrale cette solidarit&#233;. Cela sera mis en discussion, samedi, &#224; Paris, au cours d'une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale. Il s'agit de faire en sorte que ceux dont la voix est &#233;touff&#233;e trouvent &#224; travers l'activit&#233; des intellectuels le moyen de s'exprimer. Sans pour autant que ceux-ci parlent &#224; leur place.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Voir aussi, ici m&#234;me, une tribune de 1996 : &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Mouvement-social-de-1995-Pourquoi-tant-de-hargne-Reponse-a-Claude-Lefort.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mouvement social de 1995 : &#171; Pourquoi tant de hargne ? &#187; - R&#233;ponse &#224; Claude Lefort&lt;/a&gt;. Et, 20 ans plus tard : &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Hiver-1995-l-affrontement-politique-s-etend-aux-intellectuels.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Hiver 1995 : l'affrontement politique s'&#233;tend aux intellectuels &#187;&lt;/a&gt;, deux entretiens de d&#233;cembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Appel de solidarit&#233; avec les gr&#233;vistes&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&#171; Face &#224; l'offensive d&#233;clench&#233;e par le gouvernement, nous estimons qu'il est de notre responsabilit&#233; d'affirmer publiquement notre pleine solidarit&#233; avec celles et ceux qui, depuis plusieurs semaines, sont entr&#233;s en lutte ou s'appr&#234;tent &#224; le faire. Nous nous reconnaissons pleinement dans ce mouvement qui n'a rien d'une d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts particuliers et moins encore des privil&#232;ges mais qui est, en fait, une d&#233;fense des acquis les plus universels de la R&#233;publique. En se battant pour leurs droits sociaux, les gr&#233;vistes se battent pour l'&#233;galit&#233; des droits de toutes et de tous : femmes et hommes, jeunes et vieux, ch&#244;meurs et salari&#233;s, travailleurs &#224; statut, salari&#233;s du public et salari&#233;s du priv&#233;, immigr&#233;s et fran&#231;ais. C'est le service public, garant d'une &#233;galit&#233; et d'une solidarit&#233; aujourd'hui malmen&#233;es par la qu&#234;te de la rentabilit&#233; &#224; court terme, que les salari&#233;s d&#233;fendent en posant le probl&#232;me de la S&#233;curit&#233; sociale et des retraites. C'est l'&#233;cole publique, ouverte &#224; tous, &#224; tous les niveaux, et garante de solidarit&#233; et d'une r&#233;elle &#233;galit&#233; des droits au savoir et &#224; l'emploi que d&#233;fendent les &#233;tudiants en r&#233;clamant des postes et des cr&#233;dits. C'est l'&#233;galit&#233; politique et sociale des femmes que d&#233;fendent celles et ceux qui descendent dans la rue contre les atteintes aux droits des femmes. Tous posent la question de savoir dans quelle soci&#233;t&#233; nous voulons vivre. Tous posent &#233;galement la question de l'Europe : doit-elle &#234;tre l'Europe lib&#233;rale que l'on nous impose ou l'Europe citoyenne, sociale et &#233;cologique que nous voulons ? Le mouvement actuel n'est une crise que pour la politique gouvernementale. Pour la masse des citoyens, il ouvre la possibilit&#233; d'un d&#233;part vers plus de d&#233;mocratie, plus d'&#233;galit&#233;, plus de solidarit&#233; et vers une application effective du pr&#233;ambule de la Constitution de 1946, repris par celle de 1958. Nous appelons tous nos concitoyens &#224; s'associer &#224; ce mouvement et &#224; la r&#233;flexion radicale sur l'avenir de notre soci&#233;t&#233; qu'il engage ; nous les appelons &#224; soutenir les gr&#233;vistes mat&#233;riellement et financi&#232;rement. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yves Benot, Michel Riot-Sarcey, Denis Berger, Catherine L&#233;vy, Sophie Walhnish, Yves Sintomer, Maguy Bacqu&#233;, Henri Maler, Maya Surduts, Jacques et Dani&#232;le Kergoat. [Pr&#233;cisions de 2024. Le texte de l'appel ainsi sign&#233; &#233;tait le produit de deux textes, l'un de Michel Riot-Sarcey, Denis Berger et Henri Maler, l'autre d'Yve Benot et Catherine L&#233;.vy. Cette derni&#232;re l'a soumis &#224; Pierre Bourdieu qui l'a modifi&#233; pour lui donner sa forme finale.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>&#171; Avez-vous lu Pierre Bourdieu ? &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Pierre Bourdieu</dc:subject>
		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien paru dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du 1er f&#233;vrier 2002, quelques jours apr&#232;s le d&#233;c&#232;s de Pierre Bourdieu le 23 janvier 2002.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Bourdieu-Foucault-et-alii-.html" rel="directory"&gt;Bourdieu, Foucault et alii&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Entretiens-+.html" rel="tag"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L144xH150/pierre_bourdieu_2-2dca5.jpg?1726251035' class='spip_logo spip_logo_right' width='144' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec paru &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/-/avez-vous-lu-pierre-bourdieu&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du 1er f&#233;vrier 2002&lt;/a&gt;]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et reproduit sur le site d'Acrimed.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pierre Bourdieu est d&#233;c&#233;d&#233; le 22 janvier 2022.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En guise de pr&#233;face, une citation de Jacque Bouveresse&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette citation n'est pas parue dans L'Humanit&#233;, faute de place.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;S'il y a une chose encore plus difficile &#224; supporter que la disparition d'une des figures majeures de la pens&#233;e contemporaine et, pour certains d'entre nous, d'un ami tr&#232;s proche, c'est bien le rituel de c&#233;l&#233;bration auquel les m&#233;dias ont commenc&#233; &#224; se livrer quelques heures seulement apr&#232;s la mort de Pierre Bourdieu. Comme pr&#233;vu, il n'y manquait ni la part d'admiration obligatoire et conventionnelle, ni la fa&#231;on qu'a la presse de faire (un peu plus discr&#232;tement cette fois-ci, &#233;tant donn&#233; les circonstances) la le&#231;on aux intellectuels qu'elle n'aime pas, ni la dose de perfidie et de bassesse qui est jug&#233;e n&#233;cessaire pour donner une impression d'impartialit&#233; et d'objectivit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si Bourdieu pouvait se voir en premi&#232;re page d'un certain nombre de nos journaux, et en particulier du Monde, il ne manquerait pas de se rappeler la fa&#231;on dont il a &#233;t&#233; trait&#233; par eux dans les derni&#232;res ann&#233;es et de trouver dans ce qui se passe depuis quelques jours une confirmation exemplaire de tout ce qu'il a &#233;crit &#224; propos de l'&lt;/i&gt;&#034;amn&#233;sie journalistique&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pierre Bourdieu, celui qui d&#233;rangeait &#187;, par Jacques Bouveresse, Le Monde, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;L'hommage presque unanime rendu par les m&#233;dias &#224; Pierre Bourdieu ne contredit-elle pas son analyse du journalisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;. Dans les premi&#232;res lignes du tr&#232;s beau texte qu'il a consacr&#233; &#224; Pierre Bourdieu, paru dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; dat&#233; du Jeudi 31 janvier, Jacques Bouveresse dit l'essentiel en quelques mots. Le rituel m&#233;diatique cons&#233;cutif &#224; la mort de Pierre Bourdieu offre une v&#233;rification quasi-exp&#233;rimentale de son analyse de l'emprise du journalisme, en particulier sur la vie intellectuelle. Une m&#234;me rh&#233;torique sur le sociologue engag&#233; et - narcissisme m&#233;diatique oblige - particuli&#232;rement engag&#233; dans la &#171; critique de la corruption m&#233;diatique &#187; (pour reprendre une sottise entendue sur LCI&#8230;), a permis &#224; nombre de journalistes, mais pas tous, incapables de prendre la mesure de son &#339;uvre et de son action, de se tailler un Bourdieu &#224; leur mesure, parfois pour l'encenser, plus souvent pour l'esquinter. Quant &#224; nos majest&#233;s &#233;ditoriales - ce club des omnipr&#233;sents que l'on peut lire, entendre et voir partout et sur tout - elles remplissent leur office : Alain-G&#233;rard Slama (du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;) ou Alexandre Adler (du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;), Jacques Julliard ou Fran&#231;oise Giroud (du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;) ont d&#233;j&#224; prononc&#233; leur condamnation d&#233;finitive. D'autres suivront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;On a pourtant reproch&#233; &#224; Pierre Bourdieu - et pas seulement ce que vous venez de citer - sa virulence et son sch&#233;matisme dans sa critique des m&#233;dias&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;. Il s'est m&#234;me trouv&#233; un sociologue comme Cyril Lemieux pour faire de Bourdieu un h&#233;ritier de la critique de la &#171; presse pourrie &#187;, comme on disait dans l'entre-deux guerres ; un &#233;ditorialiste comme Laurent Joffrin pour d&#233;couvrir dans le travail de Pierre Bourdieu une variante du marxisme le plus vulgaire (c'est-&#224;-dire du marxisme tel que Laurent Joffrin le comprend&#8230;) ; et une tripot&#233;e de journalistes en vue pour d&#233;clarer qu'on ne trouve dans l'analyse de Bourdieu que des poncifs. Pourtant, s'ils avaient lu ses interventions avec plus d'attention qu'ils ne lisent une d&#233;p&#234;che d'agence sur le cours du Nasdaq, ils se seraient peut-&#234;tre priv&#233;s de l'audace de les rabattre sur ce qu'ils savent d&#233;j&#224; ou croient savoir. Des banalit&#233;s ? Supposons &#8230; L'analyse du journalisme doit commencer d'abord, pour reprendre hors de son contexte une formule de Michel Foucault, par &#171; rendre visible ce qui est visible &#187;. Et il n'en faut pas plus pour que les notables de la presse d&#233;tournent-ils les yeux quand, &#224; l'instar de Serge Halimi, on met en &#233;vidence l'existence d'un journalisme de connivence (v&#233;ritable soci&#233;t&#233; de renvois d'ascenseurs), d'un journalisme de r&#233;v&#233;rence (&#224; l'&#233;gard de tous les pouvoirs), d'un journalisme &#224; voix multiples mais qui parle (presque) toujours dans le m&#234;me sens : un journalisme h&#233;g&#233;monis&#233; par quelques dizaines de pr&#233;sentateurs et d'&#233;ditorialistes attitr&#233;s, flanqu&#233;s de commentateurs et d'&#233;ditorialistes associ&#233;s. On comprend que ces tenanciers de l'espace m&#233;diatique pr&#233;f&#232;rent se r&#233;fugier dans &#171; l'ignorance volontaire &#187; de ce qu'ils sont et de ce qu'ils font, quitte &#224; d&#233;noncer dans l'analyse de Pierre Bourdieu une agression intol&#233;rable contre la totalit&#233; des journalistes &#8230; et dans la critique de l'entr&#233;e du &lt;i&gt;Monde &lt;/i&gt;en Bourse une atteinte insupportable &#224; l'ind&#233;pendance de la presse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Cet examen &#171; par le haut &#187; des sommets de la profession ne peut pas se pr&#233;senter comme un sociologie du journalisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;. Et c'est bien pourquoi la sociologie de Pierre Bourdieu invite surtout &#224; &#171; rendre visible ce qui est cach&#233; &#187;, en proposant une analyse complexe du champ journalistique - un champ de forces et de conflits - au sein duquel se distribuent et agissent des professionnels tr&#232;s divers : du soutier de l'information de la presse quotidienne r&#233;gionale aux grands reporters. Un champ domin&#233; par l'emprise de la t&#233;l&#233;vision et qui exerce &#224; son tour une emprise sur d'autres champs, en particulier ceux de la production culturelle. Il faut tout l'anti-intellectualisme latent de certains journalistes pour croire qu'il ne s'agit-l&#224; que de compliquer &#224; loisir le vocabulaire, alors qu'il s'agit de rendre compte d'un microcosme tr&#232;s diff&#233;renci&#233;, dont le fonctionnement rend parfois peu visibles les effets quotidiens des logiques commerciales et financi&#232;res auxquelles le journalisme est assujetti. Ainsi, il y a infiniment plus de sociologie du journalisme dans les quelques dizaines de pages de &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt; que dans d'&#233;pais volumes qui se contentent d'ent&#233;riner la connaissance spontan&#233;e que la profession a d'elle-m&#234;me. D'autant que l'apport que la sociologie de Bourdieu peut apporter &#224; la compr&#233;hension du journalisme ne se limite pas aux quelques textes qu'il a &#233;crits sur le sujet ; eux-m&#234;mes ne s'&#233;clairent que par la totalit&#233; de son &#339;uvre. Ce n'est pas tout : press&#233;s d'en d&#233;coudre sans comprendre, nos ma&#238;tres-tanceurs pr&#233;f&#232;rent ignorer que la totalit&#233; de cette &#339;uvre a plus ou moins directement inspir&#233; de nombreux travaux sociologiques. Pour n'en citer que quelques-uns : les enqu&#234;tes d'Alain Accardo, Gilles Balbastre et quelques autres sur &lt;i&gt;Le journalisme au quotidien&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le journalisme pr&#233;caire &lt;/i&gt; ; les articles des &lt;i&gt;Actes de la Recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, ou la synth&#232;se orient&#233;e, mais ouverte aux apports les plus divers, d'Erik Neveu parue sous le titre &lt;i&gt;Sociologie du journalisme&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Voulez-vous dire qu'il y aurait en quelque sorte une volont&#233; de &#171; ne pas savoir &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;. Sans aucun doute. Alors que le journalisme d'investigation pr&#233;tend nous faire conna&#238;tre le dessous des cartes dans tous les milieux sociaux, les journalistes sont rarement invit&#233;s par leurs patrons &#224; enqu&#234;ter sur eux-m&#234;mes. Raison de plus pour ne pas abandonner l'analyse critique du journalisme et des m&#233;dias aux seuls journalistes. Pierre Bourdieu avait soutenu, d&#232;s 1996, la constitution de notre association et approuvait, sans y participer, son activit&#233;. De son c&#244;t&#233;, Acrimed a trouv&#233; dans l'&#339;uvre de Pierre Bourdieu une de ses sources d'inspiration. Une &#339;uvre qui m&#233;rite un d&#233;bat &#224; sa mesure : un d&#233;bat sans d&#233;f&#233;rence - ainsi qu'il le souhaitait lui-m&#234;me. Sans d&#233;f&#233;rence, mais non sans admiration, n'en d&#233;plaise &#224; nos majest&#233;s &#233;ditoriales. Foucault se r&#233;jouissait - je cite de m&#233;moire - d'avoir &#171; fait trembler sur leurs tiges quelques n&#233;nuphars qui flottent &#224; la surface de la pens&#233;e &#187;. Pierre Bourdieu, &#224; n'en pas douter, en a fait trembler quelques autres. Des n&#233;nuphars qui entretiennent souvent des rapports tr&#232;s intimes avec la vase&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Sur la couverture m&#233;diatique de la mort de Pierre Bourdieu, voir ici m&#234;me &#171; La mort de Pierre Bourdieu et l'emprise du journalisme &#187; &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/La-mort-de-Pierre-Bourdieu-et-l-emprise-du-journalisme-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;(1&lt;/a&gt;), suivi de &#171; La mort de Pierre Bourdieu et l'emprise du journalisme &#187; &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/La-mort-de-Pierre-Bourdieu-et-l-emprise-du-journalisme-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;(2)&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et reproduit &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/-/avez-vous-lu-pierre-bourdieu&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site d'Acrimed&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette citation n'est pas parue dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, faute de place.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Pierre Bourdieu, celui qui d&#233;rangeait &#187;, par Jacques Bouveresse, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 31 janvier 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Entretien sur l'utopie (avec Daniel Bensa&#239;d) &#8211; automne 1995</title>
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		<dc:date>2020-08-17T09:10:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Daniel Bensaid</dc:subject>
		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>
		<dc:subject>Utopie</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'utopie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos de mes deux ouvrages : &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx&lt;/i&gt; (1994) et &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt; (1995)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-l-utopie-+.html" rel="tag"&gt;Marx et l'utopie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Daniel Bensa&#239;d, publi&#233; dans &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt; n&#176;143, automne 1995. &#192; propos de mes deux ouvrages : &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx&lt;/i&gt; (1994) et &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt; (1995)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Bensa&#239;d&lt;/strong&gt; &#8211; &lt;i&gt;Tu rel&#232;ves dans les textes de Marx de 1844-1845 une utopie persistante de l'&#233;mancipation comme r&#233;alisation ultime de l'essence humaine. Or, ces textes, notamment &lt;/i&gt;La Sainte Famille&lt;i&gt; et &lt;/i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;i&gt;, sont aussi ceux o&#249; se trouve consomm&#233;e la rupture radicale avec les philosophies de l'histoire universelle. Quelle est selon toi l'articulation de ces deux probl&#233;matiques &#224; premi&#232;re vue divergentes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt; - L'adoption du communisme par Marx, en 1844-1845, repose sur une dialectique t&#233;l&#233;ologique de r&#233;alisation de l'essence humaine qui fonde une utopie promise : une utopie dont la port&#233;e critique est explosive, mais qui menace de demeurer st&#233;rile car, avec elle, ce sont les perfections imaginaires et les solutions illusoires qui sont de retour. Perfections imaginaires dans la mesure o&#249; cette utopie promet une parfaite ad&#233;quation des formes d'existence des hommes &#224; leur essence ; solutions illusoires, puisqu'elles sont donn&#233;es avec le probl&#232;me : &#171; le communisme est l'&#233;nigme r&#233;solue de l'histoire humaine &#187;. L'utopie exauc&#233;e avant m&#234;me de s'&#234;tre accomplie est du m&#234;me coup condamn&#233;e. C'est l'insistance de cette utopie promise, d'abord rectifi&#233;e puis effac&#233;e que j'essaie de traquer d'un bout &#224; l'autre de l'&#339;uvre de Marx. Mais pour faire le tri : mon objectif n'est &#233;videmment ni de d&#233;couvrir enfin le Vrai Marx, ni de jeter la derni&#232;re pellet&#233;e de terre sur son tombeau, en compagnie de tous ceux qui veulent enterrer le spectre du communisme avec le cadavre du stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la conception de Marx est remarquable par les tensions qui l'habitent, et cela presque d'embl&#233;e. Marx, dans les &lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt;, n'h&#233;site pas &#224; confier &#224; la n&#233;cessit&#233; de la dialectique - la n&#233;gation de l'essence humaine dans son ali&#233;nation qui appelle la n&#233;gation de cette n&#233;gation par l'appropriation de l'essence humaine - la certitude que l'histoire apportera l'action n&#233;cessaire &#224; son accomplissement ultime. Mais, quelques mois plus tard, on peut lire sous la plume d'Engels, dans &lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt;, que l'histoire n'est pas un sujet, et encore moins une machine, qui se servirait des actions des hommes pour r&#233;aliser ses propres fins&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'histoire ne fait rien, elle &#034;ne poss&#232;de pas de richesse &#233;norme&#034;, elle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On est alors &#224; cent lieues d'une conception qui attribuerait &#224; l'histoire le soin de r&#233;soudre elle-m&#234;me sa propre &#233;nigme. La rupture est ouvertement consomm&#233;e dans &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;. Mais l'est-elle compl&#232;tement ? On peut en douter...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture est officielle avec les philosophies de l'histoire qui la confondent avec l'accomplissement d'une perfectibilit&#233; originaire de l'Homme ou une virtualit&#233; originaire de l'Esprit : une histoire qui serait &#224; elle-m&#234;me son propre sujet, parce qu'elle accomplirait un absolu originaire &#224; la fois moteur et mobile. L'histoire n'est pas cet automate, ni m&#234;me cette taupe r&#233;volutionnaire qui, aveugl&#233;ment, creuserait le sous-sol de la domination. Marx n'a jamais &#233;pous&#233; le progressisme b&#233;at qu'on lui pr&#234;te parfois ni laisser sa conception se confondre avec la dialectique solennelle qu'il affectionne souvent. Sa critique de la dialectique de Hegel ne laisse planer, du moins &#224; premi&#232;re vue, aucune &#233;quivoque : il r&#233;cuse une conception onto-logique de la dialectique qui la pr&#233;sente n&#233;cessairement comme le d&#233;ploiement d'un absolu originaire, comme il r&#233;cuse, du m&#234;me coup, toute conception t&#233;l&#233;ologique de la dialectique qui (comme toute t&#233;l&#233;ologie infinie, m&#234;me quand elle reste immanente) attribue &#224; une cause finale transcendant le cours de l'histoire le soin d'en d&#233;terminer l'orientation et la fin. Cette rupture est officiellement accomplie par Marx &#224; travers la rupture avec l'id&#233;alisme h&#233;g&#233;lien, puis avec l'humanisme feuerbachien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, Marx d&#233;ploie tr&#232;s in&#233;galement les cons&#233;quences de ces ruptures, en particulier tant qu'il recourt, d'abord ouvertement, puis plus discr&#232;tement, &#224; une promesse utopique fond&#233;e sur la dialectique de la r&#233;alisation de l'essence humaine. Sans doute, Marx n'est-il pas le th&#233;oricien d'une histoire automate qui se servirait des actions des hommes &#224; ses propres fins et accomplirait ainsi un destin primordial et universel. Mais il ne cesse de doubler l'histoire empirique d'une histoire essentielle qui d&#233;livre le sens et la destination de la premi&#232;re. Une histoire qui placerait l'utopie sous sa protection n'est pas n&#233;cessairement une histoire qui serait son propre moteur : m&#234;me les d&#233;crets de la Providence doivent composer avec les actions des hommes. Marx rompt avec l'histoire automate, mais pas avec l'histoire tut&#233;laire qui, par le truchement de l'action des hommes qui posent leur propres fins, se pr&#233;sente &lt;i&gt;comme si&lt;/i&gt; elle &#233;tait dispos&#233;e (par la procession des modes de production, la spirale de la n&#233;gation de la n&#233;gation) en vue du communisme. L'&#233;quivoque est constante. La formidable perc&#233;e en direction d'une conception disruptive de l'histoire est p&#233;riodiquement colmat&#233;e par les abus d'une dialectique ferm&#233;e. Il faut renoncer &#224; concilier, mais faire le tri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Bensa&#239;d&lt;/strong&gt; &#8211; &lt;i&gt;Effac&#233;e plut&#244;t que d&#233;pass&#233;e par sa critique, l'utopie subsisterait chez Marx en tant qu'utopie n&#233;gative : la n&#233;cessit&#233; utopique du communisme neutralise alors la strat&#233;gie qui devrait permettre de le r&#233;aliser en actualisant la pr&#233;pond&#233;rance du politique par rapport &#224; l'histoire imaginaire. &lt;/i&gt;&#171; La strat&#233;gie,&lt;i&gt; dis-tu, &lt;/i&gt;n'est jamais que l'expression de la n&#233;cessit&#233; comprise, au point qu'histoire et strat&#233;gie se confondent. &#187;&lt;i&gt; On peut souscrire &#224; ces formules heureuses, &lt;/i&gt;a fortiori&lt;i&gt; si l'on pense aux silences strat&#233;giques de Marx compar&#233;s &#224; la pens&#233;e de part en part strat&#233;gique de L&#233;nine. Mais quelle est d'apr&#232;s toi la part des raisons th&#233;oriques et des raisons pratiques dans ce manque ? Quel est plus pr&#233;cis&#233;ment la fonction de &#171; l'utopie requise &#187; par rapport &#224; la strat&#233;gie d&#233;faillante : sentiment non pratique du possible, comme le dit Lefebvre ou simple sympt&#244;me de l'immaturit&#233; des conditions objectives ? Quel est enfin le rapport du discours politique de Marx (discours prolixe : voir le tome IV des &lt;/i&gt;Ecrits &lt;i&gt;dans la Pl&#233;iade) &#224; ses silences strat&#233;giques ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt; - Marx est loin de se d&#233;sint&#233;resser des questions strat&#233;giques, comme en portent t&#233;moignage son int&#233;r&#234;t pour les questions diplomatiques et militaires. Il se passionne pour les exigences strat&#233;giques qu'impose le jeu des relations entre les &#201;tats (le r&#244;le de la Russie dans le jeu de la r&#233;volution et de la contre-r&#233;volution, par exemple) et les possibilit&#233;s lat&#233;rales au cours dominant de l'histoire (les possibilit&#233;s offertes par la commune russe, notamment). Mais, en g&#233;n&#233;ral, les imp&#233;ratifs strat&#233;giques tendent &#224; se confondre avec la n&#233;cessit&#233; historique. Pourquoi ? A l'affaissement du point de vue strat&#233;gique chez Marx, je vois au moins deux raisons th&#233;oriques, d'ailleurs solidaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fait corps avec la critique des utopies doctrinaires qui &#224; l'&#233;cart du mouvement historique r&#233;el inventent des solutions qu'elles pr&#233;tendent lui imposer ou r&#233;aliser dans son dos. Pour Marx, le r&#244;le de la th&#233;orie est d'exprimer ce mouvement historique, et non de pr&#233;tendre le fa&#231;onner. Mais, au nom du refus de prescrire, une telle critique porte en elle le risque d'une confusion entre posture dogmatique et posture strat&#233;gique. Inversement, et sur ce point la conception de Marx a valeur de mise en garde, le point de vue strat&#233;gique peut n'&#234;tre que le masque d'une incantation doctrinaire. Mais pr&#233;tendre se borner &#224; exprimer le mouvement r&#233;el, c'est prendre le risque bien connu de s'abandonner &#224; son cours apparent ou alors de l'investir d'une destination immanente dont l'action concert&#233;e ne serait que l'auxiliaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde raison th&#233;orique de l'effacement de la strat&#233;gie englobe la pr&#233;c&#233;dente. Le discours de Marx oscille en permanence entre la tentative de d&#233;montrer la n&#233;cessaire possibilit&#233; du communisme et la tentation d'en promettre la n&#233;cessaire effectivit&#233;. Si le premier point de vue l'emportait constamment, l'actualit&#233; d'une &#233;mancipation radicale ne se confondrait pas avec la promesse de son effectuation. Les &#233;checs ne s'expliqueraient pas seulement par l'immaturit&#233; des conditions du succ&#232;s. Les incertitudes de la lutte ne seraient pas seulement renvoy&#233;es au r&#244;le du hasard, mais &#224; une ouverture plus profonde de l'histoire, qui m&#233;nage l'espace propre &#224; la strat&#233;gie. En revanche, quand la n&#233;cessit&#233; historique ne prononce pas seulement la r&#233;alisation de conditions indispensables, mais promet l'accomplissement de l'in&#233;luctable, il ne reste plus, en guise de strat&#233;gie, qu'&#224; lib&#233;rer le pr&#233;sent pour accoucher de l'avenir ou &#224; acc&#233;l&#233;rer l'avenir d&#233;j&#224; inscrit dans le pr&#233;sent. Mais le possible utopique n'est pas seulement en attente de maturit&#233; : toujours contrari&#233;, il est plus rarement disruptif. Le b&#233;gaiement ou le balbutiement n'appartiennent pas seulement &#224; son enfance. La crise et la fracture ne signent aucune maturit&#233; par elle-m&#234;me prometteuse. Le possible utopique n'est pas un tournesol tourn&#233; vers l'avenir radieux. Ce n'est pas non plus, contrairement &#224; une m&#233;taphore insistante de Marx, un rejeton qui attend dans les flancs du capitalisme l'heure de sa d&#233;livrance. L'actualit&#233; insistante d'une bifurcation de l'histoire place p&#233;riodiquement ses acteurs au bord du gouffre : strat&#233;gie est le nom du franchissement - incertain, aventureux et indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Bensa&#239;d&lt;/strong&gt; &#8211; &lt;i&gt;Tu &#233;cris que la critique explicative et la critique normative sont soud&#233;es chez Marx par la dialectique de l'essence. D'o&#249; le th&#232;me de la n&#233;cessit&#233; historique et ses ambigu&#239;t&#233;s. Comment cette n&#233;cessit&#233; se conjugue-t-elle avec les incertitudes de la lutte ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler &lt;/strong&gt;- Marx critique la posture &#233;thique et dogmatique des utopistes quand ceux-ci se bornent &#224; condamner le capitalisme au nom de ses contradictions. Dans le meilleur des cas, ils per&#231;oivent les contradictions et les condamnent, mais sans les comprendre. Alors qu'il s'agit de comprendre ce qui dans les contradictions du capitalisme le rend historiquement condamnable, c'est-&#224;-dire porteur des virtualit&#233;s d'une autre civilisation. Pour cela il faut saisir la dialectique intime de l'essence du Capital (les rapports internes qui le structurent et lui impriment sa dynamique) : c'est cette dialectique qui le conduit &#224; rencontrer ses propres limites comme un obstacle qui ne peut &#234;tre franchi qu'en abolissant le capital lui-m&#234;me. Voil&#224; pourquoi la critique du capitalisme est en permanence sous-tendue par la perspective de son d&#233;passement. En ce sens, la critique de Marx est toujours normative : la critique du f&#233;tichisme est sous-tendue par l'hypoth&#232;se de son abolition, la critique de l'exploitation par l'hypoth&#232;se de sa suppression, la critique de l'&#201;tat politique par l'hypoth&#232;se de son d&#233;p&#233;rissement. Comme sont normatives, plus g&#233;n&#233;ralement, la critique des s&#233;parations fond&#233;e sur l'hypoth&#232;se de leur annulation, et la critique des m&#233;diations (la m&#233;diation de l'&#233;change marchand, la m&#233;diation d'une &#233;mancipation strictement politique) fond&#233;e sur l'hypoth&#232;se de leur d&#233;passement. De telles hypoth&#232;ses reposent sur un mod&#232;le sous-jacent dont la critique v&#233;rifie la validit&#233; th&#233;orique et historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en faut pas plus &#224; la critique positiviste la plus banale pour reprocher &#224; Marx d'avoir confondu science et &#233;thique, faits et valeurs, compr&#233;hension du capitalisme et condamnation de ces m&#233;faits. L'option &#233;thique serait &#224; la rigueur acceptable &#224; condition de rester d&#233;connect&#233;e de la froideur scientifique. Et la perspective pratique ne serait concevable qu'&#224; condition d'&#234;tre comprise comme une application technique de la science. Autant dire qu'une telle critique passe compl&#232;tement &#224; c&#244;t&#233; de ce qui fait la force de la th&#233;orie de Marx. Le point de vue de la transformation du monde domine totalement sa perspective : il s'agit de comprendre comment le monde se transforme pour transformer le monde. Une critique qui se donne un tel objectif sollicite un horizon normatif, sans cesser pour autant d'&#234;tre scientifique, mais en un sens, jusqu'&#224; Marx, in&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet horizon normatif, d'ailleurs, n'affleure qu'occasionnellement dans les &#339;uvres post&#233;rieures &#224; 1848. Pourtant, m&#234;me dans les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, ce mod&#232;le est encore, mais en pointill&#233;s, celui d'une r&#233;alisation de l'essence humaine dans des formes d'existence qui lui seraient ad&#233;quates. L'essentialisme m&#233;thodologique qui permet de comprendre le capitalisme se double d'un essentialisme critique qui confronte le capitalisme aux exigences de r&#233;alisation de &#171; l'humanit&#233; sociale &#187; (pour reprendre une expression des &lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt;). Une telle m&#233;thode ne va pas sans probl&#232;mes. Mais elle ne quitte pas le terrain (abandonn&#233; par le scientisme &#224; courte vue) d'une critique rigoureuse. Il en va tout autrement quand ce mod&#232;le est promis &#224; son accomplissement... Une fois encore la n&#233;cessit&#233; historique du possible menace d'&#234;tre d&#233;vor&#233;e par la promesse historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Bensa&#239;d&lt;/strong&gt; &#8211; &#171; La certitude de l'av&#232;nement du contenu dispense d'en anticiper les formes &#187;. &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt; &#171; pr&#233;suppose que la forme viendra d'elle-m&#234;me r&#233;soudre les probl&#232;me &#187;. &lt;i&gt;J'imagine que tu penses notamment au peu de pr&#233;cisions consacr&#233;es aux formes institutionnelles de la d&#233;mocratie politique et sociale, y compris &#224; la forme du parti de classe et &#224; ses liens avec le mouvement sociale. Mais comment &#233;viter dans cette anticipation utopique la rechute doctrinaire ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt; - Le refus de pr&#233;parer des recettes pour les marmites de l'avenir a pour contrepartie, dans l'&#339;uvre de Marx, la certitude que l'avenir d&#233;couvrira, le moment venu, les recettes d'un festin dont le menu est d&#233;j&#224; &#233;tabli et l'&#233;ch&#233;ance d&#233;j&#224; fix&#233;e, m&#234;me si la date reste incertaine. Le contenu du communisme est trac&#233; avant que ne soient identifiables les formes de son accomplissement. Marx ne renonce pas &#224; d&#233;tecter ces formes : les formes de socialisation comme les formes du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat. Pourtant, non seulement cette d&#233;tection est morcel&#233;e et parfois contradictoire, mais elle est relativis&#233;e au point de devenir totalement secondaire. Un seul exemple : dans la &lt;i&gt;critique du programme de Gotha&lt;/i&gt;, Marx n'h&#233;site pas &#224; affirmer que le programme n'a pas &#224; s'occuper des formes sociales et politiques de la p&#233;riode de transition - la p&#233;riode de la dictature du prol&#233;tariat. Au nom des urgences de l'action imm&#233;diate, dont les programmes d'avenir risquent de d&#233;tourner, la prospection est abandonn&#233;e &#224; l'&#339;uvre de la science qui, certes, peut entrevoir le contenu de l'avenir, mais, bien s&#251;r, ne peut en pr&#233;voir les formes. Au nom d'une critique des inventions doctrinaires, abandonn&#233;es &#224; des g&#233;nies solitaires, la voie, peut-&#234;tre &#233;troite, d'une invention collective, n'est m&#234;me pas envisag&#233;e. Il faut prendre la mesure du prix pay&#233; d'une critique unilat&#233;rale de l'utopie : sous couvert de refuser de f&#233;tichiser les formes ou de distinguer la forme et le contenu (&#224; propos de l'URSS ou de la Chine, selon les go&#251;ts), combien d'illusions sont n&#233;es de l'esp&#233;rance que le contenu &#233;chappe &#224; la forme qui le d&#233;figure ! Et, aujourd'hui, face &#224; des questions aussi pressantes que celles de l'espace social et politique de l'Europe ou des nouvelles formes d'organisation du travail et du temps libre, nous continuons encore trop souvent &#224; nous retrancher derri&#232;re quelques mots d'ordre, indispensables mais insuffisants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste alors la question que tu poses. La rechute doctrinaire et la tentation sectaire qui la suit comme son ombre menacent &#233;videmment &#224; chaque fois que la r&#233;alit&#233; refuse de souscrire aux projets de sa transformation : on se retranche alors derri&#232;re la d&#233;fense de principes ou l'&#233;laboration de syst&#232;mes, dont les vertus immunitaires sont sans borne. Si l'histoire se d&#233;robe et la catastrophe perdure, il suffit, pour l'expliquer, de recourir &#224; une cause absente : le d&#233;faut d'application de la th&#233;orie juste et/ou l'abandon de principes inalt&#233;rables. &#192; ce jeu, il ne co&#251;te rien d'avoir toujours raison, puisque l'on ne prend jamais le risque d'avoir tort. D'un certain marxisme comme vaccin universel...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre le risque de rechute doctrinaire, il n'existe &#233;videmment aucune garantie absolue, surtout quand on s'aventure sur le terrain d'une utopie projective qui se propose d'esquisser les formes possibles de l'&#233;mancipation. Mais on peut prendre quelques pr&#233;cautions qui ont, au moins partiellement, valeur de m&#233;thode et de perspective. Ici encore, c'est avec Marx que l'on peut tenter d'aller au-del&#224; de Marx. Le point de vue doctrinaire rel&#232;ve &#224; la fois de la m&#233;thode th&#233;orique et de la posture politique. Est dogmatique selon Marx la m&#233;thode qui consiste &#224; s'opposer &#224; la r&#233;alit&#233; existante sans saisir en elle les conditions et les contradictions disruptives qui sont d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre et permettent de les d&#233;passer. Est doctrinaire, par cons&#233;quent, la posture politique qui consiste &#224; tenter d'imposer dans le dos du mouvement r&#233;el quand ce n'est pas contre lui, des solutions qui ne prennent pas en compte son existence. Une telle critique trace en creux une autre perspective, th&#233;orique et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;laboration de mod&#232;les utopiques, dans le meilleur sens du qualificatif, consiste &#224; partir des tendances d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre, mais contrari&#233;es, ainsi que des formes propres de la r&#233;alit&#233; existante, mais mutil&#233;es de leur potentiel de rupture, pour d&#233;tecter les contradictions qui poussent le capitalisme &#224; son abolition et les conditions qui tendent vers un nouveau type de civilisation. Cette m&#233;thode est une m&#233;thode de d&#233;tection des gisements d'utopie. Son nom est connu, m&#234;me si son usage mal contr&#244;l&#233; l'a fait tomber en d&#233;su&#233;tude : dialectique. A condition de faire figurer, comme Marx a tent&#233; de le faire, les forces susceptibles de s'emparer des virtualit&#233;s utopiques au nombre de ces virtualit&#233;s, on peut esp&#233;rer que les esquisses utopiques des formes sociales et politiques ne tournent pas &#224; la construction doctrinaire. Mais il existe une autre garantie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intellectuel collectif susceptible de s'emparer de l'invention d'une utopie d&#233;mocratique est peut-&#234;tre en train de changer de visage, m&#234;me si ce visage grimace encore sous les ruines cumul&#233;es du stalinisme et du social lib&#233;ralisme. Il existe aujourd'hui de nouvelles figures de l'intellectualit&#233; qui sont socialement tr&#232;s diff&#233;rentes du r&#234;veur ou du proph&#232;te utopique du si&#232;cle dernier : les savoirs militants de toutes celles et de tous ceux qui, victimes de l'oppression, tentent de la combattre se sont &#233;largis et approfondis. les intellectuels sp&#233;cifiques, dont Deleuze et Foucault ont tent&#233; de d&#233;terminer le r&#244;le et qui interviennent d&#233;j&#224; dans tous les chantiers de la transformation sociale, se sont multipli&#233;s, et avec eux les capacit&#233;s d'expertise de toutes les formes de l'intol&#233;rable et du possible. Leurs limites - nos limites - sont ais&#233;ment rep&#233;rables : engagement sectoriel sans point de vue d'ensemble ; politique des coups d'&#233;pingle sans politique de rupture. La radicalit&#233; de certains engagements contraste avec la timidit&#233; des choix politiques : c'est ce foss&#233; qu'il faut combler. Comment pourrions-nous le faire sans cr&#233;er, en m&#234;me temps, les conditions d'une invention d&#233;mocratique de l'utopie. Peut-&#234;tre est-ce en ces termes qu'il faut reformuler les questions lancinantes du programme et du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, la dialectique comme m&#233;thode de d&#233;tection et la d&#233;mocratie comme proc&#233;dure d'invention sont les seuls rem&#232;des que je connaisse aux tentations doctrinaires et sectaires. Mais aucune utopie d'&#233;mancipation n'est aujourd'hui pensable et possible sans cette prise de risque : repenser ses normes, ses formes et ses id&#233;aux.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * * &lt;/center&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;Marx contre Marx ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;(Extraits de l'introduction de &lt;i&gt;Convoiter l'impossible&lt;/i&gt;)&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;(...) Aux utopies qui confient &#224; des projections et des &#233;vasions imaginaires le soin d'accomplir leurs projets - aux utopies prises en flagrant d&#233;lit de fuite &#233;perdue et d'errance sans fin - Marx aurait oppos&#233;, sans renier tout ou partie de leurs aspirations, le sol historique et strat&#233;gique o&#249; prendre pied sans prendre racines. Le passage du socialisme de l'utopie &#224; la science ou de l'utopie abstraite &#224; l'utopie concr&#232;te aurait accompli, du moins en pens&#233;e, la rupture d&#233;cisive et ouvert un chemin qu'il ne restait plus qu'&#224; emprunter. Hypoth&#232;ses devenues certitudes, convictions devenues croyances : faut-il insister sur toutes les raisons d'en douter ? Mais pas au point de s'en remettre &#224; l'illusion d'une histoire qui tirerait elle-m&#234;me ses propres le&#231;ons : sans d&#233;tour par Marx, aucun d&#233;tour par l'utopie ne permettrait de donner de nouvelles chances &#224; une th&#233;orie et une strat&#233;gie de l'&#233;mancipation. Aussi devons-nous poser face &#224; Marx notre question initiale - &lt;i&gt;quelle utopie appelle l'autocritique de l'utopie ?&lt;/i&gt; - pour la convertir en cette autre question : &lt;i&gt;quel h&#233;ritage utopique de Marx appelle la critique de Marx ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais existe-t-il seulement un h&#233;ritage ? Rescap&#233; du naufrage, un marxisme mi-mondain, mi- savant, qu'il en revendique le titre ou qu'il le r&#233;cuse, pointe le nez et, croyant ainsi sauver l'essentiel, propose de ranger le communisme de Marx au magasin des accessoires de sa pens&#233;e, pour ne conserver que la caisse &#224; outils o&#249; chacun, &#233;conomiste, historien, philosophe, selon sa discipline, trouverait des instruments n&#233;cessaires &#224; ses grandes recherches ou &#224; ses petits bricolages. Cela n'est pas rien, mais cela n'est pas tout. La th&#233;orie de Marx n'est pas ind&#233;pendante de son projet : fonder sur la critique scientifique de l'ordre social existant la perspective d'une &#233;mancipation radicale, &#224; laquelle Marx r&#233;servait le vocable de communisme. Et ce projet m&#233;rite mieux qu'une mise &#224; la retraite anticip&#233;e. Avouons cette singuli&#232;re obstination, partag&#233;e, nous le savons, avec d'autres : prendre le communisme de Marx au s&#233;rieux. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revendiquer un h&#233;ritage utopique, pour les adeptes du marxisme litt&#233;ral, r&#233;sonne comme un paradoxe insoutenable puisque, sans nul doute, Marx s'est propos&#233; de critiquer les utopies pour les cong&#233;dier : ces utopies que leur d&#233;nomination m&#234;me, dans la langue de Marx, condamne comme st&#233;riles, mais qui ne peuvent &#234;tre enferm&#233;es, m&#234;me pour Marx, dans leur mauvais concept. Pourtant, que l'on comprenne le projet de Marx comme il s'est compris lui-m&#234;me ou qu'on en d&#233;gage le sens en d&#233;pit de ses formulations - qu'il ait d&#233;gag&#233; le communisme de l'utopie ou donn&#233; &#224; l'utopie son fondement concret - le d&#233;passement des utopies du pass&#233; se solde, dans l'&#339;uvre de Marx, non par l'abandon d'&#233;paves englouties par un naufrage, mais l'accomplissement d'un sauvetage : Miguel Abensour (dont nous reprendrons largement, quitte &#224; en modifier quelques termes, la probl&#233;matique) l'a solidement &#233;tabli&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Miguel Abensour, &#034;L'Histoire de l'utopie et le destin de sa critique&#034;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais un tel sauvetage suppose une captation d'h&#233;ritage et une op&#233;ration de filtrage : un h&#233;ritage de l'utopie par filtrage de l'utopie. Est-il vain de se tourner vers l'&#339;uvre de Marx pour renouveler cette entreprise ? Car, &#224; n'en pas douter, la pens&#233;e de Marx mobilise une utopie pour se d&#233;faire de l'utopie ; une utopie qui constitue, pour le meilleur et pour le pire, une condition n&#233;cessaire du d&#233;veloppement de la th&#233;orie. Pour le meilleur et pour le pire : le but du pr&#233;sent ouvrage est de contribuer &#224; effectuer le tri - ou, si l'on veut, d'opposer Marx &#224; Marx - en soumettant son &#339;uvre &#224; une critique interne qui la mette &#224; l'&#233;preuve de l'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore ne s'agit-il que d'un parcours critique parmi d'autres parcours possibles et n&#233;cessaires : la lecture propos&#233;e, par cons&#233;quent, s'efforce d'&#233;chapper aux tentations de la critique ultime et int&#233;grale (...). Une lecture s&#233;lective, pourtant, n'est pas condamn&#233;e &#224; &#234;tre arbitraire : c'est une question de m&#233;thode. Puisqu'il s'agit de filtrer l'h&#233;ritage utopique de Marx, quel sera le crible ? Qui nous apprendra &#224; distinguer le versant froid de l'utopie et son versant chaud ? Quelle est, si son existence doit &#234;tre &#233;tablie, cette utopie de l'ombre que la critique de Marx tra&#238;ne derri&#232;re elle ? (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est vrai de l'utopie que la critique impose de cong&#233;dier le sera a fortiori de l'utopie qui doit b&#233;n&#233;ficier de notre hospitalit&#233; : si l'on se laisse enfermer dans le concept marxien de l'utopie, la th&#233;orie de Marx n'est &#224; aucun titre, inf&#226;mant ou &#233;logieux, une utopie. En revanche, un relev&#233; des impens&#233;s de la critique marxienne des utopies permet de soumettre la th&#233;orie de Marx &#224; l'&#233;preuve de sa critique des utopies, pr&#233;cis&#233;ment parce que la signification et la validit&#233; de cette th&#233;orie sont en question dans cette critique : les impens&#233;s de la critique marxienne de l'utopie co&#239;ncident avec les impens&#233;s utopiques de sa propre pens&#233;e. Une voie est alors trac&#233;e : &lt;i&gt;prendre Marx au pi&#232;ge de sa propre critique des utopies&lt;/i&gt;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cet esprit que nous nous sommes propos&#233; de&lt;i&gt; prendre la critique marxienne de l'utopie comme fil conducteur d'une critique l'utopie marxienne&lt;/i&gt;. Encore fallait-il prendre le temps de tisser le fil de la critique (avant de pouvoir b&#233;n&#233;ficier des appuis m&#233;thodiquement contr&#244;l&#233;s que peuvent offrir certaines critiques de l'utopie). C'est donc &#224; une double lecture de l'&#339;uvre de Marx qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de proc&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re lecture, expos&#233;e dans un pr&#233;c&#233;dent ouvrage, avait pr&#233;cis&#233;ment pour objectif de d&#233;faire le commentaire classique et de refaire l'itin&#233;raire de la critique marxienne de l'utopie : d'en parcourir la &lt;i&gt;gen&#232;se&lt;/i&gt;, d'en retracer les &lt;i&gt;figures&lt;/i&gt;, d'en &#233;clairer les &lt;i&gt;pronostics&lt;/i&gt;, et d'en mesurer les &lt;i&gt;impasses&lt;/i&gt;. Les impens&#233;s de cette critique des utopies laissent alors &lt;i&gt;entrevoir&lt;/i&gt; les impens&#233;s utopiques de la th&#233;orie qui la fonde, et permettent de tracer &lt;i&gt;en pointill&#233;s&lt;/i&gt; une critique de l'utopie marxienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Maler, Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx, L'Harmattan, 1994.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seconde lecture, propos&#233;e ici, permet alors de d&#233;tecter les dimensions utopiques de la pens&#233;e de Marx et, en particulier, de cerner les figures qui permettent de transf&#233;rer l'utopie d&#233;mise au c&#339;ur d'une utopie promise. Si, &#224; cette &#233;tape, l'utopie est prise encore en mauvaise part, c'est en un sens in&#233;dit dans la critique de Marx, comme dans la critique classique de l'utopie. C'est donc un bilan critique sans complaisance qui occupe la plus grande partie de cet ouvrage. Mais le filtrage de la th&#233;orie de Marx r&#233;v&#232;le que l'utopie promise coexiste avec une utopie requise : requise parce qu'elle est non seulement effectivement impliqu&#233;e, mais surtout potentiellement indiqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'itin&#233;raire que nous invitons &#224; parcourir nous conduira donc des contr&#233;es de l'utopie promise aux sentiers de l'utopie requise - avec Marx, mais malgr&#233; Marx. Pour d&#233;blayer cet itin&#233;raire, nous avons tent&#233; de le pr&#233;senter comme une introduction, parmi d'autres possibles, &#224; une lecture de Marx : nous avons donc essay&#233; d'&#233;viter les allusions qui auraient peut-&#234;tre suffi aux sp&#233;cialistes. Pour parcourir cet itin&#233;raire, une attention scrupuleuse aux &#233;tapes et aux figures de la pens&#233;e de Marx &#233;tait indispensable : nous esp&#233;rons que le lecteur acceptera de mettre au d&#233;bit de ce scrupule nos lenteurs et nos insistances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re partie tente de montrer comment, initialement, la tentative marxienne de cong&#233;dier l'utopie ne r&#233;siste pas aux tentations de l'utopie, voire aux &lt;i&gt;promesses de l'utopie&lt;/i&gt;, que laissent transpara&#238;tre la figure d'une utopie r&#233;v&#233;l&#233;e, pr&#233;sente dans les &#339;uvres de 1844 &#224; 1845 et celle d'une utopie rectifi&#233;e, latente dans les &#339;uvres de 1845 &#224; 1848.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me partie tente de mettre en &#233;vidence comment la p&#233;riode r&#233;put&#233;e la plus scientifique de l'&#339;uvre de Marx - sa p&#233;riode dite de maturit&#233; - c&#232;de encore aux &lt;i&gt;sortil&#232;ges de l'utopie :&lt;/i&gt; les mirages d'une histoire charg&#233;e de l'exaucer, les r&#234;ves d'une &#233;mancipation plac&#233;e dans la p&#233;nombre, les pi&#232;ges d'u&#178;ne strat&#233;gie et d'une politique contrari&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re partie - instruite de la critique marxienne de l'utopie et de la critique de l'utopie marxienne - tente de faire droit aux &lt;i&gt;esp&#233;rances de l'utopie&lt;/i&gt; et de m&#233;nager &#224; celle-ci les ouvertures qui amorcent son sauvetage : de tracer les contours d'une utopie de bon aloi, disruptive et projective, forte d'une reprise utopique de la dialectique et d'une esquisse utopique de l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour accueillir cette utopie, il convenait d'abord de contribuer &#224; &#233;lucider cette question : comment l'utopie d&#233;sormais peut-elle &#234;tre pens&#233;e ? On chercherait en vain ici une r&#233;ponse &#224; une question autrement plus d&#233;licate : &#224; quelle utopie confier d&#233;sormais nos combats et nos esp&#233;rances ? Pourtant, si les vents chauds de l'utopie - car elle a ses vents froids - ne soufflent pas sur ces pages, pas plus qu'ils ne soufflent sur l'histoire au moment o&#249; nous &#233;crivons, c'est avec eux que nous voulons voyager. Sans but, mais non sans id&#233;al - sans Terre Promise, mais non sans boussole : &lt;i&gt;Convoiter l'impossible ! &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'histoire ne fait rien, elle&lt;i&gt; &#034;&lt;/i&gt;ne poss&#232;de pas de richesse &#233;norme&lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt;, elle &lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt;ne livre pas de combats&lt;i&gt; &#187; ! &lt;/i&gt;C'est au contraire l'homme, l'homme r&#233;el et vivant qui fait tout cela, poss&#232;de tout cela et livre tous ces combats ; ce n'est pas, soyez en certains, l'&lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt;histoire&lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt; qui se sert de l'homme comme moyen pour r&#233;aliser ses fins &#224; elles ; elle n'est que l'activit&#233; de l'homme qui poursuit ses fins &#224; lui &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Miguel Abensour, &#034;L'Histoire de l'utopie et le destin de sa critique&#034;,&lt;i&gt; Textures&lt;/i&gt; n&#176;6/7 (1973) et n&#176;8/9 (1974).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Maler, &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Il &#233;tait une fois un communiste allemand... </title>
		<link>https://henri-maler.fr/Il-etait-une-fois-un-communiste-allemand.html</link>
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		<dc:date>2016-02-15T06:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'utopie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos de mes deux bouquins - &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ?&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt; - entretien avec Toni Negri et Michel Vakaloulis.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Entretiens-+.html" rel="tag"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Marx-et-l-utopie-+.html" rel="tag"&gt;Marx et l'utopie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L93xH150/arton13-80dab.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='93' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Toni Negri et Michel Vakaloulis (publi&#233; dans &lt;i&gt;Marx et les marxismes, &lt;/i&gt;tome 2 &lt;i&gt; : Marx au futur&lt;/i&gt;, Futur Ant&#233;rieur/ L'Harmattan, mai 1997, pp. 59-85) &#224; propos de de mes deux bouquins : &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ?&lt;/i&gt; (1994) et &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt; (1995)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_15 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L480xH371/congedier-convoiter-4-22d57.jpg?1726261462' width='480' height='371' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour l'opinion qui se veut savante, le communisme est aujourd'hui consid&#233;r&#233; comme une &#171; utopie &#187; souvent dangereuse, mais &#233;videmment non moins impossible que le &#171; socialisme &#187; critiqu&#233; par Marx. Il va de soi, en te lisant, que tu n'es pas d'accord avec cette &#233;vidence. Le titre de ton livre&lt;/i&gt;, Convoiter l'impossible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx, Albin Michel, 1995&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; , semble le sugg&#233;rer que non seulement tu acceptes la critique marxienne de l'utopie mais qu'en plus, tu la renverses en inscrivant tes investigations dans une nouvelle conception du possible.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai effectivement pris pour point de d&#233;part la critique de l'utopie par Marx : une critique qui porte sur les formes utopiques non seulement du socialisme, mais &#233;galement du communisme, bien que Marx voie dans ce communisme utopique, &#224; l'exception de celui de Cabet, une &#233;bauche de rupture avec les projets qui tournent le dos &#224; l'auto&#233;mancipation et &#224; la r&#233;volution. Pourtant, je ne me contente pas d' &#171; accepter &#187; la critique marxienne de l'utopie. Sans doute ai-je tent&#233; de la reconstituer, car elle ne se laisse pas enfermer dans les quelques pages qui lui sont consacr&#233;es ou dans les quelques formules qui peuvent la r&#233;sumer : elle suit un itin&#233;raire complexe qui &#233;pouse le mouvement d'ensemble de la th&#233;orie, recourt &#224; des figures d&#233;termin&#233;es, et se solde par des pronostics pr&#233;cis. Mais si j'ai tent&#233; cette reconstruction de la critique, c'est pour la suivre aussi loin et aussi longtemps qu'elle me semblait tenable, et en marquer les limites quand elle me semblait les atteindre. Ce travail, j'ai essay&#233; de l'accomplir dans un premier ouvrage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Marx, L'Harmattan, 1994.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx pourfend, dans les utopies, des &lt;i&gt;anticipations&lt;/i&gt; dogmatiques et des &lt;i&gt;prescriptions&lt;/i&gt; doctrinaires qui manquent le mouvement r&#233;el de l'histoire, voire qui s'opposent &#224; lui. Jusque-l&#224;, sa critique ne soul&#232;ve pas de probl&#232;me majeur. Mais cette critique franchit un pas suppl&#233;mentaire quand Marx pourfend les &lt;i&gt;abstractions&lt;/i&gt; qui r&#233;sultent des anticipations dogmatiques et les &lt;i&gt;substitutions&lt;/i&gt; que trahissent les prescriptions doctrinaires : les abstractions de discours et de projets coup&#233;s du point de vue de la totalit&#233; sans lequel l'&#233;mancipation n'est ni pensable, ni r&#233;alisable ; les substitutions de l'utopique &#224; l'historique, de l'invention &#224; la r&#233;volution, de l'imaginaire au r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour d&#233;noncer partialit&#233;s et substituts, il ne suffit pas d'indiquer qu'ils manquent ou remplacent la totalit&#233; et l'histoire : la logique de l'abstraction appelle sa r&#233;sorption ; la logique de la substitution appelle sa r&#233;version. Marx soutient alors que la r&#233;sorption des abstractions passe par le point de vue de la totalit&#233; qui peut &#234;tre th&#233;oriquement acquis, mais surtout pratiquement conquis : par la dictature du prol&#233;tariat. Comme il soutient que la r&#233;version des substitutions est inscrite dans le mouvement r&#233;el de l'histoire qui substitue le processus r&#233;volutionnaire &#224; l'invention doctrinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parvenu &#224; ce point, le trajet de la critique marxienne nous entra&#238;ne sur un sol de plus en plus mouvant, puisque Marx n'h&#233;site pas &#224; affirmer que c'est l'histoire elle-m&#234;me qui permet, non seulement de prononcer le d&#233;passement th&#233;orique de l'utopie, mais surtout de promettre sa d&#233;ch&#233;ance historique. Cette promesse d'absorption de l'utopie par l'histoire n'est pourtant que le revers d'impens&#233;s plus inqui&#233;tants encore. En effet, la critique d&#233;tecte dans l'utopie la logique des substitutions dont elle d&#233;pend en fonction de la logique de la r&#233;volution qui les d&#233;fait : au risque de d&#233;valuer le r&#244;le de l'imaginaire et de l'invention collectifs et les fonctions du programme et de la strat&#233;gie. De m&#234;me, et peut-&#234;tre surtout, la critique s'exerce sur les partialit&#233;s dogmatiques et chim&#233;riques &#224; partir du point de vue de la totalit&#233;, mais d'une totalit&#233; promise, conjointement, &#224; sa compr&#233;hension th&#233;orique et &#224; son renversement pratique : au risque de r&#233;introduire, &#224; la faveur de cette conjonction et de cette promesse, une nouvelle utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les risques que laisse entrevoir la critique marxienne de l'utopie invitent, non &#224; la renverser, mais &#224; la prendre pour fil conducteur d'une critique de l'utopie marxienne. Marx montre que la logique de l'utopie la conduit in&#233;vitablement &#224; osciller entre des extrapolations utopiques de la r&#233;alit&#233; existante (qui reconduisent la r&#233;alit&#233; qu'elles pr&#233;tendent d&#233;passer) et des anticipations utopiques de la r&#233;alit&#233; future (qui laissent intacte la r&#233;alit&#233; qu'il s'agit de transformer). Or on peut montrer que Marx est rest&#233; partiellement prisonnier de cette alternative dont il a d&#233;plac&#233; les figures. D'o&#249; vient alors cette persistance de l'utopie d&#233;mise ? D'o&#249; vient, en d'autres termes, cette persistance d'une utopie mal d&#233;mise ? J'ai essay&#233; de montrer que cette persistance se fondait sur l'insistance dans l'&#339;uvre de Marx d'une utopie promise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tenter de l'&#233;tablir, on peut partir de deux constats qui introduisent deux questions. Prise en mauvaise part, l'utopie d&#233;signe en g&#233;n&#233;ral des perfections imaginaires, et partant impossible &#224; atteindre et/ ou des prescriptions doctrinaires, qui sont impossibles &#224; accomplir. Or Marx retient le second sens et n&#233;glige le premier. N'aurait-il pas, &#224; sa fa&#231;on, &#233;t&#233; s&#233;duit par des mirages ? Prise en mauvaise part, l'utopie d&#233;signe encore des v&#339;ux exauc&#233;s avant d'avoir &#233;t&#233; accomplis, parce qu'ils sont consign&#233;s dans des syst&#232;mes cadenass&#233;s ou d&#233;pos&#233;s dans une histoire r&#233;v&#233;l&#233;e. Ici Marx retient le premier sens et n&#233;glige le second. N'aurait-il pas, &#224; sa fa&#231;on, c&#233;d&#233; &#224; des promesses ? Ce sont ces mirages et ces promesses dont je m'efforce de d&#233;tecter la pr&#233;sence et de comprendre les effets, mais - &#233;videmment - pour d&#233;nouer des &#233;quivoques, et non pour enterrer le communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la critique de l'utopie par Marx non pas renvers&#233;e mais tourn&#233;e contre lui pour &#234;tre renforc&#233;e, c'est la notion m&#234;me d'utopie dont on peut inverser le sens. Marx s'efforce de penser l'unit&#233; des deux versants de l'utopie sous l'expression de &#171; socialisme et communisme critico-utopique &#187;. Le second segment du qualificatif invalide l'utopie, le premier valide la critique, pourtant tout aussi ambivalente que l'utopie qu'elle fonde ou accompagne. &#192; sa fa&#231;on, Marx reconna&#238;t que l'utopie ne peut &#234;tre d&#233;finie par ses limites. Que dit-il au fond des formes utopiques du socialisme et du communisme ? Qu'en elles coexistent la poursuite d'impossibilit&#233;s absolues et la d&#233;tection d'impossibilit&#233;s relatives. L'utopie peut se donner des objectifs incompatibles avec les traits invariants de l'humanit&#233; ou avec le cours in&#233;vitable de son histoire. Elle peut aussi, et parfois en m&#234;me temps, convoiter ce qui n'est rendu impossible que par l'ordre social existant : un faisceau de possibilit&#233;s contrari&#233;es, mais d'ores et d&#233;j&#224; r&#233;elles et agissantes ; une gerbe de possibilit&#233;s disruptives, qui s'opposent &#224; l'ordre &#233;tabli et en l&#233;zardent les assises. C'est donc bien de l'investigation du possible dont il est question dans l'examen de l'utopie et de sa critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est pourquoi la d&#233;nonciation de l'utopie, quand elle se concentre sur ses tares, en manque compl&#232;tement le sens ou l'intention. L'utopie ne peut &#234;tre emprisonn&#233;e dans un genre, sous pr&#233;texte qu'elle aurait mauvais genre. C'est une fonction qui franchit en permanence les fronti&#232;res du genre et ne se laisse pas enfermer dans ses impasses. L'utopie est pr&#233;sente dans le mouvement de son propre d&#233;passement. &#192; la p&#233;riph&#233;rie ou au centre de la tradition marxiste, toute une lign&#233;e d'auteurs s'est efforc&#233;e de penser ce mouvement. Il faut continuer, sans se dissimuler que le vocable d'utopie, surcharg&#233; par des interpr&#233;tations divergentes et des &#233;valuations contradictoires, ne diffuse pas une lumineuse clart&#233;. Mais l'abandonner, c'est abandonner le combat dont il est l'enjeu. D'ailleurs, la situation n'est pas franchement meilleure, apr&#232;s le d&#233;sastre stalinien, quand il est question du &#171; communisme &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; Que faut-il critiquer chez Marx pour creuser une nouvelle conception de la possibilit&#233;, mieux, pour d&#233;finir une ouverture pratique r&#233;volutionnaire &#224; m&#234;me d'affronter l'impossible en termes scientifiques et non en termes moraux ou simplement volontaristes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de dire ce qu'il faudrait critiquer, il faut d'embl&#233;e indiquer de quelle critique il s'agit ? Comment critiquer ? La critique externe dont on peut trouver les pr&#233;misses &#224; l'&#233;cart de Marx n'est vraiment productive qu'&#224; condition d'&#234;tre articul&#233;e sur une critique interne qui cherche ses appuis dans l'&#339;uvre m&#234;me de Marx : une critique interne qui porte sur la structure m&#234;me de l'argumentation et non sur tel ou tel de ses fragments. Car les critiques segmentaires se facilitent la t&#226;che. Elles d&#233;contextualisent les concepts et les analyses de Marx, les p&#232;sent et les soup&#232;sent comme fruits d&#233;tach&#233;s de l'arbre, quand elles ne se bornent pas &#224; les diss&#233;quer comme des cadavres. Elles les interrogent &#224; partir de questions qui, aussi l&#233;gitimes qu'elles puissent &#234;tre, pulv&#233;risent, sans en tenir compte, le projet de Marx : communiste de bout en bout. Les lectures &#224; contresens n'exposent pas forc&#233;ment aux contresens. Mais elles faussent presque tout, parfois imperceptiblement... Pour dire les choses brutalement, Marx, n'est ni un historien, ni un sociologue, ni un &#233;conomiste, ni un philosophe, m&#234;me si sa pens&#233;e est tout &#224; la fois celle d'un philosophe, d'un historien, d'un sociologue ou d'un &#233;conomiste. On ne peut qu'approuver sur ce point les lignes g&#233;n&#233;rales de la critique de Daniel Bensa&#239;d&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Bensa&#239;d, Marx l'intempestif, Fayard, 1995.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi tient l'originalit&#233;, irrempla&#231;able tant qu'elle n'est pas remplac&#233;e, de l'&#339;uvre de Marx ? Dans une tentative de souder trois modalit&#233;s du discours rationnel, qui se pr&#233;sentent g&#233;n&#233;ralement comme s&#233;par&#233;es : le discours critique, le discours scientifique et le discours utopique. Parce qu'elle s'efforce d'&#234;tre scientifique, la critique se d&#233;fend d'&#234;tre morale ou moralisante : il ne s'agit pas de condamner sans comprendre mais de comprendre ce qui se condamne, au moins partiellement, par lui-m&#234;me. Parce qu'elle est critique, la science se donne d'embl&#233;e pour objet de contribuer &#224; la transformation du monde, en tentant de comprendre comment le monde se transforme. Et parce qu'elle est utopique, la critique scientifique, s'efforce de d&#233;tecter parmi les possibilit&#233;s ouvertes par la transformation du monde celles qui portant condamnation de la r&#233;alit&#233; existante ouvrent sur une autre soci&#233;t&#233; : communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tenir ensemble ces trois dimensions ne va pas de soi. On peut m&#234;me soutenir que c'est une entreprise illusoire. Je crois, au contraire, qu'elle est f&#233;conde, m&#234;me si elle oblige, dans l'&#339;uvre de Marx lui-m&#234;me, &#224; des changements et &#224; des remaniements constants. L'option de Marx interdit, en principe, de s'enfermer (au-del&#224; de quelques g&#233;n&#233;ralit&#233;s) dans des conceptions prescriptives de ce que doivent &#234;tre la critique, la science et l'utopie pour &#234;tre conformes &#224; des canons pr&#233;&#233;tablis. Cette option, en outre, expose &#224; des tensions permanentes, qui loin de miner la recherche de Marx, l'animent dans les trois directions que la th&#233;orie tente d'explorer conjointement. Ce sont ces tensions qui font vivre cette th&#233;orie en situation de crise permanente et que devraient affronter sans cesse ceux qui revendiquent le titre de &#171; marxistes &#187;, &#224; supposer - ce dont je doute - que ce titre ait un sens. L'option de Marx, enfin, interdit surtout de traiter son communisme comme une cons&#233;quence secondaire, voire m&#234;me comme un reliquat, dont il faudrait commencer par se d&#233;barrasser pour pouvoir sonder s&#233;rieusement les pr&#233;tentions scientifiques et critiques de son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faut-il critiquer chez Marx, d&#232;s lors que l'objectif est de maintenir vivant le projet th&#233;orique qui l'anime et la politique de l'&#233;mancipation &#224; laquelle elle tend ? Non pas, tour &#224; tour et isol&#233;ment, les d&#233;ficits de la science, les d&#233;ficits de la critique ou les d&#233;ficits de l'utopie, mais les embard&#233;es n&#233;gativement utopiques, qui en compromettant la validit&#233; de la science et la pertinence de la critique, neutralise le point de vue strat&#233;gique &#224; laquelle le communisme doit pr&#233;tendre. C'est &#224; ce point de vue strat&#233;gique que le communisme doit se hisser, s'il ne veut pas basculer dans une utopie promise, qui sans doute dispense de tout moralisme et de tout volontarisme, mais parce qu'elle dispense de toute conception claire de l'&#233;mancipation vis&#233;e et des moyens &#224; mettre en &#339;uvre pour l'atteindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons au propos de Marx, puisque c'est exactement le moralisme et le volontarisme que Marx condamne dans les formes utopiques du socialisme et du communisme. Le moralisme - la critique moralisante et dogmatique - condamne son objet sans le comprendre, ou du moins sans comprendre ce qui, dans la r&#233;alit&#233; m&#234;me, en condamne l'immoralit&#233;, pr&#233;cis&#233;ment parce que cette r&#233;alit&#233; comporte les pr&#233;misses de son propre d&#233;passement. Le volontarisme - la politique impuissante et doctrinaire - tente d'imposer des solutions &#233;labor&#233;es &#224; l'&#233;cart de la soci&#233;t&#233; et de les imposer, par ruse ou par force, dans son dos, sans comprendre que c'est dans son mouvement r&#233;el que l'on doit d&#233;couvrir les points d'application et les objectifs d'une volont&#233; de transformation. Moralisme et volontarisme sont indissociables : ils d&#233;finissent ensemble la posture doctrinaire que Marx r&#233;cuse. Mais gagne-t-on vraiment au change si, sous couvert de &#171; socialisme scientifique &#187;, on laisse croire que les vis&#233;es &#233;thiques du communisme sont enti&#232;rement immanentes au cours de l'histoire et que les objectifs pratiques du communisme peuvent &#234;tre atteints par une volont&#233; qui serait, non seulement engendr&#233;e par l'histoire et greff&#233;e sur son cours, mais int&#233;gralement produite par son processus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, pour reprendre les termes de la question pos&#233;e, on pourrait dire, je crois, que pour &#171; affronter l'impossible en termes scientifiques, et non en termes moraux ou simplement volontaristes &#187;, Marx confie &#224; la dialectique immanente de l'histoire beaucoup plus qu'elle ne peut donner, et m&#234;me beaucoup plus que ce que Marx lui-m&#234;me est officiellement d&#233;cid&#233; &#224; lui accorder. On pourrait soutenir que pour tordre le coup au moralisme et au volontarisme, Marx se laisse emporter par son propre &#233;lan. Il tord le b&#226;ton ? Peut-&#234;tre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, faute de pouvoir sonder ses intentions quand elles ne sont pas explicites, on peut lire son argumentation et soulever deux questions. Marx pr&#233;tend affronter l'impossible - ce que l'ordre &#233;tabli rend impossible - en termes scientifiques. D'o&#249; vient alors qu'il le fasse souvent en termes si peu strat&#233;giques ? Marx pr&#233;tend d&#233;montrer scientifiquement que le communisme n'est d&#233;sormais impossible que parce que les tenants de l'ordre social &#233;tabli le rendent impossible. D'o&#249; vient alors qu'il le fasse parfois en termes si peu scientifiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la premi&#232;re question, on pourrait r&#233;pondre que dans l'&#339;uvre de Marx, &lt;i&gt;le pronostic historique d&#233;vore le projet strat&#233;gique&lt;/i&gt;. Si le communisme est &#171; l'&#233;nigme r&#233;solue de l'histoire humaine &#187; - sa solution comprise et sa r&#233;solution promise, la possibilit&#233; du communisme n'est jamais pens&#233;e que comme un moment de son effectivit&#233; - de sa r&#233;alisation effective. Marx est, sans nul doute, ce &#171; penseur du possible &#187; que Michel Vad&#233;e a parcouru en tous sens dans un ouvrage qui constitue d&#233;sormais un ouvrage de r&#233;f&#233;rence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Vad&#233;e, Marx, penseur du possible, M&#233;ridiens Klincksieck, 1992&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais quand il s'agit de la possibilit&#233; du communisme, la d&#233;tection des virtualit&#233;s strat&#233;giques est en permanence entrav&#233;e, voire neutralis&#233;e chez Marx par l'inflation des promesses historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, c'est le m&#234;me Marx qui d&#233;tecte et conceptualise, non de simples possibilit&#233;s rationnelles, mais des possibilit&#233;s r&#233;elles, inscrites dans la structure et la dynamique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise ; non de simples possibilit&#233;s lat&#233;rales, ouvertes sur les bas-c&#244;t&#233;s de l'histoire, en marge des probabilit&#233;s les plus fortes et des inerties les plus lourdes, mais des possibilit&#233;s contrari&#233;es qui lac&#232;rent les flancs d'un progr&#232;s catastrophique : un progr&#232;s qui n'est pas catastrophique seulement par certains de effets, mais dont le forme m&#234;me est celle de la catastrophe. C'est encore Marx qui voit dans ses possibilit&#233;s r&#233;prim&#233;es, non de simples potentialit&#233;s en attente, mais des forces actives et explosives : des virtualit&#233;s disruptives, dont l'action peut et doit s'emparer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la seconde question, on pourrait r&#233;pondre que, dans l'&#339;uvre de Marx, trop souvent, &lt;i&gt;les perfections imaginaires remplacent les abstractions doctrinaires.&lt;/i&gt; L'examen qui pr&#233;side &#224; un tel diagnostic devrait r&#233;clamer beaucoup de doigt&#233;, alors que je le limiterai ici &#224; un coup de poing : qu'il le pr&#233;sente comme un horizon ou comme une promesse, Marx c&#232;de &#224; la tentation de pr&#233;senter le communisme comme un accomplissement total et ultime de l'essence humaine. Il ne cesse de se d&#233;battre sans le supprimer totalement avec le dispositif initial de sa conception. En quelques mots : la dialectique de la r&#233;alisation de l'essence d&#233;mocratique de l'Etat qui court dans le Manuscrit de 1843 consacr&#233; &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel est reprise, dans les &lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt;, comme dialectique de la r&#233;alisation de l'essence de l'homme ; et des s&#233;quences enti&#232;res du raisonnement, rectifi&#233;es, puis effac&#233;es, au fil des &#339;uvres ult&#233;rieures, persistent malgr&#233; tout en filigrane de sa conception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer tout cela d'une phrase, je dirais que pour affronter en termes scientifiques la possibilit&#233; du communisme, il faut l'affronter en termes strat&#233;giques, et, partant, se d&#233;faire du spectre des perfections imaginaires et du fant&#244;me des promesses illusoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Au fond tu reprends &#224; ton compte la critique de &#171; l'humanisme th&#233;orique &#187; men&#233;e par Althusser...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui et non. Oui, dans la mesure o&#249; c'est &#224; Althusser que nous devons d'avoir appris &#224; lire rigoureusement (pour nous opposer, le cas &#233;ch&#233;ant, &#224; Althusser lui-m&#234;me) des textes dont l'enjeu th&#233;orique et politique est consid&#233;rable. Non, parce que ce qui m'inqui&#232;te dans les &lt;i&gt;Manuscrits de 44&lt;/i&gt;, ce n'est pas l'humanisme th&#233;orique, mais la promesse utopique. La port&#233;e critique du concept d'essence humaine est moins en cause que la promesse de la r&#233;alisation de cette essence. La puissance critique du concept d'ali&#233;nation est moins en cause que la dialectique de la n&#233;gation de cette n&#233;gation qui en certifie le d&#233;passement. En d'autres termes, l'essentialisme critique peut &#234;tre discut&#233;, l'essentialisme utopique doit &#234;tre r&#233;cus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette discussion, d'ailleurs, a &#233;t&#233; reprise r&#233;cemment par Yvon Quiniou qui propose de r&#233;activer le concept d'ali&#233;nation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yvon Quiniou, &#171; Pour une nouvelle raison critique : l'ali&#233;nation &#187; dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Certaines de ses conclusions, que j'interpr&#232;te librement (au risque de les maltraiter quelque peu...), me plaisent bien. Si l'ali&#233;nation n'est pas un processus dont l'essence humaine serait la cause ou la fin - un processus o&#249; la pl&#233;nitude de l'essence humaine se perdrait avant de se retrouver ou serait perdue avant de se trouver - comment peut-on la comprendre ? Si l'ali&#233;nation ne se mesure pas &#224; une effectivit&#233; - &#224; la promesse de l'effectivit&#233; de l'essence humaine - elle doit &#234;tre mesur&#233;e &#224; des potentialit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles potentialit&#233;s ? On peut sans doute parler d'ali&#233;nation - de devenir &#233;tranger et oppos&#233; des produits de l'activit&#233; des hommes et de cette activit&#233; elle-m&#234;me - au regard des potentialit&#233;s historiques. On peut peut-&#234;tre parler d'ali&#233;nation - de devenir &#233;tranger de l'homme &#224; lui-m&#234;me au regard de potentialit&#233;s anthropologiques. Je ne suis pas certain cependant que ces potentialit&#233;s anthropologiques puissent &#234;tre d&#233;tect&#233;es ind&#233;pendamment des potentialit&#233;s historiques dans lesquelles elles se r&#233;v&#232;lent. Quoi qu'il en soi, l'homme est &#233;tranger &#224; lui-m&#234;me quand il est &#233;tranger aux potentialit&#233;s historiques que rec&#232;lent les conditions mat&#233;rielles et sociales de son d&#233;veloppement. On peut parler d'ali&#233;nation au regard des potentialit&#233;s historiques de r&#233;sorption de cette ali&#233;nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas tout : qu'il s'agisse de l'ali&#233;nation elle-m&#234;me ou de sa r&#233;sorption, l'examen de ces potentialit&#233;s historiques vaut jugement sur leur contenu ; la d&#233;tection critique vaut &#233;valuation &#233;thique. Des potentialit&#233;s peuvent &#234;tre r&#233;elles sans &#234;tre actualis&#233;es ; elles peuvent &#234;tre r&#233;elles, mais mutil&#233;es ou avort&#233;es ; mais la d&#233;tection de ces potentialit&#233;s repose sur une &#233;valuation de la fin dont elles sont porteuses ou dont serait porteuse leur actualisation. Cette d&#233;tection n'a de sens, pour Marx et pour reprendre l'une de ses expressions, que dans la mesure o&#249; l'on pose &#171; le d&#233;veloppement des forces humaines comme fin en soi &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, Livre III, t. 3, Editions sociales, p. 198-199&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : en d'autres termes l'&#233;panouissement, sinon total, du moins aussi riche que possible de chaque individu. Tel est le fondement normatif de toute critique de l'ali&#233;nation ; tel est l'horizon normatif de toute &#233;thique de l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pi&#232;ge &#233;troitement positiviste o&#249; s'enferment certaines critiques de Marx peut alors &#234;tre &#233;vit&#233; : quand le terme d'ali&#233;nation concentre une compr&#233;hension historique du d&#233;sirable et du possible. La mutilation du potentiel du d&#233;veloppement humain sous l'effet, notamment, de la r&#233;ification des rapports sociaux peut donc &#234;tre pens&#233;e sous le terme d'ali&#233;nation, quand celle-ci est examin&#233;e sous ses formes historiques et relatives. Mais si l'ali&#233;nation doit &#234;tre comprise comme r&#233;alisation invers&#233;e d'une essence humaine totale, dont la r&#233;alisation ad&#233;quate passerait par la r&#233;version fatale et totale de cette inversion, mieux vaut abandonner le terme. Le possible concr&#232;tement utopique doit en permanence &#234;tre reconquis contre la dilatation de son contenu et l'inflation de sa promesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ta m&#233;thode est tr&#232;s diff&#233;rente des autres lectures contemporaines de l'&#339;uvre marxienne. Elle proc&#232;de en &#233;vitant toute typologisation ou transcendantalisation des concepts marxiens. Au contraire, elle s'efforce constamment de singulariser la th&#233;orie de Marx dans les tensions qui la traverse : comment modifier le r&#233;el, inventer le possible, gagner sur l'impossible. Ta d&#233;marche philologique ne se contente pas d'une compr&#233;hension structurale de son objet, mais semble continuellement s'ouvrir &#224; la formulation des cat&#233;gories du possible. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de m'imposer une m&#233;thode, j'ai opt&#233; pour une strat&#233;gie : prendre au s&#233;rieux le communisme de Marx. On s'&#233;tonne d'avoir &#224; le r&#233;p&#233;ter : Marx n'&#233;tait pas communiste par hasard ou par exc&#232;s, par rel&#226;chement accidentel ou par d&#233;bordement sentimental. Il existe bien un savant allemand du nom de Karl Marx : mais ce n'est pas le docteur Jekyll, dont le communiste allemand du m&#234;me nom serait le mister Hyde. Le communisme, non seulement est pr&#233;sent dans les principaux concepts et dans les principales s&#233;quences de l'argumentation historique, mais il forme l'horizon constant de la critique de l'&#233;conomie politique : on peut m&#234;me soutenir que la th&#233;orie de la valeur n'est compr&#233;hensible qu'en se pla&#231;ant d&#233;lib&#233;r&#233;ment du point de vue du communisme. La m&#233;thode de lecture d&#233;coule imm&#233;diatement de ce parti-pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas exactement ce qu'il faut entendre par typologisation ou transcendentalisation des concepts, mais ce dont je suis s&#251;r au moins, c'est que, &#224; moins de substituer la Chose de la logique &#224; la logique de la chose, il est caricatural de chercher dans l'&#339;uvre de Marx un r&#233;pertoire de concepts dont l'examen analytique suffirait &#224; faire &#339;uvre de science apr&#232;s lui ou &#339;uvre de critique contre lui. La fragmentation analytique de la pens&#233;e de Marx, quand elle en examine les concepts un en un, ind&#233;pendamment du communisme qui les hante, se perd dans des d&#233;tails philologiques qui laissent &#233;chapper l'essentiel. C'est une banalit&#233; de dire qu'un concept ne vaut qu'en fonction de la cha&#238;ne d&#233;monstrative dans laquelle il est pris. Or cette cha&#238;ne est communiste de bout en bout. C'est ce que j'essaie de ne pas perdre de vue quand je me livre un examen scrupuleux de la terminologie ou que je reviens sur les notions de loi, de n&#233;cessit&#233;, de tendance, etc. par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre de Marx n'est pas une &#233;picerie o&#249; des concepts soigneusement rang&#233;s et &#233;tiquet&#233;s attendraient des clients soup&#231;onneux ou des contr&#244;leurs sourcilleux, attach&#233;s &#224; v&#233;rifier le respect de la l&#233;gislation. L'&#339;uvre de Marx est un immense atelier o&#249;, dans un joyeux d&#233;sordre, s'exposent le bric-&#224;-brac d'un bricoleur de g&#233;nie, les machines-outils d'un penseur de son temps, et des inventions prodigieuses dont on ne conna&#238;t pas encore tous les usages possibles. &#192; nous de faire le m&#233;nage. &#192; nous de d&#233;couvrir ce qui peut servir, et &#224; quoi cela peut servir. Mais comme cette &#339;uvre ne cesse de vivre dans ses effets, il faut recommencer r&#233;guli&#232;rement le m&#233;nage : non pas pour d&#233;sinfecter p&#233;riodiquement le mus&#233;e ou le mausol&#233;e, mais pour r&#233;activer ce qui peut l'&#234;tre dans l'atelier de l'&#233;mancipation. De ce point de vue, &#224; la version apais&#233;e et apaisante du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, il faut peut-&#234;tre pr&#233;f&#233;rer la version tourment&#233;e et inqui&#233;tante des &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; : c'est l&#224; que Marx met au point les petites et les grandes machineries qui font r&#234;ver, m&#234;me quand elles grincent, surtout quand elles grincent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma strat&#233;gie de lecture n'est peut-&#234;tre pas tr&#232;s originale, mais j'y tiens. Elle commence comme &#224; un conte de f&#233;e : il &#233;tait une fois un communiste allemand du nom de Karl Marx... Mais, &#224; ce conte de f&#233;e, il manque un heureux d&#233;nouement, du genre : il &#233;pousa la science, et ils n'eurent que de beaux enfants. Le vrai Marx n'existe pas, ni la vraie science dont il aurait b&#233;tonn&#233; toutes les fondations. Il n'existe pas de v&#233;rit&#233; ultime de l'&#339;uvre de Marx, qui serait d&#233;pos&#233;e dans ses formes natives ou dans ses formes tardives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement constant de l'&#339;uvre est souvent plus int&#233;ressant que ses conclusions temporaires. Cette &#339;uvre est travers&#233;e de tensions multiples, par leurs origines, leur contenu ou leurs effets. J'ai d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; les tensions inh&#233;rentes au dispositif multidimensionnel de la th&#233;orie qui la place en position de d&#233;s&#233;quilibre constant. Mais il en est d'autres, car ces tensions ne sont pas uniformes et univoques, surtout quand il s'agit de tensions m&#233;thodologiques aux prises avec des transformations historiques. En tout cas, je suis parfaitement d'accord pour affirmer que ces tensions ne sont en g&#233;n&#233;ral intelligibles qu'en fonction des questions que Marx ne cesse de se poser : Le communisme est-il possible ? Quel communisme et possible ? Quelles sont, dans les contradictions de la r&#233;alit&#233; existante, celles qui portent &#224; son d&#233;passement, et les conditions mat&#233;rielles et sociales qui dessinent la possibilit&#233; concr&#232;te de ce d&#233;passement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis tout cela parce que je suis convaincu que pour penser avec Marx, il faut le traverser sans s'y arr&#234;ter. J'ai commis un travail tatillon qui peut passer pour de la marxologie : je me suis r&#233;sign&#233; d'avance &#224; prendre ce risque un peu d&#233;sesp&#233;rant. Si la marxologie consiste &#224; s'installer dans l'&#339;uvre de Marx pour b&#233;n&#233;ficier des pr&#233;bendes de son interminable ex&#233;g&#232;se, il faut abandonner la marxologue aux sp&#233;cialistes de la vivisection. On ne s&#233;journe pas impun&#233;ment dans une &#339;uvre, sans prendre le risque de c&#233;der aux charmes du commentaire infini (charg&#233; d'en d&#233;livrer le vrai sens) ou de la r&#233;habilitation permanente (investie de la mission de la sauver de son destin). Si le marxisme doit se confondre avec cette orthodoxie ou avec cette orthop&#233;die, je ne suis pas marxiste. En revanche, tant qu'il existera des &#171; antimarxistes &#187;, je me d&#233;finirai comme marxiste, et je sais que &#231;a risque de durer ! Mais, d'une certaine fa&#231;on (pri&#232;re de ne pas couper cette nuance...), il n'existe que des marxismes imaginaires, car seuls des marxismes imaginaires peuvent &#234;tre r&#233;els.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens (pri&#232;re de ne pas couper cette seconde nuance...), il faudrait en finir avec le marxisme : le marxisme repli&#233; sur le commentaire de ses propres textes, occup&#233; &#224; l'incessant rapi&#233;&#231;age de ses habits s&#233;culaires, install&#233; dans le ravaudage constant de ses fronti&#232;res, mesurant tout d&#233;veloppement du savoir &#224; son propre ressassement. Il faut sortir de ce marxisme, pour des raisons qui ne sont pas diff&#233;rentes en nature de celles que Marx invoquait pour inviter &#224; sortir de la philosophie : pour en finir avec (ou, du moins, pour ne pas se contenter de...) la masturbation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx vaut le d&#233;tour, non le retour. Mais ce d&#233;tour lui-m&#234;me n'a de sens qu'en fonction de son objectif. Mon objectif, en traversant l'&#339;uvre de Marx, est de contribuer &#224; forger des outils qui ouvrent sur une conception strat&#233;gique du possible. Pour cela, il est indispensable de d&#233;nouer les &#233;quivoques qui p&#232;sent sur la conception de Marx, et la soumettre, non &#224; la critique rongeuse des souris acad&#233;miques, mais &#224; la critique rigoureuse des amis de l'utopie. Pour peu que l'on d&#233;noue ces &#233;quivoques, c'est dans Marx que l'on trouve la d&#233;tection des possibilit&#233;s contrari&#233;es et disruptives que j'&#233;voquais plus haut : la d&#233;tection des contradictions d'o&#249; naissent tous les possibles, parce que la contradiction, m&#234;me sous sa forme la plus d&#233;pouill&#233;e et la plus abstraite, est le possible m&#234;me ; la d&#233;tection des conditions, n&#233;gatives et n&#233;gatrices mais aussi positives et cr&#233;atrices, des conditions mat&#233;rielles et sociales (&#171; objectives &#187;), mais aussi intellectuelles et morales (&#171; subjectives &#187;), sans lesquelles les contradictions qui minent l'ordre social existant ne seraient porteuses d'aucun d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;passement possible, largement possible, mais seulement possible : par une n&#233;gation virtuelle et non pas certifi&#233;e par un processus fatal, par une n&#233;gation plurielle et non pas d'embl&#233;e ordonn&#233;e autour d'une contradiction centrale. Bref, un d&#233;passement et une n&#233;gation qui ne peuvent &#234;tre attest&#233;s par aucune fermeture proph&#233;tique de la dialectique (de surcro&#238;t enti&#232;rement comprise dans Marx), mais seulement d&#233;tect&#233;s par une ouverture utopique de la dialectique (toujours &#224; reprendre apr&#232;s Marx, avec Marx, malgr&#233; Marx, sans Marx).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cupiditas&lt;i&gt; et&lt;/i&gt; volupta&lt;i&gt;s&lt;/i&gt; &lt;i&gt;peuvent participer d'une libre &#233;tymologie du terme convoiter. Ce sont l&#224; un projet et un titre qui auraient fascin&#233; Foucault. Qu'y a-t-il de foucaldien dans ta recherche ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Convoiter l'impossible &#187; : j'ai piqu&#233; la formule &#224; Martin Buber, en lisant Micha&#235;l L&#246;wy, en songeant &#224; Spinoza et en r&#233;fl&#233;chissant sur Marx&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin Buber, Juda&#239;sme, Paris, Verdier, 1983, p. 29, cit&#233; par Micha&#235;l L&#246;wy, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. J'avoue que Foucault manquait &#224; ce rendez-vous d&#233;j&#224; passablement bigarr&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, si la pr&#233;sence de Foucault dans mon bouquin reste discr&#232;te, puisque je ne lui consacre que quelques pages, elle court en filigrane de questions que je soul&#232;ve et se d&#233;coupe &#224; l'horizon de mes pr&#233;occupations, notamment parce que Foucault montre pratiquement que l'on peut penser &#224; l'&#233;cart de Marx, sans renoncer &#224; penser dans l'&#233;cart &#224; Marx. &#192; l'&#233;cart de Marx : du coup, face &#224; Foucault, les marxistes - ou certains d'entre eux - se sont facilit&#233;s le boulot. Du caract&#232;re inachev&#233; de son entreprise, ils ont conclu qu'elle &#233;tait min&#233;e d&#232;s l'origine. Du caract&#232;re fragment&#233;e et fragmentaire de son analyse, ils ont conclu qu'il suffisait, pour la critiquer, de dresser l'inventaire de ses silences. Ils se sont offerts le luxe d&#233;risoire d'une critique qui, au lieu de penser avec Foucault, pour penser, le cas &#233;ch&#233;ant, contre lui, se borne &#224; engloutir son travail sous les longs discours consacr&#233;s &#224; ce qui n'est pas dit. Avant de se vacciner contre les autres, le marxisme devrait s'immuniser contre cette maladie chronique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi tous les Foucault possibles (et aucun ne peut laisser indiff&#233;rent...), on pourrait retenir celui qui tente non de refonder une philosophie politique, mais d'esquisser une politique de la philosophie : je travaille actuellement &#224; un essai de pr&#233;sentation de cette esquisse. Mais Foucault concerne plus directement notre propos, parce qu'il invite &#224; repenser l'action politique d'un triple point de vue : cartographique, strat&#233;gique et logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, l'analytique du pouvoir balis&#233;e par Foucault permet de dresser une nouvelle cartographie des relations qui font de l'homme, comme le dit Marx, &#171; un &#234;tre humili&#233;, asservi, abandonn&#233;, m&#233;prisable &#187; : les relations qui &#233;crasent ou mutilent les potentialit&#233;s individuelles de chacun et de tous. La cartographie des relations de pouvoir (que Foucault propose et ne cesse de remanier) dessine une nouvelle topographie du champ de bataille. Sans doute les rapports de pouvoir ne se confondent-ils pas avec les autres relations : ils ont leur sp&#233;cificit&#233; et leur (relative) autonomie. Mais ils p&#233;n&#232;trent toutes les autres formes de relations. Sans doute, les rapports de pouvoir sont-ils diss&#233;min&#233;s sur toutes la surface du corps social : ils soutiennent et sous-tendent ainsi le pouvoir d'&#201;tat, mais sans se confondre avec lui. En revanche, ces rapports gagnent en solidit&#233; et en intensit&#233; &#224; travers leur &#171; &#233;tatisation continue &#187;. Dans ces conditions - et avec ces r&#233;serves - Foucault invite donc &#224; penser &#224; la fois &lt;i&gt;l'intrication&lt;/i&gt; des rapports de pouvoir, des rapports d'exploitation et des rapports de domination et &lt;i&gt;l'int&#233;gration &lt;/i&gt;de l'ensemble de ses rapports par l'&#201;tat. Cette intrication et cette int&#233;gration n'abolissent ni la sp&#233;cificit&#233; ni l'autonomie des relations et des technologies de pouvoir. Elles n'annulent pas non plus le r&#244;le des rapports d'exploitation et les fonctions propres de l'&#201;tat dans une soci&#233;t&#233; divis&#233;e en classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tentation, qui existe chez Foucault, de privil&#233;gier les luttes qui s'inscrivent dans les relations de pouvoir pour les modifier - les r&#233;sistances au pouvoir - laisse le champ libre aux critiques qui se bornent &#224; r&#233;p&#233;ter, en &#226;nonnant, que les rapports d'exploitation sont d&#233;cisifs. Ces critiques sont faibles : car ce serait oublier que ces rapports d'exploitation sont d'autant plus r&#233;sistants, qu'ils sont soutenus par des rapports de pouvoir qui contribuent d'autant mieux &#224; les reproduire qu'ils n'en d&#233;pendent pas directement. La tentation de privil&#233;gier les r&#233;sistances multiples aux micro-pouvoirs a pu laisser penser que Foucault entendait exclure toute perspective de r&#233;volution &#224; leur profit. Cette critique est courte : car ce serait sans compter avec des h&#233;sitations qu'il nous faut partager, ne serait-ce que quelques instants, si nous voulons les surmonter vraiment. Foucault montre en effet que si une r&#233;volution n'est possible que par le codage strat&#233;gique de toutes les luttes, elle n'est d&#233;sirable qu'&#224; la condition de ne pas laisser intacts les technologies et les m&#233;canismes de pouvoir qui menacent de se retourner contre elles. C'est le moindre bilan que l'on peut tirer du stalinisme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, la cartographie du pouvoir esquiss&#233;e par Foucault - la topographie du champ de bataille qu'il propose - invite &#224; renouveler la pens&#233;e strat&#233;gique. Le champ du possible - le jeu du possible et de l'impossible - est dessin&#233; tactiquement par le jeu mouvant des rapports de forces et strat&#233;giquement par le sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral des relations d'exploitation et de domination. Aucune strat&#233;gie de l'&#233;mancipation n'est concevable sans une cartographie de ces relations - une topographie du champ de bataille. Selon Foucault, les rapports de pouvoir - le jeu des &#171; actions possibles sur des actions possibles &#187; - peuvent &#234;tre mobiles, r&#233;versible et diffus, mais aussi stabilis&#233;s dans des relations de domination. Les rapports de domination - je pense notamment aux rapports de domination entre les hommes et les femmes - ne s'expliquent pas enti&#232;rement par les rapports de pouvoir sur lesquelles ils reposent, mais les premiers ne peuvent &#234;tre modifi&#233;s ou abolis sans multiplication des r&#233;sistances contre les seconds. La domination n'est pas une simple r&#233;sultante des rapports de pouvoir ; elle ne repose pas seulement sur eux. Mais elle se maintient gr&#226;ce &#224; eux : gr&#226;ce au dispositif dont elle maintient la fonction en r&#233;am&#233;nageant constamment son exercice. Un genre, un groupe, une classe ne maintient sa domination que par les combats qu'elle m&#232;ne pour tenter de saturer et de suturer les possibilit&#233;s qui contrarient cette domination et que les r&#233;sistances multiples tentent de lib&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les virtualit&#233;s am&#233;nag&#233;es par les relations de pouvoir dans leur exercice quotidien dessinent les limites de l'accessible, et ces limites tendent &#224; co&#239;ncider avec les fronti&#232;res de l'ordre &#233;tabli ; les virtualit&#233;s contrari&#233;es par les relations de pouvoir - ce contrecoup du pouvoir qui r&#233;siste &#224; ses prises - tracent en pointill&#233; l'acharnement du possible utopique, un acharnement qui d&#233;place les fronti&#232;res et cherche &#224; les transgresser. &#171; Ind&#233;fini de la lutte &#187;, dit Foucault : ce qui ne signifie pas qu'elle doive uniquement se solder par une paisible &#233;volution ou un rassurant progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, Foucault invite &#224; penser les champs de batailles dans le langage des champs de batailles, et donc &#224; penser strat&#233;giquement les relations de pouvoirs et les luttes qui s'inscrivent dans ces relations. Il montre comment des strat&#233;gies d'ensemble peuvent na&#238;tre de tactiques et de technologies locales, se constituer &#224; partir de projets multiples et de multiples sujets, sans &#234;tre l'&#339;uvre d'un ma&#238;tre-strat&#232;ge : des strat&#233;gies-effets, sans sujet et sans projet - mais dont au peut cependant retrouver le diagramme. Mais il souligne &#233;galement que le codage strat&#233;gique des relations de pouvoir n'exclut pas non plus la possibilit&#233; d'un codage strat&#233;gique des points de r&#233;sistance. Ce codage est pour une part non intentionnel ; ses effets peuvent &#234;tre des effets non voulus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il possible de penser et, le cas &#233;ch&#233;ant, de forger une strat&#233;gie-projet qui ne serait pas le r&#233;sultat impr&#233;visible des luttes ? Foucault, parce qu'il se refusait &#224; toute posture proph&#233;tique, se d&#233;fendait de pr&#233;coniser une quelconque strat&#233;gie. Mais il ne cesse de montrer comment une r&#233;volution qui reste aveugle sur ses propres conditions creuse son propre tombeau. D'o&#249; l'on pourrait conclure, malgr&#233; Foucault (et pour une part contre Marx), que si la domination peut se passer de projet strat&#233;gique, il ne peut exister de r&#233;volution et d'&#233;mancipation sans projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'analytique du pouvoir revendique un renouveau m&#233;thodologique qui passe par un red&#233;ploiement logique. On trouve, chez Foucault une critique lancinante et tournoyante de la dialectique qui, moins formalis&#233;e que celle d'un Deleuze, ouvre des aper&#231;us qui ont &#233;t&#233; peu explor&#233;s apr&#232;s lui. Cette critique est sensible d&#232;s &lt;i&gt;l'Histoire de la folie&lt;/i&gt;, quand Foucault oppose l'exp&#233;rience tragique &#224; l'exp&#233;rience dialectique. Elle se poursuit &#224; travers l'examen de la litt&#233;rature, quand Foucault oppose l'exp&#233;rience de la contradiction et l'exp&#233;rience de la transgression. Elle persiste dans &lt;i&gt;Les Mots et les Choses&lt;/i&gt;, quand Foucault met en question &#171; les promesses m&#234;l&#233;es de la dialectique et de l'anthropologie &#187;, qui culmineraient chez Marx, dans une &#171; utopie d'ach&#232;vement &#187;. Cette critique enfin resurgit quand il prend &#224; bras le corps l'examen des relations de pouvoir et des luttes qui s'inscrivent dans ces relations : ces luttes ne se laissent pas seulement comprendre, dit Foucault, selon la &#171; logique pauvre de la contradiction &#187;. C'est pourquoi, Foucault ne s'est pas seulement attaqu&#233; au d&#233;chiffrement juridique des rapports de pouvoir et de l'&#201;tat. Il a combattu leur d&#233;chiffrement dialectique, et tent&#233; de substituer une logique de l'agonisme &#224; une logique de l'antagonisme. C'est un chantier qu'il a laiss&#233; largement ouvert...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais en t&#234;te les objections et les indications de Foucault quand j'ai tent&#233; d'esquisser une dialectique utopique. Sans &#234;tre, moi-m&#234;me, totalement convaincu que la r&#233;f&#233;rence &#224; la dialectique ne laisse pas se perp&#233;tuer les &#233;quivoques que j'ai essay&#233; de lever. J'ai gard&#233; le mot, mais comme une pierre d'attente, pour indiquer que la terre natale de tous les possibles se trouve dans les tensions qui animent la r&#233;alit&#233; sociale, et que, parmi ces tensions, les contradictions inscrivent dans la r&#233;alit&#233; les possibilit&#233;s les plus &#233;ruptives. Mais la dialectique h&#233;g&#233;lienne n'est pas un omnibus dont on peut descendre &#224; la gare de son choix ou un train que l'on peut arr&#234;ter d&#232;s que l'on a tir&#233; sur le signal d'alarme au premier signe de danger. Il est difficile de s'y embarquer, et de la quitter en cours de route. Les passages logiques de l'identit&#233; &#224; la diff&#233;rence et de la diff&#233;rence &#224; la contradiction, non seulement ne recouvrent pas l'ordre historique, mais laissent passer entre les mailles tress&#233;es par le dialecticien des vari&#233;t&#233;s multiples de convergences et de divergences, de contrari&#233;t&#233;s et de conflits. Toujours, l'adversaire est la substitution de la Chose de la logique &#224; la logique de la chose. Ce n'est pas seulement une question d'intelligibilit&#233; th&#233;orique, mais surtout d'op&#233;rationnalit&#233; strat&#233;gique. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, la plupart des sorties de Hegel me laissent sur ma faim. J'en suis l&#224;. Peut-&#234;tre pourrais-je essayer d'aller plus loin : ce n'est pas s&#251;r que j'en sois capable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une lecture de Marx comme celle que tu as d&#233;velopp&#233;e pose une s&#233;rie de probl&#232;mes allant au-del&#224; de la simple marxologie. Elle soul&#232;ve surtout la question d'une t&#233;l&#233;ologie mat&#233;rialiste en rupture avec tout d&#233;terminisme ou toute perspective transcendantale. Comment d&#233;finir la n&#233;cessit&#233; et la possibilit&#233; &#224; partir des mouvements de la multitude ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me m&#233;fie des d&#233;bats qui dissimulent des querelles de mots. Marx est-il d&#233;terministe ? Tout d&#233;pend de ce que l'on entend par d&#233;terminisme. Marx est-il finaliste ? Tout d&#233;pend de ce que l'on entend par finalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne trouve pas chez Marx le d&#233;terminisme m&#233;canique ou m&#233;taphysique qui triomphera chez certains de ses successeurs, press&#233;s de transformer la strat&#233;gie en technologie : une technologie qui permettrait &#224; un parti qui en d&#233;tiendrait le monopole, d'appliquer &#224; la soci&#233;t&#233; la connaissance des lois de l'histoire. En revanche, on peut soutenir que Marx adopte le d&#233;terminisme comme postulat ou r&#232;gle m&#233;thodologique : celui ou celle qui impose de remonter des effets aux causes qui les d&#233;terminent ou aux conditions qui les favorisent. Mais les relations d&#233;terminantes sont loin d'&#234;tre pens&#233;es selon un unique mod&#232;le de causalit&#233; ou de conditionnement ; et la recherche de ces relations ne vaut pas affirmation de leur omnipr&#233;sence. Quelle est alors la racine des &#233;quivoques de la pens&#233;e de Marx, s'agissant au moins de la perspective du communisme ? Sans doute dans un usage in&#233;galement contr&#244;l&#233; de la dialectique - des effets pr&#233;tendument in&#233;luctables de la dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne trouve gu&#232;re chez Marx une conception t&#233;l&#233;ologique de l'histoire, correspondant au point de vue t&#233;l&#233;ologique infini que revendique Hegel, par opposition au point de vue t&#233;l&#233;ologique fini, que l'on trouve chez Marx. Si l'on entend conception t&#233;l&#233;ologique, une conception selon laquelle l'histoire se fixerait elle-m&#234;me ses propres buts et se promettrait (ou nous promettrait de les atteindre), Marx rompt radicalement avec les conceptions d'une histoire qui serait son propre sujet et son propre moteur : une histoire automate. Il rompt du m&#234;me coup avec une histoire qui se t&#233;l&#233;guiderait vers sa propre fin : une histoire t&#233;l&#233;ologique. Certaines formulations laissent parfois douter de la profondeur de ces ruptures. Mais il c&#232;de souvent &#224; la tentation de proposer la version d'une histoire qui, par dialectique interpos&#233;e, placerait l'action des hommes sous sa bienveillante protection : une histoire tut&#233;laire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'histoire n'est rien d'autres que l'histoire des hommes posant eux-m&#234;mes leurs propres fins, dans des conditions mat&#233;riellement d&#233;finies, je ne suis pas s&#251;r que l'on gagne beaucoup en clart&#233; en d&#233;finissant comme t&#233;l&#233;ologique, le mat&#233;rialisme tourn&#233; vers l'avant. S'il faut absolument le qualifier, je pr&#233;f&#233;rerais parler d'un mat&#233;rialisme strat&#233;gique. Ernst Bloch s'est efforc&#233; de tracer les contours d'une t&#233;l&#233;ologie mat&#233;rialiste. Mais elle enjambe l'histoire, et du m&#234;me coup la strat&#233;gie. Or c'est en fonction de compr&#233;hension strat&#233;gique de la n&#233;cessit&#233; et de la possibilit&#233; que l'on peut comprendre les mouvements de la multitude, en restituant &#224; ce terme la charge qu'il peut rev&#234;tir dans la conception deleuzienne des multiplicit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette compr&#233;hension strat&#233;gique suppose que l'on renonce &#224; croire que le partage entre le possible et l'impossible, qu'il s'agisse du contenu de l'avenir ou de ses formes, pourrait &#234;tre trac&#233; d'avance. Le partage du possible et de l'impossible n'est l'objet d'un d&#233;bat que parce qu'il est l'enjeu d'un combat. Le partage du possible et de l'impossible n'est pas int&#233;gralement d&#233;terminable avant l'action. La critique permet de d&#233;terminer des n&#339;uds, de d&#233;tecter des lignes, de pr&#233;ciser ce qui peut &#234;tre tranch&#233;. Elle ne permet pas de savoir par avance ce qui r&#233;sultera du coup d'&#233;p&#233;e ou du coup de hache de l'action. L'histoire serait, somme toute, bien pacifique, si elle ne proposait d'affronter que les probl&#232;mes qu'elle peut r&#233;soudre. On peut tenter de d&#233;terminer &#224; quelles conditions une bataille est possible, de d&#233;terminer ce que l'on peut attendre d'une victoire. Il n'en reste pas moins que l'issue de la bataille reste incertaine et que les co&#251;ts d'une victoire peuvent en transformer la port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette sorte de bilan critique de la pens&#233;e de Marx que tu proposes, quelles conclusions pourrait-on en tirer ? Comment le communisme et l'utopie peuvent-ils &#234;tre repens&#233;s ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu importe que l'on parle de communisme ou d'utopie, puisque les mots sont contamin&#233;s et qu'ils sont tous deux l'enjeu de combats : tous ceux qui se r&#233;clament du communisme ou de l'utopie admettront qu'ils doivent en permanence - et aujourd'hui plus que jamais - &#234;tre repens&#233;s. Je me bornerai &#224; proposer, tr&#232;s g&#233;n&#233;ral encore, une sorte de recentrage. Avant que nous ne soyons replong&#233;s &#224; nouveau, dans un profond sommeil marxologique, peut-&#234;tre est-il encore temps d'offrir en p&#226;ture aux d&#233;tenteurs d'orthodoxie et aux d&#233;tecteurs de contresens, quelques entremets, mais g&#233;n&#233;reusement &#233;pic&#233;s. On pourrait alors se risquer &#224; dire ceci : l'utopie - le communisme - n'a de sens que comme pari, comme invention, comme id&#233;al. [&#8230;]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La fin de l'entretien propose une premi&#232;re version du texte ult&#233;rieurement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt;, Albin Michel, 1995&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Marx&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Bensa&#239;d, &lt;i&gt;Marx l'intempestif&lt;/i&gt;, Fayard, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Vad&#233;e, &lt;i&gt;Marx, penseur du possible&lt;/i&gt;, M&#233;ridiens Klincksieck, 1992&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yvon Quiniou, &#171; Pour une nouvelle raison critique : l'ali&#233;nation &#187; dans &lt;i&gt;Figures de la d&#233;raison politique&lt;/i&gt;, Editions Kim&#233;e, 1995, pp. 97-161&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Capital, Livre III, t. 3, Editions sociales, p. 198-199&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin Buber, &lt;i&gt;Juda&#239;sme&lt;/i&gt;, Paris, Verdier, 1983, p. 29, cit&#233; par Micha&#235;l L&#246;wy, &lt;i&gt;R&#233;demption et Utopie&lt;/i&gt;, PUF, 1988, p. 68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La fin de l'entretien propose une premi&#232;re version du texte ult&#233;rieurement publi&#233; sous le titre &#171; Le communisme autrement ? &#187; et &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Une-utopie-mais-concrete-le-communisme-autrement.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;propos&#233; ici-m&#234;me&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Hiver 1995 : l'affrontement politique s'&#233;tend aux intellectuels</title>
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		<dc:date>2015-12-16T10:54:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Mouvement de 1995</dc:subject>
		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>
		<dc:subject>Intellectuels</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos de l'appel de solidarit&#233; avec les gr&#233;vistes de novembre et d&#233;cembre 1995. Entretien et t&#233;moignage dat&#233;s de d&#233;cembre 2015, suivis du texte de l'appel.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Etat-de-la-critique-des-media-.html" rel="directory"&gt;Interventions, altercations &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Mouvement-de1995-+.html" rel="tag"&gt;Mouvement de 1995&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Entretiens-+.html" rel="tag"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Intellectuels-+.html" rel="tag"&gt;Intellectuels&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH90/arton36-9c615.jpg?1726251038' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 2015, j'ai eu l'occasion de m'exprimer &#224; deux reprises &#224; propos de l'appel de solidarit&#233; avec les gr&#233;vistes de novembre et d&#233;cembre 1995 (reproduit &#224; la fin de cet article).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord dans un entretien, r&#233;alis&#233; par Ugo Palheta publi&#233; dans la &lt;i&gt;Revue L'Anticapitaliste&lt;/i&gt; n&#176;71 (d&#233;cembre 2015), &#233;dit&#233;e par le NPA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, sous la forme de propos recueillis par Pierre Chaillan, &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/henri-maler-un-appel-la-solidarite-un-manifeste-politique-593824&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;parus dans L' Humanit&#233; du mercredi 23 d&#233;cembre 2015&lt;/a&gt; (p.20). Parue sous le titre &#171; Un appel &#224; la solidarit&#233;, un manifeste politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux contributions sont publi&#233;es ci-dessous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. &lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Hiver 1995 : l'affrontement politique s'&#233;tend aux intellectuels&lt;/strong&gt; (la &lt;i&gt;Revue L'Anticapitaliste&lt;/i&gt; n&#176;71, d&#233;cembre 2015)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler d'une &#171; opposition intellectuelle &#187; me semble tr&#232;s r&#233;ducteur, quand il s'agit d'abord d'une opposition politique. Souvenirs&#8230; Le 15 novembre 1995, Alain Jupp&#233; annonce son &#171; plan &#187; de r&#233;forme de la &#171; S&#233;curit&#233; sociale &#187;, imm&#233;diatement soutenu par Nicole Notat, alors secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale de la CFDT. Les gr&#232;ves et manifestations se poursuivent et s'intensifient. &#192; la fin du mois de novembre, l' &#171; Appel de solidarit&#233; avec les gr&#233;vistes &#187; commence &#224; prendre forme : il est d'abord le produit de la fusion entre deux projets : l'un r&#233;dig&#233; par Denis Berger, Mich&#232;le Riot-Sarcey, et moi-m&#234;me, le second par Catherine L&#233;vy et Yves B&#233;not. Le cercle des initiateurs s'&#233;largit rapidement, avant m&#234;me que Bourdieu n'amende le projet qui est devenu alors le texte d&#233;finitif publi&#233; dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; le 4 d&#233;cembre, avec quelques signatures s&#233;lectionn&#233;es par sa r&#233;daction. Relay&#233; par des r&#233;seaux de plus en plus larges et sign&#233; par plus de 2000 signataires, il a &#233;t&#233; publi&#233; sous forme d'une publicit&#233; payante le 15 d&#233;cembre. Le titre de cet appel dit clairement son but : soutenir les gr&#233;vistes contre le tir de barrage politique et m&#233;diatique : dans sa premi&#232;re version, il mentionnait les menaces d'intervention &#171; muscl&#233;e &#187; contre les gr&#233;vistes de la SNCF. Mais, surtout, le contenu de l'appel montre qu'il s'agissait pour nous d'une contre-attaque g&#233;n&#233;rale contre la mise en cause de l'ensemble des services publics et d'une &lt;i&gt;&#171; d&#233;fense des acquis les plus universels de la R&#233;publique &#187;&lt;/i&gt; : une formule que Pierre Bourdieu avait introduite et qui n'avait pas alors soulev&#233; mon enthousiasme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Certains ont parl&#233; d'une &#171; guerre des p&#233;titions &#187; opposant des intellectuels proches de Bourdieu, mais pas seulement, et d'autres intellectuels soutenant le plan Jupp&#233;&#8230;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;tendue &#171; guerre des p&#233;titions &#187; a &#233;t&#233; largement une construction m&#233;diatique. Parmi les titres que j'ai conserv&#233;s dans mes archives : &#171; Gauche : la guerre des intellos &#187; (&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;) &#171; Gu&#233;guerre civile chez les ma&#238;tre-penseur &#187; (&lt;i&gt;L'Ev&#233;nement du Jeudi&lt;/i&gt;), &#171; Intellectuels : temp&#234;te sous le cr&#226;nes &#187; (&lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;). Et m&#234;me &#171; Les nouveaux compagnons de route &#187; (par allusion aux compagnons de route du PCF) : un titre bienveillant du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;. &#192; cette construction m&#233;diatique, nous avons (y compris moi-m&#234;me) involontairement contribu&#233; en r&#233;pliquant &#224; &#171; l'autre p&#233;tition &#187; par des tribunes dans la presse &#233;crite et &#224; travers notre participation &#233;missions de t&#233;l&#233; et de radio. Or notre &#171; Appel &#187; &#233;tait d&#233;j&#224; en gestation quand, le 2 d&#233;cembre 1995, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a publi&#233; le texte collectif &#171; Pour une r&#233;forme de fond de la S&#233;curit&#233; sociale &#187; qui soutenait la prise de position de Nicole Notat, globalement favorable au &#171; plan Jupp&#233; &#187;, dont il saluait le &lt;i&gt;&#171; courage &#187;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#171; l'ind&#233;pendance d'esprit &#187;&lt;/i&gt; et qui apportait du m&#234;me coup un soutien au plan Jupp&#233;, en d&#233;pit de quelques &lt;i&gt;&#171; aspects contestables &#187;&lt;/i&gt;. Ne serait-ce que pour des raisons chronologiques, notre &#171; Appel &#187; n'&#233;tait pas une r&#233;plique aux z&#233;lateurs de Nicole Notat et de Jupp&#233;. Mais surtout notre texte, beaucoup plus g&#233;n&#233;ral &#233;tait, &#224; sa fa&#231;on, un manifeste. Il reste vrai que le texte d'une p&#233;tition n'enseigne pas totalement sur les motivations de tous ses signataires : une fois paru celui des &#171; r&#233;formateurs de fond &#187;, nombreuses et nombreux sont sans doute celles et ceux qui se sont associ&#233;s &#224; notre appel, parce que prenait corps, non pas une &#171; guerre d'intellectuels &#187;, mais un affrontement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment expliques-tu alors le texte de soutien au &#171; Plan Jupp&#233; &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte de soutien a pour origine des animateurs de la revue &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt; et sa signature s'est &#233;largie par cercles concentriques. D'abord aux antiques protagonistes de la &#171; deuxi&#232;me gauche &#187;, incarn&#233;e par Michel Rocard et &#224; des membres de la Fondation Saint-Simon qui, cr&#233;&#233;e en 1982 (et dissoute en 1999), tra&#231;ait les contours de la &#171; R&#233;publique du centre &#187;, pour reprendre le titre de l'essai de Fran&#231;ois Furet, Jacques Julliard et Pierre Rosanvallon, publi&#233; en 1994. Plus g&#233;n&#233;ralement, le soutien&lt;i&gt; &lt;/i&gt;p&#233;titionnaire&lt;i&gt; &lt;/i&gt;au &#171; Plan Jupp&#233; &#187; a r&#233;uni des &#171; briseurs de tabou &#187;, attach&#233;s &#224; surmonter les clivages partisans : soutenir un plan propos&#233; par un gouvernement de droite, quelle audace pour des gens, dont la plupart se voulaient &#171; de gauche &#187; ! Disons, plus prosa&#239;quement, qu'il s'agissait d'une dimension parmi d'autres, volontairement involontaire, de la contre-r&#233;volution n&#233;olib&#233;rale et, plus profond&#233;ment, de la Restauration, entreprise de longue date, au nom de la critique du totalitarisme, contre toutes les vari&#233;t&#233;s de contestation anticapitaliste. La chute du mur de Berlin, si j'ose dire, leur a donn&#233; des ailes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On a vu l'engagement politique d'intellectuels tr&#232;s reconnus scientifiquement comme Pierre Bourdieu, dont la sociologie a toujours &#233;t&#233; politique mais qui ne prenait que rarement position sur des questions directement politiques. Comment expliques-tu cet engagement plus explicite ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'engagement politique de Pierre Bourdieu ne date pas de 1995 et de sa plus grande visibilit&#233; m&#233;diatique. Mais il est vrai qu'il a connu une inflexion significative d&#232;s 1980 avec le soutien &#8211; en compagnie de F&#233;lix Guattari et Gilles Deleuze &#8211; apport&#233; &#224; l'&#233;ph&#233;m&#232;re candidature de Coluche &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. Un soutien &#233;videmment des plus contestables, mais qui attirait d&#233;j&#224; l'attention sur la fermeture sur soi du microcosme m&#233;diatico-politique. &lt;i&gt;La Mis&#232;re du monde&lt;/i&gt;, livre collectif publi&#233; en 1993, en diagnostiquant les diverses formes de la mis&#232;re sociale, imputables notamment au &#171; tournant de la rigueur &#187; de 1983, confirmait cette fermeture. En m&#234;me temps, la contestation de la &#171; r&#233;volution conservatrice &#187; (commenc&#233;e d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 70) a relanc&#233; le choix de Pierre Bourdieu de &lt;i&gt;&#171; transgresser les limites de la biens&#233;ance acad&#233;mique &#187;&lt;/i&gt;, pour reprendre sa propre expression : des transgressions qui n'ont pas cess&#233; jusqu'&#224; son d&#233;c&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quels ont &#233;t&#233;, selon toi, les prolongements de l'appel de 1995 ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prolongement imm&#233;diat a &#233;t&#233; la constitution des &#171; &#201;tats g&#233;n&#233;raux du mouvement social &#187; qui ont associ&#233; des syndicats, des associations et des signataires de l'appel parmi les plus militants. Avec l'appui de Pierre Bourdieu qui est intervenu lors de la premi&#232;re session de ces &#171; Etats g&#233;n&#233;raux &#187; en novembre 1996. Ceux-ci se sont essouffl&#233;s (notamment en raison de la d&#233;fection de la CGT) et ils ont &#233;t&#233; relay&#233;s par la cr&#233;ation, &#224; l'initiative de Jacques Kergoat, de la Fondation Copernic. Sans que l'on puisse l'attribuer uniquement &#224; l'appel lui-m&#234;me, celui-ci a modestement contribu&#233; &#224; la relance d'une critique sociale dont l'un des principaux m&#233;rites est d'&#234;tre collectivement partag&#233;e (par exemple au sein de la Fondation Copernic et d'Attac ou du c&#244;t&#233; des &#233;conomistes atterr&#233;s), du moins par des intellectuels militants. Peut-&#234;tre faut-il dire des &#171; militants quoiqu'intellectuels &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans la foul&#233;e de la mobilisation de l'hiver 95, tu as toi-m&#234;me fond&#233;, avec d'autres, l'association Acrimed (Action-Critique-M&#233;dias), tr&#232;s reconnue sur la question des m&#233;dias, dont tu as &#233;t&#233; le principal animateur jusqu'&#224; l'an dernier. Comment et pourquoi avez-vous imagin&#233; cette association dans ce contexte pr&#233;cis ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'un Observatoire des m&#233;dias, nourrie par l'exasp&#233;ration suscit&#233;e par la couverture du mouvement par les grands m&#233;dias, a &#233;t&#233; lanc&#233;e lors d'une r&#233;union du collectif qui animait les initiatives des p&#233;titionnaires. Pendant que le mouvement se poursuivait, elle &#233;tait pr&#233;matur&#233;e, mais d&#232;s mars 1996, nous avons lanc&#233; un &#171; Appel pour une action d&#233;mocratique sur le terrain des m&#233;dias &#187; que j'ai r&#233;dig&#233; avec Yvan Jossen : je tiens particuli&#232;rement &#224; mentionner ce camarade d&#233;c&#233;d&#233; en 2007. Et, avec le soutien discret de Pierre Bourdieu, Acrimed fut fond&#233;e. L'association r&#233;siste et, je l'esp&#232;re, se renforce. Malheureusement, les syndicats, les associations, les forces politiques, pr&#233;occup&#233;s par leur m&#233;diatisation ne nous ont pas soutenu autant qu'il le faudrait, invoquant parfois des d&#233;saccords qui servaient d'alibi &#224; leur d&#233;fection. Pour ne rien dire de nombre d'intellectuels p&#233;titionnaires. Haut les c&#339;urs, militant&#8226;e&#8226;s du NPA et de la gauche de gauche : il n'est pas trop tard&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien r&#233;alis&#233; par Ugo Palheta.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II.&lt;/strong&gt; Le 23 d&#233;cembre 2015, &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; publiait, le t&#233;moignage suivant, sous la forme de propos recueillis par Pierre Chaillan : &lt;a href=&#034;https://humanite.fr/henri-maler-un-appel-la-solidarite-un-manifeste-politique-593824&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Henri Maler : &#034;Un appel &#224; la solidarit&#233;, un manifeste politique&#034; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, 23 d&#233;cembre 2015)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le 4 d&#233;cembre 1995, &#233;tait rendu public, dans une version amend&#233;e par Pierre Bourdieu, un &#8220;appel &#224; la solidarit&#233; avec les gr&#233;vistes&#8221; en lutte contre le &#8220;plan Jupp&#233;&#8221; : les projets de r&#233;forme des r&#233;gimes de retraite et de la S&#233;curit&#233; sociale. Quelques jours plus tard, cet appel avait recueilli plus de 2 000 signatures, qui ne se limitaient pas &#224; celles et ceux que l'on d&#233;signe habituellement comme des &#8220;intellectuel-le-s&#8221;. Ce texte ne se bornait pas &#224; soutenir les gr&#233;vistes ; il faisait &#233;cho &#224; d'autres mobilisations : &#224; la manifestation des femmes du 25&#8239;novembre et au mouvement des &#233;tudiants. Ce n'&#233;tait pas une simple p&#233;tition, mais un (court) manifeste politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un manifeste d'opposition aux contre-r&#233;formes lib&#233;rales qui revendiquait un &#8220;service public garant d'&#233;galit&#233; et de solidarit&#233;&#8221;, &#8220;une &#233;cole publique ouverte &#224; tous&#8221;, &#8220;l'&#233;galit&#233; politique et sociale des femmes&#8221; et la perspective d'&#8220;une Europe citoyenne, sociale et &#233;cologique&#8221;. Sans doute n'&#233;tait-ce pas son principal objectif, mais notre appel &#233;tait &#233;galement une r&#233;plique &#224; un texte collectif, &#233;manant de la revue Esprit et d'infatigables r&#233;formateurs lib&#233;raux de la gauche. Ces derniers, sous le titre &#8220;Pour une r&#233;forme de fond de la S&#233;curit&#233; sociale&#8221;, soutenaient la prise de position, globalement favorable au &#8220;plan Jupp&#233;&#8221;, de Nicole Notat ; ils saluaient le &#8220;courage&#8221; et &#8220;l'ind&#233;pendance d'esprit&#8221; de celle qui &#233;tait alors secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale de la CFDT et ils apportaient du m&#234;me coup un soutien au plan du gouvernement, en d&#233;pit de quelques &#8220;aspects contestables&#8221;. Notre appel s'inscrivait donc dans une confrontation politique qui n'a pas cess&#233; depuis. Mais il participait d'abord, &#224; sa fa&#231;on et modestement, au mouvement social lui-m&#234;me. Ainsi, &#224; l'issue de la manifestation du 12&#8239;d&#233;cembre 1995 qui a r&#233;uni plus de deux millions de participants, s'est tenu, &#224; la gare de Lyon, un meeting de solidarit&#233; impuls&#233; par les signataires de la p&#233;tition et marqu&#233; par l'intervention de Pierre Bourdieu. Trois jours plus tard, Alain Jupp&#233; annon&#231;ait l'abandon de sa r&#233;forme des retraites, mais maintenait ses objectifs sur la S&#233;curit&#233; sociale : demi-victoire donc, d'un mouvement social qui, interrompu trop t&#244;t, n'a pas tenu alors, me semble-t-il, toutes ses promesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que les convergences r&#233;alis&#233;es &#224; l'occasion de cet appel ne sont pas rest&#233;es sans suites. D&#232;s f&#233;vrier 1996, &#233;tait lanc&#233; un appel &#224; des &#8220;&#233;tats g&#233;n&#233;raux du mouvement social&#8221;. Ceux-ci ont associ&#233; des syndicats, des associations et des signataires de l'appel de solidarit&#233; parmi les plus militants et ont tenu une session d'ouverture (avec, une fois encore, la participation de Pierre Bourdieu) en novembre 1996. Autre suite du manifeste de d&#233;cembre 1995 : un &#8220;appel &#224; une action d&#233;mocratique sur le terrain des m&#233;dias&#8221; a pr&#233;sid&#233; &#224; la naissance, en mars 1996, de l'association Action-Critique m&#233;dias (Acrimed). Le mouvement des &#233;tats g&#233;n&#233;raux s'est essouffl&#233;, mais il a &#233;t&#233; relay&#233; en 1998 par la Fondation Copernic. Et, finalement, notre appel a contribu&#233; &#224; la relance d'une contestation multiforme dont Attac et les &#201;conomistes atterr&#233;s, par exemple, sont, me semble-t-il, des h&#233;ritiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais force est de constater que le mouvement social le plus important depuis mai-juin 1968 n'est parvenu qu'&#224; enrayer la contre-r&#233;volution lib&#233;rale. La demi-victoire alors obtenue par le mouvement social a &#233;t&#233; neutralis&#233;e, puis annul&#233;e par tous les gouvernements suivants, en d&#233;pit de tous les mouvements ult&#233;rieurs, comme celui de 2003 contre un nouveau de projet de r&#233;forme des retraites. Depuis 2012, les contre-r&#233;formes n'ont pas cess&#233; d'&#234;tre mises en &#339;uvre et notre manifeste, aussi limit&#233; soit-il, pourrait encore rester celui d'une contre-offensive. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler est un des initiateurs de l'appel du 4 d&#233;cembre 1995&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Pierre Chaillan&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Voir aussi, ici m&#234;me, une tribune de 1996 : &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Mouvement-social-de-1995-Pourquoi-tant-de-hargne-Reponse-a-Claude-Lefort.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mouvement social de 1995 : &#171; Pourquoi tant de hargne ? &#187; - R&#233;ponse &#224; Claude Lefort&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Appel de solidarit&#233; avec les gr&#233;vistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Face &#224; l'offensive d&#233;clench&#233;e par le gouvernement, nous estimons qu'il est de notre responsabilit&#233; d'affirmer publiquement notre pleine solidarit&#233; avec celles et ceux qui, depuis plusieurs semaines, sont entr&#233;s en lutte ou s'appr&#234;tent &#224; le faire. Nous nous reconnaissons pleinement dans ce mouvement qui n'a rien d'une d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts particuliers et moins encore des privil&#232;ges mais qui est, en fait, une d&#233;fense des acquis les plus universels de la R&#233;publique. En se battant pour leurs droits sociaux, les gr&#233;vistes se battent pour l'&#233;galit&#233; des droits de toutes et de tous : femmes et hommes, jeunes et vieux, ch&#244;meurs et salari&#233;s, travailleurs &#224; statut, salari&#233;s du public et salari&#233;s du priv&#233;, immigr&#233;s et fran&#231;ais. C'est le service public, garant d'une &#233;galit&#233; et d'une solidarit&#233; aujourd'hui malmen&#233;es par la qu&#234;te de la rentabilit&#233; &#224; court terme, que les salari&#233;s d&#233;fendent en posant le probl&#232;me de la S&#233;curit&#233; sociale et des retraites. C'est l'&#233;cole publique, ouverte &#224; tous, &#224; tous les niveaux, et garante de solidarit&#233; et d'une r&#233;elle &#233;galit&#233; des droits au savoir et &#224; l'emploi que d&#233;fendent les &#233;tudiants en r&#233;clamant des postes et des cr&#233;dits. C'est l'&#233;galit&#233; politique et sociale des femmes que d&#233;fendent celles et ceux qui descendent dans la rue contre les atteintes aux droits des femmes. Tous posent la question de savoir dans quelle soci&#233;t&#233; nous voulons vivre. Tous posent &#233;galement la question de l'Europe : doit-elle &#234;tre l'Europe lib&#233;rale que l'on nous impose ou l'Europe citoyenne, sociale et &#233;cologique que nous voulons ? Le mouvement actuel n'est une crise que pour la politique gouvernementale. Pour la masse des citoyens, il ouvre la possibilit&#233; d'un d&#233;part vers plus de d&#233;mocratie, plus d'&#233;galit&#233;, plus de solidarit&#233; et vers une application effective du pr&#233;ambule de la Constitution de 1946, repris par celle de 1958. Nous appelons tous nos concitoyens &#224; s'associer &#224; ce mouvement et &#224; la r&#233;flexion radicale sur l'avenir de notre soci&#233;t&#233; qu'il engage ; nous les appelons &#224; soutenir les gr&#233;vistes mat&#233;riellement et financi&#232;rement. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Entretien : &#171; Ne confondons pas l'alternative &#224; reconstruire avec les raccourcis &#187;</title>
		<link>https://henri-maler.fr/Entretien-Ne-confondons-pas-l-alternative-a-reconstruire-avec-les-raccourcis.html</link>
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		<dc:date>2015-12-08T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Publi&#233; dans le &#171; Journal des r&#233;dacteurs &#187;, quotidien grec autog&#233;r&#233;, le 25 octobre 2015.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/-Etat-de-la-critique-des-media-.html" rel="directory"&gt;Interventions, altercations &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Entretiens-+.html" rel="tag"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://henri-maler.fr/+-Grece-+.html" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH72/arton35-8d8aa.jpg?1726251038' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='72' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.efsyn.gr/arthro/na-mi-sygheoyme-tin-anazitisi-enallaktikon-me-toys-eykoloys-dromoys&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entretien publi&#233; le 25 octobre 2015&lt;/a&gt; par &#171; Journal des r&#233;dacteurs &#187; (&#171; &#919; &#917;&#966;&#951;&#956;&#949;&#961;&#943;&#948;&#945; &#964;&#969;&#957; &#931;&#965;&#957;&#964;&#945;&#954;&#964;&#974;&#957; &#187;), quotidien grec autog&#233;r&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le titre que j'avais propos&#233; : &#171; &#192; gauche, il n'y a pas de pouvoir &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Il est suivi de la version en grec.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Apr&#232;s 1989 et la pr&#233;dominance du n&#233;olib&#233;ralisme, la place de l'utopie a &#233;t&#233; occup&#233;e par un pragmatisme de la dystopie, dans laquelle on est jusque aujourd'hui. Est-ce qu'il existe un chemin pour lui &#233;chapper et quelle est le r&#244;le de la Gauche ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement du communisme stalinis&#233; a entrain&#233; dans sa chute non seulement les esp&#233;rances de ceux qui s'&#233;taient fourvoy&#233;es &#224; ses c&#244;t&#233;s, mais aussi les projets de ceux qui l'avaient combattu sur sa gauche. La mondialisation capitaliste et le chaos g&#233;opolitique sont, pour une part la cons&#233;quence de cet effondrement sans rel&#232;ve. Cette mondialisation et ce chaos sont les cibles de r&#233;sistances d&#233;fensives et d'alternatives morcel&#233;es. Mais, aussi urgentes soient-elles, elles ne s'inscrivent dans aucun projet global d'&#233;mancipation sociale et internationaliste. Nous en sommes l&#224;. Mais l'utopie concr&#232;te n'a pas dit son dernier mot, pour peu que l'on ne confonde pas l'alternative &#224; reconstruire et les raccourcis : &#224; gauche, il n'y pas de pouvoir &#224; prendre s'il n'y a pas d'avenir &#224; conqu&#233;rir. C'est &#224; une v&#233;ritable refondation que nous sommes invit&#233;s. &#171; Communisme, &#171; Utopie, &#171; Marx &#187; : le vocabulaire de l'esp&#233;rance a, semble-t-il, &#233;t&#233; invalid&#233; par l'histoire du XX&#232;me si&#232;cle. Mais qu'importent les mots, si l'on peut garder la chose : je veux dire l'objectif d'une &#171; soci&#233;t&#233; o&#249; le libre d&#233;veloppement de chacun est la condition d'un libre d&#233;veloppement de tous &#187;, comme le disait Marx (encore lui) pour d&#233;finir le &#171; communisme &#187; (eh oui !). Peu importe le mot : le premier r&#244;le d'une gauche de gauche est de redonner sens et port&#233;e &#224; une telle perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans un monde des extr&#234;mes in&#233;galit&#233;s et de dures rivalit&#233;s &#233;conomiques, &#224; quoi Marx peut servir aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Un inventaire sans complaisance de la pens&#233;e de Marx est &#224; l'ordre du jour. Cet inventaire ne peut se borner &#224; affirmer que Marx serait prisonnier de son si&#232;cle, alors que nous, nous serions lib&#233;r&#233;s par le n&#244;tre. Marx est encore notre contemporain, du moins si l'on veut saisir les ressorts de la mondialisation capitaliste et ses plus funestes cons&#233;quences. Autant le retour &#224; Marx, du point de vue m&#234;me de Marx, n'aurait aucun sens, autant le d&#233;tour par Marx reste indispensable : la refondation d'une th&#233;orie et d'une politique d'&#233;mancipation ne peut pas na&#238;tre d'une table rase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3. Les r&#233;v&#233;lations des Wikileaks et de Edward Snowden esquissent une &#171; d&#233;mocratie sous surveillance &#187;. Quel est son avenir ?&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;v&#233;lations qui concourent ind&#233;niablement &#224; d&#233;crire une d&#233;mocratie plac&#233;e sous surveillance invitent &#224; placer sous surveillance les pouvoirs politique et &#233;conomique et confortent l'exigence d'une d&#233;mocratie radicale qui abolirait les secrets prot&#233;g&#233;s dans ces zones de non droit &#224; l'information que sont les institutions &#233;conomique' et politiques. Mais cette d&#233;mocratie ne peut na&#238;tre que de mobilisations sociales et politiques : des formes d'insurrection aussi pacifiques que possible pour qu'&#233;mergent dans plusieurs pays, et notamment en Europe, des pouvoirs constituants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La dette est devenue aujourd'hui le moyen &#224; contr&#244;ler les &#233;tats et les individus. Existe-il une mani&#232;re pour sortir de ce cercle vicieux ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dette, nos amis grecs le savent mieux que quiconque, est la cons&#233;quence d'une financiarisation de l'&#233;conomie devenue autonome par rapport &#224; l'&#233;conomie &#8220;r&#233;elle&#8221; ou, plus exactement, par rapport aux capacit&#233;s productives dont disposent les pays endett&#233;s. Or la plus grande partie de la dette (59%), est parfaitement ill&#233;gitime, comme l'a montr&#233; en France le &#171; Collectif pour un audit citoyen de la dette &#187;. Il n'est que trop &#233;vident que le &#171; chantage &#224; la dette &#187; vise &#224; imposer aux peuples des politiques n&#233;o-lib&#233;rales qui sous pr&#233;texte de leur permettre de d&#233;sendetter ne font qu'accro&#238;tre la dette elle-m&#234;me, en les privant des ressources n&#233;cessaires pour d&#233;velopper une &#233;conomie qui r&#233;ponde aux besoins sociaux de la majorit&#233; des populations. Je ne vois pas d'autre issue que le refus de rembourser la dette et de combattre pour son annulation, mais &#224; cette condition tr&#232;s contraignante : que ce refus &#233;mane simultan&#233;ment de plusieurs pays, pr&#234;ts &#233;galement &#224; nationaliser leur secteur bancaire. La question de l'euro se pose, me semble-t-il, dans les m&#234;mes termes : si plusieurs pays europ&#233;ens se proposent de sortir de la zone euro, il ne faut pas exclure que le choc soit si puissant&#8230; qu'il entra&#238;ne une transformation radicale de la zone euro elle-m&#234;me. Et quoi que l'on pense des &#233;pisodes r&#233;cents de la vie politique en Gr&#232;ce, il n'est que trop &#233;vident que l'isolement du premier gouvernement grec domin&#233; par Syriza a &#233;t&#233; catastrophique. C'est assez dire la responsabilit&#233; de la gauche radicale, aujourd'hui minoritaire dans la plupart des pays europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le contr&#244;le de la majorit&#233; des m&#233;dias par des magnats de la richesse et des grandes entreprises souligne plus que jamais la n&#233;cessit&#233; vitale d'avoir des m&#233;dias ind&#233;pendants. En Gr&#232;ce on a cr&#233;&#233; le &#034;Journal des R&#233;dacteurs&#034; &lt;/i&gt;[&#171; H &#917;&#966;&#951;&#956;&#949;&#961;&#943;&#948;&#945; &#964;&#969;&#957; &#931;&#965;&#957;&#964;&#945;&#954;&#964;&#974;&#957; &#187;],&lt;i&gt; un journal autog&#233;r&#233;. Quel espace existe-t-il pour le d&#233;veloppement de tels m&#233;dias ?&lt;/p&gt;
&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Je crois prudent de ne me prononcer que sur la situation fran&#231;aise qui voit se consolider (c'est le cas du &lt;i&gt;Monde Diplomatique&lt;/i&gt;) ou &#233;merger (c'est le cas par exemple de &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; ou de &lt;i&gt;Basta !&lt;/i&gt;) des m&#233;dias ind&#233;pendants, sans parler de la floraison de sites et de blogs d'information ou de contre-information. Les co&#251;ts plus faibles de la production d'information sur internet les favorisent. Mais ces m&#233;dias alternatifs ne sont pas, &#224; eux seuls, une alternative aux m&#233;dias dominants. Parce qu'il est la proie d'appropriations et de concentrations capitalistes, c'est l'ensemble de l'espace m&#233;diatique qui doit &#234;tre transform&#233; pour que la plupart des m&#233;dias deviennent ind&#233;pendants : limitation des concentrations, dissociation de la propri&#233;t&#233; des m&#233;dias et de la propri&#233;t&#233; industrielle, lib&#233;ration du secteur public de l'emprise du pouvoir ex&#233;cutif, cr&#233;ation d' un &#171; service public de l'information et de la culture &#187;, adoss&#233; &#224; deux formes de propri&#233;t&#233;s : le secteur public et le secteur associatif. Les m&#233;dias ind&#233;pendants et autog&#233;r&#233;s deviendraient alors une composante indispensable de ce service public. Il n'est pas interdit de r&#234;ver !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L545xH669/entretien_en_grece_-image-a2bf9.jpg?1726264214' width='545' height='669' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#925;&#945; &#956;&#951; &#963;&#965;&#947;&#967;&#941;&#959;&#965;&#956;&#949; &#964;&#951;&#957; &#945;&#957;&#945;&#950;&#942;&#964;&#951;&#963;&#951; &#949;&#957;&#945;&#955;&#955;&#945;&#954;&#964;&#953;&#954;&#974;&#957; &#956;&#949; &#964;&#959;&#965;&#962; &#949;&#973;&#954;&#959;&#955;&#959;&#965;&#962; &#948;&#961;&#972;&#956;&#959;&#965;&#962; &#187;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#917;&#960;&#953;&#956;&#941;&#955;&#949;&#953;&#945; &#956;&#949;&#964;&#940;&#966;&#961;&#945;&#963;&#951;&#962; &#945;&#960;&#972; &#964;&#945; &#947;&#945;&#955;&#955;&#953;&#954;&#940; : &#916;&#919;&#924;&#919;&#932;&#929;&#919;&#931; &#931;. &#934;&#913;&#925;&#913;&#929;&#921;&#937;&#932;&#919;&#931;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Prudent et nuanc&#233;, j'ai pris garde, dans mes r&#233;ponses, venues de France, d'&#233;viter la position de surplomb et la posture de donneur de le&#231;ons &#224; propos de la situation en Gr&#232;ce dont je ne suis, h&#233;las, qu'un observateur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le titre que j'avais propos&#233; : &#171; &#192; gauche, il n'y a pas de pouvoir &#224; prendre, s'il n'y a pas d'avenir &#224; conqu&#233;rir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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